Chapitre 25 : Danse

Dès le début, les Néphilims étaient voués à l'ostracisme. Faute inavouée des dieux, qui regrettèrent leur création depuis le début, face à ces êtres trop humains pour être des dieux, trop divins pour être des hommes. Tant qu'ils furent sur Terre, tout se passa à merveille. Ils se fondirent dans la population terrestre, passant presque inaperçus. Seules quelques légendes les mentionnent, c'est pour dire. Ils avaient leurs failles certains créèrent des catastrophes, d'autres sauvèrent des peuples entiers.

Un jour ils durent faire la Transcendance, c'est-à-dire être élevés au rang d'esprits célestes. Immortels, ils avaient vécu trop longtemps et n'étaient plus en phase avec les humains, il était temps pour eux d'évoluer sur un autre plan. Hylil aurait tant voulu les accueillir convenablement ! Pour lui, ces êtres hybrides méritaient tant d'éloges pour tout ce qu'ils avaient accomplis ! Mais ça ne se passa pas ainsi.

La 'magie' des Néphilims était particulière. En raison de leur origine mi-divine, mi-humaine, ils n'avaient pas pris leurs pouvoirs d'après une source en particulier, comme tous les autres dieux. Non, les Néphilims étaient nés sous la bénédiction des deux sources à égale proportion, comme Hylil, et ce dernier y voyait un signe de leur importance. Mais, à l'inverse d'Hylil, les Néphilims n'étaient pas très puissants, ils n'égalaient guère les divinités inférieures. Pour cette raison, lorsqu'ils pénétrèrent dans le royaume des dieux, ils furent cantonnés à un espace réduit, à égale distance des deux sources, pile entre les deux Royaumes. Cet endroit fut appelé la Caverne des Soupirs, en référence à leur situation inconfortable.

Les années passèrent, et Hylil, impuissant, constata que ses protégés ne pouvaient pas quitter la Caverne sans souffrir et perdre connaissance. Ils étaient prisonniers, encore plus que sur Terre. Pire encore, avec les milliers d'années, les Néphilims commencèrent à dépérir, à se laisser mourir. Car ils avaient beau être immortel, n'importe quelle âme plongée dans le désespoir finissait par s'éteindre…

Hylil se révolta, cria. Il fit un scandale dans les deux Royaumes, en vain. On rit de lui, tourna ses plaintes encolérées en dérision. Alors à la révolution ouverte, il substitua un nouveau plan, qui permettrait à la fois de créer cette Aube Dorée qu'il n'avait pas perdu de vue malgré la tragédie d'Enkidu et de Gilgamesh, et de permettre aux Néphilims d'enfin vivre libres et serein.

Et la grande manipulation commença.

Désormais, le monde des mortels serait son échiquier géant, et il était déterminé à tout faire pour arriver à la victoire.

-OoO-

Arès était enfermé au château Serpentard depuis plus d'une semaine. Il bouillait. Voldemort l'ignorait ostensiblement, s'en allait pendant des heures – probablement pour faire des choses utiles à la guerre.

Mais lui, il était condamné à rester là. Il était étroitement surveillé par les Mangemorts. Ses moindres faits et gestes étaient analysés. Deux ou trois fois, il tenta de s'en aller mais aussitôt Voldemort apparaissait devant lui et s'ensuivait une discussion houleuse qui donnait toujours à peu près quelque chose comme ça :

"Tu es à moi !"

"Je m'appartiens ! Je ne suis à personne et surtout pas à toi !"

"Tu es mon horcruxe !"

Et ainsi de suite. A chaque fois, ça se terminait par un échange de sorts vicieux. Ils en sont même venus aux mains. Cette fois-ci était pire que les autres car Voldemort avait plaqué Arès contre un mur et celui-ci avait laissé sa magie pure répliquer méchamment et envoyer l'autre traverser un plafond.

A part ces moments houleux, Arès se retrouvait seul dans le château, libre de penser à tout ce qui pouvait le déprimer.

Albus Dumbledore revenait souvent dans ses réflexions. " Le destin n'existe pas, c'est nous qui choisissons quoi faire du temps qui nous est imparti". Arès se demandait ce qu'avait voulu dire Dumbledore. Il était impossible qu'il fasse référence à ces histoires de dieux et de néphilims qui filaient la migraine à Arès… mais avait-il compris que quelque part, Arès cherchait quelque chose que Voldemort ne pourrait jamais comprendre ?

Il secoua la tête, les pensées confuses. Il lui avait semblé comprendre quelque chose, un court instant, comme un éclair de lucidité… En quoi Voldemort ne comprendrait pas ce que voulait Arès ? Ils voulaient la même chose, gagner cette guerre, protéger la magie noire. Non ?

Kismet émit un sifflement sourd. Il soupira. Ça et les rêves de plus en plus étranges… Trop de choses complexes le préoccupaient. Il se concentra sur des choses plus concrètes, c'est-à-dire l'accomplissement de sa mission au sein de Poudlard.

Le point positif de ces vacances fut sa progression sur sa recherche sur les Horcruxes : il était prêt. Avant de rentrer à Poudlard, il aurait enfin son propre Horcruxe. Il serait à peu près l'égal de Voldemort.

-OoO-

On pouvait faire confiance à Lord Voldemort pour faire étalage de sa grandeur en beauté. Le bal des sangs-purs, donné cette année au Château Serpentard dans les grandes salles de réception, n'avait rien à voir avec celui de Poudlard.

Une musique discrète et élégante se diffusait magicalement – les musiciens étaient en réalité au sous-soul ; il s'agissait des plus célèbres musiciens Moldus européens du moment, soigneusement placé sous Imperius. Il allait sans dire qu'ils offriraient probablement un autre type de distraction aux Mangemorts au cours de la nuit. Dans les salles, toutes plus richement décorées les unes que les autres dans des tons vert émeraude, les boiseries en ébène étaient fraîchement polies et le marbre noir qui couvrait le sol reflétait les danseurs qui valsait avec détachement. De grandes statues en argent placées ici et là illustraient des étapes de la vie de Salazar Serpentard. Autour du buffet, il y avait déjà une petite foule. Les quelques centaines de sorciers noirs Sangs-purs britanniques étaient réunis, conversant à mi-voix. Quelques rires tous en retenue. Des sourires plaqués. Des courbettes. Des plateaux de coupes de champagne flottaient de ci et de là, exécutant un ballet savamment orchestré par la magie pour ne pas se heurter aux gens. Et après les sorciers jugeaient les elfes de maison comme des êtres inférieurs… Il fallait quand même leur reconnaître un certain talent pour manipuler la magie à distance avec précision, ce que presque aucun sorcier n'arrivait à faire, et même pas Arès.

Du haut des grands escaliers, caché par un charme de Discrétion, Arès grimaçait. Il avait horreur de ces ambiances. Sa présence était obligatoire, car ce soir, il serait présenté comme étant Lord Black, allié de Voldemort. Que ne fallait-il pas faire… Il chassa une poussière imaginaire de l'épaule de sa robe bleue et argent. Sa tenue était parfaite, aux armoiries des Blacks. Il ajouta la dernière touche en laissant sa magie flotter librement autour de lui. Elle ne le cachait pas mais, fidèle à ses demandes, le mettait en valeur en rendant l'ampleur de son aura magique palpable.

Derrière lui, Voldemort apparut, accompagné de deux Mangemorts masqués. Sa robe était noire, simple, mais elle tombait parfaitement sur ses épaules et mettait en valeur son corps musclé et…

Arès coupa court à ses pensées. Pense à Lennart, pense à Ronald Weasley… il retint un soupir de soulagement quand son érection naissante retomba aussitôt. Il fallait avouer que le Seigneur des Ténèbres était très bien fait.

