Bonjour les Louchettes ! (je me suis décidée pour ça puisqu'il n'y en a qu'une d'entre vous qui a fait des propositions :P)
Deux trois petits trucs avant de commencer...
Première chose : j'ai publié quelques références sur tumblr pour la tenue de Clarke dans ce chapitre. N'hésitez pas à aller voir, surtout que je vous ai mis le lien pour aller voir les fanarts des artistes qui m'ont inspirée ! J'espère que ça vous plaira :)
Deuxième chose : dans ce chapitre je fais référence à une chanson, donc pour ceux que ça intéresse, il s'agit de To build a home par Cinematic Orchestra, j'ai tout simplement traduit les paroles.
Troisième chose : j'ai deux fics à vous conseiller ! La première c'est Elle et Moi (OS) et la deuxième Une Chance à Saisir (en cours, trois chapitre publiés pour l'instant). Elles sont toutes les deux de Jenkus, qui s'occupe depuis quelques temps de la correction de ma fic, donc si vous avez des chapitres avec une orthographe correcte et des phrases qui tiennent la route, c'est en partie grâce à elle, alors ce serait vraiment sympa que vous alliez jeter un œil :) Personnellement, j'ai vraiment eu un gros coup de cœur pour Une Chance à Saisir, il faut vraiment que vous la lisiez !
Comme toujours, merci à vous tous qui suivez cette fic et en particulier à ceux qui laissent une review, c'est vraiment important pour moi !
Bonne lecture à tous :)
Clarke s'était tout juste réveillée lorsque sa compagne l'avait rejointe à une heure qu'elle avait supposé être tardive. Aussitôt que la brune avait été allongée avec elle, il ne lui avait fallu que quelques secondes pour tomber à nouveau dans le sommeil et y rester jusqu'au petit matin.
Le village était encore calme lorsqu'elle se réveilla. Il ne faisait pas encore jour, mais elle devina au chant des oiseaux que le soleil se lèverait bientôt. Le silence régnait, signe que les habitants dormaient encore. La jeune fille fut parcourue par un frisson et tira alors une fourrure supplémentaire sur elle. Il faisait de plus en plus froid à mesure que l'hiver approchait, et la tente était bien loin d'offrir la même chaleur que le Mont Weather ou la maison de Lexa. L'isolation assurée par les toiles et les peaux de bêtes était peu efficace et dormir à la belle étoile n'aurait pas été très différent.
Clarke se retourna pour trouver une position plus confortable et venir chercher un peu de chaleur auprès de Lexa mais alors, lorsqu'elle fit face à cette dernière, elle eut la surprise de découvrir qu'elle dormait toujours. Elle qui en temps normal se réveillait au moindre mouvement, qui pouvait être tirée du sommeil par le simple changement de rythme dans la respiration de sa compagne lorsque celle-ci se réveillait, avait toujours les yeux fermés et dormait paisiblement alors que la blonde venait de bouger de façon significative. Ce simple constat suffit à faire naître un sourire sur les lèvres de Clarke, et alors elle sut qu'elle serait incapable de trouver à nouveau le sommeil.
Lexa se réveilla presque une heure plus tard, quand le village commença à s'activer et que les premières voix se firent entendre tandis que les habitants les plus matinaux commençaient leur journée. Ses yeux aussi verts que la forêt s'ouvrirent lentement et rencontrèrent alors l'azur. Clarke était appuyée sur un coude, la tête posée sur la main. Elle la regardait, l'ombre d'un sourire flottant sur ses lèvres et lui donnant un air angélique. Cette vision idyllique fut suffisante pour chasser les dernières traces de sommeil qui persistaient dans son regard et elle sourit à son tour, enchantée par ce qui lui était donné de voir dès le réveil.
- Tu ne t'es pas réveillée.
La brune haussa les sourcils.
- Pardon ?
- Je suis réveillée depuis un bon moment. J'ai bougé et tu ne t'es pas réveillée, tu as continué à dormir. D'habitude, tu te réveilles au moindre mouvement.
- J'ai appris à le faire dès que j'ai commencé ma formation, dit la guerrière sur le ton de l'évidence.
- C'est justement pour ça que je suis contente de voir que tu ne le fais plus avec moi. Tu as suffisamment confiance en moi pour dormir paisiblement à mes côtés maintenant.
- Il faut croire que mon instinct de survie a fini par comprendre que tu ne représentais absolument pas une menace.
Clarke crut d'abord que sa compagne était sérieuse, mais elle comprit bien vite qu'elle la taquinait en voyant un sourire tout juste visible se dessiner sur ses lèvres. Elle commença à sourire quand tout à coup, sans prévenir, la Native passa ses bras autour de son cou pour la serrer contre elle dans une étreinte précipitée et donc brouillonne, mais qui n'en restait pas moins agréable. La blonde lâcha un rire et se laissa entraîner par l'élan de Lexa, si bien qu'elle fut finalement au-dessus de la brune. Cette dernière resserra son étreinte et alors une de ses mains arriva dans le cou de la plus jeune.
- Tu as les mains gelées !
- J'ai toujours les mains froides, marmonna la Native, le visage enfoui dans les cheveux de sa compagne.
- Mais là c'est encore pire que d'habitude.
Sur ce, Clarke se sépara de la guerrière et se redressa légèrement. Elle se défit de ses bras, puis prit ses mains dans les siennes pour les embrasser avant de venir les glisser sous son tee-shirt, contre son ventre. Lexa poussa un soupir de contentement en sentant la chaleur de sa peau qui la brûlait presque tant ses mains étaient froides. Elles restèrent ainsi quelques instants avant que la blonde n'adopte une position plus confortable en se couchant sur le côté. Dès qu'elle fut allongée, la Native dans son dos, elle tira les bras de celle-ci autour d'elle pour l'inciter à se rapprocher et à encercler sa taille, puis elle plaça à nouveau ses mains sur son ventre, directement au contact de sa peau pour tenter au mieux de les réchauffer, bien qu'elle sache que ce soit peine perdue.
- Pourquoi tu ne fais pas de feu ?
- Il y a de la fumée quand on fait du feu. Je te laisse imaginer le résultat dans un espace clos comme cette tente au bout de quelques minutes.
- Il suffirait d'installer une aération, un trou dans une des toiles qui forment le toit par exemple.
- Et ainsi profiter de la pluie ? Très peu pour moi. De toute façon, j'ai déjà essayé et même si une partie de la fumée était évacuée, il en restait encore. Je t'assure que faire du feu n'est pas une bonne idée, et puisque tu es là pour me tenir chaud, tout va bien.
Après avoir prononcé ces derniers mots, Lexa se rapprocha de sa compagne et déposa un baiser dans son cou avant d'y blottir son visage.
Les deux jeunes filles restèrent ainsi sans bouger et sans dire un mot pendant un moment. Elles avaient appris à profiter de chaque instant de quiétude qui s'offrait à elle, et celui-là était particulièrement précieux après les événements de la veille. Leurs respirations ne tardèrent pas à se calquer l'une sur l'autre, leur apportant à toutes les deux un certain réconfort et renforçant leur sentiment d'union et de connexion.
- J'étais ta première fois ?
Cette question posée par Lexa brisa le silence qui s'était installé entre elles depuis quelques minutes et tira Clarke de sa rêverie. Cette dernière lâcha les mains de la brune et se retourna face à elle sans quitter l'étreinte protectrice de ses bras.
- Ma première fois pour quoi ?
- Quand on a fait l'amour pour la première fois, c'était la première fois que tu le faisais ?
La fille du Ciel fut quelque peu surprise par cette question, surtout parce qu'elle ne comprenait pas pourquoi la brune voulait tout à coup savoir cela et pourquoi elle lui demandait à cet instant. Néanmoins, elle comprenait qu'elle soit curieuse et devina que cette conversation devait lui tenir à cœur si elle abordait le sujet.
- Je ne l'avais jamais fait avec une fille.
- Tu l'avais fait avec Finn ?
La blonde se raidit de façon notable, et alors Lexa adopta un air désolé.
- Je comprends si tu ne veux pas en parler, on peut-
- Non, ça va, ne t'en fais pas, assura la plus jeune. Je pense que c'est bien qu'on en parle. C'est juste… Enfin je ne parle pas souvent de Finn, et c'est un peu bizarre d'en parler avec toi, c'est tout.
- Je suis désolée. C'était déplacé, je n'aurais pas dû en parler.
- Ça va, je t'assure.
Comme pour prouver ses dires, Clarke posa une main sur le visage de la Native et lui caressa la joue en souriant.
- J'ai fait l'amour avec Finn. C'était ma toute première fois.
Lexa resta silencieuse. Elle planta ses yeux émeraude dans ceux qui posaient un regard tendre sur elle. Elle se sentait comme la plus belle chose qui n'ait jamais existé lorsque Clarke la regardait. Cette dernière écarta une mèche brune de son visage avec délicatesse et sans jamais la quitter des yeux.
- C'est différent avec un garçon ?
- Je ne peux pas dire que j'ai beaucoup d'expérience en ne l'ayant fait qu'une fois avec un garçon, sourit la blonde. Mais à vrai dire, ce n'est pas si différent que ça je crois. On ne s'y prend pas de la même façon bien entendu, mais dans le fond c'est assez semblable. Quand on fait vraiment l'amour et qu'il y a des sentiments bien réels pour les deux personnes, peu importe qu'il y ait un pénis ou pas.
- Un pénis ? répéta Lexa en haussant les sourcils.
La fille du Ciel ne put s'empêcher de rire, amusée face à l'air intrigué de sa compagne et surtout étonnée qu'elle n'ait pas deviné de quoi il pouvait s'agir.
- Tu sais ce truc qui fait que les garçons sont des garçons et que nous les filles on n'a pas.
- Ah ! Hefdong.
- C'est comme ça que vous le dites ?
Lexa acquiesça de la tête et alors la blonde se mit à nouveau à rire.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- C'est bizarre comme mot.
- Pas plus que pénis, répliqua la brune en grimaçant.
Amusée par la mimique de la Native, Clarke afficha un large sourire puis s'approcha d'elle et l'embrassa avant de passer un bras autour de sa taille.
La blonde détourna le regard et ne tarda pas à poser les yeux sur le bras tatoué de sa compagne. Elle se redressa et de sa main libre, elle traça les contours du dessin du bout des doigts. Lexa semblait soudain perdue dans ses pensées et elle n'osa donc pas poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis que cette conversation avait commencé.
La brune, qui avait un regard absent depuis quelques instants, sembla finalement revenir à la réalité. Elle posa ses yeux sur le visage de Clarke et le détailla comme si elle le voyait pour la première fois. La fille du Ciel lui rendit son regard et stoppa ses caresses. Elle hésita encore longuement avant de parler mais en trouva finalement le courage :
- Il y a eu d'autres personnes que Costia ?
L'expression de Lexa s'assombrit aussitôt qu'elle eut posé sa question. Ses mâchoires se crispèrent de façon quasi-imperceptible, mais suffisamment pour que Clarke le remarque et elle regretta alors d'avoir cédé à sa curiosité. Toutefois, elle vit au regard que la guerrière posa sur elle qu'elle allait lui répondre, et elle n'eut pas à attendre longtemps pour cela :
- Non. Elle a été la seule jusqu'à ce que je te rencontre.
A peine ces mots prononcés, la Native détourna le regard. Sa compagne, toujours appuyée sur son coude, continua à la fixer. Il y avait d'autres choses qu'elle voulait savoir, mais elle avait l'impression d'être déjà allée trop loin et n'osa donc pas demander quoi que ce soit. Elle aurait voulu en savoir plus, apprendre à connaître cette jeune fille qui avait tant compté et qui comptait encore pour Lexa, mais qu'elle n'avait pas eu l'occasion de rencontrer. Pourtant, elle garda le silence.
Avec des gestes lents et délicats, elle passa une main dans les cheveux bruns qui s'étalaient sur l'oreiller et fit de son mieux pour défaire les quelques nœuds que ses doigts rencontrèrent sans faire mal à la jeune fille aux iris verts. Elle répéta cette action plusieurs fois, partant des racines pour arriver jusqu'aux pointes, tout cela sans dire un mot.
Au bout d'un moment, Lexa leva les yeux pour la regarder. Clarke poursuivit ce qu'elle était en train de faire et ne reporta son attention sur sa compagne qu'au moment où celle-ci prit la parole :
- Je te parlerai d'elle un jour. Mais pas aujourd'hui.
La blonde ne fut pas réellement étonnée de voir que la guerrière semblait avoir lu dans ses pensées. Ce genre de choses arrivait régulièrement, à croire qu'elles partageaient parfois un seul et même esprit. Depuis le début, il en avait toujours été ainsi. Elles avaient toujours été capables de se comprendre sans que les mots ne soient nécessaires. C'était une chose à la fois perturbante et apaisante. Savoir qu'il existait une personne en mesure de vous comprendre aussi facilement était tout aussi rassurant qu'effrayant.
