Chapitre 25 – Une Sorcière nommée Polly

Malgré la fin des épreuves, les professeurs insistèrent pour poursuivre leurs cours... Ce qui ne fit pas l'unanimité parmi les 7ème années.

Le chahut dans les salles de classe fut tel que certains enseignants nous laissèrent tranquilles durant leurs cours ou organisèrent des jeux, par exemple un pendu sorcier version botanique ou un pictionnary à la Flitwick (et il était redoutable à ce jeu !). Les seuls à ne pas se joindre à l'ambiance fin d'année furent naturellement Rogue et McGonagall.

En même temps, le contraire aurait été étonnant... un morpion en cours de potion ? Un puissance 4 en métamorphose ? Pourquoi faire quand on peut étudier ?

- Professeur, marmonna Hastings quand Rogue s'entêta à nous faire étudier la potion d'oubli, les ASPIC sont passés, pourquoi continuer le programme ?

Rogue posa sa baguette sur son bureau, croisa les bras et foudroya Hastings du regard.

- Parce que, Mr Hastings, la vie ne s'arrête pas derrière les grilles de Poudlard. Mais si vous pensez que mes cours sont inutiles, vous pouvez prendre la porte, je ne vous retiens pas.

Hastings rougit et bafouilla un « pardon m'sieur ».

- Et j'enlève trois points à Poufsouffle.

Le reste du temps, nous nous la coulions douce, sans plus aucun devoir ou révision à faire. Au programme, c'était lecture de magazines ou de romans (d'amour pour certaines personnes), baignade dans le lac et sieste improvisée dans le parc. Parfois, nous déjeunions dehors en plein soleil.

C'était la vie idéale, une magnifique manière de terminer l'année.

Souvent Charlie venait me voir pour me proposer de passer l'après-midi en amoureux, chose que j'acceptais avec plaisir.

Mais ce n'était apparemment pas l'avis des Nullos, qui rouspétaient toujours.

- Tu nous avais promis de venir à notre dernière session de JDR ! s'insurgèrent-ils en chœur, lors de notre avant-dernier petit déjeuner.

- D'un, je n'ai rien promis, j'ai juste dit que je passerais vous voir en coup de vent. Et de deux, mon petit-ami me propose une journée romantique, vous croyez vraiment que je vais refuser ?

- Pfff... T'es vraiment trop une fille.

Parfois la logique des Nullos me dépassait. J'échangeai un regard avec Charlie, qui semblait aussi désespéré que moi par leur cas.

- Nous passerons vous voir plus tard, proposa Charlie d'un ton conciliateur. Et Will sera avec vous !

Les Nullos grognèrent leurs accords, visiblement déçus. Charlie me tendit sa main, et je me levai :

- Non, mais je rêve ! m'exclamai-je, une fois hors de la Grande Salle.

- Une promesse est une promesse, Polly ! me sermonna-t-il, amusé.

- Mais je ne leur ai rien promis ! En plus, ça m'ennuie leurs sessions de jeu.

Charlie me sourit et passa un bras autour de mon cou.

- Que veux-tu faire ? Aller au stade ? Je crois que des troisièmes années sont en train de jouer au Passe-Souaffle. Ou alors un tour autour du lac ?

- Oh, une promenade me tente bien. Cependant... ça t'ennuierait de m'attendre cinq minutes ? J'ai oublié un truc dans ma chambre.

- C'est quoi ?

- Tu verras !

Charlie haussa un sourcil, intrigué, et me laissa y aller. Je courus jusqu'à ma Salle Commune avant d'entrer dans mon dortoir, essoufflée. Je fouillai dans le tiroir de ma table de chevet pour en sortir le cadeau de Noël de Charlie. Je l'avais en ma possession depuis plus de six mois, sans avoir eu une chance de le lui offrir. Je serrai le paquet entre mes mains et sortis du dortoir, le cœur battant.

Il s'était assis sur les premières marches de l'escalier de marbre et sourit en me voyant arriver le souffle court.

- On peut y aller ! m'exclamai-je en me tenant les côtes.

- Tu ne veux pas que j'appelle d'abord les Medicomages ? plaisanta-t-il.

- Ah ah, très drôle.

Il m'offrit son bras et m'emmena dehors.

Nous fîmes plusieurs fois le tour du lac papotant de tout et de rien : Quidditch (beaucoup), des cours (un peu), des ASPIC (pas du tout). Après avoir déjeuné sur l'herbe, je me rendis compte que le petit ponton qui surplombait le lac était inoccupé, et nous nous y installâmes. Retirant mes chaussures et mes chaussettes, je trempai mes orteils dans l'eau, savourant la chaleur du soleil sur mon visage et la proximité de Charlie qui me tenait la main.