Voldemort sembla avoir remarqué son trouble, car il arborait un sourire mauvais. "Prêt ?"

Arès ne répondit pas et laissa retomber le charme de Discrétion. Voldemort leva la main. Aussitôt la musique s'arrêta et tous les regards convergèrent vers eux. Le jeune sorcier eut un léger sourire en croisant le regard de Regulus. Celui-ci lui adressa un clin d'œil. A côté de lui Lennart faisait la même tête maussade que d'habitude.

Arès ne savait pas que Lennart accompagnerait Regulus ce soir là. D'aussi loin que remontaient ses souvenirs, c'était bien la première fois que Lennart se mêlait des affaires mangemoresques. Il se contentait le reste du temps d'observer et de collecter des informations de loin, comme le reste des membres de l'Aube Dorée. C'était bien la première fois qu'Arès constatait la présence de l'un d'eux.

Laissant Voldemort le devancer d'un pas, il descendit les escaliers. Il ne put retenir un frisson en voyant toutes les personnes présentes s'incliner d'un même mouvement et se relever quelques longues secondes plus tard.

:Ça te fait de l'effet ?: lui lança Voldemort à la dérobée en Fourchelangue - ce qui fit rougir Arès. :Tu peux t'habituer à la gloire, car bientôt ils seront tous à tes pieds à toi aussi.:

Arès parcourut l'assemblée du regard, cherchant les visages familiers. Les Malfoy étaient parmi les plus proches d'eux, ainsi que les Thompson – Lyra lui fit un grand sourire et leva un pouce en regardant sa tenue.

Pendant presque toute la soirée, Arès s'ennuya comme un rat mort. Voldemort le promenait de groupe en groupe, chantant ses louanges ; bien sûr il restait fidèle à lui-même, froid comme un glacier et intimidant quiconque s'approchait de lui. La plupart des discussions étaient politiques, ou économiques. Les chefs de famille vantaient auprès du Seigneur des Ténèbres le rendement de leurs investissements ou leurs récents achats en items de magie noire, ou encore les tous derniers pots-de-vin qui leur avaient permis d'acheter tel ou tel dignitaire du Ministère anglais.

Arès, pour se distraire, s'amusa à enchanter les plateaux pour qu'ils viennent tourner autour de Voldemort. Au début, celui-ci se contenta de les regarder d'un œil noir. Alors il insista. Le Seigneur des Ténèbres finit par lui jeter des coups d'œil soupçonneux – le jeune sorcier lui sourit mielleusement. Finalement, il accepta une coupe. Arès constata que plus la coupe se vidait, plus la magie de Voldemort tournoyait autour de lui, formant de paresseuses volutes d'électricité violette. C'était fascinant. Alors il recommença à attirer les plateaux, et encore, jusqu'à ce qu'il en perde le compte de coupes de champagne. Lui n'en avait presque pas bu, mais il préférait être dans l'entière possession de ses moyens au cas où quelque chose arrivait.

Le jeune Black vit Lyra et Draco se rapprocher de plus en plus au fur et à mesure de la soirée. Il ne put s'approcher d'eux, à son grand ennui, et donc ne pouvait pas connaître le contenu de leurs discussions. Mais Lyra semblait rayonnante. Elle souriait beaucoup, d'une façon toute nouvelle. Et Draco semblait presque empoté par rapport à d'habitude, comme un peu gêné. Vers la fin de la soirée, alors que l'ambiance se faisait moins retenue, Arès les aperçut brièvement danser ensemble.

Pour la première fois, il se rendit compte que ces deux-là étaient amoureux l'un de l'autre. Ce qui le fit sourire béatement.

Voldemort surprit son expression – le regard dans le vide, un air idiot sur le visage, un sourire de Poufsouffle énamouré – et se racla la gorge. Arès redescendit brutalement sur terre. Ils étaient, enfin ! un peu à l'écart de l'animation. Le jeune sorcier rougit de honte d'avoir été surpris en un moment d'hébétitude.

:C'est Draco Malfoy que tu regardes comme cela ?: s'enquit Voldemort d'un ton sévère.

:Quoi ?: Arès fronça les sourcils, puis comprit enfin où voulait en venir son allié. :Tu crois que je suis attiré par Draco ?!:

:Tu ne l'es pas ? Il est jeune, séduisant, il a l'esprit vif et vient d'une bonne famille… Et d'après ce que j'ai compris de ton passé avec Grindelwald,: à ce moment Voldemort grogna, :tu aimes bien les blonds.:

:Draco est un ami: expliqua Arès, balayant aisément la référence à Dimitri. C'est fou ce que l'alcool, en quantité raisonnable, rend plus perméable… :Et avant que tu ne le demandes, je ne suis pas non plus intéressé par Lyra. Tu as un esprit sale.:

Les yeux rouges lancèrent un éclair. :Tu es bien hardi ce soir, mon horcruxe.:

:Ne m'appelle pas comme ça !: protesta Arès. :C'est ridicule, et diminutif. Je sais que tu estimes que c'est un honneur, pour moi, d'héberger une partie de ton âme, mais je ne me réduis pas à cela.:

:Je n'ai jamais dit ça: susurra plus doucement Voldemort, et Arès réalisa avec une gêne grandissante qu'ils étaient très proches l'un de l'autre. Leurs épaules se frôlaient par intermittence.

"My Lord" fit Regulus en s'approchant, avec une légère inclinaison de la tête.

Arès laissa sa respiration s'échapper quand l'attention de Voldemort fut détournée de lui. Il y avait quelque chose qui le gênait dans la tension entre lui et son allié, quelque chose qui grandissait en intensité et qu'il ne voulait pas admettre, même s'il en avait conscience… Être attiré physiquement par lui, c'était une chose. Le reconnaître et agir en conséquence, c'était une autre.

"Ah, Regulus, je me demandais quand est-ce que tu allais venir t'enquérir du bien être de ton cher fils." dit Voldemort d'un ton doucereux en couvant Arès du regard.

Ce dernier aurait bien aimé disparaître à ce moment-là, mais à la place ses joues devinrent plus rouges encore, et celles de Regulus aussi, ce qui était pire à ses yeux. Merlin, qu'est-ce que mon père va s'imaginer après ça ?

"Je vous fais confiance, My Lord, pour ne pas le laisser tomber dans des frivolités. Après tout, dans une telle réception, avec tant de jeunes personnes de son âge, il aurait vite fait de s'oublier."

Arès éprouva une bouffée de fierté envers son père, capable de rembarrer discrètement son maître dans une telle situation. En même temps, il sentit son agacement remonter en flèche. Il n'avait plus besoin de sa protection ! Surtout pour de telles choses !

Voldemort sourit méchamment. "Ne t'inquiète pas, il est entre de bonnes mains."

Arès, qui avait fait l'erreur de siroter une coupe de champagne au même moment, recracha sa gorgée de façon peu élégante. 'Oh, Merlin, c'est la dernière fois que je le laisse boire de l'alcool…'

Regulus se reprit bien plus vite que lui. "My Lord, je voulais vous présenter un sorcier présent en Grande-Bretagne, à l'occasion du Tournoi des Trois Sorciers. C'est lui qui accompagne la délégation de Durmstrang."

A ce moment Lennart, jusqu'à présent en retrait, s'avança. Il fit une petite révérence. "Jonathan Lennart, Maître de Magie Noire" se présenta-t-il de son habituelle voix neutre. "Enchanté de faire votre connaissance."

