Le Pacte du Sang – Chapitre 24 – Conversation avec un Directeur

Severus descendit prendre son petit-déjeuner. Amelia se trouvait à la cuisine. Elle l'accueillit d'un sourire, manifestement contente de voir qu'il pouvait se tenir sur ses deux jambes. Il avait toujours l'air mal en point mais à part cela, il allait bien. Il mangea avec appétit – il avait faim. De plus, il avait besoin de prendre des forces pour guérir.

Ils mangèrent tous les deux en silence. Mais Amelia lisait bien sur son visage qu'il était perturbé. Il semblait préoccupé. Elle n'osa pas l'interrompre dans son train de pensées. Lorsqu'il eut terminé, il quitta la cuisine en silence. Il n'alla pas loin : il se trouvait dans le salon, cherchant quelque chose dans sa bibliothèque.

Amelia l'entendait prendre des livres des étagères. Elle se demanda ce qu'il cherchait en réalité. Quand elle eut fini de faire la vaisselle, elle le rejoint dans le salon. Plusieurs livres étaient éparpillés ici et là, ouverts. Elle se rappelait la disposition de la bibliothèque – il lisait des livres rangés sur l'étagère contenant les ouvrages de Magie Noire.

"Puis-je vous aider, Maître ?" demanda-t-elle d'une voix douce, bien qu'incertaine quant à sa réaction.

Severus lui jeta un coup d'oeil. Il semblait réfléchir à sa réponse. "Non, pas pour le moment, je vous remercie."

Amelia dut reconnaître qu'elle était un peu déçue. Elle aurait aimé fouiller dans sa bibliothèque, avec lui. Ils partageaient le même intérêt pour les livres et la lecture. Elle alla à l'étage pour faire le lit. Au même moment, elle se rappela la conversation avec le portrait de Dumbledore, dans le labo. Elle voulait y retourner mais avec un Severus en suffisamment bonne forme pour pouvoir marcher, ce serait difficile, voire pratiquement impossible à faire sans attirer son attention. Elle dut remettre son projet à plus tard, et trouver une autre occasion de poursuivre son petit bavardage avec le Directeur.

Severus continua sa recherche. Il savait ce qu'il recherchait. Des horcruxes. Il avait déjà lu quelque chose à ce propos, mais c'était il y avait fort longtemps et il ne se souvenait plus où. Il était cependant certain d'un point : ce n'était pas à Poudlard. L'accès à ce type de Magie très noire aurait prohibé. Il n'était pas tombé dessus chez les Malefoy – Lucius aussi possédait une impressionnante bibliothèque, laquelle contenait certains ouvrages rares et même interdits. Non, il avait dû lire à ce sujet ici même, chez lui, à Spinner's End – donc, il devait bien avoir un livre sur la question quelque part ici.

Peut-être que la jeune sorcière pourrait s'avérer utile pour l'assister. Pourtant, il n'avait pas très envie de révéler une information qui pourrait s'avérer fatale pour eux deux. Il avait un devoir envers elle, envers sa protection. Il faisait confiance à l'Occlumencie de la jeune femme mais cette information était bien trop cruciale pour être partagée. Pas maintenant. Il avait besoin de confirmations supplémentaires avant de prendre la décision de lui en parler ou pas.

Il ouvrit plusieurs autres livres. Quand il en avait fini avec un ouvrage, il l'empilait avec les autres. Les livres ainsi mis à part avaient commencé à former une tour. Il soupira. Peut-être que l'information qu'il recherchait se trouvait bien dans cette pile de livres et qu'il était passé à côté. Peut-être qu'un autre regard serait utile après tout. Un autre soupir. Il prit un autre ouvrage de l'étagère et l'ouvrit.

Il s'assit dans le canapé, attentif à ne pas reposer son dos douloureux contre le dossier. Il parcourut la table des matières et cette fois, il laissa échapper un soupir de soulagement. Il l'avait trouvé. Il y avait bien un chapitre sur les horcruxes. Il alla à la page et commença à lire.

