Note : Cette mini-fiction comporte beaucoup de clichés, nécessaires à l'ambiance de l'histoire (ainsi que certaines références au film Sin Nombre réalisé par Cary Fukunaga). Si cela vous dérange, encore pardon ! Un bisou à Kathy (Kathleen Mirfair) pour sa bêta-lecture, Wa ayant été très occupé ces temps-ci.
Hey ! J'ai bouclé ce chapitre en un temps record pour me faire pardonner concernant le précédent, j'espère de tout cœur qu'il vous plaira. C'est un chapitre bourré de dialogues, je dois admettre avoir du mal à faire ressortir la tension maintenant que l'on approche dangereusement de la fin. Mais, MissPandaManga, pas d'inquiétude, il reste encore quelques chapitres ! Encore merci à toi et aux lecteurs de l'ombre, pour lesquels j'ai toujours une petite pensée en écrivant. Est-ce que ça va vous plaire ? Serez vous déçus ? Habitez vous dans des cryptes secrètes auxquelles personne n'a accès ? Enfin, ce genre de choses. Hm.
Sur ce, bonne lecture et à très bientôt ! Ya.
Crédits : Les personnages de Kingdom Hearts appartiennent aux studios Square Enix et Disney ainsi qu'à leur créateur, Tetsuya Nomura. L'image dont est inspirée la fiction et apparaissant en miniature appartient exclusivement à Nijuukoo, sur Tumblr.
The 13th Dawn.
─ Ta part, Demyx.
─ Oh, Saïx, trésor, fallait pas !
─ Appelles moi comme ça encore une fois et je te fais bouffer tes colorants.
Demyx souriait grand. Un sourire plein de dents.
─ Pigments, trésor. Pigments. corrigea-t-il en prenant tranquillement la maigre liasse de billets que le bleuté lui tendait pour la ranger dans le fond de son bureau.
Saïx et le tatoueur s'étaient donné rendez-vous tard le soir pour discuter, le grand roux étant devenu de plus en plus distant avec eux, trop occupé par ce qu'il appelait « ses propres affaires ». Ce relâchement dans son comportement avait vite été remarqué par les deux compères qui, malheureusement, s'entendaient sur le fait qu'ils n'étaient pas les seuls à converser en silence à propos du manque de sérieux de leur Chef.
Voilà un an qu'une langueur désastreuse s'était abattue sur les quartiers de la MS-13, dont les membres semblaient de plus en plus réticents à l'idée d'être soumis à la poigne de fer du rouquin. Comme prédit par Saïx auparavant, La Rafale avait eu bien du mal à combler les dégâts financiers causés par les pertes humaines lors de ses assauts répétés sur le XII. Si Roxas faisait un second méticuleux et d'une organisation sans reproches pour les marchés et les missions restait encore ce fâcheux revers de médaille, auquel s'ajoutait une toute nouvelle bataille de territoire à mener contre le 11, prêt à s'engouffrer dans la brèche ouverte au moindre signe de faiblesse de son rival.
Les conséquences de ce laisser-aller fuyaient de partout comme un petit cours d'eau, seulement couvert par le barrage branlant des déficits que Roxas s'échinait à dissimuler : lourdes pertes de marchés, quotas incomplets, transfert déstructuré des « boîtes » sur tout le continent, trafic au bord de l'explosion… Plusieurs fois le Seigneur de la 13 s'était vu menacé implicitement par ses collaborateurs, les dealers à sa botte accusant difficilement le gouffre de leurs revenus, les producteurs étranglés refusant peu à peu de lui vendre leur production. Même le commerce des armes paraissait avoir un pied tendu au bord de la falaise, la MS-13 se contentant désormais de quelques rares produits de seconde main.
Le réseau complet du trafic avait fini l'année exsangue, et les membres mécontents voyaient leur paye diminuer à vue d'œil, plus maigre qu'un tas de neige exposé au soleil. Cerise sur le gâteau, la MS-13 avait désormais la plupart des flics de la ville au cul, qui avaient fini par flairer le cartel : il fallait croire que la corruption de l'Etat avait ses limites et que le manège omniprésent des vautours, discrètes ombres dispersées dans et hors des frontières, n'avait pas arrangé les choses.
En un mot comme en cent la MS-13 coulait, et il était devenu quasiment impossible d'en resserrer la bride de l'intérieur sans la voir se noyer.
Voilà de quoi Saïx et Demyx discutaient tous les soirs désormais, des cernes sous les yeux, du venin dans la bouche, se refusant à taire la menace sourde qui grondait de plus en plus fort dans la Cité.
