(herm) Aphrodite

Par Maria Ferrari

———

Les personnages de Vision d'Escaflowne ne m'appartiennent pas, je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.

———

—Chapitre 25—

Dilandau avait invité Dune à venir au manoir ; elle avait refusé, arguant que cela n'améliorerait pas sa situation avec sa belle-sœur. De toute manière, elle n'avait aucune envie d'y aller ; cet Allen ne lui plaisait pas, cette Sophie encore moins et elle détestait les marmots.

« Même ta compagnie risquerait de ne pas me convenir, tu n'es plus le psychopathe d'antan.

— N'est-ce pas toi qui viens de m'indiquer le moyen de vaincre mon déséquilibre et de devenir quelqu'un de normal ? » avait demandé Dilandau. Il était un peu blessé qu'elle veuille l'éviter.

« Si… mais je l'ai fait car tu es déjà irrécupérable pour moi. Tu fais des efforts pour être gentil, aimable, tu t'es attaché à Allen, à ta nouvelle vie, tu as besoin d'affection, de tendresse et – Grand Dieu ! – tu es amoureux de Van Fanel, te rends-tu compte ? Totalement irrécupérable, te dis-je ! Quitte à ce que je te perde, autant que tu sois parfait pour ta nouvelle vie. Je t'aide au nom du bon temps que nous avons passé ensemble. »

Dune n'avait pas tort. S'il restait encore un soupçon de sa vie passée dans ses pulsions – dont il voulait d'ailleurs se débarrasser –, il n'était plus du tout le même ; Dune, lui, était resté fidèle à ce qu'il était à l'époque des Zaïbachers, solitaire, froid… enfin, froide. Il avait beau avoir eu ses appas sous le nez durant toute leur discussion, il avait un mal fou à parler de son ancien collègue au féminin !

Là n'était pas le problème ; il ne savait pas quand il reverrait Dune. Il lui avait demandé, elle avait répondu de laisser faire le hasard et était partie. Dune était le passé ; il fallait qu'il regarde devant lui.

-

Dilandau était seul à présent et il était l'heure de réfléchir à cette… séparation. Il pouvait prendre le problème sous tous les angles, cela n'avait que des avantages. Si Dune avait raison, il aurait enfin le contrôle de lui-même… et pourrait donc regarder Sophie la tête haute, sans crainte ; il ne serait plus en butte aux retours de Serena et aux trous qui s'en suivaient ; ils auraient une vie complète tous les deux, personne ne pourrait plus l'accuser de prendre la place de Serena.

Que des avantages…

Restait à mettre ce projet à exécution. Folken avait la pierre – c'était ce que Dune avait affirmé –, le plus simple serait sans doute de lui expliquer son idée, Folken ne pourrait que se ranger à son avis, non ?

Et si jamais il ne le faisait pas ? S'il décidait que cette utilisation de la pierre était malsaine et refusait ? Cela ficherait tout par terre car il surveillerait alors étroitement le pendentif pour que Dilandau ne puisse l'atteindre. Mieux valait agir en douce, discrètement, sans en parler à personne… et les mettre en face du fait accompli. Il fallait juste trouver un moyen de faire main basse sur la pierre le temps de faire le souhait.

Il lui faudrait s'introduire dans la chambre de Folken et y être seul ; cela ne devrait pas être difficile, il suffirait de faire preuve d'audace. Folken ne se méfierait pas, il ignorait que Dilandau savait qu'il avait la pierre et où elle se trouvait.

-

Son plan fut arrêté en quelques secondes ; il marcha d'un pas rapide jusqu'à l'immeuble où Folken louait le rez-de-chaussée, ralentit son pas en approchant, se para d'une mine fatiguée, tapa mollement contre le panneau.

Quand Folken ouvrit la porte, il le trouva le front appuyé contre le mur.

« Que se passe-t-il ?

— Je ne me sens pas bien, expliqua Dilandau d'une voix faible. Je m'étais dit que ça passerait et que je pourrais regagner le manoir, je me suis assis à une terrasse de café en attendant, mais ça ne passe pas. Comme je n'avais pas la force de rentrer au manoir, je suis revenu chez toi. »

Folken hocha la tête.

« Tu as bien fait. Je vais te raccompagner au manoir. »

Dilandau écarquilla les yeux – ce n'était pas ce qui était prévu ! –, faillit refuser énergiquement, se retint.

« Ne t'embête pas pour moi. Je veux juste me reposer un peu chez toi, je suis sûr que ça ira mieux bientôt. Je pourrais m'allonger un peu ?

— Bien sûr. » Folken le laissa entrer. « J'espère que ce n'est pas de la comédie pour ne pas rentrer au manoir.

— Qu'est-ce que tu vas penser ? Je rentrerai au manoir, je t'assure. »

Folken le regarda d'un air méfiant.

« Tu m'avais dit qu'Allen risquait de s'inquiéter si tu tardais à revenir ; là, il doit être fou d'angoisse. » Dilandau se crispa ; pourvu que Folken n'insiste pas pour le raccompagner immédiatement chez lui. « Va t'allonger dans ma chambre. Je fais un saut au manoir pour dire à Allen où tu te trouves. »

Dilandau n'en crut pas ses oreilles : non seulement Folken lui ordonnait d'aller dans sa chambre, mais en plus il allait s'absenter ! Les Dieux semblaient avec lui ; c'était normal, son projet était juste, Serena et lui avaient autant le droit de vivre l'un que l'autre. N'était-ce pas à cela qu'allait aboutir son idée ?

