Auteur : Luinil Azurétoile

Base : Hikaru no Go Xover réalité

Genre : Heuuuu… Vous êtes vraiment sûr d'en vouloir un ? Bon, ok ! Délire total, alors ! Total et hystérique.

Disclaimer : ( Haaaan… Qu'est-ce que je peux détester ce truc… Mais bon, quand y faut, y faut ! )

Luinil, voix ânonnante : Les-persos-de-HikaGo-ne-sont-pas-à-moi… ( Ayé, c'est fait. T-T )

C'est dommage quand même, j'aimerais beaucoup en avoir certains sous la main… # bave copieusement #

En revanche, étant donné que Rin est à moi, on touche pas sans permission ! Hin hin hin !

Avertissement : Pour ceux qui ont pas vu/lu toute la série, SPOILERS MASSIFS !!!! Et pour les fans, désolée de décevoir : pas une trace de yaoi prévue, là dedans. -.-;;;

A part ça : attention, ficqueuse franchement atteinte, mwéhéhéhéhé !

Résumé : Mieux vaut éviter les pensées "ce serait bien, si...". Ce genre de chose se retourne systématiquement contre vous ! C'est ce qu'à découvert Rin à ses dépends. Elle qui s'était dit qu'avoir l'aide d'un fantôme tel que Saï, pour progresser au Go, pouvait être amusant, la voilà propulsée dans l'univers de HikaGo. Et hantée par ledit fantôme, par-dessus le marché ! Si encore, l'un comme l'autre, ils avaient une toute petite idée de ce qu'on attend d'eux...

Notes techniques : Les paroles en italique, c'est virtuellement "en français dans le texte", mdr.

Celles en gras sont considérées comme étant en anglais !!!

Et celles entre ¤…¤, correspondent aux conversations mentales avec Saï. Valà, maintenant, vous êtes parés, yerk, yerk, yerk !

Reviews : Merci à Snitchychan, Mich' Loinvoyant, Clio (Oui, pardon, je suis pas tendre avec Ogata ! XD), tchingtchong, Nidako, l'ange parvatie90, Rynn, et nakajima pour leur reviews !

Parce qu'on m'a gentiment fait remarquer que je traînais un peu et que c'était abusé. ;p

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Chapitre 23 :L'attaque du clone

Un bref coup de klaxon dans la rue me fait bondir à la fenêtre. J'avise Isumi, deux étages plus bas, qui me fait signe, juste à côté de sa voiture.

— Ohayô ! Tu es prête ?

— Ohayô ! Yep, j'arrive tout de suite ! je lance, dans un grand sourire avant de refermer la fenêtre.

J'attrape mon sac, enfile mes tongs, galère deux minutes pour retrouver mes lunettes de soleil ( déjà sur ma tête ) avant de quitter mon appartement. Je rejoins Isumi en bas. En tout premier lieu, je m'écrie :

— Saaaalut, Titine !

Et je fais un câlin en règle à la voiture.

Vous allez vous dire : ça y est, elle a grillé son unique neurone.

Presque !

C'est un délire personnel.

Voyez-vous, je suis fan de la voiture d'Isumi. Tout simplement parce que c'est une Miniiiiiiiiii !!!

J'adore les Minis ! Je trouve ça fendard ! Ça passe partout et ça peut se garer dans un mouchoir de poche. Ça a une dégaine terrible ! Et alors, surtout, y'a rien de plus étonnant et fun à voir qu'un mec de grande taille monter et descendre d'une Mini. A mes yeux, ça reste un des grands mystères de la technologie. A se demander si la bestiole a pas une dimension intérieure propre, comme les voitures enchantées dans Harry Potter !

En plus, Isumi, il a une Mini jauuuune ! Ouais ! Jaune canari avec un toit blanc ! THE cliché par excellence !

Bref : ELLE ME FAIT TROP TRIPPER CETTE BAGNOLE !!!!!

— Heureux de voir où va ton affection, ronchonne le propriétaire de mon coup de cœur.

— Mah ! Pour ton intégrité physique, je t'assure que tu préfères que je fasse un transfert sur la voiture !

Long silence désabusé, qui me fait rire.

Ni une ni deux, je grimpe à bord.

C'est que, voyez-vous, c'est vachement compliqué un japonais. Enfin, Isumi en tout cas : il est gêné à mort quand je l'embrasse en pleine rue. Mais à l'abri, dans la voiture, par contre…

J'ai cessé de chercher à comprendre, vous inquiétez pas.

Isumi s'installe donc sur le siège conducteur, provoquant chez moi l'apparition d'un léger sourire carnassier.

— Bon-jour…

Et je l'embrasse en bonne et due forme.

Une fois qu'il estime que je me suis convenablement faite pardonner mon délire "Mini", Isumi me dit avec une légère trace de regret dans la voix :

— Ne traînons pas. Je ne tiens pas à être en retard et il faut encore qu'on passe prendre Waya.

— Oui chef, fais-je dans un soupir déçu.

Nous allons donc récupérer le châtain en bas de chez lui avant de filer à l'aéroport. L'avion de l'équipe chinoise de la Coupe Hokuto arrive à 15h47 et comme le veut leur habitude, Isumi et Waya vont accueillir Yang Hai et ses poulains. Isumi a bien évidemment tenu à m'embarquer là-dedans pour me montrer à ses potes.

Enfin je le vois comme ça…

Mais aussi, au détour d'une conversation, j'ai appris que l'équipe chinoise incluait un certain… "Lè Ping"… et comme par hasard, un étrange sourire avait pétillé dans les yeux de mon petit ami juste à ce moment…

Ceci expliquait aussi cela.

Malheureusement, la surprise "Lè Ping" ne sera pas pour moi.

Pauvre Isumi, il va être déçu…

— Leur avion arrive porte S.

Comme l'appareil est, par dessus le marché, annoncé avec quelques minutes de retard, je me laisse tomber sur une banquette pour attendre. Une fois de plus Waya et Isumi échangent un rapide regard d'amusement complice.

