Remerciement : À Zeph', qui n'a pas encore repris les cours et qui a pu corriger ce chapitre plus vive que le plus véloce des raptors ! Et merci à Saturne qui a trouvé comment terminer ce chapitre. Le dernier paragraphe est pour elle ! Et merci Satuuuuuuurne !

Note : Par rapport à ma note de fin de chapitre, j'ai reçu bien plus de messages que sur les précédents, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça m'a fait plaisir ! J'ai eu l'impression de retourner à l'époque des quinze premiers chapitres, fraiche et pleine d'énergie ! Si j'avais su, je vous aurais fait part de mes sentiments plus tôt et je n'aurais pas souffert toute seule dans mon coin aussi longtemps. Enfin, ce qui est fait et fait et même si je l'ai déjà fait en message privé, je vous remercie encore une fois très chaleureusement et sincèrement pour ces messages. Je rappelle d'ailleurs que je réponds aux reviews des non-inscrits sur mon blog (tapez dupond et dupont fanfiction sur google pour trouver le tumblr), où je poste aussi des messages débiles sur mon avancement. D'ailleurs, je tenais à préciser que j'avais écris ces vingt derniers jours environs 40 pages. Voilà, je laisse ça là, totalement innocemment, mais néanmoins. Songeons, songeons aux vertus des reviews et de leur pouvoir motivant (ici ou ailleurs).

Méhé, je meurs d'envie de vous parler du chapitre qui va venir, mais je vais garder ma bouche close et juste vous dire bonne lecture ! (Un chapitre plus court mais dense.)


Frictions


- Severus Rogue -

L'aiguille de la pendule approchait une heure du matin lorsque Macnair sortit sur le pas de sa porte. Drapée d'une longue cape noire, sa silhouette se confondait avec les ombres mouvantes et il aurait pu passer inaperçu si les deux sorciers cachés de l'autre côté de la rue n'avaient pas observé sa porte d'entrée avec autant d'attention. Le Mangemort quitta aussitôt son perron en transplanant. Sans un mot, les deux sorciers se levèrent et prirent chacun leur dose de Polynectar. Ils avaient récupéré des cheveux d'hommes en bonne forme physique qui correspondaient à leur corpulence respective afin de ne pas être gênés par un corps inadapté s'ils devaient combattre. Le goût acre de la potion se propagea dans sa gorge tandis que Severus sentait son organisme se modifier.

À cette heure, la rue était déserte. Severus s'approcha, sa baguette à la main, de l'emplacement où Macnair avait disparu tandis que Potter surveillait les environs. Percevoir la signature magique de Macnair fut bien plus difficile qu'avec celle de Potter. Il connaissait bien plus intimement l'insupportable Gryffondor que ce sadique de Macnair mais cela n'avait en soi rien de surprenant. Il n'avait jamais cherché à se lier avec les Mangemorts. De trop longues minutes s'écoulèrent avant qu'il ne parvînt à sentir la présence de Macnair et à l'attraper. Quand enfin il réussit, il se sentit aspiré vers l'avant, laissant Potter derrière lui.

Il arriva dans une ruelle entièrement plongée dans l'obscurité et Severus dut s'appuyer contre un mur pour ne pas chuter. Sa baguette tremblante à la main, il détailla les alentours, son cœur pulsant l'adrénaline dans son sang.

C'était stupide, irréfléchi.

Qu'aurait-il fait s'il s'était retrouvé face à Macnair et ses compagnons ? Heureusement aucun Mangemort n'était en vue. Décidément, l'imprudence propre aux Gryffondors déteignait sur lui. Il s'appuya plus franchement sur le mur, se concentrant pour retourner dans l'Allée des Embrumes. Il arrêta aussitôt, vacillant. Il n'avait pas la force nécessaire pour transplaner de nouveau aussi rapidement.

Adossé contre le mur, les jambes et les mains parcourues de spasmes, il lui sembla rester une éternité à maudire sa faiblesse. Il se haïssait, haïssait cette situation, son impuissance. Dépassé par son propre corps, sa magie, incapables de suivre son esprit, ses ambitions.

Des images du passé lui revinrent, floues et sombres. Dissimulées, masquées. Car il avait les yeux mi-clos, pour ne pas regarder ce qu'il était incapable de protéger. Parce qu'il était recroquevillé, persuadé qu'ainsi les pleurs de sa mère l'atteindraient moins. Parce qu'il était un garçon faiblard et maigrelet, incapable de défendre sa mère. Parce ce que s'il tombait par la fenêtre du premier étage après s'être trop penché, parce que s'il se trouvait acculé dans une impasse par les gamins du quartier, sa magie lui venait en aide instinctivement, mais il était incapable de la contrôler pour faire taire son père. Parce qu'il était faible.

Il repoussa ces pensées de toutes ses forces, éraflant ses doigts contre le mur pour s'ancrer dans la réalité.

Lorsqu'il se sentit d'aplomb pour transplaner, la colère brûlante qu'il ressentait à son encontre s'était apaisée. C'était cette même rage que le Seigneur des Ténèbres avait exploitée quelques années plus tôt et qui l'avait mené aux pires décisions de sa vie. Plus jamais il ne sombrerait, aveuglé par sa haine.

Il devait se dissocier de ces sentiments irrationnels. Maîtriser son corps, sa magie et son esprit.

Dès qu'il apparut dans l'Allée des Embrumes, Potter se précipita vers lui. Les traits de son visage bien trop franc montraient sa vive inquiétude.

