Bonjour à tous.
Dans le dernier chapitre, Arhilis assistait impuissante au meurtre de Sérana. Elle parvenait toutefois à se venger sur son affreux paternel, en profitant même pour le torturer.
À présent, elle s'efforce de réconcilier deux mondes que tout oppose.
Pour ceux qui s'interrogeaient depuis le chapitre précédent sur les membres tranchés d'Harkon se changeant en bouillie sanglante, le mod "True Death - A Vampire Slaying Mod" en version "Basic" (créé par Dydimus Ei, disponible sur le Nexus) permet bien de transformer les vampires en tas sanguinolents. Je dois toutefois vous avouer que j'ai pris quelques libertés narrative, puisqu'il ne permet pas de trancher les membres de ses victimes.
La grande porte se referme sans un son, ses gonds idéalement huilés. Les gargouilles de l'entrée se débarrassent un instant de leur gangue de pierre pour me saluer, avant de reprendre leur poste.
- "Arhilis, vous voilà enfin.
- Bonjour Feran."
J'ai a peine eu le temps de descendre les escaliers, que le dunmer m'est déjà tombé dessus. La vitesse à laquelle il arrive à débuter une conversation m'impressionnera toujours.
- "Alors, comment se portent vos amis de la Garde de l'Aube ?
- Bien mieux à présent."
Voir débarquer une vampire dans son sanctuaire surprotégé n'a vraiment pas fait plaisir à Isran. Sa colère et sa peur ont grandit bien plus encore lorsque cette vampire s'est montrée assez puissante pour résister à ses petits sorts de lumière. Le rougegarde était même à deux doigts de me mettre un coup de maillet … mais avec l'Arc d'Auriel pesant dans la balance, il a été forcé de reconsidérer. Après quelques heures de négociations et de nombreuses preuves de bonne fois de ma part, il a finalement accepté de faire tomber les charges pour trahison qu'il faisait pesaient sur Durak et Agmaer.
- "Et je suppose que la Garde nous laissera tranquille à présent.
- En effet."
Ne pas toucher le Clan Volkihar … une partie de l'arrangement auquel Isran a souscrit, non sans ajouter une dernière condition.
- "Je vous prie d'excuser ma curiosité maladive mais … qui est cette jeune femme ?
- Je vous présente Oréine Jurard. Elle sera désormais l'émissaire de la Garde auprès de notre cour."
Isran s'est crut malin en m'imposant la présence de la jeune brétonne. Il doit sûrement penser que le meurtre de sa tante va la pousser à commettre une erreur … ou à chercher à m'assassiner l'un de ces jours. Il n'a pas la moindre idée que la jeune fille m'apprécie depuis mon petit discours à la Clairière des Ancêtres.
J'ai vraiment de la chance que sa présence à cette petite sauterie ait été passée sous silence lors des interrogatoires qu'Isran avait fait subir à ses deux soldats indisciplinés, sans quoi Oréine aurait été dans le même cas qu'eux. Enfermée et torturée, elle n'aurait pas pu rejoindre les docks du château pour me prévenir du traitement spécial qu'ils subissaient au Fort.
- "Enchantée de vous rencontrer mademoiselle.
- De même Feran. Arhilis m'a beaucoup parlée de vous.
- Vraiment ?
- Le voyage a été calme ... et j'étais d'humeur à papoter.
- Je vois ..."
Son petit air narquois ... je hais lorsqu'il le prend.
- "Puisque vous avez le temps de flâner dans la salle à manger, je suppose que vous avez accompli la tâche que je vous ai confié.
- L'accès à l'aile ouest a été déblayé, comme vous le désiriez. Cependant, le couloir principal est en mauvais état, si bien que la plupart des chambres sont encore inaccessibles.
- Qu'attendez-vous pour nettoyer ?
- Et bien, les gargouilles s'y emploient. Deux chambres ont été débarrassées des gravas qui les obstruaient et les autres ne sauraient tarder.
- Bien, alors vous en assignerez une à mademoiselle Jurard.
