Nos quatre héros partent à la découverte d'une étrange laboratoire... Iwako semble être inquiète. Que vont-ils trouver?
La panthère releva ses yeux à nouveau péridot et le fixa intensément. Puis, elle le prit par la pointe de l'oreille, entre deux griffes acérées – ce qui fit paniquer Riku – et le traîna devant une cage contenant un grand ours brun.
« Qu'est-ce que tu vois, demanda-t-elle.»
« Un Ursidé, répondit le loup, très sérieux, en massant son appareil auditif malmené.»
« Regarde plus précisément…demanda la magicienne en roulant des yeux face au sarcasme latent de Riku.»
Hésitant un instant, Riku se tourna finalement vers la cage et se concentra. Il plissa les yeux, tentant sincèrement de donner de l'importance aux inquiétudes d'Iwako. Soudainement, l'information que ses yeux envoyaient à son cerveau se déforma. Nonobstant, dès qu'il détendit son regard, l'image indistincte qu'il avait perçu s'évapora. Il retenta l'expérience et immédiatement, l'animal ordinaire se métamorphosa en une créature de l'ombre. En réalité, le côté gauche de l'animal semblait parfaitement ordinaire, mais l'autre moitié s'était détraquée, ressemblant à une brume noire indistincte. Du côté corrompu, une antenne semblable à celle trouvée précédemment occupait l'emplacement où aurait dû se trouver l'oreille de l'ours. Un iris luisant se posa alors sur Riku, qui écarquilla immédiatement les yeux et perdit le contacte visuel.
« Qu'est-ce que…. ? Des sans-cœurs ? Demanda Riku incertain.»
« Je ne crois pas, répondit Iwako qui n'avait pas l'air de devoir plisser les yeux pour voir au-delà du mirage. Je pense qu'ils sont encore… entiers. Leur cœur bat toujours dans leurs poitrines, je le sens. Je ne sais pas ce qui leur est arrivé, mais c'est vraiment contre nature. Je crains que si on devait se battre contre eux, nous risquerions de tuer d'innocentes personnes, et non des sans-cœurs ou des similis…Il faut à tout prix éviter le combat et aider ces animaux.»
Choqué par cette révélation, et soupçonneux de l'étrange omniscience de la magicienne en cet instant, Riku resta sans voix. Il espérait sincèrement ne jamais devoir se battre contre ces victimes, mais était incertain d'une possibilité de guérison, étant donné que la solution habituelle – tuer le sans-cœur et le simili – n'était plus une option. Ses pensées furent cependant interrompues par une exclamation excitée de Judy, qui restait ignorante de la véritable forme des prisonniers.
« Sans compter Manches, ça fait 14, affirma-t-elle. Le chef Bogo tenait quatorze dossiers de mammifères disparus ! Ils sont tous ici ! Tous les mammifères disparus sont dans cet endroit!» Instantanément, un bruit alarma le groupe de détectives, et ils allèrent se cacher dans une cage restée libre. Une porte s'ouvrit et deux silhouettes entrèrent dans la pièce.
« Je ne veux pas d'excuses docteur, s'exclama un imposant lion. Je veux des résultats !»
« Mais monsieur le Maire, nous faisons tout ce que nous pouvons, répondit un petit blaireau femelle, qui portait une blouse de médecin.»
Judy sortit à nouveau son téléphone portable et se mit à enregistrer cette discussion des plus compromettante.
« Parce que j'ai devant moi tous ces animaux qui sont devenus complètement cinglés et vous ne pouvez pas me dire pourquoi, continua l'imposant prédateur avec colère. Non, je trouve ça très éloigné de nous faisons tout ce que nous pouvons! »
Le petit blaireau semblait paniquer pendant qu'elle cherchait ses mots puis, avec hésitation, elle émit une hypothèse.
« Monsieur, commença-t-elle. Il serait peut-être temps de prendre en compte la génétique. »
« Pardon, qu'est-ce qu'elle vient faire là, la génétique ? Ces animaux ont mutés, ils sont malades!»