Lexa s'approcha de Clarke et se redressa avant de passer ses bras autour de son cou et de l'embrasser. La blonde répondit immédiatement à ce baiser qui fut plus appuyé que le précédent.
Après quelques instants, la Native se sépara de la jeune fille aux yeux bleus. Elle lui caressa le visage en retirant ses bras, puis elle s'éloigna d'elle et quitta le lit. La fille du Ciel s'apprêtait à protester, mais elle s'abstint en voyant que sa compagne se tournait vers elle avec un air soudain grave et sérieux, prête à parler.
- J'ai envoyé des guerriers aux trois villages dès notre retour hier. Ils ont regroupé les corps et préparé des bûchers.
A ces mots, Clarke comprit pourquoi l'attitude et l'expression de Lexa avaient changé. Ce moment de tendresse et d'intimité était terminé, il était temps de revenir aux responsabilités, et il ne faisait aucun doute que la Commandante allait maintenant remplacer la jeune fille qui s'était autorisée à être elle-même pour quelques instants.
- La cérémonie aura lieu sur place quand le soleil sera à son zénith. Tu veux être présente ?
La blonde poussa un bref soupir. Encore maintenant, elle était toujours désemparée par les changements d'attitude de sa compagne aussi soudains qu'imprévisibles et elle redoutait de ne jamais être capable de s'adapter complètement.
Elle se leva à son tour et fut parcourue d'un frisson lorsqu'elle abandonna la chaleur des fourrures et que l'air froid l'enveloppa, faisant se dresser les poils de ses bras. Elle s'empressa d'enfiler sa veste qui se trouvait sur une chaise non loin du lit, puis fit face à la Commandante.
- Je viendrai.
Lexa hocha la tête et la fille du Ciel put voir un certain soulagement dans ses yeux, ainsi que de la reconnaissance. De toute évidence, elle préférait qu'elle soit à ses côtés lors de cette cérémonie. La brune n'avait pas besoin d'exprimer son ressenti pour que Clarke devine à quel point tout ce qu'il s'était passé la faisait souffrir.
- Nous devrions commencer à nous préparer.
Sans ajouter quoi que ce soit, les deux jeunes filles joignirent le geste à la parole.
Elles firent une toilette rapide et Lexa proposa à Clarke de prendre des vêtements parmi les siens pour se changer. La Commandante portant toujours du noir, la blonde ne sut pas s'il était coutumier chez les Natifs de revêtir cette couleur pour une cérémonie funéraire. Les habitants de Ton DC n'avaient pas semblé porter des habits spécifiques lorsque Finn et ses victimes avaient été immolés, elle supposa donc qu'ils n'attachaient pas une quelconque importance à ce genre de détails. Toutefois, elle préféra s'en tenir à ses propres coutumes et choisit donc des vêtements de couleur sombre – non pas qu'elle se soit habillée dans des tons particulièrement gais en temps normal.
Une fois qu'elles furent toutes les deux habillées, elles prirent un rapide petit-déjeuner. Aucune d'elle n'avait vraiment faim. Elles avaient la gorge serrée, le ventre noué, et elles étaient toutes les deux d'humeur morose, aussi le repas ne fut-il pas très copieux.
Après ce petit-déjeuner frugal, la Commandante entreprit de tresser ses cheveux. Ce n'était pas la première fois que Clarke la voyait faire, mais elle était toujours impressionnée par son adresse et son habileté. Se coiffer soi-même était déjà une tâche difficile, mais réaliser une coiffure telle que la sienne l'était plus encore. Plusieurs fois, la fille du Ciel avait proposé son aide, mais la brune avait toujours refusé. Elle avait appris à tresser ses cheveux seule dès son plus jeune âge et mettait un point d'honneur à le faire elle-même, et ce, malgré son épaule récemment blessée. La blessure guérissait bien, mais quelques douleurs persistaient et certains mouvements lui faisaient encore mal. Cependant, la Native avait laissé Abby l'examiner et cette dernière avait assuré que ce n'était l'affaire que de quelques jours avant que la douleur ne disparaisse complètement, après cela il ne persisterait plus qu'une légère gêne qui s'estomperait au fil des semaines.
Quand elle eut terminé de se coiffer et qu'elle eut appliqué sur son visage cette poudre noire qui lui servait à dessiner ses peintures de guerre, la Commandante se leva du tabouret où elle était assise et fit face à Clarke. Cette dernière l'admira pendant quelques instants. Elle la trouvait plus belle que jamais, mais elle ne put s'empêcher de penser que les larmes noires qui paraient son visage revêtaient aujourd'hui une signification plus forte et plus douloureuse qu'en temps normal.
- Viens, souffla Lexa d'une voix étonnement douce en lui indiquant le tabouret qu'elle venait de quitter.
La blonde s'avança, non sans une certaine hésitation. Elle s'assit là où se tenait sa compagne quelques instants plus tôt et fit face au petit miroir qui était installé sur la table qui se trouvait devant le tabouret, mais alors la guerrière le retira. Clarke se tourna vers elle et la dévisagea avec un air interrogateur.
- Je vais m'occuper de tes cheveux. Tu pourras regarder une fois que j'aurai terminé.
La jeune fille aux yeux bleus la fixa un moment avant de finalement hocher la tête en signe d'approbation. Elle se remit droite sur le tabouret, face à la table, et laissa Lexa prendre les choses en main.
La Native se plaça derrière elle et saisit d'un geste vif un peigne posé sur la table. Elle commença à démêler sa longue chevelure blonde en prenant soin de ne laisser aucun nœud sans pour autant faire mal à sa compagne. Lorsque certains résistaient, elle appliquait une lotion puis se servait d'une brosse à cheveux plus douce que le peigne pour s'en débarrasser. Elle se concentra sur sa tâche pendant plusieurs minutes avant d'être satisfaite, et alors elle reposa sur la table les instruments qu'elle avait utilisés. Lentement, avec des gestes précis mais rapides, Lexa tressa les cheveux de sa compagne. Ses mains habiles et expérimentées faisaient passer les mèches les unes au-dessus des autres sans difficulté. Elle ne fit pas la moindre erreur et n'eut pas à se reprendre une seule fois.
Bientôt, son travail fut terminé. Il ne lui avait pas fallu plus d'une dizaine de minutes pour finir. Elle se déplaça à côté de Clarke et tira son menton vers elle avec douceur pour pouvoir observer son œuvre.
- Je pense que ça devrait convenir.
Elle récupéra le miroir qu'elle avait mis à plat sur la table et le tendit à la blonde pour qu'elle puisse voir elle-même la coiffure qu'elle venait de réaliser.
- Qu'est-ce que tu en penses ?
Clarke saisit le miroir avec empressement, impatiente de découvrir ce que la brune avait fait. Elle plaça l'objet face à son visage, puis le déplaça sur les côtés pour pouvoir observer le résultat dans son ensemble.
La coiffure était assez semblable à celle qu'elle portait lors de la cérémonie d'intégration, à la différence près que les tresses tombaient plus librement et ne formaient pas de motifs comme cela avait été le cas à ce moment-là. Une natte centrale, plus large que les autres, ramenait ses cheveux sur le haut de son crâne et se terminait en retombant à l'arrière comme celle qu'Octavia portait quotidiennement. Sur les côtés, ses cheveux avaient été plaqués à son crâne, aidant ainsi la natte à dégager son visage. Pour le reste, sa chevelure tombait librement sur ses épaules et dans son dos, simplement ornée par endroit de quelques tresses fines.
- C'est parfait, dit-elle en relevant les yeux vers Lexa et en lui offrant un léger sourire.
La Native hocha la tête, heureuse de voir que la coiffure qu'elle avait réalisée plaisait à Clarke.
- Est-ce que tu veux que je te maquille ?
- Je peux m'en occuper moi-même ?
La guerrière sembla d'abord surprise et haussa les sourcils, mais elle accepta. Elle mit à la disposition de la blonde le seul maquillage dont elle disposait, à savoir le khôl dont elle se servait elle-même, puis elle s'éclipsa pour terminer de se préparer.
Après avoir enfilé son manteau, son épaulière et ses gants, elle plaça son poignard fétiche à sa ceinture et y attacha également son sabre qui attendait patiemment dans son fourreau qu'on ait besoin de lui. Une fois prête, elle rejoignit Clarke. Cette dernière se leva à cet instant et se tourna vers elle, et elle put alors découvrir le maquillage qui ornait son visage. La jeune fille avait entouré ses yeux de noir en suivant la démarcation de ses orbites, adoptant ainsi un dessin étrangement semblable à celui qu'Anya avait l'habitude d'arborer. Lexa n'aurait sans doute pas pu réprimer le mouvement de recul qui avait menacé de s'emparer d'elle si Clarke n'avait pas ajouté un détail à son maquillage : une longue traînée noire descendait sous chacun de ses yeux, jusqu'à la ligne de sa mâchoire, formant ainsi ce qui s'apparentait à des larmes.
Le visage orné de peintures de guerre, les cheveux tressés, portant un pantalon noir qui moulait ses jambes et une veste de la même couleur, son expression rendue plus sévère par son maquillage, les poings serrés et les bras le long du corps, Clarke avait l'allure d'une véritable Native. Lexa l'admira pendant un long moment, fière de ce qu'elle était devenue et du chemin qu'elle avait parcouru depuis qu'elle l'avait rencontrée, mais surtout ébahie par sa beauté.
- Allons-y.
La brune était déjà prête à sortir, mais la blonde la retint par la main et la tira doucement à elle. Elle l'embrassa tendrement en prenant soin de ne pas endommager leurs maquillages respectifs, puis elle lui sourit après s'être séparée d'elle.
- Allons-y, confirma-t-elle.
Les deux jeunes filles sortirent de la tente de la Commandante côte à côte et aussitôt, tous les regards se tournèrent vers elles. Un silence respectueux et paré d'admiration s'installa, et si Lexa resta parfaitement droite, le menton légèrement redressé, habituée à ce genre de situations, Clarke se sentit quelque peu mal à l'aise en étant tout à coup le centre de l'attention. Mais le malaise fut bien vite étouffé par la peine. Elle n'était pas sortie depuis la veille et elle découvrait donc seulement l'impact qu'avaient eu les événements de la veille sur les habitants de Ton DC.
L'atmosphère était pesante. Tous les visages portaient un air morose, certains avaient même les yeux encore rougis après avoir sans doute pleuré toute la nuit. Les enfants étaient calmes, ils ne jouaient pas et ne souriaient pas comme ils en avaient l'habitude. Plus que tout, c'était le silence qui témoignait du drame qui avait eu lieu. Clarke eut l'impression de revenir quelques heures en arrière, lorsqu'elle avait découvert le village ravagé et plongé dans le silence comme l'était maintenant Ton DC, et ce sentiment lui serra la poitrine.
On aurait cru que le village lui-même était mort.
Elle ne tarda pas à apercevoir Octavia et Lincoln qui arboraient également des peintures dont les motifs évoquaient des larmes. Les deux guerriers se tenaient aux côtés d'Indra, elle aussi maquillée de la même façon. Ils se trouvaient tous les trois parmi un petit groupe que Clarke devina être constitué de ceux qui assisteraient à la cérémonie. Tous portaient le même genre de maquillage. Tous sans exception pleuraient en silence la perte de vies innocentes.
Sans avoir besoin qu'on leur donne le moindre ordre, les guerriers qui accompagneraient les deux dirigeantes montèrent en selle et elles en firent autant. Elles prirent naturellement la tête du groupe et bientôt, il n'y eut plus que les villageois à la sortie de Ton DC pour les regarder partir, portant avec eux leur deuil à tous, le deuil de tout un peuple.
- Clexa -
Alors qu'ils approchaient des trois villages qui avaient été attaqués la veille, ils se séparèrent. Indra, Octavia, Lincoln, Ryder, Niylah et Ontari restèrent avec Lexa et Clarke, tandis que les autres formaient deux groupes distincts qui partirent chacun dans une direction.
Ils venaient d'arriver à proximité du village où ils étaient venus la veille et ils étaient en train d'attacher leurs chevaux quand Octavia s'approcha de Clarke et s'adressa à elle à voix basse, de façon à ce que les autres ne puissent pas entendre :
- Pourquoi Ontari est-elle venue avec nous ? Elle vient de l'Azgeda, elle n'a pas sa place ici.
- Et moi j'appartiens au Peuple du Ciel, pourtant je suis ici.
- Tu sais bien que ce n'est pas la même chose.
Le reste du groupe commença à prendre la direction du village et les deux jeunes filles restèrent en retrait pour pouvoir échanger plus tranquillement.
- Son clan a participé à ce massacre, reprit Octavia d'une voix qu'elle peinait à garder basse sous le coup de la colère.
