Merci à Devil Horse, Lily&Maya et Justabook pour leurs reviews !
Titre:Bullets and Blood's Family
Chapitre 9: Capybara (part4) Partenaires
Auteur:Edeinn
Rating:T (Attention aux plus jeunes : Langage vulgaire/Mots de sexe …)
Spoilers: Saison1 pour le moment/ Épisode 11 Capybara (Le Piège en français)
Résumé général:Sept ans qu'elle avait fait le chemin inverse pour fuir à l'Est. Fuir toute cette merde, toute cette haine et cette douleur qui l'avaient bouffée, presque détruite. Jamais Charlie n'aurait pensé revenir. Et pourtant, elle revenait.
Disclaimer:Les éléments scénaristiques de la série, les personnages, et certains dialogues sont la propriété du génial Kurt Sutter. Je ne perçois pour cette fiction aucune contrepartie financière.
Bonne Lecture…
29 Octobre 2008
Partenaires
Cette chasse à Sacramento était une aubaine ; un heureux concours de circonstances. Bailey l'avait appelée tandis qu'elle était à mi-chemin entre Charming et Indian Hills pour lui confier un nouveau dossier. Trop heureuse d'avoir de nouveau l'occasion de se dégourdir un peu – manquant cruellement d'un peu d'action ces derniers temps1 – elle avait accepté sans hésiter. Sans compter qu'avec son garde du corps attitré, elle ne serait pas seule sur l'affaire cette fois. En cas de pépin, elle était sûre de pouvoir compter sur Kip, même si elle avait dû ruser pour obtenir son appui.
― « Vérifie l'adresse, s'il te plaît, demanda la jeune femme en se garant devant un vieil immeuble de briques.
― 1759 Fruitridge Road. Appartement 127, lut Kip dans le dossier. On est au bon endroit. Alors, tu peux la jouer comment, partenaire ? fanfaronna-t-il en prenant une intonation typique des mafiosi de mauvais films.
― Surtout pas comme l'une de tes superproductions d'action minable ! C'était quoi cette réplique merdique ?
― Je trouvais ça classe ! rétorqua le rouquin.
― Non, ça ne l'était pas, lui assura Baxie. Reprenons depuis le début, dit-elle en se replongeant dans le dossier. Maxwell Kiney. Trente-trois ans. Mis en cause dans trois affaires d'agression sexuelle : les charges ont été abandonnées faute de preuves. Une condamnation pour agression : il a tabassé son employeur. Cinq à la prison d'État de Charleston. Libéré sur parole, il y'a deux mois. Il est sous le coup d'un mandant d'arrêt pour viol à Boston.
― On peut dire qu'il n'a pas perdu de temps ! Qu'est-ce qu'il fiche ici ?
― Son ex-codétenu est venu s'installer à Sacramento l'année dernière, expliqua Charlie. D'après nos informateurs, il a hébergé Kiney il y'a moins de deux semaines. On a réussi à acheter sa loyauté : il nous a donné l'adresse de la planque de Kiney.
― Ce connard a balancé son pote ? C'est lui qui mériterait d'être abattu ! s'indigna le Prospect.
― Hé Billy the Kid ! On ne tue personne : on l'attrape vivant et en un seul morceau, sinon adieu la prime, lui rappela la chasseuse. Si t'es sage, t'auras le droit à un petit pourcentage.
― Si Clay et les autres apprennent que je t'ai aidé… s'inquiéta Mi-couille.
― C'est un violeur ! Même Clay te pardonnera, affirma la jeune femme. Et puis tu diras que tu n'avais pas le choix ; que tu devais me protéger. De toute façon, Clay sera trop occupé à essayer de me tuer pour penser à toi. Enfin, tout ça suppose qu'il l'apprenne, nuança-t-elle. Mais toi et moi, on sait qu'il n'a pas besoin de l'apprendre, hein ? Et je ne te demande pas de participer. Tu vas juste prendre la voiture et la garer derrière l'immeuble, prête à démarrer. Tu restes là, juste au cas où il essaierait de se tirer par l'issue de secours, lui expliqua-t-elle. On reste au téléphone, si jamais j'ai besoin que tu te tiennes prêt à le cueillir en bas de l'échelle. Et on ne sort pas son flingue, compris !
