Ouf, ça marche enfin ! J'essaye de poster ce fichu chapitre en vain depuis vendredi ! Désolée, donc, pour ce retard indépendant de ma bonne volonté...

Chapitre 25

Andrew hésitait à poursuivre plus avant son compte-rendu. Sans trop savoir pourquoi, il se doutait que Miss Fudge risquait d'être perturbée par ce qu'il avait à lui dire sur Sirius Black. La jeune femme avait parlé à ce détenu plus qu'avec aucun autre, et elle avait été frappée par sa salubrité mentale.

Comment allait-il lui annoncer, maintenant, qu'il n'en était rien et que le jeune homme montraient les signes d'une dépression sévère ?

Il en était encore à se demander s'il devait lui dire, quand Isabelle releva la tête du parchemin sur lequel elle était penchée et lui lança un regard interrogateur. « Oui, Andrew ? demanda-t-elle.
- Sirius Black… avança-t-il du bout des lèvres.
- Oui ? insista Isabelle, un peu trop concernée, de l'avis de l'infirmier.
- Il semble qu'il ait renoncé à se nourrir… Depuis deux-trois jours, sans doute… Ses assiettes s'empilent devant sa cellule… »

Isabelle se leva de son bureau, le visage crispé par quelque-chose qui ressemblait à un mélange d'inquiétude et de colère.

« Et Doherty n'a pas jugé utile de nous en informé ?! s'exclama-t-elle.
- Doherty n'a jamais signalé ce genre de cas… rappela Andrew. C'est bien pour cela que je fais les tournées à sa place, maintenant, non ?
- Oui… acquiesça Isabelle. Et c'est décidément une bonne idée… Vous lui avez parlé ?
- A Doherty ?
- Non, à Black ! Dans quel état était-il ?
- Il dormait, au fond de sa cellule. Mais ses gamelles étaient pratiquement pleines, il n'a pas dû beaucoup y toucher, j'en suis certain… »

Isabelle croisa les bras, l'air songeuse. Andrew se doutait de ce qu'elle dirait ensuite. Il ne se trompa pas.

« Je vais aller l'examiner moi-même… »

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Depuis qu'il l'avait tiré de son minable appartement moldu, Rogue n'avait pas vu le moindre vrai sourire, sur le visage de Lupin. Il dévisagea le jeune homme qui lui faisait face, un peu surpris par l'étrange changement qui avait modifié sa physionomie. Lupin ne paraissait plus si vieux ni si âgé, maintenant, et son regard pétillait de vie.

« Tu m'as l'air bien gai, Lupin ! lança-t-il, après avoir commandé un verre de Bièraubeurre. De bonnes nouvelles ?
- Je l'ai vu, Severus… ! répondit aussitôt le jeune homme, d'un ton presque joyeux qui lui rappela bizarrement celui de Regulus. Il a tellement grandi…
- Tu l'as vu ? Le petit Potter ?
- Oui. Il est bien chez sa tante. Je suis allé farfouiller dans les registres d'état civil pour trouver le nom de son conjoint. Vernon Dursley. Le reste a été très simple ! »

Rogue ne releva pas. Il était bien heureux que Lupin ait effectué ce genre de démarche tout seul. Lui-même s'en serait senti incapable. Depuis la mort de son père et son enrôlement dans les Mangemorts, il avait si bien oublié le monde moldu qu'il n'était pas sûr qu'il se soit aussi bien débrouillé que lui.

« Bon, très bien… se contenta-t-il de murmurer, après avoir trempé ses lèvres dans son verre. Les choses avancent…
- Il ressemble tellement à James… ajouta Lupin, plongé dans ses souvenirs. Bon sang, il lui ressemble tellement ! Quand Sirius le verra… »

Il s'arrêta net, troublé. Ce n'était pas la première fois qu'il se laissait prendre au sentimentalisme de ses futures retrouvailles avec son ami Black. Rogue trouvait cela pitoyable. Comment un type si convaincu de la culpabilité de quelqu'un pouvait-il si aisément penser le contraire, sans avoir aucune preuve sur lesquelles s'appuyer ?

