Sévérus Rogue, le regard en déroute, fixa l'homme qui venait de lui sauver la vie. Une légère brise forçait la rangée de bambous les cachant aux yeux du village à se plier et la longue barbe blanche du vieil homme suivait le mouvement. Ils restèrent un long moment sans pouvoir bouger. Tout ce qu'ils avaient profondément redouté tout au long de l'année venait de s'accomplir dans le plus lugubre dessin.
Au bout de plusieurs longues minutes, le Directeur de Poudlard décida de rompre le silence.
-Sévérus…
il faut s'en aller à présent. Vous devez la ramener
chez les siens.
-…
-des aurores ont retrouvé ses
parents, reprit-il devant le silence de l'homme en noir. Leur
disparition n'était pas passée inaperçue et
Monsieur Arandal a réussit à laisser des indices
derrière eux.
Mais toujours rien.
-Sévérus, je vous en prie. Ramenons le corps de cette enfant dans sa famille. Il faut qu'ils puissent faire leur deuil.
A cet instant, le
jeune professeur releva les yeux, luttant contre l'humidité
qui les gagnait. Son visage se crispa en une grimace de dégoût
:
-Sa famille c'est moi et elle ne mourra pas.
Il transplanna alors, le corps de Bélisse dans ses bras et la déposa dans un lit d'herbe à l'entrée du château. Après avoir lancé un sort d'invisibilité pour la dissimuler à la vue d'éventuels passants, il s'empressa d'aller chercher Pablo.
Blottit dans les bras de Catherine et attendant le verdict, il se dressa d'un bon en apercevant le visage fermé du professeur, s'attendant au pire.
-Où est-elle ?
-Arandal avec moi.
Immédiatement. Cracha-t-il sèchement.
Sans discuter une seconde de plus, il emboîta le pas de son professeur qui avait déjà fait demi-tour. Arrivé hors des limites magiques de l'école, Rogue lança un regard légèrement moins dur à Pablo et leva le sort d'invisibilité. Le cœur de ce dernier s'arrêta de battre. Il hurla le nom de sa sœur et se laissa tomber à coté, pleurant déjà. Sévérus, droit comme un « i » à ses côtés n'avait plus besoin de luter contre des larmes indésirables, il n'éprouvait plus rien, sa peine était bien trop grande.
Tous deux transplannèrent avec la défunte au manoir familial des Bellecours. Comme Rogue l'avait supposé, Bélisse décédée, Pablo put accéder à la cave des tortures et le journal lui donna à lui aussi le secret de famille. Le professeur amassa les ingrédients en moins de quatre heures, y compris le sang de licorne. Cette dernière lui accorda sa requête en lisant le désespoir de son âme qu'elle ne croyait pas pouvoir être si intense chez un être humain.
Le soir même, tous deux étaient au chevet de la jeune femme dont le visage semblait tourmenté même dans la mort. A la leur d'une chandelle, Sévérus plaça une main derrière la tête de la jeune femme et versa le contenu de la potion qu'il venait de concocter dans sa gorge. L'effet fut immédiat, le corps sembla chercher l'air et se crisper. De violentes convulsions effrayèrent Pablo qui se cloîtra dans un coin de la pièce. Il savait qu'ils jouaient avec le feu. Les puissances invoquées ne devaient probablement pas relever de la magie blanche, mais peu importait.
Environ une bonne heure plus tard, le corps s'apaisa et commença à respirer lentement, mais elle n'ouvrit pas les yeux.
-On a échoué
? demanda Pablo, bredouillant à moitié.
-Non, mais
il nous manque une partie de la potion. Votre secret de famille
permet de redonner la vie à un corps, mais pas de lui rendre
son âme.
-Comment allons nous faire alors, il nous faut
retrouver Eleam furston ?
-Il est mort et son père
également. En revanche, sa mère coure quelque part.
Sévérus Rogue parlait à son interlocuteur sans
lâcher la jeune femme du regard.
-Alors comment va-t-on
faire ?
-Il faut trouver un moyen de la nourrir et la maintenir en
vie jusqu'à ce que nous trouvions l'autre partie de
l'antidote. Je m'occuperait d'elle jour et nuit s'il le faut,
je ne l'abandonnerais jamais.