― Oui patronne ! claironna Kip.
― Juste au cas où, enfile ça ! dit Charlie en lui tendant un gilet pare-balle.
― Attends, tu crois qu'il va nous tirer dessus ? paniqua le jeune homme.
― Non, mais on est jamais trop prudent. Ça serait vraiment dommage de prendre une balle perdue : une précaution de plus ne coûte rien.
― Merde ! Je viens avec toi ! décida Kip, soucieux de la sécurité de la jeune femme, et par là même, de la sienne.
― Non, certainement pas ! lui interdit catégoriquement Bax. C'est moi qui ai une licence. Pas toi. Alors, tu restes derrière l'immeuble et tu attends que je t'appelle. »
Charlie entra dans l'immeuble et monta silencieusement les escaliers, fixant son oreillette Bluetooth et empochant son portable à l'arrière de son jean, elle parvint devant l'appartement 127, d'où s'échappait le bruit de la télévision. La jeune chasseuse n'avait pas tout dit à Kip : elle ne faisait pas confiance à leur informateur, et il se pouvait que Kiney ait été informé de son arrivée, et dans ce cas, il était possible que ça tourne plus mal. Elle espérait pour l'ex-codétenu que ce n'était pas le cas, sinon, elle le lui ferait amèrement regretter. Elle posa l'oreille contre la porte : elle entendit des bruits de pas se déplaçant dans l'appartement. Un seul individu. Le bruit d'une canette. Qui que soit la personne à l'intérieur, elle ne s'attendait pas à de la visite.
― « Tu es prêt ? murmura-t-elle dans l'oreillette, tout en attrapant son Taser qu'elle fourra dans sa poche, et en dégageant la pression qui maintenait le Beretta dans son étui, le rendant prêt à l'emploi : une erreur lui avait suffi, et elle ne comptait plus se faire avoir. »
Kip confirma sa position, et Charlie vérifia que le gilet était bien camouflé sous son pull, et que sa veste cachait son holster, et fourra l'oreillette dans sa poche : de là, Kip pourrait l'entendre si elle avait des ennuis. Elle sortit la photo d'un petit bichon maltais qu'elle avait récupéré sur internet ; grimaça pour faire monter les larmes et rendre ses yeux humides, puis inspirant un grand coup, elle frappa à la porte.
― « C'est pour quoi ? demanda Kiney à travers la porte, en regardant par l'œilleton.
― Excusez-moi de vous déranger, mais Pepper, mon chien, a disparu et je me demandais si… sanglota-t-elle, s'étonnant elle-même d'être aussi bonne actrice. »
Elle entendit le bruit de la chaîne de sécurité que l'on décrochait, puis le verrou, et la porte s'ouvrit sur un homme de belle allure, plutôt athlétique. Il ne semblait pas méfiant : apparemment, il ne se doutait de rien.
― « Bonjour, excusez-moi encore de vous déranger, mais Pepper s'est enfui tout à l'heure, pendant sa promenade, et le vendeur de journaux, au coin de la rue, m'a dit qu'il avait vu un bichon entrer dans l'immeuble. Il m'a raconté qu'un vieux de l'immeuble détestait les animaux, et que… expliqua-t-elle en reniflant, avant de s'effondrer en larmes. »
C'était un coup de bluff, mais parfois, cela marchait : par expérience, elle savait que dans de tels immeubles, il y avait toujours un vieil homme, bizarre et mal-aimable, que ses voisins accusaient de tous les maux. Cette fois encore, la ruse fonctionna puisque l'homme paru sincèrement compatir.
― « Sûrement le vieux du troisième : un vrai salaud, fît Kiney, l'air mauvais. Mais je suis désolé, je n'ai pas vu de chien, et …
― Oh mon Dieu, Pepper, sanglota Charlie de plus belle. »
L'homme parut gêné et dans un geste de réconfort, lâcha la porte pour s'approcher de la jeune femme et lui frotter gentiment l'épaule.
