Katia

Notre petit arrêt dans cette maison sécurisée s'était avéré très bénéfique. Nous avions pu nous ravitailler et nous reposer un moment, tout en mettant au point ce que nous allions faire dans les heures à venir. Il fallait d'abord retrouver Shmeil et nous assurer qu'il se portait bien. En effet, les paroles de mon mentor résonnaient toujours dans ma tête : « J'avais demandé à un collègue à la retraite de veiller sur le vieil ami de Ziva et je suis maintenant sans nouvelles d'eux. » Ça ne ressemblait certainement pas à un ancien espion de se faire porter pâle de cette manière, sauf s'il s'avérait absolument impossible d'envoyer un quelconque message sans qu'il soit intercepté.

Ma compagne avait passé beaucoup de temps à me montrer des cartes de la région. Elle m'expliquait l'emplacement de certains endroits clés, notamment par rapport au quartier général du MOSSAD. Évidemment, ce lieu était tenu secret et ma femme en connaissait l'emplacement uniquement parce qu'elle avait servi son pays. Pour le moment, j'essayais d'emmagasiner le plus d'information possible dans mon cerveau, tout en sachant qu'il fallait se concentrer sur le sauvetage d'un chic érudit!

- Quand je regarde cette carte, je me dis qu'ils ont dû s'éloigner de la ville et partir vers l'ouest. Je vois qu'à environ 30 ou 40 kilomètres d'ici, le terrain devient plus montagneux. Ça me parait idéal pour essayer de brouiller les pistes... Je pars du principe qu'ils auraient pu se sentir traqués.

Je laissais à mon adorée l'occasion de prendre la parole. Pour le moment, nous n'avions que des hypothèses et il faudrait bien commencer par se rendre quelque part pour mener nos recherches à bien.

Ziva

Après notre phase de récupération, j'avais décidé de prendre les choses en main, notamment en renseignant ma femme sur la géographie de la région et surtout sur le type de terrain que nous pourrions rencontrer, ce qui se résumait à une multitude de possibilités d'ailleurs. Notre premier objectif était de localiser et de porter assistance à Shmeil et à son accompagnateur qui s'étaient volatilisés depuis un long moment. Notre marche sur le MOSSAD n'interviendrait qu'une fois que mon ami sera en sécurité. Nous devions éliminer tous les moyens de pression qu'Orli Elbaz pourrait employer sur nous si nous voulions terminer brillamment notre vendetta personnelle.

Mon épouse était très attentive à la moindre information qu'elle pouvait emmagasiner au sujet de notre mission, au point même qu'elle suggérait que Shmeil et son acolyte avaient dû se réfugier dans la montagne à quelques dizaines de kilomètres d'ici. Même si nos ennemis communs connaissaient parfaitement le terrain, la progression sur les pentes de certains massifs, plus lente que sur le plat, pouvait permettre d'établir une stratégie de riposte plus qu'intéressante. Si cette hypothèse se vérifiait, il subsistait un écueil de taille. Retrouver Shmeil et son compagnon de route s'avérerait compliqué et surtout très chronophage. Il fallait réfléchir à un moyen d'accélérer les choses pour les trouver rapidement et du premier coup.

Je suis d'accord avec toi en ce qui concerne l'hypothèse de refuge que Shmeil aurait pu choisir. Son équipier n'aura certainement pas fait d'objection à ça. Mais compte tenu du fait qu'on est pas là pour se montrer et se faire repérer, on a pas le temps de faire des recherches sur le terrain. On devra choisir un point de destination à atteindre et que ce soit le bon pour récupérer nos amis au nez et à la barbe de leurs poursuivants et les ramener en sécurité. Notre mission ne doit pas durer des jours car tu sais qu'Evelyne me demande beaucoup d'énergie.

Je réfléchissais intensément sur le mode opératoire à utiliser pour localiser nos cibles sans se tromper. Mon cerveau était à nouveau passé en mode turbo et nous devions nous assurer d'agir pour le mieux. Au bout de quelques minutes de réflexion, j'ai une idée lumineuse qui est arrivée. Je savais comment les trouver, sans que jamais le MOSSAD ne soit informé de ma manière de procéder. J'ai pris violemment ma dulcinée par la main pour l'entraîner vers l'extérieur de la maison, derrière la seule façade qui n'était pas visible de l'entrée du chemin d'accès.

Viens !

Je suis sortie du bâtiment à toute vitesse puisque je savais très bien où j'allais. Katia essayait de me suivre tant bien que mal car j'essayais de courir tout en refusant de lui lâcher la main. J'étais à la fois excitée d'avoir au cette idée et furieuse contre moi-même de ne pas y avoir pensé plus tôt. Une fois que nous étions face à la façade cachée de la maison, je me suis mise à farfouiller sous les décombres de toutes sortes qui encombraient le sol sous nos pieds. Au bout de quelques minutes j'ai trouvé ce que je cherchais, un système de verrouillage par code.