- Polly ?

- Hmm ?

- On fera quoi après ?

- Prendre le thé, marmonnai-je, les yeux clos.

Je sentis plus que ne vis le sourire de Charlie.

- Je voulais dire après après.

- Oh !

Je me tournai vers lui, un peu étonnée par sa question.

- Que veux-tu dire par là ?

- Eh bien, juste que... nous serons loin l'un de l'autre et que...

Mon cœur rata un battement, et mon corps se glaça. Je me tournai tout à fait vers lui, interloquée.

- Quoi ? croassai-je. Attends un peu là ! Ne me dis pas que... tu veux que toi et moi, on...

Je pris une profonde inspiration, sentant la panique et les larmes me submerger.

- Tu veux me quitter ?

- Non Polly ! s'exclama-t-il à son tour, choqué. Je voulais juste te dire que... On ne sera plus à Poudlard...

- Non, sans blague ! m'écriai-je, ma voix montant dans les aigus.

Charlie voulut me prendre la main, et je le défiai du regard. Alors c'était pour ça cette balade ? Pour rompre ?

- Polly, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, reprit Charlie en me forçant à le regarder dans les yeux. Simplement qu'il va y avoir beaucoup de distance entre nous, et que nous ne nous verrons pas pendant très longtemps ! Je serai en Roumanie tandis que toi, tu poursuivras tes études en France.

- Donc, tu veux rompre, c'est ça ?

- Je n'ai pas dit ça ! répéta-t-il, un brin de colère dans la voix. Juste que... Polly, je t'aime tellement ! Et savoir que je ne pourrais pas te voir ni te toucher me...

Il poussa une espèce de grognement, tout en se passant la main dans ses cheveux. Je ne voyais pas très bien ou il voulait en venir : d'accord, il ne voulait pas rompre, mais que proposait-il à la place ? Il finit par me prendre brusquement les mains et plongea son regard dans le mien :

- Je t'attendrai, Polly. Toute ma vie, s'il le faut. Je sais très bien qu'on est trop jeune pour se marier, mais je t'attendrai.

Surprise, je lâchai un « oh ! » de stupéfaction. Pendant de longes secondes, je fus incapable d'avoir la moindre pensée cohérente.

- Polly ? hasarda Charlie devant mon manque de réaction.

De petits points blancs dansèrent devant mes yeux et je me rendis compte que j'avais retenu ma respiration.

- Tu... Tu veux qu'on s'épouse ? lâchai-je sottement. Enfin qu'on se marie ?

- Pas maintenant évidemment, mais... oui, pourquoi pas ? dit-il. Enfin, si tu veux de moi bien sûr...

J'hésitai entre éclater de rire ou de sangloter. Au lieu de ça, j'enveloppai son visage entre mes mains et ponctuai ma phrase de petits baisers sur ses lèvres :

- Oui... Charlie... Weasley... je...veux...bien...t'épouser.

Heureux, Charlie me serra dans ses bras et je sentis son cœur cogner à tout rompre contre moi.

- En revanche, je te préviens, je veux un grand mariage ! Avec la robe de meringue blanche et tout le tsoin-tsoin. Ou alors un mariage secret ! m'emportai-je. On pourrait s'enfuir en France, ce serait hyper romantique ! Ou alors...

- Calme-toi Polly, nous n'en sommes pas encore là.

J'entourai sa taille entre mes bras et posai ma tête tout contre lui, un petit sourire sur mes lèvres. En proie à la félicité, je fermai les yeux, ravie d'un tel dénouement.

- Ah oui, pendant que j'y pense ! m'exclamai-je soudain en me redressant. J'ai quelque chose pour toi.

Il commença par grommeler avant d'être vivement intéressé par le paquet que je sortis de ma poche.

- Pour moi ? s'étonna-t-il en le prenant entre les mains.

- Oui. Excuse-moi d'avoir mis si longtemps à te l'offrir.

Il sourit en voyant le papier cadeau représentant des pères Noël qui ne se donnaient même plus la peine de faire des « oh oh oh » (en même temps, six mois !).

- Joyeux Noël en retard !

Intrigué, Charlie déchira le papier et ouvrit la boite. Ses yeux s'arrondirent comme deux chaudrons.

- Je voulais t'offrir ce cadeau en de bonnes circonstances, précisai-je, en me mordant les lèvres. Parce que, vois-tu, c'est...

Il se jeta sur moi et m'embrassa avec passion. Surprise, je jetai un petit cri, avant de répondre à son baiser.