- Ce serait avec plaisir, mais entre les plafonds écroulés, les portes détruites ou vermoulues, les murs suintants d'humidité et le carrelage fissuré, j'ai bien peur que les chambres ne soient pas au goût de mademoiselle. Le mobilier aurait également besoin d'être changé, en supposant que mademoiselle ne désire pas dormir dans un cercueil."
Oréine n'a pas l'air d'apprécier cette idée. Je ferais bien de lui épargner cela.
- "Alors elle s'installera dans ma chambre.
- Entendu, je vais de ce pas en informer Ronthil. Il changera la literie et prévoira de la … nourriture.
- Merci Feran.
- Je vous en prie mademoiselle, c'est la moindre des choses. S'il vous faut quoi que ce soit, n'hésitez pas à venir me voir."
L'elfe s'éloigne, d'un pas pressé. Le regard étrange que lui lance Oréine n'a pas l'air de le déranger.
- "Qu'avez-vous ?
- Rien. C'est juste que …
- Et bien ?
- Vous m'avez décrit Feran… et pourtant je ne pensais pas qu'il serait si …
- Amical ?
- …
- C'est l'un des rares vampires a avoir encore un sens de l'honneur.
- Il en faudrait plus.
- Les gens de cette qualité sont rares, dans la non-vie comme chez les vivants."
Ce n'est que trop vrai. Garder son cœur intact, quelle que soit sa nature, n'est pas à la portée de tous. Pourtant, entre ces murs, cette qualité sera maintenant cultivée. Les vampires vont respecter les humains, tandis qu'eux-mêmes apprendront à nous côtoyer. Pas d'effusion de sang, pas de peur … seulement deux sociétés, travaillant en harmonie.
- "Mais ne vous inquiétez pas. Cela va changer."
Elle ne connaît pas exactement les termes de mon arrangement avec Isran, ce qui explique naturellement qu'elle semble soucieuse.
- "Ma dame !"
Il ne manquait plus que ça. Oréine va rencontrer un membre de ma communauté qu'elle aurait sans doute préféré éviter. Je suppose que ses inquiétudes ne vont qu'en être renforcées.
- "Bonjour Fura. Que vous faut-il ?
- Je voulais juste vous dire que les cuves sont pleines. Nous avons de quoi tenir deux mois sans même avoir à nous rationner.
- Bonne nouvelle.
- Des cuves ?
- De sang, pour les besoins de la cour.
- Ne deviez-vous pas arrêter d'attaquer des humains ?
- J'aimerais que cela soit possible, mais notre nature vampirique fait du sang un impératif.
- Vous avez menti à Isran ?
- Non, bien sûr que non. Nous avons … trouvé un arrangement.
- Comment cela ?
- Pourquoi la Garde de l'Aube-t-elle été réformée ?
- Pour … combattre les vampires. Mais je ne vois pas le rapport.
- Le fort, les armes, les armures, les trolls et les mages de combat … tout cela fait énormément de dépenses. À votre avis, d'où viennent vos financements ?
- Et bien … je … je ne sais pas.
- Ils ne viennent que d'un seul endroit … la bourse des jarls. La menace vampirique pèse sur toutes les châtelleries et Isran joue de ce fait pour soustraire de l'argent aux monarques.
- D'accord … mais encore une fois, quelle rapport avec le fait d'attaquer des humains ?
- Je suis mal à l'aise avec l'idée de m'en prendre à des innocents, si bien que j'ai fais libérer les esclaves qu'Harkon parquait dans les sous-sols. Pourtant, il nous faut néanmoins un approvisionnement en sang. À votre avis, quelle est la meilleure solution pour s'en procurer dans ces conditions ?
- … S'en prendre à des criminels.
- C'est pourquoi Fura revient de Solitude, où elle a escorté un convoi de marchandises. Elle l'a protégé face à un groupe de bandits en maraude et en guise de payement, elle a pu ramener les corps au château afin de les vider. Les routes seront plus sûres, mon clan sera rassasié, les jarls pourront tranquillement d'occuper de leurs commerces, Isran aura son financement et n'aura plus à s'inquiéter du clan Volkihar … tout le monde est gagnant.