… Prenez-moi pour une cruche, les mecs ! Vous allez pas être déçus !

Réprimant un soupir blasé, j'allume ma DS, histoire de faire ma geek et d'avancer dans ma partie de Magical Starsign (qui ne casse pas des briques, mais qui a le mérite d'occuper).

Les haut-parleurs annoncent enfin l'arrivée des voyageurs en provenance de Beijing et Isumi quitte sa place à côté de moi pour mieux apercevoir Yang Hai. Waya fait de même presque aussi vite alors que de mon côté, je prends mon temps pour ranger ma console.

Je vais me planter entre les deux garçons, les mains enfoncées au fond des poches, parcourant vaguement du regard le flot de passagers.

Blasée, moi ? Ouais, peut-être un peu…

¤ Saï, tu les vois, toi ? ¤

¤ Attends. Je cherche. ¤ me répond le fantôme qui flotte à 1m50 au-dessus de moi. ¤ Ah ! Si, les voilà ! Je vois le garçon qui ressemble à Waya-kun ! ¤ s'exclame-t-il bientôt.

A quelques secondes près, une voix forte hèle Isumi et un bras se lève parmi la foule de voyageurs. Isumi fait pareil de son côté et une haute stature avance droit sur nous.

Yang Hai est une sacrée baraque quand même, j'avais pas réalisé avant… Et le fait qu'il soit en costume accentue encore plus la chose.

— Isumi-kun, Waya-kun ! Konnichiwa ! s'écrie-t-il dans un japonais parfait.

— Bonjour Yang Hai-san ! Vous avez fait bon voyage ?

— Pas trop mal, pas trop mal.

— Isumi-san, Waya ! Konnichiwa !

Ces nouvelles voix, très joyeuses et aux octaves incertaines des adolescents encore en pleine mue, ont des accents déjà plus prononcés…

Trois jeunes, dont un clone conforme de Waya arrivent sur les talons de Yang Hai.

Je sens deux regards curieux peser lourdement sur moi. Malheureusement… no reaction. Tout juste si j'incline la tête en relevant les quelques différences qui existent entre les deux garçons.

Il y a un instant de flottement alors que je reste toujours de marbre, jusqu'à ce que finalement, je me décide à faire une remarque.

Parce qu'ils en crèvent d'envie, tout de même…

— Lè Ping est quand même plus grand que toi, Waya.

L'intéressé manque de se vautrer la gueule sur le carrelage en damier de l'aéroport.

— Leur ressemblance ne te surprend même pas un peu… ? s'étonne Isumi, un rien déçu.

— Nan, j'étais déjà au courant avant.

— Et comment ? Par qui ?

Par mes lectures assidues, chéri… ( Soupir mental. )

— Tututututu… Tu crois vraiment que je vais dévoiler mes sources comme ça ?

Isumi grogne vaguement, dépité.

— J'irai dire deux mots à cet imbécile de Shindo et à sa grande gueule, marmonne Waya, croyant tenir le coupable.

Je plains ce pauvre Hikaru… Il va y prendre sans savoir pourquoi ! Faudra peut-être que je le prévienne d'ailleurs…

Mais je hausse les épaules en silence, à l'adresse de mes compagnons. Je dois donner l'impression de faire un tantinet la tronche, alors qu'en réalité, je suis juste très mal à l'aise d'être ici. Comme je l'ai dit, j'ai la sensation qu'Isumi me "montre".

Même si je suis certaine qu'il ne le fait pas consciemment, ça me fait flipper. Si je fais mauvaise impression auprès de ses amis, je fais quoi après ? ( Couinement intérieur de désespoir. )

En plus de ça, mes idées peu catholiques reviennent faire des leurs, signe que je stresse à mort !

Isumi et Yang Hai sont dans une chambre… (¤1)

Raaaaaaaah, mais bordel !!!! Nan !!!!

Je me fiche trois bonnes claques mentales pour la peine.

En plus, ils m'ont toujours pas dis bonjour à moi ! Je suis transparente ou quoi ?! ( Couine encore plus mentalement. )

Je regrette aussitôt cette dernière pensée, alors que Yang Hai se plante devant moi, un sourire grand comme ça sur le visage.

Combien de fois je t'ai dit de fermer ta grande gueule ? me serine ma petite voix intérieure.

Beaucoup trop souvent… Mais j'imprime pas…

— Dites-moi que vous êtes bien celle que je crois que vous êtes !

Hoy… Misère de misère… J'ai tiré le gros lot encore une fois : un fan.

J'incline légèrement le buste.

— Haruno Rin. Enchantée.

Yang Hai réprime in extremis un "YES !" victorieux ou tout du moins une réaction dans l'idée.

Il me tend la main.

— Yang Hai, responsable de l'équipe chinoise. Ravi de vous rencontrer !

Il secoue avec ferveur la main que je lui ai tendue en retour.

Le sourire que j'affiche hésite entre l'amusement et l'inquiétude.

— Je n'ai pas manqué une seule de vos parties ! Vous êtes incroyable !

Et il secoue toujours ma main…

— Je serais très honoré si vous acceptiez de jouer une partie contre moi, à l'occasion ! Ou avec les jeunes de notre équipe ! Et… encore plus si vous acceptiez de venir un jour à l'institut chinois !

Houlààààà… Motivé, le garçon… Quoique, Saï va trouver que les trois propositions ne sont pas déplaisantes. Et moi, je serais pas contre l'optique "tourisme" de la dernière.

— Ce serait avec grand plaisir.

J'orne cette réponse de mon plus beau sourire. Vous savez ? Genre avec les petites fleurs et les étoiles qui scintillent derrière, dans un fond artistiquement flouté.

Ouais, je suis garce, je sais. Je devrais pas essayer d'user de mon charme comme ça. Mais je voudrais juste qu'il lâche ma main, pitié… Mes articulations fatiguent là…!

— Merveilleux ! Il faudra organiser ça très vite alors !