La blonde ne répondit pas immédiatement. Elle observa ceux qui marchaient devant eux, à seulement quelques mètres, et pouvaient sans problème entendre qu'elles étaient en train de parler, même s'il était peu probable qu'ils puissent distinguer ce qu'elles disaient. Par mesure de précaution, elle interrompit sa marche et fit mine de réajuster une de ses chaussures. Son amie s'arrêta à ses côtés et les autres ne semblèrent pas remarquer qu'elles ne les suivaient plus.
- Lexa et moi ne faisons pas confiance à Niylah et Ontari, souffla Clarke à la brune qui s'était accroupie à ses côtés.
- Pourquoi ne pas les avoir laissées à Polis alors ?
Octavia se releva en même temps que son amie et elles reprirent leur marche.
- Pour pouvoir justement les garder à l'œil. Lexa n'avait aucune envie de les faire venir ici avec nous pour la crémation, mais étant donné qu'il n'y avait personne à Ton DC pour les surveiller, elle n'a pas eu d'autre choix.
Les deux jeunes filles marchaient d'un pas lent de façon à garder leur distance.
- Tu n'as pas l'air d'apprécier Ontari, fit remarquer Clarke.
- Je connais peu Niylah alors je ne peux pas me prononcer, mais elle me semble digne de confiance. En revanche, je suis du même avis que vous concernant Ontari. Il y a quelque chose chez elle qui ne me plaît pas, souffla la brune en fixant du regard celle dont il était question.
- J'ai le même sentiment.
- On va devoir rester prudents.
Clarke ne répondit pas mais hocha la tête en signe d'approbation.
Trois guerriers se trouvaient à côté du bûcher qui avait été préparé. La blonde devina qu'ils avaient passé la nuit ici pour veiller à ce que personne ne profane ce qui représenterait la dernière demeure des victimes du massacre. Ils se tenaient tous droits et les bras le long du corps, excepté l'un d'eux qui tenait une torche. Ils inclinèrent la tête à l'unisson pour saluer leur Commandante lorsque celle-ci approcha, et Clarke eut ensuite droit à la même marque de respect.
Lexa prit la torche que lui tendait le guerrier, puis toutes les personnes présentes se placèrent en demi-cercle autour du bûcher, comme si elles allaient assister à une représentation ou un spectacle. Un spectacle pour le moins lugubre.
Lors de la crémation de Finn ainsi que de ses victimes, quelques mots avaient été prononcés, mais cette fois, le silence demeura. La Commandante sortit de la ligne qui avait été formée et fit quelques pas en avant. Elle tendit lentement le bras devant elle et mit le feu grâce à la torche qu'elle tenait. Dès que les flammes commencèrent à brûler et à s'attaquer au bois, un guerrier s'approcha pour récupérer la torche, et alors la brune rejoignit sa place initiale.
Clarke avait été soulagée de voir en arrivant que malgré le nombre important de corps, chacun avait été enveloppé dans un linceul avant d'être brûlé. Elle n'aurait pas pu supporter de voir les visages de tous ces innocents.
Les flammes se firent progressivement de plus en plus hautes, et bientôt, une épaisse fumée se dégagea du bûcher, accompagnée d'une odeur âcre. Deux autres colonnes de fumée ne tardèrent pas à s'élever à quelques kilomètres de là, provenant des deux autres villages qui avaient été ravagés. C'est ainsi, dans un silence parfait, qu'ils regardèrent le feu faire son œuvre et emporter avec lui les dépouilles des victimes.
Quelques minutes s'écoulèrent où on n'entendit que le crépitement des flammes et les bruits de la forêt qui les entourait. Il était étrange de penser que la vie suivait son cours et continuait son cycle inlassable alors qu'une telle tragédie avait eu lieu tout juste la veille. Tous les regards étaient rivés sur le bûcher où étaient regroupés les corps, incapables de s'en détourner, comme hypnotisés et fascinés par l'aspect morbide de cette scène.
Le silence fut tout à coup brisé par une voix grave et sourde. Lincoln venait d'entamer un chant qui provenait du plus profond de sa gorge. Il se contentait de fredonner une mélodie lente dont l'air était teinté de nostalgie et de mélancolie. Certaines personnes présentes avaient beau entendre cela pour la première fois, il ne faisait aucun doute qu'il s'agissant d'un chant funéraire.
Malgré cette voix qui avait soudainement mis fin au silence, tous gardèrent les yeux rivés sur le bûcher. Clarke crut d'abord que Lincoln serait le seul à chanter, mais après quelques instants, Indra se joignit à lui. Sa voix s'éleva et entama cette même mélodie grave, formant ainsi un ensemble harmonieux avec le jeune homme. Les trois guerriers ne tardèrent pas à les imiter, et enfin, ce fut Niylah qui commença à chanter. Il ne restait plus que Lexa qui demeurait silencieuse, mais elle ne tarda pas à se joindre aux autres et à entamer le même air lancinant, à la différence près qu'elle chantait d'une voix claire et cristalline.
Ontari fut la seule Native à rester muette et Clarke comprit alors qu'il s'agissait sans doute d'un chant propre au Trikru. Elle en eut la certitude lorsque Lexa commença à chanter d'une voix lente et douce, en découpant soigneusement chaque mot, lui permettant ainsi de comprendre ce qu'elle disait sans difficulté, bien qu'elle ait utilisé sa langue maternelle.
Il y a une maison construite en pierre
Avec des planchers de bois, des murs et des appuis de fenêtre
Des tables et des chaises recouvertes par toute la poussière
C'est un endroit où je ne me sens pas seule
C'est un endroit où je me sens chez moi
Parce que j'ai construit une maison
Pour toi
Pour moi
Jusqu'à ce qu'elle disparaisse
De moi
De toi
Et maintenant, il est temps de partir et de devenir poussière
Dehors dans le jardin où nous avons planté les graines
Il y a un arbre aussi vieux que moi
Les branches ont été recouvertes de vert
Le sol s'est soulevé et a recouvert ses genoux
Par les fissures de l'écorce, je suis montée au sommet
J'ai escaladé l'arbre pour voir le monde
Quand les rafales sont arrivées pour me faire tomber
Je me suis accrochée aussi fort que tu t'accroches à moi
Je me suis accrochée aussi fort que tu t'accroches à moi
Et j'ai construit une maison
Pour toi
Pour moi
Jusqu'à ce qu'elle disparaisse
De moi
De toi
Et maintenant, il est temps de partir et de devenir poussière
- Clexa -
Après la cérémonie, Indra était repartie pour Ton DC accompagnée de quelques guerriers tandis que tout le reste du groupe avait pris la direction du Mont Weather. Lexa et Clarke devaient s'entretenir avec Abby et Marcus au plus vite, faire le point sur l'état actuel des choses et choisir une bonne fois pour toute une date pour le départ. La situation devenait de plus en plus délicate dans la région, ce n'était pas le moment de rester plus longtemps que nécessaire.
Clarke n'eut aucun mal à voir l'air décontenancé et pour certains presque effrayé qui se peignit sur le visage de tous ceux qu'ils croisèrent, et elle n'eut aucun mal à deviner que c'était sa tenue et leur maquillage à tous qui provoquaient de telles réactions. Elle demanda à Octavia et Lincoln d'emmener les guerriers à la salle à manger pour qu'ils puissent se restaurer et se reposer, si bien que seuls Niylah, Ontari et Ryder restèrent avec les deux jeunes filles. Après s'être renseignée, la blonde apprit que sa mère et Marcus se trouvaient déjà dans le bureau et ils s'y rendirent donc directement.
Quand ils arrivèrent sur place, Lexa ordonna aux trois guerriers qui les accompagnaient de rester à l'extérieur, puis elle entra avec Clarke. Les deux adultes qui se trouvaient déjà à l'intérieur les avaient vues arriver dans le couloir, mais ils étaient en pleine conversation et ne les avaient donc pas réellement regardées. Lorsqu'ils se tournèrent finalement vers elles au moment où elles entrèrent, ils eurent tous les deux un mouvement de recul en voyant la blonde, Abby plus encore que Marcus. Ils la dévisagèrent puis la détaillèrent de la tête aux pieds, les yeux légèrement écarquillés face à une telle tenue.
Ses cheveux étaient tressés de la même façon que les Natifs et son visage paré du maquillage qui leur était propre. Elle portait un tee-shirt gris qui laissait visible le haut de sa poitrine. Par-dessus, elle avait revêtu une veste noire en cuir défraîchi dont le col était agrémenté de fourrure. Une épaulière protégeait son côté droit, maintenue en place par une sangle qui traversait son buste et passait sous son bras gauche. La poignée de son épée dépassait de son dos, prête à être tirée à tout instant. Son pantalon noir moulait ses jambes mais semblait être fait d'un tissu suffisamment souple pour ne pas la gêner dans ses mouvements. Un poignard était accroché à sa gauche par des sangles qui enserraient sa cuisse. Même ses rangers noirs, complétés par de la fourrure qui avait été ajoutée et débutait en haut de la chaussure pour descendre jusqu'aux chevilles, s'accordaient au reste de sa tenue. Quelqu'un qui ne la connaissait pas aurait pu croire qu'elle était née sur Terre et avait toujours vécu parmi les Natifs.
- Nous sommes venues directement après la cérémonie funéraire, dit Clarke en guise d'explication quand elle vit leur réaction.
Marcus fut le premier à se ressaisir. Il avait toujours été fasciné par la culture native, et après avoir assisté au changement qui s'était opéré chez Octavia quelques mois plus tôt, voir une personne de son peuple adopter certaines habitudes, en l'occurrence vestimentaires, ne le choquait pas réellement. Toutefois, il ne s'attendait pas à une telle métamorphose chez Clarke.
Abby, elle, eut plus de mal à accepter de croire que ce qu'elle voyait était bien réel. Elle fixa sa fille encore quelques instants, visiblement perturbée par ce changement radical. Elle peinait à croire que c'était bien Clarke qui se tenait face à elle. Au-delà de sa tenue, autre chose avait changé chez elle. Elle s'était petit à petit habituée à ne plus la voir sourire qu'en de rares occasions, mais à présent, son visage était paré d'un air grave et elle avait le sentiment qu'il ne la quitterait plus jamais. Ce fut surtout son regard qui la prit au dépourvu : froid, sérieux, plus déterminé encore qu'il ne l'était à l'origine. La ressemblance entre son expression et celle de la brune qui se tenait à côté d'elle était déroutante. Et inquiétante.
- Jasper nous a dit ce que vous aviez découvert, dit Marcus pour briser le silence qui devenait pesant. Je suis désolée qu'une telle tragédie ait frappé votre peuple, Commandante.
La concernée ne répondit pas. Son air resta impassible, prouvant une fois encore sa capacité à masquer ses émotions. Elle se contenta d'un discret mouvement de tête et d'un clignement d'yeux appuyé en guise de remerciement pour ce qui s'apparentait à des condoléances.
- Je crois que Clarke vous en a déjà parlé, mais il serait peut-être bon d'envisager l'éventualité d'apprendre à vos hommes à se servir de nos armes.
- Elle m'en a parlé, en effet. Je lui ai donné mon accord.
L'ancien Conseiller parut soulagé par cette nouvelle.
- Toutefois, les guerriers de Ton DC n'auront pas le temps d'apprendre à se servir de vos armes avant que vous ne partiez.
- Nous pourrions rester encore quelques temps pour-
- Hors de question, le coupa la Commandante d'un ton ferme.
Marcus fut quelque peu désemparé par cette réponse et haussa les sourcils. Il s'apprêtait à demander la raison de ce refus, mais la brune le devança :
- La situation est visiblement plus grave que nous ne le pensions. La menace ne vient pas uniquement des Faucheurs et apparemment, vous aviez vu juste. Ils n'étaient sans doute qu'une diversion, un moyen de détourner notre attention pour ensuite frapper là où les défenses seraient amoindries.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? intervint Abby. Ce n'était que des suppositions, ce n'était peut-être pas le véritable but de Pike.
- Il est presque certain que c'était son but, et j'ai fait exactement ce qu'il attendait, admit la brune tandis que ses mâchoires se crispaient brusquement. Suite aux attaques des Faucheurs, j'ai formé une ligne de défense entre Arkadia et notre territoire pour empêcher les Faucheurs d'approcher. Mais les troupes venues de Polis n'étaient pas encore arrivées et j'ai donc dû faire venir des guerriers de certains villages pour qu'ils prêtent main forte et renforcent le blocus. J'ai essayé de choisir les villages qui me semblaient les moins vulnérables, ceux qui étaient les moins propices pour une attaque. Mais visiblement je me suis trompée, termina la Commandante d'un ton grave et en déglutissant difficilement.
- Nous avons aussi eu la confirmation que la Nation des Glaces est au moins en collaboration avec Pike, si ce n'est alliée à lui, dit Clarke. Certains Natifs ont été tués par arme blanche.
- Comment savez-vous qu'il s'agit de la Nation des Glaces ? demanda la mère de la jeune fille. Pike a déjà maquillé des meurtres en se servant d'armes blanches pour faire croire que les Natifs étaient responsables.
