Milles grelots
Non, je ne suis pas morte. J'ai cru abandonner cette histoire et même l'écriture en général. Ca n'a pas été une année facile, et je ne savais plus très bien où j'en étais à plusieurs niveaux. Mais envers et contre tout, les aventures d'Hermione et de Draco continuaient à me trotter dans la tête quoique je fasse, et je refuse d'en être arrivée à 243 pages Word pour rien. Alors je me relance, je m'y remets, et je vais terminer cette histoire.
Un brand le bas de combat se fit entendre dans les pièces du bas alors que l'aurore traçait quelques lignes plus claires dans le ciel encore obscur. Harry se réveilla un sursaut et regarda autours de lui. Ron s'était également assis sur son lit, en alerte. Leurs yeux se croisèrent un instant, mais le garçon aux cheveux roux détourna les yeux. Des cris indistincts s'élevaient, des « pops » sonores signalant les Transplanages multiples se faisaient entendre.
« Que se passe-t-il ? », demanda Harry à haute voix. Mais son ami ne lui répondirent pas, déjà en chemin vers la source de toute cette agitation. Ils furent accueillis en bas de l'escalier par une Molly Weasley au bord de la surexcitation. Elle avait les joues aussi rouges que ses cheveux, et ses yeux s'écarquillaient d'une façon assez inquiétante.
« Maman ? », appela Ginny qui venait de surgir accompagnée d'Hermione, pas vraiment rassurée par les transformations connues par sa mère. Leurs cheveux ébouriffés et leurs chemises de nuit sur lesquelles elles s'étaient contentées de jeter à la vas vite une robe de chambre témoignaient de leur réveil intempestif.
Mme Weasley ne semblait pas s'apercevoir de la situation tendue. « Vous-Savez-Qui et les principaux Mangemorts ont été signalé aux Aurors, tous sont en train de se mettre en chemin ! Oh, mes enfants… » Elle saisit les mains de Ginny, qui se trouvait juste à côté d'elle, dans les siennes, et les serra très fort. L'adolescente fit la grimace. « Si Merlin le veut, toute cette histoire sera bientôt finie ! », finit-elle dans un souffle.
« Qui les a découverts ? », demanda curieusement Harry.
Leur hôtesse se pencha vers eux d'un air de conspirateur. « Apparemment, il s'agit de Narcissa Malefoy… La femme de Lucius. Elle voulait empêcher que son fils soit marqué ce soir… »
Hermione pâlit et émit un drôle de bruit étranglé, cherchant la rampe d'une main tremblante. Ses compagnons lui adressèrent un regard suspicieux. « Draco… », dit-elle dans un souffle. Les yeux de Ron et d'Harry s'étrécirent dangereusement tandis que Ginny la regardait d'un air de reproche. « Malefoy ! », se reprit-elle immédiatement. « Mais il a notre âge… Il est trop jeune ! »
Molly Weasley soupira. « Je sais bien… Mais apparemment, Vous-Savez-Qui est prêt à tout pour recruter de nouveaux adeptes. Quel que soit leur âge. Je ne serai pas surprise si les enfants d'autres Mangemorts notoires soient également marqués dans les jours qui suivent… s'il n'est pas arrêté ce soir, ce que nous espérons tous très fort ! »
« Il faut à tout prix que Malefoy ne soit pas marqué », dit soudain Ron. Tous les autres le regardèrent, décontenancés. Il rougit légèrement. « C'est lui qui a le pouvoir du feu », poursuivit-il, mal à l'aise, « s'il se retourne contre nous, comme Dumbledore nous l'a dit au début de l'année, ce sera une catastrophe. »
« Et bien, et bien », soupira Mme Wesley en serrant encore plus fort dans les siennes les mains de Ginny qui grinça des dents, « souhaitons que les Aurors arrivent avant que ce garçon ne soit marqué. Et qu'il n'ait pas envie d'être marqué… Et avec son père… »
« Je ne crois pas qu'il en ait tellement envie », glissa Hermione d'une petite voix. Mais personne ne lui prêta attention.
