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Nimroël ne s'était jamais sentie aussi nerveuse. Aujourd'hui, Aragorn et Arwen allaient se marier. Cela lui semblait presque irréel. La citadelle avait été décorée de milliers de fleurs, des monceaux de nourriture attendaient d'être servis, les meilleurs musiciens des environs avaient été sollicités et des centaines de personnes avaient été invitées pour le banquet. Certains venaient de loin et ils avaient dû être hébergés dans la citadelle. Il n'y avait plus la moindre chambre libre dans la tour.

La jeune fille avait été incapable de fermer l'œil de la nuit. Au matin, quand le ciel commença à se colorer, à l'est, elle se leva et s'habilla rapidement. Elle enfila l'une des robes qu'elle avait reçue à Imladris, douce et légère, puis elle sortit discrètement de la citadelle.

Quelques jours plus tôt, quand elle avait rejoint Arwen, le Seigneur Elrond et les autres, non loin de Minas Tirith, elle avait été très heureuse d'apprendre qu'Arwen avait fait transporter toutes ses affaires depuis la vallée. Mais ce qui l'avait surtout réjouie avait été de découvrir que Galian était lui aussi du voyage. Malgré sa profonde tristesse d'apprendre que Rûmil et Orophïn avaient été tués lorsque la Lothlórien avait été attaquée par les troupes de Sauron, revoir son petit cheval lui avait fait grand plaisir. Et elle avait chaleureusement remercié Elrohir et Elladan qui s'étaient occupé de l'animal depuis qu'ils avaient quitté Imladris.

Nimroël se rendit aux écuries du sixième cercle. La cité était encore calme à cette heure et elle ne rencontra personne en chemin. Quand elle ouvrit le box de Galian, celui-ci l'accueillit joyeusement. Il n'avait pas trop souffert de son long voyage grâce aux soins constants des jumeaux, même si désormais, il refusait de s'éloigner de sa nouvelle écurie. Il voulait bien sortir un peu et profiter du soleil quelques heures, mais au bout d'un moment, il en avait assez et il retournait de lui-même dans sa stalle.

La jeune fille passa un long moment avec son cheval. Elle le brossa avec soin, puis elle le fit sortir et elle se promena lentement avec lui. Ensuite, quand Galian retourna se reposer dans son box, elle s'assit sur une botte de foin et ferma les yeux pour se détendre un peu elle aussi. Elle n'avait aucune envie de retrouver l'agitation de la citadelle. Le mariage avait lieu dans quelques heures et elle y serait, bien entendu, mais pour l'instant, elle avait besoin d'être seule.

Soudain, alors qu'elle rêvassait doucement en essayant d'imaginer ce que serait sa vie parmi les humains, Nimroël ressentit l'étrange contact de l'esprit de la Dame Galadriel. Elle comprit aussitôt que l'elfe la cherchait. Se levant d'un bond, elle courut dire au revoir à Galian puis elle se dépêcha de retourner au septième cercle.

Quand elle arriva devant la citadelle, la jeune fille se figea. Il régnait une telle agitation sur les pelouses qui entouraient la tour qu'elle en avait le vertige. Des hommes étaient en train d'installer de longs auvents bleus et argentés de chaque côté de la cour. Au centre, près de la fontaine, certains étaient en train de monter un immense chapiteau blanc dont la toile était si légère que la douce brise en soulevait aisément les pans. D'autres encore accrochaient une multitude de lanternes multicolores tout autour des murs et près des tentes car le banquet durerait toute la nuit.

Près de la tour, sur une haute estrade, quelques musiciens accordaient leurs instruments. Certains des invités commençaient déjà à arriver et ils déambulaient lentement dans la cour ou sur les murs, admirant l'extraordinaire vue qu'il y avait depuis le septième cercle. Des serviteurs passaient parmi eux, leur offrant déjà de légers apéritifs.

Nimroël n'avait pas l'impression de s'être attardée très longtemps, mais elle ressentit encore une fois l'appel de la Dame Galadriel et cette fois, elle se dépêcha de rentrer à la citadelle. Elle monta rapidement jusqu'aux appartements de Galadriel et elle frappa doucement à la porte. Dès que la porte s'ouvrit, la jeune fille fut entraînée dans un tourbillon. L'une des dames de Galadriel la mena vers une petite chambre où un bain l'attendait. Nimroël se déshabilla rapidement, pressée par l'elfe, puis elle fit sa toilette à la hâte. Quand elle ressortit de l'eau, l'elfe l'enroula dans une épaisse serviette, puis elle la conduisit vers une petite coiffeuse devant laquelle la jeune fille s'assit. Une elfe lui coiffa les cheveux et y attacha la parure que lui avait offerte la Dame des Galadhrim lors de la première fête du printemps à laquelle elle avait assisté. Le magnifique bijou n'avait pas du tout souffert des nombreux voyages qu'il avait effectués et les petites feuilles vertes brillaient toujours du même éclat que la première fois que la jeune fille l'avait porté. On l'aida ensuite à enfiler une superbe robe d'un vert tendre ainsi que de petits chaussons de la même couleur.

Nimroël fut alors entraînée vers le grand salon de la Dame Galadriel. Valiëdril, Tilariel et Dinùrian, vêtues d'une robe identique à la sienne, y étaient déjà et la jeune fille se joignit timidement à elle. Elle était très fière d'être l'une des demoiselles d'honneur d'Arwen, mais cela la rendait un peu nerveuse.

Au bout de ce qui parut une éternité à Nimroël, Galadriel et ses dames sortirent enfin de la chambre de la Dame. En entendant la porte s'ouvrir, la jeune fille se retourna en souriant. Puis son sourire s'évanouit brusquement et elle retint son souffle en voyant arriver Arwen dans sa magnifique robe de mariée.

La robe était aussi blanche et semblait aussi légère que de doux flocons fraîchement tombés du ciel. Et tout comme la neige sous le soleil, elle scintillait doucement. Sur le corsage qui moulait parfaitement la taille fine et élancée de l'elfe, des perles avaient été cousues et de petites étoiles avaient été brodées avec du fil d'argent. Le col et les longues manches très amples de la robe étaient faits d'une dentelle si délicate que le moindre souffle de vent les soulevait gracieusement.

Arwen, elle aussi, était magnifique. Ses longs cheveux très sombres contrastaient de façon étonnante avec sa tenue. Sur son front il y avait une petite étoile d'argent et de diamant, retenue par une étroite couronne faite d'argent tressé. Et ses superbes yeux gris brillaient aussi intensément que deux étoiles.

- Arwen! dit Nimroël alors d'un ton émerveillé. Vous êtes… Vous êtes… si belle.

La jeune fille aurait bien aimé trouver des mots plus appropriés pour décrire son amie, mais rien ne lui venait à l'esprit. L'elfe lui sourit tout de même doucement alors qu'elle se déplaçait lentement dans la pièce pour l'admirer.

- Vous êtes plus resplendissante que le jour, ajouta alors Nimroël.

Elle s'approcha ensuite d'Arwen et elle effleura d'un doigt la manche de sa robe.

- Vous êtes encore plus belle que la Dame Galadriel, lui murmura-t-elle à l'oreille.

Le rire cristallin de Galadriel se fit entendre derrière la jeune fille, et celle-ci sentit ses joues s'empourprer, confuse que la Dame ait pu l'entendre.

- Bien des elfes préfèrent la douceur de la nuit à l'éclat du jour, dit Galadriel de sa voix profonde.

- Mais je ne suis pas une elfe... Et j'ai toujours contemplé l'astre du jour avec ravissement. Même lorsque ma peau, quelque peu fragile, rougit de s'être trop exposée à son éblouissante lumière, répondit la jeune fille en se tournant vers l'elfe et en s'inclinant gracieusement.