En parallèle, Arès rencontra son regard et engagea la conversation avec lui d'esprit à esprit. 'Que faites-vous là, vieil homme ?'

"Ainsi, vous êtes le professeur d'Arès. J'espère qu'il ne vous a pas trop compliqué la tâche ?" demanda Voldemort.

'Je suis là au cas où, pas de raison de s'inquiéter Black.' Et d'ajouter aussitôt à voix haute : "Oh, on fait avec. C'est un élève brillant qui a beaucoup de capacités hors du commun."

"Ça ne sert à rien de chanter mes louanges devant Lord Voldemort" répondit Arès. "Il a tenu à évaluer mes capacités en duel lui-même de sa façon à lui." Et aussitôt : 'vous êtes là pour l'Aube Dorée ?'

"Ne dis rien, Black : je parie que ton attitude criait de te faire jeter dans les murs." Puis, télépathiquement, 'ça ne te regarde pas.'

Voldemort eut un petit rire – il était vraiment temps qu'il arrête de consommer du champagne pour cette soirée. "Il est vrai qu'il est empli de défiance."

'Dans tes rêves' répondit Arès à l'attention de Lennart, lui exigeant des explications en privé. "Seulement quand des individus louches me provoquent."

"Ouch" ricana Lennart. "Je vois que je ne suis pas le seul qu'il insulte tout le temps."

"J'y travaille" sussura Voldemort, et son ton ne laissait rien de bon à présager.

Arès était surpris de les voir échanger des plaisanteries tous deux. C'était bien la première fois qu'il voyait Voldemort se comporter comme ça avec quelqu'un d'autre que lui. C'est comme s'il essayait de séduire Lennart à sa cause…

Après tout, cette idée avait du sens. Lennart était un sorcier plutôt puissant, certainement plus que la plupart des Mangemorts. Et puis son expérience se lisait dans ses traits ; rien qu'avec sa cicatrice, sans jeu de mots. Arès se demanda d'où son professeur tenait cette expérience s'il rencontrait Voldemort pour la première fois. Encore quelque chose qu'il aurait à lui demander.

'On se voit dans deux jours à Durmstrang' annonça-t-il à Lennart alors que celui-ci et son professeur s'éloignaient, après que Voldemort leur eut fait comprendre subrepticement qu'ils étaient congédiés.

Un quadragénaire un peu rondouillet, son visage empathique entouré de favoris, s'approcha d'eux et s'inclina. C'était le professeur de Défense contre les Forces du Mal à Poudlard ; Arès ne le connaissait que de vue, quand il l'avait aperçu dans la Grande Salle. Il ne savait pas qu'il était un partisan de Voldemort.

"Rodolphus" le salua Voldemort.

Arès s'étrangla. Ainsi, c'était l'espion à Poudlard ! Il devait prendre du Polynectar.

"Maître, Lord Black" fit poliment son oncle par alliance. Il lui adressa un clin d'œil.

Voldemort agita la main et des charmes de Discrétion les entourèrent. "Tu as quelque chose à nous apprendre, peut-être ?"

"Ce n'est pas très important, My Lord ; j'ai appris ce matin que la Seconde Tâche avait été exceptionnellement avancée, une histoire d'alliance avec les Êtres de l'eau… elle aura lieu le vingt janvier."

Arès contempla cette information. Il se demandait si la raison derrière ce changement de date avait vraiment à voir avec les êtres de l'eau, ou si Dumbledore l'avait décidé, tout simplement. Peut-être pensait-il déstabiliser Arès ?

A peine une heure plus tard, les invités commencèrent à partir. Seuls les Mangemorts restèrent, pour une réunion exceptionnelle qui finit définitivement de plonger Arès dans l'ennui le plus total. Ce ne fut qu'un long discours pour annoncer une nouvelle année sous le signe de la victoire des Ténèbres, présenter encore une fois Arès – même si maintenant tous les Mangemorts le situaient – et, plus mystérieusement, laisser sous-entendre que ce serait lui l'investigateur de cette victoire.

Voldemort était plus que paranoïaque. Il était hors de question qu'il dise à tout ses Mangemorts 'au mois de juin nous allons tous attaquer Poudlard, et Dumbledore va mourir, et je serai le plus fooooort'. 'Ahem.' Arès étouffa un petit rire qui lui attira un regard de braise. Oui, Voldemort était paranoïaque, et malgré toutes les précautions qu'il prenait, il craignait toujours qu'un traître se glisse parmi eux.

:Tu veux faire part de quelque chose, Arès ?: demanda le mage noir en se glissant près de lui. Leurs magies entrèrent en contact lascivement et le jeune sorcier se mordit les lèvres pour ne pas gémir. Décidément ses hormones étaient déchaînées…

:Je trouvais juste ton discours très touchant: fit-il, espiègle.

:Ne t'inquiète pas, la prochaine fois, j'ajouterai quelque chose de plus… personnel: siffla Voldemort, et à ce moment il posa la main dans le dos d'Arès. Celui-ci gémit ouvertement alors que leurs magies clashèrent abruptement.

Plus loin Bellatrix écumait de rage. Elle avait toujours son masque mais il était impossible de douter de son identité, avec sa chevelure folle et sa prestance particulière.

"Maître" persifla-t-elle. "Voulez-vous que je vous débarrasse de mon neveu ? Je ne voudrais pas qu'il vous gêne."

Voldemort l'ignora royalement alors qu'il fixait Arès, comme le défiant de réagir à la provocation de sa tante. Son sang n'avait fait qu'un tour. Malgré tous les avertissements comme quoi Arès avait libre droit de punir tous les Mangemorts, et surtout après leur duel de l'an passé lors duquel elle avait essuyé un échec cuisant, elle n'avait toujours pas compris.

Il ne sortit pas sa baguette. D'un geste de poignet, sans aucune formule, il l'envoya au sol sous un puissant maléfice qui lui broierait lentement les os. Son hurlement inhumain résonna entre les murs du château et un frisson parcourut l'assemblée. Elle se tordit, ses bras déjà flasques autour d'elle, comme ceux d'une horrible poupée en chiffon. Ses yeux roulèrent vers l'arrière.

"Je n'accepte pas qu'on me manque de respect" déclara froidement Arès, alors que l'assemblée s'agenouillait à nouveau devant lui. "Dites vous que si elle n'était pas de ma famille, son sort serait bien plus terrible." Sans aucun traitement, c'était une agonie lente assurée. Or, il y avait plusieurs Médicomages compétents parmi les Mangemorts présents. Arès en désigna quelques uns et leur donna l'ordre de la soigner, puis il transplana vers ses quartiers.

Suivi de près par Voldemort.

Arès lui jeta un regard mauvais alors que le mage noir s'approchait de nouveau de lui. Il était dans un état de surexcitation rare ; à son érection qui l'avait plus ou moins pas quitté de toute la soirée (car un Voldemort un peu ébréché qui faisait des avances dans une tenue sexy provoquait forcément une réaction chez un adolescent en pleine puberté) s'était ajouté le plaisir de torturer Bellatrix (laisser sa magie déchirer un corps tremblant, ça aussi c'était agréable). Bref, à ce moment précis, ce n'était pas le moment de s'approcher. Il avait besoin de laisser aller ce trop plein d'énergie. Il pensait à transplaner dans une jungle profonde et courir dans sa forme Animagus, ou bien à se rendre à un endroit surpeuplé et laisser sa magie toute entière libre de déclencher un massacre, ou bien à aller couper la gorge de Dumbledore dans son sommeil et faire son horcruxe dans le bureau du directeur de Poudlard, ou bien à aller dans les souterrains de Durmstrang affronter quelques dizaines de Détraqueurs, ou bien baiser quelqu'un sauvagement contre un mur, ou une autre surface, à vrai dire il n'avait pas vraiment de préférence- bref, ce n'était vraiment pas le moment.