Ce qu'il y lut ne le rassura pas. Bien au contraire.

Severus jeta un œil vers l'escalier menant à l'étage. Amelia se trouvait toujours dans la chambre. Il continua à lire tout le chapitre. Alors qu'il progressait dans sa lecture, il sut qu'il aurait besoin d'avoir bientôt une petite discussion avec un certain Directeur.

Amelia descendit plus tard. Elle trouva Severus toujours assis, son regard sombre fixant le vide devant lui, manifestement perdu dans de profondes réflexions. Elle n'osa pas l'interrompre. Un livre était ouvert sur ses genoux. Apparemment, il avait trouvé ce qu'il était déjà en train de chercher depuis une heure environ.

Severus perçut sa présence et revint à la réalité. Il la regarda et se leva du canapé. "Je suis dans mon labo, Amelia," dit-il seulement, tout en dirigeant ses pas vers le couloir. Elle fit oui de la tête. Il lui parlerait le moment venu, elle en était certaine.


Severus ferma la porte derrière lui. Non pas qu'il ne souhaitait pas qu'Amelia l'entende. Il savait qu'elle ne l'espionnerait pas. Cependant, la sécurité de la jeune femme était l'une de ses principales préoccupations. Il avait d'abord besoin de conseils. Peut-être que je pourrais utiliser le vieux après tout. C'est maintenant ou jamais, songea-t-il avec aigreur.

Le livre toujours en main, il tapota le cadre du portrait de sa baguette. Le vieux Directeur semblait être en train de somnoler. "Dumbledore !" l'appela-t-il pour le réveiller tout en tapotant encore le cadre de sa baguette.

Le vieux sorcier ouvrit les yeux et jeta un regard bienveillant à Severus. "Oh, Severus ! Mon garçon, je suis si content de vous voir."

Le Maître des Potions eut un ricanement, en dépit du ton sincère de son ancien mentor. "Pas autant que moi."

"Je suis heureux d'entendre que vous considérez toujours ma présence comme une source de joie pour vous, mon garçon," fit le vieux sorcier avec un éclat dans ses yeux bleus.

Severus se demanda si cette sortie était vraiment sincère. "Depuis quand faites-vous dans l'ironie ?" railla-t-il.

"Depuis qu'un certain Maître des Potions est entré à mon service."

Severus lui lança un regard sombre et mauvais – ce qui suscita un petit rire de la part du portrait. "Sérieusement, qu'est-ce que je peux faire pour vous, Severus ? Vous semblez... inquiet."

"Je le suis." Il soupira. Il ne savait pas comment aborder le sujet. Il choisit une approche directe. "Que savez-vous sur les horcruxes ?"

La question figea le sourire de Dumbledore sur ses lèvres. L'éclat de ses yeux avait tout à coup disparu. "Pourquoi est-ce que vous voulez savoir ?"

"Répondez à ma question, Dumbledore."

Le vieil homme soupira. "Je croyais que vous saviez déjà tout à ce sujet. Après tout, c'est vous l'expert en Magie Noire."

"Je veux entendre votre version." Le jeune sorcier le fixait d'un regard déterminé dans les yeux. Rien ne pourrait le détourner de son but – obtenir une réponse.

Dumbledore comprit que lorsque Severus prenait ce ton, il savait bien qu'il ne pourrait pas éluder la réponse.

"Comme vous le savez déjà, les horcruxes sont de la Magie très noire, Severus." Il soupira. "Donc vous avez trouvé alors ?"

Trouvé quoi ? Severus savait que le vieil homme essayait toujours de garder la question secrète et d'en révéler le moins possible. Le jeune sorcier était bien conscient qu'il aurait besoin de toute sa ruse de Serpentard pour obtenir la vérité. "Je veux seulement une confirmation de mes découvertes."

"Je suppose que vous connaissez ce pour quoi ils sont créés."

