Bonjour à vous, amis lecteurs !
Voici pour vous le chapitre suivant, qui avance un peu plus sur cette histoire de vision du passé. Il semblerait que Link en apprenne davantage sur des évènements bien plus anciens qu'il ne l'aurait cru !
Je vous laisse découvrir cela sans plus tarder !
Bonne lecture !
Rating : T
Genre : Fantasy/Aventure
Disclamer : "The Legend of Zelda" est la propriété exclusive de ©Nintendo et de son créateur Shigeru Miyamoto, ainsi que les noms des personnages récurrents de la saga, les races et les lieux qui peuvent y apparaître.
Le personnage de Vann est une création personnelle.
Cette fiction constitue un opus inédit de la saga, il s'agit donc d'une histoire inventée n'ayant aucun rapport avec l'un des jeux vidéos.
CHAPITRE 25 : La Terre d'Autrefois
Il n'avait pas fallu beaucoup de temps à Link pour se retrouver le dos plaqué contre le tronc d'un arbre.
Son interlocuteur n'avait pas attendu davantage avant de placer le tranchant de sa lame directement sous sa gorge, affichant une expression bien loin d'être amusée par la situation présente.
— Quelle magie est-ce là ?! Qui t'a donc envoyé après moi ?! interrogea vivement l'individu.
Le jeune Hylien n'avait rien fait pour se défendre et avait simplement levé les mains en signe d'apaisement. Il ne s'était pas douté d'une réaction très amicale, mais celle-ci dépassait largement ce qu'il croyait. Il n'était pas question de dégainer son épée : montrer une quelconque hostilité n'aiderait en rien à se sortir de ce pétrin.
Les prunelles bleu ciel de son homologue ne cessaient de le dévisager, détaillant ses traits, sa tenue vestimentaire, son équipement et son attitude.
Durant de brèves secondes, le héros crut qu'un lion venait de lui bondir dessus et s'apprêtait à faire de lui son prochain repas. L'autre avait plus de force que lui, ainsi qu'une certaine expérience des combats à en juger par la dureté de son regard.
Il était un aîné pour le jeune homme, à n'en point douter.
Le seul ennui résidait dans le fait que l'âge fût probablement la seule chose qui les différenciât vraiment tous les deux.
— Ce n'est pas de la magie, articula Link en reculant sa tête pour échapper à une quelconque morsure d'arme, pas au sens où vous le pensez en tout cas…
— Si tu n'étais pas accompagné d'une fée, je jugerais qu'un démon se paye ma tête à cet instant précis, affirma son agresseur.
— Calmez-vous ! Ce n'est pas un démon ! lança Vann, qui n'osait approcher davantage. Nous sommes des… euh… des voyageurs !
Si son apparence actuelle pouvait enfin servir à quelque-chose, il était plutôt ravi de l'apprendre et de mettre cette chance à profit.
— Nous ne connaissons pas cette contrée, approuva le prisonnier en hochant la tête, nous nous sommes perdus et nous cherchions un moyen de comprendre dans quel endroit nous nous trouvions.
— Le Moblin qui vous poursuivait est mort, renchérit l'Hylien-Fée.
— Oui, c'est moi qui l'ai tué !
Le guerrier marqua un temps d'arrêt lorsque la troisième voix se fit entendre, derrière lui. Il ne l'avait pas vu venir celui-là ! Où était-il caché jusqu'à présent ? Etait-ce une embuscade ? Son attention était détournée, mais Link n'en profita pas pour autant.
Ayant compté sur un peu de discrétion, il jeta un œil incrédule à son alter-égo d'ombre, qui se tenait fièrement à quelques pas d'eux, les deux bras croisés. Vann, quant à lui, s'était vivement frappé le front, du plat de sa main. L'approche n'avait pas été aussi douce qu'escomptée.
L'épée, qui menaçait la gorge du jeune Hylien, se retira aussi vite qu'elle était arrivée, balayant soudainement l'air pour effectuer un estoc !