Et Voldemort le plaqua contre un mur et l'embrassa.

Ce baiser n'avait rien de tendre. C'était plutôt une façon pour le mage noir de lui faire comprendre qu'il le désirait, qu'il le voulait. Arès ne resta pas longtemps sous la surprise et batailla pour reprendre le dessus, bien qu'il soit en position de faiblesse.

Voldemort attrapa ses épaules et y planta ses ongles à travers les couches de vêtement. La tête d'Arès heurta le mur avec un 'chtong'. Sa magie l'enveloppa, et avec une série de craquements sonores, se mêla en une pluie d'étincelles chatoyantes avec celle de Voldemort. Le plus âgé lui mordit la langue, s'arrêtant juste avant d'arriver au sang. Arès plongea un poing dans la fine chevelure sombre et tira vers l'arrière. Pendant un temps, Voldemort céda un peu et le jeune sorcier en profita pour inverser leurs positions. Le Seigneur des Ténèbres se débattit avec rage, leurs magies s'agitant, tournoyant.

Arès avait le tournis. Il n'avait jamais ressenti de telles sensations. Tout son corps, toute son âme demandait à ne faire plus qu'un avec Voldemort. Leurs érections se frôlèrent à travers leurs robes et tous deux grognèrent. Aussitôt la friction augmenta. Le front d'Arès palpitait de pouvoir, sa cicatrice semblait trembler sous sa peau. Sa magie argenté et celle, violet électrique, de Voldemort, clashèrent une nouvelle fois et cette fois-ci un éclair d'une couleur indescriptible parcourut la pièce. Arès sentit un tremblement monter du fond de ses entrailles, secouer son cœur et parcourir tout son corps et ses orteils se crispèrent dans la semelle de ses chaussures alors que dans un râle, il fut dévasté par un orgasme comme il n'en avait jamais eu. Sa magie vira de l'argenté au noir le plus profond puis à un magnifique doré lumineux qui les entoura, quelques instants d'un magnifique halo. Assourdi, Arès se laissa aller. Il avait l'impression d'être en apesanteur en terre et ciel, posé dans la lumière.

Quand il reprit ses esprits, les jambes tremblantes, il était appuyé contre le mage noir, qui lui-même était appuyé contre le mur, la respiration haletante. Il se rendit compte qu'ils avaient dû jouir en même temps. Le Seigneur des Ténèbres le regarda avec une étrange lueur dans les yeux et Arès aurait donné cher pour savoir ce qu'il pensait à ce moment-là. Il chassa ses pensées idiotes alors qu'il respirait un grand coup. Il se passa la main sur le visage et s'écarta de Voldemort. Sa faim était calmée. Maintenant que ses nerfs s'étaient relâchés, il sentait une immense fatigue l'envahir.

"Où vas-tu comme ça ?" s'enquit Voldemort.

"Me laver. Tu m'as suivi dans ma chambre, tu ne vas quand même pas aussi m'accompagner sous la douche." L'autre haussa un sourcil et Arès ne put s'empêcher de ricaner sous cape. "Oui, et bien non !" protesta-t-il. Il était vraiment fatigué.

"Tu ne vas pas partir après… après ça !" siffla le mage noir. En deux foulées il était de nouveau près d'Arès et l'attrapa par le bras. La magie argentée protesta un peu mais déjà Arès sentait la proximité du sorcier lui faire de l'effet. Il se laissa embrasser pour la forme, trop fatigué pour se défendre contre les avances du Serpentard. :Mon horcruxe: ronronna Voldemort en Fourchelangue.

Arès leva les yeux au ciel. "Je crois que tu as trop bu" expliqua-t-il en se dégageant une nouvelle fois. "On va en rester là pour ce soir." Le regard incandescent posé sur lui lui donna un frisson. Il se morigéna. Il avait encore un minimum de retenue, non ? "Je suis sérieux. Je vais me coucher."

Le Seigneur des Ténèbres le foudroya du regard. "Je te laisse tranquille… pour ce soir."

"C'est ça" lança Arès par-dessus son épaule.

"Demain, je ne te laisserai plus m'ignorer."

"Quoi ?!" s'étrangla la jeune sorcier. "Je te rappelle que c'est toi qui te tenais à l'écart depuis mon arrivée ici !"

"Et c'est toi qui refusais de m'adresser la parole !" rétorqua Voldemort. "Arrête d'employer ce ton avec moi !"

"Surveille donc la façon dont tu me parles, tu comprendras peut-être pourquoi je n'aime pas discuter avec toi !"

"On en reparle demain !" clôtura Voldemort en claquant la porte.

"C'est ça !" lança Arès.

S'il avait été moins fatigué, il aurait peut-être remarqué qu'il parlait comme un gamin en pleine crise d'indépendance.

-OoO-

Le lendemain il n'y eu pas d'explications. Ou plutôt, elles ne furent pas sous forme de dialogue constructif et raisonné entre adultes. Non. Le lendemain matin, quand Arès arriva dans la salle où il prenait d'habitude son petit déjeuner, Voldemort était déjà à table. Ainsi, il avait décidé de ne plus passer ses journées à l'écart du château… Arès se servit quelques portions de fruits et était en train de remuer son thé quand il sentit le regard de l'autre se faire plus pesant.

Il rencontra le regard de braise, et là, comme deux adolescents en manque, ils se jetèrent l'un sur l'autre en oubliant toute convenance sociale. Un Mangemort qui passait par là s'enfuit avec un petit couinement.

Plus tard, Arès se laissait retomber sur le lit très confortable du mage noir alors que celui-ci était encore en lui.

:Tu comprends ce que je veux dire quand je dis que tu m'appartiens ?: demanda Voldemort.

:Je crois… que c'est le contraire: répondit doucement Arès avec un sourire malicieux. La magie de Voldemort s'agita avec colère, ce qui intensifia le sourire d'Arès. :Reconnais-le, je suis peut-être ton Horcruxe, mais tu es mon âme maîtresse.:

Voldemort ronronna. Arès, surpris, se tourna vers lui. Il se laissa embrasser, avant de rendre la pareille. Qui eut crût le Seigneur des Ténèbres capable de 'tendresse' ? Car ça en était presque. Le jeune sorcier lécha le cou de son amant improbable, qui commençait déjà à durcir à nouveau en lui. Décidément, il n'en avait jamais assez. Ce qui tombait bien car Arès était loin d'en avoir fini avec lui.

Il repoussa Voldemort, qui se laissa faire, et l'allongea sur le dos. Il manœuvra pour être au-dessus du mage noir, assis sur ses hanches. Ces deux yeux rouges qui le fixaient, entrouverts, intenses, et ces mains sur sa peau ! Arès se cambra et dansa, dans des volutes de magie pure.

-OoO-

Leur relation était loin d'être une idylle mais pendant trois jours, Arès eut l'impression que ça pourrait continuer longtemps. Naïvement, il s'imagina pouvoir vivre comme ça avec Voldemort pendant des années. Il les vit gagner la guerre, construire un monde nouveau, toujours en restant liés l'un à l'autre, leurs magies enroulées ensembles, comme deux âmes attachées. Mais Arès n'était pas fait pour être un grand romantique, et Voldemort non plus.