- Certains… Certains villageois avaient été décapités, souffla la blonde, peinant à mettre des mots sur ce qu'elle avait découvert la veille.
Abby et Marcus se crispèrent brusquement et leur choc put se lire sur leur visage.
- Il n'y a que les guerriers de Nia qui soient suffisamment barbares pour faire ça. Etant donné les derniers événements, nous savions que la Nation des Glaces était à présent un ennemi et nous étions quasiment sûrs que Nia était en contact avec Pike. Ce massacre en est la preuve.
Ces dernières paroles donnèrent naissance à un silence de plomb.
Tous les visages portaient à présent un air grave. Abby et Marcus assimilaient petit à petit la nouvelle et prenaient maintenant conscience de la situation dans laquelle ils se trouvaient. Il était certain que les choses étaient plus graves encore qu'ils ne l'avaient imaginé.
Après quelques instants de silence, la Commandante prit finalement la parole :
- Le blocus est toujours en place, mais maintenant que les troupes sont là, je me suis assurée que tous les villages proches d'Arkadia soient correctement défendus.
- Aussi compétents soient-ils, vos guerriers ne pourront rien faire si les hommes de Pike attaquent à nouveau, dit Marcus. Ils ont besoin d'armes à feu pour pouvoir se défendre efficacement. Puisqu'ils ne peuvent pas s'en servir eux-mêmes, alors laissez-nous mettre nos propres soldats à disposition pour vous aider.
- Aucun n'acceptera, intervint Abby.
- Ils n'auront pas leur mot à dire si je leur donne l'ordre de le faire, lança la blonde.
- Clarke, ce n'est pas raisonnable. Nous n'avons pas suffisamment de soldats pour pouvoir nous permettre de faire ça. Si nous les envoyons, ils seront tout au plus cinq par village, c'est beaucoup trop dangereux.
- Attaquer Arkadia, nous escorter jusqu'ici et rester pour nous protéger et s'assurer que nous ne manquions de rien n'était pas dangereux selon toi ?
Cette question laissa l'ancienne Chancelière muette.
- Nous aider comme l'ont fait les Natifs était risqué, beaucoup d'entre eux ont perdu la vie, et pourtant, ils l'ont fait. Lexa savait que cette opération était dangereuse mais elle a envoyé ses troupes malgré tout. Le moins qu'on puisse faire est de leur rendre la pareille.
La chirurgienne tiqua en entendant que sa fille venait d'utiliser le prénom de la Commandante et non pas son titre. C'était inhabituel. Et déconcertant.
La mère et la fille se scrutèrent pendant de longues secondes, aucune n'acceptant de céder. Ce fut finalement Abby qui prit la parole, toutefois, sans détourner le regard.
- Très bien, comme tu voudras. Après tout, c'est toi notre Commandante, dit-elle d'un ton amer.
- Vos soldats ne resteront pas, précisa Lexa, attirant ainsi tous les regards sur elle. Ils repartiront avec vous quand vous quitterez le Mont Weather.
Clarke était déjà prête à protester, mais la brune fut plus rapide.
- Nous aurons besoin d'eux pour rejoindre Polis en toute sécurité, nous ne pouvons pas nous permettre de nous passer de leur protection.
La jeune fille aux yeux bleus resta un instant immobile avant d'opiner du chef.
- A présent, nous devons organiser le départ, reprit la Commandante. Il doit avoir lieu dans les plus brefs délais.
- Nous avons déjà fait une annonce pour prévenir tout le monde que nous quitterions les lieux dans les jours à venir, indiqua Marcus. Les réactions ont semblé mitigées, mais je crois que beaucoup d'entre nous sont soulagés de partir d'ici.
Lexa acquiesça puis l'invita à continuer d'un mouvement de tête. L'ancien Conseiller se dirigea vers le bureau et alors les trois femmes le suivirent, Abby se plaçant à ses côtés, et les deux jeunes filles en face d'eux.
- Nous avons relevé l'identité de chaque rescapé après notre arrivée. Voilà la liste que nous avons établie avec le nombre total de personnes, le nombre de femmes, d'hommes, d'enfants.
Tout en parlant, Marcus commença à étaler plusieurs dossiers sur le bureau et à en sortir des feuilles qu'il tendit à Clarke et Lexa pour qu'elles puissent voir elles-mêmes de quoi il était question.
- Nous avons également répertorié tout le matériel que nous avons apporté d'Arkadia. Nous avions déjà fait l'inventaire de ce qui se trouvait ici après l'attaque du bunker. Il va falloir décider ce que nous amènerons avec nous à Polis et ce qui restera au Mont Weather.
Les deux jeunes filles furent heureuses de voir que les deux dirigeants vacataires n'avaient pas chômé en leur absence et pouvaient leur fournir des documents précis qui les aideraient pour l'organisation du voyage.
Les premiers problèmes se présentèrent rapidement, suivis pour certains par des solutions, et bientôt, ils furent tous les quatre assis autour du bureau, concentrés sur leur tâche et attentifs à ne rien laisser au hasard.
- Clexa -
La réunion s'était terminée quelques minutes plus tôt et ils quittaient maintenant le bureau où elle s'était tenue.
Clarke avait été soulagée d'apprendre que Raven récupérait bien et que jusque-là, l'opération semblait avoir été un succès. Il faudrait attendre encore pour pouvoir se prononcer avec certitude, mais pour l'instant, son état était très encourageant.
Une date avait été choisie : le départ aurait lieu dans trois jours. Abby avait assuré que Raven pourrait voyager à condition qu'elle n'ait pas à marcher. Ils avaient longuement discuté pour savoir ce qui devait être emmené à Polis ou laissé au Mont Weather, un itinéraire avait été défini, la disposition des soldats du Peuple du Ciel et des guerriers natifs pour protéger au mieux les civils était à présent certaine et chacun savait comment se déroulerait le voyage étape par étape. Il ne restait plus qu'à préparer les paquetages et à prévenir tous les habitants du bunker, et le départ pourrait se faire en temps et en heure.
Abby et Marcus venaient de partir pour la salle de contrôle depuis laquelle ils allaient annoncer ce qui avait été décidé, laissant ainsi Clarke et Lexa seules avec les trois guerriers chargés de leur protection.
- Je vais aller voir Raven, annonça la blonde.
- Je viens avec toi.
La Commandante dévisagea Niylah en haussant les sourcils, surprise par son enthousiasme non dissimulé et l'impatience qui pouvait s'entendre dans sa voix. Toutefois, elle ne fit aucune remarque et reporta plutôt son attention sur sa compagne.
- Je vais aller prévenir les guerriers que nous repartirons dès que possible.
- Déjà ?
- Ne t'en fais pas, tu restes ici, et Niylah aussi.
- Ce n'est pas prudent de repartir maintenant pour Ton DC alors que la nuit va bientôt tomber.
- Raison de plus pour ne pas traîner.
- Les chevaux sont fatigués après la journée qu'ils ont eue, ils ont besoin de repos. Nous avons tous besoin de repos. Restez pour cette nuit, il y a bien assez de place pour vous accueillir.
La brune resta un instant silencieuse et adopta un air plus sérieux. Après une courte réflexion, elle donna finalement sa réponse :
- D'accord, nous repartirons demain. Mais je pense que la plupart d'entre nous dormiront dehors.
- Les chambres seront bien plus confortables que la forêt, et vous serez au chaud.
Lexa ne prit pas la peine de répondre et haussa simplement un sourcil en adoptant un air qui fit clairement comprendre à Clarke que cette option n'était même pas envisageable. Agacée par l'entêtement de sa compagne, la blonde préféra quitter les lieux avant de s'énerver. Niylah lui emboîta le pas et bientôt elles eurent quitté les lieux. La brune la regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'elle tourne à l'angle d'un couloir et n'eut aucun mal à percevoir la contrariété qui transparaissait dans son pas vif. Néanmoins, elle ne s'attarda pas et partit, suivie par Ontari et Ryder.
- Clexa -
Lorsque Clarke et Niylah arrivèrent à l'infirmerie, elles furent accueillies par un large sourire qui se dessina sur le visage de Raven dès qu'elle les vit.
- Mes deux blondes préférées sont de retour !
Si la plus jeune lui rendit son sourire sans hésiter, la Native en revanche, sembla quelques peu mal à l'aise, ce qui n'échappa à aucune des deux jeunes filles. Clarke lui lança un bref regard mais ne fit aucun commentaire pour ne pas la gêner davantage.
- Comment ça va toi ? demanda-t-elle une fois qu'elle fut à côté du lit où était installée son amie.
- Toujours hors-jeu, comme tu peux le voir.
- Tu pourrais presque me faire pleurer, charria la blonde. Allez, courage, plus que quelques jours de convalescence. S'il y a bien quelqu'un qui peut survivre à ça, c'est toi.
- Aussi bizarre que ça puisse paraître, après tout ce qu'il m'est arrivé, c'est bien l'inactivité qui pourrait finalement me tuer.
Clarke laissa échapper un léger rire à cette plaisanterie.
- On t'entend pas beaucoup, toi, fit remarquer la brune à l'attention de Niylah. Jasper est venu me voir hier en rentrant, il m'a dit ce qu'il s'était passé. Ça va ?
Le ton de la mécanicienne s'était tout à coup fait plus doux, loin du sarcasme qui parait presque toujours sa voix en temps normal, et Clarke ne put s'empêcher de noter cette différence. Son regard passa de Raven à Niylah tandis qu'elle fronçait les sourcils, intriguée par ce qui était en train de se passer entre les deux femmes.
- Ça va, répondit la Native sans conviction.
Bien qu'elle ait forcé un sourire, la brune nota son air attristé et sentit alors son cœur se serrer.
- Tu me reproches de ne pas te remercier quand tu t'inquiètes pour moi, mais tu fais la même chose, tenta-t-elle dans l'espoir de la réconforter ne serait-ce qu'un peu.
Cette fois, le sourire qui éclaira le visage de Niylah fut plus sincère et son regard plus vif.
Clarke, consciente qu'elle n'avait plus sa place dans cet échange, préféra partir avant de se sentir véritablement mal à l'aise.
- Je viens de me rappeler que je devais régler quelque chose avec ma mère, mentit-elle. Je vous laisse. On se voit plus tard ? lança-t-elle à la brune.
- Pas de problème, blondie. Tu sais où me trouver, je ne bouge pas.
Les deux amies échangèrent un sourire, puis la plus jeune quitta l'infirmerie en se promettant d'interroger Raven sur la nature de sa relation avec Niylah dès qu'elle en aurait l'occasion.
Une fois que Clarke fut partie, la blonde et la brune échangèrent un regard. Comme si la routine qui s'était installée au cours des jours précédents n'avait jamais été interrompue et qu'elle n'avait pas été absente depuis la veille, Niylah s'empara d'une chaise et s'assit à côté de Raven. Cette dernière se déplaça pour venir s'asseoir au bord du lit et ainsi faire face à la guerrière.
- Tu sais, j'apprécie ta compagnie, mais ne te sens pas obligée de rester si tu n'en a pas envie.
- J'en ai envie.
A ces mots, la mécanicienne sourit et baissa la tête au cas où elle se mettrait à rougir. Sans qu'elle puisse expliquer pourquoi, la blonde avait tendance à provoquer chez elle des réactions dignes d'une adolescente, et elle préférait qu'elle ne voit pas ses joues s'empourprer si cela devait arriver.
Le silence s'installa et persista pendant un moment.
Raven, la tête toujours baissée, se risqua à s'avancer davantage vers le bord du lit jusqu'à poser les pieds par terre, mais elle se ravisa bien vite lorsqu'elle sentit le sol froid qui fit naître un frisson dans tout son corps. Elle se recula et releva finalement les yeux vers Niylah en l'entendant rire doucement. La blonde la regardait avec un air amusé et alors elle fit la moue.
- Est-ce que tu pourrais-
Avant qu'elle ait pu terminer sa phrase, la Native tapota ses propres cuisses pour lui indiquer qu'elle pouvait y poser ses jambes pour les étendre. La brune la regarda un instant avant de parler :
- J'allais te demander une chaise à vrai dire.
- Elles seront aussi bien là. En plus, si tu veux une chaise, il va falloir que je me lève pour te laisser la mienne ou que j'aille en chercher une autre, et ça, c'est hors de question.
- Arrête de te chercher des excuses et dis plutôt que tu veux admirer mes magnifiques jambes, lança Raven en posant ses pieds sur les cuisses de la blonde.
- Si ça peut te faire plaisir de penser ça.
Elles échangèrent un sourire complice et le silence s'installa à nouveau.
Raven ne portait qu'un short qui s'arrêtait à mi-cuisse pour laisser l'incision à l'air libre et éviter les frottements de façon à ce qu'elle cicatrise mieux et plus rapidement. Ainsi vêtue, elle laissait à Niylah tout le loisir d'admirer ses jambes fines et musclées, la droite l'étant un peu plus que la gauche. La jeune femme laissa ses yeux bleus vagabonder sur la peau de la brune dont elle trouvait le teint sombre ravissant.