"Pour assurer l'immortalité ? Oui, j'ai compris ça après avoir trouvé plus d'informations à leur sujet, dans un livre que j'ai ici." Ce disant, il tendit le l'ouvrage pour que Dumbledore le voie. "Ce que j'ignore, ce sont les détails en rapport avec le Seigneur des Ténèbres." Et avec Potter. Mais ça, je n'ai pas besoin de le demander. Pas encore.

Dumbledore approuva de la tête. "Certes. Tom a créé des horcruxes par le passé. Plusieurs d'entre eux. Je suppose que vous savez comment il a procédé."

"Oui, je le sais. Par le meurtre. Combien ? Parce qu'une puissante intuition me fait dire qu'il ne s'est pas contenté de partager son âme en deux morceaux uniquement."

"Vous avez raison. Cinq, ça j'en presque suis sûr. Il pourrait y en avoir d'autres."

"Presque sûr ?!" Severus commençait à trouver que son ancien mentor se montrait plutôt énigmatique. Il fixa du regard le vieux sorcier. Il cache quelque chose, mais quoi ? "Vous voudriez bien vous expliquer ?" Il était déterminé à aller au bout de la question.

Dumbledore sortit un bonbon de sa poche, comme s'il cherchait à se donner un peu de temps avant de répondre. "Tom a enchâssé des morceaux de son âme dans des objets qui ont une signification pour lui. Deux d'entre eux ont déjà été rendus inopérants. Son journal intime a été le premier à avoir été détruit."

"Dans la Chambre des Secrets. Par Potter. Il y a presque cinq ans de cela. Et l'autre ?"

Dumbledore demeura silencieux. Il se contenta de jouer avec sa main autrefois estropiée. Les yeux de Severus se posèrent sur la main en question qui était revenue à un état sain. "La bague... cette bague ensorcelée que vous aviez passée au doigt... et que vous avez détruite avec l'Epée de Gryffondor !"

Dumbledore lui sourit. "Je constate que votre esprit est toujours aussi vif pour saisir la vérité, Severus, malgré ce qui vous est tombé dessus il y a quelques heures."

"Cela fait partie de mon kit de survie," railla Severus avec froideur. "Vous ne m'avez jamais dit pourquoi vous aviez enfilé cette bague. Vous saviez alors que c'était un horcrux ?"

Dumbledore fit oui de la tête. Il y avait bien plus que cela au sujet de cette bague mais en fait, Severus n'avait pas besoin d'en savoir plus. "Oui, mon garçon. Je le savais. Mais comme je vous l'avais dit alors, j'avais été tenté..."

Le Maître des Potions se rappelait de ce moment – il avait été furieux après la folie du Directeur. Il avait aussi fait de son mieux pour contenir le maléfice et réparer les dégâts que ce dernier avait infligés. Il était inutile de rallumer une fois de plus cette dispute. Le vieil homme était mort. "Et les autres horcruxes ? Qu'en est-il ? Deux ont été détruits, ce qui en laisse, si mes calculs sont exacts, trois autres dans la nature."

"Oui, vous avez raison, Severus. Je soupçonne que ce sont des objets en rapport avec Poudlard."

"Je confirme vos soupçons, Dumbledore. L'un d'eux est le Médaillon de Serpentard." Une pause. A présent, il s'agissait d'aborder la question qui perturbait réellement Severus. Une fois de plus, il opta pour une approche directe. "Et je suppose que vous comptez sur Potter pour trouver les autres ? Voilà pourquoi vous aviez toutes ces conversations privées avec lui à Poudlard l'année dernière." Avant que je vous tue.

Dumbledore observa le Maître des Potions avec intérêt. "La vivacité de votre intellect ne cessera jamais de me surprendre, Severus."

"La flatterie ne vous mènera nulle part avec moi, Dumbledore. Après toutes ces années, vous devriez mieux me connaître. Alors ?"

"Alors ? Oui. J'ai confié à Harry et à ses deux amis, le soin de trouver les autres horcruxes. Et de les détruire."

"Pourquoi ? Pourquoi confier une tâche aussi essentielle à une bande de gamins ? Pourquoi n'avez-vous pas confié cette tâche à..."

"A vous, Severus ?"