Ce soir là, ils étaient tous deux dans le bureau. Le Seigneur des Ténèbres travaillait sur un nouveau projet, une sorte de Portoloin à grande contenance ; Arès mettait le point final à ses recherches sur les Horcruxes. L'ambiance était studieuse mais relaxée. De temps en temps l'un d'eux lançait une réflexion dans l'air ou partageait l'avancée de ses recherches, ils en discutaient en gardant leur attention fixée sur leurs parchemins respectifs. C'était agréable, encore plus agréable que de faire ses devoirs avec ses amis pendant des soirées entières dans la bibliothèque de Durmstrang.

Arès, sans savoir ce qui lui passait par la tête, dit le mot de trop. Il aurait dû douter que ça signerait la fin de ce quelque chose qu'il partageait avec Voldemort, mais à ce moment il était trop décontracté pour penser aux conséquences de ses actes.

"Tu savais, toi, quand tu as fait tes Horcruxes, qu'au moment où tu finiras par mourir, ton âme sera détruite entièrement et qu'elle n'ira pas dans l'au-delà ?"

Voldemort se figea et leva les yeux très lentement de son parchemin couvert de symboles, de chiffres et d'écritures en grec ancien. Le silence s'étira quelques secondes, les yeux rouges le sondant.

"Qu'est-ce qui te dit que je vais mourir ? Tout l'intérêt des Horcruxes est justement d'être immortel. Je ne prévois pas de mourir."

"Tu crois vraiment que tu vas vivre indéfiniment ?" demanda Arès, incrédule. "L'éternité, c'est long. Il peut se passer des tas de choses. Et à mon avis, au bout de quelques siècles, on doit n'avoir plus qu'une envie, c'est pouvoir en finir."

"Je n'aurai jamais envie de finir ma vie" fit Voldemort avec une mine dégoutée. "Ce serait comme abandonner. Non, si ton temps est bien occupé, si tes projets sont suffisamment grands pour te tenir occupé, je pense que l'éternité, ce ne sera jamais suffisant. Et même quand j'aurai le contrôle de tout le monde sorcier, il me restera à m'occuper des Moldus, à améliorer tout le système d'éducation, celui de la justice, à réformer le statut des créatures magiques, à asseoir la domination des mages noirs…"

Il allait sans dire que si Voldemort avait développé exactement ce qu'il entendait comme "réformes", Arès n'aurait certainement pas été d'accord à cent pour cent avec toutes ses opinions. Il laissa passer. "Admettons. Mais toi comme moi savons qu'il y aura toujours des gens qui résisteront. Les humains ne sont pas faits pour abandonner leurs idéaux, ils ont toujours l'espoir de voir leurs souhaits se réaliser et ils font tout pour gagner. Nous en sommes témoins, n'est-ce pas ? C'est ce que nous faisons en ce moment." Voldemort n'avait pas l'air convaincu, alors Arès nuança. "Oublie toute notion de vrai et de faux. Ce n'est pas important de savoir qui a le plus raison dans une guerre, non ? C'est le plus fort qui gagne. Non," ajouta-t-il en voyant le mage noir prêt à répliquer, "je n'insinue pas que tu aurais tort de faire tout cela, en tout cas ce n'est pas ce qui importe là tout de suite. Ce qui est important c'est de ne pas oublier que peu importe ce que l'on fait, il y aura toujours quelqu'un pour penser que nous avons tort et que nous devrions être arrêtés. Et un jour, j'en suis persuadé, peu importe combien tu vas soigner ton système de répression des révoltes, un autre sorcier finira par être assez puissant et assez intelligent pour vouloir et pouvoir te renverser, et il trouvera tes Horcruxes à n'importe quel prix et ira jusqu'au bout. Même si ça prend des générations… Et alors, que feras-tu quand tu mourras et que ton âme sera entièrement détruite ? Que tu cesseras d'exister tout à fait ?"

Voldemort eut un rictus. "Tu as bien peu confiance en moi. Ne crois-tu pas que je ferai tout pour éviter qu'une telle situation dégénère à ce point ? Et puis rien ne prouve qu'il y ait un 'au-delà' ou une forme d'existence après la mort" cracha-t-il. "Et même si c'était le cas, ça ne m'intéresserait pas. Je préfère réaliser des choses dans cette vie-là plutôt qu'espérer rejoindre un paradis hypothétique."

"Je ne parle pas de paradis !" protesta Arès. Il inspira lentement. "Il y a tant de preuves que l'âme survit à la mort si elle n'a pas été détruite, par un Détraqueur par exemple, tu ne peux pas nier tout ça. Même les Moldus commencent à en avoir des preuves scientifiques, avec tous ceux qui ont frôlé la mort et en reviennent."

Le rictus du Seigneur des Ténèbres s'intensifia. "Ton argument de Moldu ne tient pas" se moqua-t-il.

Arès chassa l'idée de la main. Il aurait trop beau d'espérer que Voldemort passe outre sa haine des Moldus pour écouter une preuve réelle. Il poursuivit. "L'âme qui se détruit… c'est un peu extrême quand même. C'est la seule chose qui pourrait me faire douter, si je n'avais pas d'autres motivations…"

Les mots avaient à peine quitté sa bouche qu'il réalisa son erreur. Le regard de braise se rétrécit, jusqu'à ce que son amant de quelques nuits, les sourcils froncés, le considère à travers deux fentes rubis. "Qu'est-ce que tu insinues ? Que malgré ta… situation" cracha-t-il, "tu continues à vouloir faire un Horcruxe ?"

Arès se leva, prêt à se défendre. "Je ne vois pas ce qui m'en empêcherait. D'après ce que j'ai trouvé, ça ne changerait rien à ton Horcruxe. Je détacherai une partie complètement différente de mon âme."

"On parle d'une partie de mon âme" rappela Voldemort, se levant à son tour.

"Je ferai attention" promit Arès, une once de désespoir dans la voix.

"Comment veux-tu que je te fasse confiance à ce point ?!" Voldemort avait l'air, lui, de ne pas y croire. "Tu as le pouvoir de me tuer !"

Le jeune sorcier s'arrêta deux secondes. Une vague de réalisation le parcourut et un rire désabusé lui échappa. "Je comprends mieux maintenant" souffla-t-il. "Alliés, hein ! Mais tu ne supportes pas d'avoir quelqu'un à ton niveau. Tu ne veux pas que je vive aussi longtemps que toi car tu as peur que je sois celui à te renverser ! Pire, tu penses que j'en suis capable et que je le ferai juste pour ça !" Sa magie crépita avec colère.

"Ne sois pas idiot. Je suis sûr que tu as conscience que tu ne resteras pas très longtemps satisfait d'être mon égal, que tu voudras plus. Comme tu disais, c'est le propre de l'être humain."

Arès eut un nouveau rire et sa magie crépita à nouveau, formant d'infimes éclairs argentés autour de sa silhouette. "Je ne doute pas un instant que si nos rôles étaient inversés, tu serais en train de formenter un plan pour me tuer. D'ailleurs, qu'est-ce qui me prouve que tu n'es pas en train d'y songer en ce moment-même ? Tu as peut-être même déjà planifié ma mort dans l'avenir. Dis-moi, est-ce si irraisonnable de vouloir créer un Horcruxe en sachant que tu as probablement envie de m'éliminer à la première occasion ?"

"Tu as de la chance d'être si précieux car parfois j'en ai vraiment envie" fit Voldemort en sortant sa baguette.

Et le chaos éclata. Arès répliqua au Doloris qui fulgurait en sa direction, Voldemort répliqua à son tour et bientôt le bureau fut transformé en scène de bataille épique, divers maléfices vicieux volant de ci, de là ; Arès ayant dégainé son épée ; des volutes de magie pure s'affrontant avec violence, les livres volant dans tous les sens.