Galadriel se remit à rire, charmée par le compliment que venait de lui faire la jeune fille. Dans sa robe dorée, l'elfe était effectivement aussi belle et brillante que les rayons du soleil. La Dame s'avança vers Nimroël et elle caressa délicatement sa joue encore brûlante.

Peu après, quelqu'un vint leur annoncer que tout était maintenant prêt et que l'on n'attendait plus que la mariée. Galadriel sortit la première de ses appartement et, suivie d'Arwen et des demoiselles d'honneur, elle descendit jusqu'au hall de la citadelle. Nimroël marchait derrière Valiëdril avec l'étrange impression de flotter. Elle se demandait pourquoi elle se sentait aussi nerveuse alors que c'était Arwen qui se mariait. Mais elle ne pouvait pas dissiper cette impression de ne pas être elle-même et elle avait une espèce de nœud au niveau de l'estomac qui l'empêchait de respirer normalement. Tilariel se pencha un instant vers elle et la jeune fille s'efforça de sourire à l'elfe pour la rassurer.

Le Seigneur Elrond et le Seigneur Celeborn se tenaient près de l'entrée de la tour et ils se retournèrent vers Galadriel et Arwen au moment où celles-ci parvenaient en bas des marches. L'estomac de Nimroël se contracta davantage encore lorsqu'elle aperçut les deux elfes, si beaux dans leurs somptueux habits gris. Sur le front d'Elrond, une superbe étoile était retenue par une couronne d'argent. Celeborn portait lui aussi une magnifique couronne d'argent tressé.

Galadriel et Elrond échangèrent quelques mots que la jeune fille ne put entendre, puis Elrond prit la main de sa fille pendant que Galadriel et Celeborn se dirigeaient vers la porte. Dinùrian, et Tilariel leur emboîtèrent aussitôt le pas, mais Valiëdril dut pousser doucement Nimroël pour qu'elle avance elle aussi. Ils se rendirent tous jusqu'à la grande tente blanche, au centre de la cour. Passant alors rapidement devant tous les invités, ils allèrent prendre place pour la cérémonie. Le Seigneur et la Dame des Galadhrim s'assirent dans les confortables fauteuils installés pour eux dans la première rangée et les quatre demoiselles d'honneur restèrent debout d'un côté de la fontaine, face à l'assistance. À leur droite se tenaient Aragorn ainsi qu'Elladan, Elrohir, Legolas et Halbarad, l'un des Dúnedain, proche parent d'Aragorn.

Quelques minutes plus tard, les musiciens se mirent à jouer et tous les regards se tournèrent vers le fond de la tente. Tous les invités attendaient impatiemment l'arrivée de la mariée. Celle-ci apparut bientôt au bras de son père et un doux murmure d'admiration se fit entendre dans l'assistance. Remontant lentement l'allée ménagée au centre de la tente, Elrond conduisit Arwen jusqu'à Aragorn. L'elfe plaça alors la main de sa fille dans celle du Roi, qui n'avait d'yeux que pour Arwen. Elrond s'écarta alors et alla s'asseoir à côté de Galadriel. Nimroël le suivit des yeux, ressentant soudain une grande tristesse pour l'elfe.

Aragorn souhaita alors la bienvenue à tous les invités. Il leur dit combien il était heureux de pouvoir partager son bonheur avec eux, en ce jour béni entre tous. Il raconta ensuite brièvement sa rencontre avec Arwen, alors qu'il se promenait dans les bois de la douce vallée d'Imladris. Puis il se tourna vers Arwen avec un air d'adoration et, d'une voix forte et vibrante d'émotion, il lui promit de l'aimer et de la chérir jusqu'à la mort. Il lui demanda si elle acceptait de devenir sa femme et Arwen répondit affirmativement. Il y eut ensuite un court instant de silence, puis Arwen prononça elle aussi son serment, d'une voix douce mais ferme.

Se penchant alors doucement vers Arwen, Aragorn l'embrassa tendrement. Les vives acclamations qui retentirent alors lui firent répéter son geste une deuxième puis une troisième fois.

Un vieil homme, grand et mince, portant une longue barbe grise était assis près de Gandalf, dans la première rangée. C'était le scribe de la cité et il était chargé de noter tout ce qui concernait les cérémonies officielles. Il avait donc minutieusement inscrit chacune des paroles prononcées par Aragorn et par Arwen dans un énorme registre relié de cuir. Il se leva alors et, tenant devant lui le lourd volume, il tendit une plume à Arwen. Cette dernière la prit et signa rapidement avant de donner la plume à Aragorn. Ce fut ensuite au tour des demoiselles d'honneur de signer le livre.

Debout derrière Tilariel, Nimroël sentait sa nervosité revenir. Elle s'était interrogée toute la nuit pour savoir quel nom elle apposerait lorsque viendrait son tour de signer le registre. Mais elle ne s'était toujours pas décidée, alors qu'il ne lui restait que quelques secondes pour y réfléchir. Tilariel lui tendit la plume peu après et la jeune fille la prit d'une main tremblante. Elle se pencha lentement sur le registre et elle eut soudain un large sourire. Avec soin, elle écrivit d'abord le nom que lui avait donné sa mère, puis elle ajouta à côté celui qu'avait choisi Legolas pour elle. Souriant toujours, elle remit ensuite la plume à Elladan et regagna sa place à côté de Tilariel.

Aragorn et Arwen redescendirent lentement l'allée en se tenant la main. Une douce musique les accompagnait. Derrière eux venaient Elladan et Dinùrian, Elrohir et Valiëdril, Halbarad et Tilariel et enfin, Legolas et Nimroël. Cette dernière se tourna vers l'elfe d'un air surpris. Ce n'était pas ce qui avait été prévu. Halbarad et Legolas avaient échangé leur place. Le sourire charmeur que Legolas lui adressa alors fit battre son cœur très vite et elle détourna rapidement le regard.

Les musiciens et les invités suivirent ensuite les mariés et les garçons et les filles d'honneur. Aragorn et Arwen se dirigèrent vers les portes du sixième cercle qui étaient restées ouvertes et qui avaient été décorées pour l'occasion. Les habitants de Minas Tirith s'étaient rassemblés le long des rues et ils les acclamaient joyeusement.

Ils déambulèrent ainsi dans les rues de la cité pendant plus d'une heure. Il faisait beau et chaud, la musique était entraînante et les fleurs, accrochées à toutes les maisons pour embellir les rues, embaumaient. Nimroël se sentait remplie d'allégresse et elle aurait pu marcher ainsi encore très longtemps, surtout en aussi bonne compagnie.

Ils retournèrent ensuite sur les pelouses du septième cercle. Des musiciens s'étaient installés sur une estrade et ils se mirent à jouer pour accueillir les mariés et leurs invités. Aragorn et Arwen s'avancèrent alors au milieu de la place et la musique changea. Les musiciens entamèrent une douce valse et les mariés ouvrirent le bal. Durant de longues minutes, tous les admirèrent. Puis Elladan et Elrohir entraînèrent Dinùrian et Valiëdril dans la danse. Halbarad et Tilariel se joignirent également aux danseurs. Legolas serra la main de la jeune fille un peu plus fort et celle-ci leva les yeux vers l'elfe.

- Tu veux danser? demanda-il en se penchant vers elle.

Nimroël hésita un court instant. Elle avait très envie de danser avec Legolas, mais elle avait peur de se montrer maladroite. Elle hocha cependant la tête et elle suivit l'elfe vers la piste de danse. Il lui fallut quelques mesures pour s'adapter à son cavalier, mais ensuite, ils s'accordèrent parfaitement. D'autres couples se formaient et se joignaient à eux, et la musique se prolongeait mais la jeune fille n'avait plus conscience de ce qui l'entourait. Elle aurait voulu que la valse ne se termine jamais.