« Merde, qu'est ce qu'il s'est passé ? »

Encore une fois, Severus prit quelques instants pour reprendre son souffle.

« Le sort m'a demandé plus d'énergie que je ne le pensais, » glissa-t-il entre ses dents, ravalant sa bile.

Il était suffisamment difficile de reconnaître sa propre faiblesse sans devoir l'admettre devant Potter. Mais celui-ci ne fit aucune remarque. Il se contenta de se décrisper légèrement et de l'attraper par le coude :

« Vous pouvez nous remmener là-bas ?

- Donnez moi deux minutes, » marmonna Severus.

Il lui fallut un tout petit peu plus que cela, mais malgré son impatience, Potter garda ses commentaires pour lui. De la sueur humidifiait les cheveux du jeune homme et Severus ignorait si c'était dû à l'inquiétude de ne pas le voir revenir ou s'il avait essayé, sans succès, de le rejoindre grâce à sa signature magique.

Lorsqu'enfin ils transplanèrent tous les deux dans la ruelle sombre, Severus estima qu'ils avaient suffisamment perdu de temps.

« Reperio Caput, » murmura-t-il.

Le soulagement le gagna lorsque sa baguette pointa dans une direction. Macnair était toujours là, proche. Ils se jetèrent tous deux un sort de désillusion et silencieusement s'enfoncèrent dans l'obscurité. Les quelques bâtisses entièrement plongées dans les ténèbres donnaient des allures de village fantôme. Ils laissèrent le semblant de civilisation derrière eux et parcoururent une centaine de mètres.

Ils aperçurent les Mangemorts en même temps qu'ils les entendirent. Ceux-ci avaient dû placer la zone dans une bulle de silence car les cris inhumains amplifièrent soudainement, comme s'ils avaient franchi une barrière invisible. Éclairées par deux orbes blancs, quatre hautes silhouettes drapées de noir se fondaient dans le paysage. Seul leur masque d'ivoire reflétait la lumière, luisant dans les ténèbres, tels des crânes blanchis par le temps. Un hurlement brisé vint suppléer la plainte aiguë et Severus vit au sol une masse bouger. Il y avait au moins deux personnes qui convulsaient, leur corps se tordant sous un sort vicieux.

Severus se tourna vers Potter. Ils échangèrent un bref regard avant de hocher la tête et de s'élancer vers eux. Ils étaient plus nombreux et Severus était toujours affaibli, mais Potter et lui disposaient de l'effet de surprise. Dès qu'ils furent à portée, ils jetèrent tous deux un sortilège informulé. Le rayon écarlate de Potter atteignit l'une des silhouettes dans le dos et celle-ci vacilla. Le sort de Severus arriva un instant plus tard mais, prévenu, le Mangemort parvint à ériger un bouclier juste à temps. Si les Mangemorts étaient déconcertés par cette interruption, ils n'en montrèrent rien. Les cris des Moldus torturés se réduisirent à un gémissement et les trois silhouettes encore debout se positionnèrent aussitôt pour se battre.

Severus reconnut immédiatement son assaillant. Trapue, la sœur Carrow combattait sans subtilité. Le sorcier n'avait aucun mal à parer les sorts qu'elle éructait mais rapidement ses boucliers vacillèrent devant la puissance de ses coups. Il attaquait peu, économisant ses forces pour s'immiscer dans les failles de sa défense. Du coin de l'œil, il apercevait des éclats rouges, bleus, pourpres illuminer la lande, teinter les masques blancs de reflets colorés. Ses oreilles se remplissaient des cris de leurs adversaires.

Lashlabask. Protego. Expulso. Diffindo. Avada Kedavra.

Un frisson parcourut son échine à l'entente de ce sortilège, mais Potter dû l'éviter car il entraperçut plusieurs rayons rouges fuser l'instant suivant. Un souffle chaud atteignit Severus au visage et aussitôt, il se focalisa de nouveau sur la sœur Carrow. C'était la première fois qu'il combattait en s'inquiétant réellement pour la sécurité de l'un de ses compagnons d'arme. Il se reprit. C'était un comportement stupide, dangereux.

Sa première riposte entailla le bras de son adversaire, mais elle ne parut guère s'en préoccuper. La seconde la projeta au sol mais il n'eut pas le temps de l'immobiliser car l'un des autres Mangemorts dressa à la hâte un bouclier pour la protéger. Il attaqua plus franchement. Il était épuisé de ses précédents actes magiques et il se savait incapable de tenir un long combat.

La sorcière dut reculer sous la force des sortilèges que Severus invoqua, désormais cantonnée à une position défensive.

« Serpensortia durengorio ! » cria une voix plus loin.

Severus scruta aussitôt l'obscurité, connaissant la menace. Il le repéra rapidement, ondulant au sol, sa langue fourchue sifflant dans les airs. L'immense serpent invoqué se dressa devant lui, la gueule béante, prêt à frapper. Severus recula d'un bond et lança plusieurs sorts qui rebondirent sur les écailles de pierre du reptile.

« Confringo, » marmonna-t-il entre ses dents.

Le sort toucha le serpent alors qu'il se jetait de nouveau en avant pour l'attaquer. La créature de pierre explosa, projetant des éclats mortels dans toutes les directions. Trop près pour se protéger avec un sortilège, Severus se jeta au sol en tentant de se couvrir le visage. Quelques éclats lui retombèrent sur le dos et les épaules, mais il se redressa en bien meilleur état qu'il ne l'avait craint.