Et Arès, déjà las de cette dispute, de toutes les disputes qu'ils avaient pu avoir dans le passé, profita d'une diversion pour attraper son parchemin si précieux sur le bureau et transplana à Durmstrang.

-OoO-

"Arès !" lança Regulus, surpris.

Celui-ci s'écroula dans un fauteuil face à son père. Ça faisait si longtemps qu'il n'était pas retourné le voir… A ce moment là, rentrer chez lui avait été la solution la plus attirante.

"Salut" fit-il simplement, le souffle un peu court.

"Tu as une mine horrible, Black" fit remarquer Lennart. "On dirait que tu reviens d'un champ de bataille. Encore une fois."

Arès grogna, ce qui fit ricaner Lennart, qui devait avoir une idée lointaine de ce qui s'était passé.

"Scène de ménage ?" devina-t-il, le titillant. "Le Seigneur des Ténèbres n'a pas été gentil avec toi ?"

Et il réussit à faire sourire Arès.

Pendant longtemps, il avait fait croire à Lennart qu'il était "réveillé", qu'il était un dieu sur terre ou une bêtise du genre, utilisant ses connaissances glanées sur l'Aube Dorée pour le manipuler. Il était content que Lennart ait arrêté de jouer à ce jeu avec lui, car il fallait avouer que c'était une des rares personnes pour lesquelles Arès avait réellement de l'estime, et puis les piques qu'ils avaient l'habitude de se lancer lui avaient manqué.

Regulus pâlit considérablement. "Jonathan…"

"Oh, ne fait pas l'innocent ! Tu as bien vu comment ils se regardaient l'autre soir. Ils étaient prêts à se jeter l'un sur l'autre."

Arès leva un sourcil. Ainsi, ils l'avaient senti de l'extérieur, alors que lui en avait à peine conscience ?

"On parle du Seigneur des Ténèbres" protesta son père. Je refuse de penser qu'Arès lui a-"

"Pourtant c'est vrai" interrompit le jeune sorcier. Son intervention fut suivie d'un silence dramatique. Regulus semblait figé sur place, Lennart lui fit un sourire en coin qui voulait dire tu-vois-je-l'avais-bien-dit-que-ça-finirait-comme-ça. Arès alla se servir du thé, essayant d'oublier l'épisode désastreux qu'il venait de subir. Mais son professeur de Magie Noire n'allait pas le laisser s'en sortir comme cela.

"Alors, que s'est-il passé dans le pays merveilleux de Voldemort pour que tu nous reviennes si vite ?"

Arès l'ignora, sirotant lentement son thé. Ce qui sembla faire sortir son père de sa transe.

"Que s'est-il passé ?" insista-t-il sur un ton soucieux.

"L'habituel" grogna Arès. "Il a décidé de montrer qu'il a toujours raison, il a fait part de la façon dont fonctionne son esprit tordu et on a échangé quelques Impardonnables. L'habituel."

"Tu as été blessé ?" s'inquiéta Regulus.

"Non. Je te conseille de l'éviter tant que la situation n'est pas éclaircie. Il pourrait potentiellement vouloir te prendre en otage pour me faire du chantage, ou alors simplement se venger sur toi."

"Est-ce qu'il t'a fait mal ?"

Arès lança un regard exaspéré à son père. "Je suis en train de t'expliquer que c'est un connard fini qui planifie ma mort et tout ce que tu trouves à dire, c'est ça ?!"

Les yeux de Lennart se rétrécirent. "Développe."

"Cela ne te regarde pas" répliqua Arès, la voix pleine de venin.

"Oh que si."

La magie d'Arès lança un éclair argenté qui éblouit momentanément les deux autres sorciers. Il n'était pas d'humeur à en parler.

Lennart sembla arriver à saturation, lui aussi. "Quand tu auras fini de bouder" conclut-il en se levant. "Reviens me voir, je crois qu'on a pas mal de choses à discuter ensemble."

Arès renifla dédaigneusement, ne lui accordant pas plus d'attention.

"Calme-toi, Arès" exigea Regulus. "Ta colère ne sert à rien. Si tu veux arranger cette situation, fais quelque chose pour. Sinon," et là son regard se fit plus sérieux, "renonce tout à fait à voir Voldemort. Je ne suis pas sûr que s'allier à lui est un bon choix."

Il devait avouer que son père avait raison. Il ne servait à rien de ruminer sa colère. Pour essayer de se changer les idées, il s'investit dans les entraînements du Sol Niger. Les nouveaux membres, au nombre d'une bonne trentaine, avaient tous bien progressés. Ils étaient à un niveau bien supérieur au niveau d'études à Durmstrang, et ça voulait dire quelque chose, vu la hauteur des standards de l'école.

Les quelques membres de l'Elite qu'il avait laissé derrière, afin d'entraîner les plus jeunes, jouaient leur rôle à merveille. Nicasius semblait même développer une véritable vocation…

"Il est devenu vachement patient" fit remarquer Gunhild.

"Il pourrait presque être papa, maintenant" renchérit Anvald. Ludwig lui donna une tape sur la tête. "Ouch ! Oh, Brunner, tu es trop méchant avec un pauvre petit simplet comme moi !"

"Tu devrais avoir assez de matière grise pour savoir que le taper ne changera rien" fit remarquer Arès, amusé par les singeries habituelles de ses amis.

"Rien ne changera notre bon vieux Anvald ! Pas vrai mon chouchou ?" ronronna Gunhild en lui frottant le crâne. Anvald ferma les yeux et plongea le visage dans la poitrine de sa petite amie.

Ludwig leva les yeux au ciel. "Irrécupérables…"

Arès éclata de rire.

"C'est un peu dégradant de se dire que ce sont nos amis…" continua Lyra, qui venait d'arriver à leurs côtés.

Arès leva un sourcil dans sa direction. "Ne fais pas l'innocente, Lyra, je t'ai bien vu danser, et même plus, avec un certain Dr-"

Elle le fusilla du regard et lui lança un poignard. Arès l'esquiva de justesse mais le petit couteau de combat continua sa course et vint se loger dans un pan de bois, passant à toute vitesse dans les quelques centimètres qui séparaient à ce moment précis Gunhild et Anvald.

"Mec" fit Anvald, soudainement tout pâle. "Rappelle-moi de ne jamais mettre en colère cette fille-là."

Et, plus loin, imperturbable, Nicasius reprit les deux élèves du Sol Niger qui avaient préféré regarder l'échange plutôt que de prêter attention à ce qu'il disait.

-OoO-

Le bureau de Lennart n'avait pas changé depuis l'année précédente. Arès s'assit dans son fauteuil habituel, face à son professeur. Il était temps qu'il ait quelques explications.

"Qu'est-ce vous faisiez chez Voldemort ?" demanda-t-il en préambule.

"Je voulais juste faire connaissance."

"Ne vous moquez pas de moi, vieil homme !" fit Arès. "Je suis sûr que vous étiez là pour me surveiller."

Lennart ne semblait pas ravi, mais lui répondit quand même. "Oui. Après tout, c'est mon rôle."

"Vous devez attendre que je me rappelle de tous mes souvenirs, ou quelque chose de ce genre-là ?" devina Arès.

"Quelque chose de ce genre-là" approuva-t-il négligemment.

"Et qu'est-ce qui se passera à ce moment-là ?"

"A toi de me le dire" grommela Lennart. "C'est toi qui est censé t'en rappeler."

"Et les autres membres de l'Aube Dorée ? Ils n'en savent pas plus ?"

"Je suis un de ceux qui en savent le plus" expliqua Lennart.