Bien sûr, il était hors de question que les jeunes gens retournent se coucher à présent. Ils s'assirent sur les bancs autours de la longue table de la salle à manger. Les lumières de noël clignotaient avec une régularité de métronome, illuminant la pièce une seconde de lumières multicolores avant que celle-ci ne retombe dans la semi obscurité. Mme Weasley s'activait par moment autours d'eux, prise d'une soudaine frénésie, les poussant à retourner se coucher, au moins à boire du thé, à aller chercher une couverture supplémentaire… Puis elle finissait par s'asseoir, prenait sa tête dans ses mains, et retombait dans un silence morne. Les adolescents ne disaient rien, chacun plongé dans ses pensées, ensemble et pourtant étrangement distants. L'aube grise avançait à pas lents, plongeant peu à peu la pièce dans laquelle ils se trouvaient dans un halo sinistre. Cette veille de noël s'annonçait sans conteste comme une journée morne.
Vers six heures du matin, les jumeaux surgirent. Leurs visages habituellement rieurs étaient marqués par l'inquiétude. Leur mère les saisit dans ses bras et les étreignit comme elle ne l'avait pas fait depuis des années, mais pourtant aucun des deux fanfarons ne se permit une réflexion mal placée. Aucun des deux ne semblait même en avoir envie. Ils s'assirent à leur tour, une tasse de thé à la main.
Lorsque les Aurors rentrèrent enfin, le jour était déjà levé depuis longtemps. Ils arrivèrent d'abord en groupe indistinct, disséminé, se frayant avec difficulté un chemin au travers de la neige épaisse. Sur le chemin qui menait dans vers la maison biscornue, ils ressemblaient à de petites fourmis grises. Mais les jeunes gens et leur hôtesse, qui s'étaient levés avec précipitation en les apercevant et collaient à présent leur nez à la fenêtre recouverte de fleurs de givre, voyaient bien qu'il y avait un problème qui n'était pas du à la neige. Ils avançaient trop lentement, courbés contre le vent qui sifflait. Molly Weasley ouvrit la porte malgré tout, interdisant aux adolescents de se précipiter à la rencontre des arrivants. Ils pouvaient très bien être poursuivis par des Mangemorts. De plus, leurs vêtements, ou plutôt leur absence de vêtements, était complètement inappropriée pour résister au froid glacial.
Arthur Weasley pénétra le premier dans la demeure. Sa femme se hâta vers lui, posant ses mains sur son visage et sur son corps comme pour s'assurer que son époux lui était revenu entier. Aux yeux d'Hermione, quelque chose clochait : jamais elle n'avait vu le père de son ami, son propre père à présent d'une certaine façon, aussi fatigué, aussi bouleversé et aussi sombre. Quelle que soient les épreuves qu'il avait eu à annoncer jusqu'alors, il avait toujours gardé dans ses yeux bleus cette lueur moqueuse qui n'était pas sans rappeler celle qui habitait dans les yeux des jumeaux.
« Tu vas bien ? Tu es sain et sauf ? », murmurait son épouse en se tordant les mains, avant de se reprendre sur un ton grondeur qui ne trompait personne : « quelle idée stupide d'avoir suivit les Aurors ! Tu aurais pu te faire tuer, Arthur Weasley ! »
Sans répondre à ces interjections, M. Weasley serra successivement contre lui ses enfants, incluant Harry et Hermione dans la foulée, avant de s'asseoir à son tour sur le banc. Entre temps, d'autres visages, connus et inconnus, venaient le rejoindre. Tous n'avaient pas eu autant de chance que leur hôte. Les bandages de fortune ensanglantés, les démarches boitillantes, les yeux hantés de visions que personne ne devraient jamais avoir à regarder n face étaient légion. Mme Weasley arrêta ses récriminations pour se charger des blessés, tandis qu'Hermione et Ginny se chargeaient du thé et de plats plus roboratifs. Enfin, les derniers Aurors passèrent la porte, et Hermione étouffa un cri, laissant tomber la théière qu'elle tenait et qui alla s'écraser contre le sol, éclaboussant Harry du liquide brûlant. Le professeur Lupin, plus gris que jamais, soutenait, ou plutôt portait Tonks qui s'accrochait à lui comme un poids mort.