Oui, tout ce qu'il veut…! Moi, j'ai enfin réussi à récupérer mes doigts pour moi toute seule et c'est le plus important…! Merci mon Dieu !!!

— Vous nous accompagnez jusqu'à l'hôtel, on pose nos bagages et ensuite on va boire un coup quelque part ? J'aimerai vraiment discuter plus avec vous Haruno-san.

— Rin des'…

Je l'ai corrigé machinalement.

— Pardon ?

— C'est "Rin". Pas "Haruno-san".

Au moment où j'insiste sur la correction, je me dis que pour une fois c'est peut-être pas une bonne idée…

— Ah bon ? Très bien alors !

Oui, surtout quand on voit comment Isumi vient de se rembrunir face à l'expression ravie de son ami chinois.

J'ai vraiment mal calculé mon coup…

………

………

Otez-moi d'un doute subit… Est-ce que Isumi est assez rentré dans les détails me concernant ? Parce que si il avait bien précisé la nature de nos relations à ses amis, je doute que Yang Hai agirait de manière si "cool" avec moi, non ?

En tout cas, j'ai pas l'impression qu'Isumi ait bien fait son job…

— Excuse me…

Je me tourne vers le jeune joueur chinois qui vient de m'interpeller en anglais, un rien surprise, avant de réaliser : Yang Hai maîtrise superbement le japonais mais ça ne doit pas être le cas de ses compagnons. Rien d'étonnant à ce que l'anglais leur servent à communiquer avec des étrangers.

— Yes ?

Je crois qu'il s'agit de Zhao Shi, le jeune garçon contre qui Isumi avait perdu plusieurs fois lors de son voyage en Chine et qui était déjà dans l'équipe chinoise pour la coupe Hokuto première du nom. En tout cas, il y ressemble.

Je crois que nous avons joué une partie il y a un mois… (¤2)

Tu veux dire, sur Internet… ?

Oui. Mon pseudo c'était "Weasel".

¤ — Qu'est-ce qu'il dit ? ¤ me demande Saï.

¤ — Tu as joué contre lui y'a un mois sur IGS. La partie contre "Weasel", tu te rappelles ? ¤

¤ — Bien sûr ! C'était une très belle partie ! J'ai eu toutes les peines du monde à annuler l'influence de son tengen joué au tiers du jeu. ¤

¤ — Toutes les peines ? ¤

Je souris malgré moi.

¤ — Oui, bon, se renfrogne Saï. Peut-être pas "toutes les peines". Mais il m'avait posé un problème intéressant. ¤

Je ris pour moi même face à cet air boudeur.

Oui, je me rappelle de cette partie. J'ai dû réfléchir un moment pour annuler la force de ton tengen.

La garçon rit un peu, à la fois embarrassé et ravi. Et c'est là que je réalise une chose :

Hey ! Une petite minute ! Comment tu peux savoir que tu jouais contre moi ?

Zhao Shi me dévisage l'air surpris.

Et bien, il se dit sur quelques forums que "Kage" est en fait la joueuse japonaise Rin Haruno. Vous ne le saviez pas ?

Non. Non, je ne savais pas. Je traîne sur des forums, mais pas sur les forums spécial go.

Non, tu me l'apprends.

Et ça ne me ravit pas des masses : adieu ma vague tranquillité internationale.

Quel est le crétin qui a bien pu vendre la…

TING !

Illumination subite.

— WA-YA ! Viens ici deux secondes !!! Qu'est-ce que tu as encore fait comme connerie !!??!!

Oui, parce que par élimination, ça ne peut être que lui.

— Hey ! Pourquoi ça serait forcément de ma faute ?! Ça pourrait très bien être Shindo ou Isumi-san !!! panique l'intéressé.

— Attends ! T'es en train de me parler des deux seuls mecs que si tu leur dis "clé USB", ils te demandent si ça se mange !!!

— Oh ça va ! Je t'en prie ! J'en suis pas à ce point ! s'insurge Isumi, froissé dans son orgueil de mâle "supposé" infaillible.

Je me tourne vers lui :

— A titre d'information personnelle : rappelle-moi ce qui s'est passé la dernière fois que je t'ai prêté mon ordinateur portable ?

— Tu… as dû le reformater… avoue-t-il pas très fier de lui.

— Ouais. Au bout d'un quart d'heure d'utilisation. Et en un quart d'heure, tu as réussi à me corrompre des fichiers systèmes de manière irrémédiable. Le pire étant que tu sais même pas comment. Alors ne viens pas me dire que tu t'y connais en informatique, contrairement à LUI !!!!

Je pointe Waya d'un doigt accusateur. Waya qui l'espace d'un instant avait cru que je l'avais oublié. Il freeze instantanément, mais fait quand même une dernière tentative :

— Il reste encore Shindo, qui savait pour ton pseudo…

— … et qui est au moins autant fâché avec les PC. Impossibilité technique !

— Nasé aussi savait…

— Bien sûr, Waya, "et la marmotte" aussi ! Ça lui viendrait même pas à l'idée, à Asumi ! Nan ! Y'a QUE toi pour ce genre d'idée à la con !

— Mééééé ! couine le châtain que j'ai fini par choper par une oreille, malgré ses tentatives d'esquives. C'est quand même pas si grave que ça que les gens soient au courant ! Je te faisais juste de la pub !!!

— Tu t'en fous ! C'est pas toi qui est à ma place !!! T'as rien à assumer derrière !!!

Les gens doivent me prendre pour une dingue à beugler comme ça sur lui en plein milieu de l'aéroport. N'empêche que je vais lui faire payer un joli moment sa "merveilleuse" idée.

— Ta vie va devenir un enfer, je te le jure.

— Hiiips…! couine Waya face à ma sourde menace.

Un éclat de rire nous interrompt. Yang Hai a fini par céder, alors que ses jeunes joueurs l'interrogent frénétiquement en chinois pour essayer de comprendre ce qu'il se passe.