Surpris par ce revirement soudain, Dark Link eut tout juste le temps de bondir lestement au-dessus d'elle. Sa condition physique, plus légère qu'un corps terrestre, n'eut aucune difficulté à le porter assez haut pour échapper à la morsure métallique. En un rien de temps, ses pieds se posèrent agilement sur le côté plat de la lame, toujours tendue devant son porteur.
— J'avais un doute envers ces deux là, mais pas le moindre avec toi ! s'exclama son assaillant avec un sourire carnassier.
Une rotation permit à la créature vaporeuse de se déloger de son perchoir. La série d'attaques qui s'en suivit, ne lui laissa guère de chances d'y échapper.
Le bretteur était bon, meilleur que la plupart des monstres que Dark Link avait eu l'occasion de croiser dans les couloirs du Temple des Illusions. Il rendit ainsi grâce à sa propre habileté à esquiver les coups, bien que ceux-ci ne lui fissent pas grand mal en fin de compte.
Lorsque l'arme passa soudainement au travers de son corps, l'ombre cessa tout mouvement et afficha une grimace dépitée. Bien que ne le blessant pas, la sensation était très loin d'être des plus agréables… Il n'eut toutefois pas l'occasion de prononcer la moindre parole, car ce fut la lame de Link qui s'interposa cette fois.
— Nous ne sommes pas vos ennemis ! s'écria-t-il avec une voix plus autoritaire qu'il ne l'eût voulu. Nous ne donnons pas cette impression, mais c'est la vérité !
Son épée dégagea sans attendre celle de son adversaire et il se maintint entre lui et ses deux autres compagnons. Vann entreprit alors de le rejoindre enfin et se plaça à ses côtés pour l'appuyer dans sa démarche de calmer leur interlocuteur.
— Link est perdu dans ce monde, expliqua-t-il, nous cherchons un objet qui se nomme « Fragment de Vérité » et qui nous permettrait de rentrer chez-nous.
— J'ai une mission importante à remplir, acquiesça Link en hochant la tête, je ne viens pas de ces terres, mais d'un pays lointain. Ce pays et sa souveraine ont tous deux besoin de mon aide et la situation devient urgente. Je n'ai plus beaucoup de temps.
L'inconnu prit quelques secondes pour réfléchir aux dires de ces aventuriers étranges. L'hésitation se lisait sur son visage, pourtant toujours suffisamment dur pour dissuader quiconque d'approcher. Ses iris se promenèrent de Link à Vann, passant du côté de Dark Link, avant de s'en revenir sonder les prunelles de son homologue vêtu de vert.
Le regard déterminé et insistant du jeune homme finit par mettre un terme au déroulement de ses pensées.
Un soupir fendit le silence qui s'était installé et la lame, enfin rangée dans son fourreau, annonça très vite quelle serait la suite des évènements.
— Nous portons le même nom et nos traits sont presque identiques, souffla l'individu en adoucissant son expression, seul ton âge ne coïncide pas.
L'âge et l'expérience semblait-il. Si l'un était un bretteur aguerri, l'autre forgeait encore son âme et son bras, au cœur de tumultes dont il ne soupçonnait que guère les plus sombres méandres.
Cependant, aucun d'eux ne comprenait pour quelle raison le destin s'était plu à les réunir ainsi. Deux héros différents, un seul nom… « Le Monde des Rêves » s'était fait un malin plaisir de se jouer de ses intrus. Link se retrouvait confronté à un visage qui se présentait comme s'il se fut agit d'un parent très ressemblant, bien que plus grand que lui et vêtu de façon différente.
Cette cape écarlate et cette allure fière ne furent pas sans lui remémorer les vitraux qui n'avaient eu de cesse de le troubler. Les vitraux, les fresques peintes sur les différents monuments dans lesquels il avait pénétré pour les apercevoir… tout autant d'indices qui tendait à lui faire comprendre quelque-chose. Des informations importantes lui échappaient sans qu'il ne sût lesquelles.
— Je n'ai hélas pas de temps à accorder à mes affaires personnelles, annonça son interlocuteur, je me dois d'atteindre le château avant que la nuit ne tombe. Sans doute avez-vous aperçu les tours, aux abords de ces bois.
Tandis qu'il parlait, ses pas le conduisirent dans la direction de la tombe récemment creusée Il s'agenouilla près du carré de terre et y déposa un morceau de tissu azur.