La jeune femme, usuellement resplendissante, était complètement livide. Ses cheveux avaient prit une couleur inhabituelle d'un brun terne, ses lèvres incolores ne laissaient plus passer qu'un souffle de vie si faible que sa respiration ne soulevait plus sa poitrine. La seule tâche de couleur était l'affreux fleuve pourpre qui s'écoulait lentement le long de son coup, imbibant ses vêtements.
« Nous n'avons pas eu le temps de la soigner sur place », dit sombrement Lupin en déposant avec douceur son précieux fardeau sur un banc que ses compagnons avaient dégagé.
« Bien sûr, bien sûr… », répondit Mme Weasley d'un ton oppressé, ses yeux incapable de se détacher de la jeune femme qu'elle appréciait tant en dépit de son incontrôlable maladresse. « Il faut la transporter immédiatement à Ste Mangouste ! Son état est bien au dessus de mes capacités… »
« Non, c'est hors de question ! », rétorqua son époux en secouant la tête. « Toutes les voies d'accès sont surveillées par les Mangemorts, et l'hôpital n'est pas suffisamment sûr. Il faut l'emmener à Poudlard aussi vite que possible, Pompom saura quoi faire à son sujet. »
« Et le professeur Dumbledore ? », demanda soudain Harry qui cherchait des yeux le vieil homme auquel il tenait tant.
« Et Draco Malefoy ? », surenchérit Hermione dont le cœur se serra affreusement lorsqu'elle se rendit compte que son alter ego et tout récent petit ami ne faisait pas non plus parti du groupe d'Aurors qui venait de Transplaner.
« Plus tard… », répondit le père de la famille Weasley. « Pour le moment, il y a plus urgent à faire. Nous devons tous nous rendre Grimmaud Square en attendant que les choses se calment. Ce n'est certes pas l'endroit où j'aurais préféré passer noël, mais nous y serons plus en sécurité que dans cette maison. Le Terrier n'est pas conçu pour résister à une attaque de Mangemorts, et eux doivent bien se douter que nous sommes venus ici. Dépêchez vous ! »
En s'habillant chaudement pour se préparer à affronter le froid, Hermione ne pouvait empêcher ses mains de trembler. Mais cela n'avait rien à voir avec la température, non. De l'autre côté de la pièce qu'elles partageaient, Ginny la regardait d'un air inquiet. Etait-ce possible que tout soit déjà fini ? Que cette petite fleur, que ces quelques moments qu'ils avaient partagé et dans lesquels elle avait voulu voir tant de promesses soient voués à ne pas avoir de lendemain ? Peut-être qu'il était marqué. Peut-être que son père l'avait entraîné malgré lui sur une pente qui ne manquerait pas de les conduire tous les deux à leur perte. Peut-être qu'il était mort. Pour la première fois, elle tenta de se préparer au possible. Imaginer les paupières bistrées de Draco fermées à jamais sur ses yeux gris. Les lèvres qu'elle avait trop aimé embrassées ayant perdu toute leur couleur. Le corps qu'elle avait serré dans ses bras, qu'elle avait laissé prendre possession du sien plus qu'aucun autre, reposant, rigide et froid, au fond d'une tombe où il se décomposerait à jamais… le souffle lui manqua, ses genoux flanchèrent et elle du s'asseoir pour ne pas tomber.
Son amie s'approcha d'elle et, sans mot dire, passa un bras réconfortant autours de ses épaules. « J'ai peur », confessa-t-elle dans un murmure.