Elle se pencha sur le côté pour inspecter la plaie. Les agrafes qui avaient servi à refermer l'incision parcouraient la moitié de la longueur de la jambe depuis le genou en descendant vers la cheville. Elle qui ne connaissait que les techniques de suture traditionnelles qui consistaient à recoudre avec un fil et une aiguille, elle avait été surprise en découvrant cette autre méthode qui était inconnue aux soigneurs de son peuple. Sans dire un mot, elle passa délicatement les doigts le long de l'incision et Raven ne l'en empêcha pas. Elle était heureuse de voir que la guérison semblait se faire correctement. Bien sûr, il resterait une cicatrice, mais le plus important était que la brune se remette.
Elle retira sa main mais continua à regarder les jambes de la mécanicienne, de telle sorte qu'elle ne remarqua pas que cette dernière ne l'avait pas quitté des yeux une seule seconde. Elle parcourut à nouveau la peau ambrée de Raven du regard, mais bientôt, son exploration s'interrompit.
- Tu as les chevilles gonflées, non ?
Lorsqu'elle releva la tête pour regarder la mécanicienne, celle-ci sembla être tout à coup tirée de ses pensées. Il lui fallut une seconde pour se reprendre, mais elle répondit finalement :
- Je ne bouge pas beaucoup alors le drainage ne se fait pas correctement.
Niylah la dévisagea avec un air intrigué et elle n'eut pas besoin de plus pour comprendre que des explications allaient être nécessaires.
- A part le sang, nous avons d'autres liquides qui circulent dans notre organisme, entre autre la lymphe. Pour certains endroits du corps, comme les jambes, le mouvement aide le sang et la lymphe à circuler correctement. Quand on bouge, on contracte nos muscles, et ça aide au drainage. Vu que je ne bouge presque plus depuis quelques jours, le drainage n'est pas correctement assuré, donc les liquides s'accumulent et mes chevilles gonflent.
- Tu veux que je t'aide à te mettre debout et à marcher un peu ? proposa la Native.
- Il faudra plus qu'une petite promenade pour résoudre le problème.
- Et si je te masse ?
Raven fut prise au dépourvu par cette proposition qu'elle n'attendait pas.
- Tu dis que la contraction des muscles aide, donc si je te masse ce sera comme si tes muscles se contractaient, non ?
- Oui. Ça ne remplace pas, mais ça peut compenser un peu. Abby m'a dit que c'était conseillé à vrai dire.
- Tu aurais dû me demander plus tôt alors.
Sans plus attendre, comme si chaque seconde comptait, Niylah posa ses mains sur la jambe droite de la brune.
- Dis-moi si je te fais mal, d'accord ?
Tout à coup mal à l'aise suite à ce contact soudain, la mécanicienne ne put que hocher la tête tandis qu'elle déglutissait, non sans difficulté.
Niylah avait des gestes doux, mais ses pressions étaient appuyées tandis que ses mains allaient de bas en haut, du la cheville au genou. Elle était concentrée sur sa tâche, les sourcils légèrement froncés et les lèvres pincées, et alors Raven ne put s'empêcher de la trouver particulièrement belle à cet instant. La voir ainsi, si sérieuse et complètement dévouée à une tâche était inhabituel et déroutant, mais certainement pas désagréable. Toutefois, la brune ne parvenait pas à se détendre complètement.
- Ça va ? demanda la blonde au bout de quelques minutes.
Elle avait sans doute senti que la brune restait quelque peu crispée et elle interrompit alors ses gestes et releva les yeux vers elle.
- Oui oui, ça va.
La mécanicienne accompagna ces quelques mots d'un sourire et la guerrière sembla convaincue et reprit son massage.
Les minutes passant, Raven parvint finalement à se détendre lentement mais sûrement. Elle s'était petit à petit relâchée et elle était maintenant appuyée sur ses mains qui étaient posées derrière elle sur le matelas. Elle poussa un profond soupir de contentement après une pression plus forte que les autres. Niylah ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle la regarda et vit qu'elle avait fermé les yeux. Ayant l'impression que la cheville droite de la brune avait un peu désenflé, elle passa à la jambe gauche.
Ses gestes furent plus délicats encore cette fois. Elle ne voulait pas risquer de faire mal à Raven ni d'endommager la cicatrice qui commençait à se former. La brune resta détendue, mais elle ouvrit les yeux et observa à nouveau la Native pendant qu'elle la massait. Elle la fixa quelques instants avant de finalement parler :
- Il y avait des gens que tu connaissais aux villages qui ont été attaqués ?
Elle avait posé cette question d'une voix calme et basse. Elle ne savait pas sur quel terrain elle s'aventurait et n'était pas sûre que la blonde accepterait de répondre, aussi préférait-elle lui faire comprendre par son ton qu'elle n'était en rien obligée de parler de ce qui s'était produit si elle n'en avait pas envie. Cependant, Niylah répondit, et elle n'arrêta pas son massage tandis qu'elle parlait :
- Par chance, je ne connaissais personne.
C'était tout ce que Raven souhaitait savoir, aussi ne s'attendait-elle pas à ce que la guerrière poursuive. Pourtant, cette dernière prit à nouveau la parole quelques secondes après :
- La seule personne qu'il me reste est ma sœur Echo.
- Qu'est-il arrivé à tes parents ?
- Morts ici même, tous les deux.
- Je suis désolée, souffla la brune avec sincérité.
Niylah ne répondit pas et continua son massage.
Elles restèrent toutes les deux silencieuses pendant un long moment avant que la mécanicienne n'ose à nouveau parler pour poser une autre question :
- Tu n'as personne d'autre à part Echo ? Pas de famille ? Pas d'amis ?
La blonde resta muette et Raven crut alors qu'elle n'aurait pas de réponse.
Elle continua à faire glisser ses mains sur sa jambe en faisant régulièrement pression avec plus ou moins de fermeté. Elle était concentrée, totalement dévouée à la tâche qu'elle était en train d'exécuter. Ses mains étaient habiles et révélaient une force physique acquise et entretenue au fil des années d'entraînement qui avaient fait d'elle la guerrière qu'elle était aujourd'hui.
Après encore plusieurs minutes passées à masser la brune, Niylah s'arrêta finalement. Elle regarda une dernière fois l'incision qu'elle portait derrière la jambe, comme pour s'assurer qu'elle ne s'était pas rouverte, puis elle mit ses mains sur les pieds de la mécanicienne et les laissa reposer là. Elle releva le regard vers Raven et leurs yeux se rencontrèrent. Elles se fixèrent l'une l'autre pendant un moment avant que la Native ne se décide à parler :
- La Coalition n'existait pas quand mes parents se sont rencontrés, elle a été créée il y a seulement quelques années. Ma mère venait de l'Azgeda et mon père du Trikru. Les deux clans n'étaient pas en guerre à l'époque où ils se sont connus, mais leurs relations n'ont jamais été très bonnes. A vrai dire, l'Azgeda n'a jamais été en bons rapports avec qui que ce soit, lâcha la blonde avec un rire amer. Mais malgré leurs origines qui auraient dû les opposer l'un à l'autre, mes parents sont tombés amoureux et je suis née. Ils savaient que l'Azgeda n'accepterait jamais un sang-mêlé comme moi, alors ils ont décidé que ce serait mon père qui m'élèverait et que je vivrais parmi le Trikru, là où je serais plus facilement intégrée. Ma mère venait me voir aussi souvent que possible, mais ses visites étaient rares, jusqu'au jour où elles ont complètement cessé quand une nouvelle guerre a éclaté. Les affrontements ont duré plusieurs mois et après qu'ils aient cessé, elle n'est jamais revenue.
La blonde marqua une pause dans son récit. Même s'il n'y avait aucune trace de larme dans ses yeux, il était évident qu'évoquer son passé n'était pas une chose facile pour elle, et Raven se sentit alors privilégiée d'avoir la possibilité d'en apprendre plus sur elle.
- J'avais trois ans à l'époque, c'est mon père qui m'a raconté tout ça, reprit Niylah. Le temps est passé sans que nous n'ayons aucune nouvelle. C'est seulement cinq ans plus tard que nous avons appris qu'elle avait rencontré un homme du même clan qu'elle et que j'avais une petite sœur, dit-elle d'un ton grave. Nous avons essayé d'entrer en contact avec eux, mais la distance et les conflits qui éclataient régulièrement n'ont pas aidé. Finalement, je n'ai vu Echo que quelques fois pendant les années qui ont suivi. C'est seulement une fois que la Coalition a été formée que j'ai réellement pu faire la connaissance de ma mère et de ma sœur. J'ai décidé d'aller vivre quelques temps avec elles pour rencontrer la famille que je n'avais jamais connue. Mon père pensait que c'était une mauvaise idée, et j'ai vite compris qu'il avait raison. Quand je suis arrivée dans les terres de l'Azgeda, j'ai eu la confirmation de ce que je savais déjà : personne ne voulait d'un sang-mêlé. Partout où j'allais, on me lançait des regards en coin, on murmurait sur mon passage et on me menaçait. Ma mère tolérait ma présence, mais elle n'aimait pas l'idée que les gens sachent que j'étais liée à elle. Je suis restée quelques jours avant de craquer et de partir. Je suis rentrée chez moi, dans les forêts du Trikru où j'avais grandi, là où était ma place. Les gens ne me voient pas d'un très bon œil étant donné que je viens pour moitié de l'Azgeda, mais au moins, je sais que je ne risque rien et que je suis bien mieux acceptée.
La guerrière prit une profonde inspiration avant de poursuivre :
- Après cette tentative pour m'intégrer, j'ai continué à voir ma mère et ma sœur régulièrement, mais je me suis assurée de ne plus jamais avoir affaire à ceux qui connaissaient mes origines. Quelques temps plus tard, mes parents ont été enlevés par les Faucheurs. D'abord, ma mère, puis mon père, et ils sont tous les deux morts. Echo a elle aussi été enlevée, mais grâce à vous, elle s'en est sortie.
Raven ne put réprimer une grimace. La sœur de Niylah avait survécu et avait pu être sauvée comme beaucoup d'autres Natifs, mais cela avait bien failli lui coûter la vie et tuer tous ses amis. Toutefois, elle ne fit aucun commentaire. La blonde n'était pas responsable de tout cela et il était normal qu'elle se réjouisse d'avoir pu retrouver sa sœur, elle ne pouvait pas la blâmer pour cela.
- Et où est Echo maintenant ? demanda-t-elle pour ne rien laisser paraître de son trouble.
- La dernière fois que je l'ai vue, elle quittait Polis pour retourner dans les terres de l'Azgeda. Depuis, personne ne l'a vue et je n'ai eu aucune nouvelle, dit la guerrière avec un air sombre.
- Tu crois qu'elle s'est rangée du côté de Nia ?
- Je ne crois pas, j'en suis sûre. Tu devrais l'entendre parler d'elle… Elle lui voue un véritable culte. Comme la plupart des membres de ce clan d'ailleurs.
La brune afficha un air décontenancée face à cette affirmation.
- Je t'avoue que j'ai du mal à suivre là… Tu n'as pas l'air d'être vraiment en accord avec ses idées.
- Je ne le suis pas.
- Pourtant tu sembles tenir à elle, fit remarquer la mécanicienne.
- Nous avons beau être très différentes, elle reste ma sœur. Elle est ma dernière famille, je n'ai plus personne à part elle. Je crois qu'elle est seulement aveuglée par les discours de Nia, elle l'encense parce que tout le monde le fait et qu'elle a été élevée parmi ce peuple. Elle ne serait pas comme ça si elle avait grandi avec moi, et d'ailleurs, elle ne m'a jamais traitée comme le font les autres.
Raven ne répliqua pas mais ne parut pas convaincue pour autant.
- Elle a aidé Bellamy quand il s'est infiltré ici, insista la Native.
- Elle l'a fait parce qu'il avait quelque chose à lui offrir en échange. Elle savait qu'il pouvait lui sauver la vie, c'est la seule raison pour laquelle elle lui a prêté main forte.
- Crois-moi, beaucoup d'Azgedas n'auraient pas fait ça, même si ça avait été une question de vie ou de mort. Ils ont toujours haï et méprisé tous ceux qui n'appartenaient pas à leur clan, mais leur haine pour votre peuple est plus grande encore.
A nouveau, la mécanicienne resta silencieuse. Niylah détourna le regard et baissa les yeux vers le sol tandis que son visage se parait de tristesse. Voyant cela, la brune se pencha vers elle.
- Hey, appela-t-elle d'une voix douce.
- Si seulement elle n'était pas partie, souffla la blonde en gardant les yeux baissés. Si elle avait été à Polis au moment où l'Azgeda s'est retournée contre la Coalition, j'aurais pu lui parler et la raisonner.