Les sens en alerte, il regarda autour de lui. Les sphères blanches invoquées par les Mangemorts avaient disparu, plongeant le champ de bataille dans l'obscurité, uniquement éclairé par la lune et les étoiles.

« Lumos, » murmura une voix à bout de souffle.

Un visage apparut dans les ténèbres, sa baguette magique projetant des ombres irréelles sur ses traits modifiés de Potter. Severus retint le sortilège qu'il avait sur le bout de la langue.

« Ils viennent de transplaner, annonça-t-il en se frottant pensivement le front. Le serpent était une diversion, ils en ont profité pour ramasser leur ami et s'enfuir. »

Severus hocha la tête, reprenant possession de ses moyens. Il alluma sa propre baguette et observa les alentours, son rythme cardiaque pulsant toujours irrégulièrement à ses oreilles. Son bras droit était douloureux, ainsi que ses épaules et son dos, là où les éclats de pierre l'avaient atteint. Ceux-ci avaient dû déchirer l'épais tissu de sa robe de sorcier.

« Où sont les Moldus ? demanda-t-il la gorge sèche.

- Je les ai vus s'enfuir pendant le combat. C'est probablement mieux ainsi. »

Severus acquiesça une nouvelle fois, ne parvenant pas à calmer sa respiration erratique. Sentant le regard inquisiteur de Potter, il tourna la tête vers lui. Celui-ci l'observait sans ciller.

« Juste à temps, murmura-t-il avant de détourner le regard.

- Comment ça ? demanda Severus sèchement.

- Le polynectar commence à ne plus faire effet, » constata simplement Potter.

En effet, les traits de Potter commençaient à changer, son nez diminuait, ses cheveux s'assombrissaient, ses joues s'amincissaient.

« On ferait mieux de partir d'ici, pressa-t-il en sortant ses lunettes de sa poche. Sait-on jamais, s'ils décidaient de revenir… »

Sans plus de manières, Potter franchit les deux pas qui les séparaient et agrippa son bras pour le faire transplaner. Severus se laissa entraîner, il ignorait s'il lui restait assez de force pour le faire lui-même.

Ils apparurent devant les bornes de la propriété de Potter. La nuit paraissait si calme, presque surréaliste face aux pensées qui s'entrechoquaient encore dans son esprit. Ils marchèrent d'un pas pressé jusqu'à la chaumière, comme si les Mangemorts se trouvaient encore derrière eux, à les poursuivre d'une façon ou d'une autre.

Il ne relâcha la pression qu'une fois au pied de la vieille bâtisse. Son souffle était encore brûlant dans ses poumons et l'adrénaline coulait toujours dans ses veines. Il se sentait en vie, désespérément vivant, comme il ne l'avait pas été depuis des mois. À côté de lui, la respiration lourde de Potter brisait le silence nocturne. Le jeune homme s'était adossé contre la porte, et il pouvait voir à la lueur de la lune sa poitrine se soulever et s'abaisser au même rythme que la sienne.

Severus s'approcha, peut-être pour se tenir au mur lui aussi, ou pour entrer, il ne savait pas vraiment. De plus près, il remarquait désormais les joues rougies par l'effort de Potter. Celui-ci croisa son regard et un sourire passa sur son visage, de satisfaction ou de joie ou peut-être était-il simplement grisé par l'instant. Severus se surprit à répondre à son sourire avec franchise.

Ils étaient en vie et c'était bon.

Un besoin impétueux monta du fond de sa poitrine et sans plus y réfléchir, il céda à ce désir brûlant. Lorsque Potter se redressa, il s'avança d'un pas et posa sa bouche sur ses lèvres. Elles étaient sèches contre les siennes et leur souffle se bloqua dans leur gorge. L'instant resta suspendu quelques secondes, où leurs yeux demeurèrent grands ouverts, puis Potter se saisit du col de sa robe et l'attira à lui, fermant les paupières.

Leurs corps se plaquèrent l'un contre l'autre, leurs mains agrippèrent leurs vêtements, leurs dents s'entrechoquèrent. Cela n'avait rien d'harmonieux ou de gracieux mais Severus était incapable de répondre autrement à cette vague de sensations. La chaleur de l'homme contrastait avec la tiédeur de la nuit d'été, ses vêtements brûlants et humides de transpiration.

Une odeur de sueur et de poussière emplissait ses narines, sans qu'il ne sût si elle provenait de lui ou de Potter. Loin de la trouver repoussante, il brisa le baiser pour enfouir son nez dans le cou du jeune homme et impulsivement lécha la peau ainsi dégagée. Entre ses bras, Potter frémit et ses mains s'agrippèrent plus fermement à son dos. Grisé par ce pouvoir, il recommença, glissant une main sous son t-shirt, et un bruit rauque s'échappa de la gorge du jeune homme.

Severus ferma les yeux à ce son, se laissant aller à la sensation de la peau moite sous sa paume, au toucher hasardeux des mains de Potter sur son dos, ses fesses, sa nuque. Il ressentait la présence de l'autre homme avec acuité, son corps enflammé là où ils se touchaient, sa respiration bruyante et ses soupirs étranglés.

