Un chapitre qui va plaire à une certaine Evans de mes amies. Je crois.
Surtout que nous approchons la fin de cette partie de l'aventure. Je m'en suis bien tiré, il me semble.
Bonne lecture.
Les réponses aux reviews sont toujours au prologue.
Nota Bene : Il s'agit ici d'une version implémentée le 7 novembre 2010. (pour ceux qui l'aurait déjà lu)
Chap. 24 : Dans l'antre du dragon.
Jérôme avait dormi deux heures avant de reprendre la route. Énervée et anxieuse, Hermione n'avait pas pu se reposer. Elle avait donc marché tout le long dans l'aire de repos. La trahison de Denis Fein ne lui paraissait toujours pas concevable.
Dans tous ses souvenirs, c'était l'image d'un homme consciencieux et droit qui s'imposait. Il dirigeait depuis des années le service de renseignement des rebelles irlandais et n'avait rien à gagner à s'opposer au reste de ses alliés. D'ailleurs, que pouvait-elle représenter à l'échelle de l'Irlande ? A bout d'argument, fatiguée et écoeurée par ce qu'elle avait vu, la jeune fille avait fini par s'en ouvrir à Jérôme. Elle n'avait que lui et malgré ses réticences, elle avait confiance en lui.
- Qu'est-ce qui peut motiver quelqu'un à trahir les siens ? Avait demandé d'un ton léger. Sans s'offusquer, Jérôme comprit ce qui la taraudait.
- L'argent, l'amour, la haine, sont les premiers facteurs d'une trahison. Répondit-il simplement.
- Je ne représente rien, je ne suis pas grand-chose. Reprit Hermione. Pourquoi moi ?
- Parce que tu es le symbole de la résistance contre Voldemort. Il marqua un silence. Plus encore peut-être que le "survivant". Toi, tu es vraiment un chef de guerre.
- Voilà qui est drôlement rassurant. S'amusa Hermione. Je ne suis plus une jeune fille, mais un véritable guerrier prêt à étriper le tout-venant.
La remarque fit mouche et les deux jeunes gens se laissèrent aller à un rire salutaire. La tension accumulée au cours de la course poursuite s'évacua doucement au travers de l'effort soutenu des zygomatiques.
- Sans blagues. Reprit Jérôme en s'essuyant une larme de joie au coin de l'oeil. Pour quelqu'un comme Fein, vous êtes la quintessence de ce qu'il peut détester.
- Je laisse de côté l'usage d'un mot de quatre syllabes qui appartient au vocabulaire d'un docte professeur et je ne retiendrais que le sens des mots. S'amusa Hermione en s'asseyant dans l'herbe. Expliques-moi.
Jérôme tiqua et se senti obligé de s'assoir à son tour devant la jeune fille. Il arracha distraitement un brin d'herbe qu'il manipula entre ses doigts. En face de lui, Hermione savait qu'il hésitait à entrer dans les détails. Il se décida finalement à répondre.
- Tu es jeune, plutôt jolie. Hermione rougit nettement à cette évocation, Jérôme ne paraissait pas non plus totalement insensible.
- Merci des compliments. Gloussa-t-elle.
- Laisses-moi finir. Coupa-t-il. Tu es aussi très forte, et beaucoup de gens t'aime. Certains pour ce que tu représentes, et les autres, pour ce que tu es.
- En quoi cela peut-il le gêner ? Interrogea la jeune fille qui ne parvenait pas bien à comprendre le sens de ces révélations.
- D'après ce que je sais, en quelques semaines tu es devenue une égérie pour tout le pays. Fit Jérôme en guise de réponse.
- Et alors ? Quel rapport ? S'étonna-t-elle encore. Jérôme leva les yeux au ciel.
- Combien de temps crois-tu qu'il a fallu à Patrick Fitzham ou à Denis Fein pour arriver où ils sont ? La question n'était pas uniquement rhétorique et Hermione comprit enfin où il voulait en venir.
- Toute une vie. Balbutia-t-elle.
- Voilà. Souffla-t-il visiblement satisfait. Certains réagissent positivement à la pression des plus jeunes.
- Comme Patrick Fitzham. Conclut Hermione.
- D'autres verront avec douleur que le temps les rattrape et qu'ils seront bientôt trop vieux, inutiles, retraités. Acheva Jérôme.
- C'est la vie ! S'étonna Hermione. Il faut plutôt se satisfaire de la réussite des autres et en prendre son parti.
- On sent que tu n'es pas concernée. S'amusa à moitié Jérôme. C'est beaucoup plus difficile à vivre, tu verras. Conclut-il.