"A moi ou à quelqu'un d'autre de l'Ordre. A Minerva. Ou à Kingsley. Ou même à Lupin. Pour le dire en un seul mot : à des adultes compétents, et expérimentés en magie. Pas à des gosses !"

"Je crois que vos propres devoirs envers le Seigneur des Ténèbres vous prennent déjà beaucoup de temps, Severus. Par ailleurs..."

"Par ailleurs, vous ne me faites pas suffisamment confiance, je sais !" acheva Severus, la colère grondant dans sa voix.

"Ce n'est pas ce que j'avais l'intention de dire," rétorqua Dumbledore, sans admettre l'interruption. "Bien sûr que si, je vous fais confiance, Severus. Nous avons déjà eu cette conversation l'année dernière. Ce que vous faites est une mission que je n'aurais confiée à nul autre que vous. C'est seulement que pour certaines raisons, Harry doit être celui qui doit accomplir celle tâche-là en particulier."

"Mais si le garçon et ses acolytes échouent ? Avez-vous pensé à un plan B ?"

"Harry n'échouera pas."

"Vous n'en savez rien !" fit Severus avec véhémence.

"Je sais qu'il réussira car il le doit. La recherche des horcruxes de Tom n'est pas une simple découverte d'objets magiques, combien puissants peuvent-ils être. C'est une lutte entre le Bien et le Mal !" Une pause. "Pour vous dire la vérité, Severus, je ne pense pas que vous soyez tombé par hasard tout seul sur ces histoires d'horcruxes. Après tout, je ne vous avais laissé aucun indice sur la question."

Severus devait concéder au Directeur ce point. "Non, c'est vrai." Une pause. "Je l'ai... lu dans l'esprit du Seigneur des Ténèbres. Je l'ai vu hier au Manoir des Malefoy. Il m'a puni et laissé Bellatrix me torturer après. Il m'a puni parce que je n'aurais rien fait pour empêcher Potter de s'enfuir du Ministère il y a deux jours de cela."

Dumbledore fronça les sourcils. "Mais que faisiez-vous au Ministère ?"

"La question devrait plutôt être ce que Potter y faisait, vous ne croyez pas ?!" contre-attaqua Severus avec dureté. "J'y étais... pour Amelia. Elle avait été sommée d'apparaître devant cette folle d'Ombrage et sa Commission d'Enregistrement des Nés-moldus. Mais pendant l'interrogatoire d'Amelia, Potter et ses deux amis sont entrés dans la salle du tribunal et ils ont volé un bijou qu'Ombrage portait autour du cou. Je ne savais pas ce que c'était d'abord. Mais lorsque le Seigneur des Ténèbres eut vent de l'incident, il le vit dans mon esprit et celui de Yaxley, un autre Mangemort qui avait été présent aussi au même moment."

"Et je suppose que vous avez perçu l'angoisse de Tom à propos de cet objet." Le problème d'Amelia serait traité plus tard.

"Ce n'est rien de le dire. Il en était littéralement furieux ! Furieux et... effrayé. C'est pourquoi Yaxley et moi avons été sévèrement châtiés."

Dumbledore eut un regard de compassion pour le Maître des Potions. "Je suis désolé de l'entendre, Severus. Vraiment."

"Je crois que cette information en valait la peine. Du moins pour moi, car j'ai ainsi découvert la vérité. Mais je suppose que vous le saviez déjà. Ainsi que Potter, car il était de toute évidence présent au Ministère, malgré les risques, pour pouvoir s'emparer de ce médaillon. Ai-je besoin de vous rappeler que sa tête est mise à prix ? Dix mille gallions, au fait."

"Certes. Les enjeux sont de plus en plus élevés," fit Dumbledore d'un ton désinvolte, comme s'il discutait du dernier prix de la loterie.

Severus était perplexe face à cette remarque. Il ne savait pas si c'était ironique ou bien de l'ordre du simple constat. Oui, le vieux sorcier avait raison – les enjeux augmentaient de plus en plus dans cette guerre. Pour tout le monde, y compris lui-même.

