Chapitre 25
Si Iris s'endormit paisiblement, blottie tout contre son professeur de potions, bien en sécurité dans ses bras, après avoir partagé avec lui ses sentiments, Severus, lui, ne ferma pas l'œil de la nuit, trop ébranlé par ce qu'elle venait de lui dire...
Elle l'aimait… Une jeune fille aussi belle, gentille, drôle et intelligente l'aimait lui, le froid, distant et amer maître des cachots… Elle l'aimait alors qu'elle savait très bien qu'il avait fait partie des Mangemorts, qu'il avait pratiqué la magie noire et qu'il avait déjà tué…
Severus avait fait tous les plus mauvais choix dans sa vie et commis les pires erreurs, jusqu'à provoquer la mort de Lily, sa meilleure amie qu'il aimait plus que tout… Comparée à lui, Iris était l'innocence même, la pureté incarnée…
Elle était tellement candide qu'elle ne se doutait pas un seul instant de l'impact et des sensations que pouvait procurer son corps à celui du maître des potions en étant ainsi collée tout contre lui…
Il brûlait d'un désir croissant pour la sublime jeune femme qu'elle était devenue mais il devait contrôler ses émotions et refréner ses pulsions pour ne pas l'effrayer. Il ne voulait surtout pas la perdre…
Certes, elle lui avait dit « je t'aime » mais elle avait ajouté « vraiment beaucoup »…
Elle l'aimait comme on aime un frère ou un père, il en était persuadé, et si c'était tout ce qu'elle souhaitait lui donner, il l'accepterait sans protester. C'était déjà plus qu'il ne l'avait jamais espéré… Lui qui s'était cru condamné à vivre dans le remords, la tristesse et la solitude depuis que le Seigneur des Ténèbres avait assassiné la seule amie qu'il ait jamais eue prenait l'amitié de cette douce jeune fille comme un cadeau du ciel.
Elle lui avait redonné goût à la vie et il lui en était infiniment reconnaissant. Elle lui avait déjà dit plusieurs fois qu'elle ne pourrait jamais assez le remercier pour tout ce qu'il avait fait pour elle mais elle ne savait pas qu'il éprouvait exactement la même chose à son égard…
Iris poussa un soupir d'aise et sa tête glissa dans le creux du bras du maître des potions, au niveau de son coude.
Dans cette position, Severus eut tout le loisir de contempler son visage et de détailler chacun de ses traits, après avoir ôté une mèche de cheveux rebelle qui passait devant ses yeux clos.
Ses longs cheveux ondulés châtains aux reflets roux tombaient en cascades sur ses épaules jusqu'au creux de ses reins ; son front lisse témoignait de sa profonde détente ; ses sourcils parfaitement dessinés surplombaient ses beaux grands yeux en amandes qui, lorsqu'ils étaient ouverts, étaient d'un vert turquoise si profond qu'on aurait pu s'y noyer ; un nez fin et délicat ainsi que deux pommettes roses et veloutées ornaient le centre de son beau visage au teint clair et, juste au-dessus de son petit menton, ses lèvres pulpeuses semblaient faites pour être embrassées…
Severus ferma les yeux et se gifla mentalement : « Ressaisi-toi, mon vieux ! Tu as onze ans de plus qu'elle et tu es toujours son professeur malgré ces circonstances, disons, un peu particulières… Et puis, elle ne pense certainement pas à toi de cette façon ! Alors on se calme et on se détend ! »
Il rouvrit les yeux et regarda de nouveau la jeune fille qui s'était totalement abandonnée dans ses bras, se fiant à cent pour cent à lui, en toute quiétude. Il sourit de la voir si tranquille et sereine alors que, quelques heures auparavant, elle était venue le trouver inquiète et angoissée par son face à face avec l'un des hommes qui avaient assassiné ses parents.
Comme il ne pouvait pas dormir, il décida d'attendre patiemment son réveil en savourant chaque seconde passée auprès d'elle.
Cela faisait quelques minutes maintenant qu'Iris gigotait et changeait de position.