Finalement, Hermione parvenait à comprendre les motivations du mange-mort. Les excuser, elle ne pourrait probablement jamais, mais les concevoir, ce n'était pas si difficile. Elle se trouvait à présent devant les outils qu'utilisait Jedusor pour séduire ses victimes futures tueurs aliénés à son pouvoir. Elle en frissonna.
Jérôme se mépris et cru qu'elle avait froid. Gentiment, il proposa son manteau à la jeune fille qui lui refusa d'un sourire. Devenu écarlate en comprenant qu'il se trompait, le jeune homme retourna s'asseoir. La conversation se rouvrit avec un peu de raideur, mais au bout d'un moment, ils avaient abandonné les motivations des mange-morts et les traitrises.
Après un trait d'humour bien senti, Jérôme considéra l'heure avancée et proposa de reprendre la route. Hermione ne s'opposa pas à son chauffeur et se dirigea docilement jusqu'au véhicule abîmé par un drôle de combat contre un dragon.
« §§§ »
Trois heures après la reprise de leur voyage, ils dépassaient Lyon, il faudrait encore six heures pour atteindre Vintimille où un couple d'amis italiens pourrait prendre le relais. Le franchissement de la frontière se passa très tranquillement. Les capacités de legilimens de la jeune fille permirent d'éviter les tracasseries administratives. Le pauvre douanier se demanderait probablement longtemps pourquoi il s'obstinait à demander ses papiers à un poteau électrique.
Enfin le véhicule ralenti. Le tunnel de la Provençale déboucha sur le viaduc de l'autoroute del Fiori. Sur sa droite, Hermione découvrit la méditerranée qui paraissait dans ses calanques. Même au moins de janvier, découvrir la mer au petit matin était un spectacle grandiose.
- Profites-en, ensuite la route est pratiquement constamment enterrée jusqu'à Gênes. la prévint Jérôme.
- On ne s'arrête pas à Vintimille ? s'inquiéta Hermione.
- Normalement, j'aurai dû. Il marqua un temps. Mais je préfère te conduire un peu plus loin. Par précaution.
Rapidement, Jérôme expliqua que le couple d'amis qui rendait habituellement service à Robert risquait d'être très surveillé par les ennemis de la jeune fille. En considérant que la disparition de Fein ne les ait pas totalement arrêtés dans leurs tentatives. Dans ces conditions, il était peut-être plus sage de rouler jusqu'à Gêne ou plus loin encore. Au bout d'un moment, le conducteur affirma, sans rire, qu'il pouvait très bien assurer son transfert jusqu'à la côte adriatique. Au point où il en était, rien ne pouvait entamer sa détermination.
Ils arrivèrent à Gênes pour l'heure de midi. Enfin, plutôt en fin de matinée, mais comme ils n'avaient pas mangé depuis la veille, leur seule préoccupation fut de trouver au plus vite un restaurant. Comme s'il connaissait parfaitement la ville, Jérôme sortit de l'autoroute par le cours Maurice Quadrio et s'engagea rue Gabrielle d'Annunzio. Á la place Dante, la voiture se faufila dans la circulation particulière des villes italiennes. Les panneaux indicateurs, les feux de signalisation semblaient n'avoir aucune utilité. Fermement, le jeune homme imposait sa place dans le flot des voitures et des scooters qu'affectionnent particulièrement les italiens.
Par la rue Ippolito d'Aste, Jérôme espéra gagner rapidement la place de la Victoire où trônait le célèbre arc de triomphe de l'orgueilleuse cité. Trouver une place de stationnement fut plus délicat que de trouver une pizzeria. Sans se démonter, Jérôme se dirigea vers le serveur du restaurant qu'ils avaient choisi.
- Due piatti di spaghetti alla romana, senza troppi grassi, evidentemente. E fa rapidamente![1] Le ton du jeune homme ne souffrait pas de résistance.
- Al vostro servizio signore, signora[2]. fit le serveur obséquieux.
- Dove si trova la stazione più vicina, il mio amico?[3]
- Dall'altro lato del parco. Répondit l'italien en parlant essentiellement avec les mains. Aspettate un treno ?[4] continua-t-il sur un ton de curiosité un peu désagréable.
- Non sono i vostri affari. Ma, grazie però.[5] Le serveur s'éloigna un peu vexé. Mais le service fut tout de même impeccable.
- Tu veux reprendre le train ? s'étonna Hermione.