« C'est bien possible, mais regardez les choses en face: les seuls animaux contaminés par cette affliction sont des prédateurs, et comme les prédateurs ont une prédisposition à la violence… ils redeviennent sauvages…»
La voix du blaireau se perdit un instant, laissant ses paroles en suspension, puis elle continua avec plus de fermeté.
« On ne pourra pas garder ce secret, il faudra faire une annonce.»
Le massif interlocuteur du mustélidé sembla très calme lorsqu'il porta une patte griffue à son museau, l'air incrédule.
« Bonne idée, faisons une annonce. Comment vont-ils réagir étant donné que le MAIRE, comme vous le savez, est un LION!?»
Le Maire avait dit cette phrase en gonflant son poitrail à vue d'œil, terminant avec un rugissement de colère qui terrifia son petit interlocuteur. Le médecin ne se laissa pas décourager cependant.
« Le chef Bogo, continua-t-elle. Qu'est-ce qu'il en dit ? »
« Le chef bogo n'en sait rien du tout et nous ferons en sorte que cela reste ainsi.»
Judy avait enregistré l'intégralité de cette discussion avec son téléphone portable, quand soudainement, il se mit à vibrer et une musique emplit le silence pesant de cette prison.
« Quelqu'un est là ! S'exclama le Maire, affolé.»
« Allez-vous en monsieur le Maire, ordonna le blaireau en poussant son supérieur hors de la pièce. Sécurité ! »
Suite au départ précipité des deux interlocuteurs, une féroce alarme se déclencha et de vicieuses lumières rouges virevoltèrent inlassablement dans leurs cônes de verre afin d'alerter l'armée de loups qui semblait peupler ce bâtiment. Tandis que les issues se bloquèrent devant leurs yeux ébahis, ils parvinrent à se dissimuler in extremis lorsqu'un groupe de prédateurs entra, habillés d'uniformes sombres et armés d'armes à feu.
« Vite, fais diversion !» ordonna Hayate en chuchotant en direction de Riku, battant une de ses grandes pattes dans l'air.
« Pourquoi moi ? répondit le loups blanc sur un ton désagréable.
« Tu es de la même espèce que la sécurité, s'insurgea alors la défenseuse aux couleurs de fraise. Qui est mieux placé pour faire diversion que toi ? »
Avec de grands yeux outré, Riku voulut taper du pied par terre mais se retint. Il finit par se lamenter misérablement sur l'injustice de son sort, en regardant le ciel tel un martyr trahi par les siens.
« Pourquoi c'est toujours moi qui doit avoir une tête de méchant…»
« C'est ton destin », répondit sur un ton sec Hayate qui, d'un geste maîtrisé, lança sans pitié le loup dans le couloir envahi d'ennemis.
Par terre, Riku se retrouva nez à nez avec une meute de loups, puis improvisa en s'exprimant haut et fort.
« Des intrus ! Ils m'ont volé mon uniforme…Ils sont parti par là ! »
Avec sa patte griffue, il montra le couloir opposé. Ses « collègues » se dirigèrent sans hésitation vers les locaux indiqués, bien que Riku pensait que sa performance était si mauvaise qu'un enfant ne l'aurait pas cru. Avant de suivre le groupe, un loup aux apparences importantes s'adressa à Riku, visiblement pour achever un homme déjà à terre.
« Tu peux t'attendre à une baisse de salaire! »
Puis, il s'en alla sans se retourner. Après quelques secondes silencieuses – par précaution – Sora vint rejoindre son meilleur ami dans le couloir vide, le regardant avec inquiétude. Riku était de mauvaise humeur…
« Wouah ! T'es un super acteur Riku ! J'y aurais cru moi-même ! tenta-t-il de le rassurer.»
« Sérieux, ajouta Nick dans un moment de compassion, s'alliant à la tentative de Sora de détendre l'atmosphère. Tu ferais un bon disciple ! Nous pourrions accomplir de grandes choses ensembles. »
Étonnement, le roublard mit une patte sous son museau en signe de réflexion, semblant véritablement envisager une coopération criminelle avec le jeune loup. En guise de réponse, Judy lança un regard noir à son compagnon malfrat, tandis que Riku faisait de même en direction de Hayate. Perdus dans leurs contemplations, les membres du groupe semblaient avoir oublié leur emplacement actuel mais ils se ressaisirent immédiatement lorsqu'à nouveau, les oreilles de l'inspecteur se hissèrent sur son crâne en frétillant.