— Elle est toujours comme ça ? demande-t-il à Isumi entre deux rires.

— Oui… soupire celui-ci d'un air fatigué.

J'ai bien envie de lui dire "Plains-toi !" mais… ça me ferait jouer trop tôt des cartes potentielles. Alors je m'abstiens.

Yang Hai rit de plus belle et finit par faire une traduction rapide des évènements aux trois adolescents. Ceux-ci prennent un fou-rire à leur tour.

Lè Ping demande directement confirmation à Isumi :

C'est vrai que tu as détruit son PC en un quart d'heure ?

Non… je ne l'ai pas détruit à proprement parlé…

Je coupe le brun, acide :

Naaaaaaan ! C'était juste un petit "crash" de rien du tout. Il n'était pas "détruit" du tout !!!

— N'en rajoute pas, hein ?! proteste-t-il en japonais.

— J'oserai pas ! J'ai juste perdu une nuit complète à tout réinstaller ! A part ça, j'ai "aucune" raison d'en rajouter !

Isumi soupire :

— Passe ta frustration sur Waya, plutôt que sur moi. J'y suis pour rien cette fois.

— Ça c'est vrai, il faut reconnaître.

— ISUMI-SAAAAAN !!!!

La solidarité est un concept étranger à la gent masculine… Et c'est TRES fun.

— Mes sincères condoléances, Waya, il m'a donné toute latitude d'action…

— Traître !

Isumi lui fait juste signe qu'il s'en lave les mains. Forcément, entre contrarier sa petite amie ou son meilleur ami… s'il veut la paix dans son ménage, il faut pas qu'il hésite longtemps.

— Bon ! On y va ! décide Waya, assez vexé d'avoir été lâché en cours de route et qui doit aussi espérer que je vais l'oublier si on commence à bouger.

Mais j'ai la rancune très tenace et je suis une adepte des vengeances surgelées à réchauffer quand on veut.

Je ne l'oublierai pas…

— Alors comme ça, vous êtes passionnée d'informatique aussi ?

Marf ! Isumi n'est VRAIMENT pas rentré dans les détails si j'en juge cet abord de Yang Hai et le gémissement de douleur de plombages qui commencent à être maltraités, quelque part sur ma droite.

— Geek serait le terme plus juste, dis-je en riant. Je suis une accro au Net et aux jeux vidéo.

— Et accro aux mangas aussi, ajoute Waya sans même se retourner, alors qu'il marche devant. ( Il s'arrête d'un coup et me regarde avec curiosité, comme frappé par un soudain éclair d'intelligence. ) D'ailleurs puisqu'on en parle, c'est un truc que j'ai jamais compris : comment tu fais pour faire tout ce que tu fais, niveaux loisirs, et EN PLUS avoir un tel niveau du go ?

Je suis schizophrène, Waya, pourquoi ? Et la partie "go" se bosse toute seule ! ……… Bon, c'est quasiment ça, mais ça ne serait pas politiquement correct à dire…

— Ah mais ça, c'est normal. Je suis une fille, donc je suis forcément multitâches ! Je fais toujours au moins trois trucs à la fois. Mais c'est quelque chose que les mecs peuvent pas appréhender de toute façon. Laisse tomber !

THE tirade hypocrite typique "made in girls".

— Tu te moques de moi, là… grogne le châtain.

— Absolument pas, c'est prouvé scientifiquement. Les femmes sont en quelque sorte capables de cloisonner leur cerveau et de gérer plusieurs actions à la fois. Les mecs, non. Ça m'arrive super souvent de surfer sur le Net, gribouiller sur un coin de feuille, faire la bouffe… et gérer une partie de go simultané ! C'est facile !

J'ai évité la tirade de pute qui consistait à dire : "… faire la bouffe et te foutre une tôle en parallèle sur Internet." Je ne veux pas l'humilier, surtout sachant que tout ce qui est go, c'est pas moi qui gère : Saï fait ça tout seul comme un grand.

Waya se passe une main sur la figure et n'insiste pas plus. Je viens de le dégoûter à vie.

Nouveau questionnement en chinois de Lè Ping et ses deux compagnons.

— Ahem, je vais peut-être éviter de leur traduire ça. Zhao Shi pourrait se vexer de savoir que vous faisiez autre chose en plus de jouer contre lui, sourit Yang Hai un peu gêné.

— Comme vous voulez. Contre lui, je n'ai rien fait d'autre en parallèle, de toute façon. J'ai dit que ça m'arrivait souvent. Pas que c'était systématique.

D'autant plus que sur cette partie, si je m'étais éloigné du PC une seule seconde ou si j'avais ne serait-ce que penser à changer de fenêtre de navigation, Saï m'aurait trucidée.

Et mes tendances suicidaires sont assez limitées quoi qu'on puisse en penser.

Yang Hai et ses jeunes prennent un taxi, nous donnant rendez-vous à leur hôtel –également lieu du tournoi, comme à l'ordinaire-.

Dans la voiture, je rigole pour moi-même, toujours à me poser LA question : est-ce qu'Isumi a prévenu Yang Hai que…!

J'aurais bien envie de lui demander cash… Oh… allez !

— A tout hasard, Shin, qu'est-ce que tu as dit de moi à Yang Hai ?

J'ai un grand sourire dans la voix.

— Pas grand chose…

C'est un demi-ronchonnement.

— C'est ce que j'avais cru comprendre… fais-je d'un air faussement pensif.

Marmonnement agacé. Waya pouffe tout seul derrière.

Qu'il vienne pas se plaindre alors : il s'est mis tout seul dans une situation qui pouvait potentiellement le contrarier.

Suite à ça, notre conversation se résume plus ou moins au vide intersidéral, jusqu'à ce qu'on arrive. Isumi trouve une place tant bien que mal, quelques rues plus loin. Et il continue de ruminer pour lui-même le temps qu'on rejoigne l'hôtel à pieds.