Il était vrai que Lupin avait le pardon facile. A peine s'était-il rebellé contre Black, après la blague stupide qu'il lui avait jouée… Fallait-il vraiment qu'il ait une estime de lui déplorable, pour être prêt à tout passer pour conserver l'amitié de gens qui n'en valaient pas la peine… !

« Pour que Black le voit, il faudrait d'abord qu'il sorte… remarqua Rogue, pragmatique. Et il ne le fera pas tant que Regulus n'aura pas obtenu de nous toute l'aide dont il a besoin. »

Lupin hocha rapidement la tête en signe d'approbation.

Demain, ils retourneraient à Azkaban. Demain, ils verraient finalement Regulus.

Celui-ci lui avait envoyé une courte missive, deux jours plus tôt, lui assurant qu'il allait bien et qu'il était sorti de l'infirmerie. Il se souvenait encore de la vague de soulagement qui l'avait envahi, en reconnaissant son écriture sur l'enveloppe. Sans doute avait-il eu le même regard stupidement réjoui que celui qu'arborait maintenant Lupin. Il se sentit vaguement dégoûté.

« Tu sais ce que Regulus attend de nous ? demanda Lupin.
- Il veut des baguettes. Et une potion de métamorphose, pour l'évasion. Parce que je doute que Black soit en mesure d'effectuer le moindre sortilège un peu subtil… Il a beau avoir gardé sa tête, selon ce qu'en dit Regulus, sa magie a dû en prendre un sacré coup.
- Sirius est beaucoup plus solide que tu ne le crois, Severus… contra Remus, calmement. Je crois que tu risques d'être surpris…
- Mmmmpff… Quoi qu'il en soit, je doute que Regulus n'attende pas plus… En fait, je suis persuadé qu'il n'a pas dit la moitié de ce qu'il m'attendait voir faire… Mais quant à te dire quoi… »

Il haussa les épaules. Regulus avait toujours été un garçon discret, renfermé. Peut-être était-ce pour cela qu'il l'avait toujours moins indisposé que la plupart de ses autres condisciples… Sa présence silencieuse ne l'avait jamais dérangée, même s'il sentait que Regulus était loin d'être aussi vide qu'il voulait bien le laisser croire. Regulus observait, jaugeait… Mais gardait ses opinions pour lui en toutes circonstances. En de rares occasions, il avait surpris un regard de sa part, comme une connivence muette entre eux.

Avait-il éprouvé de la sympathie, pour ce jeune garçon qui partageait sa salle commune ?

Il l'estimait, sans aucun doute.

« Si Regulus a décidé de garder quelque chose secret, tu peux toujours essayé de lui tirer les vers du nez, tu te casseras la tête pour rien, conclut-il, haussant les épaules.
- Vraiment… ? »

Etait-ce la vague indifférence de Lupin, ou son air pincé, lorsqu'il parlait de Regulus ? Rogue se sentit brusquement furieux contre lui.

« Oh, bien sûr ! susurra-t-il. Tu es tout prêt à mettre en avant la force de Sirius, mais pour ce qui est de reconnaître les qualités de son frère… ! Faut-il que Black t'ait bien laminé le cerveau, pour que tu ne vois pas à quel point Regulus est doué !
- Pardon… ? fit Remus, visiblement pris au dépourvu.
- Sirius n'a-t-il pas passé son temps à critiquer la bêtise de son petit frère ? C'était lui, le héros de la famille, non ? Le sorcier si brillant, à qui tout réussissait ! Et Regulus, le pauvre mouton stupide qui suivait sa famille ! »

Lupin eut le bon goût de ne pas relever. Mais Severus ne se sentait pas calmé pour autant. Comme il détestait Sirius, et sa manie de se croire supérieur à tous ! Comme s'il n'avait pas été stupide, de ne pas voir qui était son frère, réellement !

« Quel idiot ! S'il s'était seulement donné la peine de connaître un peu mieux son frère…
- Sirius aime son frère… » avança Lupin.

Comme si cela suffisait ! songea Severus. Il n'y avait vraiment qu'un imbécile de la trempe de Lupin pour avancer un argument pareil ! Depuis quand l'amour pouvait-il palier à toutes les absences ? Il laissa échapper un ricanement grinçant. « Ton père nous aime, Severus »… lui répétait sa mère. Et peut-être était-ce vrai, dans le fond. Mais pour quel bénéfice ? A quoi bon l'amour s'il n'y avait pas aussi l'estime et le soutien ? La générosité ? Le don de soi ?