― « Venez, entrez une seconde, je vais vous faire un thé ou un café, ça ira mieux après, lui proposa-t-il en l'entraînant à l'intérieur. »
Salopard ! pensa Charlie. Dans nombre de chasses, Chris et elle s'étaient servis de l'apparence inoffensive de la jeune femme : petite, l'air angélique et jeune, les fugitifs se méfiaient trop rarement des femmes, et beaucoup d'entre eux espéraient même en profiter. Elle avait poursuivi et pris au piège trop de types comme lui, pour ne pas savoir ce qu'il avait derrière la tête. Enfoiré de violeur, jura-t-elle intérieurement avec rage. Ces types mettaient toujours son self-control à rude épreuve, même après tout ce temps. C'était pour ça que Chris s'était toujours arrangé pour ne jamais la laisser seule avec eux, craignant qu'un jour, elle en abatte un. Charlie avait un compte à régler avec les criminels de cette espèce, et Chris le savait. Mais Chris n'était plus là pour la garder dans le droit chemin cette fois, et Charlie devait se faire violence pour ne pas laisser cette porte se refermer et battre ce type à mort. Mais c'était une professionnelle : elle pouvait se contrôler.
Elle se laissa entraîner dans l'appartement, et Kiney entreprit de faire bouillir de l'eau, l'invitant à passer au salon. Pendant qu'il était occupé, elle fit rapidement le tour de la pièce pour s'assurer de l'absence d'armes ; mémorisa l'emplacement des quelques meubles, et évalua l'espace au sol pour se préparer une éventuelle bagarre musclée. Elle jura intérieurement en voyant la fenêtre ouverte, donnant sur l'escalier de secours. C'était bien sa veine. Si l'arrestation devait tourner au pugilat, Kiney – vu sa carrure – risquait de prendre l'avantage, et d'avoir l'opportunité de s'échapper par là. Elle se félicita d'avoir posté Kip en bas.
Maxwell Kiney lui apporta une tasse de thé brûlant, et, la main fermement serrée sur son Taser, dans sa poche, Charlie attendit qu'il l'ait déposée sur la table pour se présenter officiellement, choisissant tactiquement de se placer entre la porte d'entrée et l'homme.
― « Vous êtes bien Maxwell Kiney ?
― Comment vous connaissez mon nom ? Vous êtes qui ? répliqua l'homme dont tout le corps se tendit.
― Monsieur Kiney, tout peut se passer pour le mieux, dans l'intérêt de tous, répondit posément la jeune femme. Charlie Baxter, chasseur de primes, j'ai été… Eh merde ! gronda-t-elle quand l'homme souleva la table brutalement, pour la jeter sur elle. »
Charlie bascula en arrière, s'écroulant sur le sol, quand elle prit la table basse de plein fouet et, si les dégâts occasionnés par celle-ci étaient négligeables, ceux infligés par l'eau brûlante du thé qui se déversa sur ses cuisses le furent moins. Elle grogna de douleur, tandis que, comme elle l'avait prédit, Kiney s'échappait par la fenêtre.
― « Putain, pourquoi ils se mettent toujours à courir ces connards ? ronchonna-t-elle en repoussant la table pour se relever, grimaçant quand la brûlure de ses cuisses se rappela à elle. On les rattrape à chaque coup. Kip, il se barre par l'escalier de secours : cueille-le en bas ! hurla-t-elle en remettant son oreillette à l'oreille, avant de s'élancer derrière Kiney. »
Une fois qu'elle eût enjambé la fenêtre, Charlie se maudit intérieurement en réalisant qu'elle avait omis une éventualité.
― « Je le vois : il monte, Bax ! l'avertit Kip. Il a dû me voir.
― Ouais, je sais ! râla Baxie. Putain de merde ! Rejoins-moi ! lui ordonna-t-elle en gravissant les marches.
― N'y va pas seule !
― Ta gueule et grimpe ! Kiney, ne fais pas le con : y'a rien là-haut ! hurla Charlie à l'adresse du fugitif. Tu nous fais perdre un temps précieux à tous les deux. »
Charlie collait au train de Kiney, mais celui-ci lui balança une chaussure de sport, puis deux, qui traînaient sur l'appui de fenêtre de l'un des appartements. Elle en esquiva une, mais ne vit pas venir la deuxième qui la frappa de plein fouet. Aussi, elle avait perdu quelques secondes, et presque deux étages sur sa proie : il était déjà sur le toit.
― « Et merde ! jura la chasseuse en arrivant sur le toit, constatant que Kiney ne se trouvait nulle part. »
Appréhender un suspect sur un toit était une situation délicate et périlleuse. À plusieurs reprises, elle avait dû y faire face, et il n'y avait alors que deux scénarios.
