Chapitre IX/
Ravie de voir que les retrouvailles vous ont plu ! J'avais cette scène en tête avant même d'écrire quoi que ce soit de cette fic ! Mais ce n'est pas encore fini, j'ai plein de petites idées et de choses à développer ! ^^
La révélation aux chevaliers de Bronze était la partie la plus facile pour Camus qui redoutait plutôt la réaction de ses pairs d'or. A l'exception de Hyoga, il ne connaissait les Bronzes que d'un peu loin et c'était surtout pour Eléa, qui passait beaucoup de temps avec eux, qu'il voulait dire la vérité.
Il perçut clairement leur effarement à l'annonce de la nouvelle par Saori mais ils se contentèrent de dire qu'ils étaient tous ravis pour lui et pour Eléa, n'osant pas se montrer plus démonstratifs envers Camus !
L'apéritif fut servi en attendant le dîner. Saori retint Camus dans une pièce attenante où ils eurent une longue discussion à propos d'Eléa et de ce qu'il convenait de faire au sujet de ses pouvoirs.
Plus tard, un verre de vin dans une main, Camus attendait le retour de sa fille et prenait l'air sur le seuil de la large terrasse du premier étage.
Hyoga fut le seul qui, de part sa proximité avec Camus, vint le voir pour une discussion seul à seul.
- Je suis content pour vous Maître.
Camus se retourna, plus intéressé par l'avis de Hyoga sur la question que par celui des autres Bronzes. Devant ce garçon qui n'avait toujours connu que « l'ancien Camus », le chevalier ne savait plus vraiment comment se comporter. Il aimait Hyoga pourtant. Avant Eléa, c'était lui qui avait reçu des gestes et des mots paternels de sa part mais d'une manière toute différente. Hyoga était chevalier, il était beaucoup plus âgé, il avait été son élève : il n'avait pas du tout les mêmes besoins qu'Eléa.
De son côté, Hyoga était perturbé de découvrir son maître, qu'il voyait toujours comme un être supérieur, sous ce nouvel aspect. Lui, qui avait toujours essayé de lui enseigner qu'un chevalier doit se débarrasser de tous sentiments, avait donc été capable d'aimer une femme ? Plus encore, il avait décidé d'assumer sa paternité ? Hyoga avait beaucoup de mal à imaginer Camus dans ce rôle-là, cela lui donnait une impression de…bizarre. Eléa était une enfant si vive qu'il se demandait comment Camus, calme et austère, allait pouvoir la gérer.
Camus comprit sans mal les interrogations de Hyoga et n'en fut pas surpris. Tous les autres chevaliers allaient sûrement se faire le même genre de réflexions puisque, en dehors de Milo, personne ne savait vraiment ce qu'il y avait au fond de lui.
- Merci Hyoga. Je me doute que ça doit sembler surprenant venant de ma part. Mais puisqu'on m'a offert cette seconde chance d'avoir ma fille avec moi, je ne peux pas la laisser passer.
Hyoga ne put s'empêcher d'exprimer une partie de sa pensée :
- Elle est…bavarde, sportive, elle aime grimper aux arbres, poser des questions sur tout et surtout, elle est frileuse et adore quand il fait chaud : vous êtes toujours motivé ?
Camus se mit à rire :
- Toujours ! Physiquement, elle me ressemble mais pour le reste, j'ai l'impression qu'elle a plutôt hérité de sa mère. Dommage…je pensais déjà lui faire découvrir la Sibérie !
Le souvenir de Gaëlle, l'air bougon, emmitouflée jusqu'aux yeux dans l'air glacé d'Asgard lui revint en tête. Un souvenir aussi amusant qu'émouvant…Eléa ferait sûrement la même mine s'il s'aventurait à l'emmener dans les plaines glacées de son domaine.
Hyoga se faisait la même réflexion et il sourit :
- Je crois qu'il vaudrait mieux attendre un peu ! Et pourtant, c'est étonnant car elle a les pouvoirs des chevaliers des glaces !
- Elle a une double nature qui lui vient de ses deux parents, compléta Camus. Mais ça, Athéna vous l'avait déjà expliqué je crois. A ce propos Hyoga, nous allons pouvoir faire quelque chose.
