Victime : James

Demandeur : Cendrine

Auteur : Clouded

Campagne française, 1830

Je me souvenais parfaitement de notre première rencontre.

J'étais partie récupérer des herbes médicinales. Un bruit
derrière moi et j'avais été hypnotisée par deux yeux d'une noirceur
terrifiante. Il avait humé l'air en s'approchant dangereusement de moi. J'étais
à sa merci… Il avait attrapé mon bras et au moment de me mordre, avait eu un
mouvement de recul. Il m'avait fixé avec attention avant de s'enfuir…

J'étais rentrée à la maison en courant, tremblante et
totalement terrorisée.

En me voyant ainsi décomposée, mon père se rapprocha de moi,
et écouta mon récit avec attention, en me prenant dans ses bras.

Il eut du mal à me croire, son esprit cartésien de médecin
préférait ignorer ce qu'il appelait les méfaits de l'obscurantisme, des
histoires pour effrayer les enfants, selon lui.

Pour ma part, je finissais par douter de ce qui venait de se
passer. Est-ce que j'avais imaginé ces yeux si noirs et cette peau si froide
qui m'avait encerclé le poignée ?

Je repris le chemin du village le lendemain. Je tenais la
pharmacie attenante au cabinet de mon père. Ce matin, il y régnait une
agitation fébrile. Il y avait eu une nouvelle attaque de loups cette nuit. Deux
hommes avaient été tués. Ils étaient partis chasser et leurs cadavres avaient été
retrouvés. Mon père avait tenu à examiner les corps malgré la réticence du
prêtre, et avaient remarqué des marques étranges, comme des morsures, des
morsures presque humaines… Il était inquiet face à la panique que sa découverte
pouvait engendrer. La campagne était le lieu de toutes les superstitions,
particulièrement ancrées dans les coutumes locales et alimentées par le nouveau
prêtre du village, un vieil homme pétri de méfiance à l'égard de toute forme de
modernité. Il décida de ne pas ébruiter ses découvertes pour le moment.

Je l'écoutais distraitement me raconter ce qu'il avait fait.
J'avais la tête ailleurs. Je n'arrivais pas à me sortir ces deux yeux étranges
de mon esprit. J'avais passé la nuit à rêver de cette main si froide…Mon père
quant à lui repartit tôt le lendemain matin. Depuis la mort de ma mère, il ne
vivait que pour son travail.

J'étais dans la cuisine. Il fallait que j'aille de nouveau
cueillir des plantes…j'étais partagée entre la peur de le revoir et…l'envie de
le revoir. J'éprouvais une fascination que je ne comprenais pas… J'étais sûre
qu'il était capable de me tuer, mais je m'en fichais… Est-ce que j'aurai le
courage de sortir seule dans les bois à nouveau.

Je me retournais brusquement. Je n'avais pas rêvé… Il se
tenait, accroupi dans l'embrasure de la fenêtre. Ses yeux n'étaient plus noirs
mais d'un rouge luisant. Il me fixait à nouveau, mais il avait l'air plus calme
que la dernière fois.

-
Mais qu'est-ce que vous voulez, arrivai-je à peine à murmurer

Il ne répondit rien, me regardant
fixement. Il s'approcha de moi, lentement, tel un félin prêt à bondir. J'étais
enivrée par son parfum, totalement sous son emprise. Il était tellement proche
de moi que j'avais du mal à respirer normalement. Il passait une main délicate
sur ma joue, en inclinant légèrement sa tête sur le côté.

-
Tu lui ressembles tellement…

Sa voix était douce et grave.

-
Mais qui êtes-vous ?

Il me fit un sourire carnassier.

-
La question la plus exacte serait : qu'est-ce que je
suis ?…

Il s'éloigna lentement de moi,
pour s'appuyer contre la fenêtre par laquelle il était rentré.