"Dumbledore, pourquoi est-ce que Potter a pris un tel risque, je veux dire, se rendre au Ministère, alors qu'il a été étiqueté « Indésirable No. 1 » depuis des mois ?!" Stupide Gryffondors... "Vous ne m'avez pas tout dit. Et les autres horcruxes ? Vous avez déjà mentionné que deux ont déjà été détruits. Maintenant le Médaillon de Serpentard. Quels sont les deux autres ?"

Dumbledore soupira. Il savait que Severus était un homme déterminé et qu'il ne lâcherait rien. "J'avais collecté un souvenir que j'avais montré à Harry l'année dernière. Un souvenir sur ce que Tom avait pu tramer après avoir quitté Poudlard et avant de disparaître. Il avait travaillé pour Borgin et Burke's. Il était chargé de trouver des objets magiques rares. Il était plutôt bon dans cette activité en fait. Il utilisait son charme pour rencontrer des gens et les persuader de lui vendre ces objets. Par exemple, il avait été en contact avec une certaine Mme Hepzibah Smith, une vieille sorcière très riche qui affirmait être une descendante d'Helga Poufsouffle elle-même. Un jour, elle lui montra la Coupe d'Helga Poufsouffle. Inutile de dire que l'intérêt de Tom a été suscité à son maximum." Il soupira. "Ah, il savait comment jouer de son charme. Mais cette fois, la vieille dame ne voulait pas se défaire de l'objet. Pauvre Hepzibah... On l'a retrouvé morte quelques jours plus tard. Empoisonnée. Son elfe de maison a été accusée. J'étais parvenu à obtenir les souvenirs de la pauvre créature avant qu'elle ne meure elle aussi."

"Donc la Coup de Poufsouffle est un autre horcrux ? Ca fait sens."

"Oui, en effet."

"Et le dernier ?"

"Les choses sont plus difficiles pour celui-là. Je ne sais pas. Ca pourrait être un objet en relation avec Serdaigle, si je suis la logique de Tom. Mais je n'ai aucune idée de ce que ça pourrait être. Filius sait probablement quelque chose à ce sujet."

Severus ricana. "Je ne crois pas que le Directeur de la Maison de Serdaigle serait très heureux de me revoir, et encore moins de m'aider à résoudre cette question !" Un sourire moqueur ponctua sa remarque. "Et l'Epée de Gryffondor ? Comment cela se fait-il que le Seigneur des Ténèbres ne l'a pas transformée en horcrux ?"

"Bonne question, Severus. Cependant, la réponse est simple : l'Epée est située dans le bureau du Directeur de Poudlard. Hors de portée de Tom."

"Plus maintenant. Lucius est le Directeur désormais."

Dumbledore eut un petit rire. "Ca, c'est ce que tout le monde croit." Devant l'air perplexe de Severus, il poursuivit : "L'Epée exposée dans mon ancien bureau est un faux, Severus. De plus, elle n'y est plus. Elle a été transférée dans un coffre à Gringotts."

"Où est la vraie alors ?"

"Toujours à Poudlard." Dumbledore prit un ton conspirateur, même s'ils n'étaient que tous les deux. "Elle est stockée en sécurité dans une niche cachée derrière mon portrait là-bas." L'éclat de ses yeux était revenu. "Vous et moi, nous sommes désormais les seuls à connaître ce détail. Pas même Minerva est au courant. A présent, vous ne pouvez plus dire que je ne vous fais pas confiance, Severus."

Le Maître des Potions sourit moqueusement. Très drôle. "J'apprécie, Dumbledore," répliqua-t-il avec ironie.

"Je suis ravi de savoir que vous ne m'en voulez pas pour ces petits secrets et le fait que je ne vous ai pas mis de suite dans la confidence, Severus."

"Pas mis tout de suite dans la confidence ?! Qu'est-ce vous voulez dire par là ?"

"Oh, je veux dire que j'avais l'intention de tout vous raconter le moment venu. Lorsque j'aurais eu besoin que vous soyez au courant de cette histoire."