Le premier, parfaitement ridicule – conditionné par trop de séries policières – était joué par un suspect, grimpé sur le parapet, menaçant de sauter si on l'approchait. Comme si, d'un coup d'un seul, il devenait suicidaire. L'Homme n'est qu'un animal parmi tant d'autres, régit par le même instinct primaire : l'instinct de survie. Les personnes véritablement prêtes à se donner la mort pour échapper à une condamnation était rares. Sauf si elles éprouvaient du remords ; qu'elles regrettaient leurs actes. Et Maxwell Kiney n'éprouvait aucun remord pour ses actes et aucune compassion pour ses victimes.
Le second scénario était de loin celui que Charlie détestait le plus, et consistait en une première – ou nouvelle selon les cas – tentative de meurtre : le fugitif essayant toujours de tendre une embuscade au chasseur de primes – ou au flic, là-dessus, ils ne faisaient aucune ségrégation –pour l'étrangler ; le frapper avec le premier truc qui lui tombait sous la main, ou encore le balancer par-dessus le toit.. Et visiblement, Kiney se trouvant hors de vue quand elle arriva sur le toit, celui-ci avait choisi le second scénario.
Pas question de risquer ma vie pour un connard de violeur, songea Charlie en remettant son Taser dans sa poche, pour dégainer son Beretta. Kip arriva derrière elle : il avait fait au plus vite, mort d'inquiétude pour son amie. Imitant Charlie, il sortit son Glock.
― « Mauvaise idée : cette arme n'est pas enregistrée, pas vrai ? dit Charlie en désignant l'arme du rouquin. Prends plutôt ça, lui ordonna-t-elle en lui tendant le Taser. Dans la mesure du possible, essaye juste de lui envoyer une décharge de ça. Mais s'il fait le con… On ne va pas risquer nos vies pour ce bâtard, cracha-t-elle. »
Kip approuva d'un hochement de tête et, gardant son Glock dans la main, se saisit du Taser dont il vérifia la charge avant de suivre les instructions silencieuses de Charlie.
Charlie se sentit rassurée d'être avec le rouquin : faire équipe avec un ancien Marines était tellement plus facile ! Ils avaient arpenté les mêmes terrains ; fait face aux mêmes ennemis et surtout utilisé les même signes : ils se comprenaient, comme avec Chris avant. Les deux jeunes gens se séparèrent pour prendre chacun un côté du toit. Pendant trois longues minutes, ils cherchèrent en silence, jusqu'à ce que Kiney surgisse de derrière le conduit de ventilation et percute violemment Charlie, la faisant tomber au sol. Elle ne s'était pas trompé : il était athlétique, lourd et fort, et au sol, inutile d'espérer qu'elle prendrait le dessus. Elle rassembla suffisamment de force pour le repousser, et roula sur le sol pour récupérer son Beretta, qui avait glissé quand Kiney l'avait renversée. D'un bond, elle se remit debout et braqua son arme sur le fugitif.
― « Bon, fini les conneries, Kiney. Tu t'es bien défendu, bravo, maintenant sois raisonnable. Putain, non… soupira-t-elle en le voyant s'approcher du bord du toit.
― Si tu t'approches, je saute et tu pourras dire adieu à ta prime ! menaça Maxwell Kiney.
― Ah non mais t'as pas le droit : t'as choisi un scénario et puis c'est tout, t'as pas le droit aux deux ! protesta-t-elle. »
Son attention fixée sur Charlie, Kiney ne vit pas Kip arriver dans son dos, Taser en main, plus silencieux qu'un chat.
― « Quoi ? demanda le fugitif, ahuri.
― C'est, ou tu essaies de me jeter du toit, ou tu menaces de te suicider, pas les deux ! T'avais choisi la première solution ! rétorqua-t-elle tout sourire. »
Kiney ne vit rien venir. Kip se jeta sur lui pour le faire tomber du bon côté et, profitant de l'effet de surprise, lui envoya une décharge dans les côtes, tandis que Charlie se postait au-dessus de lui pour le tenir en joue. Sonné, le fugitif ne tenta pas de se débattre, et quand Kip se fut relevé, Charlie lui adressa un large sourire.