- Niylah, tu n'es pas responsable. Elle est partie peu de temps avant que tout ça n'arrive, il était sûrement déjà trop tard pour la ramener sur le droit chemin.
- Mais j'aurais pu essayer, plaida la jeune femme en relevant la tête pour regarder la mécanicienne.
- Se rallier à Nia était son propre choix, tu n'aurais rien pu faire contre ça.
Niylah fixa Raven un court instant avant de baisser à nouveau les yeux, un air abattu et attristé sur le visage. Peinée de la voir ainsi, la fille du Ciel posa les pieds par terre, ignorant le froid, et s'avança sur le lit pour s'approcher d'elle et ainsi prendre ses mains dans les siennes. Surprise par ce geste, la blonde releva brusquement le regard vers elle.
- Si tu la revois, il sera peut-être encore temps de lui faire ouvrir les yeux pour qu'elle se joigne à nous. Mais pour l'instant, tu ne peux rien faire, alors n'y pense plus.
La Native hocha faiblement la tête, toujours cette même expression sur le visage, et n'ajouta rien. Sincèrement triste de la voir dans cet état, elle qui était toujours prête à plaisanter en temps normal, la brune alla jusqu'à passer ses bras autour de ses épaules en la tirant près d'elle. Cette étreinte fut maladroite, mais une fois la surprise du premier instant passé, Niylah se laissa aller et serra doucement la mécanicienne contre elle en souriant légèrement.
- Merci.
- Merci à toi de m'avoir parlé de tout ça.
- Il te faut bien quelques potins pour ne pas mourir d'ennui.
Raven laissa échapper un rire tandis qu'elles se séparaient l'une de l'autre, puis elle sourit à la blonde, heureuse de voir que son humour était déjà de retour, ainsi que son air espiègle habituel.
- Clexa -
Le soir venu, tous les Natifs quittèrent le bunker pour rejoindre la forêt où ils passeraient la nuit. Niylah fut la seule à rester. Si lors de son premier séjour au Mont Weather, elle avait dormi dehors comme tous ses semblables, au cours des derniers jours, elle avait dormi à l'intérieur et s'y était finalement habituée plus vite qu'elle ne l'aurait imaginé.
Alors que Lexa était prête à partir pour passer la nuit dehors comme ses guerriers, Clarke tenta une dernière fois de la convaincre de rester.
- Tu es sûre que tu ne veux pas dormir avec moi ?
- Bien sûr que je veux dormir avec toi, assura la brune. Ce n'est pas le problème. C'est dormir ici qui me dérange.
- Je sais que tu n'es pas habituée à ce genre de bâtiment, mais tu n'as rien à craindre.
- Viens plutôt avec moi, proposa la guerrière.
- Hors de question que je passe la nuit dehors. J'avais déjà froid dans ta tente, alors je n'ose pas imaginer ce que ce serait si je dormais à la belle étoile. En plus, jusqu'à maintenant, c'est presque toujours moi qui ai fait des concessions.
- Je veux bien faire des concessions, mais pas celle-là.
La blonde fit la moue et fronça les sourcils pour exprimer clairement sa contrariété.
- Je déteste ce genre de bâtiment, je me sens prise au piège, et je déteste particulièrement cet endroit, plaida la Native.
- Lexa, s'il-te-plaît, insista la fille du Ciel avec un ton plaintif et en adoptant cette fois un air suppliant.
La brune fixa sa compagne pendant un instant avant de finalement pousser un profond soupir. Dès qu'elle vit la résignation se peindre sur ses traits, Clarke sut qu'elle avait gagné et un sourire étira alors ses lèvres.
- On a gardé des appartements réservés aux visiteurs, suis-moi.
- Je te préviens, si jamais je n'arrive pas à dormir, j'irai dehors.
La jeune fille aux yeux bleus ne répondit pas. Elle était déterminée à faire en sorte que Lexa passe une nuit complète dans le bunker. Si elle-même en était capable, il n'y avait pas de raison qu'elle n'y arrive pas.
Quelques minutes plus tard, elles arrivèrent à l'étage où se trouvaient entre autre les anciens appartements du Président Wallace. La blonde guida sa compagne dans un long couloir, puis elle ouvrit une porte sans hésiter et la laissa entrer en premier. La Native découvrit avec étonnement un intérieur coquet et chaleureux. Elle qui s'attendait à trouver des pièces grises et froides dépourvues de décoration, elle fut agréablement surprise. Mais il n'en restait pas moins qu'elle se sentait à l'étroit et mal à l'aise à l'idée de se trouver sous terre.
- Qui habitait cet appartement ?
- Je n'en ai aucune idée et je préfère ne pas le savoir, répondit la blonde. Tout ce dont je suis sûre, c'est que ni Dante ni son fils ne vivait ici, c'est tout ce dont j'ai besoin.
Clarke n'avait pas fermé la porte d'entrée et avait toujours la main sur la poignée.
- Bon, je vais te faire visiter et après je te laisserai.
La Native la dévisagea en haussant les sourcils.
- Ne joue pas à ça avec moi, dit-elle en souriant légèrement.
Elle savait pertinemment que sa compagne était en train de la taquiner et tentait d'éprouver sa patience, mais elle ressentait tout de même une certaine appréhension à l'idée de réellement se trouver seule dans un tel endroit. Qui aurait cru qu'elle, la Commandante de la Coalition, celle qui dirigeait douze clans à elle seule, aurait été effrayée pour si peu.
- Ces appartements sont réservés aux visiteurs. Je ne suis pas une visiteuse, je n'ai aucune raison de rester ici.
- Dans ce cas, disons que vous êtes mon invitée.
Tout en parlant, la brune s'approcha de Clarke. Elle prit doucement la main qui tenait la poignée dans la sienne, puis poussa la porte jusqu'à la refermer et elle se plaça ensuite devant, de façon à être certaine que la jeune fille n'y aurait plus accès.
- Moi ? Une simple fille ? L'invitée de la Commandante ? Quel honneur !
- Une fille tombée du ciel, ce n'est pas rien tout de même.
Elles arboraient toutes les deux un sourire malicieux tandis que Lexa tirait doucement Clarke vers elle en la tenant par la taille.
- Est-ce que ça me rend si exceptionnelle ?
- Tu n'imagines pas à quel point.
La brune prononça ces derniers mots tout contre les lèvres de la blonde avant de l'embrasser tendrement.
La plus jeune poussa doucement sa compagne jusqu'à ce que le dos de celle-ci arrive contre la porte, et alors elle passa ses bras autour de son cou en intensifiant leur baiser. Après quelques instants, Clarke se sépara de la guerrière en restant tout de même proche pour murmurer de douces paroles pour elle seule :
- Une fille née sur la Terre et une autre venue du Ciel qui sont parvenues à se rencontrer. Qui l'eut cru ?
- Difficile de croire que le destin n'y est pas pour quelque chose.
Elles sourirent à l'unisson avant que la blonde ne vienne à nouveau embrasser la brune.
Les baisers eurent tôt fait de s'embraser et les mains ne tardèrent pas à devenir baladeuses. Bien vite, Clarke saisit le col du manteau que Lexa avait ouvert sans toutefois le retirer malgré la température agréable qui régnait dans tout le bunker. Elle lui enleva ce vêtement encombrant et le jeta négligemment sur le canapé qui se trouvait non loin. La brune était sur le point de faire de même avec la veste de sa compagne lorsqu'on frappa soudain à la porte.
Les deux jeunes filles se séparèrent immédiatement, comme si quelqu'un avait pu les voir. Le premier instant de surprise passé, la blonde fronça les sourcils, contrariée d'être ainsi interrompue. La Commandante était prête à ouvrir, mais elle ne lui en laissa pas le temps. Après s'être reculée pour que la brune puisse s'écarter de la porte où elle était adossée, elle ouvrit brusquement.
- Quoi ?
La jeune fille regretta aussitôt d'avoir était aussi rustre et d'avoir ainsi aboyé avant même d'avoir vu de qui il s'agissait, car c'était sa mère qui se tenait face à elle.
Elles restèrent pétrifiées, chacune stupéfaite de trouver l'autre ici et une même question dans leur esprit à toutes les deux : que fait-elle là ?
Après un moment écoulé sans qu'aucune ne parle, se contentant de fixer celle qui se tenait devant elle, la bouche légèrement entrouverte, ce fut finalement Lexa qui mit fin à ce moment de flottement gênant. Elle ouvrit plus grand la porte qui la cachait jusque-là aux yeux d'Abby et se plaça aux côtés de Clarke en conservant tout de même une certaine distance entre elles.
- Bonsoir, salua-t-elle poliment l'ancienne Chancelière.
La quinquagénaire sembla être soudainement rappelée à la réalité. Elle détacha enfin ses yeux de sa fille pour les poser sur la brune.
- On m'a dit que vos guerriers allaient passer la nuit dehors mais que vous dormiriez ici, je venais donc voir si vous aviez besoin de quelque chose.
- Je ne manque de rien, je vous remercie.
- Très bien.
Alors que la logique aurait voulu qu'Abby parte sur-le-champ à présent qu'elle avait eu sa réponse, elle resta plantée sur place. A nouveau, son regard se posa sur Clarke qui commençait à se sentir vraiment mal à l'aise et craignait que des questions gênantes ne finissent par être posées. Consciente que la situation devenait embarrassante pour tout le monde, la Commandante préféra répondre à l'interrogation silencieuse de la mère de sa compagne.
- Clarke et moi discutions de la réunion de tout à l'heure. Elle était sur le point de partir quand vous êtes arrivée.
Abby, qui s'était tournée vers la brune lorsque celle-ci avait pris la parole, se contenta de la fixer sans dire un mot.
- Bon, inutile que je m'attarde plus longtemps ici puisqu'on avait terminé, dit Clarke d'un ton détaché. Au revoir, Commandante.
La chirurgienne ne put s'empêcher de penser qu'il était un peu tard pour en revenir à l'usage du titre de Lexa après l'avoir appelée par son prénom devant elle tout juste quelques heures plus tôt. Toutefois, elle se garda bien d'en faire la remarque et se contenta de regarder sa fille sortir puis s'éloigner d'un pas vif.
- Vous aviez besoin d'autre chose ? demanda la Native lorsque la blonde eut disparu à l'angle du couloir.
Abby ne répondit pas immédiatement. Elle fit face à Lexa et planta ses yeux dans les siens avec un regard perçant, comme si elle tentait de sonder ses pensées pour découvrir ce qui se passait dans son esprit. La brune, loin de se laisser intimidée, resta parfaitement droite et alla jusqu'à relever légèrement le menton avec un air de défi.
- Ne vous avisez pas de faire quoi que ce soit qui puisse blesser Clarke.
- C'est une menace ? demanda la jeune fille, davantage amusée qu'effrayée.
Si l'ancienne Chancelière voulait tenter de l'impressionner, ce n'était certainement pas de cette façon qu'elle y parviendrait. Lexa n'avait pas peur d'elle, pas le moins du monde. A vrai dire, il y avait bien peu de choses dont elle avait peur.
- C'est simplement une mise en garde. Elle a déjà beaucoup souffert, je ne laisserai pas qui que ce soit lui faire faire du mal, gronda Abby.
- Je crois que vous faites des conclusions trop hâtives et que vous ne savez pas de quoi vous parlez.
- Je sais parfaitement de quoi je parle, et c'est précisément pour cette raison que je préfère vous mettre en garde dès maintenant. N'essayez pas de la manipuler et de vous servir d'elle.
- Ce n'est pas mon intention.
- Pourtant, j'imagine qu'avoir Clarke de votre côté vous faciliterait les choses.
- Cette conversation serait nettement plus simple si vous arrêtiez de vous contenter de vagues allusions et que vous me disiez où vous voulez en venir.
Abby fixa silencieusement la brune pendant quelques instants avant de finalement répondre :
- Clarke est à la tête de notre peuple. Faire en sorte qu'elle soit sous votre emprise et ne s'oppose pas à vous serait sans doute un atout.
- Vous devriez savoir mieux que quiconque que Clarke n'est pas le genre de personnes qu'on peut aisément aveugler et manipuler. Elle ne laisserait jamais qui que ce soit lui dicter sa conduite et prendre des décisions à sa place, surtout pas moi.
- Je le sais. Mais je sais aussi que malgré votre jeune âge, vous avez déjà fait la preuve de vos qualités de dirigeante. Je dois admettre que c'est admirable, mais vous avez également démontré que vous étiez prête à tout pour votre peuple.
- Comme nous tous, répliqua la brune du tac au tac.
- C'est justement ce qui m'inquiète.
- Dois-je comprendre que vous ne me faites toujours pas confiance ? demanda la Commandante d'un ton amer.
- J'ai mes raisons.
- Vous semblez vite oublier que j'ai sacrifié la vie de deux de mes hommes et risqué la mienne pour vous sauver. Sans moi, vous ne seriez sans doute pas là aujourd'hui.