— Que s'est-il passé ? osa demander Link.
— Ce qui m'amène au château, répondit l'autre, Elwyn et moi sommes tombés dans une embuscade, bien loin de ces terres. Nous cherchions à ramener des informations à nos dirigeants. Il était mon cadet de trois ans. À dix-sept ans… c'était beaucoup trop tôt. Lui qui rêvait d'en apprendre davantage sur ses origines, j'ai bien peur qu'aucune famille ne le pleure plus, désormais.
Les poings du guerrier se serrèrent jusqu'à faire blanchir ses phalanges et il finit par se redresser sur ses jambes, faisant face aux trois compagnons :
— Les jours s'assombrissent sur notre beau pays. Une armée démoniaque a jailli des profondeurs du néant, creusé de larges fissures et détruit à présent tout sur son passage. Les royaumes voisins subissent les assauts de ces monstres sans relâche depuis maintenant quelques mois.
— C'est de là que venait le Moblin ? s'inquiéta le plus jeune.
— Leur armée cherche à atteindre les terres d'Hylia, celles-là mêmes que vous frôlez en cet instant. Ils désirent s'emparer du trésor sacré jadis légué par les Déesses. Si personne ne se dresse devant eux pour les arrêter, il sera trop tard pour nous tous.
Hylia.
Outre concernant le célèbre lac qui bordait la plaine d'Hyrule, au sud-ouest, Link n'avait que très peu entendu ce nom.
Encore une fois, ce furent les heures passées dans la bibliothèque en compagnie d'Impa qui lui revinrent en mémoire. Hylia datait d'une époque lointaine dans l'Histoire de leur royaume.
C'était une ère qui avait précédé « l'Ere du Chaos », durant laquelle la « Terre d'Or », lieu sacré où reposait la Triforce, avait été scellée. Bien avant « l'Ere Céleste », où, selon les légendes et les découvertes archéologiques, les ancêtres des Hyliens avaient obtenu une existence protégée dans les cieux. Puis, ils s'en étaient revenus sur la terre-ferme…
Avant tout cela, Hylia, telle que l'on la nommait autrefois, avait été le théâtre de monstrueuses…
— Guerres antiques… murmura Link à l'adresse de Vann.
C'était ainsi que les livres nommaient désormais cette sombre période de l'Histoire. Des traces de ces guerres avaient fini par être dévoilées, après des siècles de recherches. Une guilde d'archéologues avaient même vu le jour dans ce but, à la Citadelle. Si des textes oraux avaient fini par être transmis pour être retranscrits à l'écrit, c'était bien eux les premiers au courant. Des témoignages anciens avaient été sauvés grâce à leurs travaux.
— Ah oui, quand la tombe parlait du passé, elle ne le faisait pas à moitié… marmonna l'Hylien-Fée en grimaçant.
Ce n'était pas comme si ces années avaient été les moins dangereuses…
En revanche, apprendre que les illustres auteurs de ces guerres ne se trouvaient pas encore aux portes de ce pays, rassurait quelque-peu le petit groupe… bien que Dark Link n'eût pas la moindre idée quant à ce dont il était question.
Pour lui, tout était bien plus simple : ils se trouvaient tous trois dans une illusion où évoluaient deux stupides héros au lieu d'un seul.
Un sifflement retentit alors. Le son distinct des sabots d'un cheval se fit entendre. Quelques secondes suffirent à l'étalon palomino pour sortir de sa cachette et se rendre docilement auprès de son maître.
— Prenez le cheval d'Elwyn, il suivra Taranis sans la moindre difficulté, expliqua le guerrier d'Hylia en désignant le second équidé d'un mouvement du menton, je vous conseille de me suivre jusqu'au château : j'ignore ce qu'est ce « Fragment de Vérité » que vous cherchez, mais quelqu'un d'autre le saura peut-être là-bas.
— Vous me faites donc confiance ? s'étonna Link en le regardant grimper sur sa monture.