- Non, pas du tout. C'est que je voulais créer une fausse destination. Au cas où. fit-il en haussant les épaules.
- Judicieux comme pratique. reconnu Hermione qui pensait tout de même que cela confinait à la paranoïa.
- C'est encore une idée monomaniaque de Robert. sourit Jérôme. On a beau dire que c'est ridicule, qu'on ne le fera jamais. Dès qu'on en a l'occasion, on le met en pratique. Quelque part, ça rassure. Dans la foulée, il proposa un toast en l'honneur de leurs amis coincés Merlin savait où.
La conversation entre les deux jeunes gens dériva doucement sur leurs sentiments intimes. Ils avaient largement eu le temps d'exploiter tous les autres au cours de la nuit. D'une certaine manière, Jérôme était reconnaissant à sa passagère de n'avoir pas sombré trop souvent dans un sommeil profond, le laissant seul conscient au volant.
Bientôt, Hermione sut tout ce qu'il y avait à savoir sur la vie privée du jeune homme. Après sa tentative pour devenir pilote professionnel, ses origines sorcières prirent le dessus. Il avait trouvé du travail chez un armateur caennais et passait ses journées à caréner des navires sorciers. Ce n'était pas très emballant. De ce fait, lorsque Robert lui avait proposé d'entrer au "régiment", il n'avait pas hésité une seconde. Peu à peu, il avait appris bien plus de sorts que n'en maitrisaient les gens de son âge. Ce qui lui avait paradoxalement permit de progresser très rapidement dans son travail. Á présent il était chef d'équipe et organisait la construction de petites unités de pêche. Hermione resta en extase devant les anecdotes du jeune charpentier de marine. Elle avait tant apprécié son séjour sur la bisquine d'Olaf Thorsthon. S'il n'y avait pas eu les circonstances, elle se serait sentie très proche du jeune homme.
Lorsqu'il eut fini, il s'intéressa à son tour aux expériences de la jeune fille. Hermione expliqua qu'elle espérait venir au bout de sa mission pour retrouver ses amis, notamment un certain roux. Son action était aussi motivée par le bien être de sa meilleure amie Ginny et de l'ami de celle-ci, Harry Potter.
- Potter ? interjeta Jérôme. Tu veux parler de celui qu'on appelle le "survivant".
- Je n'en connais pas d'autre en tout cas. répondit-elle calmement.
- Tu connais du beau linge dis-moi.
- Il n'est pas anormal ou différent de nous, tu sais. rétorqua Hermione en rougissant un peu.
- C'est tout de même une célébrité. Et il n'a pas trop la grosse tête ?
- Dans ma réalité pas du tout. affirma la jeune fille.
- Avec l'histoire qu'il a, je me demande comment ça été possible. s'étonna Jérôme.
- Il a vécu avec des moldus qui le rabaissaient constamment. intervint-elle. Il faut reconnaitre que ça forge le caractère. ricana Hermione.
Dès que le dessert fut avalé, on leur apporta deux cafés italiens très corsés en comparaison de celui qu'Hermione s'était vu servir en France. Après avoir payé l'addition avec de l'argent que la jeune fille ignorait avoir, ils purent quitter les lieux. La jeune irlandaise guetta son compagnon de route et lui demanda comment il était possible qu'elle ait des lires italiennes dans ses poches alors qu'il était prévu qu'ils fuient par l'Autriche. Le jeune homme lui répondit seulement que la politique de Robert de Mathan était d'être prêt à tout, même à l'improbable. En l'occurrence, la frontière entre l'Italie et l'Autriche n'étant pas très éloignée, la possibilité de passer d'un pays à l'autre était pleinement concevable. Par conséquent, tout le monde avait été pourvu en monnaies idoines. En fouillant un peu, s'amusa le jeune homme, Hermione pourrait trouver des deutschemarks, des francs français, suisses et belges. Mais il doutait de trouver des pesetas acheva-t-il en haussant les épaules.
Ils récupérèrent la voiture et prirent tranquillement la direction de la gare. Passant devant celle-ci, Jérôme ne ralentit même pas. Il obliqua vers l'autoroute et rapidement la voiture reprit un rythme de déplacement soutenu. De Gêne à Bari, il faudrait descendre la presque totalité de l'Italie. Comptes tenus du fait qu'il faudrait très probablement s'arrêter deux ou trois fois faire de l'essence et qu'il lui faudrait dormir un peu en chemin, le jeune homme estima à douze ou quinze heures le trajet restant à effectuer. Heureusement, il n'y avait visiblement plus de danger immédiat.