- Merci, fit-il par dire, les yeux brillants d'émotions.

Il mit la montre (en peau de dragon !) à son poignet, souriant.

- C'est mieux que des chaussettes, n'est-ce pas ?

- Oui... Mais sache que je les ai toujours en ma possession ! Ni trouées ni perdues! Mais ce cadeau-là (il tapota l'écran, ravi), il ne risque pas de quitter mon poignet de sitôt !

oOo oOo oOo

L'après-midi touchait à sa fin quand Charlie me proposa de rentrer au château.

- Non, restons encore un peu, grommelai-je, refusant de bouger.

- Je sais, mais on a promis de passer voir les Nullos à leur JDR. C'est leur dernière soirée en plus.

Je soupirai. Les connaissant, mes Nullos seraient capables de me faire une crise de jalousie si je ne venais pas.

- Bon, d'accord, finis-je par obtempérer.

Charlie me tendit la main pour m'aider à me relever, et nous rentrâmes à Poudlard étroitement enlacés. Je remarquai, amusée, que Charlie ne cessait de regarder sa montre.

Au château, la fraîcheur des couloirs tranchait avec la chaleur de l'après-midi, et je frissonnai.

Nous gagnâmes le couloir de Sortilèges, jusqu'à l'antre des Geekos en folie. Un panneau avait été placardé à la porte et indiquait : Geekerie en cours, plz disturb. Je poussai un soupir et levai le poing pour toquer à la porte.

- Attends ! s'exclama Charlie avant que je ne fasse le moindre geste.

- Ça ne va pas ? m'inquiétai-je en espérant toutefois qu'il avait changé d'avis.

- Il y a quelque chose que j'aimerais faire avant d'affronter tous ces cinglés.

Il me fit pivoter vers lui, repoussa mes cheveux et m'embrassa tendrement.

- Tu sais que nous faisons aussi partie de cette bande de cinglés ? lui rappelai-je quand il me relâcha.

- Toi plus que moi ! me corrigea-t-il, taquin.

- Et on en reparle de l'énergumène qui te sert de copain ?

Amusé, Charlie finit par ouvrir la porte et me laissa entrer la première.

La disposition de la salle était la même que lors de ma première séance, plus tôt dans l'année. Tonks, assise à côté de Swann, nous avait réservé deux places à côté d'elle. Les Nullos furent naturellement ravis de nous voir, ponctuant notre arrivée par des cris ravis. Les autres places étaient occupées par Stephen Piccadilly qui ne cessait de remonter ses lunettes sur son nez, deux filles de Serdaigles que je ne connaissais pas, mais qui gloussaient en regardant Swann et un type de Serpentard qui me disait vaguement quelque chose.

- Installez-vous, nous demanda Swann, le nez dans ses parchemins.

- Attends, laisse-moi deviner, maugréai-je en m'installant à côté de mon amie. C'est toi qui fais le Seigneur du Jeu, je sais pas quoi là ?

- Maître du jeu, Popo, on appelle ça un Maître du Jeu, soupira Swann. Sinon oui. Charlie, tu as pensé à ramener ta feuille personnage ?

- Oui ! répondit Charlie en fouillant dans la poche arrière de son jean pour en sortir un parchemin plié.

- Parfait. J'ai celle de Popo, reprit Will.

- Quoi ? m'exclamai-je en fronçant les sourcils. Ma feuille ?

- Ta feuille personnage. Tu n'es pas très attentive, Popo !

- Mais je n'ai pas dit que je jouais ! repris-je.

- Allez, s'il te plait Polly ! geignirent les Nullos d'une même voix.

- Je... bon d'accord. C'est bien parce que c'est vous !

Mais dans quoi m'étais-je encore embarquée ?

- Ne t'inquiète pas, me rassura Charlie en tirant une mèche de mes cheveux. On l'a fait ensemble, Will et moi. Tu es marchande itinérante d'œufs de dragons. C'est moi qui ai choisi, rajouta-t-il, tout fier.

J'entendis Swann maugréer un « non, sans blague ? » dans ses parchemins, et il ignora mon regard noir :

- Dis donc, Fey, finit-il par dire, comment se fait-il que tu aies douze points de connaissance en potion si tu as une intelligence inférieure à sept ?

C'était reparti, ils parlaient en gobebabil ! Les deux autres Nullos ricanèrent devant la bêtise de leur copain.

- Oh, tu peux rire Hastings ! reprit Will en s'emparant de sa fiche. Je ne suis pas sûr d'accepter que ton personnage se déguise en femme, et je cite, « qui se maquille avec des paillettes ».

- Et ? demanda Hastings, sérieux. Tu as un problème avec les paillettes ?