Bientôt, elle ouvrit les yeux et s'étira en inspirant profondément. Elle regarda Rogue qui ne semblait pas avoir bougé d'un iota pendant toute la nuit et le salua :
« Bonjour, Severus !
- Bonjour, la belle au bois dormant », répondit-il, moqueur.
Iris rit à son drôle de salut et demanda :
« Pourquoi m'appelles-tu comme ça ? J'ai dormi longtemps ? Quelle heure est-il ?
- Parce que je trouve que c'est un surnom qui te va bien. Tu n'as pas particulièrement dormi longtemps, il n'est que huit heures… Mais d'habitude je me lève entre six et sept heures.
- Tu es réveillé depuis pas mal de temps alors ! Pourquoi ne t'es-tu pas levé ?
- Je ne voulais pas te réveiller, tu avais l'air de si bien dormir… »
Severus se garda bien de lui dire que, de toute façon, il n'avait pas fermé l'œil de la nuit et que ces heures passées à attendre son réveil ne l'avaient pas dérangé le moins du monde.
« Merci ! C'est gentil ! » répondit-elle, en s'agenouillant à côté de lui.
Rogue se redressa également et s'assit dans son lit.
« Je vais aller préparer le petit-déjeuner pour te remercier ! » ajouta-t-elle.
Elle lui fit une bise sur la joue, sauta à bas du lit et dévala les marches pour se rendre dans la cuisine.
Rogue se leva à son tour, se rendit dans la salle de bain pour prendre une bonne douche (plutôt froide, il valait mieux…) et revêtit l'un de ses habituels pantalons noirs et une chemise blanche avant de descendre la rejoindre dans la cuisine.
Il la trouva en train de verser du thé fumant dans deux grandes tasses à côté de deux assiettes garnies d'un petit-déjeuner anglais typique : œufs sur le plat, bacon, saucisses, haricots à la sauce tomate, champignons rissolés et tomates grillées, le tout accompagné de toasts beurrés.
Severus examina le repas pantagruélique qu'Iris avait préparé, en s'asseyant à sa place.
La jeune fille posa la théière au milieu de la table et demanda :
« Tu veux du jus d'orange en plus de ton thé ? »
Rogue ouvrit grand les yeux en balayant la table du regard et répondit sur un ton sarcastique :
« Ha… C'est ça qu'il manquait ! Je me disais bien que tu avais oublié quelque chose… »
Il eut droit à une tape sur l'épaule et elle rétorqua, en riant :
« Te moque pas de moi ! » Elle contempla la table puis l'interrogea : « Quoi ? Tu trouves que j'en ai trop fait ?
- Non… pas du tout… fit-il, ironique.
- Je voulais juste te faire plaisir…
- C'est très gentil et ça me fait très plaisir, ne t'en fais pas… Mais ce n'étais pas la peine de faire tout ça.
- C'est vrai que je me suis peut-être un peu emballée… » admit-elle.
Severus ne put s'empêcher de rire en la voyant faire une moue dubitative alors qu'elle regardait son petit-déjeuner et son hilarité se propagea presque aussitôt à Iris.
Quand ils se furent calmés, elle questionna :
« Non mais, sérieusement, tu veux du jus d'orange ?
- Non, merci, Iris. Assieds-toi et essaie de manger tout ce que tu as préparé. »
Lorsqu'elle s'installa devant lui, il jeta un regard sceptique à sa robe de nuit rouge ornée d'un lion doré en son centre accompagné du nom de sa maison puis il l'interrogea :
« Tu comptes rester comme ça ? »
Iris regarda sa robe de nuit et répondit :
« Ben… oui… Je voulais m'habiller après le petit-déjeuner… Sauf si tu veux que j'y aille tout de suite.
- Non, ça ne me dérange pas, tu peux y aller après… Mais alors… »
Il pointa sa baguette magique sur elle et, en une fraction de seconde, Iris se retrouva vêtue de la même chemise de nuit mais, au lieu des couleurs et de l'emblème des Gryffondor, celle-ci était vert émeraude avec un serpent argenté et le nom de la maison Serpentard juste en dessous.