« Je sais », répondit doucement Ginny. « Mais ne t'inquiète pas, tout va bien se passer… »
« C'est vrai ? », demanda-t-elle d'un ton plein d'espoir. « Tu en es sûre ? »
Un pli amer se forma sur les lèvre pleines de sa compagne. « Non, je n'en suis pas sûre, Hermione. Mais c'est ce qu'on dit dans ces cas-là. Je ne suis même pas sûre de vouloir que tout aille bien si tu t'inquiètes pour la raison à laquelle je pense. Mais il faut te faire à l'idée que nous ne pouvons rien faire… Enfin, il y a des choses que l'on peut faire, mais il y en a d'autres qui suivent leur cours et contre lesquelles on est complètement démunis. Et nous sommes en guerre, vraiment, ce n'est pas un jeu ! » Les larmes montèrent aux yeux d'Hermione, et l'adolescente se reprit avec un air contrit. « Je suis désolée, je ne voulais pas dire ça… Mais j'ai peur aussi, tellement peur que quelque chose arrive à Harry… ou à mes frères… ou à mes parents… »
« Moi aussi », conclut Hermione en se reprenant, chassant d'un revers de la main les gouttes d'eau obstinées. « Et je me fais du soucis pour rien. Malefoy n'est pas Harry, ou Ron… Je ne devrais pas me laisser autant aller pour lui. »
Ginny hocha la tête en silence, mais la Gryffondor voyait bien que son amie n'était pas crédule, et qu'il y avait plus, dans les inquiétudes d'Hermione, qu'une simple appréhension pour le destin d'un camarade de classe. Mais que pouvait-elle y faire ? Elle était incapable de jouer la comédie en permanence. Et Harry et Ron la connaissaient trop bien pour se laisser prendre à ce jeu, et ils n'accepteraient jamais ses sentiments, ou quoique ce soit, à l'égard de leur ennemi ancestral. Leurs séances de magie élémentaire sous la direction de McGonagall ne pouvaient effacer une inimitié si profonde et si ancienne. Pour eux, aller à Poudlard allait de pair avec haïr Malefoy, depuis le premier jour où, tout gamins encore, ils s'étaient déclaré la guerre. Autant préparer dès à présent une excuse valable pour le cas où ses deux frères viendraient remarquer ses yeux rougis.
Traînant sa valise, elle descendit les marches. Les autres étaient déjà en bas, attendant anxieusement. Les Aurors avaient été soignés et regardaient à présent autours d'eux avec anxiété, leur baguette dégainée, prêts à agir à la moindre alerte. Avec Ron, Harry et Ginny, elle saisit la vieille casserole qui avait à la va-vite été ensorcelée pour servir de Portoloin tandis que les autres transplanaient. Lorsqu'ils arrivèrent à destination, l'ancienne demeure des Black grouillait déjà d'activité, de quelques blessés légers, et de nouveaux arrivants ne cessaient de faire leur apparition. Le cœur battant, Hermione ne cessait de regarder autour d'elle, haussée sur la pointe des pieds pour tenter de découvrir le visage familier de Draco. Mais, nulle part, il n'était en vue. Tonks avait été transportée à l'infirmerie de Poudlard comme prévu, et Lupin l'avait accompagnée.
Au final, les quatre adolescents se retrouvaient seuls et désoeuvrés, sans que personne ne sembla leur porter la moindre attention. L'effervescence qui régnait autours d'eux ne les atteignait pas.
« Joyeux Noël… », dit maussadement Ron en regardant avec rancœur les murs sombres et humides. Les efforts que Mme Weasley avait fait pour rendre la sordide demeure un peu plus accueillante se perdaient dans l'ensemble lugubre. Hermione regrettait déjà le Terrier, ses petites pièces surchargées et chaleureuses. Avec l'aide des deux garçons, les jeunes filles montèrent leurs valises jusqu'à leur chambre, puis elles déballèrent une fois de plus leurs affaires, avant de s'asseoir sur leurs lits respectifs, tentant en vain de lire un livre. Puis ce fut l'attente. Longue, douloureuse. Brisée en sursaut chaque fois qu'un nouveau Transplanage avait lieu. La rouge et or descendait alors les escaliers tordus en manquant de se briser le cou, pour des espoirs toujours déçus.
Des brides d'informations, parfois contradictoires, jamais vérifiées leur parvenaient aux oreilles. Les jeunes gens ne cessaient de faire des allez-retour entre leurs chambres respectives pour s'échanger les dernières nouvelles que voulaient bien leur donner les Aurors qui venaient d'arriver. Une seule chose était sûre au final : Voldemort avait réussi à s'enfuir. Pour le reste, ils étaient dans le vague : des Mangemorts avaient été capturés, dont certains s'étant échappé d'Azkhaban, mais on ignorait leurs noms. Draco avait-il été marqué ou non ? En tout cas, il avait été vu sur le champ de bataille. Quant à Dumbledore, il semblait s'être littéralement évaporé dans l'atmosphère.