Hyoga haussa un sourcil intéressé et Camus reprit :
- Le problème d'Eléa n'est pas réglé. Elle possède un cosmos double, très puissant, qu'elle ne contrôle pas. Il va falloir lui apprendre à le maîtriser.
Hyoga demanda, un peu hésitant :
- Est-ce que ça signifie…qu'elle va devenir chevalier ?
Camus secoua la tête :
- Non. Premièrement parce que, d'après Athéna, sa naissance n'est pas liée à une constellation particulière comme chez nous tous. Elle n'a jamais été destinée à la chevalerie, il n'y a pas d'armure qui l'attende. Elle est un cas très particulier, le premier du genre apparemment. Et deuxièmement, de toute façon, je n'ai jamais voulu qu'elle devienne chevalier. Quand elle est née, mon objectif était de la tenir éloignée de ce monde.
- Cela dit…elle pourrait bien avoir la force d'un chevalier d'or non ?
- C'est déjà le cas. Et comme elle ne la contrôle pas, ça pourrait devenir dangereux. Tu es très proche d'elle Hyoga, et comme tu es un chevalier des glaces toi aussi, tu vas pouvoir m'aider à lui apprendre à maîtriser ses pouvoirs.
- Bien sûr, accepta Hyoga en souriant. Eléa sera sûrement ravie d'entendre ça, figurez-vous qu'elle est très attirée par la chevalerie.
Mais Camus secoua lentement la tête :
- Fascination d'enfant…
- Oui, admit Hyoga. Mais peu importe, cet entraînement lui sera bénéfique même si elle ne devient pas chevalier. Personne ne pourra jamais lui faire de mal !
Ce genre d'argument était de taille à convaincre Camus que les pouvoirs d'Eléa n'étaient pas complètement une mauvaise chose.
La principale intéressée arriva en trottinant et sentant bon le savon à la mandarine. Elle sauta joyeusement sur le dos de Hyoga en s'écriant :
- Saori vous a dit ?
- Oui ma puce, répondit le Cygne en la calant sur son dos de façon à ce qu'elle n'ait pas besoin de l'étrangler pour se retenir. Et c'est vraiment merveilleux ! Et puis tu sais quoi ? Tu vas apprendre à utiliser tes pouvoirs !
Eléa ouvrit des yeux ronds et regarda son père :
- C'est vrai ? Mais je ne peux pas…
Camus expliqua :
- Tu vas suivre une partie de l'entraînement basique d'un chevalier qui consiste à apprendre à maîtriser ton cosmos. Il faut que tu arrives à faire appel à lui, à le masquer et à l'arrêter à volonté, sinon l'incident de la dernière fois se reproduira. La difficulté, c'est que tu as deux cosmos et que tu es très puissante. Hyoga et moi, nous sommes assez forts pour résister en cas de problème et nous arriverons sûrement à t'aider à contrôler tout ça.
Par habitude, Camus avait repris la voix froide, directe et posée qu'il avait toujours quand il était en mode « professeur ». Ce côté-là, Hyoga le connaissait par cœur et l'appréciait. Par contre, Eléa perdit son sourire mais ne dit strictement rien de ce qu'elle pensait de ce plan.
Hyoga, qui se rappelait de l'intérêt qu'elle avait toujours eu pour les histoires de combats qu'il lui rapportait, ajouta gaiement :
- Tu es peut-être capable de faire tomber la neige à volonté comme moi. Ca ne te plairait pas ?
Eléa agita nerveusement ses pieds en marmonnant :
- J'aime pas trop la neige…
Elle avait gardé le souvenir d'une nuit glaciale au foyer où on l'avait obligée à rester dehors en punition…
Et là-dessus, elle se dépêcha de remettre pied à terre sous prétexte que le dîner était servi.
Les deux chevaliers des glaces s'entreregardèrent avec perplexité. L'entraînement risquait d'être intéressant…
Après le dessert, alors que la conversation languissait quelque peu, Camus s'aperçut qu'Eléa était en train de piquer du nez dans son assiette. Il était tard pour elle et elle était déjà fatiguée en arrivant. Il se pencha vers elle et chuchota :
- Tu devrais aller dormir.