- Moi rien, c'est juste que personne ne te trouvera crédible dans le scénario avec des paillettes, c'est tout.

Hastings râla, arguant que s'il prenait une voix suffisamment perchée, on n'y verrait que du feu, ce à quoi Swann rétorqua que le Nullos avait précisé sur sa feuille que « pas plus viril que lui au monde, tu meurs ».

À côté de moi, Tonks était secouée d'un fou rire silencieux.

- Où sont Bonaparte et Rose ? demandai-je pour changer de sujet, voyant que Hastings s'apprêtait à répliquer. Je croyais qu'ils nous rejoignaient.

- Ils ont dû se perdre dans les couloirs, répondit Tonks en haussant les épaules.

- Et comment s'est passée ton après-midi ? insistai-je en haussant la voix pour couvrir les cris des Nullos déchainés contre le Maître du Jeu.

Hastings, pour « prouver sa virilité » remontait le bas de son pantalon pour faire profiter à l'assistance de ses jambes bien poilues comme il fallait, ajoutant qu'il pouvait « montrer plus si nécessaire ».

- Oh, tu sais, on n'a pas fait grand-chose à part préparer la salle et le scénario, répondit Tonks en haussant les épaules. Monsieur Willy a été trop flemmard pour m'emmener pique-niquer, lui.

La remarque de Tonks fit tiquer Swann qui se tourna aussitôt vers sa petite amie (parce que oui, ils s'étaient remis ensemble), laissant les Nullos à leur débat (à savoir si l'épilation masculine était oui ou non une preuve de virilité, parce que c'était douloureux quand même).

- Monsieur Willy tient à préciser que c'est Madame Nymp-Nymph qui l'a supplié de manger au réfectoire parce que ce midi, il y avait du boudin aux pommes dans le menu, et que visiblement, c'est le seul jour de l'année que ça arrive. Monsieur Willy avait aussi prévenu Madame Nymph-Nymph qu'un scénario, ça prend du temps à se mettre en place. Donc, Monsieur Willy offre ses excuses à madame Nymph-Nymph si on n'a pas eu le temps de faire ce qu'elle voulait, et ça, ce n'est pas la faute de Monsieur Willy. Lui, il voudrait bien des journées de vingt-cinq ou vingt-six heures, merci pour lui.

Tonks lui tira la langue, et Will retourna dans ses papiers, grommelant dans sa barbe.

- Deux mornilles qu'ils se séparent avant la fin du jeu, me glissa Charlie à l'oreille.

Je ne l'écoutai pas, regardant fixement Swann. Un léger malaise s'imposa à moi : jusque là, mon cœur s'était souvent brisé en sachant que Tonks ne connaîtrait pas son fils Teddy, mais qu'en était-il de son père ? Était-ce Will ?

J'essayai de deviner sur le visage du Gryffondor des traits ressemblant à ceux de Teddy.

- J'ai quelque chose sur le visage ? s'enquit Will quand il s'aperçut que je le dévorais du regard.

- Hein ? Euh non, non !

- Bien, on va commencer, sinon on n'a pas terminé avant demain.

- Personne ne dit réfectoire au fait, crut bon rajouter Tonks, boudant toujours.

- Madame Nymph-Nymph va se calmer tout de suite, ou son personnage se fera malencontreusement dévorer par le botruc maudit du scénario... Prends les dés, Popo.

- Qui moi ?

- Non, le pape.

La porte claqua brutalement, nous faisant tous sursauter. Le serpentard, visiblement agacé par nos chamailleries, venait de partir.

- Bref, reprit Swann, nullement décontenancé. Popo, puisque tu débarques dans tous les sens du terme, sache que nous jouons ce soir à l'Antre du Botruc Maudit ©. C'est nouveau, on n'a pas encore testé, mais je pense qu'il est pas mal. C'est vrai que le système de dés est un peu novateur, mais devrait aller. Bon, évidemment, il n'est pas vraiment maudit, mais on n'est jamais à l'abri d'une surprise... Des questions ?

- Oui. Tu peux arrêter de m'appeler Popo ?

- D'accord, Polly. Donc, comment veux-tu appeler ton personnage ? On avait pensé l'appeler Myrtille à cause de ses cheveux bleus – oui, ton personnage a des cheveux bleus, ne me regarde pas comme ça ! –, mais après, tu l'appelles comme tu veux !

Je soupirai. La soirée promettait d'être longue...