Au bout de quelques minutes toutefois, les musiciens entamèrent une nouvelle danse et les danseurs changèrent de partenaire. Elladan invita Nimroël qui perdit alors Legolas de vue. La jeune fille dansa ensuite avec Halbarad, puis avec Elrohir. Éomer, revenu à Minas Tirith pour l'occasion, l'invita lui aussi, de même que le Prince Imrahil. Elle eut même le privilège d'être invitée par Aragorn.

Ayant besoin d'un peu de repos, Nimroël s'éloigna ensuite un peu des danseurs. Des dizaines de serviteurs passaient entre les convives, portant des plateaux garnis de toutes sortes de gâteaux, de fruits et de légumes joliment découpés, de petits pains odorants et de fines brochettes de viandes juteuses. D'autres distribuaient du vin, de la bière ou des jus de fruits. La jeune fille prit un verre de jus frais sur l'un des plateaux et elle s'éloigna lentement de la foule. Elle vit alors Haldir, se tenant à l'écart, à l'ombre de l'un des auvents installés près du mur. L'elfe regardait vers le sud, lui tournant le dos. La jeune fille s'approcha sans bruit, soudain un peu confuse de s'être autant amusée alors qu'elle venait d'apprendre la mort de Rûmil et d'Orophïn. Elle se plaça à la droite de Haldir et regarda les champs si verts du Pelennor et le mince ruban de l'Anduin qui miroitait sous les chauds rayons du soleil.

- J'aime bien la vue que l'on a d'ici, murmura Nimroël au bout d'un moment.

Haldir ne répondit pas à sa tentative de nouer la conversation et la jeune fille baissa la tête, encore plus mal à l'aise.

- Tu devrais retourner t'amuser, lui dit l'elfe au bout d'un moment.

- Je… Je ne voulais pas… vous offenser, s'excusa-t-elle dans un murmure.

Puis elle s'apprêta à s'en aller mais Haldir posa sa main sur son épaule pour la retenir. Doucement, il la fit se tourner vers lui.

- M'offenser? demanda-t-il, les sourcils froncés.

- Oui. Je… Je suis désolée, répondit-elle.

- Tu penses qu'en dansant et en participant à la fête?.. Je suis heureux de te voir sourire. Et puis, Rûmil et Orophïn ne voudraient sûrement pas que tu sois triste par une si belle journée.

- C'est… C'est Rûmil qui m'a appris à danser, dit-elle d'une voix très douce.

Au fond des yeux de Haldir, Nimroël pouvait voir une intense douleur, mais l'elfe eut tout de même un léger sourire.

- Va danser, Nimroël. Va danser pour mon frère.

- S'il vous plaît. Dansez avec moi.

Haldir hocha lentement la tête et conduisit la jeune fille sur la piste. Ils dansèrent durant quelques minutes, puis Nimroël changea à nouveau de partenaire et Haldir retourna s'installer un peu à l'écart de la fête. Mais cette fois, il faisait face à l'assemblée et son expression n'était plus aussi sombre.

Au coucher du soleil, de longues tables furent installées partout sur la pelouse et on alluma toutes les lanternes. Arwen et Aragorn allèrent s'asseoir à la table d'honneur, placée près de la fontaine, sous la grande tente dont les côtés avaient été relevés afin que tout le monde puisse admirer les nouveaux mariés. Le Seigneur Elrond, la Dame Galadriel et le Seigneur Celeborn prirent place à côté d'Arwen. Les garçons et les demoiselles d'honneur s'assirent également à la grande table, de même que le Roi Éomer, le Prince Imrahil, Gimli et les hobbits. Des serviteurs aidèrent les autres convives à se diriger vers la table qui leur avait été assignée. Puis, une fois que tous furent attablés, le souper fut servi. Tous les invités mangèrent de bon appétit les plats succulents, tout en bavardant joyeusement, et le souper se prolongea tard dans la nuit.

À la fin du repas, il y eut à nouveau de la musique et de la danse, mais la plupart des convives se sentaient un peu engourdis et alourdis d'avoir trop mangé et trop bu. Certaines personnes préférèrent se promener lentement autour de la citadelle tandis que d'autres s'installaient confortablement pour bavarder ou pour écouter des histoires. Puis, à mesure que la nuit avançait, seul les plus jeunes continuèrent de danser. Arwen et Aragorn avaient disparu depuis quelques temps déjà. Galadriel, Celeborn et Elrond n'étaient visible nulle part, de même que la plupart des elfes.

Cela faisait un moment que Nimroël déambulait seule, passant sans se faire remarquer entre les derniers petits groupes de fêtards. Elle était très fatiguée, mais elle refusait d'aller se coucher. Elle était trop tendue. Et puis, c'est comme si elle attendait quelque chose. Elle se dirigea lentement vers la tour, qu'elle contourna ensuite. Elle aperçut alors Legolas, debout près de la haute falaise qui surplombait la citadelle. Elle ne pouvait pas le distinguer clairement, car l'elfe se tenait dans la pénombre, mais elle savait que c'était lui. Elle l'avait inconsciemment cherché, elle s'en rendait compte à présent. Elle se dissimula puis elle s'approcha sans faire le moindre bruit.

- Bonsoir, murmura-t-elle doucement à son oreille.

Legolas se tourna vivement vers elle et la jeune fille se mit à rire, contente d'avoir pu le surprendre. Puis elle toucha légèrement son bras afin qu'il puisse la voir.

- Tu es encore debout! constata l'elfe un peu surpris. Tu devrais…

- Je ne crois pas que souhaitiez réellement terminer cette phrase, l'interrompit-elle d'un ton sec.

- …

- Il vous faudra bien vous faire à l'idée que je ne suis pas une enfant, reprit la jeune fille d'un ton plus doux.

L'elfe acquiesça doucement avant de lui offrir son bras.

- Tu veux marcher un peu? lui demanda-t-il alors.

Nimroël sourit et glissa sa main sous le bras de l'elfe. Ils avancèrent ensuite lentement, restant loin des derniers invités. Ils gardaient tous deux le silence, comme si la moindre parole risquait de rompre le fragile équilibre du calme de cette nuit d'été.

- J'aimerais que ça ne finisse jamais, murmura tout de même la jeune fille au bout d'un moment.

- Quoi donc?

- Je ne sais pas exactement. Un peu tout ça, je crois. La fête. Tous ceux que j'aime et qui sont réunis ici. La fin de cette guerre.

- Ça durera encore quelques jours. Et puis nous devrons repartir.

- Legolas, quelques jours, ça passe très rapidement quand on s'amuse, même pour les humains, répondit Nimroël en riant.

Mais la jeune fille se sentait triste tout à coup. Elle savait qu'Elrond, Galadriel et Celeborn allaient repartir bientôt, mais elle n'avait pas réalisé que Legolas s'en irait lui aussi. Du moins, pas tout de suite. Bien sûr, ce dernier ne quittait pas la Terre du Milieu, au contraire des trois autres elfes, mais il partait si loin.

- Nous reviendrons bientôt, lui dit alors Legolas, comme s'il devinait ses pensées. Gimli et moi avons promis à Aragorn de revenir avec des ouvriers du Mont Solitaire et d'Eryn Lasgalen.

- Eryn Lasgalen? répéta Nimroël.

- C'est le nom qu'ont choisi le Seigneur Celeborn et mon père pour Mirkwood.

- Pourquoi? demanda-t-elle très surprise.

- Parce que le Grand Bois n'est plus sombre et qu'il lui fallait un nouveau nom, plus approprié.

- Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Pourquoi le Seigneur Celeborn aurait-il choisi un nom pour la grande forêt?

- Nous sommes parents, tu le sais bien. Et puis, les elfes de la Lórien qui ne veulent pas quitter la Terre du Milieu vont aller vivre à Eryn Lasgalen.

- Le Bois de Vertes Feuilles, traduisit la jeune fille. C'est joli. Très approprié comme nom.

Puis elle se mit à rire doucement. Legolas la regarda d'un air interrogateur, ce qui la fit rire d'avantage.

- Legolas tuulo Eryn Lasgalen. Vous n'avez pas peur de ne pas vous y retrouver? dit-elle en riant de plus belle.

- Seriez-vous en train de vous moquer, jeune demoiselle, répondit l'elfe en souriant.

- Peut-être un peu, admit-elle. Mais je suis surtout très fatiguée je pense. Et je crois qu'il vaut mieux que je vous souhaite une bonne nuit, Prince du Royaume Sylvestre. Ou peut-être devrais-je plutôt vous souhaiter une bonne journée, puisque le soleil va bientôt se lever.

Ils étaient justement parvenus à quelques pas de l'entrée de la citadelle. La jeune fille s'inclina donc très élégamment, avant d'entrer dans la tour encore vivement éclairée.

Les festivités se poursuivirent durant plusieurs jours. Partout dans la cité, les gens mangeaient, buvaient et dansaient. Puis, au bout d'une semaine, le calme revint dans Minas Tirith. Après s'être amusés aussi longtemps, tous les habitants de la ville se reposèrent. Nimroël n'avait pas le cœur tranquille cependant. Il serait bientôt l'heure de se séparer des elfes. Dans quelques jours, ils retourneraient en Lothlórien et à Imladris. Ensuite, dans un an ou deux, ils se rendraient aux havres gris, à l'ouest de la Comté. Là, ils monteraient sur de grands bateaux aux voiles blanches et ils traverseraient l'océan pour se rendre à Valinor, le Royaume béni des Valar et des Maiar. La jeune fille les enviait. Elle aurait tant aimé accompagner Galadriel. Mais elle avait promis de rester avec Arwen. Elle ne regrettait pas sa promesse, loin de là, mais il lui était difficile de dire adieu au Seigneur Celeborn et à la Dame Galadriel.

À la fin de juillet, quand Aragorn annonça qu'il était temps de se mettre en route, Nimroël le regarda d'un air interrogateur, pas tout à fait certaine de ce qu'il voulait dire.

- Dans deux jours, nous allons accompagner Théoden, Roi du Rohan, dans sa dernière demeure, le tombeau de ses ancêtres.

- Nous? demanda-t-elle pleine d'espoir.

- Oui, nous. Le Seigneur Elrond, le Seigneur Celeborn, la Dame Galadriel, les hobbits, Legolas, Gimli… dit Aragorn d'un ton faussement désinvolte.

Nimroël avait très envie d'y aller elle aussi, mais elle ne dit rien. Elle savait qu'elle devait rester auprès d'Arwen.

- Voudriez-vous vous joindre à nous? La cité d'Edoras est très jolie, ajouta Aragorn.

- Je… Peut-être une autre fois, répondit-elle en haussant les épaules.

- C'est dommage. Arwen sera sûrement un peu déçue…

- Arwen? Pourquoi?

- Sans doute voudrait-elle que vous soyez à ses côtés…

La jeune fille comprit alors qu'Arwen se rendrait elle aussi à Edoras.

- Vous n'arrêterez donc jamais de vous moquer de moi? dit-elle d'un air faussement irrité.

- Je ne fais que vous taquiner, gente demoiselle.

Nimroël essaya de garder un air offusqué mais elle se mit vite à rire de bon cœur.

Quelques jours plus tard, ils chevauchaient tous sous un ciel sans nuage. L'air était plus frais qu'il ne l'avait été durant les dernières semaines et la douce brise qui soufflait était remplie d'odeurs suaves. Encore une fois, Nimroël montait Winfolien, la jolie jument grise qu'avait voulu lui offrir Éomer. La jeune fille avait cependant refusé le cadeau, en expliquant au jeune Roi que tant que Galian vivrait, elle ne voulait pas posséder un autre cheval. Ils s'étaient toutefois mis d'accord sur le fait qu'elle avait besoin d'une monture et Éomer avait insisté pour qu'elle garde Winfolien encore quelques temps. Nimroël avait fini par accepter.

La compagnie avançait sans se presser, bavardant tranquillement. Il y avait tout de même une certaine tension dans l'air, puisque le jour des adieux approchait.

En passant par la forêt de Druadan, ils entendirent battre les tambours des Wose. Aragorn fit proclamer haut et fort que désormais, la forêt appartenait à Ghân-buri-Ghân et à ses héritiers. Nul homme ne pouvait y passer sans sa permission. Le rythme des tambours redoubla pendant quelques minutes, faisant battre les cœurs plus rapidement, puis le silence revint et la compagnie traversa lentement le bois.

Au bout de quinze jours d'un paisible voyage, ils arrivèrent à Edoras. La ville était construite sur une grande colline verte entourée d'une haute palissade de bois. Les maisons, longues et basses, étaient également faites en bois, tout comme Meduseld, la grande maison du Roi dont la façade était ornée de dessins entrelacés d'or. La cité était loin d'être aussi importante que Minas Tirith, mais elle plut immédiatement à Nimroël. Et, pendant les jours qui suivirent, elle s'y promena en compagnie d'Arwen et d'Éowyn et en visita chaque recoin.

Les funérailles du Roi Théoden eurent lieu trois jours après leur arrivée. La jeune fille avait très peu connu Théoden, mais elle fut très émue par la cérémonie. Les chants funèbres, dont elle ne comprenait pourtant pas les paroles, et les pleurs de ceux et celles qui avaient été proches du Roi la bouleversèrent à un point tel que ses yeux s'emplirent de larmes. Elle pleurait non seulement pour le Roi Théoden mais aussi pour tous ceux qui avaient perdu la vie durant la terrible guerre contre Sauron. Elle pensait à Rûmil et à Orophïn en particulier. Pendant un instant, elle se demanda s'il était convenable de pleurer ses amis alors qu'elle assistait aux funérailles de quelqu'un d'autre. Elle croisa alors le regard de Galadriel, qui se tenait un peu plus loin, au côté de Gandalf et des autres elfes. Le visage de la Dame resta impassible et pourtant Nimroël se sentit rassérénée par l'elfe.

Quelques jours après l'enterrement de Théoden, le Seigneur Elrond, la Dame Galadriel et tous ceux qui les accompagnaient s'apprêtèrent à se remettre en route. La dernière journée qu'ils passèrent à Edoras s'écoula rapidement et ce soir-là, il y eu un immense banquet. La plupart des convives n'avaient pourtant pas du tout le cœur à la fête. Et, dès que le repas fut terminé, Arwen quitta la salle où avait lieu la fête. Elle sortit de Meduseld et alla marcher sur les collines qui entouraient la ville, en compagnie de son père. En les regardant s'éloigner côte à côte, Nimroël sentit son cœur se serrer douloureusement. L'heure était venue pour eux de se dire adieu. Elle-même voyait probablement Galadriel, Celeborn et Elrond pour la dernière fois et cela lui causait un grand chagrin. Il restait toutefois, au fond de son cœur, l'infime espoir de se rendre un jour à Valinor. Bien sûr, pour cela, il faudrait qu'elle surmonte la douleur de la mort d'Arwen. Et elle ne croyait pas en avoir la force.