"§§§"
L'arrivée sur Bari fut aussi monotone que le passage de toutes les grandes villes. Que se soit de Florences, de Rome ou Bari, Hermione n'avait pu voir que des faubourgs crasseux. Les autoroutes ne pénétraient jamais dans les villes et Jérôme souhaitait arriver le plus rapidement possible à destination. Une escouade de carabiniers failli interrompre durablement le voyage. Les deux jeunes sorciers se préparaient à une intervention musclée lorsque les six policiers italiens encerclèrent le véhicule après les avoir obligé à s'arrêter.
- Scusateci di interrompere la vostra luna di miele gli innamorati. Ma avete perso la vostra targa posteriore[6]. fit l'un des agents qui paraissait être le chef de la patrouille.
- Vi ringrazio di segnalarcelo signore il poliziotto[7]. répondit en bégayant un peu Jérôme soulagé du tour de la conversation.
- Tenete, ha la placca. Pensate a fare riposare arrivando lei. Andate dove così?[8] continua l'agent avec la gouaille habituelle des italiens.
- Fino Bari, dove abbiamo riservato un hotel per noi due[9]. coupa Hermione, agrémentant l'information d'un regard langoureux pour son équipier.
- Buono viaggio in Italia. Approfittate bene ne![10] conclut le policier avec un large sourire. Il fit signe à ses collègues de s'écarter et Jérôme put repartir sans aucunes difficultés.
Une fois repartis et s'être décemment éloigné des carabiniers, Jérôme souffla un grand coup pour illustrer son appréhension. Hermione ricana. Chacun avait sa manière d'exprimer son ressenti. L'important était qu'ils s'en soient sortis sans encombre une fois de plus. Néanmoins, Jérôme considéra que ce genre d'expériences le ferait vieillir prématurément. Ce qui amusa beaucoup sa passagère tant il paraissait jeune.
L'autoroute s'achevait littéralement avec la banlieue de Bari. Parvenus à l'extrême limite de la voie rapide, le conducteur suivit la route Giovanni Gentille en direction du port de plaisance. La route côtière Araldo di Crollalanza menait directement à la capitainerie. Il n'y eu qu'à se laisser guider. Trouver un stationnement fut en comparaison plus délicat. La jeune fille décréta qu'elle était assez grande pour veiller sur elle-même. Elle obligea son chauffeur à la déposer sur le port et le laissa seul pour trouver une place.
Hermione se promena longuement sur le môle en attendant que son compagnon de route revienne. Le bruit du vent dans les mâts, faisant vibrer les drisses et tinter les poulies et les mousquetons contre l'aluminium des bateaux récents, était un délassement incomparable pour la jeune fille. Elle avait apprécié de rester à Brécourt, mais la mer lui manquait malgré tout. Pendant que Jérôme était Merlin savait où, elle pouvait donner libre court à son plaisir. Hermione aspirait à pleins poumons l'air salin, goûtait la faible chaleur du soleil d'hivers et raisonnait du bruissement des vagues dans son dos. Elle était bien.
Son chauffeur mit quelques minutes à revenir la trouver. Hermione en avait profité pour faire le tour du port et repérer les navires qui présentaient des signes évidents d'appartenance au monde magique. Elle était un peu déçue. Malgré ses efforts, la jeune fille n'était parvenue qu'à en repérer une poignée, quatre ou cinq tout au plus.
De son côté, Jérôme paraissait plus enjoué. Il avait effectué un détour par la capitainerie où la personne préposée à l'accueil l'avait obligeamment renseigné. Aucune liaison normale n'existait entre l'Albanie et l'Italie. Et pour cause, le régime totalitaire qui régnait là-bas n'autorisait aucune entrée ni aucun départs. L'irlandaise comprit que Jedusor avait bien choisi son refuge. Il serait délicat d'entrer sans se faire repérer dans ce territoire interdit, protégé par des troupes d'assauts endoctrinées et avides de sang, dirigé par un mégalomane paranoïaque.
Quand elle fit part de ses craintes à son jeune équipier, Hermione entendit qu'il n'existait aucun impossible. Jérôme se faisait fort de trouver une solution acceptable, rapidement, s'entendait évidemment. Par ailleurs, il ne voulait pas entendre les récriminations de son équipière quant au fait qu'elle ne voulait pas le mettre en danger. L'expérience avec le dragon lui semblait déjà très éprouvante. Il était inutile qu'il mette à nouveau sa vie en jeu.