-
Je suis un vampire jeune demoiselle… Un de la pire espèce, je
suis un traqueur… ma spécialité c'est de traquer les humains, de les chasser
avant de les tuer pour me repaître de leur sang…

Il planta son regard rougeoyant
dans le mien en prononçant cette dernière phrase.

Je devais avoir peur… J'aurai dû
crier de terreur… Mais aucun son ne sortait de ma gorge…je murmurais

-
Est-ce que vous allez me tuer ?…

Je ne sais pas encore… Ton odeur me plaît beaucoup…mais tu me
rappelles quelqu'un que j'ai connu il y a très longtemps… Du temps où j'étais
un humain comme toi…

Vous…vous l'aimiez ?…

Je crois oui. Je n'en suis plus bien sûr, c'était il y a
tellement longtemps… Mais je n'oublie jamais un visage, et le sien est gravé à
jamais dans ma mémoire…

Il me regarda fixement une
nouvelle fois avant de partir dans un bruissement d'air.

J'attrapais un chaise, j'étais tremblante…Qu'allait-il faire
de moi ? J'avais honte de l'avouer mais je n'avais qu'une envie c'était de
le revoir.

Et il est revenu me voir, à plusieurs reprises. Il me
regardait travailler dans la maison, cueillir des herbes. Le plus souvent, il
ne me parlait pas. Il m'a dit son nom, James, avant de répéter le mien dans un
murmure, Cendrine…Mais j'avais toujours une conscience aigüe de sa présence à
mes côtés même s'il ne me touchait jamais. Je savais que ma vie ne tenait qu'à
un fil quand il était là. Mais j'avais besoin de la présence de cet ange, plus
démoniaque sans doute, que protecteur.

J'écourtais mes journées à la pharmacie, trouvant de plus en
plus souvent des excuses pour m'absenter. Mon père ne s'est pas trop inquiéter
au début et puis il a fini par avoir des doutes. D'autant que les attaques de
loups avaient de nouveau eu lieu, laissant cette fois-ci une femme sans vie,
puis à nouveau deux hommes. Je savais que James était responsable, mais je
n'arrivais pas à me détacher de lui.

Mon père est rentré plus tôt un soir et il a aperçu mon
effroyable amour, qui s'est aussitôt enfui…

Père ce n'est pas ce que vous croyez…

Mais comment est-ce possible ? Cette créature…mais
qu'est-ce…qu'avez-vous…Cendrine… qu'as-tu fait mon enfant ?…

Non, père calmez-vous…Revenez…

Mon père, le regard fou, quitta
la maison. J'étais désemparée, il fallait que je trouve une solution. James
refit son apparition. Il avait suivi la scène, j'en étais sûre.

-
Je ne suis pas le bienvenu dans ton monde, je te rappelle que
je me nourris de sang humain, me dit-il toujours avec ce sourire carnassier

Me sentant succomber de nouveau, je m'appuyais sur la table.
Ma main glissa sur quelque chose, je la ramenais face à moi. Une goutte de sang
glissa lentement le long de mon bras. Cette perle rougeoyante traçait son
chemin sur ma peau laiteuse. J'étais tétanisée. Je savais qu'il était trop
tard. Il fut près de moi en une fraction de seconde, saisissant mon bras. Ses
yeux me regardaient, dévorés par le désir… Le désir de moi, de mon corps mais
aussi de mon sang. Il ne me quitta pas des yeux quand sa langue froide et
glacée remonta lentement la marque rougeoyante. La scène se déroulait comme au
ralenti. J'étais hypnotisée, partagée entre la peur et le plaisir
indescriptible que je ressentais au contact de sa main glacée.

Il était à présent à la source de ma blessure, une simple
écorchure. Ses lèvres marquèrent une pause, goûtant à ce liquide interdit. Il
se détourna violemment avant de s'élancer dans la forêt dans un grognement
terrible.

Tremblante, je serrais mon bras contre moi… Allait-il
revenir ?