« Regulus a-t-il vraiment tourné le dos aux Mangemorts ? demanda Lupin de but en blanc.
- Evidemment… Pourquoi le Seigneur des Ténèbres aurait-il ordonné sa mort, autrement ?
- Pourquoi n'est-il pas mort, dans ce cas ? Par quel miracle a-t-il échappé aux sbires de Voldemort ?
- Parce que je l'ai épargné. »

Rogue soutint le regard de Lupin d'un air de défi. Il sentait un mélange de surprise et de curiosité, chez son vis-à-vis, et sans doute une pointe de scepticisme.

« C'était toi qui était chargé de l'abattre ?
- Oui. Je n'ai pas pu.
- Pourquoi ? »

Rogue fit claquer sa langue en signe d'impatience. Il n'avait pas envie du tout de s'étendre sur ses motivations.

« Disons qu'il m'a convaincu qu'il était dans l'intérêt de tous qu'il vive. »

Lupin fronça les sourcils. Sans doute ne comprenait-il pas exactement ce qui s'était joué à ce moment-là. Mais Severus préférait garder certaines choses pour lui.

« Et tu as changé de camp.
- Oui.
- A ce moment-là ?
- J'ai trahi le maître. En laissant la vie à Regulus, j'ai fait un choix. Il n'y a pas de demi-mesures, avec le Seigneur des Ténèbres.
- Je vois. »

Lupin sortit quelques pièces de sa poche et les posa sur la table.

« Nous nous retrouvons sur la berge, demain ?
- Ne sois pas en retard. Nous avons déjà manqué Regulus une fois.
- Je serai là. »

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Isabelle monta directement au deuxième étage et traversa le couloir d'un pas décidé. Elle comptait bien se faire une idée par elle-même de l'état de Black. Peut-être Andrew avait-il mal évalué la situation ?

Elle avait du mal à croire que Black aille si mal que cela. Il lui avait semblé tellement fort, tellement accroché à la vie… Comment pouvait-il renoncer ainsi ?

Elle aperçut l'amas de gamelles devant la cellule et comprit aussitôt que l'infirmier avait malheureusement raison. Black ne mangeait plus depuis au moins trois jours. Mais ce qu'elle ne comprenait pas, c'était pourquoi ces assiettes étaient dans le couloir…

En général, les prisonniers qui sombraient dans la dépression se recroquevillaient dans un coin de leur cellule et ne se donnait simplement plus la peine de bouger. En conséquence, ils ne touchaient plus aux repas que les Détraqueurs faisaient glisser sous la grille pour eux.

Mais Black ne se contentait pas de ne plus manger. Il repoussait son assiette… Comme pour bien signifier qu'il ne mangerait pas. C'était une démarche délibérée de sa part, et pas une situation découlant d'un état apathique aggravé.

Isabelle avança jusqu'à la grille de la cellule. Black était assis en tailleur, le dos appuyé contre le mur du fond. Il releva la tête vers elle et croisa son regard.

Vaguement soulagée, Isabelle vit qu'il ne marquait aucun signe particulier de dépression. Il semblait égal à lui-même. Sans doute était-il plus pâle et plus maigre encore, mais il y avait encore une flamme dans ses yeux. Une détermination.

Isabelle ne comprenait pas.

Elle écarta les écuelles éparpillées autour d'elle et s'agenouilla devant la grille, pour se mettre à la hauteur du prisonnier. Celui-ci ne fit pas un mouvement, mais ses yeux ne la quittaient pas.

« Monsieur Black… » appela-t-elle.

Il ne répondit pas, se contentant de la dévisager.