Rogue contempla son œuvre et déclara :
« Oui c'est beaucoup mieux comme ça ! »
Iris, prise au dépourvu, observa sa chemise de nuit puis Rogue avant d'éclater de rire.
« Et ben ça ! Si jamais Cath me voyait dans cette tenue, elle ferait un arrêt cardiaque sur-le-champ ! »
Severus, satisfait de sa plaisanterie et content qu'elle l'ait bien pris, entreprit de déguster tout ce que la jeune fille avait cuisiné. Iris eut un peu plus de mal mais réussit néanmoins à tout manger pour faire honneur à son repas.
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Une après-midi, quelques jours après ces événements, Iris reçut un hibou de Joanna : la Poufsouffle avait obtenu six ASPICs et lui proposait d'aller manger une glace chez Florian Fortarôme le lendemain en compagnie de Cath et Cycy.
Avant de répondre à ses amies, Iris préféra demander la permission à Rogue. Elle partit donc à sa recherche et le trouva dans son bureau.
« Severus, tu es occupé ?
- Non, je fais juste un peu de tri dans mes papiers. Qu'y a-t-il ?
- Joanna a obtenu six ASPICs et propose qu'on aille manger une glace toutes les quatre demain.
- C'est très bien, tu pourras la féliciter, ça doit constituer un record chez les Poufsouffle… »
Iris leva les yeux au ciel mais décida néanmoins d'ignorer sa dernière remarque, insultante pour son amie jaune et noir ; il ne pouvait pas s'en empêcher, elle le savait bien… Ensuite, elle demanda :
« Je peux y aller ?
- Bien sûr que tu peux y aller ! rétorqua-t-il vivement. Je ne suis pas ton père et, en plus, tu es majeure et libre de faire ce que tu veux. Tu n'as pas besoin de mon autorisation pour sortir avec tes amies.
- Oui mais bon, comme j'habite chez toi, je me suis dit que c'était quand même mieux de te demander d'abord.
- Et bien, la prochaine fois, ce n'est pas la peine de demander. Je te fais confiance, tu es une jeune femme responsable. Par contre, si tu es d'accord, j'aimerais bien que tu me tiennes au courant de ce que tu fais pour que je sache où et avec qui tu es.
- D'accord, pas de problème, je le ferai, acquiesça-t-elle aussitôt.
- Très bien. »
Et il se remit à trier ses papiers.
Iris hésita un peu avant de partir. Rogue releva la tête vers elle et l'interrogea :
« Tu voulais me dire autre chose ?
- Heu… non… Tu veux de l'aide pour trier tes papiers ?
- Si tu n'as rien d'autre à faire, tu peux m'aider, ça ira plus vite.
- OK. Je réponds aux filles puis je reviens tout de suite. »
Et elle partit en courant dans sa chambre pour répondre à ses amies.
Elle revint une dizaine de minutes plus tard et commença à ranger en compagnie de Severus.
Iris s'occupait de faire deux tas : « à garder » et « à jeter » puis Rogue triait la pile « à garder » en fonction de la nature et du contenu des documents : factures, contrats, diplômes, correspondances, …
Au bout d'une heure de tri, ils étaient presque au bout de leurs peines.
Iris attrapa une petite boîte en carton qui restait sur une étagère et l'ouvrit. À l'intérieur, elle découvrit une vingtaine de lettres, toutes adressées à Severus par la même personne (sûrement une fille, pensa Iris, en examinant l'écriture ronde et scolaire), et trois photographies.
La première représentait deux enfants d'une dizaine d'années, un petit garçon au teint pâle et aux cheveux noirs avec des vêtements trop grands et une petite fille avec de grands yeux verts pétillants et de longs cheveux d'un roux flamboyant ; sur un deuxième cliché figuraient les deux mêmes enfants mais adolescents cette fois (ils devaient avoir environ quatorze ou quinze ans) et le dernier représentait la jeune femme, qui devait avoir dans les vingt ans, seule. Elle retourna la dernière photo et lut ce prénom : Lily.