De fait, le jeu n'en finissait pas, me plongeant un peu plus dans l'ennui. Au bout d'un moment, les deux filles de Serdaigles finirent par décamper, et plus d'une fois je rêvai de faire de même. Les Nullos inventèrent toutes sortes d'histoires plus loufoques les unes que les autres, et la palme revint à Kenway qui prétendit attraper un Mandragore pour la donner à manger au Botruc afin de le calmer, permettant ainsi aux autres personnages d'avancer. Malgré les protestations de Will – « tu es sûr que tu veux faire ça ? Genre vraiment ? Sûr de chez sûr ? » - et celles de Charlie, Stephen et Tonks qui trouvaient la proposition des Nullos complètement débile, Kenway ne voulut pas lâcher le morceau et décida de poursuivre l'aventure avec ses copains, parce que « personne ne le comprenait ».

Les autres personnages – le mien inclus, à mon grand désespoir – firent alors demi-tour, juste avant que Will ne déclare d'une voix sentencieuse que le cri du Mandragore avait percé les tympans des Nullos, par conséquent, ils seraient retrouvés morts par un voyageur solitaire et qu'il leur était impossible de continuer l'aventure.

Les Nullos s'indignèrent vivement et insultèrent Swann (« Traître ! Le MJ est un traître ! Mort au MJ ! Bouhou ! »). Ce dernier resta malgré tout stoïque.

- Dites donc, ce n'est pas ma faute si vous avez oublié vos cours de deuxième année ! rétorqua Will, agacé.

- On devrait peut-être s'arrêter là, non ? proposa Charlie, voyant que la main de Will glissait vers sa baguette.

- Au moment où ça devient intéressant ? m'exclamai-je.

- On devrait, oui, renchérit Stephen, inquiet du ton qui montait entre les Nullos et Will.

- Non, mais vous avez quel âge franchement ? soupira Tonk en commençant à ranger.

Les Nullos boudèrent alors à mort et refusèrent de bouger de leur siège.

La salle fut rangée et propre comme un galion neuf, grâce à un sortilège habilement maitrisé par Stephen. Nous sortîmes tous à la queue leu leu de l'antre des Geekos en Folie, et les Nullos, drapés dans leur reste de dignité, quittèrent la salle en bons derniers, fulminants toujours.

Irrécupérables ceux-là.

Swann ferma la porte et sortit sa baguette : les mots sur le panneau se déformèrent pour signaler Geekerie en veille prolongée. Fatiguée par cette éprouvante soirée, je tournai les talons et fis quelques pas, avant de me rendre compte que personne ne me suivait.

- Bon, vous faites quoi ? demandai-je agacée.

Will contemplait tristement la porte, une main sur la poignée.

- C'était notre dernière soirée, soupira-t-il avec nostalgie.

- Oh ! fis-je, gênée.

Charlie posa une main compatissante sur l'épaule de son ami. Les yeux de Tonks brillèrent un court instant.

- On fera d'autres sessions, Swann ! lançai-je pour le rassurer.

- Ouais, mais ce ne sera pas pareil.

Charlie passa son bras autour de mon cou, tandis que Tonks fourrait sa main dans celle de Will.

- Oooh, une sortie entre couples, comme c'est romantique ! gloussa un des portraits qui ornait le mur.

- Hé ho mamie, mêle-toi de tes affaires ! râla Tonks.

oOo oOo oOo

Les derniers jours à Poudlard furent moroses à en pleurer. Même les Nullos – qui avaient heureusement arrêté de bouder – n'étaient pas très loquaces.

Le pire fut sans doute le banquet de fin d'année dans la Grande Salle, le samedi soir. Pour l'occasion, nous avions tous revêtu nos robes de sorciers et coiffé nos chapeaux pointus (retrouvé par miracle au fond de ma valise pour ma part). La salle avait revêtu les couleurs des Serpentards, une nouvelle fois, puisqu'ils devançaient les autres maisons avec quatre cent soixante-douze points.

Suivaient Gryffondors, Serdaigle et en bon derniers Poufsouffle avec trois cent douze points.

- Un jour, les couleurs dominantes seront le jaune et le noir, vous verrez ! pestai-je en applaudissant amèrement la victoire des Serpentards.

La coupe des quatre maisons fut donc attribuée à Rogue qui arborait un air de « Môsieur-je-suis-le-meilleur-du-monde » et à sa maison de tricheurs (« Polly ! » - « bah quoi ? C'est vrai ! ») Dumbledore réclama le silence, ayant un dernier discours à prononcer :

- Une nouvelle année s'achève et, pour certains, il s'agit de leur dernière soirée. Je tiens à remercier chacun d'entre vous d'avoir rendu ce château vivant grâce à votre présence ici. Je sais que vos années au sein de Poudlard resteront gravées dans votre mémoire en des milliers de souvenirs impérissables, et que vous vous souviendrez avec bonheur et nostalgie de vos sept années. Profitez bien de votre dernière soirée, et n'oubliez pas que le sortilège pour faire apparaitre les mouchoirs est « apparo mouchus ! »

Ah, ah, ah. Hilarant.