J'ai composé la combinaison adéquate et la dalle de béton qui nous faisait face s'est soulevée légèrement. J'ai terminé de l'ouvrir pour permettre à ma belle amazone de descendre les quelques marches qui nous faisaient face. Je m'attendais évidemment à des interrogations de la part de ma compagne avant que nous empruntions ce passage souterrain vers un bunker construit sous la maison. Si mes souvenirs étaient exacts, ce que nous allions y trouver allait nous permettre de trouver nos deux hommes en difficulté rapidement et sans éveiller les soupçons des serpents du MOSSAD. Décidément, la paranoïa quasiment maladive de mon père était sacrément utile ces temps-ci.

Katia

Mon raisonnement devait être bon, puisque ma femme se disait d'accord avec moi. Même si le MOSSAD connaissait probablement mieux que quiconque le terrain avoisinant, le fait de passer à travers la montagne leur compliquait la tâche pour rattraper nos deux amis. Par conséquent, nous aurions aussi plus de difficultés à localiser Shmeil et son accompagnateur. Cela ne nous arrangeait pas franchement, puisqu'il était très difficile d'anticiper les décisions que notre duo avait prises.

Mon adorée semblait avoir analysé toutes les données. Elle s'était d'ailleurs arrêtée de parler tout d'un coup pour mieux réfléchir à la situation et aux moyens de nous comporter. Bien sûr, il fallait prendre en compte l'état de santé de mon épouse. Par exemple, il était hors de question qu'elle se fatigue inutilement et qu'elle mette Evelyne en danger. Soudainement, ma princesse m'a agrippé la main en me disant de venir avec elle. J'avais un peu de mal à suivre, principalement parce que je ne savais pas où nous allions et que mon adorée m'avait prise de court. Une fois à l'extérieur, je l'ai vue farfouiller jusqu'à ce qu'une dalle de béton se soulève. Des marches sont apparues et j'ai compris que nous allions descendre sous terre.

- Qu'est-ce que c'est? Je ne t'ai jamais vu te déplacer aussi rapidement!

J'essayais de me limiter dans mes commentaires. Je n'avais pas l'habitude que les choses se déroulent à cette vitesse et j'avais sincèrement du mal à comprendre ce qui se passait. J'ai jeté un coup d'oeil à l'intérieur du passage qui s'était ouvert. Tout était noir là-dedans et ça ne m'inspirait rien de très positif. J'ai croisé mes bras sur mon ventre et j'ai dévisagé ma compagne. Elle devrait me fournir quelques explications avant que j'accepte d'aller voir de plus près ce qui se cachait sous terre. Il était évident qu'elle pensait que nous allions trouver quelque chose qui pourrait nous aider à poursuivre notre mission. Était-ce un moyen de transport, des armes, ou autre chose? J'allais bientôt le découvrir!

Ziva

Une fois que l'entrée du bunker était ouverte, j'avais la ferme intention de ne pas traîner avant d'entrer à l'intérieur. Mais c'était sans compter sur la circonspection de ma compagne, qui même si elle était légitime, nous faisait perdre du temps. Nous avions déjà pas mal de retard sur nos cibles, il ne fallait pas en perdre davantage. Du coup, j'hésitais entre deux solutions. Soit forcer ma femme à me suivre sous terre, ou alors lui expliquer brièvement ce qui nous attendait là-dessous. J'aurais pu m'amuser à porter Katia sur mon épaule pour nous rendre à destination, mais je voulais éviter une nouvelle dispute et ce n'était pas le moment de plaisanter.

J'aurais aimé que tu me fasses un peu plus confiance, mais je comprends ton scepticisme. C'est ce qui va nous permettre d'arriver plus facilement à nos fins. C'est tout ce que je peux te dire pour l'instant.

En effet je restais méfiante au cas où quelqu'un nous entendrait, même si nous étions probablement seules dans un endroit aussi perdu. Dans le même temps, alors que mon épouse ne bougeait toujours pas, je l'ai soulevée de terre pour la porter sur mon épaule. Finalement, j'avais envie de m'amuser. Alors qu'elle poussait un petit cri de surprise, ma main droite s'est abattue sur ses fesses pour la faire taire alors que je riais de bon coeur. Evidemment, c'était surtout pour essayer de détendre l'atmosphère, car je savais que la pression montait à l'idée d'entrer réellement en action dans les heures qui viennent.

Nous sommes entrées dans le souterrain et j'ai actionné le système de fermeture de la dalle de béton dès que nous avions atteint à nouveau le sol. Je progressais le long du couloir d'accès, tout en ayant gardé ma dulcinée sur mon épaule. Une fois que nous avons atteint la pièce principale, je l'ai reposée à terre, pour mettre l'électricité en fonction. La pièce s'est animée comme un sapin de Noël. Il était plus que temps que je m'explique, j'ai donc pris la parole, même si j'ignorais comment ma belle amazone avait ressenti cette prise d'autorité soudaine.