Eléa se frotta les yeux et approuva de la tête. Camus se leva et avec un calme classieux demanda la permission à Athéna de le laisser accompagner Eléa qui était fatiguée. Permission évidemment accordée avec joie par la déesse qui s'amusait de voir comment Camus reprenait son rôle en public.
Le Verseau sortit de la salle à manger, Eléa marchant devant lui. Elle fila dans la salle de bain et se mit en pyjama, baillant toutes les deux minutes puis elle le rejoignit dans sa chambre où Camus examinait tous ses jouets en espérant en apprendre plus sur ses goûts. Il trouva le cerf-volant, en bonne place accroché au mur de la chambre.
Il vint s'asseoir au chevet d'Eléa qui s'était couchée et l'observait.
- C'est Milo qui t'a donné le cerf-volant n'est-ce pas ? dit-il d'une voix douce.
- Oui, à la plage.
- En réalité…, il venait de moi.
- Bah pourquoi tu me l'as pas donné toi-même ? interrogea Eléa en redressant sa tête.
Camus lui prit la main avec un sourire triste et répondit après un silence :
- Parce que je suis bête ?
Eléa l'observa un instant sans rien dire. Camus aurait donné cher pour savoir à quoi elle pensait ! Manifestement, Eléa se contenait, ne disait pas le fond de sa pensée. C'était normal puisqu'ils venaient tout juste de faire connaissance. Mais il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir hâte que les choses évoluent.
Puis Eléa fit un petit sourire et vint poser un bisou rapide sur sa joue tout en saisissant sa main avec la main rapidité.
- Bonne nuit Papa !
Elle se coucha sur le côté et s'endormit très rapidement, sa main agrippée à ses doigts, l'abandonnant à ses pensées et au sentiment doux-amer qui l'étreignait devant cette enfant qui lui était déjà si chère mais avec laquelle tout restait à construire.
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Lorsqu'il redescendit à son temple, il y trouva Milo qui l'attendait, fraîchement bronzé de sa journée à la plage et il ne lui fallut qu'un coup d'œil pour savoir que le Scorpion avait à peu près tout deviné.
- Mon cosmos dégage quoi exactement pour que tu aies cet air bêtement béat ? asséna-t-il en guise de bienvenue dans ce qui ressemblait maintenant à un vrai jeu entre eux.
- Le bonheur le plus total, répondit Milo. Tu n'imagines pas à quel point je suis content pour toi.
- Elle m'a prit de court tu sais ? C'est elle qui est venue ici.
- C'est ce que j'ai compris quand Kiki est revenu à la plage.
- Dis-moi, où vas-tu comme ça ? dit Camus, sautant du coq-à-l'âne en voyant Milo dans ce qui aurait pu s'appeler « une tenue pour draguer » : chemise blanche savamment déboutonnée, jean bien seyant et chaussures de ville.
- On sort à Athènes avec les copains !
- C'est-à-dire ?
- Les cinq Bronzes, Seika, Aiolia, Kanon, Saga, Aldé, Shura, Aphro, Angelo (Milo comptait sur ses doigts pour n'oublier personne.) et…moi !
- C'est plus un Sanctuaire, c'est un campus d'étudiants…
- Et tu pourrais venir aussi !
- Vous allez où ?
- En boîte ! Sérieusement, j'aimerais bien que tu viennes, on fêtera la fin de ta vie d'homme sans attaches !
Mais Camus eut une petite grimace. Lui en boîte ?! La proximité, la musique trop forte, les gens bourrés et mal élevés, l'odeur de cigarette et la chaleur…tout pour lui plaire !
- La boîte, pas question. Par contre, si tu veux sacrifier une heure ou deux de tes plans dragues, on n'a qu'à se trouver un bar tranquille et je te raconterai tout. Tu iras rejoindre fêtards après.
- Aucun problème ! déclara Milo ravi.