Folken l'accompagna jusqu'à sa chambre et s'assura qu'il se couchait.

« Repose-toi bien. »

-

Dès qu'il entendit la porte d'entrée se refermer, Dilandau bondit hors du lit et ouvrit le tiroir en bas de l'armoire, comme Dune lui avait indiqué. Des chaussettes s'y trouvaient comme prévu, c'était bon signe ; il les éjecta les unes après les autres.

« Où est-elle bon sang ! »

Un tintement se fit entendre. Il tourna la tête brusquement ; le pendentif était au sol, pierre rose montée sur une chaîne en or. Il l'avait lancé en même temps qu'une des paires de chaussettes. Il le ramassa, le regarda longuement avant de le serrer entre ses paumes et de formuler son souhait.

~oOo~

« J'espère que ce n'est pas ce qui s'est passé avec Sophie qui l'a rendu malade », dit Allen en entrant dans l'appartement de Folken. Il était tellement sensible parfois !

« Rassure-toi, je crois qu'il fait semblant pour retarder son retour chez toi », lui assura le locataire des lieux.

Un bruit de pas précipité leur fit tourner la tête.

« Venez m'aider ! Dilandau ne se sent pas bien ! »

Allen et Folken restèrent sans bouger, stupéfiés, les yeux fixés sur le couloir où venait de disparaître Serena, une Serena avec des vêtements déchirés qui ne couvraient plus que la moitié droite du corps, une Serena qui leur annonçait, affolée, que Dilandau ne se sentait pas bien et qui retournait dans la chambre de Folken en courant.

Serena était revenue, sa tenue était déchirée par le milieu et elle leur parlait de la santé de Dilandau… qui était donc parti puisqu'elle était là. Ils s'entreregardèrent – Allen ne comprenait rien, Folken se demandait si Serena ne s'était pas cogné la tête… ce qui n'expliquait pas ce qui était arrivé à ses habits – et décidèrent d'un accord tacite de la suivre.

-

« Dieu ! » s'exclama Folken, le premier à entrer dans la chambre. Dilandau était allongé sur le sol, inanimé, il portait l'autre moitié des vêtements. Serena était agenouillée à côté de lui et tapotait ses joues.

Ils étaient là… tous les deux… en même temps.

« Il ne va pas bien ! Je ne comprends pas, moi je vais très bien ! » disait Serena, paniquée.

Folken avisa le pendentif qui gisait au sol à côté de Dilandau ; il hocha la tête doucement, il comprenait mieux.

« Que s'est-il passé ? » demanda-t-il, se penchant sur Dilandau et s'assurant qu'il était toujours en vie. Par bonheur, oui.

« Dilandau a souhaité qu'on ait deux corps à part. ça a réussi, mais depuis il est comme ça. Pourquoi ? » Serena tourna un regard perdu vers Allen qui venait de la couvrir d'une veste.

« Il est vivant ? » demanda-t-il d'un ton angoissé. Folken hocha la tête. Oui, il était vivant, mais ce n'était pas la grande forme. Il le couvrit d'un drap pour cacher la moitié nue de son corps, Dilandau agita mollement la tête, ses yeux s'entrouvrirent et se refermèrent aussitôt.

~oOo~

Dilandau ouvrit les yeux. Du blanc, une ombre au milieu. Sa vue se fit un peu plus nette. Le blanc était un plafond, l'ombre était un lustre.

Où se trouvait-il ?

« Tu es l'être premier », entendait-il dire. N'était-ce pas la voix de Folken ? Il devait se trouver à quelques pas. « Tu as simplement pris ce qui t'appartenait de droit, tu es donc en parfaite santé. Dilandau n'est par contre qu'une âme et des morceaux de corps modifiés ; si son corps est bien entier, il est par contre très faible car tu as pris presque toute l'énergie vitale.

— Mange Dilandau. » La voix d'Allen, du métal chaud qui forçait l'entrée de sa bouche, une cuillère pleine de purée. Il se força à ouvrir la bouche et à avaler. Dieu, comme c'était simple d'ordinaire et comme cela lui semblait un effort insurmontable !

« Qu'est-ce qu'il va devenir ? Il ne va pas rester comme ça ! » Une voix de femme inquiète. Qui était-ce ? Ce n'était pas la voix de Dune, ça non. Ni la voix de Sophie, d'ailleurs, cette voix parlait de lui, Sophie ne s'inquiéterait pas pour lui.

Il fallait une nouvelle fois ouvrir la bouche pour laisser entrer la cuillère, une nouvelle fois se forcer à avaler.

« Il est enfin conscient. » A nouveau la voix de Folken. Quelque chose se posait sur son front, une main, le contact était agréable. « Il ne faut pas t'inquiéter Serena. » Serena ? Folken parlait à Serena ? Mais…

Son entrevue avec Dune lui revint alors en entier. Le mensonge raconté à Folken. La pierre. Le souhait. Le trou.

Cela avait marché !

« Il faut qu'il prenne des forces, poursuivait Folken. Sous peu de jours, il sortira de cet état léthargique. Bientôt nous le reverrons sûrement aussi en forme que nous l'avons toujours connu.

— Tu entends Dilandau ? » Allen… que sa voix était douce quand il lui parlait. « Il faut manger. Ouvre la bouche. »

Il obéit, docile.