« Sirius… insista-t-elle. Vous ne mangez plus… ? »

Black passa ses doigts maigres dans ce qui restait de sa chevelure. Sa barbe avait repoussé, accentuant le caractère anguleux de ses traits. Il avait l'air bien plus faible qu'à l'infirmerie. Isabelle était inquiète. Le silence, chez un homme tel que Sirius Black, n'était certainement pas bon signe…

« Vous sembliez aller bien, pourtant… reprit Isabelle. Est-ce votre séjour à l'infirmerie, qui vous a perturbé ? Répondez-moi… »

Black rabattit ses genoux contre sa poitrine et y posa sa tête. Comme pour se soustraire à ses regards. Isabelle sentit un pincement au cœur. Comment un homme aussi fort pouvait-il se laisser abattre ainsi, quasiment du jour au lendemain ? La présence de son frère à Azkaban avait-elle remué des souvenirs particulièrement pénibles dont les Détraqueurs avaient profité ? L'avait-elle rendu plus vulnérable ?

« Votre frère serait profondément attristé de vous voir ainsi, Sirius…
- Il ne doit pas savoir ! répondit aussitôt Black, relevant brusquement la tête.
- Vous ne mangez plus…
- Ne lui dites rien ! Il ne faut pas qu'il sache ! »

Isabelle ne s'était certainement pas attendu à ce qu'il abandonne aussi soudainement son mutisme. Une nouvelle fois, Black montrait que son attitude n'était pas due à un accès dépressif. Si tel avait été le cas, il se serait moqué que son frère soit au courant ou pas.

Non, l'attitude de Black était délibérée. Elle en était certaine.

Pourquoi ?

Elle se souvint une nouvelle fois des propos de Fox. Ils l'avaient hantée, ces derniers jours. Sirius est innocent, il n'a jamais été un Mangemort, il n'est pas responsable de ces morts…Elle avait relu le dossier de Black. Rien, dedans, ne laissait supposer que le jeune homme ait été victime d'une erreur judiciaire. Rien, qui puisse étayer la certitude de son frère.

« Avez-vous vraiment tué tous ces gens, Sirius… ? » demanda-t-elle d'une voix peu assurée.

Black la regarda avec surprise. Et un sourire furtif étira ses lèvres trop pâles.

« C'est mon frère qui vous a dit cela ?
- Oui.
- Et vous le jugez digne de confiance ?
- Je… Je ne sais pas…
- Vous savez qui il est, non ? Ce qu'il a été ? Et pourtant, vous êtes prête à le croire ?
- Il dit que vous n'avez jamais été un Mangemort… Et vous ne portez pas la marque…
- Les espions ne la portent pas. Pas tous, du moins…
- Il dit que vous avez quitté votre famille parce que vous n'aviez pas ces convictions-là…
- Mais on change, non ?
- Etes-vous innocent ? »

Black haussa les épaules d'un air dédaigneux.

« Cela a-t-il la moindre importance ? J'ai été condamné.
- Mais si vous êtes innocent…
- Je le suis. Je n'ai pas tué Pettigrow. Mais j'aurais bien voulu. Oh oui, je l'aurais fait… ! »

Un éclat sinistre brilla brièvement dans les yeux sombres de Black. Isabelle sentit la colère l'emplir, gronder au fond de lui. Ses mains s'étaient crispées sur ses genoux, tirant sur le tissu sale de son uniforme de prisonnier.

« Et je suis coupable, mille fois coupable, de la mort des Potter ! Pas besoin de la marque des Ténèbres, pour ça ! »

Il enfouit sa tête dans ses mains, au bord de l'effondrement. Isabelle avait beau ne pas comprendre à quoi il faisait allusion, elle se sentit remuée par le désarroi du jeune homme. Elle qui était venue l'aider, avait la désagréable impression de le pousser dans ses derniers retranchements, de lui faire perdre pied.

« Votre frère s'inquiète pour vous, Sirius… Ne vous laissez pas abattre… Il faut recommencer à manger.
- Et pourquoi ? Pour prolonger un peu plus une vie qui ne mérite plus d'être vécue ? Quel espoir me reste-t-il ? Je suis condamné…
- Vous disiez que vous étiez fort, que vous ne vous laisseriez pas faire sans combattre !
- Laissez-moi ! Vous ne pouvez pas m'aider, alors partez ! »

Isabelle ne l'avait jamais vu aussi agressif. Elle hésita. A quoi bon s'entêter là ? Il n'était pas en son pouvoir de faire revenir Black sur ses décisions. Pourtant, elle répugnait à lâcher prise aussi facilement.