Jérôme avait feint de ne pas entendre les recommandations de la jeune fille et échafaudait constamment de nouveaux plans, qu'elle réduisait patiemment à néant. Trois jours passèrent ainsi à réfléchir à une solution. Le bras de mer à traverser n'était pas large, mais de l'autre côté se trouvait une marine de guerre puissante et tatillonne. En attendant de trouver, ils erraient entre l'hôtel miteux où ils louaient deux petites chambres et la plage.
« §§§ »
La recherche d'une solution fut longue et fastidieuse. N'ayant que de maigres ressources, ils économisaient leur argent et s'offraient peu de luxes. De deux chambres miteuses, ils passèrent rapidement à deux chambrettes encore plus pauvres. Hermione avait cru à une mauvaise blague lorsqu'au bout de trois semaines Jérôme lui avait dit qu'ils devaient changer d'hôtel. Puis, quand elle vit l'hôtel suivant, elle avait manqué de s'étouffer. Cette fois, ils ne verraient même plus la plage. D'ailleurs, verraient-ils seulement la lumière ? Les chambres retenues donnaient directement sur le mur d'en face.
Au bout de six semaines, ils n'avaient plus d'argent du tout.
- Je vais aller vendre mes charmes. Ironisa la jeune fille.
La réaction de Jérôme fut rapide et intense. Il vira du rouge au blanc en passant par toutes les nuances de violet. Il fallut un peu de temps pour Hermione avant de retrouver son calme. Elle avait été immédiatement gagnée par une irrépressible hilarité. Jamais elle n'aurait pu penser qu'il prendrait au sérieux cette boutade.
- J'ose espérer que cela était une blague d'un goût douteux. Finit-il par prononcer en faisant un effort manifeste pour se contrôler.
- Et si c'en n'est pas une ? Tenta Hermione décidément taquine ce matin-là.
- Tu ne passeras plus le pas de cette porte, c'est décidé. La réprimanda Jérôme plus fâché qu'elle ne l'imaginait.
Par amitié et esprit de justice, la jeune fille déclara qu'il n'était pas question qu'elle rejoigne ces malheureuses qu'ils entendaient parfois remonter les étages accompagnées de personnes douteuses. Cependant, il leur fallait trouver rapidement une solution financière à leurs ennuis présents.
- Je parle italien. Annonça Jérôme comme une évidence oubliée.
- Tu crois que cela te donnera plus aisément un métier. Se moqua Hermione.
Malgré les doutes de la jeunes filles, les talents du jeune homme trouvèrent rapidement des employeurs intéressés. Il commença par faire la plonge dans quelques restaurants locaux, mais son niveau de langue progressant, il parvint à trouver des situations plus confortables. Finalement, il partait chaque matin sur un petit caboteur qui allait ravitailler les îles alentours. En dehors du fait que cela lui permettait de se faire une idée personnelle des difficultés qu'ils pourraient rencontrer à tenter un franchissement illégal, il ne se faisait pas trop remarquer.
Ce point là était pratiquement aussi essentiel que la nécessité de manger et d'avoir un toit pour dormir. Les deux jeunes gens craignaient les mange-morts bien plus que la faim ou l'inconfort.
A son tour, Hermione se mit en quête d'une activité honnête et rétribuée. Honnêtement payée si cela était possible d'ailleurs. Il lui fallut apprendre rapidement tous les rudiments de la langue et s'intégrer à la jeunesse locale. Après dix semaines de résidence, la jeune fille parlait italien correctement quoi qu'elle ne parvenait pas à s'extraire d'un semblant d'accent irlandais. Si Jérôme se moquait de cette peccadille, les locaux trouvaient ce détail charmant.
Assez vite, Hermione put se placer à son tour dans la restauration. Cependant, elle ne fut pas cantonnée aux métiers discrets. Dans un soucis de publicité, et pour attirer les jeunes du secteur, son patron l'installa au service. Ce qui devait arriver ne fut pas évité. L'irlandaise devint en quelques semaines supplémentaires, l'attraction locale. Les jeunes hommes venaient se pavaner devant elle lors de son service. Ce qui par ailleurs l'amusait beaucoup. La jeune fille avait plus de mal avec les pères de ces derniers. Mais globalement, il régnait une atmosphère bon enfant dans ce petit bourg du Sud de l'Italie.
Tous les soirs, comme tous les couples, Hermione et Jérôme se promenaient le long de la plage pour tenter, en vain, de trouver une solution. Chaque soir, discrètement mais sans interruption, Jérôme racontait à la jeune fille sa vie à lui, en France. Sa fiancée lui manquait manifestement et les racontars des italiens, l'image qu'ils donnaient d'eux, ne faisaient pas oublier leur objectif.