La jeune fille quitta elle aussi la salle du banquet et sortit prendre l'air. Elle se promena lentement autour de la maison, respirant l'air frais et humide de la nuit. Le ciel était couvert et nulle étoile n'était visible. Elle sentit alors la présence de la Dame Galadriel quelque part devant elle. Elle s'approcha en silence de l'elfe. Il faisait très sombre et elle devait prendre garde de ne pas trébucher. Au bout d'un moment, elle distingua la mince silhouette blanche de Galadriel et elle se dirigea vers elle. Sans trop savoir pourquoi, elle était certaine que l'elfe l'attendait.

- Bonsoir, lui dit Galadriel.

- Bonsoir. J'imagine… qu'il est temps de se dire adieu… murmura Nimroël.

- Nous ne nous reverrons pas avant très longtemps, c'est vrai. Mais ce ne sont pas des adieux pour autant.

- Vous croyez? Pourtant… C'est trop loin. Je n'arrive pas à envisager ce qui se passera… après.

- Ne souhaites-tu pas aller à Valinor?

- Je ne sais pas. Peut-être… En fait, je préfère ne pas y penser pour l'instant. Et puis, tout sera différent alors…

- Différent?

- Oui… Vous ne serez sans doute plus qu'un souvenir pour moi… un merveilleux souvenir.

- Peut-être as-tu raison, dit Galadriel d'un air distant, comme si elle se rappelait elle aussi un lointain souvenir.

- C'est la première fois que je vivrai parmi les humains, reprit la jeune fille au bout de quelques minutes. Ça m'effraie un peu.

- Je sais.

- Je vais les voir changer… ils vont vieillir et mourir. Ça sera sans doute difficile.

- Oui.

- Et puis, Aragorn aussi mourra. Et Arwen…

La gorge de Nimroël se serra brusquement et elle ne put terminer sa phrase. Galadriel la regardait fixement. Elle tendit lentement la main et la posa légèrement sur l'épaule de la jeune fille.

- Peut-être que moi aussi, je finirai par vieillir. Je crois que c'est… ce qui serait préférable, non?

- Préférable? Je ne crois pas. Cela te paraît sûrement plus facile, car cela t'éviterait d'avoir à faire un choix.

- Je ne crois pas que… que j'aurai la force de continuer, dit Nimroël d'une voix étranglée.

Les yeux de l'elfe brillèrent vivement, comme si elle était en colère. Mais elle ne répondit que par un doux soupir.

- Vous voudriez que je vous promette de partir pour Valinor, n'est-ce pas? demanda la jeune fille à Galadriel.

- Oui, c'est ce que je souhaite.

- Pour cela, il faudrait qu'il y ait encore des bateaux et que l'on accepte que je monte à bord.

- Et si c'était le cas?

Nimroël réfléchit un moment. Elle tentait d'imaginer un grand bateau aux voiles blanches, attendant de partir vers l'ouest. Des elfes y montaient, lentement. La jeune fille ne connaissait aucun d'entre eux. Oserait-elle se joindre à eux pour ce long voyage? Le désir de partir en mer était très fort en elle, mais est-ce que ça suffirait?

- Je ne sais pas si j'aurais le courage d'y monter… Je ne veux pas vous faire une promesse que je ne pourrais pas tenir.

La jeune fille ne pouvait voir le visage de Galadriel, mais elle devinait aisément que celle-ci était irritée. Elle n'y pouvait rien cependant. Partir pour Valinor en compagnie de l'elfe aurait sûrement été un merveilleux voyage. Mais se rendre seule aux Havres Gris pour ensuite monter à bord de l'un des grands navires construits par le Seigneur Cìrdan, alors qu'elle n'y connaîtrait personne, c'était une autre histoire. La Dame le comprenait sûrement.

- Pourriez-vous dire au revoir au Seigneur Celeborn pour moi? murmura Nimroël en se détournant pour cacher ses larmes.

Il y eut alors un lourd silence. La jeune fille pouvait percevoir la tension qui régnait soudainement, même si elle n'arrivait pas à comprendre ce qui la causait.

- Celeborn ne viendra pas à Valinor, déclara alors Galadriel.

Les yeux agrandis par l'étonnement, Nimroël se tourna vivement vers l'elfe. Si cette dernière n'avait affiché un air aussi sévère, la jeune fille aurait pu croire que c'était une mauvaise plaisanterie.

- Q… Quoi? demanda Nimroël.

- Il ne souhaite pas quitter la Terre du Milieu. Pas encore.

- Mais… Mais… Vous ne pouvez pas faire ça! C'est insensé! Vous ne pouvez pas partir sans lui!

- Nimroël!

La voix de Galadriel claqua sèchement dans l'air. La jeune fille inspira brusquement et recula d'un pas. Elle n'aurait pas été plus choquée si la Dame l'avait giflée. En fait, elle avait réellement l'impression que l'elfe l'avait frappée.

- Je suis désolée, dit l'elfe plus doucement.

- Pardonnez-moi, murmura Nimroël. Je ne voulais pas…

Galadriel s'approcha lentement puis elle caressa délicatement les cheveux de la jeune fille. Celle-ci se mit à pleurer en silence. Elle posa doucement son front sur l'épaule de l'elfe et elle resta ainsi, sans bouger. Il lui fallut un long moment pour se calmer. Elle s'éloigna alors de la Dame et croisa les bras sur sa poitrine, comme si elle avait froid.

- Namarië, lui dit-elle avant de s'en aller.

- Au revoir, lui répondit l'elfe.

Le lendemain matin, Nimroël se tenait tristement au côté d'Arwen. Le cœur lourd, les deux amies regardaient partir tous ceux qu'elles aimaient. Même Aragorn et Éomer s'en allaient. Ils avaient décidé d'accompagner leurs invités jusqu'à la Trouée du Rohan. Nimroël aurait bien aimé y aller elle aussi, mais elle ne pouvait pas quitter Arwen, même si rester en arrière lui était vraiment très pénible. L'elfe et la jeune fille restèrent debout devant la haute maison des Rois du Rohan bien longtemps après que tous les cavaliers eurent disparus, pour la jeune fille du moins. Arwen, grâce à ses yeux perçants les voyait peut-être encore, mais elle n'en dit rien et, quand Nimroël lui demanda si elle voulait rentrer, elle la suivit sans dire un mot.

Ce jour-là, elles ne firent rien du tout. Elles restèrent assises sans bouger, devant la large cheminée, dans le salon d'Arwen. Il faisait très chaud, ce jour-là, et aucun feu ne brûlait, mais elles regardaient tout de même l'âtre. Arwen était probablement plongée dans l'un de ses rêves elfiques et Nimroël ne voulait pas la déranger. Elle restait donc silencieuse et elle réfléchissait aux dernières paroles que lui avait dites Gandalf avant de partir.

Le Maia lui avait promis de revenir une dernière fois à Minas Tirith, afin de lui présenter quelqu'un. Quand elle lui avait demandé plus de détail au sujet de celui qui, selon ses dire, désirait vivement la rencontrer, il s'était montré des plus discret, lui disant seulement qu'il s'agissait également d'un Maia, un dénommé Radagast.

Ses pensées se tournèrent ensuite vers Legolas et Gimli. Ces derniers avaient eux aussi promis de revenir bientôt. Au printemps ou au début de l'été, si le Roi Thranduil et le Seigneur du Mont Solitaire le permettaient, l'elfe et le nain viendraient avec quelques-uns des leurs pour embellir la cité de Minas Tirith. Nimroël avait regardé Legolas d'un air sceptique, mais elle n'avait rien dit. Elle préférait ne pas espérer son retour. Ainsi, elle ne serait pas déçue, si jamais il ne venait pas. Jamais elle ne l'aurait admis, mais elle savait qu'au fond d'elle-même, elle compterait chaque jour jusqu'au printemps.