─ C'est ta dernière paye sur deux mois alors tu te démerdes avec ça pour acheter ton matériel, dit le bleuté en tournant rudement la tige du tourne-disque, qui crachota dans un murmure déplaisant.
Le balafré était écœuré par le sourire de Demyx. Mais ce qu'il exécrait plus encore, c'était sa capacité à simuler un air jovial à la perfection, peu importe l'ampleur du torrent de merde dans lequel il nageait. Et pourtant. Il ne l'aurait jamais avoué, mais cela le rassurait.
En voilà au moins un qui ne changeait pas en ce bas monde.
─ Tu as vu Xion aujourd'hui ? poursuivit-il pour aller droit au but, triant machinalement les esquisses de son collègue en deux piles distinctes.
Demyx lui sourit toujours, rebouchant quelques encres avec un enthousiasme non dissimulé. Sa figure affichait depuis tout à l'heure un air lunatique tout à fait aimable, mais ses yeux bleus, plissés, tendaient à garder une petite courbe mesquine.
─ Et quoi ? Ton équipe spéciale ne s'en occupe pas ? Il parait que tu les as retranchés ici pour quelques temps à cause de ce qui se passe en ville pas vrai ? Zexion et Xigbar ont du nez, pourtant.
Saïx le fusilla du regard.
─ Tu sais très bien pourquoi je te demande à toi, et à personne d'autre.
Demyx haussa les épaules avant d'approcher son visage du sien, diminuant la distance entre eux à un tel point que le Devin Lunaire pu entendre siffler l'air jusque dans son oreille.
─ C'est qu'elle est résistante, la gosse, déclara le blond, tout bas.
Puis il se redressa, reportant son attention sur ses flacons comme si de rien n'était.
─ Mais ne t'inquiète pas, reprit-il, j'ai fait ce qu'il fallait pour calmer tes doutes. La petite ne devrait plus poser de problèmes, si jamais lui était venue l'idée d'en poser, bien sûr.
Saïx hocha lentement la tête puis s'autorisa un véritable sourire, presque admiratif, pas tout à fait aigre, à mi-chemin entre le dégoût et la satisfaction.
Demyx l'impressionnait. Mieux encore. Il le surprenait.
─ Tu l'as empoisonnée, en déduit-il aisément. Quand ?
Le tatoueur, qui continuait de faire mine de ranger son plan de travail, lui offrit un sourire entendu.
─ Voyons Isa, un véritable artiste ne dévoile jamais ses secrets. Et puis je te connais, tu es trop intelligent pour ne pas t'en être rendu compte avant. Merci d'avoir confirmé mon diagnostic d'infection quand tu l'as ausculté, en passant.
Saïx soupira pour toute confirmation, avant d'ajouter sèchement :
─ Je t'avais demandé de la surveiller, pas de la tuer.
─ Quand c'est toi qui demande, les deux vont souvent de pair, répliqua le tatoueur. Tu avais raison de penser qu'elle était instable après la mission au XII, j'ai préféré agir vite, tu vois ?
Le bleuté voyait parfaitement. Demyx avait bien fait, même s'il continuait de penser que Roxas avait fini par faire le travail à sa place, en gardant la brune loin de lui comme il l'avait fait.
Ainsi divisés les risques de trahisons étaient moins importants, même si loin d'être nuls.
─ C'est dommage parce que je l'aimais bien, moi, cette gosse, continua Demyx d'un ton larmoyant.
Saïx laissa échapper un faible ricanement en plantant ses prunelles dans ceux de son ami.
─ Tu aimes beaucoup de monde, Demyx. C'est bien pour ça que tu es le seul à être resté aussi longtemps à ton poste, depuis tout ce temps.
Demyx sourit silencieusement, mais son sourire n'avait plus rien de chaleureux. Lui aussi, il avait son lot de secrets à trainer dans la tombe.
─ Je compte sur ta discrétion sur le sujet, évidement. Sinon, je peux faire autre chose pour toi ?
Saïx ne fit aucune remarque. Lentement, il repoussa sa chaise en arrière et se leva.
─ Il faut que j'aille prévenir notre fabuleuse tête pensante des rondes de flics dans nos quartiers, avant que leurs avertissements prennent vraiment corps. Ordonne simplement à Zexion de s'occuper des « invités » pour moi, entrepôt 7. Ce sera tout.
─ Je lui demanderais, répondit Demyx en le regardant ouvrir la porte, prêt à sortir.