Potter le relâcha soudainement, posa ses mains sur les hanches Severus et le repoussa fermement. Celui-ci ouvrit brutalement les yeux, confus un instant, essayant de reprendre contenance, se préparant à être rejeté. Mais le jeune homme en face de lui ne semblait pas vouloir le laisser partir. D'une main tremblante, il actionna la poignée et de l'autre il se saisit de nouveau de la nuque de Severus pour l'embrasser à pleine bouche.

Ce fut à tâtons, trébuchant, qu'ils pénétrèrent dans le vestibule et atteignirent la cuisine. Devant lui, Potter heurta la table. Un bruit sourd les informa que ce qui se trouvait dessus venait de tomber lourdement au sol. Aucun d'eux ne s'en préoccupa. Il y avait une urgence dans leurs gestes saccadés, un besoin brûlant d'assouvir leurs pulsions, quelque chose qui les empêchait d'arrêter, qui les poussait à continuer, car c'était plus simple ainsi, leur esprit vide de toutes pensées.

Car s'arrêter signifierait parler, réfléchir à leurs actes. À la raison qui les poussait l'un vers l'autre, à s'agripper comme si leur vie en dépendait.

L'embrassant toujours, Severus avait conscience que Potter essayait de défaire les boutons de sa robe d'une main, mais il était bien trop occupé à caresser la peau du jeune homme sous son t-shirt pour l'aider. Il sentait l'épiderme du Gryffondor se dresser sous ses caresses, son échine se recouvrir de frissons et cela provoquait en lui un plaisir impérieux. Quand enfin Potter parvint à écarter les pans de sa robe, il passa aussitôt sa main sous sa chemise et Severus frémit sous les doigts chauds qui attrapèrent ses hanches, parcoururent son ventre et sa poitrine.

C'était trop, beaucoup trop de sensations à la fois. Son esprit embrumé était déchiré entre abandonner toute dignité pour se frotter frénétiquement contre Potter et continuer ces caresses enivrantes.

Potter sembla décider pour lui en portant une main à son entre-jambe. Malgré l'épaisseur du pantalon, Severus sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. C'était plus que la sensation. C'était cette façon sans pudeur de le toucher, sans retenue, sans hésitation, juste l'accomplissement d'un désir naturel. Son pouce appuya contre son sexe dur et Severus avança plus en avant ses hanches.

Comme s'il n'attendait que cela, Potter dégrafa le pantalon de Severus et le fit glisser avec son sous-vêtement. Avec une douceur incongrue au milieu de leurs gestes pleins d'ardeur, le jeune homme effleura de sa paume chaude son érection, avant de s'en saisir, ses doigts s'enroulant autour du membre dressé.

Cela n'avait rien à voir avec ce qu'il avait déjà connu. C'était la main de Potter, ce foutu Potter, sur son sexe, qui le masturbait, peut-être un peu hésitant, ou juste gêné par l'angle que faisait leurs deux corps pressés, mais cela ne changeait en rien l'absurdité de la situation. Et pourtant, il lui semblait n'avoir jamais rien senti de plus excitant. Une chaleur irréelle se propageait par vagues depuis son aine, grisante, enivrante.

Severus détacha à son tour le bouton du jean du jeune homme, les doigts tremblants, et prit son sexe dans sa main. C'était une sensation étrange, excitante. La verge de Potter ne ressemblait en rien à la sienne, ni en taille, ni en forme, ni même en couleur. Commençant un mouvement de va-et-vient, il ferma les yeux, incapable de contrôler le flot d'émotions. De l'autre main, il se tenait à la table, ses jambes tremblantes ne le soutenant plus entièrement. Son front reposait sur l'épaule de Potter et il sentait le souffle erratique du jeune homme contre son oreille.

Soudain, Severus sentit la prise sur son érection s'accélérer, le corps de Potter se tendre, sa gorge émettre un gargouillement étranglé. L'instant suivant, il éjaculait et Severus ralentit le rythme de ses gestes. Il poussa ses hanches contre la paume de Potter dont l'attention s'amollissait. Aussitôt, Potter reprit ses caresses et Severus se laissa aller à la sensation enivrante. Il se sentit peu à peu perdre pied, glissant dans un état second, des frissons remontant de son aine jusqu'à sa nuque, un sentiment d'accomplissement dans la poitrine. Puis, il chavira et, atteignant un état de non-retour, se laissa porter par le flot de sensations.

Il resta ainsi un moment, sans bouger, dans un état de bien-être qu'il n'avait pas connu depuis longtemps. Ils étaient peut-être ridicules ainsi, Potter affalé contre la table, Severus collé contre lui mais il n'en avait rien à faire. Sa conscience l'avertissait que cette indifférence n'était pas normale, que cet état était le fruit du jeu de ses hormones, mais quelle importance ?

Il était bien, pour une fois.

L'instant passa et Potter finit par se redresser. À gestes maladroits, il referma son pantalon et Severus recula d'un pas. Le jeune homme évitait son regard et un sourire amer déforma les lèvres du Serpentard tandis que lui-même remettait de l'ordre dans ses vêtements.

« Alors, on va faire comme la dernière fois, s'éviter pour ne pas avoir à en parler jusqu'à ce qu'on oublie ? » dit-il le ton grinçant.

Potter soupira bruyamment. Dans l'obscurité, Severus était incapable de voir l'expression de son visage.

« Ce n'était pas censé se reproduire, marmonna-t-il.

- Visiblement, » répliqua sarcastiquement Severus en haussant un sourcil.

Potter se passa une main dans les cheveux, peut-être dans une tentative vaine de les discipliner.