Arès, pensif, s'appuya contre le dossier de sa chaise. Le puzzle géant qui occupait son esprit ces derniers mois semblait interminable. Chaque réponse à ses questions provoquait une foule de nouvelles questions, si bien que maintenant, il n'osait plus trop y songer, se demandant l'utilité d'une histoire mythologique dans la guerre qui allait se dérouler.

Mais pourquoi dans ses rêves tout était de plus en plus précis ?

"Je sais maintenant quel est le but de l'organisation" déclara Arès. "Enfin, je crois savoir."

"Et qu'en penses-tu ?"

"Je suis partagé. Je ne vois pas l'intérêt, réellement, et surtout, j'ai du mal à comprendre ce qu'il veut vraiment entendre par l'Aube Dorée. Et je ne vois pas comment réaliser ce but."

"Je ne peux pas t'expliquer tout ça, malheureusement" commença Lennart. "J'ai pour consigne de te laisser te souvenir toi-même, et si c'est réellement un autre toi qui a donné ces consignes dans le passé, je ne préfère pas les ignorer, en passant outre de la réaction de l'organisation en apprenant ce que j'aurai fait. Je pense que d'une manière ou d'une autre tu souhaitais retrouver tous tes souvenirs tout seul ; en tout cas il doit y avoir une raison là-dessous, et jusqu'à présent toutes les consignes qui ont été respectées ont eu les conséquences décrites. C'est planifié de façon très précise, c'est pourquoi je ne suis pas libre de tout dire."

"Il y a quand même quelque chose dont j'ai peur" dit Arès après un temps de pause. "Je crois, enfin, j'en suis presque sûr, que beaucoup de monde est manipulé par les dieux en ce moment, je veux dire, de façon inhabituelle ; un peu comme l'épisode avec Gilgamesh et Enkidu où les divinités des deux côtés les avaient manipulés. Ils les avaient dressés l'un contre l'autre pour que le but d'Hylil ne soit pas réalisé. Et même si je ne sais pas ce que représente l'Aube Dorée, ça a l'air d'être très important, même si les autres dieux ne semblent pas être d'accord avec Hylil. Alors je me demandais si ce qui se passait en ce moment avec Voldemort et Dumbledore était normal. Ça se trouve, ils sont manipulés chacun par des divinités." Et Arès le pensait vraiment. Il se demandait si ça jouait dans sa relation avec Voldemort. "Et ça expliquerait pourquoi tout a déraillé au Ministère français. Les rêves m'ont été envoyés par des divinités ; d'autres rêves du même genre ont été envoyés à Voldemort et Dumbledore et c'est pour ça que c'était devenu un vrai champ de bataille."

Lennart considéra longuement cette hypothèse. "Pourquoi pas, c'est vrai que ça semble probable. Mais dans ce cas, qu'est-ce qui nous prouve que nous ne sommes pas manipulés nous aussi ? Rien du tout. Je pense qu'il faut mieux essayer d'agir au mieux sans se préoccuper de cela, sinon nous n'oserons rien faire, de peur de le faire à cause d'une influence extérieure."

"Mais on devrait le savoir, non ?" supputa Arès. "On devrait savoir quand les dieux nous manipulent, on devrait le reconnaître… Après tout, Gilgamesh et Enkidu ont tous les deux agi de façon très différente de leur habitude en se provoquant en duel à mort ; ils étaient amis, non ?"

"C'est ce que l'histoire raconte, en effet" soupira Lennart. "Ça correspond à des récits que m'ont fait d'autres Néphilims. Mais après, comment démêler le vrai de ce qu'ils auraient pu exagérer pour donner envie de se rallier à leur côté ?"

Arès inspira brusquement. "Tu as vu des Néphilims ?!"

"Bien sûr" avoua Lennart. "Ils choisissent les membres de l'Aube Dorée en leur apparaissant, parfois en rêve, d'autres fois en vrai. Ils leur révèlent plusieurs choses qui font qu'on se range de leur côté. Je suis toujours d'accord avec eux, mais je me demande si je n'ai quand même pas été un peu manipulé pour agir dans leur intérêt. Enfin, il faut accepter cela, si on veut qu'ils parviennent à leur but."

"Donc tu en sais plus que moi" conclut Arès. "Tu ne peux pas m'en dire plus, c'est tout."

"Je n'en sais pas beaucoup plus. Juste ce qu'il faut pour savoir que j'ai fait le bon choix, et je ne le regrette pas un instant."

A ce moment, quelqu'un frappa à la porte. Trois coups secs, suivis de deux coups longs. Lennart agita sa baguette et des sortilèges de protection qu'Arès n'avait pas remarqués se levèrent, permettant à la personne d'entrer.

C'était le professeur Møller. Le professeur de métamorphose était un homme qu'Arès n'avait jamais particulièrement apprécié, ayant beaucoup de mauvaises expériences avec lui dans ses premières années d'études. En effet, c'était le professeur qui s'était le plus acharné sur lui quand sa magie était bloquée, et c'était grâce à lui, indirectement, qu'il avait compris comment utiliser sa baguette. Il savait peu de choses sur l'homme à la large mâchoire et à l'air agressif, à part qu'il faisait aussi partie de l'Ordre de l'Aube Dorée et qu'il couvrait Arès et le Sol Niger. Ils n'avaient jamais parlés auparavant.

C'est pourquoi quand il entra dans la pièce Arès se tendit, ses yeux ne le quittant pas.

"Qu'est-ce qu'il y a, Konrad ?" demanda Lennart à l'égard de son collègue.

Møller désigna Arès du regard. Lennart hocha négativement la tête et son collègue sembla se détendre.

"J'ai reçu une notification pour une réunion exceptionnelle" annonça Møller. "Pas toi ?"

"Je n'ai pas encore regardé" avoua Lennart. "C'est quand ?"

"Le dix janvier, minuit, à la première salle."

Arès fronça les sourcils. Lennart lui jeta un regard en coin pour qu'il se taise. "C'est une convocation qui vient d'en haut ?" demanda-t-il à Møller.

"Oui. Réunion exceptionnelle, tout le monde sera là, il y aura aussi quelques invités surprise apparemment."

Lennart acquiesça de la tête. "Merci. J'y serai."

Le professeur de Métamorphose se retira après avoir salué poliment Arès (mais de façon très neutre).

"Alors, vous allez peut être avoir plus de réponses" suggéra Arès.

"Je ne pourrai sûrement rien dire."

"Et si vous pouvez me dire quelque chose ?"

"On repasse au vouvoiement, Black ?" le taquina Lennart.

"Alors ?"

"On verra."

Enfin, enfin, depuis des années, il obtenait un peu plus de réponses. Et il arrivait même à formuler des hypothèses qui expliqueraient de nombreux mystères si elles se révélaient vraies ; après tout, les dieux pouvaient très bien tous les manipuler, c'était même très probable… Dans tous les cas, Lennart avait raison : tant qu'ils n'en savaient pas plus, ils devaient faire comme si.

C'est donc un peu plus stable qu'il se prépara à retourner à Poudlard pour la rentrée de janvier. Voldemort était relégué au second plan de ses préoccupations, derrière les questions divines et l'entraînement du Sol Niger. Et dans ce nouvel état d'esprit, il ne lui restait plus qu'une chose à faire.

-OoO-

Arès laissa tomber son sac dans 'sa' clairière. En quelques sorts, il créa des enchantements puissants qui empêcheraient quiconque de s'approcher ou même de sentir ce qu'il s'y passerait. Il tira de son fourreau Tyrfing, son épée magique et la posa sur le rocher plat au centre de l'étendue d'herbe. Il sortit de son sac Ginevra Weasley, endormie et rapetissée à la taille d'une souris, magicalement. En deux sorts, elle était revenue à sa taille initiale et attachée au rocher par des langues de pierre. Puis il sortit son carnet, celui sur lequel il avait recopié toutes ses notes sur les Horcruxes.