Bien loin de moi l'idée de m'en mêler…

Yang Hai et les trois adolescents nous attendent déjà à l'entrée : on est tombés d'accord sur l'idée de se trouver un café ou un bar dans les environs.

— Une idée d'adresse ?

— Je crois avoir vu un Starbucks Coffee pas loin, si ça intéresse quelqu'un…

Je peux toujours tenter après tout… mais là tout de suite, avec la chaleur qu'il fait, je rêve d'un Frappucino à la crème. Soit chocolat, soit vanille… ou caramel, après tout !

Ouais, je suis une droguée finie au sucre…

Les garçons décident qu'ils ne sont pas contre ma proposition, et celle-ci se voit donc acceptée à l'unanimité. Au passage, l'anglais est adopté comme langage de conversation. Au grand dam de Saï qui se retrouve largué.

J'avoue que je galère un peu aussi. Non pas, parce que je suis nulle en anglais. Sans être un génie, je me dépatouille plutôt bien en compréhension et j'arrive à peu près à me faire comprendre à l'oral.

J'ai un niveau de survie, quoi.

Nan, le problème… c'est les accents asiatiques… J'ai parfois l'impression qu'en fait, on parle pas du tout la même langue.

Et c'est vachement chiant… Je suis obligée de faire un véritable effort de concentration pour être sûre de pas me planter.

La seule chose qui me rassure, c'est qu'en face, ils en sont au même point : Mon accent français est pas super marqué ( une de mes rares fiertés en anglais ) et il m'arrive de manger les mots autant qu'un anglophone, sur certaines expressions courantes. Donc, je dois être dur à suivre.

Bref… je me demande si en fait, que Yang Hai serve de traducteur ne serait pas moins prise de tête…

Remarquez, lui au moins, il a une prononciation nickel.

Vous voyagez beaucoup, non ? je lui demande au bout d'un moment.

Hey ! Je vois pas pourquoi je me priverais de satisfaire ma curiosité quand j'en ai l'occasion.

Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

Votre maîtrise des langues.

Ah ! Ça, c'est avant tout une passion… Mais c'est vrai que je voyage beaucoup, grâce à mon métier. Et puis… il faut bien se recycler quand on est plus au niveau.

Il dit ça avec un léger clin d'œil.

Tu es encore très fort, proteste Isumi.

Au Japon, peut-être, mais en Chine, je commence à m'approcher dangereusement de la catégorie des "dépassés".

Lè Ping échappe un ricanement très léger, qui lui attire les gros yeux de ses deux équipiers. Yang Hai lui assène une légère tape sur le crâne.

Encore un peu de respect, gamin ! grogne-t-il dans la langue de Shakespeare pour que tout le monde en profite.

Je réalise un truc d'un coup.

— Aaaaah… ! Je sais d'où ça vient maintenant !

— Quoi ?

— Ton tic de me fiche des claques sur la tête quand je la ramène un peu trop. Ça vient de Yang Hai-san !

J'adresse un sourire angélique à Isumi qui se demande bien comment il doit le prendre.

Tu la frappes, Isumi-kun ?

Il ne faut rien exagérer non plus.

Non, c'est vrai, c'est loin d'être méchant. Je ne me laisserai pas faire, sinon !

Si tu étais plus calme, je n'aurais pas besoin d'aller jusque là.

Si j'étais plus calme, tu t'ennuieraaaais… !

Ça, je me le demande, des fois…

Si, si, on s'ennuierait, confirme Waya en riant. Ne serait-ce que quand on croise Ogata-sensei à la Ki-In.

J'échappe un couinement désemparé. On ne peut pas dire que mes relations avec Ogata se soient améliorées dernièrement. Plutôt le contraire, puisque j'en suis devenue réduite à raser les murs et à faire profil bas, quand je sais qu'il est à la Ki-In en même temps que moi.

Ogata… honinbô ? demande Zhao Shi.

Lui-même ! Rin est sa Némésis en ce moment !

Je braille :

— Parce que tu trouves ça drôle ?!

— Ouais, énormément !

On a vraiment pas le même humour avec Waya…

Mmh… les rumeurs Internet qui parlent d'une partie perdue par Ogata-honinbô contre une shôdan seraient-elles fondées ? demande Yang Hai.

Plus que fondées ! Elles sont véridiques !

— C'est encore une de tes idées foireuses, ça hein Waya ?!

— Non, pas cette fois. Mais je sais pas si tu réalises que même si officiellement ton abandon a été comptabilisé, tout le milieu professionnel japonais est parfaitement au courant que tu gagnais largement cette partie, en réalité. Les journalistes parlent eux-aussi !

— Et moi, qui me demandait encore pourquoi il m'en voulait à ce point… C'est aussi pour ça qu'il l'a mauvaise !

— Son prestige en a pris un coup, au contraire du tiens. Normal qu'il soit vexé !

Et Waya a l'air parfaitement ravi en disant ça.

Morishita-sensei est un vrai pro du lavage de cerveau…

Et pourquoi avoir abandonné ?

Je soupire :

Parce que l'emporter de plus de trente points contre le meilleur joueur du circuit japonais, je trouvais que c'était déplacé. Sur le coup, ça m'avait paru être une bonne idée…

Si ensuite tu n'avais pas cédé à l'envie de lui clouer le bec pendant le commentaire, ça en aurait été une, fait remarquer Isumi.

Voilà. Mais au risque de te mettre mal à l'aise, je te signale que tu as été une des raisons qui ont fait que j'étais stressée et donc plus encline à faire ce genre de bêtises stupides.

Grimace coupable.

— Je pouvais pas deviner que tu allais piler net devant moi… marmonne-t-il à mi-voix en japonais.

Waya rigole tout seul, nous faisant râler avec Isumi.

— C'était… esthétique comme chute… admet-il distraitement.

— C'était surtout embarrassant !!!

Nous avons protesté d'une seule et même voix indignée.

Et Waya murmure juste un petit « oh, on dit ça… » en souriant.