"Parce que vous avez besoin que je le sache maintenant !" rétorqua Severus avec un ton franchement moqueur. "C'est quoi, la prochaine tâche ? Voler la véritable Epée de Gryffondor avant que le Seigneur des Ténèbres ne mette la main dessus et en fasse une autre horcrux ?"

Dumbledore sourit. "Quelque chose dans ce goût-là, Severus."

Le jeune sorcier lui lança un regard mauvais. "Vous devez plaisanter."

"Non, je ne plaisante pas. Severus, je veux que vous alliez voler l'Epée et que vous la remettiez à Harry."

Cette fois, le Maître des Potions devint livide. "J'ai besoin de m'asseoir." Il prit une chaise à côté et se laissa tomber dedans, littéralement. Le vieux schnock était définitivement devenu cinglé maintenant. Même par delà la mort. Severus n'avait pas imaginé qu'un défunt pouvait devenir fou ou pire encore – faire de sa vie un enfer sur terre, avec un tel projet.

"Je veux que vous preniez l'Epée, Severus, et que vous la donniez à Harry. C'est très important !"

"Pourquoi est-ce si important ?" Peut-être qu'il y aurait là un moyen de mettre fin à cette blague ou quoi que ce soit d'autre. Et éviter une mission suicide.

"Vous vous rappelez que Harry a tué le basilic avec, lors de sa deuxième année à Poudlard. L'Epée est imbibée de venin de basilic. Elle a conservé les qualités du venin. Cette substance peut détruire les horcruxes. Voilà pourquoi il est crucial de donner l'Epée à Harry, Severus. Songez-y : l'Epée peut détruire les horcruxes. Vous le savez, vous avez remarqué que j'ai détruit la bague avec l'année dernière."

Le Maître des Potions dut reconnaître que le vieux Directeur avait raison. Il soupira. "Je ne peux pas, Dumbledore. Pas cette fois. Trouvez quelqu'un d'autre pour ce travail. Pourquoi ne pas demander à Minerva ? Ou à Filius ? Ou bien à Pomona ? Ils sont déjà sur place, à Poudlard."

"Ce n'est pas possible. Ils n'ont plus accès au bureau du Directeur. Lucius Malefoy leur a interdit d'y entrer. Les Carrow ont reçu ordre de leur barrer l'accès. Mais vous... en tant que Mangemort, ami de Lucius, vous êtes dans une bien meilleure position qu'eux pour le faire." Il eut un regard de compassion pour le jeune sorcier. "Severus. Une fois de plus, je réalise que j'exige beaucoup de vous. Mais si nous voulons la chute du Seigneur des Ténèbres, il n'y a pas d'autres moyens. Détruire les horcruxes, c'est détruire Tom."

Severus soupira. "Je ne peux pas garantir le résultat cette fois. Poudlard est très fortement gardé. Plus que jamais." Il eut un regard franc pour le vieillard dans son portrait. "Je suis désolé, Dumbledore, mais cette fois, c'est non, je ne peux pas le faire. Je ne peux tout simplement pas."

"Vous avez promis de faire pour moi tout ce que je voulais, Severus." La voix de Dumbledore était devenue froide. Même glaciale. Ses yeux avaient perdu de leur bienveillance habituelle. Ils étaient soudainement devenus aussi durs que l'acier. Son regard bleu était celui d'un homme qui voulait faire avancer son projet, quel qu'en pouvait être le prix.

Severus ferma les yeux, comme s'il était sur le point d'être condamné à perpétuité. Il sentit la magie du Serment qu'il avait alors passé avec le vieux Directeur l'étreindre une fois de plus. J'ai déjà été condamné à perpétuité. Quand j'ai fait ce Serment Inviolable avec lui. Le serment magique avait déjà été pris en jurant sur sa vie même. Lorsqu'il ouvrit de nouveau les yeux, son visage était une fois de plus insondable.

"Vous avez promis de faire pour moi en retour tout ce que je voulais, Severus. Dois-je vous le rappeler ?" La voix du portrait était toujours froide, presque brutale.

