Epilogue
Le soleil est en train de disparaître derrière l'horizon.
Comme chaque soir, j'observe les humains. Je ne me mêle pas à eux, mais je les observe. Non pas pour moi, mais pour Rin. Je n'ai que faire de la manière dont ils occupent leurs journées, seule la façon dont ils se comportent avec Rin m'importe. Je refuse qu'elle souffre de quelque manière que ce soit.
Durant la plus grande partie de l'année, il me faut vivre près du village. Rin est humaine, elle a besoin de ses semblables. Il me faut admettre que ce mode de vie m'a paru difficile à accepter, dans les premiers temps. Côtoyer des humains m'agace prodigieusement. Leurs inquiétudes, leur vie, tout me semble dérisoire. Mais cela rend Rin heureuse.
J'endure cela en silence, sachant que durant la saison froide, elle me reviendra. Durant cette période, je peux accaparer son esprit et son corps. Non qu'elle me délaisse lorsqu'elle côtoie les… Autres. Mais je me dois de lui laisser la possibilité de vivre avec les siens. Elle ne doit manquer de rien.
Curieusement, Inuyasha comprend de ce que je ressens, dans une certaine mesure. Lui non plus n'est pas toujours à l'aise au milieu des humains. Et même si je déteste prodigieusement cette idée, je dois admettre que sa présence – lointaine, je m'en assure – me donne l'impression de ne pas être un intrus.
Inuyasha et sa mik… Kagome, vivent ensemble avec ces insupportables sang-mêlés qui osent m'appeler « tonton ». Les liens familiaux sont une chose bien étrange. Outre le fait de la peine que je causerais à Rin, je me sens dénué de la moindre envie de lever la main sur eux. Par égard pour Inuyasha ? Pff… Ridicule. Non. Simplement parce qu'ils sont aujourd'hui, avec Rin, ma seule… Famille ? Là encore, c'est une notion bien vague que je découvre à peine. Rin m'a affirmé qu'avoir les siens près de soi était une chose merveilleuse. Il est vrai que les « tontons » à répétition m'indisposent moins que par le passé. J'ai bien cru que j'allais égorger Kiyo la première fois qu'elle m'a affublé de ce surnom dégradant et ridicule.
Ce souvenir amène sur mes lèvres un léger sourire que je chasse immédiatement. Je m'autorise à ressentir de la joie et de l'intérêt envers Rin, mais il est hors de question que cette tolérance s'étende à tous ceux qui possède – et ce n'est pas un choix – le même sang que moi.
Je sais que Rin aime que je sois à ses côtés. Je le vois à son sourire, son regard, la façon dont elle n'hésite pas à m'embrasser, me toucher, lorsque nous sommes en public. Je n'ai que faire de leurs regards, mais je sais qu'ils désapprouvent l'attachement que Rin me porte, et je sais qu'elle en souffre parfois. Elle n'a que faire de ce que pense les gens, elle me le dit bien assez souvent. Elle m'affirme avoir attendu assez longtemps pour se permettre ce genre de rapprochements, même lorsque nous ne sommes pas seuls.
Un taiyoukai n'aime pas les humains. Ne s'attache pas à eux. Ni à quiconque d'ailleurs. Je m'obligeais à suivre à la ligne ces préceptes. Mais la mort de Rin a tout changé. Tout ce en quoi je croyais a vacillé en quelques secondes. Le temps de voir son corps, froid, mort. Lorsqu'elle m'est revenue, j'ai compris qu'elle me donnait une autre chance. C'est peut être ça, le bonheur. C'était une notion bien vague, jusqu'à ce que Rin entre dans ma vie.
Le temps, les années, les siècles ne signifiaient rien, jusqu'à ce qu'elle m'apprenne à profiter de ce que je possédais. Elle va mourir, je le sais. Mais je m'oblige à croire que je saurai l'empêcher. Et, le cas échéant, je prends tout ce qu'elle me donne. La séparation sera peut être moins intolérable si je vis intensément chaque moment passé à ses côtés.
Déjà lorsque, enfant, je l'ai recueille, j'ai su qu'elle était différente des autres de sa race. Son regard peut être, ou sa chaleur, le timbre de sa voix. Personne ne m'avait jamais montré de tendresse avant elle. Je n'en éprouvais nul besoin, d'ailleurs. Mais elle a fait naître en moi ce désir presque continuel de la voir, la toucher. Désir encore plus agréable qu'il est souvent assouvi.