Dehors, l'air qui s'insinuait dans son salon jusqu'à caresser son visage était semblable à une longue nuit d'hiver. Noir, vif et trainant, apportant avec lui la morsure de l'aspic, condensant en un épais brouillard de jais le froid glacial de ces derniers jours, oppressant.
Alors que Saïx s'apprêtait à passer l'encadrement de la porte de verre, il lui lança soudain :
─ Hé, Isa.
─ Hm ?
─ Je continues de penser que si Xemnas avait été moins égocentrique dans le choix de sa succession, -et si jamais il en avait eu l'occasion, il aurait dû te choisir toi.
Il ajouta, le sourire incertain.
─ Tu ferais un bon Seigneur pour la 13.
Une ombre passa sur le visage de Saïx, qui fila dans l'obscurité sans s'attarder, prenant à peine le temps de relever les derniers mots du tatoueur.
« Tu ferais » et pas « aurais fait », hein ?
Au stade accéléré de décrépitude dans lequel se trouvait la Mara, Demyx avait sans doute raison. Le conditionnel n'était plus une option.
ooo
─ Isa ! Ça fait un moment, dis-moi. Occupé ? On ne passe même plus voir son meilleur ami ?
─ Sans vouloir vous offenser, ça fait bien longtemps que vous et moi ne sommes plus « amis » et encore moins « meilleurs amis », Boss.
─ Oh, oh, je vois. Glacial.
Le Chef de la Mara, jusque-là paresseusement allongé sur son lit défait, posa pieds à terre. Même assis son regard acide criait sa supériorité sur celui du numéro 7, debout devant lui.
─ Je suppose que tu viens pour les nouvelles, dans ce cas ? ronronna-t-il sombrement. Roxas vient de sortir, dommage.
Le bleuté carra la mâchoire. L'ambiance tamisée de la chambre dans laquelle il avait pénétré puait l'encens, le sexe et l'absinthe ainsi qu'un mélange vaporeux de drogues douces et de miel. Son ancien camarade, nu, avait la peau luisante et l'air ailleurs, comme perdu dans autre univers. Un autre monde intouchable, et infiniment lointain, bien loin de ses lourdes préoccupations terrestres.
─ Tu as changé, Lea, siffla durement Saïx en le regardant s'étirer.
Pas de réponse. L'homme aux cheveux de feu le fixait à peine, indifférent aux accents graves de sa voix, empli d'une profonde indifférence face à ce ton coupant qu'il avait aiguisé depuis des années comme une lame de rasoir.
─ Je suis venu te prévenir que ta Famille est en train de couler, que la police de la ville est à nos portes et que, je ne sais pas si tu es véritablement au courant, le commerce que tu es censé gérer se casse la gueule depuis bientôt un an !
Il avait fini par hurler les derniers mots d'un ton contaminé par la colère, incapable de réellement bouger pour venir secouer son ancien ami. Ses traits frémissaient d'une rage lisse et claire, trahissant une grande agitation nerveuse, un roulis sanguin pressé et affolant.
S'il l'avait voulu, il l'aurait brisé. Cassé en deux entre ses grandes mains comme des pains de glace, la mâchoire défoncée, les os en miettes, les yeux projetés hors des orbites. Il aurait pu, Saïx. Il savait où viser, comment faire mal, comment faire craquer chacune de ses articulations dans un grondement sinistre, pour qu'il ne se relève jamais. Couvrir de bleus la surface de son corps, lui découper les artères, faire gicler son sang vicié à l'aide du scalpel qu'il gardait toujours contre sa poitrine, dans une toute petite poche de son manteau.
Et pourtant, il ne pouvait pas.
Lui revenait toujours en tête l'image de Lea, sauvage et souriant, aussi intense que flou, mû par l'ambition d'une chaude arrogance. Le bleuté s'agrippait à ce souvenir d'une manière qu'il savait pitoyable, à l'évidence pour se cacher du fait que Lea était, incontestablement, devenu plus fort, plus insaisissable que lui. Même ainsi, à demi-vêtu, il n'aurait pas hésité une seule seconde. Dans ses mains, tout devenait arme. Pas de jeu à la loyale pour lui, seulement le désir conscient de tuer, glissant derrière son adversaire comme une ombre, jouant avec ses nerfs jusqu'à ce qu'il craque et s'écroule devant lui, quémandant la mort après avoir reçu un nombre incalculable de minuscules entailles.
