Chapitre 25 : Après la tempête

Oui… Votre fiancée et ses sœurs. C'est grâce à elles que j'ai pu m'installer et travailler dans ce bar-restaurant.

Ha bon ? S'étonna-t-il.

Oui, sourit-elle énigmatique.

Pourriez-vous nous en dire plus ? Demanda Mitsuko bien curieuse.

...

— Cela ne m'étonne pas de la vieille chouette, soupira Hitomi.

— Pour moi c'est comme si c'était hier, mais cela remonte à quelques années maintenant. Je venais de quitter Tokyo où je n'étais plus la bienvenue et je suis arrivée ici. Mesdames Kisugi cherchaient une personne pour s'occuper de la gestion de ce bar-restaurant. Elles m'ont accueillie à bras ouverts.

— Vous voulez dire que cet établissement leur appartient ? S'étonna Mitsuko.

— Oui, affirma Tomoe mais se gardant de rajouter qu'il en était ainsi pour quelques autres établissements du village dont le dispensaire et les locaux du commissariat. Elles viennent me voir régulièrement pour faire le point sur la comptabilité et nous prévoyons ensemble les investissements à venir en cas de besoin.

— La fin du mois approchant j'en déduis qu'elles doivent bientôt venir vous voir, souligna Mitsuko.

— Seulement Madame Rui. Elles ne viennent jamais toutes les trois, c'est inutile, insista Tomoe de son côté, n'aimant pas le ton employé par l'étrangère.

— Bon, ce n'est pas si grave que cela, fit Hitomi.

— Quoi donc ? Demanda Rui en rentrant dans la chambre.

— Tomoe vient de raconter brièvement et très sommairement notre rencontre et sa prise de poste à Toshio et Mitsuko.

— Oups.

— C'est ce que je m'étais dis aussi, mais fort heureusement elle n'a rien dit de compromettant.

— Comment te sens-tu aujourd'hui ?

— Je me sens toujours autant fatiguée, quant à la douleur elle se fait moins forte mais elle est toujours présente… Et ta cheville ? Questionna Hitomi en retour.

— Bien mieux. Je n'ai plus besoin d'aide pour marcher et en parlant de cela… Te sens-tu capable de faire quelques pas ?

— Je veux bien essayer mais…

— Hitomi. La tempête de neige va finir en fin de matinée. Le commissaire du village va faire route par ici cet après-midi.

— Crois-tu qu'il retrouvera le chemin facilement ?

— Je ne pense pas, mais nous devons faire tout comme.

— Il va alors falloir faire disparaître la perfusion et ne bandage, grimaça Hitomi bien malgré elle.

— Effectivement, soupira Rui. Mais nous avons encore quelques heures devant nous, pas de précipitations. En attendant tu vas d'ores et déjà devoir faire quelques pas en t'aidant du perfuseur.

— Bien.

Il était près de midi lorsque la tempête montra enfin quelques signes de faiblesses.

— Enfin, soupira Mitsuko au moment où Tomoe passa à côté de leur table.

Plus le temps passait, plus elle avait envie de jouer un tour à cette étrangère pour lui changer les idées et la dérider.

— Madame, Messieurs, il est l'heure de déjeuner. Vous vous joindrez bien à nous dans la salle principale ?

— Bien sur, affirmèrent Toshio et le chef.

— Et notre visite chez nos amies ?

— Vous savez, le commissaire doit déjeuner lui aussi. Et si vous n'avalez rien votre teint si charmant va se flétrir, dit Tomoe souriante en lui faisant un clin d'œil après lui avoir délicatement caressé la joue.

Abasourdie, Mitsuko se sentit rougir tandis que la gérante s'éloigna.

— Inspectrice Asatani ? L'appelèrent le chef et Toshio pour la faire sortir de sa torpeur.

— Je… Que… Oui ?

— Est-ce que tout va bien ? Questionna le chef

— Oui, affirma-t-elle.

— Bien, alors allons dans l'autre salle, souligna Toshio.

— Que s'est-il donc passé ? Asatani avait l'air mal à l'aise, souligna Rui en arrivant au salon.

— Je ne sais pas, mais cela avait l'air plutôt amusant, rétorqua Ryô. Comment va Hitomi ? Demanda-t-il ensuite.