Iris se tourna vers Severus, qui classait toujours ses documents, et demanda innocemment :
« C'est qui Lily ? »
Rogue lâcha tous les papiers qu'il avait en mains et ils s'éparpillèrent sur le sol. Il tourna vivement la tête vers la jeune fille et reconnut la boîte en carton où il conservait les lettres que Lily Evans lui avait écrites lorsqu'ils étaient amis et la photo qu'il avait prise à son insu quelques jours avant son mariage avec Potter dans les mains d'Iris.
L'homme s'avança vers elle, lui prit la photo des mains et la remit dans la boîte avec les deux autres clichés et toutes les lettres, puis il recouvrit aussitôt la boîte de son couvercle.
Iris, surprise par son attitude et, il faut l'avouer, un peu apeurée, s'était légèrement reculée quand il lui avait arraché la photo des mains et observait, en silence, le visage emprunt de douleur du maître des potions.
Elle attendit quelques instants puis se risqua quand même à l'interroger :
« C'était l'une de tes amies ? »
Il ne répondit pas mais la jeune fille persévéra :
« C'est toi avec elle sur les deux premières photos, non ? »
Severus s'appuyait sur son bureau, les mains de part et d'autre de la boîte en carton, le regard baissé vers celle-ci. Il hocha légèrement la tête pour répondre à ses questions.
« Elle… Elle était plus qu'une simple amie pour toi… Tu l'aimais… Tu étais amoureux d'elle… »
Iris n'avait pas pu s'empêcher de prononcer la dernière phrase ; elle l'avait senti, ça lui avait semblé tellement évident… Elle avait directement su ce que Severus éprouvait pour cette belle jeune femme sur la photo…
Rogue tourna brusquement son visage vers elle, abasourdi par ce qu'elle venait de dire, il n'en croyait pas ses oreilles… C'était comme si elle avait hurlé sa dernière phrase alors qu'elle l'avait tout juste murmurée…
Il répliqua, amer :
« Oui mais ça n'avait pas d'importance… Elle aimait ce Potter et elle l'a épousé…
- Potter ? Tu veux dire que c'est Lily Potter, la mère du garçon qui a survécu ?
- Hum… Oui… » répondit-il, de mauvaise grâce, en grimaçant.
Ses amies lui avaient raconté la terrible histoire de cette famille dont le fils, Harry Potter, était devenu célèbre dans tout le monde magique.
Lord Voldemort était venu chez les Potter, le soir du 31 octobre 1981, pour assassiner toute la famille… Le père était mort en essayant de sauver sa femme et son fils puis la mère avait refusé de s'écarter pour protéger son bébé et avait été tuée par le célèbre mage noir. Seul le petit Harry s'en était sorti avec, pour unique séquelle, une simple cicatrice en forme d'éclair sur le front et Lord Voldemort avait été réduit à néant ce soir-là…
Iris jeta un regard discret en direction de Severus : elle ne l'avait jamais vu aussi malheureux… La jeune fille s'en voulait terriblement d'avoir ouvert cette boîte en carton et d'avoir remué des souvenirs aussi douloureux pour lui.
« Severus, je suis désolée… Je ne voulais pas… Si j'avais su ce que contenait cette boîte, je ne me serais jamais permis d'y toucher… » s'excusa-t-elle, sincèrement navrée.
Il ne répondit pas.
« Je… je vais descendre pour faire le souper…
- Je n'ai pas faim.
- D'accord… Je comprends… »
Et la jeune fille quitta le bureau, sans rien ajouter d'autre.
Elle non plus n'avait pas particulièrement faim mais elle avait senti qu'il valait mieux le laisser seul un moment. Elle descendit dans la cuisine, avala une tartine de fromage puis monta finalement se coucher vers minuit sans revoir Severus de toute la soirée.