« Bon, écoutez, ne serait-ce pas plus simple de juste… admettre que c'est ce qu'on voulait tous les deux et que c'était bien et maintenant de passer à autre chose ? »

Severus resta silencieux, reprenant peu à peu pied dans la réalité, dans un univers où les lendemains existaient, où ses actions avaient des conséquences. Il n'avait jamais su vivre dans le présent, il ressassait toujours le passé, sa haine – de son père, des Maraudeurs, des Mangemorts – et lorsqu'il s'en détachait c'était pour planifier son futur, chirurgicalement.

Potter reprit, clairement mal à l'aise par son silence :

« Parce que c'était le cas, hein ? Vous avez… Vous étiez… Enfin…

- Oui, lui vint au secours Severus d'une voix égale. J'ai apprécié. »

Potter le regarda le temps d'un battement de cil avant d'éclater de rire. Severus se tendit aussitôt.

« Bordel Rogue, il n'y que vous pour dire que vous avez pris votre pied comme si vous faisiez une déclaration solennelle devant un tribunal.

- Oh, la ferme Potter ! répliqua Severus en se sentant revenir sur un terrain familier.

- La ferme vous-même ! Votre pantalon est couvert de mon… » Sa voix s'étrangla. « Enfin voilà, désolé si je pense que le délire avec voix de croque-mort ne convient pas tout à fait au moment !

- Mon pantalon est recouvert de votre quoi, Potter ? Vous êtes bien plus ridicule à ne pas pouvoir prononcer le mot sperme. »

Severus éprouva une petite satisfaction, futile certes, à ce que sa langue n'ait pas fourché sur ce mot. Malgré l'assurance qu'il se donnait à l'instant, ce n'était pas un sujet dont il avait l'habitude de parler. Ses rares expériences en la matière se résumaient à quelques conversations auxquelles il avait peu participé à la fin de sa scolarité. Il n'avait jamais éprouvé l'aisance grivoise de ses camarades de chambre à aborder le sujet et il n'avait guère eu l'occasion de changer cela. Non qu'il en eût éprouvé le besoin.

« Roh, ça va,» grommela Potter, mais il ne semblait pas vraiment en tenir rigueur.

L'homme lui jeta un regard en biais, clairement mal à l'aise. Severus finit de reboutonner sa robe. Malgré un semblant de retour à la normale – dans quelle sorte de relation se quereller était un contexte normal ? – la situation était gênante. Qu'étaient-ils censés dire ? Severus n'avait jamais été préparé à cela.

« Bon... déclara Potter, cherchant visiblement une porte de sortie. Moi je vais dormir. Si vous voulez, enfin...

- Je vais rentrer chez moi, répondit Severus un peu trop précipitamment.

- Bien ! Bien. »

Potter paraissait soulagé.

« À demain, alors, » conclut le jeune homme aux cheveux ébouriffés avant de s'éclipser.

- Harry Potter -

Harry ouvrit les yeux paresseusement. La chambre était toujours plongée dans l'obscurité mais les oiseaux chantaient depuis longtemps dehors. La veille, Harry s'était endormi dès que sa tête avait touché l'oreiller. S'il devait être honnête, il n'avait pas connu un sommeil aussi apaisé depuis bien trop longtemps. S'étirant lentement, il constata avec félicité qu'il ne gardait aucune courbature de leur soirée. De l'impotent qu'il était quelques mois plus tôt, ses entraînements avaient fait de lui un tout autre homme.

Harry sourit largement : ils avaient tenu en échec les Mangemorts. Hier, devant la porte de sa propre chaumière, il s'était senti invincible et encore maintenant il ressentait l'excitation qui l'avait envahi. Pourtant, avec une nuit de recul, les évènements prenaient une autre dimension. Ils avaient été imprudents, inconscients même. N'auraient-ils pas dû, dès qu'ils avaient intercepté le message, prévenir les Aurors, ou tout au moins l'Ordre du Phénix ? Cela ne leur avait pas traversé l'esprit ni à l'un ni à l'autre et encore maintenant, Harry renâclait à l'idée d'y songer. Il ne savait pas à quel moment il en avait fait quelque chose de personnel, mais il en avait besoin. C'était entre Rogue, lui et les Mangemorts.

Mais qu'aurait-il fait si l'un d'entre eux avait été gravement blessé, ou pire ? Avec une lucidité effrayante, Harry songea que cela n'était pas passé loin. Il s'en était fallu de peu lorsque le serpent de pierre avait explosé. Harry avait dressé à la hâte un bouclier entre Rogue et la pluie d'éclats, le protégeant du plus gros des projectiles, sans se préoccuper des Mangemorts qui s'enfuyaient.

Pire, lorsque Rogue avait transplané sans réapparaître, il lui avait semblé attendre une éternité la peur au ventre. La terreur abjecte qu'il avait éprouvée devant ce soudain vide était encore présent, sentiment de malaise au creux de sa poitrine. Depuis quand craignait-il autant pour la vie de Rogue ? Mais n'était-ce pas normal, au fond ? Il ignorait si, dans la ligne de temps originale, Severus Rogue s'était lancé à la poursuite des Mangemorts. Quel désordre magico-temporel pouvait-il créer s'il causait accidentellement la mort de son ancien professeur de potions ?