L'absence évidente de solution perturbait profondément les deux jeunes gens. Et leur situation promettait de se poursuivre encore un moment. Heureusement, les mange-morts ne semblaient pas avoir eut vent de leur présence à cet endroit. Dans le doute néanmoins, ils prenaient garde à ne pas trop se faire remarquer. La plupart des habitants les considérait comme un couple de français qui tentait de s'intégrer, ils n'allaient pas les détromper.
« §§§ »
Ce matin-là, Hermione tournait dans sa chambrette en attendant le début de son service au « palazzio de Ramon » qui n'avait de palace que le nom. Mais Giuseppe était un patron plutôt sympathique et ses collègues l'amusaient beaucoup. Comme tous les matins, elle cherchait une solution pour rejoindre l'Albanie si lointaine et pourtant si proche.
La jeune fille eut un fou rire quand, enfin, elle trouva la solution. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était plus promis de se battre tant elle pouvait parfois être idiote. Elle avait la solution en elle depuis le début. L'avantage de cette unique et fiable solution était que Jérôme ne saurait la suivre. Ainsi, elle le laisserait en sécurité en Italie. Patiemment, elle regroupa ses affaires sur le lit de l'hôtel et s'assura d'avoir tout ce qui pouvait être utile à une sorcière en territoire étranger. Potions et charmes passèrent du fond de la bourse au sommet des piles qu'elle organisait et modifiait constamment. Elle se sentait prête mais n'osait pas passer à l'action. C'était d'ailleurs la principale récrimination que lui faisaient Ron et Harry. L'évocation de ses amis la persuada qu'il était largement temps d'agir. Fermement, elle serra le cordon de sa bourse et la noua comme d'habitude à sa ceinture.
La jeune fille ferma soigneusement sa chambre d'hôtel et gagna celle de son ami. Celui-ci s'était étendu sur son lit et paraissait plongé dans ses pensées.
- Je vais y aller. lança-t-elle d'un ton détaché.
- Tu as trouvé une solution ! fit le jeune homme en se redressant précipitamment. Il commença à ramasser ses affaires éparpillées un peu partout autour du lit. Un peu comme le faisaient Ron et Harry. Ce qui tira un sourire amusé à la jeune fille.
- J'ai un plan, mais tu ne peux pas en faire partie. Désolée. répliqua-t-elle au bout d'un instant.
- Il faudrait que tu ais des ailes pour me planter là ma jolie. s'exclama-t-il en laissant retomber par mégarde une partie des objets qu'il venait de rassembler.
- Justement, c'est exactement l'idée. ricana-t-elle.
Hermione expliqua enfin son plan. Étant donné qu'elle pouvait se transformer en hirondelle, il n'y avait aucune raison qu'elle ne profite pas de cet atout pour rejoindre la côte d'en-face. C'est à peine si ils ne pouvaient la voir droit devant eux. La nouvelle laissa Jérôme dubitatif. Il n'aurait jamais cru qu'elle était un animagus. En général les sorciers qui le sont en si fiers qu'ils usent et abusent de cette faculté. Au bout d'un moment de stériles palabres, Jérôme finit par comprendre qu'il n'aurait pas le dessus sur la jeune fille. Il la mit en garde au moins vingt fois sur les dangers que représentait cette traversée pour un si petit animal.
- Y en a qui en mange ! avait-il fini par lancer, dépité.
- Après avoir été poursuivie par un dragon, je suis vaccinée contre les prédateurs. s'amusa-t-elle.
Après de nombreux efforts, il obtint de son amie qu'elle prenne son envol d'Otrante et non de Bari. Le bras de mer était bien moins large là-bas. Devant la pertinence de la remarque, Hermione reporta au surlendemain son départ.
Au petit matin, les deux jeunes gens arrivèrent à la Torre de Serpe, vestige ruiné trônant au milieu de champs à nus. N'ayant vraiment plus d'arguments, Jérôme souhaita une bonne route à la jeune fille. Pas bonne chance, ça porte malheur. Le cœur y était néanmoins. Ils s'embrassèrent comme de bons amis qu'ils étaient et Jérôme accompagna la jeune fille jusqu'à la plage. Á l'abri des regards indiscrets, elle se changea en un petit oiseau à l'apparence fragile et s'envola vers l'Albanie sans espoir de retour.