— Pas le moins du monde, mais une tâche bien plus importante m'appelle à l'heure qu'il est. Je ne me serais guère privé d'enquêter à ton sujet, si le temps m'eut été donné de le faire. Nous reviendrons à cela une fois que cette affaire urgente sera réglée.
En d'autres termes, les trois compagnons ne pouvaient guère espérer obtenir la paix, tant que leur homologue les tiendrait à l'œil. Ce dernier n'escomptait pas les laisser partir comme cela, bien qu'ils n'en eussent pas l'intention.
À peine eut-il fait quelques pas dans la direction du cheval qu'il avait emprunté au Moblin, que Link vit sa vue dissimulée par la chute d'un tissu.
— Je peux tolérer l'étrangeté que tu représentes, mais n'espère pas obtenir cette clémence de la part des habitants de cette Seigneurie, expliqua le guerrier en le suivant du haut de son cheval, et que le démon qui t'accompagne se tienne tranquille.
— Il le fera, assura le jeune Hylien, n'est-ce pas ?
— Je suis l'incarnation du calme et de la gentillesse, ricana Dark Link.
Ce n'était pas comme s'il sut ce qu'était réellement un démon, après tout. Il ignorait bien pour quelle obscure raison cet homme ne cessait de le toiser avec méfiance. Après tout, avait-il fait quelque-chose pour lui déplaire ?
Cela le contrariait, plus qu'il ne voulait bien le montrer.
Tournant la tête pour esquiver le regard de son alter-égo, il se laissa doucement couler dans l'ombre de ce dernier sans autre forme de procès.
Tout aussi contrarié d'être à demi-prisonnier, Link ne parvenait pas à détourner les yeux du guerrier.
Si farce il y avait, elle était de taille, bien plus que les quelques apparitions qui lui étaient venues en aide depuis le début de son voyage.
Le même nom, la même apparence, pensait-il : comment était-il possible de rencontrer quelqu'un qui lui ressemblât autant, en des temps si reculés dans l'Histoire d'Hyrule ?
Saria, Princesse Zelda… pensa-t-il avec désespoir. Que quelqu'un me dise ce que cela signifie… !
Se vêtant machinalement de la cape gris foncé offerte quelques instants plus tôt, le jeune homme avait déjà pris place sur la selle de sa propre monture. Il rabattit son capuchon au-dessus de sa tête afin de dissimuler son visage et ainsi n'éveiller aucun soupçon. Il ne remarqua pas l'expression attentive du guerrier d'Hylia.
Celui-ci, bien que délaissant la tombe de son ancien compagnon à regrets, ne tarda pas à ouvrir la marche. Le rythme de leur voyage se fit au petit trot pour commencer : leur destination se trouvait au détour du chemin qu'ils venaient d'emprunter de nouveau.
Le vent avait cessé de souffler sur les feuillages des arbres, au-dessus de leurs têtes. La journée était désormais avancée et le soleil déclinait dans le ciel. Le village, qui bordait les murailles du château, serait bien calme lors de leur passage. Le sentier traversant le bois laissait apparaître quelques maisons à la vue des voyageurs, en contrebas.
Les sabots des chevaux firent rouler quelques cailloux, lorsqu'ils descendirent la légère pente qui les séparait de leur destination. Le terrain était quelque-peu glissant, aussi valait-il mieux se montrer prudent.
Le rythme fut ralenti dès lors qu'ils pénétrèrent enfin dans l'étroite avenue qui traversait le village. Le peu de gens qui s'affairaient encore ne leur adressèrent que quelques regards curieux. La plupart des chuchotements qui se firent entendre, avaient pour objet le guide de cette étrange expédition. Les oreilles de Link parvinrent aisément à capter quelques paroles et ces dernières n'étaient pas très élogieuses.
— Je le croyais mort, celui-là, disaient certains.
— Ce gamin de malheur est plus coriace que la mauvaise herbe, sifflaient d'autres.
— Quel sinistre présage va-t-il encore apporter avec lui ?
— Ce bon à rien ferait bien mieux de mettre son épée au service du Seigneur…
Link n'en revenait pas. Le bretteur qui les précédait n'avait pas l'air d'avoir la meilleure réputation du monde, dans cette contrée. Pourquoi tous ces gens l'évitaient-ils ainsi et pourquoi étaient-ils à ce point contrariés ? Qu'avait-il fait de mal ?