« Une révision de votre procès est toujours possible… affirma-t-elle, sans trop y croire elle-même. Si vous nous fournissez des éléments à votre décharge, on peut rouvrir l'enquête…
- Qui le fera ?! contra Black. Vous croyez que les hommes qui se sont arrangés pour me faire enfermer vous laisseront rouvrir mon dossier sans broncher ?
- Croupton…
- Il ne s'agit pas de Croupton ! coupa Sirius. Ecoutez… Ne vous mêlez pas de ces histoires-là… »

Il y eut un silence. Isabelle n'avait aucun argument à avancer. Peut-être Fox saurait-il convaincre son frère de ne pas se laisser aller ?

« Ne dites rien à mon frère, répéta Sirius, comme s'il avait lu ses pensées. Ne l'inquiétez pas avec tout ça.
- Je ne dirais rien si vous me promettez de manger…
- Ouais…
- Andrew passera tous les jours, il me dira si vous persistez dans cette voie…
- J'ai compris. Au revoir, Miss. »

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Remus était nerveux. Il sentait un poids toujours plus lourd au fond de sa poitrine, et son cœur battait un peu trop vite.

Dans quelques minutes, il verrait Regulus. Le jeune homme aurait peut-être les réponses à ses questions. Peut-être aurait-il finalement la preuve que Sirius était bien innocent. Il avait de plus en plus de mal à le voir encore comme un coupable, de toute façon. Après tout, si Rogue lui-même était prêt à penser que Sirius n'était pour rien dans la mort de James et Lily, comment pourrait-il, lui, son ami, continuer à l'accabler ?

Et il voulait si fort que Sirius soit innocent…

Assis sur sa chaise en plastique à côté de lui, Severus survolait la salle d'un regard impénétrable. Il était si parfaitement maître de lui que Remus ne put s'empêcher de l'envier.

Après d'interminables minutes, la porte du fond s'ouvrit, livrant le passage à Regulus, escorté par un gardien.

Il n'y avait aucun doute possible, c'était bien le frère de Sirius, tout ce qu'il y avait de plus vivant. Peut-être pas en excellente santé – il était un peu maigre et trop pâle – mais bien vivant.

Avec un pincement au cœur, Remus le regarda prendre place en face d'eux, un sourire sur les lèvres. Il ressemblait tellement à Sirius… Une version plus calme de Sirius, tout du moins… Regulus semblait plus posé et moins expansif que son aîné.

« Severus a réussi à te convaincre… ? commença-t-il, s'adressant à Remus, en guise de préambule.
- Je ne sais pas… Mais je suis prêt à laisser sa chance à Sirius…
- Il a besoin de toi. »

Severus soupira d'un air dédaigneux. Mais Remus l'ignora. Il avait besoin de réponses. Regulus allait les lui fournir.

« Comment sais-tu que Sirius est innocent ? demanda-t-il, se penchant vers le jeune homme.
- Pettigrow est vivant.
- Tu l'as vu ? »

Regulus écarta la question d'un geste de la main.

« Severus ne t'a pas rapporté ce que Malefoy lui a avoué ? Il a truqué le procès de Sirius. Il s'est arrangé pour lui modifier la mémoire et lui faire endosser les crimes.
- Oui, il m'en a parlé. D'accord, Sirius n'a pas tué ces Moldus. A-t-il trahi James ?
- Non. Non, ça c'est impensable. Sirius n'a jamais été un Mangemort, Remus. Je l'aurais su, si cela avait été le cas. Il est vraiment innocent. »

Remus acquiesça lentement de la tête. Oui, Sirius était innocent. Il ne pouvait pas en être autrement. Il avait été stupide, de se laisser abuser par ce procès…

« Le sait-il ? Qu'il est innocent ? Ou les maléfices de Malefoy jouent-ils encore sur sa mémoire ?
- Il sait qu'il n'a jamais été Mangemort. Mais je ne sais pas ce qu'il reste, dans sa mémoire, de ce fameux jour où il a été arrêté. Nous n'avons pas eu le temps d'en parler…
- Est-ce qu'il va bien ?! Je veux dire… Il tient le coup ?
- Oui, il va bien. Compte tenu des circonstances, il va vraiment bien… Il a les idées parfaitement claires. D'une façon ou d'une autre, il a réussi à composer avec les Détraqueurs.
- Et toi ? »

Remus, comme Regulus, se tourna vers Rogue, surpris. Celui-ci n'avait pas dit un mot, depuis leur arrivée. Mais le regard qu'il posait sur le frère de Sirius était indubitablement soucieux.