Non, il raisonnait dans le mauvais sens. Tout ce qui arrivait désormais était déjà arrivé dans son passé, il n'en avait simplement jamais eu connaissance. Mais jusqu'où pouvait-il étendre cette étrange gymnastique du cerveau ? Il y avait trop d'éléments qu'il ne comprenait pas, qui l'effrayaient aussi, et d'autres qu'il oubliait, probablement.

D'un coup de pied, Harry repoussa son drap et se leva. Il n'avait cessé de garder son corps et son esprit occupés ces dernières semaines pour éviter de songer à de tels imbroglios. Il s'habilla rapidement, attrapant des vêtements propres dans son armoire. Ceux de la veille gisaient au pied de son lit et il les ramassa pour les renifler prudemment : des flagrances de sueur et de sexe l'assaillirent aussitôt. Il délaissa le t-shirt et se dirigea vers la cuisine, avec la sensation que l'odeur était incrustée sur sa peau.

La première fois qu'ils s'étaient embrassés, des mois plus tôt, il avait été aisé de le passer sous silence. La situation avait été trop incongrue pour qu'il réalise tout à fait ce qui leur était arrivé, puis il avait été empoisonné par la potion censée le ramener à son époque et les mois étaient passés.

Cette fois-ci… Cela restait toujours improbable, mais Harry devait se rendre à l'évidence : on n'éprouvait pas fortuitement deux fois une attirance physique pour quelqu'un. Pire, sentir leurs odeurs mélangées puis se retrouver face à la table sur laquelle ils s'étaient envoyés en l'air provoquaient en lui des réminiscences qui, il devait l'admettre, l'excitaient.

Harry posa une poêle sur le feu avec plus de force que nécessaire. Il désirait Severus Rogue, et cela n'avait aucun sens. Fouillant dans ses souvenirs, il chercha un indice, quelque chose qui pourrait l'aider à comprendre comment il en était arrivé à une telle situation. Il passa en revue toutes les personnes pour qui il avait éprouvé de l'attirance. Il avait été obsédé par Cho Chang sans vraiment la connaître. Il l'avait trouvé belle, lumineuse, avait admiré son habilité au Quidditch, avant de découvrir qu'ils n'avaient pas grand chose à se dire. Puis il y avait eu Ginny et il avait réprimé tous sentiments ou toute attirance pour elle, car elle était la sœur de Ron, et ce n'était pas correct. Mais ils avaient fini par sortir ensemble et s'étaient séparés peu de temps après, pour la protéger.

Depuis, il n'avait plus eu le temps de se préoccuper de sa vie romantique. Il avait vécu des mois sous une tente avec Hermione et Ron, avait été envoyé dans le passé par le diadème de Serdaigle, il avait été emprisonné pendant plus d'un an et avait vécu presque six mois dans la rue. Et, excepté les cours d'Occlumancie avec Studenkin, les rares contacts avec Dumbledore, l'amitié qu'il avait tissée avec Weltz et l'étrange relation avec Rogue, il avait passé les deux dernières années seul, sans songer au sexe à un seul moment. Ou tout au moins le croyait-il, jusque là. Était-ce possible qu'il ait refoulé toutes ses pensées à un niveau inconscient ?

L'un des chats tigrés sauta habilement sur la table, attiré par l'odeur du bacon sorti, mais Harry l'attrapa distraitement avant qu'il n'ait pu faire quoique ce soit. Tous ses questionnements le fatiguaient. D'autant qu'ils masquaient le plus gros de l'iceberg.

Rogue n'était pas son genre d'homme. Et le problème était là : depuis quand avait-il un « genre d'homme » ? Avait-il déjà eu de telles pensées pour un homme ? Il supposait que Tom Jedusor avait été attirant dans sa jeunesse, tout au moins avait-il eu un charme certain dans les souvenirs qu'il avait visionnés. Il avait trouvé Cédric séduisant, mais ce n'était qu'admettre un état de fait, toutes les filles le trouvaient séduisant, Cho la première. Mais il n'avait jamais été attiré par l'un ou par l'autre – Merlin le préserve de trouver Voldemort attrayant, quelle que soit la dimension dans laquelle il se trouvait.

Et cela l'énervait de se focaliser sur ce détail. Car il y avait bien plus important, comme le fait que Rogue tuerait Dumbledore un jour ! N'était-ce pas trahir tous ses amis que de se laisser aller à ses pulsions ainsi ? Certes, il ne doutait plus de la loyauté de Rogue envers l'Ordre du Phénix. Il savait qu'il ne comprenait qu'imparfaitement le futur. Ses anciennes certitudes étaient ébranlées depuis longtemps. Était-ce possible que tout ne soit qu'une mise en scène, que Dumbledore ne soit pas vraiment mort ce jour là ?

Cela n'avait pas de sens. Faire croire à Voldemort que Rogue avait tué Dumbledore renforcerait très certainement sa position en tant qu'espion, mais cela compenserait-il la disparition du seul homme que Voldemort ait jamais craint ? Et quand bien même Dumbledore serait secrètement en vie, pourquoi se cacher, pourquoi ne pas se montrer pour leur apporter son aide dans la chasse aux Horcruxes ? Qu'est ce qui était allé de travers dans leur plan ?

Harry fit glisser les œufs et les tranches de bacon dans son assiette, sans trouver l'appétit. Il se força pourtant, avant de suspendre sa fourchette dans les airs, la bouche entrouverte, les sourcils haussés.

Artus.

Il avait complètement oublié ce mystérieux homme qui modifiait son visage à chaque fois qu'il était venu les aider. Harry écarquilla les yeux alors que tout se mettait désormais en place, limpide.