Même pour un bar, Camus n'acceptait que rarement de sortir en ville. Et ça faisait si longtemps qu'ils n'y étaient pas allés ensemble ! De son côté, cette sortie était pour Camus le début d'un remerciement non avoué pour l'aide et le soutien sans faille que Milo lui avait apporté. Avant et après leur résurrection.
Mais finalement, Milo ne rejoignit pas les autres en boîte de nuit. Dans le bar, la discussion dépassa de beaucoup le sujet d'Eléa et ils parlèrent plus longuement et plus profondément qu'ils ne l'avaient jamais fait. Ils avaient accumulé des années d'angoisse, de non-dits, de reproches, de confidences sans avoir jamais eu de vraies soirées tranquilles comme celle-ci, sans attente d'une nouvelle catastrophe pour en parler. Camus ne l'aurait jamais avoué tout haut mais, durant cette soirée, il redécouvrit, dans toute sa plénitude, l'amitié profonde, vraie et inébranlable qui l'unissait à Milo. Elle n'avait pas changé depuis leur enfance, elle semblait aussi éternelle que la glace qu'il créait. Il avait l'impression de ne pas avoir bien su l'évaluer, ni l'apprécier durant les années passées. Dire que souvent, il s'était targué d'être un homme solitaire, coupé de tous et tout sentiment. Quel crétin ! Tout le monde y avait cru sauf Milo. Milo ne l'avait jamais pris pour lui. Milo avait toujours accueilli ces discours-là d'un grand rire et d'une grande tape dans le dos ponctuée d'un de ces surnoms stupides qu'il lui donnait depuis qu'il était devenu chevalier du Verseau. Milo bordélique, dragueur, bruyant, rigolard, bavard et qui était la seule personne de ce genre que Camus pouvait supporter dans son sillage pendant plus d'une heure. Qui l'avait toujours supporté, lui son parfait contraire, sans que Camus sache expliquer comment. Avant Eléa, Avant Gaëlle, c'était Milo qui l'avait obligé à rester un peu attaché au reste des humains.
Quand Hadès l'avait ressuscité et envoyé avec les autres, attaquer le Sanctuaire, la plus grande peur de Camus avait été de tomber sur lui. Rétrospectivement, Camus remerciait le ciel de ne pas s'être retrouvé seul contre lui. Aurait-il été capable de le tuer ? S'il l'avait fait, qu'en aurait-il été de leur amitié aujourd'hui ? Non vraiment, il avait échappé à un choix trop cruel qui l'aurait détruit.
- Hé ho Camus !
Le Verseau sortit de ses pensées et s'aperçut qu'il avait décroché de la conversation depuis plusieurs minutes. Milo semblait vexé :
- Non mais dis, si je t'ennuie, je m'en vais !
- Excuse-moi, tu ne m'ennuies pas du tout. J'avais seulement la tête ailleurs.
- Le temps a passé drôlement vite, il est une heure du matin ! Faut que je rejoigne les autres !
- Tu ne voudrais pas faire un bowling plutôt ?
Camus n'était pas sorti depuis très longtemps, il se sentait bien et n'avait absolument pas envie de retourner au Sanctuaire. Et puis, (ça non plus, il ne le dirait jamais) il voulait que Milo reste avec lui. Alors il avait lancé la première idée qui lui était passée par la tête.
Un éclair de surprise passa sur le visage de Milo.
- C'est toi qui proposes ça ?! Mais on va peut-être finir par te civiliser !
- Oh ça suffit la bestiole ! râla Camus. On y va ou on repousse à une autre fois ?
- Ah non, j'en profite puisque tu es d'humeur à te mêler aux communs des mortels ! s'écria Milo qui semblait positivement ravi. Tu as déjà joué au bowling ?
- Non, répondit Camus en haussant les épaules.
- Je vais te mettre la pâtée !
Ca, ce n'était pas sûr, pensait Camus qui savait –en toute modestie- qu'il apprenait très vite.