Ce n'est que vers la fin du jour, alors qu'elle n'y croyait pour ainsi dire plus, que Dumbledore surgit au milieu de la salle à manger où Molly Weasley dirigeait d'une main de maître le concert de louches et de casseroles. A ses côtés, pâles et visiblement épuisés, se tenant par la main, il y avait Draco et Narcissa Malefoy.
« Nous avons réussi à perdre nos poursuivants… », laissa sombrement tomber le directeur de Poudlard à l'adresse de ses deux accompagnateurs en s'asseyant pesamment sur un fauteuil inconfortable. « Nous sommes tranquille pour le moment… »
Le cœur d'Hermione manqua un battement. Elle se tenait sur le pas de la porte, une pile d'assiettes entre les mains. C'était lui. Enfin, il était là. Impossible de vérifier s'il avait été marqué ou pas, impossible même simplement, de l'approcher, lui parler, le serrer dans ses bras. Plus elle regardait ce visage aux traits tirés, la marque bleutée de ses cernes qui ressortait avec tant d'acuité sur sa peau claire, plus elle avait envie de crier, de jeter à terre les assiettes, et de l'entraîner dans une pièce où ils seraient seuls, enfin seuls, et où elle pourrait lui dire qu'elle était là, pour lui, quoiqu'il se passe. Elle s'appuya sur le mur et respira profondément. Au moins, il était vivant. Il était là.
Pourtant, il n'avait pas l'air de remarquer sa présence. Il tenait fermement la main de sa mère dans la sienne, refusant de la lâcher alors même qu'ils étaient à présent en sécurité. Pourquoi ne la lâchait-il pas ? Pourquoi ne disait-il rien ? Pourquoi ne lui adressait-il pas, au moins, un signe de reconnaissance ? Quelque chose n'allait pas. Impossible de trouver dans le visage de cet adolescent aux abois l'arrogance et la morgue du Prince des Serpentards. A plusieurs reprises, Hermione l'avait vu se transformer pour ressembler terriblement à son père. Aujourd'hui, il lui semblait affreusement jeune et démuni, indifférent au reste du monde. Molly Weasley s'activait autours des nouveaux arrivants avec une frénésie nouvelle, remplissant des tasses de bouillon de viande chaud, les plaçant de force dans leurs mains, les poussant à boire avant qu'il ne refroidisse, mais pas trop vite quand même pour qu'ils ne se brûlent pas…
C'était plus qu'Hermione ne pouvait en supporter. Elle avait envie de hurler, sans même savoir pourquoi. Elle regarda la mère de Draco en face pour la première fois. Visiblement, c'était elle qui était à la cause de ce changement. Tout d'abord, elle était belle. Même fatiguée, inquiète et décoiffée, elle gardait cette grâce aristocratique que rien ne semblait pouvoir déparer. Elle semblait incroyablement jeune et fragile. Draco, à ses côtés, la dépassait d'une bonne tête. Si elle n'avait pas sut qui était la femme blonde, elle aurait cru qu'elle était, non pas sa mère, mais une sœur plus âgée. Pourtant, en dépit de cette beauté, de cette grâce, de cette fragilité, la Gryffondor ne pouvait s'empêcher d'éprouver à l'égard de la mère de son ami une méfiance incontrôlable. Jamais personne n'aurait pu croire que cette reine des soirées mondaines s'apprêtait à trahir époux et amis sans l'ombre d'un remord. Elle obéissait à des forces qu'elle seule pouvait comprendre, et, jamais, à aucun moment, Hermione ne lui aurait fait confiance. La mère de Draco lui rendit regard pour regard, gardant fixé sur elle ses yeux d'un bleu parfaitement pur. Elle rougit en réalisant qu'elle la dévisageait ouvertement, et détourna la tête.
Alors qu'elle était plongée dans ses pensées, Harry et Ron firent leur entrée, accompagnés de Charlie, le frère aîné de ce dernier, vêtu d'une combinaison de cuir de dragon. Apercevant leur éternel ennemi, les deux adolescents émirent un grincement de mauvais aloi.
« Ron ! Harry ! Montrez un minimum de politesse ! », les reprit immédiatement Mme Weasley, la colère obscurcissant ses yeux bleus.