Ces paroles réduisirent Abby au silence. Elle défaillit légèrement et perdit tout à coup de sa superbe. Lexa, elle, continua à la fixer sans ciller, sans faiblir un seul instant. Elle conserva sans mal l'assurance dont elle avait fait preuve jusqu'à maintenant. Comme l'avait très justement fait remarquer l'ancienne Chancelière, malgré le fait qu'elle soit particulièrement jeune, elle possédait toutes les qualités requises pour être une grande dirigeante. A ce titre, elle était habituée à devoir faire face à des interlocuteurs bien plus agressifs et aux propos bien plus virulents que ceux qu'elle venait d'entendre.
- Je n'ai jamais eu l'intention de nuire à qui que ce soit, et surtout pas à Clarke. Ce qui est arrivé est arrivé. J'assume chacun de mes choix et je prendrais la même décision si on m'offrait une deuxième chance aujourd'hui. J'ai toujours fait ce qui devait être fait pour protéger mon peuple, c'est ce que font les dirigeants, vous êtes bien placée pour le savoir. Nous voulons tous ce qu'il y a de mieux pour les nôtres. Clarke veut ce qu'il y a de mieux pour les siens, et c'est précisément pour cette raison que je ne pourrais jamais la manipuler, même si je le voulais.
La Native marqua une courte pause dans sa tirade avant de reprendre :
- Le Peuple du Ciel fait maintenant partie de la Coalition. Il est sous ma protection comme tous les autres clans et je ferai donc tout ce qui est en mon pouvoir pour vous protéger, vous et vos concitoyens, soyez en sûre. Malheureusement, vous seule pouvez choisir de me faire confiance ou de continuer à croire que je vous veux du mal.
Abby n'avait toujours pas prononcé un mot. Elle se contentait d'écouter attentivement ce que la jeune fille avait à dire sans l'interrompre. Même lorsque Lexa s'arrêta et que sa voix retomba à la fin de sa dernière phrase, indiquant ainsi qu'elle n'avait plus rien à ajouter, la chirurgienne resta muette.
Elles se dévisagèrent l'une et l'autre pendant un long moment. Il n'y avait rien d'agressif dans leurs regards, pas même du ressentiment ou de la provocation. Elles se fixaient comme si elles découvraient la personne qui se tenait face à elle sous un nouveau jour.
Après avoir longuement étudié la Commandante, comme pour tenter de la percer à jour et de lire en elle, Abby prit finalement la parole :
- Est-ce que vous auriez fait la même chose si je n'étais pas la mère de Clarke ? Est-ce que vous auriez pris ce risque pour me sauver ?
Lexa fixa son interlocutrice sans que son visage n'exprime la moindre émotion. Elle croisa les mains dans son dos et resta impassible tandis qu'elle répondait :
- Eviter à Clarke de perdre la seule famille qu'il lui restait valait la peine de prendre ce risque.
Abby ne répondit rien à cela. Elle ne savait pas quoi penser de ce qu'elle venait d'entendre.
D'un côté, elle était quelque peu déçue de voir que la jeune fille n'aurait pas été prête à faire une telle chose pour n'importe qui. Ceci prouvait une fois de plus qu'elle avait bien trop souvent tendance à voir les gens comme de simples chiffres et à calculer sans cesse le rapport bénéfice risque de la moindre action avant de prendre une décision. D'autre part, elle ressentait une certaine peine pour la brune. Elle savait peu de choses à son sujet, mais ce dont elle était sûre, c'était qu'elle n'avait certainement pas eu une vie facile. Pour arriver où elle en était aujourd'hui et être celle qu'elle était, elle avait très certainement dû apprendre à ne jamais laisser ses propres émotions et sentiments entrer en ligne de compte. Personne n'était capable d'être naturellement aussi pragmatique qu'elle l'était, surtout pas à son âge. C'était une chose qui s'apprenait et certainement pas un trait de caractère inné. Toutefois, l'émotion qui prima fut le soulagement. Un soulagement teinté d'une certaine reconnaissance. La réponse de Lexa avait beau être déguisée, les choses étaient claires : elle lui avait sauvé la vie avant tout pour Clarke. Ce simple fait suffit à faire prendre conscience à Abby que peut-être, la Commandante se préoccupait réellement de sa fille.
Sans qu'elle s'en soit aperçue, un long moment s'était écoulé, pendant lequel pas un mot n'avait été prononcé. Lexa la regardait toujours fixement et elle se rendit alors compte qu'elle non plus ne l'avait pas quitté des yeux.
- Si vous n'avez plus rien à me dire, j'aimerais dormir.
- Bien sûr, répondit Abby.
Elle recula d'un pas pour se dégager de l'embrasure de la porte où elle se tenait et eut un temps d'arrêt au moment de partir. Elle opta finalement pour un simple hochement de tête que la jeune fille lui rendit, puis elle quitta les lieux sans demander son reste. Dès qu'elle fut partie, Lexa referma et entreprit d'explorer elle-même l'appartement puisque Clarke n'était plus là pour lui faire visiter.
- Clexa -
Ce n'est qu'une demi-heure plus tard que la blonde fit son apparition.
On frappa à la porte et alors la Commandante quitta le canapé où elle s'était assise pour feuilleter un des livres qui se trouvaient dans la bibliothèque. Les nerfs encore à vif après la conversation qu'elle avait eue avec Abby, elle ouvrit la porte avec un regard noir, contrariée d'être à nouveau dérangée. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle découvrit Clarke.
- Hey, lâcha la jeune fille d'une petite voix.
Lexa resta muette, se contentant de la regarder, les yeux légèrement écarquillés. Néanmoins, l'étonnement fit bientôt place à l'amusement. Un sourire ne tarda pas à se dessiner sur ses lèvres et à devenir de plus en plus large à chaque seconde.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Clarke avec un air dubitatif.
Un rire fut la seule réponse que la brune fut capable de lui donner. Mais bientôt, ce qui était au début un simple ricanement se transforma en un fou rire incontrôlable.
Bien qu'elle soit prise au dépourvu par cette réaction plus qu'inattendue, la fille du Ciel poussa doucement sa compagne à l'intérieur et s'empressa de refermer la porte derrière elle après être entrée. Aucun autre appartement du couloir n'était occupé, mais elle ne tenait pas à ce que quelqu'un qui passerait là par hasard entende la brune et soit pris de curiosité.
Lexa était maintenant pliée en deux et se tenait les côtes. Clarke ne l'avait jamais vue dans cet état et c'était à vrai dire la première fois qu'elle l'entendait rire aussi fort. Elle était complètement désemparée, d'autant qu'elle ne savait toujours pas ce qui avait pu provoquer un tel éclat de rire chez sa compagne.
- Je peux savoir ce qui te prend ? demanda-t-elle.
La brune se redressa et la regarda pour lui répondre, mais aussitôt, son fou rire s'empara à nouveau d'elle. Elle avait de plus en plus mal au ventre et aux joues, et elle parvint tout juste à articuler quelques mots :
- Re… Regarde-toi… Miroir…
La Native fut incapable d'être plus claire et lorsqu'elle posa les yeux sur la blonde, elle se mit à rire de plus belle.
Toujours aussi décontenancée, Clarke alla à la salle de bains. Dès qu'elle entra dans la pièce, elle tomba sur un miroir qui faisait face à la porte, et alors elle comprit enfin pourquoi Lexa avait réagi ainsi en la voyant.
Après avoir quitté l'appartement, elle était allée se promener dans le bunker avec en tête l'idée de revenir plus tard, une fois qu'elle serait certaine que sa mère serait partie. Elle n'avait pas encore eu l'occasion de se démaquiller, et elle l'avait donc fait avec un simple chiffon trouvé en passant aux cuisines pour s'assurer que les garde-manger étaient suffisamment remplis. Toutefois, à aucun moment elle ne s'était servie d'un miroir, et elle découvrait maintenant qu'en tentant de se démaquiller, elle avait plutôt fait le contraire : la quasi-totalité de son visage était maintenant couverte de khôl plus ou moins effacé, si bien qu'on aurait cru qu'elle venait de ramoner une cheminée.
Elle comprenait maintenant mieux pourquoi Lexa avait été prise d'un tel fou rire.
Elle sortit de la salle de bains pour rejoindre sa compagne qui semblait s'être calmée, mais dès que cette dernière la vit, elle ne put s'empêcher de rire à nouveau, presque plus fort encore que la première fois. Maintenant qu'elle savait quelle était la raison d'une telle réaction, Clarke ne put contrôler le large sourire qui gagna son visage.
Il lui fallut encore quelques minutes, mais Lexa parvint finalement à retrouver son calme. Pendant tout ce temps, la blonde n'avait pas bougé, elle s'était contentée de la regarder. Quand la Native se redressa et posa les yeux sur sa compagne, elle vit qu'un sourire plus sincère que jamais sublimait ses traits. Cependant, lorsqu'elle vit une larme couler lentement sur sa joue, elle se figea. C'est seulement en la voyant ainsi que Clarke réalisa qu'elle était en train de pleurer. D'un geste vif, elle essuya l'unique larme qui était parvenue à se frayer un passage entre ses cils humides.
- Désolée, s'excusa-t-elle en conservant son sourire, bien qu'il soit à présent moins prononcé.
- Non, ne le sois pas. C'est moi qui devrais m'excuser. Je ne voulais pas te blesser, je suis désolée.
Voyant que la brune paniquait et pensait l'avoir réellement vexée, la fille du Ciel s'empressa de s'approcher d'elle et de prendre l'une de ses mains dans les siennes en lui souriant.
- Tout va bien, ne t'en fais pas, assura-t-elle précipitamment. C'est juste... C'est la première fois que je t'entends rire comme ça et... Je n'ai jamais entendu un son plus beau que celui-ci.
Lexa était déjà prête à insister et à s'excuser à nouveau, mais à ces mots, elle demeura muette et aucun son ne sortit de sa bouche qui resta entrouverte.
- Je ne pensais pas t'entendre un jour rire comme ça, et surtout pas aujourd'hui. Alors même si je me suis sans doute tournée en ridicule devant tous ceux que j'ai croisés en venant ici, je ne regrette pas une seule seconde de ne pas avoir été capable de me démaquiller correctement.
Ce n'était que de simples paroles, et pourtant ce fut suffisant pour que Lexa sente tout à coup son cœur être envahi par un amour renouvelé. Elle n'avait jamais aimé Clarke plus qu'à cet instant. Ses sentiments étaient si forts qu'elle sentait son souffle lui échapper. Incapable de trouver les mots justes pour exprimer tout ce qu'elle ressentait, toutes ces émotions qui l'étouffaient, elle posa une main sur la nuque de la blonde et la tira brusquement à elle sans lâcher ses mains.
Elles s'embrassèrent avec tendresse et passion en fermant toutes les deux les yeux et aussitôt, la Native sentit une nuée de papillons lui chatouiller le ventre en s'envolant. Le simple fait de sentir les lèvres de Clarke contre les siennes lui donnaient le tournis. Son cœur battait si vite qu'il en était presque douloureux. Presque.
Elle pouvait sentir le pouls de la fille du Ciel sous sa paume et sut ainsi que son rythme cardiaque s'était tout à coup affolé, tout comme le sien. A cet instant, elle aurait pu le jurer, elles n'avaient jamais été aussi proches l'une de l'autre.
C'était la première fois que Lexa se sentait à ce point liée à quelqu'un, elle n'avait jamais rien ressenti de semblable avec qui que ce soit, et elle savait que ce sentiment était partagé par Clarke.
Après un long moment, elles se séparèrent finalement et la brune fut alors heureuse de voir un magnifique sourire sur le visage de sa compagne. Elle l'imita et ses lèvres s'étirèrent, adoucissant ses traits si sévères en temps normal.
- Je pense que je devrais te laisser me démaquiller. Tu t'en sors bien mieux que moi visiblement, souffla la fille du Ciel en avisant le visage impeccablement nettoyé de la guerrière.
Les deux jeunes filles allèrent dans la salle de bains et la blonde repéra immédiatement une serviette où se trouvaient des marques noires. Elle devina que sa compagne s'en était servie et s'en empara donc. Après l'avoir passée sous l'eau, elle se tourna face à Lexa et lui donna avant de s'appuyer contre le lavabo et de fermer les yeux.
La Native lui saisit délicatement la mâchoire d'une main pour lui faire relever le menton, puis elle commença à passer la serviette sur son visage avec des gestes doux pour en retirer le khôl. La blonde laissa échapper un soupir de contentement lorsque les doigts de sa compagne effleurèrent sa peau. En temps normal, elle détestait qu'on s'occupe ainsi d'elle, mais quand il s'agissait de Lexa, elle se laissait volontiers cajoler.
Après quelques instants de silence, elle prit la parole pour poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'elle était arrivée :
- De quoi est-ce que vous avez parlé ?