S'il était perturbé par tant de mots méprisants, le guerrier d'Hylia n'en montrait rien. Parfaitement droit sur sa selle, il dardait ses prunelles bleues devant lui sans se soucier de ce que l'on pouvait dire de lui. Le jeune Hylien ressentit une certaine admiration devant tant de dignité, mais ne put s'empêcher de baisser la tête.
S'il s'agissait de l'un de ses ancêtres, ou de quelque-chose s'en approchant : était-ce vraiment ainsi que l'on le voyait auparavant ?
Cet homme n'était pas lui. Pourtant, le pincement au cœur se faisait bel et bien ressentir.
— Lève les yeux !
La voix calme avait cinglé à tel point que le jeune homme ne s'était pas fait prier pour s'exécuter, une expression interloquée ancrée sur le visage.
— Leurs propos sont mus par la peur et la crédulité, poursuivit son interlocuteur, il n'est nul besoin de baisser les yeux face à cela. Si tu es ce que tu prétends être, alors il te faut comprendre que tu ne peux te permettre d'être abattu de la sorte. Garde à l'esprit que ton devoir passe avant toute chose.
Les traits durs du guerrier cédèrent place à un sourire complice, avant qu'il n'ajoutât à l'attention de Link :
— Enfin, presque toute chose.
Le haussement de sourcil du jeune Hylien dut l'amuser, mais il préféra reprendre son sérieux sans attendre davantage. Les gens étaient bien assez méfiants autour d'eux. Faire montre de la moindre once de sûreté trop prononcée, pouvait agacer les esprits les plus belliqueux.
Malgré une réelle angoisse parmi les habitants de cet endroit, rien ne laissait présager une vie misérable autour des deux voyageurs. Les maisons étaient entretenues et les vêtements propres. Les visages méfiants n'exprimaient aucune tristesse et les corps ne démontraient aucune malnutrition.
Les champs qui s'étendaient autour du village, prouvaient que les personnes vivant là ne manquaient de rien. Le Seigneur qui s'occupait de ces terres, savait de quelle façon traiter son peuple pour le maintenir dans une atmosphère agréable.
Il n'était pas très étonnant de les voir se méfier ainsi : qui aurait apprécié devoir renoncer à une vie prospère, malgré un statut de paysan ?
Les équidés martelèrent bientôt un sol devenu couvert de pavés, abimés par le temps. Quelques légères couvertures de mousse s'en venaient en border les côtés. La herse était gardée, mais levée : personne ici ne craignait la moindre attaque, ni la moindre invasion. Même les gardes postés sur le chemin de ronde n'avaient pas l'air très inquiets.
Voilà qui confirmait qu'aucune guerre n'avait éclaté... pour le moment.
— Halte-là, héros ! ordonna la voix d'un soldat venu à leur rencontre. Voici fort longtemps que nous ne t'avions vu ici.
— Je m'en viens quérir l'aide du Seigneur Dagianis, répondit le guerrier d'Hylia.
— Je crains que tu ne sois pas le bienvenu... Mon Seigneur n'approuve guère tes vagabondages incessants et les sombres nouvelles que tu te plais à colporter.
— Et comment l'en blâmer ? Hélas, cette fois, il ne s'agit pas de quelques attaques de monstres et autres bandits sévissant sur les grands chemins.
— Permets-moi d'insister...
Les deux interlocuteurs échangèrent un regard que Link ne comprit pas tout de suite, avant de constater le petit mouvement de tête du garde.
Il sommait le guide de cette petite expédition de s'en retourner là d'où il venait. Une véritable inquiétude se lisait dans son expression, malgré la présence du casque qui masquait une partie de son visage. Le vétéran fixait le cavalier sans parvenir à le chasser d'ici pour autant. Celui qui aurait dû quitter les lieux finit par se pencher vers lui, posant une main sur son épaule bardée d'épaulières en fer et laissant transparaître une mine assombrie.