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Pour les cinq Bronzes, cette sortie en boîte fut la première de leur vie. Comme plusieurs majeurs étaient venus avec eux, on ne leur avait pas fait de problème pour entrer. Kanon et Aiolia avaient d'ailleurs bien ri de se retrouver « chaperons » des cinq Chevaliers Divins, protecteurs d'Athéna et héros des Guerres Saintes lesquels, dans le monde « normal » n'étaient qu'une bande d'ados dont la moyenne d'âge tournait autour de quinze ans et qui n'avaient encore ni le droit de conduire, ni celui d'entrer en boîte, ni celui d'acheter de l'alcool. Ikki, fort vexé et qui se savait paraître plus vieux que son âge, avait filé au bar fissa et était revenu avec un verre de whisky qu'il avait bu cul sec pour bien montrer qu'il n'avait plus rien d'un gamin depuis longtemps.
Par ailleurs, il n'avait rien à prouver. Malgré la différence d'âge, les chevaliers d'or savaient très bien que leurs jeunes collègues étaient mentalement aussi matures qu'eux après avoir affronté plus de souffrances que la plupart des hommes adultes de cette planète.
Ils s'étaient installés autour de deux tables réservées tout au fond de la boîte. Seika était la seule fille du groupe mais son frère veillait sur elle de près et ne tarda pas à l'entraîner joyeusement sur la piste de danse, gardant un œil averti sur le premier qui oserait en profiter pour la draguer.
Shiryu n'avait absolument pas l'intention de bouger de son fauteuil, l'idée d'aller danser lui semblant aussi saugrenue que celle de faire un numéro de clown devant les apprentis du Sanctuaire. Un verre de Coca à la main, il passa la soirée à deviser avec Saga.
Ikki, d'un caractère peu réceptif à la timidité et enhardi par un verre d'alcool bu cul sec et le ventre vide, se leva très vite et disparut parmi la foule de la boîte sous les yeux mi-surpris, mi-ennuyés de Shun.
- Mais où va-t-il comme ça ?
- Draguer ! clama Aiolia en riant. Vous feriez bien de l'imiter les jeunes !
Shun fit une petite moue et lança un regard éloquent à Hyoga. Ce dernier ne se sentait pas très à l'aise dans cette ambiance un peu surchauffée. Cependant, la musique et la proximité de Shun lui rappelèrent cette envie de profiter de la vie qu'Andromède avait lui-même professé quelques jours plus tôt. Certaines choses ne pouvant ni être dites, ni être faites devant leurs pairs, Hyoga chuchota à l'oreille de son petit ami :
- Viens avec moi, on ne va pas rester assis là toute la soirée. Ce n'est pas toi qui voulais tester ce genre d'expérience pour vivre comme quelqu'un de normal ?
- C'est vrai, répondit Shun. Mais tout ce monde…je n'ai pas l'habitude.
- Moi non plus. Mais on ne va pas avoir peur de ça hein ? Viens…
Hyoga aurait bien voulu le prendre par la main mais le regard plutôt attendri de Saga sur eux le retint. Le Gémeaux avait-il déjà tout compris ? Cachant sa gêne, Hyoga jeta un regard d'invite à Shun qui le suivit dans la foule. Il ne leur fallut pas longtemps avant de prendre conscience des nombreux regards qu'hommes et femmes posaient sur eux. Ils tentèrent de ne pas en tenir compte tandis qu'ils se mettaient à se déhancher la piste de façon à ne donner de soupçons à personne et surtout pas à Seiya et Ikki présents quelque part dans la boîte.
- Hyoga, je ne sais pas danser ! avoua Shun, pas du tout dans son élément.
- Il n'y a rien à savoir ! répondit son ami qui trouvait, somme toute, la situation assez drôle. Regarde un peu les gens, c'est pas compliqué de faire pareil !
Aucun des deux n'avaient conscience de sa propre beauté, ni de l'impression terriblement attirante et attendrissante qu'il donnait on aurait dit deux anges tombés de leur nuage et essayant de s'adapter à cet univers de fête, d'alcool et de séduction sans se salir les ailes. Par contre, chacun regardait l'autre et ne voyait que lui. Cette situation où ils étaient obligés de ne pas se montrer qu'ils s'aimaient était terriblement frustrante.