Voilà comment le Seigneur de la 13 procédait : des coups répétés, jamais puissants, juste assez vicieux pour vous transpercer de part en part, vous piquer jusqu'au sang en rafale, vous blesser juste assez pour mourir sans pourtant vous pousser dans la tombe. Ainsi avait-il acquis son nom, tournoyant comme le feu, dansant incessamment entre les plus mortelles blessures, assassin intouchable.
Le rouquin, toujours en le fixant, s'enroula dans un peignoir écarlate qui trainait par terre avant de faire quelques pas dans sa direction. Un pas souple, menaçant.
─ Non, Isa. C'est toi qui a changé, susurra-t-il. La Mara n'a jamais été notre famille. Un très joli simulacre, tout au plus. Je n'ai pas besoin qu'un faux frère vienne me faire la leçon et me donnes des conseils à deux balles le reste du temps. C'est pour ça que j'ai changé de second, tu te rappelles ?
Saïx s'avança, les dents serrées, les ongles rentrés dans les paumes. Il aurait voulu que son vis-à-vis sente à quel point le sol sur lequel il se tenait était devenu un grand sable mouvant., uniquement par sa faute.
Plus encore, il aurait voulu pouvoir conserver son éternel calme.
─ Tu vas droit dans le mur, le prévient-il. Le gamin te fait perdre tes priorités et tu ne vois pas ce qui est en train de te revenir en plein sur la figure. Le dealer que tu n'as pas payé, tu te rappelles ? Le rendez-vous que tu as manqué concernant l'accord des marchés avec Riku, pour ne pas répéter ta bourde d'avec la XII ? Tous les membres que tu as envoyé chier pour leurs négociations de salaires ? Ça te dit quelque chose ?
Le grand roux, de là où il était, eut un petit rire sans éclat.
─ Et les flics, tu n'en as rien à foutre ? renchérit Saïx. Il faut qu'on bouge, qu'on change de quartier ou qu'on les fasse taire. Tu envoies chier toutes les conséquences ! La moitié de la ville conspire contre toi, le reste des membres rêve de te coller une balle dans la tête et, toi, tu ris ? Ton égo est en train de t'étrangler, A-
─ Oh, la ferme Isa. La ferme.
Avant même que le bleuté n'ait pu finir sa tirade, le rouquin l'avait saisi à la gorge, anéantissant sans prévenir la faible distance qui existait jusque-là entre eux. Ses yeux brillaient d'une ardeur intense, un venin à l'intérieur duquel on pouvait voir ronfler les flammes rouges d'une détermination cuisante. La force douloureuse qu'il avait passée dans les muscles de sa poigne faisait palpiter chacun de ses doigts, enroulés autour de la peau de son ex bras droit comme les anneaux d'un serpent, prêts à l'étouffer sans remords.
On pouvait sans peine lire le mépris dans le fond de son âme.
─ Tu transpires la peur, Isa. Ça se sent à des kilomètres, gronda-t-il tout contre sa joue. T'as toujours été une flipette. Les flics te font peur ? Tu as peur pour qui ? Pour les autres ? Laisse-moi rire. Pour moi ? Je te dégoûte depuis des années. Au nom d'une vieille amitié ? Non, tu as trop peu d'estime pour ce qu'on était.
Le sang du balafré, plaqué contre le tissu de la tente, commençait à fuir sa figure. Saïx suffoquait, mais il n'essayait pas de se défendre. S'il avait une carrure plus imposante que celle du roux, il était loin d'avoir son écrasante volonté. Aussi, impuissant, il le regardait juste, incapable de le sonder comme il aurait pu le faire autrefois.
─ Alors quoi, hm ? Tu me parles d'égo, Isa ? articula le roux en resserrant sa prise. Tu flippes pour toi-même. Pour ta paye, pour l'empire de Xemnas que tu vois s'effondrer avec tes anciens souvenirs de merde, pour ta vie qui n'a plus rien à voir avec la mienne.
Il le lâcha en crachant les dernières paroles. Son vis-à-vis tomba à genoux, toussant difficilement dans sa tentative de reprendre son souffle.
─ J'en ai ma claque d'afficher ce masque perpétuel de leader que tout le monde suit comme un petit chien, argumenta le rouquin en lui tournant le dos pour rallumer un bâton d'encens, réajustant un pan de son peignoir sur son épaule.
Comme pour recouvrir son calme, il s'arrêta devant un miroir pour sourire à son reflet.