Artus était parvenu à rentrer dans Gringotts par effraction pour voler la coupe de Poufsouffle. Qui d'autre qu'un aussi puissant sorcier que Dumbledore pourrait être capable d'un tel exploit ? Et pourtant, il avait refusé d'utiliser un Feudeymon pour détruire l'Horcruxe, or le sorcier était connu pour s'être toujours tenu éloigné de la magie noire. Artus avait prétendu utiliser du Polynectar pour modifier son apparence, mais avant d'être directeur de Poudlard, Dumbledore avait été professeur de métamorphose, et Harry ne doutait pas un instant qu'il était capable de changer entièrement de visage et de corps.

Tout se tenait.

Excepté que cela n'expliquait pas pourquoi Dumbledore avait caché son identité.

Comme si le chef de l'Ordre du Phénix l'avait jamais mis au courant de ses plans ! Il y avait probablement encore quelque chose qui lui échappait. Peut-être le fait que lui-même, Harry, soit dans le passé ? Harry l'ignorait, mais il se sentait soudainement respirer plus librement. Certaines questions restaient en suspens, mais il était arrivé à une solution que son esprit acceptait.

Se cherchait-il des excuses ?

- Severus Rogue -

Le couteau s'enfonça sans effort dans le gros fruit rond et du jus translucide goutta le long de la lame en argent. Habilement, presque machinalement, Severus recueillit le liquide dans un petit flacon. Encore une fois, il se tournait vers la noblesse des chaudrons en étain et des volutes majestueuses pour apaiser ses troubles intérieurs. Jusqu'à maintenant, il n'avait guère eu l'occasion de s'occuper de la Potion d'Influence qu'avait exigée Malefoy, trop pris par la traque de Macnair, Yaxley et des autres. Il ouvrit le fruit en deux et en retira un à un les minuscules pépins avec une pince à épiler. Le calme et la précision avec laquelle il effectuait ses manipulations contrastaient avec ses pensées tumultueuses, si bien qu'il avait le sentiment de regarder la réalité du bout d'un très long tunnel.

Il avait embrassé Potter, encore. Il avait caressé Potter. Il l'avait masturbé. Qu'est ce qui n'allait pas chez lui ? Peut-être son père avait-il raison depuis tout ce temps, il n'était rien d'autre qu'un incapable, un monstre, une pédale, une erreur. Combien de fois avait-il entendu son père, attablé devant sa bière, dans cette même cuisine, alors qu'il l'avait surpris un livre à la main ou à rêvasser par la fenêtre.

Pourquoi il est comme ça ? Qu'est ce qu'il fout toute la journée le nez plongé dans ces ramassis de conneries ? Pourquoi ne joue-t-il pas au foot avec les autres gamins ?

Il étala les pépins sur une serviette afin de les faire sécher et la posa délicatement sur la table.

C'est de ta faute… De ta faute !

Souvent, sa mère restait stoïque face aux accusations, debout, telle une statue, le visage dénué de toute émotion. Elle ne le défendait pas, jamais devant son père. Parfois, Severus s'était demandé si c'était parce qu'elle était d'accord, parce qu'elle s'en voulait elle même de n'avoir pas pu faire autre chose avec son fils, qui lui ressemblait tant. Mais après, elle venait se blottir avec lui au fond du jardin, un livre sur les genoux. Elle ne le défendait jamais devant son père, mais c'était mieux ainsi. C'était toujours pire lorsqu'elle répondait.

Il essuya méticuleusement le couteau avant de le reposer à côté de ses congénères, alignés par taille, forme et matière. Il renversa le flacon dans le chaudron fumant et avec un mouvement de poignet, le liquide incolore exécuta une spirale.

Il l'avait voulu. Il avait aimé. La peau de Potter, son souffle. Il avait aimé l'entendre gémir, il avait aimé le prendre en main. Ses caresses, ses lèvres sur sa bouche.

Il referma le bouchon du flacon, les mains légèrement tremblantes. Il inspira lentement, retrouvant pleinement possession de ses moyens en quelques instants.

Il se souvenait, une fois à Poudlard, un Serdaigle l'avait coincé après un cours qu'il ne partageait pas avec Lily. Il l'avait attrapé par le bras avec une de ses immenses mains, le garçon était batteur dans l'équipe de Quidditch, pour le forcer à le regarder :

« T'es pas un de ces pédés qui traînent toujours avec une fille pour faire croire qu'il est normal, hein ? »

Severus avait réussi à se dégager, entre insulte et indignation. Car il n'était pas ainsi. Il n'aimait pas les hommes. Il n'aimait personne, n'éprouvait aucun désir. Tout ceci était superflu, une perte d'énergie, une distraction à ses ambitions. Les sentiments, les relations, n'apportaient que des souffrances, il en était persuadé lorsqu'il avait rejoint les Mangemorts. Il avait écouté avec fascination les paroles du Seigneur des Ténèbres, lui qui s'était affranchi de tous ces liens pour maîtriser les arcanes les plus complexes de la magie et faire plier la Mort sous ses pas.

Mais il n'était pas comme son maître. Bien qu'il désirât avec force se dégager de toutes les émotions, incontrôlables, irrationnelles, il en était incapable. Elles étaient siennes. Il savait les dissocier, garder l'esprit clair, n'afficher aucun sentiment grâce à l'Occlumancie, mais elles étaient toujours là.