« Mais ! Maman ! Que fait-il ici ? », exigea de savoir Ron, sans quitter le Serpentard des eu une seconde, comme s'il craignait que celui-ci ne s'apprête à lui jouer un mauvais tour. « C'est un Mangemort ! »
« Je n'ai pas été marqué, si c'est ce que tu veux savoir », rétorqua l'accusé, sortant pour la première fois de sa torpeur depuis qu'il était arrivé. En disant ces mots, il regarda Hermione droit dans les yeux.
Cette dernière sentit sa bouche se tordre dans un sourire incertain, moitié de reconnaissance, moitié de soulagement. Avec lenteur, elle déposa les assiettes qu'elle tenait toujours dans ses mains sur la table, en profitant pour se rapprocher du jeune homme.
« Ron, montre à Draco et à Mme Malefoy leur chambre », ordonna Mme Weasley, « ils resteront ici en attendant que l'Ordre du Phénix trouve un abri sûr. Et bien sûr, ils passeront noël avec nous, cela va sans dire… » Après un instant de réflexion, elle ajouta : « La chambre aux rideaux rouges est propre, je l'ai récurée complètement l'été dernier. Il y a beaucoup de poussière, certainement, mais tous les immondices ont disparu. Elle est… »
« Au deuxième étage, je sais », intervint soudain Narcissa Malefoy, parlant pour la première fois depuis leur arrivée. « Je suis souvent venue ici, étant enfant, et, apparemment, rien n'a changé. » Elle avait une voix douce, chantante, presque celle d'une Vélane.
Mme Weasley la regarda avec surprise, semblant réaliser soudain qui Narcissa Malefoy était réellement, la cousine de Sirius, la sœur de Bellatrix, un membre à part entière de la famille Black. Que Sirius ait choisit de léguer cette maison à Harry ne changeait rien aux souvenirs que la femme aux allures d'adolescentes pouvait avoir de cette maison. « Bien sûr, bien sûr… », marmonna-t-elle, soudain troublée d'agir avec tant d'autorité, se sentant l'âme d'une usurpatrice.
Ron rongea son frein, ses oreilles rougies témoignant de la colère qui l'envahissait, et commença à monter les escaliers. Ramenant autours d'elle sa longue robe d'un bleu chatoyant, Narcissa le suivit avec son port de reine. Draco fut le dernier à monter, jetant un regard indescriptible à Hermione par-dessus son épaule. Cette dernière hésita un moment à les suivre, mais se reprit. C'était trop tôt. Ron et Harry ne pouvaient pas, ne devaient pas savoir ce qui liait les deux préfets. Ils ne pourraient jamais l'accepter, et Hermione tenait trop à ses deux amis pour sacrifier les liens qui les unissait à une quelconque passade. Enfin, peut-être pas une passade, mais il était encore trop tôt pour dire de quoi il en retournait exactement. Elle se contenta de monter dans sa chambre, attendant que le bruit des pas de Ron lui signale que celui-ci s'éloignait pour voir Draco. Celui-ci ne s'éternisa d'ailleurs pas plus longtemps que nécessaire en compagnie des deux Malefoy.
Doucement, elle toqua à la porte fermée. Son cœur battait si vite qu'elle se demandait si elle n'allait pas faire une crise cardiaque. « Oui ? », répondit une voix féminine à l'intérieur. Ainsi, la mère de Draco était avec lui. Effectivement, c'est quelque chose qu'elle aurait pu prévoir, mais, toute à son attente de voir son nouveau petit ami, elle n'y avait guère prêté attention jusque là. Elle ouvrit la porte timidement.
« Excusez-moi, je voudrai parler à Draco un moment, s'il vous plaît », dit-elle aussi poliment qu'elle pu.
« Entre, que je puisse te voir », répondit la voix autoritaire.
Combattant son appréhension, elle obéit. Narcissa était à l'intérieur, lumineuse dans le grand fauteuil de bois noir. Draco était debout derrière elle, peignant les longs cheveux soyeux. La gorge de la visiteuse s'étrangla. Elle n'était pas de taille à lutter contre la beauté triomphante de celle qui lui faisait face. Pourtant, Draco lui adressa un sourire encourageant par-dessus l'épaule de sa mère. Elle ferma précautionneusement la porte derrière elle, mal à l'aise, impatiente de le savoir à la fois si proche et si lointain, hésitant presque à adresser une révérence à la maîtresse des lieux.