Mon père, lui, est revenu…plus tard…mais il n'était pas
seul…

Sa raison n'avait pas supporter ce qu'il avait vu. Son
esprit scientifique n'avait pas accepté cette réalité et il s'était tourné vers
le seul homme capable de lui apporter une explication, son ennemi d'avant, le
prêtre. Suivis d'une dizaine de villageois en colère, il approcha de moi, d'une
air haineux. Il vit la blessure à ma main et me taxa aussitôt de diablesse. Il
me taillada le bras, laissant une trace ensanglantée à l'attention de celui
qu'il comptais chasser et tuer. Il me tira ensuite pas les cheveux pour me
conduire dans un endroit consacré.

-
Nous la tenons espèce de monstre !
Montre-toi créature démoniaque!

James, vas-t-en !!

Tais-toi sorcière !

Il m'assena une violente claque
qui me laissa presque inconsciente.

-
Ne la touchez pas !

Une voix terrifiante s'était
élevée depuis les bois et s'approchait dangereusement de la porte d'entrée de
l'église. Les villageois regardaient en sa direction, apeurés… Ils serraient
contre eux leur crucifix et leur fiole d'eau bénite.

- Que croyez-vous pouvoir me faire avec vos chimères ?
dit-il dans un éclat de rire glaçant

Il sortit enfin des bois et
s'avança menaçant. Ses yeux étaient d'un noir profond, ténébreux… Ses cheveux
blond auréolaient son visage crispé par la colère et par la haine.

Il m'attrapa les cheveux
violemment.

- Rends-toi ou nous la tuons !

- Vous n'auriez jamais dû dire cela…

Son murmure menaçant raisonnait
encore lorsque les premiers cris de terreur commencèrent. Il avait franchi à
une vitesse fulgurante sur les hommes en présence.

Le prêtre me lâcha lentement,
tétanisé par le spectacle qui se déroulait devant ses yeux. C'était un
véritable bain de sang, d'une violence inouïe… Quelques secondes à peine lui
avaient suffi pour venir à bout de la dizaine d'hommes en présence. Il se
tenait à présent face à mon bourreau. Il ne le quittait pas des yeux, avant de
l'assommer.

Il se pencha vers moi, inquiet.
Il était couvert de sang. Je ne pouvais détacher mes yeux des siens. J'avais
fait mon choix, tremblante mais sereine, je penchais la tête sur le côté, lui
présentant ma nuque. Il me mordis et je sombrais dans un sommeil plein de
douleur. Le corps en feu, je souffrais et plongeais lentement dans la
damnation. Il était à mes côtés lorsque je me réveilla. La soif me déchirait la
gorge. Sans un mot, il me présenta mon prochain repas, le prêtre apeuré se
tenait devant moi. Sans hésiter, je fondis sur lui pour me satisfaire.

Enfin apaisée, je me retournais
vers lui. Il me prit dans ses bras et m'embrassa sauvagement.

Mon corps tout entier vibra sous
ce baiser. J'étais devenu son instrument, je réagissais à chacune de ses
caresses. J'avais renoncé à ma vie humaine pour être avec lui, pour voir ce
qu'il voyait, pour ressentir ce qu'il ressentait. Fébrilement, j'enlevais ses
vêtements et il me débarrassa des miennes. La force brutale qui émanait de ce
vampire ne m'effrayait plus puisque j'étais son égale. Notre étreinte fut
puissante et passionnée. Jamais je n'aurais cru qu'une tel plaisir puisse
exister. Je me laissais submerger par vagues successives jouissant de cette
fusion parfaite de nos deux corps encore et encore.

- James…

- Cendrine…

- Non, Cendrine est morte ce soir… Pour ma nouvelle vie, je
serai Victoria, pour toujours à tes côtés.

Il me tendis la main, une main promesse d'une nouvelle
existence que j'embrassai sans l'ombre d'un regret.