Je vis Rose papillonner des yeux. J'entourai ses épaules avec mon bras tandis que la Grande Salle résonnait de l'Hymne de Poudlard.

- Cette chanson ne me manquera absolument pas ! plaisanta Tonks quand le directeur nous mis tous à la porte.

- J'ignore qui l'a composée, mais il devait être bien beurré, acquiesçai-je.

- On avait proposé à Dumbledore une réécriture de l'hymne, dirent les Nullos. Ça donnait ça :

Qu'en y'en a marre,

Bah y'a Poudlard !

On est pas des toquards,

diront les Serpentards,

On manque pas de souffle,

Diront les Poufsouffles,

On est des conquistadors

Diront les Gryffondors

Et on est espiègle

Diront les Serdaigles

Nous sommes tous les nullards

De l'école de Poudlard !

J'éclatai de rire. Il n'y avait vraiment personne d'autre pour penser à écrire des chansons idiotes comme les Nullos !

Nous passâmes tranquillement notre soirée dans la salle commune, au coin du feu et sou l'œil d'Helga Poufsouffle. Les Nullos feuilletaient leurs comics, Tonks faisait les mots croisés, Rose lisait un énième roman d'amour et je faisais voler un oiseau en papier du bout de ma baguette, vautrée sur le canapé.

Une soirée banale en somme, mais je ne me voyais pas faire la fête comme certains Gryffondors de ma connaissance (enfin, à ce qu'il paraissait).

La soirée était bien avancée quand je décidai d'aller me coucher. Tonks me suivit, bâillant à s'en décrocher la mâchoire.

- Tu viens ? demandai-je à Rose.

Elle leva les yeux de son livre et annonça d'une petite voix qu'elle préférait rester encore un peu.

- Comme tu veux. Mais ne te couche pas trop tard.

Notre dortoir ressemblait vaguement à un champ de bataille. Ma valise était grande ouverte et mes affaires éparpillées un peu partout. Je me contorsionnai dans tous les sens pour mettre mon pyjama, poussai la pile de vêtements sur mon lit et me glissai sous mes draps.

- J'ai du mal à réaliser que c'est notre dernière nuit ici, soupira Tonks. Nox !

Les lumières s'éteignirent et je soupirai.

- On aura eu une belle vie, finis-je par dire.

- La meilleure, certifia Tonks avec un sourire.

Je me roulai en boule, le cœur gros.

Non ! Il ne fallait pas que j'y pense. C'était trop dur à supporter. Au lieu de ça, je ferais semblant que demain serait un jour ordinaire, où j'aurais encore cours. Peut-être potion et après deux heures de botanique.

Je fermai les yeux et m'accrochai à cette pensée.

Ce fut le réveil tonitruant de Rose qui me réveilla à 8h. Pendant un court instant, je cherchai à comprendre pourquoi je me sentais si malheureuse. Mon ventre se tordit quand je me rappelai qu'il s'agissait là de mon dernier réveil à Poudlard. Sur le coup, je refusai de sortir de sous mes couvertures.

Quitter mon lit revenait à accepter que la dernière nuit que j'avais partagée avec Rose et Tonks dans ce dortoir était terminée, et ça, je ne l'acceptai pas.

Rose fut la première à se lever, suivie par Tonks. L'angoisse me comprima le cœur quand je les regardai finir leurs valises.

- Allez, Polly, debout, annonça Rose.

Je pris une profonde inspiration, prête à lancer un « non » sonore et à rabattre mes couvertures sur ma tête. Au lieu de ça, je repoussai mes draps et me levai.

Je m'attardai dans la salle de bain pour retarder l'échéance du départ. Tonks finit par toquer à la porte en me demandant si je ne m'étais pas noyée.

- Courage, Polly, me dit-elle simplement quand je sortis, ma chevelure enveloppée d'une serviette.

J'imitai les filles, jetant pêle-mêle mes affaires dans ma valise. Rose se battit avec ses romans d'amour qui tenaient à grande peine entre ses robes et son télescope. Tonks fit léviter son matelas pour récupérer toutes les chaussettes qui s'étaient coincées dessous. Sa chevelure avait pris une teinte gris souris au fur et à mesure qu'elle terminait son rangement. La voir ainsi me brisa le cœur :

- Ça ne va pas ?