— Elle est encore fatiguée. Je lui ai fait faire quelques pas afin qu'elle se dégourdisse les jambes. Cela n'a pas été facile, mais elle y est parvenue. D'abord en prenant appui au perfuseur, puis à la fin sans.

— Il vaut mieux… Cet après midi au pire, ou au mieux demain, elle devra peut-être courir, fit-il remarquer.

Dans sa grotte Hashimoto n'arrêtait pas de grogner contre le mauvais temps. Le froid ne faisait que raviver les douleurs de ses différentes blessures, notamment les plus récentes.

— La garce va regretter de s'être opposée à mes envies et puis cette tempête qui n'en fini pas, grommela-t-il en regardant de nouveau vers l'extérieur.

Il nota alors que la tempête était finie.

— Depuis combien de temps ? Se questionna-t-il de vive voix.

Il regarda sa montre et sortit brièvement de son antre pour observer les environs.

— Je n'ai fait qu'aller tout droit, ce ne devrait pas être difficile de retourner au chalet de ces dames, sourit-il narquois.

Il retourna dans la grotte et récupéra la motoneige qu'il avait pensé à abriter. Une fois dehors, il fila droit devant lui…

Vers 13h30 la discussion au bar-restaurant de Tomoe se fit de nouveau intéressante.

— Bonjour, Commissaire.

— Bonjour, Tomoe.

— Vous venez pour votre promesse ?

— En effet.

— N'oubliez pas que j'ai besoin de mes motoneiges dans moins de trois heures. Il y a autant d'inscrits à la course que de motoneiges disponibles. J'ai déjà dû annuler hier à cause de la tempête, je ne voudrais pas avoir à la reporter sans cesse.

— Je vous rapporterez vos motoneiges en temps et en heure, appuya le commissaire.

— J'y compte bien.

— C'est bon pour nous ? Interrogea Ryô.

— Uniquement si le commissaire ne retrouve pas son chemin. Il n'aura pas beaucoup de temps devant lui, répondit Rui.

— Vous voyez, Madame, ce n'était pas la peine de vous en faire, ironisa Tomoe en s'adressant à la policière.

— En effet, rétorqua-t-elle en se levant.

— Allez, en route, lui dit ensuite la gérante en lui donnant une tape sur les fesses.

Mitsuko se raidit et s'attrapa le derrière en laissant échapper un cri de surprise.

— Qu'y-a-t-il Asatani ? Demanda le chef.

— Ri… Rien, bégaya-t-elle sentant tous les regards des clients se poser sur elle.

Elle s'éclipsa à toute allure, confuse.

— J'ai bien l'impression que Tomoe s'amuse aux dépends d'Asatani, fit remarquer Rui.

— Comme elle l'a fait avec moi, râla Ryô.

— Non. Avec toi elle était sincère, précisa l'aînée en le faisant blêmir. Je monte voir Hitomi pour l'aider à finir de se préparer, rejoins-nous d'ici une demi-heure.

— Bien, Madame.

Bien deux heures plus tard.

— Mais bon sang, où est ce foutu chalet ? Maugréa Hashimoto. Aurais-je roulé plus longtemps que je ne le pense ?

Soudain, il arrêta la motoneige, croyant avoir perçu un bruit lointain. Il se mit à l'affût et écouta plus attentivement. Il y avait d'autres motoneiges dans le secteur. Prudent, il attendit que les bruits s'éloignent pour redémarrer son véhicule et finalement rebrousser chemin.

— Je crains que nous ne tournions en rond, fit remarquer Toshio.

— Je le pense aussi, fit remarquer le chef.

— Tomoe va me passer un savon si je ne lui ramène pas les motoneiges en temps et en heure, souligna le commissaire avant de s'arrêter.

Il regarda autour de lui pour la énième fois, tout était pareil. Il lui était impossible de retrouver un quelconque point de repères qui aurait pu l'aider.

— Je suis désolé, inspecteurs, Nous allons devoir faire demi-tour, je ne retrouve pas mon chemin, soupira-t-il.

— Comment ? S'exclama Asatani

— Écoutez ma petite dame, j'ai promis à Tomoe qu'elle aurait ses motoneiges en temps voulu de plus je n'ai vraiment pas envie de nous perdre au milieu de nul part.

— Mais, commença-t-elle.

— Il est inutile d'insister, fit le commissaire faisant signe à ses hommes de faire demi-tour.