Le lendemain, en voyant qu'Arwen était toujours assise à la même place que la veille, comme si elle n'avait pas bougé de la nuit, Nimroël secoua tristement la tête. Elle trouvait très étrange de voir l'elfe toute seule, sans ses dames. Dinùrian, Valiëdril et Tilariel lui manquaient sûrement beaucoup. La jeune fille avait pleinement conscience qu'il ne restait plus qu'elle à présent, mais elle se sentait tout à coup incapable de remplir le rôle qui lui était dévolu. Puis elle se secoua et redressa fièrement les épaules. Après tout, elle était la première dame de compagnie de la Reine du Gondor. Galadriel lui avait demandé d'aider sa petite fille à s'adapter à sa nouvelle vie et c'est ce qu'elle allait faire.

- Venez, dit-elle à Arwen d'un ton sans réplique. Allons nous promener. On va faire seller des chevaux et on ira faire la course dans les champs.

Le doux sourire d'Arwen lui fit chaud au cœur. En sortant de Meduseld, les deux amies croisèrent Éowyn, qui se joignit alors à elles pour la balade. Elles firent même préparer un énorme pique-nique, puis elles sortirent rapidement de la ville et elles galopèrent vers le sud durant plus d'une heure. Elles étaient toutes trois d'excellentes cavalières, mais Arwen était de loin la plus rapide, sur son magnifique coursier blanc.

L'elfe et les deux jeunes filles s'arrêtèrent près d'une petite source d'eau froide, qui jaillissait de la terre avec un doux murmure. Elles s'installèrent rapidement pour le repas, puis elles mangèrent tout en bavardant doucement. Autour d'elles, il n'y avait que la plaine, à perte de vue. Elles auraient pu se croire seules au monde.

Soudain, Nimroël se leva d'un bond et regarda vers l'est. Elle ne voyait rien du tout, mais elle percevait la présence d'un grand nombre d'hommes qui arrivaient rapidement vers elles. Elle jeta un regard inquiet vers Arwen.

- Remettons-nous en selle tout de suite, dit-elle aux deux autres. Des hommes approchent rapidement. Ils sont nombreux.

- J'entends les chevaux galoper, ajouta Arwen doucement.

- Ce sont probablement les hommes qui ramènent les troupeaux, répondit Éowyn d'un air calme. Il n'y a pas à s'inquiéter. Mais il vaut sans doute mieux être à cheval si la horde se dirige vers nous. Il ne faudrait pas risquer d'être piétinées.

Elles remballèrent rapidement leur repas, puis elles sautèrent sur le dos de leur monture. Rapidement, elles reprirent la direction d'Edoras. Nimroël jetait parfois un regard par-dessus son épaule, mais tout ce qu'elle pouvait voir, c'était un nuage de poussière qui avançait dans la même direction qu'elles.

Lorsque les trois amies furent en vue de la cité, elles ralentirent l'allure et elles se retournèrent pour regarder les hommes qui conduisaient un groupe de chevaux vers les immenses enclos de la ville. Au bout d'un moment, elles virent apparaître devant elles près d'une centaine de chevaux qui galopaient très rapidement. Des cavaliers encadraient le troupeau, gardant les bêtes regroupées et les forçant à se diriger où ils le désiraient. Nimroël était fascinée par le spectacle.

Quand les bêtes furent en vue des enclos, les cavaliers se rapprochèrent encore plus de la horde. La jeune fille remarqua alors que de jeunes garçons se tenaient près de l'un des portails qui était grand ouvert. Toujours guidé par les cavaliers, tous les chevaux pénétrèrent dans l'enclos et les garçons s'empressèrent de refermer la barrière. Nimroël poussa alors un profond soupir.

- Ils sont magnifiques, murmura-t-elle.

- Ils sont peu nombreux, rétorqua Éowyn.

Nimroël se tourna vers Éowyn, étonnée du ton soudainement belliqueux de la jeune fille.

- Les serviteurs de Sauron nous ont volé plusieurs chevaux, parmi les plus beaux et les plus rapides, expliqua cette dernière. Je crois que Saroumane aussi s'est permis de nous prendre des bêtes.

D'un air confus, Nimroël baissa la tête.

- Allons, vous n'êtes pas responsable de ses méfaits, dit Éowyn doucement, désolée d'avoir troublé son invitée.

- Est-ce qu'on peut aller les voir de plus près? demanda Nimroël, désirant changer de sujet.

- Bien sûr.

Les trois cavalières s'approchèrent lentement du grand enclos. À l'intérieur, les hommes s'empressaient de séparer les chevaux. Avec de grands lassos, qu'ils manipulaient très habilement, ils attrapaient les jeunes mâles, âgés de trois ou quatre ans, et les conduisaient dans des enclos plus petits. Plus tard, des hommes se chargeraient de les dresser. Les juments et leurs petits resteraient quelques jours dans le grand enclos, le temps que les hommes s'assurent qu'ils étaient tous suffisamment résistant pour supporter l'hiver. Ils retourneraient ensuite vers leurs pâturages. Tous les chevaux du Rohan seraient ainsi examinés de près.

Les jours suivants s'écoulèrent lentement. Arwen et Éowyn semblaient bien s'entendre et comme Éowyn allait bientôt épouser Faramir, elles parlaient beaucoup de mariage, de robe blanche et de cérémonie, ce qui ennuyait particulièrement Nimroël. Chaque fois qu'Arwen et Éowyn se lançaient dans d'interminable discussion au sujet du mariage, la jeune fille sortait se promener dans la ville. Elle aimait tout particulièrement visiter les grands enclos où s'égayaient une multitude de chevaux. Elle était surtout fascinée par les poulains aux grandes oreilles et aux longues pattes. Elle pouvait passer des heures à les regarder faire des cabrioles au côté de leur mère.

Un jour, alors qu'il n'y avait personne dans les environs, elle entra dans l'un des enclos et elle s'avança doucement vers un poulain. Avec un peu de patience, elle finit par s'approcher suffisamment pour réussir à le caresser.

- Eh toi, sors de là, entendit-elle soudain derrière elle.

Nimroël se retourna lentement vers l'homme qui venait de l'interpeller aussi familièrement.

- Oui, c'est à toi que je parle, petite. Ne t'approche pas des poulains, tu pourrais les effrayer et les rendre rétifs.

Un deuxième homme s'approcha du premier et lui dit quelque chose à l'oreille. Il dut lui révéler l'identité de Nimroël car l'homme eut soudain l'air très confus. La jeune fille revint lentement vers la barrière que l'homme lui ouvrit alors courtoisement. Il s'inclina ensuite devant elle, d'un air embarrassé.

- Veuillez m'excuser mademoiselle. Je ne voulais pas me montrer impoli.

- Ce n'est rien, répondit Nimroël froidement.

Puis elle s'éloigna rapidement en direction de Meduseld, sans un regard en arrière.

Quelques jours plus tard, Aragorn et Éomer revinrent à Edoras et Aragorn annonça qu'il souhaitait rentrer à Minas Tirith dès le lendemain. Ainsi, le retour à la grande cité blanche se fit rapidement et sans encombre. Et le retour au quotidien se fit de la même façon. L'automne était déjà bien avancé et les arbres avaient perdu toutes leurs feuilles. Minas Tirith se trouvant très au sud et près de la mer, il n'y faisait pas très froid mais l'air était chargé d'humidité. Le matin, une épaisse brume recouvrait le Pelennor et le soleil n'arrivait à la dissiper que vers midi.