- Je... Je n'ai pas très envie de partir, avoua Tonks d'une petite voix.

- C'est vrai qu'on était bien toutes les trois, renchérit Rose en tripotant ses gants en peau de dragons.

Je hochai doucement de la tête. C'était vrai que nous avions passé du bon temps dans ce dortoir !

- Ne nous laissons pas abattre, finis-je par dire la voix enrouée. Allez, la dernière dans mes bras a perdu !

Rose se précipita dans mes bras en même temps que Tonks, et je réceptionnai les filles dans un éclat de rire.

- Qu'est ce que j'aurais fait sans vous ? m'exclamai-je, partagée entre le sanglot et le rire.

- Pas grand-chose, fit mine de réfléchir Tonks. Je ne suis pas sûre que tu aurais trouvé le terrain de Quidditch.

- Très drôle...

Rose jeta un coup d'œil à son réveil et décréta qu'il était l'heure d'aller manger.

Il régnait dans la Grande Salle une ambiance étrange, mêlant l'excitation du début de l'été et la tristesse du départ. Je levai les yeux vers le plafond magique, et soupirai, nostalgique. À mes côtés, Tonks mâchouillait d'un air absent son toast et Bony essayait de redonner le sourire à Rose. Même les Nullos ne disaient rien, contemplant d'un air absent leurs bols de céréales. Un peu plus loin, à la table des Gryffondors, Charlie me fit un petit signe de la main et je soufflai un baiser dans sa direction.

Même les professeurs semblaient être tristes de nous voir partir (bon, sauf un). Chourave passa dans les rangs des Poufsouffles pour souhaiter de bonnes vacances, et s'arrêta longuement à notre petit groupe, les yeux embués.

- Au revoir, mes chers enfants, dit-elle avec un sourire. Je vous souhaite d'excellentes vacances et plein de bonnes choses pour votre vie future. N'hésitez pas à m'écrire, je serais heureuse de recevoir de vos nouvelles ! Oh, comme vous allez me manquer !

- On vous enverra des tonnes de hiboux, professeur ! s'exclama Hastings.

- Et on viendra vous voir ! renchérit Kenway.

Rose hoqueta et sortit un mouchoir. Je regardai ailleurs quand Chourave la prit dans ses bras pour lui murmurer des paroles réconfortantes à l'oreille.

L'heure du départ sonna. Je trainai des pieds jusqu'au hall où s'entassaient les élèves. Mon cœur cognait fort dans ma poitrine, et j'avais l'impression de marcher en plein rêve. Docilement, je suivis mes amis jusqu'à une calèche vide qui nous emporta jusqu'à la gare. Nous collâmes nos visages sur la vitre pour apercevoir une dernière fois les hautes tours du château et Tonks versa quelques larmes quand nous passâmes les grilles.

- C'est bête qu'on n'ait pas laissé de trace quand même, finit-elle par dire en s'essuyant les joues du dos de sa main.

- Tu rigoles ? m'exclamai-je, outrée. Et notre équipe de Quidditch alors ? Ça compte pour du beurre ?

- Nous en tout cas, on aura largement contribué au bien-être de Poudlard, affirma sérieusement Hastings.

- Ah bon ?

- Les Geekos en Folie ! répondit-il, les yeux brillants de fierté. Les nouvelles générations nous devront reconnaissance éternelle pour avoir sublimé le JDR à Poudlard !

Le silence retomba dans notre calèche : la Tour d'Astronomie venait de disparaître derrière les hauteurs de la Forêt Interdite. Ma gorge me faisait mal à force d'être nouée par l'émotion. Je me forçai pourtant à sourire quand nous nous arrêtâmes et descendîmes sur le quai du Poudlard Express.

Je ne vis aucune trace de Charlie, mais il m'avait promis de passer me voir dans le train durant le voyage. Je grimpais derrière Fey qui cherchait un compartiment vide, maugréant « occupé... occupé... occu... Ah non, c'est vide ! Par ici les amis ! » Nous nous engouffrâmes et prîmes possession des banquettes, tout en nous chamaillant gentiment.

Les sept heures de trajet furent mémorables : nous jouâmes à « devine quel est le goût de la dragée surprise » et Hastings nous fit tous rire quand il fut persuadé goûter un à la banane alors que c'était au poivre.

Charlie nous rejoignit peu après, et je m'étonnai de ne pas voir Swann à sa suite.

- On... on a rompu, expliqua Tonks, rougissante. Pour de bon cette fois. Il veut faire ses études ailleurs qu'en Angleterre, et avec mon apprentissage chez les Aurors, on n'aurait pas eu le temps de se voir.