Car Rin est mienne. Elle m'appartient, de la même manière que je lui appartiens. Je ne sais pas comment le lui dire. Mais je sais qu'elle le sent. Je sais qu'elle m'aime autant que je l'aime. Lorsque nous sommes rentrés dans cette époque – son époque, non la mienne – je me suis rendu compte combien les gens tenaient à elle. Et elle à eux. Elle a finalement trouvé l'endroit où elle voulait être. Entourée de ceux qu'elle aime. Quand à moi, je n'ai ma place que près d'elle, elle est devenue le point central de mon univers tout entier. Cela m'effraie, mais je ne lui dis pas. Elle s'inquièterait pour rien.
La première fois que j'ai senti son corps contre moi, j'ai su que je ne pourrais pas oublier cette sensation. Elle s'est donnée à moi, et moi à elle. Longtemps j'ai estimé de mon devoir de lui refuser tout cela. Mais aujourd'hui les règles établies me semblent dénuées de la moindre raison d'être. Seul compte ses désirs à elle.
C'est sans doute cela, l'amour.
J'aime Rin. J'ai accepté ce fait, mais je ne suis pas capable de le formuler à voix haute. Mais elle le sait. C'est tout ce qui compte.
Les gens me craignent. Je l'ai toujours su. Mais je ne veux pas qu'elle ait peur de moi. Dans mes souvenirs, il y a ce regard qu'elle m'a lancé lorsque je l'ai attaqué, dans le passé. Je me hais pour cela, et je me suis juré de tout faire pour que cela ne se reproduise jamais. Et cela ne s'est jamais reproduit. Je l'aime, je la protégerai toute sa vie.
Il y a eu un autre changement dans ma vie. Changement, ou devrais-je dire bouleversement. Je suis devenu père.
Pendant des mois, j'ai éprouvé le besoin d'être loin de mon enfant, de ce petit garçon qui me rappelait tant Inuyasha. Inuyasha le hanyô qui a causé la mort de mon père et le désespoir de ma mère.
Cette sensation, cette gêne a duré jusqu'à ce qu'il m'appelle « papa ». A cet instant j'ai compris que j'avais le droit d'être heureux. Que la vie m'accordait une chance de changer le cours de mon destin. De ne plus être seul, de ne plus traverser les âges avec cette indifférence qu'acquiert celui dont l'existence n'a pas de but.
J'ai un but. Rin, et Keiji. J'ai envie d'être ce que mon père a été, en quelque sorte. Je me dois d'élever cet enfant qui représente un lien concret entre moi et Rin. Cette seule raison suffirait à m'y attacher. Keiji est un hanyô, mais il est surtout le fils de Rin. Et mon fils. Ce fait dépasse son statut de hanyô. Il n'est pas un hanyô, il est mon fils. Rin tient à lui, et il est le lien qui m'unit à elle. Et j'ai fais une promesse à Rin. La seule que j'ai jamais faite et que je ferai jamais.
Un jour, Rin va mourir. Mais pas notre enfant. Son sang démon le protégera des dégâts du temps. Alors elle veut que je sois à ses côtés lorsqu'elle quittera ce monde. Et malgré l'envie que j'ai de lui dire que je ne veux pas vivre sans elle, que je veux me laisser mourir à ses côtés, je me dois de respecter ma promesse. Alors je le ferai. Mon enfant ne vivra pas ce qu'Inuyasha a vécu.
- Seshommaru ?
Je me tourne vers elle. Je sais qu'elle m'observe depuis déjà plusieurs minutes. Dans ses bras, un petit garçon de deux ans me regarde. Il a les yeux bruns de sa mère, les marques mauves de son père, et les oreilles de… Son oncle.
- Ca va ? m'interoge-t-elle.
J'esquisse un début de sourire. Je sais qu'elle s'inquiète lorsqu'elle me voit seul, perdu dans mes pensées.
J'acquiesce avant de la ramener à moi. Au creux de mon bras valide, je sens son souffle, les mains de mon fils qui jouent avec mes cheveux. Le soleil se couche.
Je crois que je suis heureux.
Ceci est la fin définitive de cette histoire.
J'ai déjà fait de multiples fois les remerciements qui s'imposent. Je les renouvelle, merci aux lecteurs.
Ecrire du point de vue de Seshommaru était un défi que j'ai tenté d'éviter pendant toute cette histoire, mais finir sur ce point de vue me semblait une bonne idée.
Ps : je pense que je continuerai à écrire des fanfictions. La prochaine sera sans doute sur Kikyo, ou sur Kohaku, si elle prend forme un jour ou l'autre.
Par contre, je signale que je changerai de pseudo. J'essaie d'évoluer sur tous les plans et ça passe par là aussi. Alors je réécris cette info. Le "Pen-name" (et oui, je parle anglais) que je comptais prendre étant déjà utilisé (injustice), je suis contrainte de changer mes plans. Je m'appelle donc désormais "Jivago". Pour plus d'informations, voir le film du même nom ;)
Sur ce, j'espère vous retrouver au détour d'une histoire.
Merci d'avoir été présent.
Fin.