- Je vois … mais est-ce bien … moral ?
- Plus que d'user de séduction vampirique pour changer un mortel en poche de sang."
Isran lui-même s'était montré retissant, l'idée de pactiser avec moi ne l'emballant pas du tout. Mais entre se faire tuer avant de finir sa phrase, abandonner sa croisade par manque de moyens ou accepter ma proposition, le choix n'avait pas tardé à être fait … surtout après la semi-victoire qu'il avait pensé arracher en m'imposant Oréine.
- "Surtout qu'en vous ayant à demeure, nous devrions pouvoir améliorer nos méthodes de conservation.
- Pardon ?
- Selon Isran, vous êtes adepte des sorts de lumière que votre tante a développés.
- Et bien, oui. Et alors ?
- J'ai eu l'occasion d'affronter quelques membres de la Garde et j'ai pu observer les effets de ces sorts sur mon organisme. Je pense qu'ils pourraient être utilisés pour que le sang des cuves conserve plus longtemps ses capacités régénératrices.
- Isran ne m'a pas parlé de ça.
- C'est parce qu'il n'est pas au courant.
- …"
En garder le sang frais plus longtemps, nous aurions moins besoin de nous approvisionner … et donc nous serions moins enclins à respecter notre part du marché en servant de garde rapprochée aux jarls et à leurs cargaisons. Quelque chose me dit qu'Isran n'aimerait pas particulièrement cette idée.
- "Ne vous inquiétez pas, sitôt que ma théorie sera vérifiée, je lui en ferais part."
Bon , peut-être pas immédiatement.
- "Venez à présent, j'aimerais vous montrer quelque chose.
- Quoi ?
- La seule chose en ce monde qui me rappelle encore la femme que j'aime."
Son visage délicat est finement sculpté dans un marbre blanc rehaussé d'argent. L'artisan de Solitude a fait un travail remarquable … elle semble paisiblement endormie. Ce cercueil est majestueux, digne de sa beauté. J'espère que grâce à lui, elle restera dans les mémoires.
- "C'est votre amie ?
- Sérana Volkihar, princesse vampire millénaire et amie des mortels.
- Je ne savais pas qu'elle était …
- Je préfère ne pas l'ébruiter. Son sacrifice était désintéressé et elle ne voudrait pas en retirer une quelconque gloire.
- …
- …
- Et donc, ses cendres reposent là-dedans ?
- Ses cendres ?
- Les vampires sont bien réduits en cendres à leur mort … non ?"
Non, pas en cendres. Un vampire tué n'est qu'un amas de chair poisseuse et d'os rongés par des siècles d'usure, jusqu'alors uniquement maintenus ensembles par la magie du sang.
Pourtant … pourtant le corps de Sérana est intact. Certes, son cou est brisé … mais son corps est encore entier, disposé dans ce carcan de pierre au milieu de la cour intérieure du château.
- "Vous … vous … vous êtes …
- Qui a-t-il ?"
Oh, rien. Mais, là, tout de suite, je me mettrais des baffes !
- "Restez là et veillez à ce que personne ne touche au cercueil jusqu'à mon retour.
- Mais … où allez-vous ?
- Chercher la seule personne qui peut encore m'aider."
Sérana est morte, aucun doute là-dessus. Harkon l'a tuée sous mes yeux.
Pourtant, son corps subsiste … et l'espoir avec lui … un mince espoir de la faire revenir. Et s'il reste la moindre chance, aussi infime soit-elle … sa mère saura la saisir !
La cohabitation entre mortels et vampires … une paix fragile, mais qu'Arhilis s'acharne à mettre en place. Les mortels ont besoin des immortels, l'inverse est tout aussi vrai. Surtout lorsqu'une simple mortelle pointe du doigt ce qui se trouve sous le nez de la Bosmer depuis plusieurs jours, sans qu'elle ne l'ait vu.
Le corps de Sérana est intact … alors est-elle vraiment morte ?
Dans le prochain chapitre, le destin d'Arhilis se mettra en marche … et la guerre commencera.