Enlever la jeune Weasley avait été un jeu d'enfant. Elle était restée à Poudlard avec ses frères pendant les vacances. Tout ce qu'il avait eu à faire était d'attendre qu'elle soit seule pour la nuit dans son dortoir. Il avait alors volé avec son balai jusqu'à la fenêtre, était entré dans la pièce et était ressorti à peine une minute plus tard, sans avoir fait aucun bruit, avec Ginevra stupéfixée dans sa poche. Ça en était affligeant. N'importe qui étant accepté dans le château pouvait enlever ou tuer quelqu'un… Dumbledore était vraiment trop confiant en l'espèce humaine.

Il avait déjà fait les premières démarches de la création d'un horcruxe. Il s'était passé les mains sous du sang de Licorne la nuit précédente ; d'ailleurs il l'avait payé très cher. Mais on trouvait vraiment tout dans le village d'Ankomst, à quelques kilomètres de Durmstrang. Il ne lui restait plus que le sacrifice à faire, et les formules à réciter.

Il leva sa baguette composée d'une plume de phœnix et d'une plume d'Occamy. Ginny Weasley ne se réveillerait pas. Arès n'était pas fou. Il ne voulait pas qu'on se demande ce qui lui était arrivé.

"Dilato cerebrum !" lança-t-il à la silhouette figée dans son sommeil. Un jet de lumière rouge partit de sa baguette et vint entourer la tête de la rousse, jurant affreusement avec la couleur de ses cheveux.

Quelques minutes plus tard, Ginevra Weasley décéda d'une rupture d'anévrisme. Dès qu'il eut confirmation de sa mort, Arès la rétrécit à nouveau et la ramena à Poudlard, transplanant à proximité de Hogsmeade puis volant avec son balai jusqu'à la fenêtre du dortoir de la Gryffondor. En tout, ils avaient été absents qu'une petite demi-heure. C'était presque trop facile.

Ce sort, très pratique, avait beaucoup d'utilités médicales. Arès était très content d'être cultivé en Médicomagie, ça permettait de trouver quelques perles de ce genre. Quasi-inutile en bataille par la longueur de sa réalisation, ce charme permettait de donner la mort d'une façon complètement indétectable. Tellement de gens trouvaient la mort de cette façon qu'on ne soupçonnerait pas un instant la thèse de l'homicide, surtout en la découvrant, comme paisiblement endormie, dans son lit. Il referma la fenêtre après avoir sauté sur son balai. Puis il effaça sa signature magique d'un geste de la main. D'un dernier geste du poignet, il supprima à nouveau toutes ses traces, y compris magiques, et s'enfuit dans la nuit.

De retour dans la caverne, il se mit au travail. Il lui restait encore plusieurs heures propices à la séparation de son âme en deux morceaux, il avait amené le futur contenant – son épée, car elle était toujours sur lui, et il avait lu que les horcruxes faisaient d'excellentes armes avec leur propriétaire. Il commença à chanter ses formules latines.

"non interrire animas, me corpore meam animam diffindo -"

Cependant il ne put pas aller plus loin car à ce moment son crâne fut déchiré en deux et il hurla de douleur. Ce n'était pas censé faire cela, paniqua-t-il. Sa vision se troubla et il sombra dans un noir opaque et silencieux.

A ce moment la douleur disparut aussi soudainement qu'elle était apparue. Remplissant tout l'espace il n'y avait que ce noir béant. Il ouvrit les yeux mais au lieu de voir sa clairière, il voyait maintenant son corps, comme de loin. Et aussi… Voldemort.

Ils étaient allongés dans le noir mais leurs corps émettaient une douce lumière. Celle d'Arès était d'un gris clair ; celle de Voldemort gris foncé avec une teinte verdâtre. Leurs peaux, même, leurs corps étaient translucides, si bien qu'Arès, en se penchant, voyait le moindre de ses os et de ses organes en transparence.

Ce qui attira son attention fut le grand globe rouge situé près de son cœur, légèrement plus au centre de son thorax, pulsant d'énergie et vibrant. Il tendit la main vers elle et il se sentit parcouru par une vague sensation de bonheur. C'était très agréable. Il ferma les yeux et respira un grand coup. Ce globe était son âme. Il le savait intuitivement.

Il l'observa de plus près. Le globe semblait comme distendu. Il jaugea à vue d'œil qu'il ne s'agissait d'une couche de lumière rouge, que le globe n'était pas plein. Vers le haut de la surface mouvante il y avait une petite tâche vert sombre.

Il regarda alors l'âme de Voldemort, qui elle était grosse comme une noix et d'un vert sombre. Elle semblait beaucoup plus dense que celle d'Arès – peut-être parce qu'elle était beaucoup plus petite, songea-t-il. Il lui semblait évident que la tâche verte sur son âme à lui était l'horcruxe, comme c'était de la même couleur…

Et là, sur l'âme de Voldemort, visible de très loin, il y avait comme une cerise d'un rouge vif. Un très léger fil vert reliait Voldemort à son horcruxe dans le corps d'Arès. Et là, cette petite cerise était reliée à l'âme d'Arès.

Il avait déjà un horcruxe, et ce horcruxe était Lord Voldemort.

-OoO-

Inutile de dire qu'Arès abandonna toute idée de créer un Horcruxe. Il en avait déjà une, c'était bien suffisant. Il ne tenait pas à charcuter son âme comme Voldemort. En tout cas, sous ce nouvel éclairage, les prophéties avaient pris tout leur sens aux yeux d'Arès. "Ils ne peuvent mourir de la main de l'autre car tant que l'un d'eux survit, l'autre est invincible"… "et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit"… En fait, ce n'était pas du tout antithétique. L'un était à la fois l'assurance vie de l'autre et en même temps la raison pour laquelle il ne pouvait pas 'vivre' normalement, car il était un horcruxe…

Pour la rentrée à Poudlard, il était donc dans un tout nouvel état d'esprit… Rassuré par son horcruxe. Décidé à en finir avec sa mission. En manque d'un certain Seigneur des Ténèbres…

"Tu es sûr que ça va, Arès ?" s'inquiéta Lyra, le premier midi.

"Hmmm" bougonna-t-il. Il écarquilla les yeux en se rendant compte qu'il venait juste d'avaler le rince doigts… et recracha aussitôt son contenu sur la table.

Aussitôt Gunhild et Anvald, qui l'observaient de près, se mirent à rire comme des hyènes.

"Oh, Anvald, c'est comme l'autre fois dans ce film Moldu…" observa Ludwig.

"Tous les 'films' sont Moldus" se moqua Malvina. Puis, se reprenant. "Quoi ? Vous avez fait voir des trucs Moldus à Ludwig ?!"

"Je ne sais même pas ce que c'est un film" protesta Draco.

Othman et Rosabella éclatèrent de rire à leur tour. Chloé se pencha vers Draco pour lui expliquer ce qu'était un film ; Lyra vira au rouge pivoine et se mit à arranger ses cheveux en parlant avec Senalda. Plus loin Gunhild et Anvald en pleuraient de rire. Et tout au bout de la table, Dimitri le fixait d'un air inquiet.

Le soir même, Arès bondit dans la cheminée du navire et fonça au château Serpentard. C'était décidé, il y passerait toutes ses nuits… quitte à utiliser le Retourneur de Temps si le besoin s'en faisait sentir. Il était temps de recoller les morceaux avec Voldemort.

-OoO-