Le seul problème de ce plan, c'est que Madame Furston disparut totalement de la circulation. Le temps passait et tous les aurores lancés à sa poursuite ne parvinrent à lui mettre la main dessus. Le professeur avait abandonné son poste d'enseignant à Poudlard pour s'occuper de sa bien aimée malgré les conseils de Dumbledore assurant que la maintenir en vie dans ces conditions n'était pas acceptable.
Sévérus
se tapissait chez lui, ne recevant les visites que de Pablo et
Catherine ainsi que des Arandal qui, malgré la bonne morale de
la famille, approuvait les agissements du professeur.
Ils
n'avaient plus que cet homme pour leur redonner l'espoir de
revoir un jour leur fille. Evidemment, Bélisse avait perdu
l'enfant d'Eleam, mais en étant à seulement deux
jours de grossesse, ceci est passé totalement inaperçus.
Pour les parents de la jeune femme, la savoir en sécurité chez le maître des potions était un réconfort. Ils auraient évidemment préféré l'avoir chez eux, mais en vidant ses affaires, sa mère adoptive était tombée sur son journal intime, indiquant à quel point elle tenait à Sévérus, et en voyant la détresse de ce dernier, elle n'avait pas voulu les séparer. Leur fille ne leur parlait pas, mais elle respirait. Madame Arandal passait des journées entières à lui lire des ouvrages que Bélisse aurait certainement aimé.
Mais un jour, la réalité rattrapa le jeune amoureux, il n'avait plus assez d'argent pour maintenir Bélisse dans des conditions acceptables. Il dû se résigner à reprendre son poste de professeur à Poudlard pour elle. Monsieur et Madame Arandal étant dans la même situation, ils convinrent ensemble de placer Bélisse à Sainte-Mangouste en période scolaire alors que le professeur partait vivre à l'école de sorcellerie. Cependant, dès que les vacances débutaient, Sévérus revenait chercher son ange blond et l'installait chez lui, lui prodiguant de nouveau les soins nécessaires.
Madame
Furston toujours introuvable, les années s'écoulèrent
ainsi. Sévérus était totalement fermé au
monde extérieur. Il haïssait son travail, les élèves
et ne supportait pas les « miss-je-sais-tout » qui lui
rappelaient bien trop son ange. Mais il devait rester à
Poudlard pour gagner suffisamment et entretenir l'espoir de la
réanimer un jour.
Evidemment, toutes preuves et toutes
traces du fameaux secret de famille des Bellecours furent détruites.
Y compris la liste des ingrédients glissés dans le
petit médaillon de Bélisse qui fut retrouvé avec
ses autres bijoux dans le lieu où elle avait été
torturée. Mais le secret des Furston restait
impénétrable.
Lorsque Bélisse était à Sainte-Mangouste, il allait la voir tous les week-end en lui apportant des Dragées de Berthie Crochue. Il y avait peut d'espoir qu'elle se réveille, mais au cas où, il voulait qu'elle puisse voir d'un coup d'œil qu'il n'était pas loin et qu'il veillait sur elle.
Au fil des années donc, les choses évoluèrent autour de Sévérus. Pablo épousa Catherine et Erwan la mère de son enfant. Ils eurent ensemble une petite fille qu'ils nommèrent Bella. Ce nom était un amalgame de Bélisse et Alexandra, en mémoire de la petite peste qui, sans sans rendre compte, leur avait permis de trouver le bonheur ensemble. Mais aucun d'eux n'oublia jamais l'ange blond. Tous allaient la voir régulièrement.
Seule la vie du professeur de potion ne changea pas. Il se renfermait simplement un peu plus sur lui-même, plus aucun sourire ne parcourait son visage et en dehors des démons du passé, il ne côtoyait jamais personne.
A chaque visite, Rogue s'asseyait à côté du lit, prenait la main de son amour et lui caressait la joue. Il pouvait alors lui raconter tout ce qui se passait à Poudlard. Les coquilles dans les copies de ces abrutis d'élèves ou encore un certain Londubat dont les potions étaient toutes plus catastrophiques les unes que les autres.
Pour les infirmières de Sainte-Mangouste, voir cet homme drapé de noir et le cœur vide de toute émotion était poignant et il n'était pas rare que l'une d'entre elle ne l'écoute parler à sa Bélisse à travers la porte, le cœur séré d'émotion. Mais jamais elles ne s'approchaient de lui. De toute façon, il était de notoriété publique que personne ne pouvait approcher Sévérus Rogue.