"Non, ce n'est pas la peine." Est-ce que je vais payer jusqu'à la fin de ma vie ? Avec ma vie même ?

"Donc, vous savez ce qu'il vous reste à faire, Severus. Allez prendre l'Epée de Gryffondor du bureau du Directeur à Poudlard, là où elle est cachée, derrière mon portrait. Une fois en sa possession, trouvez un moyen pour la remettre à Harry. Voilà mes ordres, afin d'abattre Tom."

Severus fit oui de la tête rapidement. Il ne tenait pas à entendre le couplet suivant : le refrain sur Lily, Lily qu'il avait aimée. Avait aimé ? Le jeune sorcier fut surpris. Avait aimé – comme s'il ne l'aimait plus ? Non, il l'aimait toujours. Enfin, vraiment ? Il ne savait plus. Il réalisa qu'il était dévoué envers une défunte, une femme qu'il avait aimée et chérie presque toute sa vie, de manière non réciproque – mais à présent ?

"Severus, vous êtes avec moi ?" demanda Dumbledore, pas sûr de ce que son Maître des Potions était en train de penser.

"Oui, je le suis, Dumbledore, je le suis. J'étais seulement en train de réfléchir."

"Réfléchir à la façon dont vous allez procéder ? Bien. J'ai confiance en vos talents et votre ruse, Severus. Je sais que vous réussirez."

La seule différence entre Dumbledore et Voldemort, selon Severus, était dans la manière qu'utilisaient les deux sorciers pour encourager leurs troupes. Dumbledore était tout en encouragements et confiance. Tandis que le Seigneur des Ténèbres avait recours aux menaces et aux châtiments. Deux façons de diriger totalement opposées. Mais le résultat pouvait être identique : Severus savait bien qu'un jour, il serait amené à en payer le prix par sa vie même.

"Au fait, Severus, demandez à Amelia, pour l'objet de chez Serdaigle que Tom pourrait avoir transformé en horcrux. Elle doit connaître les légendes autour de Serdaigle. Elle m'a donné l'impression d'être une femme très cultivée."

Ces dernières paroles sonnèrent l'alarme dans l'esprit de Severus. "Que voulez-vous dire par « elle m'a donné l'impression » ?"

"En fait, nous nous sommes rencontrés hier," répondit Dumbledore, comme si de rien n'était. "Elle cherchait vos potions dans votre labo et pour lui faire gagner du temps, je lui ai indiqué où elles se trouvaient. Voilà comment elle a été mise au courant de ma... présence chez vous." Cette fois, le regard bienveillant était revenu sur le visage du vieux sorcier. "Je m'inquiète pour vous, Severus. Je suis sincère."

"Ca veut dire que... qu'elle sait pour vous... ici. Pour votre portrait."

"Vous lui avez appris l'Occlumencie, Severus." Il sourit. "Il se peut qu'elle vous soit d'une grande aide dans vos projets, vous savez."

"Mes... projets ? Vous voulez dire que je devrais... l'utiliser comme vous m'utilisez, moi ?"

"Si vous le voyez ainsi, oui, pourquoi pas. Severus, vous ne pouvez pas gagner cette guerre tout seul. Pas plus que Harry. Pourquoi croyez-vous que j'ai associé ses deux amis à sa quête ? Pourquoi suis-je ici, avec vous, maintenant ? Pour la même raison. C'est un travail d'équipe, Severus. Quelque chose que Tom n'a jamais compris ni jamais pratiqué."

"J'aurais bien apprécié si vous en aviez fait de même pour « l'euthanasie » que j'ai pratiquée sur vous," répliqua Severus avec dureté. "Ca m'aurait évité d'être ostracisé par le reste de l'Ordre. Et mon statut auprès du Seigneur des Ténèbres n'en aurait pas souffert le moins du monde. Je suis un Occlumens."