Le jeune homme eut un pincement au cœur. Il se sentait inutile, et cela n'était pas dans ses habitudes. Néanmoins, il était allé au-delà des recommandations de son chef et avait permis queSeagull puisse accomplir sa mission. La voyant s'éloigner à tire d'aile. Il comprit l'origine de son surnom. Cela l'amusa, un peu.
"§§§"
Contrairement à ce qu'elle avait espéré, la traversé de l'Adriatique n'était pas véritablement une partie de plaisir. Elle parvint après quelques difficultés, notamment la fatigue, elle n'était pas habituée à voleter si longtemps, à se poser sur un arbre albanais. Enfin, elle l'espérait. La frontière grecque n'étant pas si éloignée, il y avait un risque de se tromper de destination. Heureusement, elle se trouvait sur l'éperon rocheux, la presqu'île plutôt d'Orik. Le souci à présent était que Jedusor s'était caché dans le nord du pays, au plus profond des grandes forêts. Hermione avait atterri dans le sud et remonter lui demanderait un effort non négligeable. D'autant qu'elle ne parlait pas un mot de la langue locale. Il fallait espérer qu'elle ne rencontrerait pas trop vite des gens du pays.
Pour parvenir à destination, la jeune fille décida de conserver sa forme animale le plus longtemps possible. Ainsi, elle se ferait discrète et pourrait évoluer avec une totale liberté. L'idée était bonne et personne ne prêta attention à ce petit oiseau qui grappillait à droite et à gauche de la nourriture et des informations.
De janvier à avril, elle remonta patiemment vers le nord du pays. En route, Hermione se familiarisa avec la langue et écoutait à présent les conversations des vieux ou des voyageurs. Elle apprit par hasard de deux vieux agriculteurs qui déterraient une souche que la forêt de Dajt était hantée par un esprit maléfique. Tous ceux qui avait tenté de l'en déloger était morts ou devenus fous. De Bishqem où elle se trouvait à Dajt, il ne devait y avoir que quelques heures de vol et elle se précipita dans la direction indiquée. Enfin elle avait des informations pouvant la conduire à sa cible.
"§§§"
Hermione reprit une forme humaine en arrivant dans la forêt de Dajt. Elle ne craignait pas les moldus, même armés. Elle avait largement eu l'occasion d'observer les habitudes des groupes de sécurité militaire qui faisait tenir le régime contre le peuple. En plus du fait qu'ils étaient finalement peu nombreux, ils étaient souvent fainéants. Se contentant la plupart du temps de se rendre là où les délateurs leur indiquaient des proies faciles.
En pénétrant un peu plus dans la forêt, Hermione constata qu'il y régnait une ambiance assez similaire à la forêt interdite à Poudlard. La jeune fille s'attendait donc à voir surgir toutes les créatures magiques habituelles, centaures, elfes, licornes, nains et géants. Elle pria pour qu'il ne reste pas trop de ces derniers dans les parages. Ses aventures avec Graump avaient largement comblé ses espoirs.
Contrairement à ce qu'elle attendait, Jedusor ne parut pas s'intéresser à sa présence. Pourtant, pensait-elle, une jeune sorcière relativement puissante pouvait lui apporter bien plus que le falot Quirell. Elle ne pouvait pas comprendre, qui l'aurait pu, que Jedusor craignait justement la trop grande puissance de la jeune fille. Hermione n'était pas un esprit faible comme le défunt professeur de Défense contre les forces du mal. Tout le mois de mai et une partie du mois de juin s'écoula sans que la jeune fille ne parvienne à trouver l'antre de Jedusor.
Elle eut un peu de chance lorsque qu'un vieil homme qui se présenta aux villageois comme un mage-exorciste vint se perdre dans la forêt. Hermione avait fait sa rencontre alors qu'elle achetait de la nourriture pour les semaines à venir. Intriguée, elle décida de le suivre discrètement, transformée en hirondelle.
La réaction de Voldemort fut prompte. Le vieil homme, d'un pas chaloupé indiquant qu'il ne pratiquait guère l'ascèse, s'avança dans les frondaisons en direction du nord. Dès que les villageois furent hors de vue, une bouteille d'eau de vie passablement entamée émergea de ses fripes sales et usées. Après avoir fait descendre encore un peu plus le contenu dans la bouteille, l'homme s'installa confortablement pour détailler tout ce que les crédules lui avaient donné pour l'aider dans sa mission périlleuse. Hermione comprit assez rapidement que sa gouaille cachait en vérité un arnaqueur comme il en existe toujours lorsque des événements anormaux sont signalés. En quelques minutes, il s'était délesté de tout ce qui ne représentait pas de valeur marchande et entreprit de repartir. Le chemin le plus court passait par le nord-est de la forêt et c'est naturellement qu'il s'y aventura d'un pas pressé.