Nimroël et Arwen passaient leurs journées dans le grand salon de cette dernière. La jeune fille, frileuse, restait le plus souvent près du feu. Elle lisait quelques livres pris dans la grande bibliothèque de la citadelle, pendant qu'Arwen brodait. L'elfe chantait souvent et elle s'accompagnait parfois à la grande harpe qu'elle avait apportée d'Imladris.

Par une sombre journée de novembre, Nimroël était en train de raconter à Arwen comment elle avait réussi à entrer dans la vallée de l'Isengard, en passant par la forêt de Fangorn quand elle s'interrompit brusquement et se figea. Elle devint si pâle qu'Arwen se leva, inquiète. Nimroël posa ses mains sur sa poitrine en tremblant.

- Il arrive, Arwen. Il s'en vient… Il vient pour moi, dit-elle d'un ton terrifié.

- Qui arrive? demanda l'elfe.

- Saroumane. Il veut… Il va essayer de me tuer…

- Calme-toi. Il ne peut pas entrer ici. La ville est bien protégée.

- Il est déjà là… Dans la cité! Il est tout près.

Arwen ordonna à l'un des gardes d'aller prévenir Aragorn, puis elle servit un verre d'alcool à la jeune fille. Quand Aragorn arriva, quelques minutes plus tard, Nimroël était toujours très pâle, mais elle avait cessé de trembler. Arwen le mit brièvement au courant de ce qui se passait.

- Il n'entrera pas dans la citadelle, répéta alors Aragorn à la jeune fille. Il ne parviendra pas même jusqu'au septième cercle.

- Il approche, Aragorn. Vous ne pouvez pas l'arrêter. Je le sais.

- Vous n'avez rien à craindre, Gilraen. Je vous assure.

- Il me hait. Il veut ma mort! Et il est ici! Il est ici!

- Tout ira bien, Gil, lui dit Arwen d'un ton réconfortant.

- Personne ne peut l'arrêter. Il est trop puissant!

- Il est inoffensif maintenant, vous le savez bien.

Nimroël se détourna tout à coup et elle regarda derrière elle d'un air terrifié, puis elle tourna la tête de tous les côtés. Aragorn et Arwen la regardaient, les sourcils froncés. La jeune fille semblait affolée et ils ne comprenaient pas pourquoi.

- Saroumane, murmura-t-elle. Il est ici… dans cette pièce.

Personne ne lui répondit.

- Je sens sa présence, ajouta Nimroël d'une voix aiguë. Son esprit est ici… Il est… il est mort, mais son esprit est ici.

La jeune fille recula de quelques pas, de plus en plus effrayée. Aragorn vint se placer à son côté, ce qui la rassura un peu. Mais que pouvait-il faire contre un esprit? Il avait beau être le guerrier le plus redoutable de la Terre du Milieu, il était incapable de la protéger de son père.

- C'est moi qu'il veut, lui dit-elle. Vous devriez sortir.

Nimroël s'efforçait de ne pas laisser voir à quel point elle avait peur, mais les tremblements de sa voix la trahissaient.

- Nous allons tous sortir, répondit Aragorn calmement.

- Ça ne servirait à rien, vous le savez aussi bien que moi, rétorqua la jeune fille. Il ne peut pas être arrêté par des portes ou des murs.

Elle avait l'impression qu'un vent froid et humide, rempli de colère et de ressentiments, soufflait dans la pièce. Elle ne savait pas exactement comment elle pouvait se défendre contre un esprit, mais elle se concentra et fit de son mieux pour se préparer.

- Je… Je ne sais pas ce qui va se passer, mais il vaut mieux que vous sortiez, répéta-t-elle à Aragorn et Arwen.

Personne ne réagit. Ni Arwen, ni Aragorn ne semblaient vouloir suivre son conseil.

- Très bien, dit-elle alors. Dans ce cas, restez près de moi. Je… Je vais essayer de le repousser.

Avant même qu'ils n'aient pu répondre, elle sentit un profond changement dans l'air, comme si son père se précipitait soudain vers elle. Elle poussa un cri, puis elle leva les mains devant elle comme pour se protéger. Elle inspira ensuite vivement, puis elle repoussa de toute sa puissante tout ce qui se trouvait autour d'elle. Il y eu un vif éclair suivit d'un bruit assourdissant, comme si la foudre venait de s'abattre dans le salon. Tous les meubles du salon furent si violemment propulsés contre les murs qu'ils s'y fracassèrent. Nimroël contempla un instant le gâchis qu'elle venait de causer, puis sa vue se brouilla et elle perdit conscience.

Lorsqu'elle s'éveilla, elle était allongée sur son lit. Elle avait un horrible mal de tête et elle se sentait épuisée comme ça ne lui était jamais arrivé auparavant, pas même lorsqu'elle avait été poursuivie par les orcs de son père et qu'elle avait couru des jours durant. Elle ouvrit lentement les yeux, mais elle les referma aussitôt en gémissant. La lumière des lampes lui semblait trop vive. Elle avait également l'impression qu'un énorme poids pesait sur elle et l'empêchait de respirer.

- Ça va? lui demanda doucement Arwen.

- Oui, je crois, réussit-elle à murmurer.

- Nous nous sommes inquiétés. Cela fait plusieurs heures que tu es inconsciente.

La jeune fille voulut alors se lever mais Arwen l'en empêcha.

- Reste allongée, lui ordonna l'elfe. Tu as encore besoin de te reposer.

- Mais Saroumane… Que s'est-il passé?

- Tout va bien. Ne t'inquiète plus à ce propos. Nous avons reçu un message de Gandalf. Il sera là très bientôt.

Malgré ce que venait de lui dire Arwen, Nimroël essaya de s'assurer que l'esprit de son père n'était plus là. Elle ne réussit cependant qu'à aggraver sa migraine. Elle gémit à nouveau et massa doucement ses tempes pour diminuer la douleur qui pulsait sous son crâne. Elle regrettait que le Seigneur Elrond ne soit pas là pour la soulager.

- Je ne le sens plus. Je… Je ne sens rien!

- Tu vois, tout va bien. Maintenant, dors un peu.

- Non, vous ne comprenez pas. Je ne sens rien du tout. Personne! Pas même vous!

- Ce n'est rien. Tu iras certainement mieux lorsque tu auras dormi.

- Ne dites pas ça! C'est ce que m'a dit Legolas, quand j'ai perdu la mémoire. Qu'avec un peu de repos, je retrouverais mes souvenirs. Mais il a fallu plus de vingt-cinq années pour que je recouvre la mémoire.

- Ce n'est pas la même chose.

- C'est encore pire! C'est comme si, brusquement, j'étais aveugle.

- Et qu'espères-tu accomplir en te levant? lui demanda Arwen.

Nimroël haussa légèrement les épaules.

- Nous ne pouvons rien faire pour l'instant, continua l'elfe. Il faut attendre Gandalf.

Nimroël hocha doucement la tête. Bien sûr, Arwen avait raison. Il n'y avait rien à faire, sinon attendre. Mais elle détestait attendre.

- Vous croyez que c'est Saroumane qui a… qui m'a fait quelque chose? demanda-t-elle à l'elfe.

- Je ne sais pas. Mais je ne crois pas. Sincèrement, je pense que tu es seulement épuisée après… l'effort que tu as fourni, dans mon salon.

La jeune fille se rappela tout à coup ce qu'elle avait aperçu avant de s'évanouir. Le salon d'Arwen était dans un état lamentable. Tous les meubles avaient été réduits en miettes.

- Je suis désolée, s'excusa-t-elle d'une petite voix.

- Ça ira pour cette fois, répondit Arwen en souriant doucement. L'important, c'est que personne n'ait été blessé.