Il semblait pourtant tellement différent lorsqu'il franchissait la porte de sa chambre. Les heures passées à son chevet étaient les seuls répit de sa triste existence. Même si elle ne lui parlait pas, c'était les quelques instants où son cœur pouvait se reposer un peu. Il la regardait vieillir et vieillissait à ses côtés. C'était une vie commune sans interaction, mais c'était désormais tout ce qu'il possédait.
En loyauté envers
Dumbledor qui lui avait sauvé la vie, il accepta une mission :
celle de surveiller Harry Potter, mais cela lui coûtait
énormément. Non seulement ce jeune insolent lui
rappelait cruellement son père qui l'avait humilié
durant sa scolarité, mais en plus il traînait sans arrêt
avec cette satanée Granger qui ressemblait bien trop à
la jeune femme allongée dans un lit d'hôpital,
mentalement tout du moins.
Evidemment, le Directeur désapprouvait
cette situation, mais que pouvait-il y faire ? maintenant la jeune
femme respirait. Elle n'était ni plus ni moins plongée
dans un coma de longue durée. Il ne restait plus qu'à
attendre de retrouver Madame Furston. Ce fut chose faite une dizaine
d'années plus tard. Mais malheureusement, elle avait été
assassinée dans de terribles conditions. A ce moment là,
tous les espoirs de Sévérus s'envolèrent. Il
savait qu'il ne pourrait plus jamais la ramener à la vie.
Cette nouvelle arriva le jour de la rentrée en première
année d'Harry Potter. Mais Sévérus Rogue ne
laissa rien paraître de sa détresse si ce n'est
l'antipathie qu'il éprouvait envers les élèves
en général et qui ne choquait plus
personne.
Retour dans la salle commune des serpentards (confère chapitre un).
La pluie avait cessé de marteler les carreaux depuis bien longtemps, mais tous étaient suspendus aux lèvres de Bella qui finit enfin son histoire :
-Et les années défilèrent ainsi jusqu'à aujourd'hui. Vous comprenez maintenant pourquoi Rogue est si renfermé et qu'il ne sourit jamais, mais également pourquoi il se rend tous les week-end à Sainte-Mangouste.
Un silence poignant avait gagné la salle commune des cachots. Puis une fille repris la parole.
-Alors ton père est
Erwan Brassac ?
-Oui, et j'aime mon père profondément.
Il a toujours été là pour moi. Il m'a raconté
cette histoire lorsque j'ai fait une connerie monumentale. Je m'en
voulait et il m'a dit qu'on avait tous nos démons. Il m'a
ainsi raconté à quel point il était insouciant
lorsqu'il était jeune et comment il avait dû faire
face à ses responsabilités. Aujourd'hui nous sommes
très proches l'un de l'autre et ils forment un couple unis
avec ma mère.
-Et Pablo, il est devenu quoi ?
Bella sourit
-Pablo et Catherine ont eu deux enfants. Nous les voyons régulièrement. Pour les fêtes de fin d'année, nous invitons toujours les Arandal au complet et le professeur Rogue, mais il n'est jamais venu. Il préfère rester au chevet de Bélisse et ne veut surtout pas la laisser seule pour les fêtes. Elle est son univers.
Les discussions allèrent ainsi bon train. Le lendemain, lorsque les cours reprirent, le professeur Rogue ne comprenait pas pourquoi le groupe des serpentards était si calme et lui lançait des regards compatissants. Les choses se tassèrent vite et le temps repris son cours normal à Poudlard.
Six mois plus tard, alors que l'année touchait à sa fin, Rogue donnait un dernier cours dans les cachots à la classe de Bella. Soudain la porte s'ouvrit brutalement et un jeune homme âgé d'un peu moins de trente ans apparut, tout essoufflé. Sans même avoir prononcé un seul mot, les élèves virent que le professeur, habituellement outré d'être interrompu de la sorte durant un de ses cours, était suspendu à ses lèvres.
-y'a du nouveau, vient
immédiatement.
-Brassac, surveillez la classe. Ordonna
Rogue sans appel avant de quitter ses élèves sur le
champ, les laissant pantois.
Les murmures allèrent bon train. Qui était ce jeune homme et pourquoi Rogue laissait sa classe sans prévenir personne. De mémoire de Poudlard, ça n'était jamais arrivé. Seule Bella prononça ces quelques mots coupant court aux discussions :
-C'était Pablo !
Courant vers l'extérieur de Poudlard pour transplanner, Pablo expliqua brièvement de quoi il retournait à Sévérus.