─ J'ai toujours menti, à tout le monde. A moi-même plus encore. Je ne suis bon qu'à ça, je suis né pour ça. Je parle ? Je mens. Je marchande ? Je mens. Je baise ? Je mens. Et le meilleur avec ça, c'est que j'ai appris à tuer en même temps. Xemnas m'a enseigné tout ce que je sais ? Génial, il n'y avait plus qu'à le planter. Son suicide ? Un mensonge. Mais hé, tout le monde était au courant !
Le Seigneur de la MS-13 s'était retourné, le cœur battant fort dans sa poitrine, expulsant son amertume du bout des lèvres avec un pragmatisme vibrant. L'éclat de folie douce qui baignait ses yeux verts côtoyait la déception et le cynisme le plus empirique, scindant sa pupille en deux êtres lointains, à la fois proches et distants, semblables et différents.
Extraordinairement et indubitablement vivants.
─ Je suis fatigué de ça, termina-t-il. Et Roxas l'a compris. Il a vu la priorité que tu caches, il donne un nouveau souffle à la MS-13. Il me donne l'impression d'avoir un cœur, plus saignant que le truc rabougri que je me traine dans la poitrine depuis bientôt trente ans.
Le roux s'en foutait d'être entendu, maintenant. Il hurlait presque à cette heure tardive, là où la lune blanche éclaire le ciel, opaque et gris juste avant la tempête.
─ Alors bien sûr que je me noie dans mon égo, crétin. Tu te rappelles du deuxième point du règlement de la Mara de Xemnas ? Celui qu'on n'a jamais changé. « Permets à la MS-13 de rester telle qu'elle est. La MS-13 doit subsister, quoiqu'il advienne de ses membres. Les gains, le secret, la loyauté permettent l'équilibre. » Aujourd'hui les gains, le secret et la loyauté font tanguer tout l'édifice. Avec Roxas, nous sommes sur le point de créer une nouvelle MS-13. Renouveler son sang pourri pour en faire quelque chose qui protégerait la ville. J'ai toujours voulu ça ! Et Roxas m'a permis de voir que c'était possible.
Saïx écarquillait les yeux, les poumons encore brûlés par le manque d'oxygène.
Après une longue minute il asséna, de nouveau fidèle à lui-même :
─ Tu mens.
Le rouquin, de retour sur son lit, lui balança son sourire le plus insolent. Un sourire étiré, torve, distant et bouffi d'orgueil, un sourire qui, à défaut d'être le plus cassant qui ait jamais étiré ses lèvres, était sûrement le plus morne.
─ Tu vois ? Toi non plus tu n'arrives plus à démêler le vrai du faux. Je suis un menteur.
Saïx le détailla longuement. De haut en bas, de bas en haut, sans réactions, comme s'il le voyait pour la toute première et dernière fois. Il ne reconnaissait plus Lea, il se demandait même s'il l'avait un jour connu. A supposer que Lea ait bel et bien un jour existé.
Roxas peut être, lui avait-il aussi retourné intégralement le cerveau. Il aurait alors vu juste sur toute la ligne et cela était loin de le rassurer, bien au contraire.
Et pourtant il y avait autre chose, il le savait. Même sans l'admettre. Quelque chose de plus profond et de plus grave, qui pulsait à l'unisson en lui, ouvert dans le gouffre de la perte, béant comme une plaie qu'on gratte.
Le morceau de cœur qu'ils avaient perdu, il y a si longtemps.
─ Tu n'es plus un enfant, déclara le bleuté après un moment, la voix brisée. Tu ne peux pas tout envoyer balader comme tu le sens. Tu es un monstre, Lea.
Le monstre n'eut même pas l'envie d'afficher une grimace de circonstance. Il détourna simplement la tête en haussant les épaules et désigna la porte de sortie, outrageusement conscient de son inhumaine condition.
─ Tu te répètes, dit-il. Mais est-ce qu'aujourd'hui encore tu le penses vraiment, Isa ?
Le balafré resta silencieux. Ils n'avaient plus rien à se dire, et son silence parlait pour lui.
Il ne pouvait pas répondre à ça.
─ Bien, tu ne m'apprends rien, acheva le rouquin. Maintenant va-t'en.
Les mots pesaient lourds, tranchants comme des pierres, à peine en train de couler dans le fond de sa voix. Son ton ne souffrait plus aucune remarque, aussi utile soit-elle.
Alors Saïx, dépité, se recomposa un visage moins lourd que celui de son abattement et, attendant patiemment le moment de la trahison prochaine de Roxas, pas tout à fait impatient de voir le monstre chuter de son grand piédestal pour venir s'écraser sur le béton froid de la réalité, baissa les yeux et s'en alla.