— Je crois que nous nous sommes affolés pour rien, souligna Hitomi en regardant l'heure.

— Peut-être, mais j'aurai préféré en avoir la confirmation, rétorqua Rui.

— Comment passez-vous les journées lorsque le temps n'est pas au beau fixe ? Demanda Ryô.

— Nous avons chacune nos occupations, commença Rui. Aï plancherai sans nul doute sur une nouvelle invention ; Hitomi serait en train d'écrire à son fiancé ou en train de lire un livre. Quant à moi je lirai très certainement… Sans oublier les diverses tâches ménagères.

— Et quand le temps est au beau fixe, nous profitons du domaine pour aller nous amuser autrement, rajouta Aï. Et toi ? Que ferais-tu dans ces conditions ?

— Aï, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de lui poser cette question, fit remarquer Hitomi.

— Pourquoi ? Fit-elle naïve.

— Tu devrais t'en douter, expliqua Rui.

— Je crois que tu ne préférerais pas savoir, argua Ryô avec un sourire béat.

— Non mais quel obsédé, dit la jeune sœur piqué avant de descendre au salon tandis que ses sœurs se mirent à rire de bon cœur.

— Tu aurais pu lui dire autre chose, Ryô, souligna Rui.

— On m'a apprit à ne pas mentir aux enfants, dit-il fièrement.

— Tu es incorrigible, dit Hitomi avant de grimacer prise d'une douleur soudaine.

— Vous revoilà, fit la voix joyeuse de Tomoe. Je commençai à me faire du souci, le départ est dans dix minutes, rajouta-t-elle pour le commissaire. Et bien ! Vous en faites une tête ma mignonne.

— Raaa … Arrêtez un peu râla Mitsuko avant de ressortir furieuse.

— Quelle mouche l'a piquée ? Demanda Tomoe surprise.

— Le commissaire a malheureusement été incapable de retrouver le chemin, expliqua Toshio.

— Vous savez inspecteurs, la dernière tempête de neige a recouvert le peu de repères que j'avais. Auparavant, je n'avais jamais coupé par les bois pour me rendre chez elles. Et à vrai dire, je n'ai jamais eu de raison d'aller leur rendre visite. C'est vraiment un pur hasard qui m'y a conduit hier. Après tout, je n'ai fait que suivre des traces. Sur ce, je retourne au bureau bonne course aux participants, Tomoe.

— Merci, sourit-elle.

Toshio et le chef gagnèrent une table tandis que Tomoe alla finir les derniers préparatifs de la course et de sonner son départ.

— Dites-moi, Chef, pourquoi vouloir y aller vous aussi ? Questionna Toshio osant poser la question qui lui trottait dans la tête depuis le 'Casus Belli'.

— Mon petit Utsumi… Comment réagiriez-vous si Asatani avait raison.

— Ah non ! Vous n'allez pas vous y mettre vous aussi, grommela-t-il.

— Doucement, ne nous emballons pas. Je pense comme vous cependant je dois reconnaître qu'Asatani pourrait avoir raison. Attention, j'ai dit pourrais… L'idée que votre fiancée et ses sœurs puissent être notre trio de voleuses me parait à la fois absurde, mais concrète. Par moment l'indice le plus probant est devant nous, là où nous ne le voyons pas.

— Je comprends ce que vous voulez dire, soupira Toshio. Mais je refuse de croire une telle ineptie.

— C'est qu'il est fou amoureux ton fiancé, fit remarquer Ryô.

— Nous sommes donc tranquilles jusqu'à demain, souligna Rui.

— Oui, soupira Hitomi.

— Ryô, pourrais-tu… commença Rui.

— Pas de soucis, je vais me mettre devant les fourneaux pour m'occuper un peu, ironisa-t-il.

— Tu sais cuisiner, toi ? Se moqua Hitomi

— Mais bien sûr. Je suis un vrai cordon bleu, se vanta-t-il fièrement avant de disparaître.

Rui s'occupa ensuite de remettre un bandage en place et proposa un antidouleur à sa sœur qu'elle voyait grimacer sans cesse et ne rien dire. Puis le temps passa. Lors du dîner les sœurs Kisugi purent découvrir le talent caché de Ryô et oublièrent momentanément le pourquoi de sa présence au chalet avec elles.

Néanmoins, à la fin du dîner la retransmission de la radio plomba de nouveau légèrement l'ambiance.