Si frustrante qu'ils ne purent tenir très longtemps…Après ce qui s'était passé à la plage, leur demander de se tenir loin l'un de l'autre relevait de l'impossible. Bientôt, Shun vint simplement poser son front contre celui de Hyoga, créant instantanément une bulle d'isolation autour d'eux : la musique, les gens, tout disparu à leur conscience. Sauf eux. Ils se sourirent, s'enlacèrent, le charme se renforçant. Hyoga, légèrement plus grand, posa ses lèvres sur le front de Shun puis descendit, doucement, tendrement jusque sur le bout de son nez avec lequel il joua du bout des dents, faisant sourire son compagnon. Shun prit son visage en coupe, l'immobilisa et vint chercher ses lèvres qu'il captura des siennes, déclenchant un gémissement de plaisir à Hyoga.
Ils étaient partis tellement loin…que lorsqu'un quelqu'un, manifestement un peu aviné les bouscula, leur bulle éclata, les laissant désorientés et malheureux. Mais Shun saisit la main de Hyoga et dit d'une voix frémissante :
- Je n'ai pas envie de rester ici. Viens, on s'en va. Ne masquons pas nos cosmos pour rassurer les autres.
Ils sortirent de la boîte de nuit, soulagés de respirer un air plus pur et plus frais et marchèrent pendant quelques minutes, parmi les noctambules, appréciant de n'être que deux garçons libres de se tenir par la main. Libres aussi de s'embrasser en public, sans choquer personne puisque tous les jeunes autour d'eux ne se gênaient pas. C'est comme ça qu'ils finirent contre un mur quelconque, perdus dans les bras l'un de l'autre.
- Tu as changé…, souffla Hyoga à Shun entre deux baisers.
Ce dernier sourit tendrement :
- En bien ou en mal ?
- En bien. Tu es moins timide. Tu n'imagines pas…tes mains sur moi, le regard que tu as, ta façon d'embrasser…
Hyoga avait l'impression d'avoir beaucoup de choses à dire mais la façon de les exprimer venait difficilement. Il avait peur que ça fasse niais ou cliché alors que ce qu'il ressentait pour Shun était bien trop beau pour être exprimé ainsi. Comment lui faire comprendre ?
Comme s'il avait lu dans ses pensées, Shun posa une main sur sa joue et murmura :
- Je sais ce que tu ressens pour moi. Tu me l'as montré ce matin à la plage.
Il se mordit légèrement la lèvre en souriant :
- Je suis content d'avoir changé. Je sentais bien qu'il le fallait. Quand on est rentrés des Enfers, je me sentais si faible et si mal que j'ai cru ne jamais m'en remettre. Et finalement, je vois bien que c'est en train de passer parce que j'ai tout ce qu'il me faut pour me sentir fort : la paix, tous nos amis vivants, mon frère près de moi, toi… Je n'imagine pas ma vie sans vous tous. Je voudrais qu'on ne sépare jamais.
Hyoga s'appuya d'une main sur le mur et de l'autre, lui caressa les cheveux :
- Rester tous en groupe, ça risque d'être compliqué. Nous allons vivre et tracer nos chemins. Mais ce qui nous lie les uns aux autres ne s'effacera jamais, tu le sais. Nous resterons liés même à des milliers de kilomètres de distance. Quant à Ikki, il faut que tu t'attendes à ce qu'il finisse par partir. Mais tu n'as pas à craindre qu'il t'oublie, il reviendra toujours vers toi.
Les yeux de Shun s'étaient assombris en écoutant ces mots :
- Oui…je sais que c'est assez illusoire de croire que nous vivrons toujours tous ensemble.
- Tu arriverais à te contenter de mon humble présence ? murmura Hyoga avec un regard doux.
Shun lui sourit :
- Je ne veux jamais être séparé de toi.
- Ca n'arrivera pas. Si tu le veux bien, nous nous arrangerons pour vivre ensemble. Je n'envisage pas ma vie sans toi non plus.
Les yeux de Shun s'emplirent soudain de larmes. Il saisit doucement le t-shirt de Hyoga et l'attira vers lui.
- Toujours ? souffla-t-il à deux centimètres de ses lèvres.
- Toujours.
Leur baiser dura une éternité…