― « Beau boulot, partenaire ! Tiens, tu as même gagné le droit de lui passer les menottes ! dit-elle en lui lançant les bracelets d'acier. Profites-en, c'est sûrement la seule fois de ta vie que tu seras de ce côté : pour une fois, ce n'est pas à toi qu'on les passe ! Maxwell Kiney, par les pouvoirs qui me sont conférés par l'État du Massachusetts, et conformément aux lois en vigueur dans les États de Californie et du Massachusetts, je vous arrête pour le viol de Jenny Hadler, édicta Charlie à l'attention de Kiney à qui Kip passait les menottes. Vous serez remis aux autorités judiciaires compétentes de Californie. Vous avez le droit de demander un examen médical. Toute coopération dans votre arrestation sera dûment signalée aux autorités compétentes et sera prise en compte lors de votre procès. Avez-vous bien compris ? »
Kiney jeta un regard noir à la jeune femme et en guise de réponse, cracha avec rage aux pieds de Charlie.
― « J'ai l'impression qu'il a compris, ricana Kip, tenant fermement l'homme.
― Bon, on l'emmène dans la voiture, dit-elle en passant autour de son cou la lanière à laquelle était suspendu son badge. »
Charlie et Kip redescendirent par les escaliers de secours, puisque la porte donnant sur le toit ne s'ouvrait que de l'intérieur. Kip passa le premier pour prévenir toute tentative d'évasion et Charlie tenait Kiney en joue pour le convaincre de ne rien faire stupide. Une fois parvenus à l'étage de Kiney, repassèrent par l'appartement pour rejoindre la voiture. Dès que le fugitif fût enfermé à l'arrière, Charlie expliqua à Kip la suite des événements.
― « Je vais l'amener au poste de police le plus proche. Tu nous déposes devant et tu files te garer devant la première pizzeria que tu trouves, sans tourner dans une rue, lui intima la jeune femme. Je t'y retrouverais. Je préfère que tu ne sois pas avec moi pour l'enregistrement de la prise : ça pourrait être un peu délicat si on doit se justifier. »
Leur plan se déroula sans le moindre accroc, Charlie adorait quand ça se passait ainsi. La prise fut dûment enregistrée, et Charlie tomba avec surprise sur l'un des rares policiers sympas qui ne souhaitait pas la mort des chasseurs de primes. Le type la remercia même de lui apporter Kiney en bon état, et d'avoir respecté toutes les règles, leur évitant ainsi de se retrouver à nouveau avec des vices de procédures, comme c'était trop souvent le cas avec les chasseurs de primes. C'était pour cette raison que Chris, Nick et elle, s'étaient toujours obligés à suivre scrupuleusement les règles en vigueur des États et donc, à les connaître sur le bout des doigts. Ils ne chassaient pas pour les primes, mais pour mener les criminels devant la justice, et cela changeait tout. Trop souvent, leurs collègues négligeaient telle ou telle partie de la procédure, se contentant de toucher leur prime et dans un cas sur sept, l'arrestation était invalidée pour vice de procédure.
― « Eh, c'est du rapide ! Je pensais en avoir pour des heures ! s'exclama Kip en voyant revenir la chasseuse.
― Tout dépend de l'humeur du policier qui nous accueille. Là, je suis bien tombée, expliqua Bax. Dis, tu as faim ? Cette odeur de pizza me fait saliver ! s'enthousiasma en faisant claquer sa langue avec gourmandise. Aïe ! Oh merde, il faut que je passe dans une pharmacie aussi, grinça-t-elle, un rictus de douleur sur le visage. »
Elle venait de se pencher par-dessus le siège passager pour attraper son sac à main, sur la banquette arrière, et les brûlures étendues sur ses cuisses s'étaient rappelées à son bon souvenir. Elle avait profité des toilettes du poste de police pour évaluer les dégâts. Elle n'était pas médecin, mais connaissait suffisamment son corps pour évaluer la gravité d'une blessure sur elle. D'instinct, elle aurait désigné les stigmates comme une brûlure au premier degré étendue. Si les rougeurs couvraient une large surface, le liquide brûlant n'avait pas été suffisamment longtemps en contact pour atteindre l'épiderme plus profondément. Ça piquait, ça brûlait – surtout enserrée comme elle l'était dans son jean – mais ni plus, ni moins qu'un méchant coup de soleil. Une crème à base de sulfadiazine et quelques antalgiques lui feraient vite oublier la gêne occasionnée.