Avec sa baguette en verre, il remua trois fois la décoction dans les sens des aiguilles d'une montre, puis deux fois dans le sens inverse, et répéta l'opération dix fois.

Il avait rejoint le Seigneur des Ténèbres croyant s'affranchir de tout ce qui le retenait jusque là. Il s'était trompé. Depuis ce jour, jusqu'à maintenant, il avait été esclave de la puissance d'un autre homme. Encore maintenant, il n'était pas maître de sa vie sous la coupe de Dumbledore. Il risquait bien moins de mourir au service de celui-ci, mais Severus n'oubliait pas que sous ses airs de vieux directeur se cachait un puissant sorcier. Il l'avait déjà vu en colère et ce n'était pas une expérience qu'il voulait revivre prochainement.

Dumbledore savait-il qu'il fréquentait toujours Potter ? C'était lui qui avait exigé qu'il prenne des cours d'Occlumancie avec lui, mais ceux-ci étaient terminés depuis des mois. Comment réagirait le sorcier s'il apprenait ce qui s'était passé la veille ?

Severus augmenta la température sous son chaudron, plongeant dans la potion une branche écorcée d'orme.

Il avait touché à son protégé. Il avait couché avec le héros du monde sorcier, avait sali le sacro-saint Potter, l'avait entraîné dans la débauche. Il ignorait quelle serait la réaction du puissant sorcier, mais elle ne pouvait être bonne.

Severus resserra sa prise sur la branche.

Il n'avait pas à savoir. Cela ne le regardait pas. Ni Dumbledore, ni personne d'autre. Depuis combien de temps n'avait-il pas eu de vie privée ?

La potion prenait doucement une couleur violacée tandis que la branche se désintégrait par filaments gluants.

Il avait couché avec l'homme qui avait défait le Seigneur des Ténèbres. Son ancien maître.

Une joie sauvage s'empara de Severus. C'étaient ses affaires, sa vie. Pas celle de Dumbledore, ni de ses collègues, ni de Malefoy, ni d'aucun Mangemort. Aucun d'eux n'avait à savoir.

Il retira prestement la branche et versa une goutte de venin de poisson-pierre, se laissant aller à ce sentiment grisant, cette sensation d'agir librement. Pour un homme aussi enchaîné que lui, au Seigneur des Ténèbres, à Dumbledore, la liberté prenait une forme bien étrange. Une sorte de revanche contre l'univers, un pied-de-nez qu'il était le seul à connaître, et c'était ce qui faisait toute sa saveur.

Il ignorait ce qui se passait avec Potter. Ce que voulait Potter et ce que lui voulait. Il ne savait pas si cela allait se reproduire mais Severus avait acquis une certitude. Il le désirait, et si Potter le désirait aussi, il ne laisserait rien les empêcher de recommencer.

Quelques heures plus tard, Severus éteignait les feux sous ses chaudrons. Il faudrait plus d'une journée avant que la potion ne refroidisse. Ses ustensiles étaient alignés sur la table de sa cuisine, impeccablement nettoyés. Une douche et une collation plus tard, il transplanait.

Il ressentait toujours la différence de température lorsqu'il se rendait chez Potter, mais par cette chaleur étouffante, elle était la bienvenue. Il franchit rapidement les barrières magiques qui lui dévoilèrent la chaumière. Potter était assis sur son banc, les yeux fermés. Quelques chats qui se prélassaient à l'ombre relevèrent paresseusement leur tête triangulaire vers lui tandis qu'il s'approchait.

Arrivé à quelques mètres, Potter ouvrit les paupières avec un léger sourire :

« Je vous ai senti approcher, » dit-il, visiblement fier de lui. Il continua alors que Severus haussait un sourcil : « J'ai senti votre magie. »

Severus inclina légèrement la tête pour manifester sa surprise. En un mois, Potter avait fait des progrès conséquents. Il avait fallu plusieurs semestres à Severus pour aller au delà de la perception de sa propre magie et sentir celle d'autres sorciers. Certes, il était à l'époque beaucoup plus jeune et entre les cours et les persécutions des Maraudeurs, il n'avait eu que peu de temps à y consacrer. Néanmoins, il n'avait pas prévu que Potter y parviendrait aussi rapidement.

« Eh bien, il semblerait que vous ne soyez pas totalement irrécupérable… »

Potter se leva, souriant comme s'il lui avait fait un compliment.

« Méfiez-vous, je vais finir par vous rattraper !

- J'aimerais voir ça… » marmonna Severus.

Après les événements de la veille, le sorcier s'était attendu à de la gêne, mais ils agirent tous deux durant tout l'après-midi comme si rien ne s'était passé. Peut-être Potter lui jetait un peu plus souvent des regards en coin, et peut-être Severus ressentait-il un sentiment d'étrangeté à se comporter comme à l'accoutumée, mais leur entraînement se déroula sans allusion aucune.

Quand bien même il avait le sentiment que chacun des chats de la maison l'observait avec une expression accusatrice au fond de leurs yeux brillants. Comme s'ils savaient, comme s'ils avaient tout vu, là, perchés sur la table ou le fauteuil, le regard fixe.

Severus les ignora soigneusement.


Bon, je ne pense pas trop m'aventurer en disant qu'un certain nombre d'entre vous attendiez ce qui se passe dans ce chapitre depuis un moment ? Gosh, auriez-vous l'amabilité de ne pas me laisser dans le stresse et de me dire ce que vous en avez pensé ?