— Quelle chute ? fait Yang Hai, l'air amusé.

— Aucune chute !

Mais c'est sans compter sur Waya qui se fait tout un plaisir de raconter la scène en détails. En anglais, évidemment, pour que tout le monde puisse en profiter.

J'ai déjà dit que je le détestais ? Oui ? Ben je me répète alors.

N'empêche que maintenant, on a une équipe chinoise au grand complet en train de se foutre de notre gueule.

Ha, ha, ha… C'est vachement drôle.

Oui, cette fois je fais vraiment la tronche.

Bah, au moins, tu t'es faite remarquer dès le début, c'est bien !

Waya pousse la porte du Starbucks tout en me lançant un sourire innocent. Je lâche un soupir agacé.

Mais ma contrariété disparaît presque totalement dès le moment où je récupère un alléchant Frappucino à la crème, parfumé au caramel.

Du sucre et du froid. Bon-heur !

Deux petites tables rondes se voient réquisitionnées en terrasse. Oubliant les anecdotes stupides de tout à l'heure, la conversation tourne naturellement sur l'évènement du moment : la coupe Hokuto.

Hikaru et Akira ne s'en étaient pas trop vanté, puisque cette année, ils ont dépassés l'âge limite de 18 ans et ne sont plus concernés, quoi qu'il arrive.

Autrement dit, pour la première fois depuis cinq ans, l'équipe japonaise va changer de composition. Et ce de manière totale.

Akira, Hikaru et Yashiro avaient bien défendu leur steak jusqu'à aujourd'hui…

J'apprends donc que Lè Ping participe à sa deuxième édition, alors que Zhao Shi est un habitué qui n'a pas manqué une seule année. Leur dernier compagnon, Tian Dapeng, est un petit nouveau, par contre, et il a l'air relativement nerveux et peu bavard.

Mais à sa place je ne vaudrais pas mieux…

Et pour le japon ? Que valent les successeurs de votre équipe de choc ?

C'est un interrogatoire, Yang Hai-san ? rit Isumi.

Hey ! Je me renseigne, c'est tout !

Yang Hai a un mouvement apaisant des mains.

— Tiens oui ! Qui compose l'équipe, maintenant que Hikaru, Akira et Yashiro sont trop vieux ?

Oui, je débarque un peu, je sais.

Waya me regarde avec une grimace :

— T'as pas lu le Go-Weekly ?

… Bon, d'accord, je débarque beaucoup.

— Je le lis assez rarement en fait…

— … Tu me tues, tu sais… ?

Je me contente d'aspirer une gorgée de Frappucino, d'un air gêné pour toute réponse. Saï lit tout le temps le Go-Weekly. Mais moi pas forcément, même si ça m'arrive d'y jeter un œil. Depuis que Lia a rendu Saï capable de tourner ses pages tout seul, à force d'entraînement, je ne suis pas obligée d'être en permanence là pour l'assister.

Donc j'ai tendance à aller faire autre chose.

— Les représentants pour le japon sont Oka, Shôji et Ochi.

Je reste pensive un instant. Shôji et Oka… C'est les deux petits inseï qu'on rencontre dans le tout dernier chapitre de la série, non ?

— Mmh… Shôji et Oka… Je crois me rappeler qu'ils sont fans d'Akira et Hikaru. Et ils sont du genre "motivés"… Y'a peut-être pas trop de soucis à se faire, en fait. Sauf vis à vis leur manque d'expérience.

Je savais même pas qu'ils étaient passé pros eux. Mais étant donné que le groupe Hikaru and co est assez refermé sur lui-même, c'est à moitié surprenant.

— … Mais d'où tu sors des infos pareilles… ?

Note à moi-même : arrêter de réfléchir à voix haute.

— Ah… Tu serais surpris… Je suis une spécialiste de l'info inutile. Je dois bien en avoir quelques unes qui te concernent d'ailleurs.

— … Genre ?

— Genre, je vais pas griller comme ça des moyens de pression potentiels, p'tit loup. Alors rêve toujours !

Isumi s'étrangle avec une gorgée de son Caramel Macchiato glacé et il me regarde d'un air scandalisé.

Le "p'tit loup" distrait ne va pas passer. Je vais en entendre parler là…

Essayons de noyer le poisson…

— Je peux goûter ton truc, Shin ?

Nouveau regard noir qui signifie : Ne fais pas celle qui ne comprend pas !

Je soupire :

— Ok, je le referais plus, même distraitement. Ça te va ?

Il grogne vaguement et son verre glisse vers moi en raclant la table. J'y plonge ma paille pour goûter. C'est pas trop mauvais pour un truc à base de café.

Normal, y'a du caramel avec…

Un peu surprise, je vois mon propre verre me passer sous le nez, réquisitionné en bonne et due forme. Isumi me défie d'un coup d'œil de protester contre ça.

Je me la ferme : c'est de bonne guerre.

Les autres en face nous dévisagent d'un air curieux, un peu largués sur les bords.

Ne vous inquiétez pas : les conversations codées, ils font ça très souvent. rigole Waya. On s'habitue.

Ah…

Elles n'ont rien de codées, Waya : tu regardes Shin et tu sais immédiatement ce qu'il pense. C'est un vrai livre !

Pour toi peut-être…

Je soupire.

Pour moi peut-être, si tu veux. ( Je reviens au japonais. ) Rends-moi mon Frapuccino caramel, toi là-bas.

Isumi lève les yeux au ciel en silence et me redonne mon verre, reprenant le sien au passage.

Il y a une rangée de larges sourires entendus en face.

Soit dit en passant, elle n'a pas tout à fait tort, Isumi-kun. Quand tu es venu en Chine la première fois, il était facile de deviner ton état d'esprit rien qu'en t'observant un instant…

J'échappe un "Ah !" victorieux.

… même si c'est devenu moins flagrant depuis.

Cette fois c'est Waya, qui fait "Ah !" d'un air satisfait.