― « T'es blessée ? demanda Mi-Couille, affolé.
― Ce n'est rien. Quand il a renversé la table, j'ai pris la tasse de thé sur les jambes, mais c'est pas grand-chose, le rassura Bax. Il y'a une pharmacie juste au coin. Va commander, j'arrive, dit-elle en attrapant son sac.
― Certainement pas ! Quel genre de coéquipier je serais si je laissais ma partenaire blessée marcher alors que je me la coule douce assis à une table, affirma le rouquin avec conviction, en retenant son amie par le bras. Va t'asseoir et commande-moi une pizza végétarienne, la plus grande qu'ils aient. Je vais passer à la pharmacie. Dis moi ce qu'il te faut. »
Une fois sa liste faite, Charlie s'installa à une table, près de la vitrine, comme à son habitude : elle tenait toujours à avoir un regard sur la rue, question d'habitude. Une fois leur commande passée, elle scruta le trottoir où la foule de Sacramento déambulait. Charlie était vraiment heureuse que Kip l'ait accompagnée ce soir, et elle remerciait Clay de l'avoir poussée à partir avec le rouquin. Au plus elle découvrait le jeune homme, au plus elle l'appréciait. Sa candeur, sa gentillesse, sa compassion et sa légèreté étaient pour elle une vraie bouffée d'air frais. Kip n'était pas exigent avec elle ; avec lui, elle n'avait pas besoin de se forger de masque : elle pouvait se laisser aller et être elle-même, car il ne la jugeait pas. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi libre dans sa façon d'être.
Quand elle y pensait, Charlie regrettait que Kip n'eut pas été là à l'époque où tout avait dérapé dans sa vie, quand elle avait quitté Charming, parce qu'elle était sûre qu'elle aurait trouvé en lui le soutien nécessaire. Une oreille attentive ; une épaule pour la soutenir. Comme Juice, Kip faisait tâche dans le décor de SAMCRO. Trop gentil, trop honnête, trop empathique. C'était ce genre de personne qui lui avait manqué à l'époque. Aujourd'hui, l'un comme l'autre, ils étaient un plus pour SAMCRO, elle en était certaine.
― « Tu as bien failli devoir te passer de tes médocs ! Tu aurais vu comment la pharmacienne m'a dragué, rigola Kip en la rejoignant, déposant devant elle un sac en papier.
― Ça n'a pas l'air de te déplaire, répliqua Bax.
― Tu trouves que ce n'est pas correct, hein ? Par rapport à Cherry, l'interrogea le Prospect, un air nostalgique mêlé de culpabilité figeant ses traits.
― Loin de moi l'idée de te juger ! Dans ce domaine, mieux vaut que j'écrase !
― Ouais, Happy…
― Rien à voir, le corrigea Charlie. Pour avoir passé un peu de temps avec Cherry, dans ce lieu si intimiste que sont les cellules d'Unser, je pense pouvoir affirmer que ce qu'il se passe entre toi et Cherry n'est en rien comparable à … ce truc avec Happy. Tu l'aimes, hein ?
― Ouais, je crois, avoua le jeune homme. Mais c'est terminé. Et, ça peut paraître dégueulasse, mais je ne veux pas me morfondre sur son départ. Je veux dire, elle n'est pas morte, juste partie. Et elle ne pourra pas revenir, alors je ne veux m'empêcher de vivre, tu vois. D'avancer, se justifia-t-il. Même si j'aime Cherry, je veux rencontrer d'autres femmes. Retomber amoureux, et… Oh merde, je passe pour une femmelette là, non ?
― Non, tu renvoies ce que tu es : quelqu'un de sensible et de vrai, et ça, qu'importe ce que veulent bien en dire tous ces gros durs, ça n'a rien d'incompatible avec le blouson que tu portes, objecta Charlie.
