Il n'avait reçu aucun message texte de Léo de la journée et il était furieux. Nous étions le 31 octobre, 16h30 et aucun signe de Léonardo. La veille, lorsqu'il était rentré, celui-ci était déjà couché, ce qui ne l'avait pas étonné, étant donné l'heure tardive. Léo commençait plus tôt que lui à travailler et donc, qu'à presque 1 h am, il soit endormi, n'avait pas choqué Raphael.
Il était donc entré sans faire de bruit dans la chambre afin de déposer un baiser chaste sur les cheveux noirs de son frère, ne voulant pas le réveiller. Celui-ci avait remué légèrement, laissant échapper un « Raph » endormi, de ses lèvres.
Cela lui avait réchauffer le cœur de voir que, même inconscient, il demeurait dans les pensées de son bien-aimé. Il s'était promis, en repensant à sa journée qu'il ferait tout ce qu'il pouvait pour protéger Léo et par extension, leur famille. Protéger Léo signifiait détruire tout obstacle se trouvant entre eux, car sa sécurité dépendait qu'il soit ensemble.
Naturellement, épuisé, il n'avait pas entendu son réveille-matin et donc, s'était levé après le départ de Léonardo, à son grand désappointement. Donnie lui aussi avait quitté et il se retrouva seul avec le benjamin qui lui confirma que le lieutenant avait quitté très tôt.
L'ex-leader n'avait laissé aucune note et là, à 30 minutes de la fin de son quart de travail, Léo ne lui avait laissé aucun indice sur l'heure à laquelle il se rendrait à la fête, l'apparence de son costume ou quoique ce soit. Ce n'est pas comme si Raphael ne l'avait pas texté pour lui soutirer ces informations. Malgré son désir d'avoir l'air autonome et indépendant, afin de se faire désirer davantage, il avait craqué au lunch et envoyer un texto à Léonardo.
Et malgré que cela fut depuis plus de 4 heures, il n'avait toujours reçu aucune réponse.
Il ne méritait pas ce traitement silencieux.
Cette absence de contact avec son frère avait fait rouler son imagination à pleine vitesse et sa colère enflait en proportion. Son frère, de toute évidence, se moquait de lui et était sans doute trop occupé à roucouler avec sa supérieure immédiate.
La pensée le faisait tant grincer des dents qu'il pouvait jurer sentir sur sa langue quelques morceaux d'ivoire.
Léo voulait jouer à cela? Faire semblant d'être concerné par lui, en sa présence et batifolant dans son dos? Il allait lui montrer que le jeu pouvait devenir sérieux.
Il n'attendit même pas la fin de son quart de travail pour s'éclipser. Il n'avait toujours pas de costume et malgré ses questions à son jeune frère durant le petit déjeuner, il n'avait pas pu découvrir en quoi Léo serait déguisé. Dans son esprit romantique, il aurait voulu un costume coordonné à celui de son frère, mais Mikey avait expliqué que, Léo était parti les mains vides, hormis sa tasse isothermique et que, à part « Les Héros de l'Espace », il ignorait ce que Léo pouvait aimer suffisamment pour décider de se déguiser ainsi.
« Tu sais, Raph. On a vécu sans Léo près d'un mois, il est devenu humain, puis il est reparti durant un autre mois. J'ai comme perdu de vue sa personnalité » avait expliqué négligemment Mikey.
Raphael n'avait pas aimé du tout cette réponse. Il avait exprimé son mécontentement à son jeune frère et Mikey, toujours aussi légèrement lui avait dit qu'il ne voyait pas de quoi il se plaignait, qu'au contraire c'était excitant d'avoir à découvrir Léo dans une foule costumée et de peut-être arriver à tromper l'ultime ninja lui-même, en étant déguisé aussi.
Soudain, la proposition de Mikey fit du sens. En étant méconnaissable, il pourrait observer son frère, l'espionner, sous le couvert de l'anonymat et ainsi le prendre en flagrant délit d'infidélité. Ensuite, Léo serait coincé, obligé d'avouer et toute la possessivité de Raphael serait justifiée. Son fantasme de mettre Léo sous clé, avec la ceinture de chasteté serait légitime.
Il en venait presque à souhaiter surprendre son frère prenant la capitaine sur un photocopieur.
