Chapitre 20 : Regulus

Lorsque Sirius rentra chez lui, deux jours avant la rentrée, il fut accueilli par l'ambiance froide et morbide du Square Grimmaurd. Soupirant, il sortit de la cheminée et s'avança dans le bureau de son père, qui se tenait face à lui. Sirius se força à ne pas bouger et à garder un air froid et impassible.

« Tu es en retard. »

La voix d'Orion était froide et plate et le garçon baissa la tête.

« Pardon Père, je n'avais pas vu l'heure. »

Il serra les poings dans ses poches en priant pour que son père le laisse partir dans sa chambre rapidement. Malheureusement pour lui, Orion ne semblait pas satisfait de son excuse et fronça les sourcils.

« Tu sais qu'un Black n'est jamais en retard, n'est-ce pas Sirius ? »

L'adolescent hocha la tête, retenant une grimace quand son père lui attrapa le bras et le força à s'assoir dans un des fauteuils face au bureau de bois sombre.

« Peux-tu me dire pourquoi tu n'as pas vérifié l'heure, dans ce cas ? »

Sirius hésita un instant puis répondit, se forçant à garder une voix neutre :

« Nous étions dans la chambre de James et nous étions en train de lire quand je me suis rendu compte que j'étais en retard. » Il se tut et hésita à rajouter un « désolé » pas du tout sincère mais se dit qu'il était finalement préférable de ne rien dire.
Orion lui jeta un regard pénétrant, que Sirius soutint sans broncher.
Il tentait de garder une attitude brave mais il sentait la peur couler dans ses veines. Finalement, Orion s'adossa à sa chaise et fit venir un elfe de maison à lui, surprenant Sirius quand il s'aperçut que ce n'était pas Kreattur(1).

« Maître Black a appelé Winnie, que peut faire Winnie, Monsieur ? » demanda l'elfe d'une voix fluette en se courbant, son nez touchant le sol.

« Je veux que tu mettes Sirius à la cave. Tu lui donneras seulement un repas par jour et une bougie. » Puis Orion se tourna vers son fils et planta ses yeux dans les siens. « Je veux que tu retiennes la leçon, Sirius. Un Black ne doit pas être en retard. »

Le jeune adolescent ne répondit pas et se leva, suivant l'elfe, se forçant à garder un air neutre. Il referma la porte et ferma un instant les yeux, les visages souriants de ses amis dansant devant ses yeux, et il rouvrit les paupières.

Ça en valait la peine, se dit-il et quand il entra dans la petite pièce sombre, il inspira faiblement. Winnie lui amena une bougie sans un mot puis referma la porte, le laissant dans le noir et Sirius alla s'assoir contre le mur, les yeux fixés dans le vide obscur autour de lui.
Il n'était pas rassuré. Il savait que c'était idiot mais il ne pouvait retenir le frisson de peur qui lui parcourait le dos.
C'était comme si quelqu'un l'observait dans le noir, caché, tapis, même, prêt à lui sauter à la gorge.
Il serra la bougie dans sa main et ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il se rendit compte qu'il n'avait rien pour l'allumer.


Le jour de la rentrée, Remus était arrivé parmi les premiers sur la voie 9¾, pressé de revoir ses amis. Il eut un grand sourire en voyant arriver Sirius, accompagné d'un vieil elfe de maison et d'un garçon aux cheveux noirs et aux traits semblables à ceux de Sirius.
Celui-ci semblait plus pâle qu'à l'ordinaire et avait un regard légèrement brumeux, inquiétant immédiatement Remus, qui le prit dans ses bras, comprenant implicitement que la fin des vacances avait été dure pour Sirius.

Il s'écarta légèrement et sourit à son ami.

« Comment tu vas ? » demanda-t-il, sa voix trahissant légèrement son inquiétude.

L'autre hocha la tête et lui rendit son sourire.

« Ça va, ne t'en fait pas. Oh ! Au fait, je te présente mon petit frère, Regulus ! » dit-il et attrapant le bras du garçon, qui lui lança un regard surpris. Il fit l'impression à Remus d'un objet qu'on ne sortait que lors des grandes occasions et qui passe le reste de l'année dans un placard.
L'impression était renforcée par son teint pâle et ses vêtements, qui semblaient neufs – un bibelot de grande valeur qu'on dépoussiérait pour que les autres jalousent.
Le loup-garou s'en voulu de penser cela, car Regulus semblait gentil – son air rêveur et émerveillé lui rappelait celui qu'il avait eu lorsqu'il était arrivé sur le quai en première année.
Il sourit avec gentillesse à l'enfant et, alors qu'il ouvrit la bouche pour le saluer, ils furent pris d'assaut par James, qui leur hurla qu'il était « super heureux de vous revoir les gars, on va s'éclater cette année ! » avant de voir Regulus, qui s'était décalé d'un pas sur le côté, légèrement surpris.

« Oh ! On dirait Sirius en modèle réduit ! » s'exclama-t-il, un grand sourire aux lèvres. Il attrapa les deux frères par le bras et les mit côtes à côtes et Remus fut frappé par leur ressemblance. En effet, Regulus ressemblait énormément à son frère.
C'est presque le même que Sirius à son âge, pensa-t-il, un sourire amusé aux lèvres.