― Tu sais, je lui en veux un peu de ne pas avoir tenu le coup. Je crois que j'espérais…
― Qu'elle tiendrait pour toi ? proposa Bax. Elle l'a fait Kip, crois-moi. J'étais avec elle dans cette cellule et la seule chose qui l'ait empêchée de craquer face à Stahl, c'est toi, affirma-t-elle. Et tu peux me faire confiance, ce n'est pas une mince affaire : j'ai testé les interrogatoires de Stahl, cette salope est prête à tout, et elle est sacrément douée, grimaça-t-elle, encore amère face aux souvenirs de sa confrontation avec Stahl : cette sale bonne femme le lui paierait, Charlie se l'était promis.
― Oui, mais elle n'a pas cru suffisamment en moi pour tenir jusqu'au bout, et on a dû prendre le risque de la faire… regretta le rouquin avec amertume.
― Hop ! Ne dis pas le mot, chuchota Charlie, jugeant inutile de parler d'évasion dans un lieu aussi bondé que cette pizzeria. Je pense justement que c'est parce qu'elle t'aimait suffisamment qu'elle a osé reconnaître que c'était trop pour elle. Elle a pris une décision en fonction de qui elle était et de ce qu'elle avait vécu. Elle s'est condamnée à l'exil pour toi et pour le Club. Moi, je trouve qu'elle a eu du cran, ajouta-t-elle avec conviction.
― Merci. C'est sympa de me dire tout ça, alors que tu n'y es pas obligée, et que je suppose que dans les cellules, c'était moins glorieux que ce que tu racontes, ricana Kip, sans joie.
― Tu mets en doute ma parole ? C'est moche, s'exclama-t-elle faussement outrée.
― Bax, est-ce que je peux te poser une question ? demanda timidement Mi-Couille.
― Je déteste les conversations qui commencent comme ça, grogna Bax en laissant errer son regard par la vitrine, préférant ne pas croiser celui de son ami. Attends, tu sais quoi, j'ai une idée, se reprit-elle après un silence songeur. Est-ce que tu connais le jeu des trois questions ? En fait, tu ne peux pas connaître : c'était un truc de Gia, expliqua-t-elle quand le biker fit un signe de négation. L'idée était que chacun d'entre nous – Gia, Sheldon et moi – avait le droit à trois questions à poser à l'autre, sur un laps de temps donné. Pour nous, c'était un an. Et on s'engageait à y répondre sincèrement, sans mentir, ni jamais travestir la vérité ; pas le droit de refuser de répondre. Mais en dehors de ces trois questions, nous n'avions plus le droit de rien demander, ou alors, on pouvait mentir.
― Donc, j'ai le droit à trois questions. Et tu es obligée de me répondre ? s'enquit le rouquin.
― C'est ça. Mais choisis bien tes questions, tu ne pourras plus revenir en arrière. Il nous faut un mot ou une phrase.
― Genre mot de passe ? supposa Kip.
― Oui. Si l'autre débute sa question par ce mot, on est obligé de répondre.
― Tu veux la jouer comment, partenaire ! s'esclaffa le jeune homme.
― Oh non, Kip, t'es sérieux ? râla Charlie, atterrée, avant de céder devant la moue suppliante du biker. Bon okay !
― Tu veux la jouer comment, partenaire ? tenta-t-il timidement.
― Déjà ? As-tu vraiment pris le temps de la réflexion ?
― Tout ce que je sais de ton départ il y'a sept ans, c'est que tu en voulais au Club pour la mort de ta mère, et celle de ton amie, au point de rayer SAMCRO de ta vie, enchaîna le Prospect, directement, sans prendre la peine de répondre : il savait parfaitement ce qu'il voulait savoir, et ce, depuis un bon moment déjà. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que tu en arrives là ?
― Waouh… Tu attaques dur, souffla Bax en baissant les yeux sur la moitié restante de sa pizza, qu'elle ne trouvait plus du tout appétissante. Finissons notre pizza, on en parlera dans la voiture, tu veux. Deux heures et demie, j'espère que ce sera suffisant pour tout te raconter.
― Sinon, je ferais des détours !
― Toi, si tu essaies de m'emmener dans les petites ruelles sombres pour me faire passer sur la banquette arrière, il va t'arriver des problèmes ! plaisanta la jeune femme, soucieuse de ce défaire du voile sombre qui venait de se poser sur son moral et qui complotait avec le nœud tombé au fond de son estomac pour la rendre malade.
― Merde, je suis grillé ! renchérit Kip, avec un sourire comique qu'il avait pourtant voulu charmeur.