La progression du vieil homme durait depuis un moment déjà et Hermione doutait qu'il fût d'une quelconque utilité de suivre encore. L'avoir vu profiter de la crédulité des villageois écœurait la jeune fille. Pourtant, imperceptiblement d'abord, puis plus nettement, le vieil homme avait modifié sa destination. D'une direction nord-est, il passa à une direction plein ouest. Les événements promettaient de s'accélérer et la jeune fille se prépara à entrer en action. L'arnaqueur s'approcha d'un coin plus sombre de la forêt. Un endroit idéal pour l'âme amoindrie de Voldemort. Il devait trouver l'endroit absolument charmant, en adéquation particulière avec son tempérament, remarqua Hermione. Parvenu au centre d'une clairière sombre, le vieil homme s'immobilisa. Il semblait plongé dans un rêve agréable, un sourire niait lui barrant le visage.
La petite hirondelle voleta de droite et de gauche en espérant repérer la présence des horribles restes de Jedusor. D'après ce que Harry lui avait raconté de son affrontement avec Quirell, le seigneur des ténèbres n'était pas plus gros qu'un petit chien, poussant comme une excroissance hideuse et malsaine sur le dos du professeur. Elle espérait que sa forme animale puisse la protéger de ses désirs de pouvoir. Ne voyant rien aux alentours, Hermione se demanda si le vieil homme était véritablement passé sous le contrôle de Jedusor. Enfin, elle se posa à l'abri d'une basse branche sur un chêne proche.
Une forme fantomatique, inconsistante et pourtant effrayante se glissa entre les fûts des arbres qui faisaient face au vieil homme. Une sorte de brume épaisse ondoyait à ras du sol et s'avançait par à-coups vers sa prochaine victime. L'âme ou l'essence corporelle affaiblie de Jedusor enserra l'homme qui oscillait à présent sur le même rythme que la brume étrange. Finalement elle sembla entrer dans le vieil homme qui s'effondra.
De longues minutes s'écoulèrent sans que rien ne se produise plus. Hermione sentait son cœur battre à tout rompre. Si Jedusor s'incarnait dans le vieil homme, il n'était pas douteux qu'elle parvienne à le vaincre. Ce serait même très probablement aisé. Mais le vieil homme ne fit plus un geste.
Au bout de ces très insatisfaisantes minutes, l'âme de Jedusor sembla s'extraire péniblement du corps du vieil homme. Visiblement la tentative du mage noir de prendre possession de ce corps usé s'était achevée par le décès du moldu. Regroupée en une forme quasi-humaine, la brume se dirigea mollement vers les frondaisons. Hermione se prépara à intervenir, elle pensait suivre Jedusor jusque dans sa retraite la plus secrète et l'anéantir là où il n'aurait plus d'échappatoires possibles. L'hirondelle s'envola prestement dans un petit bruissement de plumes.
Alors que la jeune fille transformée planait tranquillement au-dessus de ce qui restait de Voldemort, elle se sentit lasse, proprement épuisée. Elle prit un peu d'avance et se posa sur une branche barrant le passage de Voldemort. La jeune fille pensa y reprendre son souffle en attendant son ennemi. De cet emplacement, elle ne pouvait manquer son passage.
La brume ondulait comme un reptile. Elle paraissait être un grand serpent lumineux qui flottait à quelques pouces du sol. La tête difforme de Voldemort se dessinait à l'avant de la monstrueuse apparition. Hermione la vit se dresser devant elle. La jeune fille hurla de toutes ses forces au moment où une lumière intense se faisait autour d'elle.
[1] Deux plats de spaghettis à la romaine, sans trop de gras, évidemment. Et vite fait !
[2] Á votre service monsieur, madame
[3] Où se trouve la gare la plus proche, mon ami ?
[4] De l'autre côté du parc. Vous attendez un train ?
[5] Ce ne sont pas vos affaires. Mais, merci tout de même
[6] Excusez-nous d'interrompre votre lune de miel les amoureux. Mais vous avez perdu votre plaque d'immatriculation arrière
[7] Je vous remercie de nous le signaler monsieur le policier
[8] Tenez, voici la plaque. Pensez à la faire reposer en arrivant. Vous allez où comme ça ?
[9] Jusque Bari, où nous avons réservé un hôtel pour nous deux
[10] Bon voyage en Italie. Profitez-en bien !