Il était 17h30 et il était devant le Cosplay Shopper, à un quart d'heure de chez lui. Et toute de suite, il trouva le costume parfait :
Darth Vador.
Le prix n'avait aucune importance. Il lui restait près de 2000$ en poche et donc, il pouvait se permettre ce qu'il désirait.
Léo ne pourrait le reconnaitre, le visage et le corps couverts et même la voix transformée.
Il aurait ainsi tout le loisir de confondre son amant, et de découvrir ce qui le distrayait de répondre à ses multiples textos. Multiples car, suite au premier, une vingtaine d'autres, de plus en plus furieux avait cascadés.
Et Léo n'avait répondu à aucun.
Donc, il était 18h et des poussières et la rage de Raphael était devenue exponentielle. Il il allait suffire d'un rien pour le faire éclater.
Il avait entendu lui aussi à la caserne quelques mots sur cette fameuse fête. Ceux qui avaient des mioches à la maison regrettaient de ne pas pouvoir y participer, malgré que certains promirent d'y faire un tour, une fois la tournée de bonbons terminée avec leurs enfants. Malgré cela, il ne comprenait pourquoi Léo en avait fait tout un cinéma. Ce n'était qu'une fête et depuis quand Léonardo Hamato aimait les fêtes? L'animal était le moins social d'entre eux. Non, Léo avait trop changé. Il avait beau pointer du doigt que c'était lui, Raph, qui agissait différemment, mais c'était faux.
Comme c'était faux que Raph avait besoin d'espace, de liberté, de temps.
Ce n'était que pour détourner son attention, pour dissimuler son vrai but : se débarrasser gentiment, mais certainement, de lui.
Mais il allait apprendre à Fearless qu'il n'était pas de la poussière que l'on pouvait repousser sous le tapis.
Cette nuit, il ne dormirait pas docilement seul dans son lit. Cette idée, depuis le départ, n'était que de la connerie, pour apaiser les remords de Léo. Mais est-ce que cet enfoiré avait vraiment des remords ou ce n'était que du bluff, prétextant les pseudos traumatismes de Raph pour s'envoyer en l'air toutes les poulettes de son unité? En tout cas, il ne semblait pas tant étouffer de regrets quand il s'agissait de lui broyer le cœur en ne répondant pas à ses textos.
Ses doigts, sous les épais gants de son costume, le démangeaient et il serra le volant avec force, toujours stationné devant la QG. Il avait besoin de les sentir caresser de la chair ou broyer des os et s'il ne comblait pas cette envie ce soir, il allait vraiment pour de bon, devenir le cinglé que Donnie semblait prétendre qu'il était.
Son cellulaire vibra et il faillit mourir d'une crise cardiaque dans son excitation. Maladroitement, il saisit le téléphone sous son costume et la déception le frappa plus durement qu'un rocher dans un dessin de Will. E Coyote.
Ce n'était que Mikey
« Whats'up bro. J'ai vu ce vidéo. J'ai pensé à toi. Ce groupe fait des tas de chansons rigolotes. Amuse-toi bien. N'oublie pas que le schnaps aux pêches est la kryptonite de Léo »
Raph roula des yeux, mais cliqua sur le lien du vidéo de toute façon. Ses yeux s'écartillèrent en lisant le titre : « Text me back ». Avec une pointe de rage, il pensa à comment son petit frère parfois, était intuitif au point d'en être effrayant.
Le clip était rigolo. Super Man agonisait de jalousie car Louis Lane, sur Terre, ne répondait pas à ses textos et écrivait sur le mur Facebook de d'autres hommes. Il accrocha sur certaines paroles en particulier :
I check my text every five seconds obsessing
That you're in another dude's bedroom undressing.
The fact that you flirt with
That dirty rat that you work with
I feel the love boat sinking
I'm trying to bring it back to the surface
Why you letting me drown?
In my own imagination
That I face when I'm alone
'Cause I don't believe you when you tell me
He's only a friend
I'm not possessive, I'm depressed
You let me feel lonely again
Le reste ne correspondait pas. Jamais il ne ferait vraiment mal à Léo, hors de leur chambre à coucher. Pourquoi Mikey lui envoyait cette merde?
I had a dream that I killed you
I'm not certain what it means
I didn't say that I would do it
I said it was a dream
Anger is the lone emotion flowing through my veins
Knowing you I may spend the night
Going through some pain
Call me insane call me obsessed
The fact remains that I will rage
Unless you text me back!