-Un chercheur a trouvé le moyen de rompre le lien mentale entre deux époux ayant suivit le rituel à Da Lat. Il a créé une potion qu'il faut accompagner d'une incantation. Il est déjà au chevet de Bélisse. Dès que je l'ais su, je l'ai payé pour qu'il vienne le plus rapidement possible.
-ça risque de ne pas marcher.
Sévérus avait essuyé trop de fausses joies et de déceptions pour se faire des illusions. Il savait que dans ce cas là c'était différent, Bélisse avait dansé avec la mort… Mais au fin fond de lui-même, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle était morte à cause du lien entre elle et Eleam… alors peut être que.
Arrivé à Sainte-Mangouste, ils trouvèrent un couple âgé complètement effondré. Le père de Bélisse tenait Madame Arandal dans ses bras. Elle pleurait à chaudes larmes, mais personne n'en savait la signification. Le cœur de Séverus s'arrêta de battre lorsque l'homme qui réconfortait sa femme leva vers eux des yeux inondés et secoua négativement la tête. Tous comprirent à cet instant que le rituel n'avait pas fonctionné.
Mais Sévérus ne s'arrêta pas devant eux. Trop chargé avec sa propre peine et la dernière lueur d'espoir qui vivotait en lui anéantie, ne pouvait supporter leur chagrin. Il se précipita au chevet de son ange.
Au bout de quelques logues minutes de silence à la contempler, il fondit en larmes et lui murmura son désespoir entremêlé de sanglots.
-Mon ange. J'ai échoué. Mais je resterais à tes côtés jusqu'à la fin. Jamais je ne t'abandonnerais. Je t'aime toujours plus fort Bélisse et tu es la seule et l'unique. Nous finirons notre vie ensemble quoi qu'il arrive.
Il ne put continuer, submergé par l'émotion. Comme à son habitude, il lui avait pris une main et caressait sa joue. Mais aujourd'hui, en pleurs, il déposa sa tête sur son ventre pour noyer sa peine. Il sentait ainsi la respiration lente et régulière du corps sans âme qu'il chérissait tant.
Mais… au bout de quelques minutes encore… cette respiration si lente et si régulière se fit plus rapide et désordonnée. Sévérus releva immédiatement la tête, les yeux rougis de pleurs et fixant le visage toujours impassible de la jeune femme. Dans les tourments du chagrin, il cru voir ses paupières vaciller, mais non, ce devait être une erreur… il resta pourtant suspendu à ce petit mouvement imaginaire.
Imaginaire ? … non ! il s'arrêta de respirer en entendant un léger « huuuuum ».
-Bélisse ? souffla-t-il tout juste, le cœur et l'esprit en déroute.
La petite blonde bougea légèrement la tête, ce mouvement fut à peine perceptible. Rogue s'immobilisa de frayeur, puis les minces lèvres légèrement desséchées à cause du coma s'entrouvrirent, cherchant un peu plus d'air…
-Merlin Bélisse… des larmes incrédules coulaient désormais à flot sur les joues du quarantenaire.
Il ne bougeait plus d'un millimètre, par peur certainement de ne rêver tout ceci à force de l'avoir si ardemment espéré. Et enfin… les magnifiques yeux bleus qu'il n'avait put contempler depuis une quinzaine d'années s'entrouvrirent très légèrement. Il resserra sa main sur les petits doigts comme pour la retenir au cas où elle s'enfuirait de nouveau dans les ténèbres.
Les petites lèvres s'ouvraient et se refermaient, cherchant à prononcer quelque chose. Elle posa son regard sur l'homme à son chevet.
-Sev… Sévérus… ?
-Chut… lui murmura-t-il. Je suis là Bélisse, je suis là. Et, sans lui lâcher la main, il lui caressa tendrement les cheveux.
Le rituel avait fonctionné, il avait juste mis un peu de temps à agir. L'âme de Bélisse n'avait jamais quitté son corps, elle était simplement reliée à celle d'Eleam Furston dans la Mort. Rompre le lien lui avait permis de reprendre son indépendance et surtout possession de son corps.
Leur cauchemar s'achevait.
et voici la fin !
merci merci merci à tous ceux qui m'ont suivi et
encouragée.
MOULOUCHON : qui m'a corrigé
également énnormement de chapitres. et m'a encouragée
et soutenue et tout et tout. merci merci merci à toi.