Je serrai la main de Charlie pour me rassurer.

L'après-midi touchait à sa fin quand le Poudlard Express perdit de la vitesse. Nous approchions de Londres. Les Nullos firent les pitres, se contorsionnant dans tous les sens pour atteindre leurs bagages. J'esquissai un sourire, mais le cœur n'y était plus. Je ne voulais pas partir, je ne voulais pas dire au revoir.

Je voulais...

Que voulais-je au juste ?

Tout recommencer. Reprendre le Poudlard Express pour la première fois. Poser le Choixpeau Magique sur ma tête. L'entendre hurler à travers la salle que Poufsouffle serait désormais ma maison. Faire la connaissance des filles. Me moquer des Nullos. Jouer au Quidditch. Tomber amoureuse de Charlie Weasley.

Le train stoppa net à la gare de King's Cross, nous envoyant tous valdinguer les uns sur les autres. Je fis glisser mon sac à dos sur mes épaules et pris la direction de la sortie, me faisant bousculer par les autres élèves.

Le quai grouillait de parents. Je baissai les yeux, ne souhaitant pas apercevoir les miens tout de suite. Je voulais profiter encore un peu de mes amis. Ils bavardaient gaiment. Bonaparte fut le premier à nous quitter : il joua des coudes pour nous retrouver et enlaça tendrement Rose, qui rougit de plaisir. Puis, il se tourna vers moi, me souriant tristement :

- Capitaine... Ce fut un honneur d'avoir joué dans ton équipe.

Maladroitement, je le serrai dans mes bras.

- Ç'a été un plaisir de t'avoir comme gardien Bony, lui soufflai-je. Fais attention à toi.

Il salua Tonks d'un mouvement de tête et traversa la foule sans jeter un regard en arrière.

Ce fut à cet instant que je croisai le regard de ma mère. Ce fut l'élément déclencheur : j'éclatai en sanglot et cachai mon visage entre mes mains, submergée par l'émotion. Je me retrouvai alors dans les bras de quelqu'un : sans avoir à lever les yeux, je reconnus Charlie par l'odeur de son parfum.

- Polly chérie, ne pleure pas. Ça va aller. Après tout, ce ne sont que des au revoir !

Je m'agrippai à lui, pleurant à chaudes larmes. Il me caressa le dos tout en me berçant. Je retrouvai mon calme et levai la tête. Il essuya du pouce mes larmes et repoussa mes cheveux. Retrouvant la force de faire mes adieux, je me tournai vers les filles, qui n'en menaient pas large non plus.

Elles se blottirent à leur tour dans mes bras, secouées de sanglots :

- On s'écrira, hein ? Renifla Rose.

- Tous les jours ! réussit à dire Tonks, ses cheveux roses me chatouillant le nez.

- Oh, les filles, je vous aime tellement, vous savez ! m'écriai-je alors. Vous êtes tellement pour moi !

- Et toi pour nous, me rassura Rose.

- Promettez-moi qu'on sera amies pour toujours !

- Pour toujours, Polly. Pour toujours.

FIN DU TOME 2


Voilà, Poudlard, c'est fini! J'espère que vous n'avez pas utilisé tous vos mouchoirs. Moi, en tout cas, je suis à sec.

De mouchoirs j'entends.

Ce chapitre a été très dur à écrire. J'ai eu un mal fou à mettre le mot fin. Un an que je suis dessus quand même! Certes, il y aura le tome 3, mais l'ère Poudlard est terminée. Ca me fait un petit quelque chose quand même...

Pour ce dernier chapitre, je remercie à l'infini AppleCherry Pie, qui m'a énormément aidé à l'écrire (et ce n'est pas peu dire!) et qui m'a encouragé. Tu as ma reconnaissance éternelle (d'ailleurs, l'Antre du Botruc Maudit est une marque déposée AppleCherry Pie).

A vous aussi, mes chers lecteurs, je vous remercie de fond du coeur. Pour avoir lu et commenté ces 25 chapitres. Vos avis m'ont beaucoup touché. Vous avez été ma motivation. Et, même si je n'ai pas encore répond à vos commentaires, ça ne va pas tarder à arriver: ouvrez l'oeil!

Les aventures de Polly continueront en 2017 avec les Mémoires Magnifiques d'une Magicienne. Je n'ai pas encore décidé de date, mais je vous tiendrais informer!

En attendant, et pour les fêtes de fins d'années, je vous laisserais trois petits cadeaux. Le premier bonus sera mis en ligne le 17 décembre.

Il est temps de vous quitter, une nouvelle fois!

Je vous fait de millions de bisous et à très bientôt!

Votre Citrouille