I wasn't crazy
Until I met you
Après être devenu fou de colère et violent, Super Man s'apercevait qu'il avait mal interprété la situation et que Lois ne préparait qu'une soirée d'anniversaire. Mouais. Mikey était un p'tit optimiste. Il ne voyait rien à dire de plus.
Il sortit enfin, ses pensées sombres ayant eu au moins le mérite d'avoir fait passer le temps. Il était presque 19h et la fête de bureau allait commencer. Raph, qui pourtant était une personne festive, certainement plus que Léonardo, ne se précipita que pour être certain de pouvoir trouver un endroit où pouvoir bien observer, sans trop se faire remarquer et non par envie de faire la fête. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas ses coéquipiers. Il était seulement trop préoccupé par ses problèmes amoureux pour leur accorder de l'attention. Il était injuste que Léo lui reproche son manque de sociabilité. Il était malheureux. Lorsque Léo cesserait ses jeux, tout irait mieux. Pourquoi ne pouvait-il pas le comprendre?
Lorsque Raphael entra, plus d'une vingtaine de personnes étaient déjà présentes dans la salle, mais un très rapide coup d'œil lui confirma que son frère n'était pas parmi eux. La stature de Léonardo lui était trop familière pour qu'il puisse se tromper.
Il ne se mêla pas les autres, ne faisant que fixer l'heure et personne ne vint l'aborder, jugeant que son attitude revêche, qu'on devinait sous le masque, n'était dû qu'au fait qu'il voulait jouer son personnage.
Les gens affluaient de plus en plus et il devait être désormais près d'une centaine et leur bavardages stériles, la musique pop ringarde et la chaleur sous le masque commençaient à lui donner la migraine.
Alors qu'il pestait contre cette autre nouveauté de son frère, qui n'était jamais en retard, habituellement, son souffle se coinça dans sa gorge.
Il ne pouvait pas croire ce qu'il voyait et il ne comprit pas davantage comment cela se faisait qu'il réussissait à demeurer immobile, sans tout détruire autour de lui.
Il savait que c'était Léo, même sans voir son visage, dissimulé sous le casque blanc du Stormtrooper, simplement par instinct. La grandeur, la carrure, le maintien, ne mentaient pas. Cela n'avait rien à voir avec le fait que, marchant devant lui, les poignets faussement entravés, afin de recréer une scène de l'épisode IV, se trouvait l'Asiatique, dont Raph refusait même de se souvenir du nom, en robe blanche et portant la coiffure distinctive de la Princesse Leia.
Il hyperventilait, alors que l'arrivée de la paire suscitait les applaudissements. Léo avait refusé de lui dévoiler son costume, mais pas à cette chienne, lui permettant donc d'avoir un costume allant avec le sien.
Il entendu alors un commentaire qui le fait presque vomir d'anxiété et de rage impuissante sous son casque :
« Quel joli couple! ».
Il avait l'impression qu'on lui avait glisser de l'acide dans l'oreille, le liquide corrosif brûlant tout sous son passage. Il n'aurait jamais cru entendre, lui vivant, un tel commentaire concernant son amant : « Quel joli couple » ...
Il ne pouvait pas attendre. Il se dirigea vers la paire d'un pas rapide, repoussant les gens de ses larges épaules, amplifiées par le déguisement, d'un pas rapide.
Il fait un signe au Stormtrooper et les badauds autour d'eux rirent de bon cœur, croyant à une sorte de saynète planifiée. Il vit Léo, sous le costume, hésiter, mais il suivit, se laissant trainer dans le corridor par le bras. Raph ne ralentit pas, montant les étages au hasard, uniquement porté par sa colère, voulant mettre le plus de distance possible entre son petit ami et cette sorcière, malgré la légère résistance de son frère. Il le traina jusqu'à un bureau vide, deux étages plus haut, au bout d'un corridor anonyme. Il poussa son amant à l'intérieur et verrouilla la porte.
Quand il se retourna, il vit le clone attendre, les bras croisés. Il essaya de s'accrocher un instant à l'espoir que ce n'était pas Léo, mais un autre homme, mais il fut rapidement déçu. D'un geste impatient, Léo souleva son casque, imité de Raphael, et l'agressa verbalement immédiatement.
