La famille Cullen s'était réunie dans le salon de la splendide villa qu'ils occupaient à nouveau à Forks. Il ne manquait plus que son membre le plus illustre à mes yeux …Edward n'était pas encore rentré de sa chasse.
« L'affaire Victoria » occupait les esprits de tout un chacun, et l'inquiétude se lisait sur tous les visages d'albâtre qui m'entouraient. Même l'air renfrogné et contrarié de Rosalie ne parvenait à masquer un certain malaise.
Assise sur le canapé immaculé qui trônait au centre de la pièce, je les écoutais débattre sur la façon d'agir. J'avais l'impression de revivre les angoisses que la traque de James avait suscitée auparavant. Mais je vivais encore plus mal le fait d'être à nouveau complètement impuissante, et au centre d'un problème de taille pour la famille Cullen, sans parler désormais des Quileutes ! Je me faisais vraiment l'effet d'être le pire porte poisse de l'humanité …ou plutôt du monde des vampires et des loups garous…
Trainer ce sentiment de culpabilité m'oppressait, et j'avais beaucoup de difficulté à suivre la conversation qui fusait en tous sens :
- « Nous ne pouvons pas nous permettre d'exposer Bella comme la dernière fois ! » s'exclamait Alice.
- « Tu as raison, hors de question qu'elle serve d'appât ! » renchérissait Esmée.
- « Je comprends vos réticences, mais ce serait pourtant le plus sûr moyen de faire sortir Victoria de sa cachette et d'en finir une bonne fois pour toute. » déclarait Jasper d'un ton calme mais tendu, visiblement éprouvé par la tempête d'émotions qui devait le submerger.
- « Victoria est douée pour se planquer, nous aurons du mal à lui mettre la main dessus, j'avoue que moi aussi je ne vois pas d'autres solutions... » ajoutait Emmett d'un voix grave et sérieuse qui ne lui allait pas.
- « Nous n'avons qu'à la traquer à travers tout le territoire ! Elle ne peut quand même pas échapper à nous tous réunis ! » cracha Rosalie, les bras fermement croisés sur la poitrine.
- « Il est vrai que nous n'avons plus à nous soucier des dons de traqueurs de James, cependant nous n'avons pas l'assurance qu'elle est venue seule….elle a peut-être recruter de l'aide pour nous affronter… » disait Carlisle, seul membre de la famille Cullen a garder son sang-froid …enfin façon de parler évidemment étant donné sa condition de vampire…
- « Tu penses qu'elle a pu faire appelle à son ancien compagnon ? » demandait Esmée avec appréhension.
- « Ou pire …aux Volturi… »
- « Elle n'oserait pas cette garce !! » s'exclamait Rosalie
- « Elle peut très bien dénoncer le fait que Bella est au courant pour notre existence, mais n'est ni morte ni vampire … » déclarait Carlisle d'un air sombre.
J'avais l'impression d'être complètement détachée de la scène qui se jouait sous mes yeux perdus dans le vague. Tout cela allait trop vite pour moi.
Encore bouleversée par mes retrouvailles éprouvantes avec Edward, je devais à nouveau faire face à la menace d'un vampire qui non seulement suivait le régime traditionnel, mais qui en plus avait toutes les raisons de vouloir de se venger… Et pour ne rien arranger, je m'inquiétais non seulement pour la famille Cullen et mon père, mais j'éprouvais également une vive angoisse à l'idée de voir Jacob se trouver mêlé à tout cela. Je ne pouvais l'imaginer se battre avec ces êtres surnaturels si puissants, même si je concevais sans mal qu'un loup de la taille de Jacob pouvait représenter une menace. Avec son tempérament impulsif et irréfléchi, il allait forcément être blessé…
Je m'aperçu tardivement que quelqu'un m'interpelait. Alice se pencha vers moi et mit sa main glacée sur mon front.
- « ça va aller Bella ? »
- « Oui oui, ne vous en faites pas pour moi. » répondis-je par automatisme.
- « Est-ce que tu es d'accord ? »
- « Euh …d'accord pour quoi ? » fis-je embarrassée au plus au point d'avoir laissé mon esprit vagabondé loin de la conversation cruciale qui venait de se dérouler.
- « Tu vas rester ici sous notre protection le temps que nous mettions Victoria hors d'état de nuire. Nous nous relaierons auprès de toi pour que tu ne sois jamais seule.
- « Et ne t'avise pas de nous refaire le même coup que la dernière fois en te jetant dans la gueule du loup ! » soupira Alice en levant les yeux au ciel.