« Ils vont revenir, s'empressa-t-elle de chuchoter dans sa panique. Vite, la diversion ne marchera pas une seconde fois ! »
Éternellement défaitiste, le renard s'appuya sur l'énorme cuvette de WC – digne de supporter le fessier d'un rhinocéros – qu'arborait le mur de la cage qui leur servait de cachette.
« ça y est, c'est fini. On est mort. Chuis mort, t'est morte. On est tous morts ! »
« Vous savez nager ? S'enquit soudainement Judy en regardant les toilettes avec un air décisif.»
Ne comprenant pas le sens de la question, Nick répondit sans réfléchir.
« Bien sûr que je sais nager »
« Aucune idée » ajoutèrent cependant les deux jeunes femmes devenues félin.
« Comme un poisson » s'exclama à son tour Sora avec un air confiant. Riku comprit qu'il faisait référence à sa forme semi-aquatique dans Atlantica. En réalité, il était à moitié dauphin, donc un mammifère marin et non un poisson. Riku quant à lui, refusait de répondre à la question de Judy, car il avait compris son plan et regardait tristement la cuvette de WC.
« Passez devant vous deux, conseilla-t-il finalement à l'adresse de Judy et Nick. Ces trois là sont trop gros.»
Réalisant la situation à son tour, la jeune policière jeta un regard perplexe aux trois félins massifs qui entouraient la forme, plus petite, de Riku.
« Mais comment allez vous faire ?! » s'inquiéta Judy.
« Nous allons détruire cette infrastructure hygiénique, et sauter dans le trous. » Répondit Riku, qui refusait de mentionner le mot toilettes. Sur ce, Hayate afficha un sourire carnassier et fit craquer ses pattes en roulant ses muscles massifs sur ses épaules.
« Laissez-moi m'occuper de ça, dit-elle fièrement en regardant son futur acte de vandalisme. Mais sautez déjà, le bruit va alerter les gardes plus rapidement, donc nous allons attendre la dernière minute possible pour le faire.»
Comprenant que leurs compagnons savaient plus ou moins ce qu'ils faisaient, Judy et Nick ne se firent pas prier et sautèrent dans la cuvette, tirant la chasse d'eau afin de se propulser dans les tuyaux. Bientôt, ils eurent disparu, laissant derrière eux un simple bruit d'eau, sous le regard paralysé de Iwako. C'est alors que, sans hésitation, Hayate arracha le cabinet, provoquant un vacarme tonitruant et laissant devant eux un trou massif et sombre, qui dégageait une odeur pestilentielle.
« Sora, Iwa ! Allez y! »
« Ah non, protesta la magicienne à bout de nerfs. J'ai déjà dû monter dans des canalisations, vous ne me ferez pas sauter là-dedans! Plutôt mourir, ce sont des TOILETTES ! Laissez-moi derrière, je vais me cacher ! Ils ne me trouveront jam…AAAAAAH ! »
Interrompant ce discours trop fervent, Sora avait attrapé la jeune panthère paniquée et, la portant telle une princesse en détresse, sauta avec elle dans le sordide trou noir. Dans un moment de stupéfaction, Iwako attrapa le cou du jeune élu et l'enserra – peut-être un peu trop fortement – dans un geste qui aurait pu être potentiellement romantique, s'il s'était produit dans d'autres circonstances. Tandis qu'on entendait Sora s'étrangler dans sa chute, un cri de malédiction s'échappa de la jeune femme alors que ses longs cheveux absorbèrent la crasse de la tuyauterie sur leur passage. Riku eut un pincement au cœur en la voyant soumise à ce désastre hygiénique, puis indiqua les toilettes d'un geste poli.
« Les dames d'abord, dit-il en s'adressant à Hayate. Au pire, s'ils reviennent trop vite et me trouvent, je me ferais passer pour le gars lamentable d'avant. Toi ce serait plus difficile…
En roulant des yeux, Hayate attrapa alors Riku qui se retrouva dans la même position que Iwako toute à l'heure.