« Tu t'appelles Hermione, n'est-ce pas ? », dit Narcissa paisiblement, indifférente au malaise de la jeune fille.
« Oui, madame », répondit-elle formellement à son interlocutrice.
« Tu n'es pas une des Weasley, de toute évidence », remarqua l'autre.
« Non, je suis une amie de Ron et de Ginny. Mes parents sont Moldus ! », laissa tomber Hermione, attendant la réponse de son interlocutrice.
« Oh, je vois… », répondit celle-ci en faisant une moue difficile à décrypter. De toute évidence, cette nouvelle n'était pas vraiment pour lui plaire, mais en contrepartie, elle n'était pas devenue folle de rage non plus. En revanche, les yeux si clairs de Draco s'étaient obscurcis de telle façon qu'il n'était pas difficile de deviner que la révélation d'Hermione ne lui faisait pas vraiment plaisir. « Bien, tu peux te retirer. Draco, mon âme, je t'attends ici. »
Il s'inclina légèrement devant sa mère avant de s'éloigner en compagnie d'Hermione. Les deux adolescents marchèrent côte à côte un moment, chacun hésitant à briser le silence, chacun cherchant un coin où ils seraient à l'abri des oreilles et des regards. Un couloir obscur attira l'attention de Draco. Sans mot dire, il poussa Hermione sans douceur dans cette direction, si brusquement que celle-ci étouffa un léger cri de protestation avant de comprendre ce qui se passait dans l'esprit du jeune homme. Sa tête heurta le mur sombre lorsqu'il prit enfin possession de ses lèvres et de sa bouche, ses bras autours d'elle dans une position inconfortable pour tous les deux. C'était douloureux, c'était violent, c'était presque animal. Mais ce premier élan était tout ce qui importait pour le moment. Ils avaient eu peur tous les deux, avaient craint de s'être perdus, et dans cette étreinte, chacun cherchait à s'assurer de son pouvoir toujours présent sur le corps de l'autre. Ils étaient vivants, intacts, et ensemble.
A bout de souffle, ils se séparèrent à regret, reprenant lentement leur respiration sans quitter pour autant la chaleur qui se dégageait du corps de l'autre. « Que s'est-il passé ? », murmura enfin Hermione en assurant une prise plus confortable sur le corps de son amant.
Quelque chose changea en lui. Une distance, un éloignement nouveau apparurent. « Rien que nous n'aurions pour prévoir. Mon père était au Manoir, il m'a emmené voir Tu-sais-Qui… »
« Voldemort, tu veux dire… », corrigea Hermione.
« Tu peux prononcer son nom… Pas moi », dit-il sombrement. « Pas après l'avoir vu en face dans toute sa puissance… »
« Et puis ? », le poussa-t-elle.
« Et puis pas grand-chose. Ma mère a surgi, suivie par les Aurors, Dumbledore nous a attrapé tous les deux et nous avons Transplané dans tous les sens pour que mon père et les autres perdent notre trace. Jusqu'à ce qu'on débarque ici… Il n'y a pas vraiment grand-chose à raconter… », raconta-t-il froidement.
« Je vois… », dit-elle sans le penser véritablement. L'absence de descriptions, la simple énumération de faits enlevait tout drame. C'était froid et aseptisé. Cela ressemblait trop au Draco d'autrefois pour ne pas mettre Hermione mal à l'aise. Mais elle ne savait pas comment briser la coquille dans laquelle elle le voyait en train de se renfermer lentement. « Tu peux me raconter tout, tu le sais n'est-ce pas ? », tenta-t-elle maladroitement.
Il hocha la tête, mais ses yeux étaient loin. Son visage figé ressemblait à celui de sa mère, et Hermione réalisa soudain qu'elle n'était plus seule avec lui dans une chambre dont eux seuls avaient le mot de passe. Ils étaient de retour dans le monde, et elle n'était pas sûre que leur relation naissante en sorte intacte.
Je n'en suis pas très contente de celui-là, mais pas facile de tout reprendre en main après une si longue absence. J'espère que le prochain sera mieux !