Très tôt le lendemain, Nimroël émergea lentement du sommeil. Elle avait toujours la tête lourde et elle avait mal partout. De plus, elle avait passé une très mauvaise nuit, peuplée de rêves étranges, et elle se sentait toujours très fatiguée. Elle se leva doucement, puis elle enfila une robe. Pas à pas, elle se rendit ensuite dans son boudoir et elle se laissa tomber dans un fauteuil. À peine quelques minutes plus tard, quelqu'un frappa à la porte. Elle tenta de savoir de qui il s'agissait, mais elle ne perçut qu'une espèce d'ombre. C'était tout de même une amélioration, par rapport à la veille et cela lui remonta un peu le moral. Impatiemment, l'inconnu frappa encore une fois et Nimroël l'invita à entrer.

Gandalf fit alors irruption dans le salon. La jeune fille lui offrit de s'asseoir, mais le Maia refusa et se mit à marcher de long en large dans son petit boudoir. Il semblait hors de lui et ses yeux brillaient d'un éclat très vif. Avant que Nimroël n'ait pu ouvrir la bouche, il se mit à la sermonner.

- Vous avez complètement perdu la tête ou quoi!

- Je…

- Vous vouliez faire quoi? Démolir la citadelle?

Gandalf avait apparemment déjà vu les dégâts que la jeune fille avait causés.

- Il ne faut pas exagérer…

- Exagérer. Vous croyez que j'exagère. Nous avons ressenti votre… petite démonstration alors que nous étions encore à plusieurs lieues d'ici. Certaines des pierres du mur sont fissurées! Je vous assure que si les murs de cette tour n'étaient pas aussi solides, il lui manquerait à présent un étage.

- Je suis désolée…

- Désolée? Je l'espère bien! Et j'espère que vous n'avez pas l'intention de recommencer une telle chose.

- Non, bien sûr que non. Je…

- Expliquez-moi à quoi vous avez pensé?

- Je…

- Je ne comprends vraiment pas comment vous avez pu faire cela. Vous êtes totalement irresponsable!

- Je…

- Sans compter que vous auriez pu blesser quelqu'un. Vous possédez de grands pouvoirs, mademoiselle. Vous rendez-vous compte que ce n'est pas un jeu?

- J'avais peur, réussit enfin à répondre la jeune fille.

- Peur?

- J'étais terrifiée. Saroumane… Il était là!

- Saroumane est mort. Il n'est plus une menace pour personne.

- J'ai cru... J'ai cru qu'il voulait… qu'il voulait me… qu'il me voulait, moi!

Pour la première fois depuis qu'il était entré, Gandalf la regarda réellement. Il s'approcha d'elle et s'agenouilla près du fauteuil. Il prit alors doucement sa main.

- Il ne peut plus vous faire de mal, croyez-moi.

- Mais je sais qu'il était là! Son esprit était là. Et il me hait. Vous ne pouvez pas savoir à quel point…

- Sentez-vous encore sa présence?

- Non… Je ne le sens plus. Je… Je ne peux pas. Je ne ressens plus rien! Plus personne. Il n'y a plus que des ombres.

Le Maia fronça les sourcils puis il tâta le front de la jeune fille du bout des doigts.

- Aragorn m'a dit que vous vous étiez évanouie… Comment vous sentez vous à présent?

- Je vais bien mais je… Je suis très fatiguée.

- C'est normal de ressentir une certaine fatigue… Ce que vous avez fait demande beaucoup d'énergie. Mais pas au point de perdre conscience. Et puis, cela fait maintenant plus de douze heures, vous devriez déjà avoir récupéré.

- Je ne suis qu'à moitié Maia, lui rappela-t-elle.

- C'est justement ce qui m'inquiète. Voyez-vous, je suis étonné que vous… manifestiez de tels pouvoirs. Et je ne suis pas certain que vous devriez les utiliser. Du moins, pas avec une telle intensité. J'ai peur que vous ne vous surmeniez. Vous pourriez réellement en souffrir.

- C'est la première fois que je… que je provoque une telle catastrophe. Pourtant, Saroumane m'y a souvent poussée. Mais je n'avais jamais réussi… un tel exploit. En général, j'arrive à peine à déplacer de petits objets.

- Eh bien, espérons que ça ne se reproduira plus, conclut Gandalf.

Ce soir-là, lorsqu'elle descendit pour le souper, Nimroël se sentait déjà beaucoup mieux. Les ombres s'intensifiaient lentement et, lorsqu'elle était proche de quelqu'un, elle pouvait deviner de qui il s'agissait. Et puis, elle s'était reposée durant tout l'après-midi et elle ne se sentait plus aussi fatiguée.

Ce fut lors de ce repas qu'elle rencontra Radagast pour la première fois. Le Maia, grand et très costaud était un peu bedonnant. Il avait une longue barbe brune, parsemée de fils blancs. Ses vêtements étaient bruns eux aussi et ils étaient usés jusqu'à la corde. L'homme avait une apparence négligée et il ne semblait pas vraiment à sa place dans la citadelle. Mais il posait un regard amusé sur tout ce qui l'entourait.

Gandalf fit les présentations et Radagast resta un moment à contempler Nimroël d'un air étonné. Puis il s'avança vivement, lui prit la main, la secoua brusquement en lui broyant les doigts. La jeune fille se mit à rire doucement. Les manières malhabiles du Maia et son air embarrassé lui plaisaient beaucoup.

Durant toute la soirée, Nimroël bavarda tranquillement avec Radagast. Le Maia lui parla surtout de sa petite maison à Rhosgobel, à l'ouest de Mirkwood, près de la vieille route de la forêt. Il lui parla également des animaux qui y vivaient avec lui. Il y avait quelques biches, plusieurs ratons laveurs, des écureuils et surtout, plein d'oiseaux de toutes sortes. Il y avait même un vieil ours qui lui rendait visite de temps en temps. De son côté, la jeune fille lui raconta comment elle avait trouvé et soigné Tara. Elle lui promit également de lui présenter Galian. Il était très tard lorsqu'ils se séparèrent et que Nimroël alla enfin se coucher.

Le lendemain, la jeune fille emmena Radagast se promener dans les jardins du sixième cercle. Alors qu'ils admiraient la vue du haut d'un mur, Tara vint se poser sur le bras de Nimroël. Le faucon examina le Maia un court instant avant d'aller se percher sur son épaule.

Ils se rendirent ensuite aux écuries et la jeune fille fit sortir Galian de son boxe. Le petit cheval fit lui aussi un accueil chaleureux au Maia, ce qui augmenta d'un cran l'estime que Nimroël avait déjà pour lui. Elle n'aurait jamais cru pouvoir apprécier un Maia. Elle pensait qu'ils étaient tous comme Saroumane, froids, calculateurs, ne pensant qu'au pouvoir. Mais Radagast était très différent. En fait, Nimroël avait plus de points communs avec lui qu'avec son propre père.

Gandalf et Radagast ne restèrent malheureusement que quelques jours à Minas Tirith. Radagast était plutôt solitaire et il n'aimait pas beaucoup être entouré d'autant de gens. Il promis tout de même à la jeune fille de revenir la voir régulièrement. Gandalf, quant à lui, avait encore plusieurs choses à régler avant de quitter la Terre du Milieu et il ne croyait pas avoir le temps de revenir dans la cité. Il fit donc ses adieux à Aragorn et Arwen avant de prendre Nimroël à part.

- Rappelez-vous ce que je vous ai dit. Soyez prudente!

- Entendu…

- Au revoir, alors. Nous nous reverrons à Valinor!

La jeune fille ne répondit pas. Elle se contenta de faire un signe de la main aux deux Maiar qui mirent rapidement leur monture au galop et quittèrent Minas Tirith.


Comme toujours, un gros merci à tous ceux et celles qui me laissent des commentaires, j'apprécie toujours avoir votre opinion.