« Arrête de discuter. Ordonna la tigresse, en sautant à son tour dans la canalisation.»
Après une montagne russe sombre, malodorante et collante, Riku, toujours dans les bras de Hayate, se vit éjecté de la tuyauterie et tomba tout droit dans les profondes abymes de la chute d'eau qui longeait le vieil hôpital. Lentement, les deux corps se séparèrent mais par réflexe, ils parvinrent à s'accrocher l'un à l'autre via leurs bras. Contre tout attente, ce ne fut pas immédiatement la peur de l'atterrissage potentiellement mortel qui frappa Riku, mais la sensation indescriptible de se défaire de la gravité et de voler parmi un millier de gouttelettes scintillantes, brillant à la lueur de la pleine lune. Le bruit fracassant de la chute d'eau élimina tout autre son alentours. Puis, la sensation de flottement s'arrêta brusquement et l'esprit de Riku s'éteignit. Il se réveilla au fond de l'eau, flottant paisiblement parmi les courants de la rivière qui l'emportaient loin de son périple. La lumière froide de la lune se reflétait à la surface limpide du cours d'eau qui l'emportait et chatoyait tel un millier de fragments d'un miroir brisé, qui flottaient allégrement dans des eaux ténébreuses. Un frisson parcourut le corps de Riku, ce qui éveilla sa lucidité jusqu'alors éteinte par le choc de l'atterrissage. Soudainement le souffle court, il se débatit violemment afin de briser la surface de sa prison aquatique et d'inspirer cette précieuse bouffée de vie qui lui manquait si cruellement en cet instant. Tandis que la tête du jeune loup émergeait dans une explosion de perles liquides, il inspira profondément et l'oxygène envahit ses poumons avec une violence imprévue. Se hissant hors des eaux tumultueuses, il crachota et toussa, expulsant les particules d'eau s'étaient infiltrées dans ses organes respiratoires. Un long moment passa avant que le jeune maître de la Keyblade ne parvienne enfin à relever la tête et à observer les environs avec ses yeux fatigués. Une dense forêt tropicale longeait le cours de la rivière et obscurcissait le ciel étoilé nocturne. Riku n'arrivait pas à déterminer la distance ni le temps durant lequel il avait flotté inconscient dans le courant. Toutefois, il ne vit ni chute d'eau ni n'entendit le son de celle-ci. Inquiet, il tendit son oreille pointue et, finalement, entendit un bruit pour le moins inattendu.
« Atchoum! »
Le loup arctique se tourna rapidement en direction du bruit et aperçut un énorme tigre rose détrempé et grimaçant. Celui-ci venait de sortir des feuillages et fixa Riku avec un profond dédain inscrit dans ses yeux cristallins.
« Oh c'est toi... reconnu Hayate. J'espérais trouver Iwako et Sora ; mais te voilà, toi. Super. »
Afin de rester civil, Riku se contenta de répondre avec un regard de mépris non dissimulé, puis passa aux choses sérieuses, jugeant leur survie plus importante que leurs sentiments mutuels d'exécration.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant, demanda Riku en se massant les tempes. On remonte le courant de la rivière vers le bâtiment ? »
« Non, répondit sèchement la tigresse, en lui lançant un regard condescendant. Ça ne servirait à rien. J'ai observé notre emplacement tout à l'heure et la falaise est trop acérée. Il n'y a aucun passage, aucune accroche, et je ne pense pas que nous pourrions l'escalader sans matériel adéquat. Nous risquons juste de devoir rebrousser chemin au final. Je propose donc de suivre le cours de la rivière. Elle nous mènera forcément quelque part.»
« Très bien, répondit le jeune maître de la Keyblade en admettant le bon sens des arguments avancés par la défenseuse. Allons-y. »
Sans un mot de plus, les deux mammifères firent chemin ensemble – à contre cœur – en suivant la rivière. Sans échanger de paroles supplémentaires, ils s'avancèrent dans la nuit.
A cause de la rivière, Riku se trouve coincé avec Hayate, qui ne semble pas apprécier la situation... les deux porteurs vont-ils parvenir à coopérer?