"Oh oui, je dois admettre que j'aurais dû, en considération de tout ce que par quoi vous êtes passé après. Mais quelques fois, certaines expériences nous échappent et apportent un résultat inattendu. En tant que Maître des Potions, vous en êtes bien conscient. Je suis désolé, Severus, profondément désolé de tout cela. Mais promettez-moi, promettez-moi que vous laisserez Amelia vous aider. Je crois qu'elle vous a déjà prouvé ce qu'elle valait. Elle a prouvé qu'elle ne se retournerait pas contre vous."

"Comment pouvez-vous en être aussi certain ?" railla Severus.

"Parce que vous lui avez donné la baguette de votre mère. Si vous aviez eu le moindre doute à cet égard, vous ne l'auriez pas fait."

Cette espèce de vieux schnock ! Rien ne lui échappe. Severus approuva d'un signe de tête. "Mais je ne veux pas qu'elle soit confrontée au danger. Elle a déjà beaucoup souffert."

"Et elle souffrira encore plus si nous n'arrêtons pas Tom. Vous le savez et je le sais aussi," opposa Dumbledore d'un ton sérieux. Comme Severus ne répondait pas, il poursuivit : "Travaillez ensemble. Vous avez ma bénédiction. Vous n'avez pas d'autre soutien qu'elle, Severus. Pensez-y. Oh ! Je dois y aller. J'entends que quelqu'un vient d'entrer dans le bureau du Directeur. Au revoir, Severus, et bonne chance."

En une seconde, il était parti. Severus soupira. Il se sentait soudain fatigué. Il avait voulu envoyer Amelia en lieu sûr, dans le manoir de ses grands-parents mais à présent, avec l'esprit retors de Dumbledore qui fonctionnait à plein régime, ce serait pratiquement impossible. De plus, il devait admettre que le vieil homme avait raison. Il avait besoin de soutien et la seule personne à pouvoir le lui donner inconditionnellement, était en effet Amelia.


Et voilà un autre tournant dans l'intrigue, lequel va déclencher d'autres événements par la suite, entre autre un changement dans le rythme de l'histoire. Je ne peux pas m'empêcher de songer que Dumbledore trouve toujours des idées pour garder Severus bien occupé. Bien entendu, je me suis fortement inspirée de certaines scènes des livres et des films Les Reliques de la Mort et Le Prince de Sang-Mêlé, notamment en ce qui concerne certains détails de la vie de Voldemort. Les fans attentifs que vous êtes, avez dû reconnaître ce à quoi je fais allusion dans ce chapitre. La seule grosse différence, c'est que dans mon histoire, Severus apprend l'existence des Horcrux.

J'ai aussi introduit la notion - laquelle revient souvent dans mes fics HP - que Dumbledore a obligé Severus à conclure un Serment Inviolable avec lui, notamment pour s'assurer de sa loyauté. Le vieux a profité de la détresse de Severus pour lui infliger ça. Un jeune homme aussi perturbé que pouvait l'être Severus à l'époque, perturbé par le fait qu'il avait mis involontairement la vie de Lily en danger, ne pouvait que céder à l'emprise de Dumbledore, alors au sommet de sa puissance. J'ai toujours pensé que Dumbledore aurait dû être envoyé chez Serpentard, rusé et déterminé comme il est. C'est ce Serment là qui est évoqué ici et que Dumbledore rappelle pour encore plus plier Severus à sa volonté.

En tout cas, c'est certain, Dumbledore sait comment occuper les journées de Severus... comment croyez-vous que ça va se passer, cette mission ? Mission suicide ou réelle nécessité imposée par la guerre ?

J'espère que vous avez aimé ce chapitre. J'espère aussi avoir gardé Severus et Dumbledore fidèles à leurs personnages.

J'espère aussi que vous laisserez beaucoup de commentaires - ça fait toujours plaisir et rappelez-vous que je publie régulièrement.

J'en profite aussi pour remercier les lecteurs qui laissent des commentaires hors-compte et que je ne peux remercier par PM. Je le fais ici. Je rappelle que je réponds aux commentaires laissés par les lecteurs qui ont un compte via PM.