Moi, je trouve pas que ça ce soit atténué, mais bon, comme dirait Waya : forcément, c'est moi, j'ai un avantage certain sur les autres, après tout.

Yang Hai regarde Isumi d'un air pensif et amusé.

Et oui, ton ex-copain de chambrée s'est trouvé une nana complètement barge ! Il est tombé très bas, pas vrai ?

Mais finalement, le jeune homme ne fait aucun commentaire, se contentant de siroter son Expresso en silence.

Je décide de relancer la conversation vers un sujet plus conventionnel.

Et l'équipe de Corée ? Elle vaut quoi ?

Elle est très forte, comme d'habitude. Su-yong Hong est le capitaine, cette année. Mais j'ai entendu dire que les deux autres joueurs le valaient largement. La Corée risque d'être intouchable, une fois de plus, soupire Yang Hai.

Objectivement… avec une équipe totalement nouvelle, et même si Ochi est du genre pitbull… je pense que le Japon est super mal barré, avec Zhao Shi et Lè Ping pour la Chine sachant que eux, ils ont déjà un peu de bouteille.

Pauvres mômes… Ça va pas être beau à voir…

Et Yeong-ha, au fait ? Le beau gosse grande gueule, il devient quoi ?

C'est dans des moments comme ça où en fait, je regrette de pas mettre plus mon nez dans les infos du monde du Go. Parce que la réponse doit s'y trouver. Bref… je sais ce que je vais faire ce soir.

Et sinon, Isumi-kun, ton autre travail se passe bien ?

Je n'ai pas à me plaindre. Je suis assez demandé et plutôt bien payé. Plus même que mon salaire de pro.

Il y a un léger dépit dans sa voix.

Tu sais que ta renommée commence à atteindre la Chine ? plaisante Yang Hai.

— Ah…

Ouais ! Toutes les joueuses de l'Institut collectionnent les magasines où tu as fais des photos ! renchérit Lè Ping. Elles ont même fait un fan-club ! Ça va être amusant quand tu reviendras nous voir !

— Nan, je crois pas…

Ça, c'est mon grognement à moi.

J'ai pas pu m'en empêcher… et ça fait rire Waya comme un malade.

— Et toi là-bas, t'en rajoute pas !

— Désoléééé !

Mais il cesse pas de rire pour autant. Sale bête…

Un problème, Rin ?

Ouais. Sauf si vous tenez à voir le taux de mortalité de vos joueuses augmenter de manière alarmante. A ce moment-là, j'ai plus de problème. Il est hors de question que je laisse Shin aller quelque part en sachant qu'une meute de groupies l'attend à l'arrivée. Ou alors pas sans moi, mais à ce moment-là, ça va virer au sanglant.

On touche pas à mon steak, comme qui dirait.

Isumi a une espèce de petit sourire ravi aux coins des lèvres, alors qu'il me contemple en riant silencieusement.

— Toi, ne fais pas de commentaire, où je te rappelle la tête que tu tirais, y'a pas une heure à l'aéroport.

Il fait un geste de protestation des mains, signe qu'il n'avait pas l'intention de dire quoi que ce soit, quoi que j'en pense.

Quand même, je ne comprends pas ! fait Waya. C'est juste des photos après tout et les filles en font tout un cirque. A cause de ça, les manifestations où la présence d'Isumi-san est annoncée deviennent de plus en plus invivables !

…dit celui qui a forcément des magazines politiquement incorrects qui traînent chez lui.

— D'où tu sors ça !? proteste Waya, devenu d'un rouge très seyant.

Les probabilités, petit gars : Cent pour cent des mecs ont ce genre de magazines quelque part. Oui, oui, le mien compris, très probablement.

Et je ne veux rien savoir là-dessus…

Je continue sans m'émouvoir :

Non et puis objectivement, il faut avouer que ces photos sont pas trop mal… Même si, c'est surtout des photos de mode.

— Tu… tu en as vu ? s'étrangle Isumi.

Il tombe des nues, lui…

— Non, chéri, je suis pure et innocente ! Sincèrement, tu crois quoi ? Depuis que je sais que tu es modèle, Lia se fait un devoir de collectionner les magazines où tu es en photo pour me les mettre sous le nez.

— Ah… Et ?

— Alors c'est vachement cool Photoshop.

Isumi vire à l'écarlate sans que ça m'impressionne.

— Mais bon, y'a pas, je préfère la version originale et de loin.

Et j'aspire consciencieusement ma dernière gorgée de Frappuccino.

— J'aime ton tact et ta délicatesse… soupire Isumi.

— Ah bon ? J'ai ça en réserve, moi ?

— Justement non ! proteste le brun, l'air plus ou moins fâché.

Il fera plus crédible une prochaine fois, qui sait…

Aaah, l'amour… Certains ont de la chance… ! sourit Yang Hai en nous regardant faire. Vous n'avez pas l'air de vous ennuyer !

Et encore ! Là, c'est rien ! Ça a été un vrai feuilleton, eux deux quand ils se sont mit ensemble ! Mieux que les dramas à la télé !

— Waya ! La ferme !

Vas-y Waya ! Raconte ! s'écrie Lè Ping au même moment.

Son air ravi me fait penser à un jeune chiot en train d'agiter la queue anticipant sur le plaisir du moment où vous allez vous mettre à jouer avec lui. Y'a la même lueur pétillante au fond des yeux.

Il perd pas le nord, le clone…

Pour resituer les choses, ils sont ensemble depuis moins de trois semaines. Mais avant ça, ils se sont tournés autour pendant quoi… six bons mois !

Je souris intérieurement : pour Isumi alors, parce que moi, ça fait plus que ça.

Inutile de dire que ça a été épique. Déjà, Isumi-san n'avait pas voulu dire qu'il était modèle-photo à Rin…

— Ne donne pas tous les détails non plus ! s'insurge Isumi.

— Mmh… si y'a des trucs compromettants, moi je prends !

Je n'ai pas pu m'empêcher de mettre de l'huile sur le feu. Ce doit être une déformation professionnelle, à force.