— Elwyn est mort... souffla-t-il. Il est mort alors qu'il souhaitait transmettre cette information au plus vite. Qu'importe les reproches qui me seront faits là-dedans, permets-moi au moins d'exaucer son dernier vœu.
— Dans ce cas, ne me tiens pas pour responsable si tout ceci se termine mal, soupira l'autre en s'écartant de leur passage.
Le guerrier d'Hylia hocha la tête en guise de remerciement et fit signe à Link de le suivre sans trop tarder. Les gardes se contentèrent d'un simple regard intrigué en le voyant éviter de laisser entrevoir ses traits, mais ne l'arrêtèrent pas pour autant. L'hôte indésirable apportaient peut-être de mauvaises nouvelles, néanmoins tous ici savaient qu'aucun danger ne pouvait découler de sa personne, tant qu'il demeurait un allié.
Les visiteurs quittèrent les chevaux dans la cour du château, alors qu'un maître d'écurie les rejoignait afin de les leur récupérer et d'en prendre ainsi soin.
Malgré l'urgence des informations qui se devaient d'être transmises, Link et ses compagnons ne furent pas reçus par le Seigneur des lieux tout de suite. Toute méfiance mise à part, l'hospitalité leur fut accordée et permit au jeune Hylien de prendre un peu de repos.
À dire vrai, il ne se sentait pas vraiment fatigué par ses derniers voyages. Visiblement, seul le « Monde des Rêves » décidait de son état. Ses blessures étaient des blessures de l'esprit et non celles de son corps. Ce dernier était bel et bien matérialisé en ces lieux, mais le fait de ne s'être pas senti épuisé depuis longtemps, le laissait songeur.
Le repas que l'on leur offrit ne le rendit pas plus heureux. Repensant aux paroles de Dark Link concernant cet univers pourtant réaliste, le jeune homme commençait à se rendre compte de l'impact que cette quête avait sur lui.
À présent, il avait pleinement conscience que ce monde n'avait fait que lui jouer des tours. Rien n'était vrai, à part les maints dangers qu'il avait traversé et le fait que son âme serait anéantie s'il mourrait ici. La nourriture n'avait aucun goût, l'eau ne rafraichissait pas et se reposer n'apportait aucun soulagement...
Manifestant la fatigue caractéristique qu'arborait quelqu'un n'ayant pas dormi depuis longtemps, Link avait repoussé le pain et le fromage que l'on avait placé sous son nez.
Il n'avait qu'une hâte : rentrer chez-lui, là où était sa vraie place. Retourner à une vie où toute chose serait bien réelle et où ses sens et ses souvenirs ne seraient pas corrompus par un monde qui n'était pas sien.
— Le temps est compté ! Tu ne dois plus t'attarder désormais !
Le héros n'eut pas l'occasion d'apercevoir la personne qui venait de s'adresser à lui avec tant d'empressement, bien que tournant la tête en tout sens pour la repérer.
Le garde, qui les avait accueillis sous la herse, venait de franchir la porte de la salle où tous deux patientaient : cette fois, le Seigneur Dagianis était prêt à les recevoir.
Le guerrier d'Hylia passa le premier et laissa son acolyte le suivre jusqu'à la salle du trône. Link n'irait pas très loin dans cette entrevue. Son guide lui intima l'ordre de rester à bonne distance, tandis que ses pas le conduisaient dans la direction du maître des lieux.
Comparé à la majestueuse salle du Château d'Hyrule, celle-ci paraissait bien minuscule. Seules quatre colonnes de pierre peu ouvragées s'élevaient vers un plafond sombre. Hormis le tapi incarnat qui recouvraient l'allée conduisant au trône, l'architecture globale était austère et glaciale : à l'image du cœur du Seigneur Dagianis.
— Je suis ravi de voir que les rumeurs faisant écho de ton trépas s'avéraient fausses ! s'exclama ce dernier, ne prenant pas la peine de se lever de son imposant siège de bois, sculpté de motifs floraux.
— Ainsi donc mon absence a été remarquée ? interrogea son interlocuteur, non sans un haussement de sourcil curieux.
À la grande surprise de Link, le guerrier ne s'était pas incliné face à son homologue, bien qu'un certain respect mutuel semblait transparaître dans leur façon de se regarder. Se considéraient-ils comme des égaux ? Etait-ce une forme de défi ?