Le soir, alors qu'ils étaient assis à la table des Gryffondors, les Maraudeurs discutant joyeusement en attendant la répartition, Sirius semblait morose. Il était sûr que son frère finirait à Serpentard, mais une infime partie de lui priait pour qu'il aille à Gryffondor. Le jeune garçon savait que si Regulus allait chez les serpents, il suivrait la voie de ses parents – voire celle de leur cousine Bellatrix, qui semblait réellement intéressée par les activités de Voldemort.
Tout à ses pensées défaitistes, il ne se rendit pas que la cérémonie avait commencé et sursauta quand James lui donna un coup de coude.

« C'est ton frère » chuchota-t-il et Sirius se concentra sur Regulus, qui montait les marches menant au Choixpeau. Lorsqu'il s'assit, il croisa le regard de son frère qui lui sourit légèrement – « ça va aller, ne t'en fait pas, et même si tu pars à Serpentard, on restera des frères, promis ». Tels étaient les mots qu'il lui avait dit avant de partir du 12, Square Grimmaurd.
Mais l'un comme l'autre, les deux frères savaient que c'était un mensonge – un de ceux qu'on dit pour rassurer mais qu'on ne pense pas réellement. Une promesse mensongère, qui serait très vite brisée, bafouée, quand Sirius et Regulus comprendraient qu'ils ne voulaient pas la même chose.
Mais même s'il savait que sa promesse n'était que des paroles dans le vent, Sirius ne put s'empêcher de sentir quelque chose se briser en lui quand son frère fut envoyé à Serpentard. Comme si, quelque part, il avait échoué dans sa mission.
Une part de lui, pourtant, était soulagée. Car Regulus allait à Serpentard, alors il éviterait la haine de leurs parents et resterait l'enfant qu'il était un peu plus longtemps – du moins espérait-il.

Regulus chercha son frère des yeux et lui lança un regard désolé : « pardon, disait-il, c'est sûrement l'une des dernières fois où nous sommes des frères » ajouta son sourire triste.
Sirius fit un petit signe – c'est pas grave, c'est mieux comme ça, ne t'en fait pas – mais au fond de lui, il était triste de voir son petit frère s'éloigner de lui.
Remus, à côté de lui, lui prit doucement la main sous la table et la serra. Il ne savait à quel point cette nouvelle affectait son ami mais il sentait qu'il n'allait pas bien, alors quand Sirius tourna la tête vers lui, il lui sourit et pressa ses doigts – ça ira, ne t'en fait pas. Je te le promets.


Remus n'arrivait pas à dormir. Il se tournait et se retournait dans son lit, l'esprit en ébullition. Il ne savait pas comment aider Sirius.
Le loup-garou poussa un soupir et se leva en attrapant sa baguette. Il murmura un lumos et se dirigea vers la salle de bain, se passant un peu d'eau fraîche sur le visage.
Il détestait ce genre de nuits, avant la pleine lune, durant lesquelles il n'arrivait pas à dormir. Il allait retourner à son lit, l'esprit un peu apaisé, quand il entendit du bruit vers celui de Sirius. Surpris, il s'y dirigea lentement, éteignant sa baguette pour ne pas le réveiller, et s'arrêta brusquement.

Sirius faisait un cauchemar.
Violent, à en juger par son visage crispé et ses mouvements saccadés. Remus fit alors la seule chose qu'il jugeait intelligente : il s'agenouilla à côté du lit et secoua l'épaule de son ami pour le réveiller. Le brun ouvrit les yeux et jeta un regard perdu à Remus, avant de sourire un peu et de se décaler dans le lit.
Comprenant que Sirius ne voulait pas rester seul, le loup-garou se glissa sous les draps et l'enlaça avec douceur.

« Qu'est-ce qui ne va pas, Sirius ? » chuchota-t-il, et l'autre soupira légèrement avant de se mettre à parler. Il lui raconta le retour de ses vacances, sa peur du noir, puis ses craintes et son soulagement pour Regulus, sans omettre un seul détail.
Sans rien dire, Remus le serra contre lui un peu plus fort, attristé et inquiet pour son ami. Il se rendait bien compte que Sirius allait mal, qu'il était plus pâle et que sa peau était froide.
Alors il attrapa la couette et la rabattit sur eux puis lui chuchota de dormir.


Remus dormait et Sirius ne voulait pas dormir ni bouger, même s'il savait que le lendemain, James allait lui jeter un regard étrange en les voyant dormir dans cette position, Remus et lui.
Mais fermer les yeux ou faire un geste aurait signifié perdre la chaleur qu'ils avaient réussi à capturer au creux de leurs corps et Sirius ne voulait pas. Parce que perdre cette chaleur revenait à laisser la place au froid, au noir, et aux cauchemars.


(1) Je vais sûrement échanger entre les versions, pour son nom, donc ne vous étonnez pas si vous voyez Kreattur puis Kreatcher ^^ (et c'est la même chose pour Rogue/Snape