— Tu ne vas pas t'y mettre aussi !

Wow… c'est qu'il y a vraiment des trucs compromettants, en fait…!

— Je ne vais pas rentrer dans les détails, c'est juste pour donner le contexte, fait Waya, choqué de voir que son ami n'a pas vraiment confiance en son silence.

Il reprend en anglais :

Enfin bon. Jusqu'à récemment, donc, j'ai du supporter Isumi-san qui se plaignait sans arrêt. Par exemple, que Rin était trop exubérante et que ça attirait trop souvent les regards des hommes sur elle. Et il trouvait ça extrêmement agaçant. Ou alors il désespérait parce qu'il avait toujours l'impression de passer pour le rabat-joie de service auprès d'elle.

Je glousse un peu : Ça, c'est pas toujours faux.

Bref, il pensait qu'il avait aucune chance. Alors que de son côté, Rin passait son temps à soupirer qu'elle le trouvait génial, sans avoir le courage de lui dire en face ! ( -Bien résumé, Waya ! Lia et Nase ont cafté à mort en fait !- ) Autant vous dire qu'ils nous en ont fait baver à geindre chacun dans leur coin.

En fait Waya, t'es pire qu'une fille pour ce qui est des commérages…

Je fais la remarque à voix haute, juste pour voir si ça l'arrête. Mais même pas.

Hey ! On avait fini par organiser des réunions au sommet pour essayer de régler votre problème et plus vous avoir sur le dos ! D'ailleurs, pour vous dire l'ampleur de la chose, même Sakurano-meijin, qui connaît Isumi-san depuis longtemps, en avait entendu parler ! Et elle a eu tellement pitié que c'est elle qui a trouvé la solution, par dessus le marché !

A savoir ?

Yang Hai est mort de rire.

A savoir les coincer ensemble, seuls, dans une chambre, sans les prévenir à l'avance, pour un séminaire à des lieux de Tokyo et voir ce qui se passe… Et ben ça a marché ! Le dernier jour, mais ça a marché !!!

On sent le ton frustré du mec qui en pouvait plus de cette histoire, à l'époque. J'avais jamais réalisé que s'en était à ce point…

Yang Hai et Lè Ping sont écroulés de rire sur la table. Objectivement, quand on résume l'histoire comme ça… c'est sûr que ça fait assez pathétique.

— Je maintiens que vous êtes des grands malades. Fallait être tordus pour trouver une solution pareille.

— Ça a été super efficace, c'est tout ce qui compte ! Moi, perso, j'aurais pas supporté une semaine de plus de l'entendre soupirer et de faire sa tête de chien battu !

— WAYA !!!

Waya est super sympa comme copain… Ou c'est sa crise de nerfs à retardement. N'empêche qu'Isumi à l'air de vouloir mourir sur place. Je lui glisse au passage pour tenter de calmer le jeu.

— Si ça peut te rassurer, je t'ai jamais trouvé rabat-joie…

C'est un demi-mensonge : ça m'arrivait selon les jours et l'humeur, mais globalement j'ai jamais rien eu contre son côté raisonnable. Il en faut bien un pour ce rôle, surtout quand on voit la bande d'allumés, avec qui il a l'habitude de traîner.

— N'essaye pas de lui sauver la mise !

— Si je voulais vraiment lui sauver la mise, je ferais plutôt un truc du style t'embrasser au vu et au su de tout le monde, parce que je sais pertinemment que tu vas passer en "Blue screen mode" (¤3) pour au moins cinq minutes. T'es pas drôle pour ça, d'ailleurs…

— Et après tu oses dire que tu me trouves jamais rabat-joie ?!

Rin ou "comment se griller toute seule"…

— Ça va, je survis aussi. Ça m'arrive d'être frustrée MAIS je survis…

Je m'enfonce et je l'entraîne au fond en même temps : Isumi commence à déprimer sévèrement sur son coin de table.

— Je le savais, j'en étais sûr… !

Mah… Il est pas croyable…

Il sursaute soudain, genre frappé par la lumière divine.

— Et si je te prouve que je peux ne pas être rabat-joie, là maintenant !

Je l'étudie avec méfiance.

— Genre, si tu as l'intention de prendre les devants et de m'embrasser là, tout de suite, c'est non. Y'a aucun côté spontané à la chose, ça vaut pas.

Il affiche un air dépité.

Dix contre un que je suis tombée juste…

— Je suis prévisible à ce point… ?

— Oui… Mais ça change rien au fait que je t'aime.

Trop forte, je vous dit…

— Ne t'inquiète pas, par contre, je prends note de ta décision et je te la rappellerais, un des ces jours…

— Je n'en attendais pas moins…

Isumi ne me paraît pas super fier de lui, ni très emballé, à cet instant. C'est bien dommage, moi je la trouvais bonne cette idée.

— Ah… elle est effrayante, effectivement… note Yang Hai en haussant très haut les sourcils.

— Vous allez voir : vous allez comprendre ce que j'endure…

— T'es à plaindre, Waya, c'est sûr.

— Ouais ! Mais vous ne vous en rendez pas compte, vous deux !

Pauvre petit chou… Le truc étant qu'il ne sait pas encore qu'il va devoir rentrer à pieds d'ici après qu'on ait fini de traîner en terrasse. M'étonnerait pas qu'Isumi trouve ma proposition de le laisser en plan tout à fait amusante.

Des vengeances surgelées, je vous avais dit…

A suivre…

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(¤1) : sur l'air de "pince-mi et pince-moi…"

(¤2) : Oui, je triche. Flemme de faire une vraie trad. Mais faites un effort d'imagination et partez du principe que tous les dialogues entre gras correspondent à des dialogues en anglais. ;)

(¤3) : Mais si, vous savez ! Ce PUTAIN D'ECRAN BLEU QUI APPARAIT QUAND VOTRE ORDINATEUR PLANTE !!!

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Reviews onegaï :3