— Mes gens se sont plaints de récents pillages, répondit Dagianis avec un geste évasif de la main, personne ne t'a aperçu sur les chemins depuis des semaines. J'ai craint qu'un malheur ne soit arrivé. Je n'apprécie guère ta façon si particulière d'agir seul pour appliquer justice aux malandrins et autres monstres, mais je dois reconnaître que tu m'es très utile. Tes prouesses martiales et tes actes de bravoure sont reconnus à travers tout Hylia...
— Avec tout le respect qui est dû à mon Seigneur, coupa le visiteur, je ne suis pas ici pour vanter mes exploits, mais pour affirmer qu'un grand malheur est bel et bien sur le point de s'abattre sur nous.
— Par les Déesses, s'agit-il encore de ces absurdités à propos de démons ?!
La voix mielleuse de l'homme s'était élevée pour adopter un ton plus rude et ainsi imposer le silence. Pinçant les lèvres, le guerrier d'Hylia paraissait s'attendre à pareil éclat. Les prunelles noisette du Seigneur le toisaient sans relâche, cherchant à deviner des pensées qui lui avaient toujours été inaccessibles.
Cette fois, il se leva et fit les cent pas devant son trône, marmonnant dans la barbe brune qui ornait son menton. Descendant les marches qui le séparaient de son hôte, il tâcha de jouer de toute son imposante stature afin de faire ployer celui-ci. Hélas, rien n'y fit et il dut très vite renoncer à le voir courber l'échine d'un simple regard.
Le jeu silencieux se termina à l'instant où il fut celui des deux qui se détourna. Ses grandes jambes arpentèrent la salle pour se rendre près d'une table, couverte de quelques coupes de fruits et autres pains de différentes variétés.
— Où étais-tu donc passé ? reprit Dagianis, plus calmement.
— Le Royaume de Termina se bat en ce moment-même, expliqua le guerrier, sans quitter sa place, je croyais à de simples racontars, mais mes craintes se sont avérées réelles.
— Que faisais-tu donc si loin de ta patrie ? Ne peuvent-ils se débrouiller sans ton secours ? M'est avis que tu devrais cesser de te croire indispensable à tous.
— Dagianis, ne te méprends pas ! La gloire et la reconnaissance n'ont jamais été mon but et tu le sais aussi bien que moi.
Le Seigneur éclata d'un rire tonitruant suite à ces paroles, se saisissant d'une poire dans laquelle il croqua. Aucune gêne ne transparaissait dans son attitude. Il était le maître des lieux et entendait le faire savoir à quiconque se trouvait dans cette salle.
— Je le trouve antipathique, chuchota Vann à l'adresse de Link, qui observait toujours la scène avec un effarement croissant.
Dagianis ne cachait pas son amusement à l'égard des avertissements et de la mine furibonde de son homologue.
— Quel héros passionné tu fais, mon ami ! reprit-il, non sans un rictus sarcastique. Du temps de nos voyages tu étais déjà ainsi : toujours prompt à défendre les opprimés et à protéger les faibles. Nul ne sait pour quelle raison tu t'adonnes à pareille besogne, alors que personne ne t'a jamais rien demandé. Tu es fils de fermier et tu ne demandes aucune richesse en contrepartie de tes actes. Tu vis comme un vagabond assoiffé d'aventures, alors que ton épée pourrait servir brillamment ma Seigneurie. Tu pourrais obtenir des titres, des terres et une vie bien meilleure que celle-ci.
— Mon cœur, mon âme et mon esprit sont voués à Hylia.
Dagianis fixa le guerrier en secouant la tête, reposant le fruit qu'il mangeait distraitement en l'écoutant.
— Si seulement mon père ne t'avait pas inculqué toutes ces sottises lorsque nous étions enfants, soupira-t-il, il n'avait de cesse de parler d'Hylia et de ses merveilles : à quoi bon ? C'était un être lent... Je maintiens la paix grâce à une main de fer, qu'il ne possédait pas. Je suis las de cette naïveté qui perdure avec toi...