« Qu'est-ce qui t'a pris, Raph? Je ne te laisserais pas gâcher ma soirée et celle des autres pour… »
Il n'eut pas le temps de finir, sa gorge coincée entre la poigne de fer de Raphael.
Il regarda, fasciné, les yeux qu'il aimait tant s'exorbiter et la peau pâle, violacer, les doigts de Léo tentant vainement de lui faire relâcher sa prise. Il avait tant souffert toute la journée. Cela aurait-il tant coûter à Léonardo de répondre à son texto?
Soudain, il entendit la chanson résonner dans sa tête et au souvenir du dernier couplet, il se rappela ce qu'il s'était promis : ne jamais faire de mal à Léo. Il argumenta quelques instants avec lui-même, alors que son amant commençait à ramollir sous ses doigts. Léo lui faisait bien mal, à lui, non physiquement, mais en labourant son cœur par son indifférence.
Léo essayait de lui enserrer le biceps, ayant délaissé les doigts inflexibles et en un éclair, il comprit ce que son frère essayait de lu dire. Son bandana rouge. Se rappeler qui il était. La réalisation de ce qu'il était en train de faire le submergea comme un raz-de-marée. Il le lâcha pour éclater en sanglots hystériques.
« Bébé, bébé…pardon…pardon »
Léo, presque évanoui, ne dit rien, sa gorge le faisant trop souffrir.
« Je vais te chercher de l'eau, okay? Ne bouge pas…de l'eau et tout ira mieux, okay, trésor? »
« Comment veux-tu que j'aille mieux, Raph? » grogna avec difficulté Léo. « Tu viens de tenter de me tuer »
Raphael nia en secouant farouchement la tête.
« Non, non…c'était un jeu de rôle…seulement un jeu de rôle. Je t'aime, je ne te ferais ça, bébé. »
L'incrédulité se lut clairement sur les traits du lieutenant.
« Non, Raph. Je ne te crois pas. J'ai vu tes yeux, c'était ceux d'un monstre » frissona-t-il.
Raph, sous ce qualificatif perdit la tête :
« Non, c'est toi! Pourquoi parade-tu avec elle devant moi! Je sais que tu as couché avec elle. Avoue » cracha-t-il avec rancœur.
« Et même si je l'avais fait, qu'est-ce que ça peut faire? Nous avions rompu. » s'énerva l'ainé. « Et, à ce que je sache, nous ne sommes toujours pas ensemble » déclara froidement l'ex-leader." Rien là-dedans ne justifie que tu viens de tenter de me tuer en m'étranglant."
Son sang se glaça. Léo admettait qu'il s'était fait cette poufiasse. Et de plus, niait être en couple avec lui.
« Tu penses pas ce que tu dis…Léo. Tu n'y penses pas. » répéta-il plus pour se réconforter lui-même que de convaincre Léonardo.
Léo, désormais debout, déverrouilla la porte et se tourna vers son ancien ami de cœur en lui montrant une lame que lui aussi gardait toujours sur lui.
« J'aurai pu te poignarder, mais je ne l'ai pas fait. Retouche-moi encore, Raphael…et pourquoi ai-je l'impression d'avoir déjà eu cette conversation avec toi? Pourquoi dois-je toujours te donner des ultimatums? » s'énerva le policier.
Les larmes, soudain, coulèrent en toute liberté sur les joues de Léo et le cœur de Raphael coula davantage à cette vue.
« Je n'ai pas couché avec Karai, car je t'aimais…mais tu détruis de plus en plus mon amour avec tes agissements »
Il remit le casque sur sa tête, afin de dissimuler ses yeux rougis et les meurtrissures de son cou et jeta un dernier regard vers lui, prostré, à genoux. :
« Ne m'approche pas de la soirée, Raph. Je suis incapable de te regarder en ce moment… » déclara-t-il, écœuré. Si tu continues…je disparaîtrais à nouveau et s'il le faut, pour que tu redeviennes sain, je demanderai un avis de restriction contre toi. » et sur ce, il sortit.
Je ne cherche pas à être l'apôtre de la violence conjugale. Cela existe et des tas de personnes demeurent avec des conjoints violents. Par contre, comme vous vous en doutez, Léo n'est pas du genre à subir et demeurer une "victime" très longtemps.