« Mes dons d'occlumancie me permettent de ne pas souffrir de leur pouvoir… répondit Regulus.
- Je ne parlais pas des Détraqueurs, corrigea Rogue. Tu étais à l'infirmerie. Comment vas-tu ?
- Bien mieux… Mais j'ai eu très chaud… »

Il esquissa un sourire en direction de Rogue.

« Nous sommes venus te voir samedi dernier, mais tu n'étais pas sorti de l'infirmerie, expliqua Rogue. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- Des soucis avec un autre détenu. Pas un Mangemort, non. Je l'ai envoyé faire un séjour à Sainte-Mangouste, il a trouvé un moyen de se venger en m'empoisonnant. Sans le zèle de notre guérisseuse et le sang de Sirius, je serai mort. »

Remus perçut un subtil frémissement chez Rogue. Aussi doué que soit l'homme pour dissimuler ses sentiments, son corps parlait pour lui. Tout, dans son attitude, dans son buste penché vers Regulus, dans le froncement de sourcils, indiquait son intérêt pour le jeune homme. Il aurait beau dire qu'il n'y avait pas d'amitié entre eux, Remus savait désormais ce qu'il en était réellement.

Remus se sentit vaguement rasséréné. Il lui était plus facile de travailler avec Rogue, maintenant qu'il avait une certitude quant à ses motivations profondes. Surtout quand ces motivations trouvaient un véritable écho dans les siennes.

« Que doit-on fait, Regulus ? demanda-t-il. Tu avais besoin de moi ? J'ai retrouvé Harry, je le surveillerai s'il le faut…
- Il ne s'agit pas que de cela. J'ai besoin que tu me fournisses quelque-chose… Une chose dont j'ai besoin pour travailler à notre évasion.
- Laquelle ?
- Et pourquoi Lupin ? demanda Rogue un peu sèchement.
- Crois-moi, Severus, sourit Regulus. Quand tu sauras ce que Remus est censé faire, tu me remercieras de lui avoir confié le travail à lui… Mais ne t'inquiète pas, j'aurais besoin de toi aussi…
- Tu m'en vois ravi ! » grogna Rogue.

Sans relever, Regulus leur fit signe de se rapprocher un peu de lui, avant de leur exposer ce qu'ils étaient censés faire par la suite.

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Couché contre le mur de sa cellule, Sirius repensait à la visite de la guérisseuse.

Elle avait l'air vraiment inquiète pour lui.

Non, pas pour lui. Plutôt pour la façon dont Regulus prendrait les choses… Cela confirmait ce qu'il avait déjà pensé : la demoiselle avait un faible pour son frère…

Sirius sourit. Au moins, Regulus avait un appui, dans cette prison, quelqu'un qui tenait assez à lui pour lui venir en aide au besoin. Il ne se le pardonnerait pas, si Regulus venait à souffrir encore à cause de lui.

Mais il s'inquiètera, si elle lui dit que tu ne manges plus…

Il ne voulait pas inquiéter Regulus.

Un frôlement, contre sa jambe, le fit sursauter, et il se redressa vivement, prêt à se métamorphoser pour chasser le rat qu'il imaginait déjà énorme.

Ce n'était pas un rat. C'était ce chat roux, qui venait lui rendre visite de temps en temps dans sa cellule. Le chat qu'il avait vu à l'infirmerie.

Il tendit la main vers lui. L'animal se frotta contre ses doigts en ronronnant, lui arrachant un léger rire. Il le prit contre lui pour le caresser.

Il ne savait pas exactement ce qui poussait ce chat jusque dans le quartier de Haute Sécurité. Mais sa présence était un véritable réconfort, pour lui. Et sous sa forme canine, il avait réussi à établir une réelle communication entre eux.

Finalement, lui-aussi avait un allié dans cette prison… Il ne tenait qu'à lui de savoir comment en tirer un bénéfice.

Peut-être Regulus ne s'inquièterait-il pas inutilement, en fin de compte…