— Cette paix ne durera pas si tu ne daignes pas m'écouter ! fulmina le bretteur en le rejoignant près de la table en quelques enjambées.
Le ton s'était fait impétueux et impatient. Les quelques gardes, qui surveillaient cette entrevue, sursautèrent en apercevant le changement évident de situation qui s'annonçait. Leurs mains se portèrent à la poignée de leurs épées instinctivement, bien qu'aucun n'eût le courage de passer à l'attaque.
— Une armée de démons a bel et bien surgi du néant, Dagianis ! tempêta le guerrier d'Hylia en attrapant le Seigneur par le col. Des failles sont apparues dans les royaumes voisins et la terre s'est ouverte pour recracher ces créatures de ses entrailles ! J'ai vu les soldats de Termina se préparer à une guerre imminente, j'ai vu ces monstres se répandre sur leurs terres ! Elwyn et moi avons dû combattre et laisser des camarades là-bas, avant de pouvoir revenir avec ces précieuses informations ! Notre jeune frère d'armes est mort pour cela !
— Gardes !
Cette fois, les hommes autour des deux protagonistes n'hésitèrent plus et volèrent au secours de leur dirigeant, empoignant l'agresseur par les bras et le forçant à reculer. Malgré sa colère, ce dernier ne fit pourtant de mal à aucun d'entre eux et se laissa faire sans broncher.
— Les affaires de Termina ne nous concernent pas, articula Dagianis en réajustant son col, nous avons bien assez de nos propres problèmes sans y ajouter les leurs !
— Tu dois rassembler les autres Seigneurs et te préparer à faire face au danger ! Par pitié, écoute-moi ! Le Roi des Démons veut s'emparer du Pouvoir légué par les Déesses ! Tôt ou tard, il fera route vers Hylia !
— Il suffit ! s'emporta le maître des lieux. Je n'ai pas besoin de tes conseils ! Tes paroles ne sont que malheur et ton attitude indigne de toute confiance ! Tu as mené ton propre compagnon d'armes à sa perte ! Quelle sera la prochaine conséquence désastreuse de tes actes ? Te rends-tu seulement compte du déluge anarchique que tes propos pourraient provoquer ? Il est grand temps que tu réalises que je suis le seul en ce monde à savoir ce qui est bon pour ma Seigneurie !
— Lequel de nous deux est-il le plus naïf...? ragea l'homme aux prises avec les gardes.
— Qu'on le jette aux cachots et qu'il y pourrisse !
Link porta à son tour une main à garde de son épée et tenta d'intervenir. C'était plus qu'il ne pouvait en supporter. Il devait intervenir, faire quelque-chose : n'importe quoi, pourvu qu'il fît entendre raison à ce maudit Seigneur, sourd à toute vérité qui eût un impact sur sa propre fierté !
— Arrête ! Si tu te fais prendre aussi, Hyrule sera fichu ! le retint Vann.
— Tu veux rester coincé dans ce monde à tout jamais, crétin ?! s'écria la voix de Dark Link en-dessous de lui.
Le concerné n'avait pas attendu pour s'en mêler à son tour, emprisonnant le pied du jeune Hylien à l'intérieur de sa propre ombre et l'empêchant ainsi de faire un pas de plus.
Se rendant compte de ce qu'il faisait, Link finit par cesser d'insister et jeta un regard alarmé dans la direction du désormais prisonnier.
C'était injuste...
C'était si stupide de ne pas croire à ses dires, alors que la situation serait bientôt grave sur ces terres !
Une main vint se poser sur l'épaule de l'intrus du « Mondes des Rêves » et l'enserra soudainement, avant de le tirer en arrière. Une voix amicale se fit entendre dans son dos et les images devant lui devinrent totalement floues et désordonnées :
— Ceci n'est pas ton conte.
Une mélodie se fit alors entendre dans l'atmosphère : le « Chant du Temps ».
Le son de l'ocarina acheva d'aspirer la conscience de Link loin de ce château et de faire disparaître les dernières bribes de cette vision.
Seule la voix de Dagianis résonna encore à ses oreilles :
— Le monde n'a pas besoin de héros !