La brune se crispa de façon quasi-imperceptible, mais étant donné qu'elle tenait le visage de Clarke d'une main, cette dernière le sentit immédiatement. La Commandante hésita quelques secondes sur la conduite à tenir, mais elle choisit finalement d'être honnête. La dernière fois qu'elle avait menti à sa compagne, les choses avaient failli très mal se terminer entre elles et depuis, elle avait promis de ne plus rien lui cacher.
- Elle a peur que je te manipule pour servir mes propres intérêts, dit-elle sans interrompre sa tâche.
Clarke ouvrit aussitôt les yeux en entendant cela, si bien que la Native fut forcée d'arrêter ce qu'elle était en train de faire.
- Et elle t'a dit ça comme ça ?
- Elle n'a pas été aussi directe.
- J'arrive pas à croire qu'elle ait fait ça, s'énerva la jeune fille aux yeux bleus.
- Elle tient à toi, elle veut seulement te protéger.
- En te menaçant ? Belle preuve d'amour maternel. D'un autre côté, je ne sais pas pourquoi je suis encore surprise, plus rien ne devrait m'étonner avec elle.
- Elle ne m'a pas menacée. Tu ne sais même pas ce qu'on s'est dit, fit remarque la brune.
- Je n'ai pas besoin de savoir. Je connais suffisamment ma mère pour deviner quel a pu être son discours.
- J'ai fait en sorte qu'elle comprenne qu'elle n'avait rien à craindre de moi et que je ne te voulais aucun mal.
- Tu auras beau y avoir mis toute ta bonne volonté, je doute que ça suffise.
- Je suis persuadée du contraire. Ferme les yeux, dit Lexa.
Clarke s'exécuta et la Native put ainsi reprendre son démaquillage minutieux.
Quelques minutes plus tard, une fois qu'elle fut certaine d'avoir retiré toute trace de khôl du visage de la fille du Ciel, elle déposa un baiser sur son nez. La blonde ouvrit les yeux en souriant, puis embrassa la jeune fille aux yeux verts en passant ses bras autour de son cou.
- Je ne sais pas toi, mais moi je suis fatiguée, souffla la brune quand elles s'éloignèrent l'une de l'autre. Tu restes ici pour la nuit ?
- Pourquoi crois-tu que je suis revenue ?
Touchée et heureuse, Lexa s'autorisa un bref sourire avant de reprendre un air plus sérieux.
- Tu ne préfères pas dormir à l'appartement avec tes amis ?
- Raven va rester à l'infirmerie jusqu'à ce qu'on parte, et je suis sûre que les garçons peuvent très bien s'en sortir sans moi. De toute façon, je ne me sens pas de me retrouver seule avec Jasper et Nathan.
- Ça ne s'est toujours arrangé avec eux ? demanda la brune avec un air peiné.
- Il y a du mieux, mais on est encore loin de ce qu'on a connu. Je ne suis même pas sûre qu'on puisse un jour revenir à l'amitié qu'on partageait avant que tout ça n'arrive.
Face à la tristesse qui se peignit sur les traits de sa compagne alors qu'elle baissait la tête, la guerrière sentit son cœur se serrer. Elle la prit dans ses bras et la serra contre elle en lui caressant doucement le dos d'une main pour tenter au mieux de la réconforter.
Après que Clarke ait mis fin à cette étreinte courte mais qui lui avait fait plus de bien qu'elle ne l'aurait cru, elles rejoignirent la chambre. La plus jeune retira sa veste et la posa sur une chaise, puis saisit le bas de la tunique de sa compagne pour la lui retirer. Lexa se contenta de lever les bras au-dessus de sa tête pour lui faciliter la tâche, puis elle fit de même avec le haut de la blonde. Vint ensuite le tour de leurs chaussures et de leur pantalon, et elles se déshabillèrent ainsi l'une l'autre avec des gestes lents, parsemant leur effeuillage de doux baisers et de caresses délicates. Quand elles ne furent plus habillées que par leurs sous-vêtements, chacune détacha les cheveux de l'autre pour les libérer après cette longue journée.
Tout ceci avait été fait sans que le moindre mot ne soit échangé, comme si ce rituel avait été une habitude pour elles, une danse parfaitement orchestrée, alors que c'était la première fois qu'elles faisaient cela. Chaque geste était empli d'une tendresse simple et sincère, chaque regard dévoilait des sentiments trop forts pour être exprimés par des mots, chaque baiser était une promesse.
Toutes les deux en boxer et brassière, elles se glissèrent ensemble sous les draps et Clarke vint immédiatement se blottir contre Lexa qui l'accueillit volontiers dans ses bras. Elles se contentèrent de ce simple contact. Aucune d'elles ne désirait plus que cela ce soir-là. La blonde sentait les mains froides de la brune dans son dos, mais elles ne tardèrent pas à se réchauffer au contact de sa peau. Elle caressa son ventre et put sentir ses muscles se contracter légèrement, puis elle déposa un baiser sur la ligne de sa mâchoire avant de venir nicher son nez dans son cou. Des cheveux bruns vinrent bientôt lui chatouiller le visage, mais comme à chaque fois, elle apprécia cette sensation.
Elles étaient ainsi enlacées depuis quelques minutes, leurs jambes emmêlées, lorsque Lexa parla à voix basse :
- Tu voudrais qu'on officialise notre relation ?
A cette question, Clarke dégagea son visage du cou de sa compagne et la regarda avec un air interloqué.
- Pas publiquement bien sûr, je veux dire auprès de ta mère.
La blonde sembla plus sereine après cette précision et se détendit.
- Tu voudrais, toi ? demanda-t-elle.
- Ce n'est pas de ma mère qu'il s'agit.
- Mais ça te concerne aussi.
La Native resta muette quelques secondes, prenant un instant de réflexion avant de finalement répondre :
- Si j'avais encore ma famille, je pense que j'aurais déjà dit à mes parents et à mon frère à quel point tu comptes et tout ce que tu représentes pour moi.
- Donc tu voudrais que je le dise à ma mère ?
- Je ne veux rien du tout, je te dis simplement ce que j'aurais fait si j'en avais eu la possibilité. C'est ta mère, c'est à toi de choisir ce que tu veux faire. Quelle que soit ta décision, je la respecterai, et si tu décides de lui parler, alors je serai là seulement si tu le souhaites.
Clarke plongea ses yeux pareils au saphir dans les deux émeraudes de Lexa et la regarda intensément. Alors qu'elle croyait cela impossible, elle se sentit tomber encore un peu plus amoureuse d'elle. La brune lui avait toujours témoigné un respect sans faille, et elle venait une fois de plus d'en faire la preuve.
- Je crois que je vais attendre encore un peu. Je lui dirai, mais pas tout de suite. De toute façon, je pense qu'elle avait déjà de forts soupçons et qu'ils ont été confirmés par la conversation que vous avez eue tout à l'heure. Mais pour l'instant, je veux garder ça pour nous. Je veux que ça reste notre secret pour encore quelques temps, même si ce n'en est plus vraiment un.
- D'accord.
Ce simple mot fut accompagné d'un air serein éclairé d'un léger sourire. La blonde vint sceller ses lèvres à celles de la Native et elles échangèrent un long baiser. Lorsqu'elles se séparèrent, Clarke se retourna dans le lit pour éteindre la lampe de chevet, mais elle fut arrêtée alors qu'elle était sur le point de presser sur l'interrupteur.
- Attends, dit la brune.
Elle lui fit face avec un air interrogateur.
- Je ne suis déjà pas très à l'aise dans cet endroit où il n'y a aucune fenêtre, alors est-ce qu'on pourrait… allumer quelques bougies ? demanda timidement Lexa. Enfin s'il y en a. Sinon tant pis, ce n'est pas grave, je peux-
Elle fut interrompue par les lèvres de la fille du Ciel qui vinrent se poser sur les siennes.
- Je devrais pouvoir trouver ça.
Sur ce, Clarke quitta le lit et sortit de la pièce. Après quelques instants passés à fouiller les tiroirs et les placards de l'appartement, elle revint avec bien plus de bougies que la Native n'en espérait. Elle les disposa dans les assiettes qu'elle avait amenées avec elle et les répartit dans la pièce en essayant au mieux de recréer l'ambiance de la chambre de Polis, bien qu'elle sache cela impossible. Pendant ce temps, Lexa se contenta de la regarder faire, ses yeux suivant le moindre de ses mouvements et déplacements.
Une fois qu'une petite flamme s'éleva de chaque bougie, la blonde éteignit la lampe de chevet restée jusque-là allumée pour admirer le résultat : une lumière tamisée emplissait maintenant la pièce et apportait un peu de chaleur à la chambre qui paraissait auparavant si froide. Satisfaite, la jeune fille s'empressa de rejoindre la brune dans le lit.
- Merci, sourit cette dernière.
Elles échangèrent un bref baiser avant de retrouver la position qu'elles avaient abandonnée un peu plus tôt. Ainsi serrées l'une contre l'autre, enveloppées par l'affection de l'être aimé, elles ne tardèrent pas à trouver le sommeil. Alors qu'elle avait cru qu'elle ne pourrait pas fermer l'œil de la nuit dans un endroit tel que le bunker où elle se trouvait et après la journée qu'elle avait passée, ce soir-là fut l'un des rares où Lexa s'endormit rapidement, le visage éclairé d'un sourire discret mais bel et bien présent.
Et voilààà ! Alors, qu'est-ce que vous avez pensé de ce chapitre ? J'espère que ceux qui attendaient un peu plus de Clexa (c'est vrai qu'il y en avait eu peu dernièrement) sont contents :)
Même s'il n'y a pas eu d'action à proprement parler, ça a quand même pas mal bougé : Clarke qui adopte petit à petit certaines coutumes des Natifs, Lexa qui est de plus en plus à l'aise dans sa relation avec elle, Raven et Niylah qui se rapprochent lentement mais sûrement, et surtout... Abby qui cette fois a vraiment compris ce qu'il se passait entre Clarke et Lexa ! Bon, je ne vous cache pas qu'elle avait déjà de trèèès forts soupçons, mais maintenant on ne peut même plus parler de soupçons ahah
Bref, j'espère que tout ça vous aura plu, laissez un petit commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé :)
En ce moment j'écris trèèès lentement, je sais pas trop ce qui m'arrive mais voilà, c'est comme ça... Je suis toujours inspirée, mais je crois que le problème c'est surtout que je manque de temps. Du coup j'ai de moins en moins de chapitres d'avance et ça commence à m'inquiéter. Aujourd'hui j'ai failli couper ce chapitre en deux mais finalement j'ai décidé de ne pas le faire. Mais peut-être qu'à un moment je n'aurai pas d'autre choix que de couper un chapitre pour éviter d'en arriver à vous faire attendre la suite... Donc les chapitres seront peut-être plus courts, mais au moins ça évitera que je vous laisse sans rien parce que je n'aurai plus de chapitres d'avance.
Ceci étant dit, il est temps que je réponde aux guests !
Manon33 : J'ai bien conscience que c'était loin d'être un moment agréable ce massacre... Malheureusement je ne peux pas promettre qu'il n'y aura pas d'autres moments difficiles, ça reste l'univers de The 1OO quand même... Sinon comme tu peux le voir, Raven récupère bien et pour l'instant tout va bien pour elle, enfin une bonne nouvelle la concernant ! Toi qui voulais du Clexa, j'espère que tu auras été contente avec ce chapitre :) Merci pour ta review et à bientôt !
Ellana : Le couple Niylen semble te plaire et j'en suis ravie ! Ça tombe bien puisqu'il y a eu un moment plutôt intéressant entre elles dans ce chapitre, j'espère que ça t'aura plu d'ailleurs ;) En ce qui concerne Aden : à vrai dire, je n'avais pas prévu de l'intégrer à l'histoire. Je suis partie dans ma propre histoire et certes, je reprends certaines choses de la saison 3, mais pour pas mal de trucs je m'éloigne de la série, donc les Nightbloods n'existent pas dans cette fic, du coup je t'avoue que je n'avais pas pensé à parler d'Aden. Je ne peux donc pas te promettre qu'il fera une apparition dans cette histoire... Mais je vais y réfléchir ! Concernant l'officialisation du Clexa, si tu te souviens, certaines personnes sont déjà au courant, notamment Octavia et Raven ;) Je ne l'ai pas dit explicitement, mais on peut supposer que d'autres savent, comme Lincoln par exemple. Abby le sait avec certitude maintenant, mais je prévois de faire une conversation où les choses lui seront dites clairement. Surtout n'hésite pas à suggérer des idées ! Je ne pourrai sûrement pas tout faire, mais j'aime bien quand même savoir ce que vous aimeriez lire, parce que pour certains trucs je peux parfois faire même si je n'avais pas prévu au départ, donc n'hésite pas ;) Merci pour cette review !
Je vous souhaite à tous une bonne fin de weekend et je vous dis à bientôt les Louchettes ! :)