- « Et mon père ? » trouvais-je la force de demander.
- « J'appellerai ton père pour lui expliquer que tu restes un peu plus longtemps que prévu à Phoenix avec nous, et que je m'occuperai moi-même de justifier ton absence en cours cette semaine. » répondit doucement Carlisle.
- « Non je veux dire…Jacob l'a vu roder près de chez moi…mon père est surement en danger si elle essaye de se venger ! »
- « Ne t'inquiète pas Bella, je vais prendre contact avec Sam et nous allons nous associer aux Quileutes pour veiller également sur ton père, il ne lui arrivera rien je te le promets. » ajouta Carlisle de sa voix chaude et chaleureuse, tandis que Rosalie sifflait de rage ou dégout.
- « Je doute que Victoria s'intéresse vraiment à ton père… » déclara Jasper, « Elle cherche plus vraisemblablement à s'en prendre à Edward et à toi. »
- « où est Edward ? » m'exclamais-je brusquement, « Et s'il croisait la route de Victoria ! Il n'est pas encore au courant de sa présence, il peut se faire surprendre ! »
- « Nous n'avons pas réussi à le joindre sur son portable, mais ne t'inquiète pas Bella, s'il devait lui arriver quelque chose je l'aurais vu. » murmura Alice d'un ton rassurant.
- « sauf s'ils n'ont prévus ni l'un ni l'autre de se croiser ! » m'écriais complètement affolée.
- « Calme toi Bella, il ne va pas tarder. » insista Alice.
- « Et vous voulez que je reste tranquillement à la maison pendant que vous partez tous à la poursuite de Victoria ? C'est hors de question que j'attende ici en imaginant le pire pour chacun de vous ! »
- « Tu n'as pas le choix Bella …de toutes façons que pourrais-tu y faire ? Nous risquons davantage d'être blessé si nous devons te protéger d'elle, que si nous avons le champ libre et l'esprit tranquille en te sachant en toute sécurité. » déclara Carlisle avec patience.
- « Il a raison Bella. Cette fois nous sommes sur notre territoire, et nous aurons le soutien des Quileutes. Elle ne pourra pas nous échapper. Je ne pense pas qu'elle avait prévu la présence des Loups, et elle comptait surement pouvoir nous surprendre. Sans cet atout dans sa manche, elle n'a aucune chance. » ajouta Jasper, laissant parler l'expert en stratégie et combat qui sommeillait en lui.
Je les dévisageais un à un en silence. La plupart me sourirent pour me rassurer, et j'avais la désagréable impression d'être un enfant trop fragile et trop jeune pour être impliquer davantage dans les affaires sérieuses qui pourtant me concernaient directement.
Une bouffée d'amertume me noua la gorge tandis que je prenais la pleine mesure de mon impuissance chronique. J'avais terriblement peur de Victoria, et plus encore de ces Volturi qu'avait déjà vaguement évoqué Edward, et qui parvenaient à donner des accents de peur dans la voix même de Carlisle.
Mais je réalisais que j'avais encore bien plus peur que quelqu'un que j'aime ne soit blessé, et pour éviter cela j'étais prête à affronter moi-même Victoria, quitte à lui donner la satisfaction de se venger en m'éliminant… Evidemment c'était complètement futile et inutile. Et c'était d'autant plus frustrant et angoissant.
Ne voyant pas d'autres solutions à proposer à part mon pitoyable sacrifice, je renonçais à discuter. Mais étrangement je n'avais pas envie d'être là lorsqu'Edward allait rentrer et apprendre la nouvelle du retour de Victoria.
Je ne voulais peut-être pas le voir lui plus que quiconque ici présent, m'écarter à nouveau de sa vie en me laissant de côté dans un cocon tout relatif qui n'épargnerait jamais complètement ma frêle vie de mortelle.
Il allait encore se sentir responsable, et prendre les choses en main, et moi je ne pourrais que vivre l'attente passive et terrifiante pour savoir qui de lui ou de Victoria l'emporterait…
Je soupirais profondément, et me levais le cœur lourd.
Personne ne dit rien lorsque je m'éloignais vers l'escalier qui menait aux chambres. Je fuyais le regard inquiet d'Alice, et allais lâchement trouver refuge dans la chambre d'Edward dont les rideaux étaient toujours tirés. Je m'étendis sur le divan, le bras replié sur mon visage, masquant mes yeux et les larmes que je sentais poindre sous mes paupières. Et j'attendis.