― J'ai dit qu'il allait t'arriver des problèmes, pas que j'étais contre, insinua Baxie en haussant explicitement les sourcils. Eh, je plaisante Kip, relax ! se récria-t-elle quand le biker piqua un fard, soudain très absorbé par la petite part de pizza qui restait dans son assiette.
― Je suis relax, marmonna-t-il sans lever les yeux.
― T'es tout rouge, on dirait que tu t'étouffes ! le contredit Charlie. Y'a pas, tu me prends vraiment pour une dangereuse nymphomane !
― Faut me comprendre, aussi ! Euh, dis, au sujet d'Opie, les nouvelles ne sont pas bonnes, hein ? osa-t-il demander, le regrettant immédiatement quand il vit le visage de son amie s'assombrir plus encore. Espèce de crétin, s'admonesta-t-il mentalement, furieux contre lui-même de manquer autant de tact.
― Chibs n'a pas osé m'appeler, c'est Jax qui m'a prévenue, alors j'imagine que non, ce n'est pas bon, répondit Bax, d'un ton morose. Opie et Donna sont à la maison d'arrêt de Stockton. Mary est allée y chercher les enfants en fin de matinée, un peu après qu'on soit partis. »
Charlie ne disait pas tout au Prospect parce que Jax lui avait demandé de garder le silence. C'était aussi pour ça que Chibs ne lui avait rien dit : parce qu'il ne connaissait que la partie émergée de l'iceberg. Jax avait découvert par une voisine qu'Opie et sa famille étaient montés sans menottes dans une confortable berline de l'ATF, valises à la main. Il avait trouvé chez Opie, une carte de Stahl laissée bien en évidence sur un carton. D'après Jax, presque toutes les affaires de la famille Winston étaient empaquetées dans des cartons, comme s'ils s'apprêtaient à déménager. Ou à fuir… Le coup de grâce avait été porté par un relevé de banque que Juice avait trouvé : la majorité des dettes d'Opie avaient été payées par un virement fédéral. Deux mots s'étaient sournoisement insinués dans leurs esprits à tous deux : témoin protégé. Charlie n'arrivait pas à le croire. Elle ne voulait pas y croire. Pas Opie. Son Opie ne pouvait pas être une balance. Et pourtant tout portait à le croire. Mais Charlie commençait à suffisamment connaître Stahl pour savoir qu'elle était assez vicieuse pour monter un tel plan, et faire passer Opie pour un traître. Comme Jax, Baxie était persuadée qu'il y avait une explication logique à tout ça. Aussi, elle avait fait promettre à Jax, qu'à l'instant où Opie et Donna seraient relâchés, il l'appellerait pour qu'elle les rejoigne.
Kip n'insista pas au sujet d'Opie, réprimant sa curiosité au profit de l'état d'esprit de sa compagne. Il voyait bien à ses traits tirés, à ses yeux pensifs et à la manière anxieuse dont elle agitait les doigts, que la situation d'Opie l'angoissait plus qu'elle ne voulait bien le laisser croire. Il voyait l'inquiétude et la morosité l'envahir, aussi il employa le reste du repas à essayer de lui changer les idées à coup de conversations légères et de blagues de potache. Sa tactique sembla porter ses fruits, car, quand ils eurent terminé leur diner et qu'ils se furent remis en route pour Indian Hills, la jeune femme affichait un sourire plus joyeux et presque serein. Aussi il hésitait à interrompre son fredonnement, en chœur avec 3 Doors Down, sur « Here Without You », pour demander la réponse à sa première question.
― « Dis donc, je devais vraiment faire pitié tout à l'heure, pour que tu hésites à mettre ton entreprise de remontée de moral en péril, en me rappelant ta question ! rigola doucement Charlie en baissant le son de la musique.
― Un peu oui, avoua le jeune homme.
― Bon, par où vais-je commencer ? fît la jeune femme en inspirant profondément. »
1Tout comme les pauvres lecteurs de cette fic ! Z'avez vu que je pense à vous et que je vous offre quand même un peu d'action !
À suivre, Chapitre 9 : Capybara (part5&end) Les Cris de Gia
Alors? Un chapitre un peu plus mouvementé sur lequel je suis impatiente d'avoir votre avis!