Nous sommes dans le bunker anti-atomique construit par les premiers propriétaires sous la maison. Ma famille s'est simplement contentée de l'entretenir pour nous assurer une protection optimale en cas de besoin.

On pouvait apercevoir du matériel informatique dernier cri, des armes de poing et des gilets pare-balles et tout ce qu'il fallait pour mener un petit assaut bien coordonné. En attendant d'entendre la réaction de ma belle italienne, j'essayais de capter son regard qui me paraissait indéchiffrable pour l'instant.

Katia

Ma question avait été comprise comme l'expression de mon scepticisme, alors que j'étais plutôt curieuse de voir ce que cette cachette pouvais bien dissimuler. En guise d'explications, mon adorée s'est contentée de dire que notre objectif serait plus facilement atteint grâce à ce que nous allions trouver. Avant que j'aie le temps de réagir, mes pieds ont quitté le sol! Un cri aigu est sorti de ma bouche, mais je me suis laissée faire. J'aurais voulu dire à ma princesse que j'étais capable de marcher et qu'elle devait arrêter de faire des efforts inutiles. Cependant, elle semblait bien s'amuser de m'avoir prise par surprise. J'ai essayé de me contenir lorsque j'ai senti qu'elle me tapait les fesses, mais j'ai quand même ri un peu.

Je ne voyais pas où nous allions et heureusement que je ne suis pas claustrophobe! Le corridor semblait étroit et le plafond était bas. Mes yeux se sont peu à peu habitués à la pénombre et j'ai pu voir que l'endroit semblait être très bien entretenu. Lorsque j'ai pu retrouver l'usage de mes jambes, nous nous trouvions dans une pièce centrale. Les murs étaient habillés d'étagères qui contenait un arsenal impressionnant. J'ai fait un tour sur moi-même en sifflant. J'étais impressionné par ce que je voyais.

Ma sirène m'a expliqué que nous nous trouvions dans un bunker anti-atomique qui avait été construit par les anciens propriétaires de la maison. Aujourd'hui, c'était plutôt une réserve de matériel militaire et je dois dire que nos intérêts allaient être parfaitement servis.

- Ton père pensait vraiment à tout...

Étant donné que nous étions arrivées à la nage, nous n'avions pas pu transporter d'armes ou de munitions. Le visage de mon épouse était connu dans la région, ce qui fait qu'il aurait été difficile de nous équiper au marché noir. Un grand poids venait donc de tomber de nos épaules. Tout ce que nous avions à faire était de choisir ce dont nous avions besoin dans l'inventaire.

- Il reste à déterminer notre moyen de transport. Il aurait été intéressant de survoler la zone, mais je pense que c'est trop risqué... Je sais que tu aimes les transports motorisés, mais le cheval me parait tout indiqué pour notre mission. Au moins, nous ne risquerions pas la panne sèche.

Mon regard était maintenant plongé dans celui de ma belle israélienne. J'adorais cette complicité que nous avions dans le travail comme dans la vie privée. Bien sûr, il faudrait qu'elle me donne son avis sur ma suggestion avant que nous puissions achever nos préparatifs de mission.

Ziva

Après mon petit moment d'espièglerie, nous nous trouvions au centre du bunker et je me réjouissais d'avoir entendu ma femme rire face à ma bêtise précédente et siffler d'admiration lorsqu'elle s'est rendue compte de l'étendue du matériel dont nous disposions. Au moment où j'ai entendu mon épouse dire que mon père avait pensé à parer à toute éventualité, je n'ai pas pu m'empêcher de laisser partir de mes lèvres un rire nerveux. Si, vu de l'extérieur, un tel déploiement de matériel semblait venir d'une politique de prévention, la réalité était toute autre.

Tu sais chérie, cette manière de vouloir tout anticiper provenait bien plus de la paranoïa que le monde lui inspirait que de la notion de protection envers les siens. Rappelle-toi comment ma famille a fini et comment j'ai failli finir en Somalie. Tu serais surprise de voir à quel point il était "prévoyant". Il faudra que je te montre ça un jour...

Cette dernière pensée avait fait passer un léger voile de tristesse mêlé de colère sur mon visage. Néanmoins, je ne l'ai pas gardé longtemps car je devais considérer la proposition de Katia concernant notre futur moyen de locomotion et continuer de préparer la mission sur deux aspects. Premièrement, il fallait déterminer notre puissance de feu et deuxièmement, se mettre au travail pour localiser nos deux amis disparus. J'avais une idée assez précise sur tout cela, mais évidemment, ma partenaire avait le droit de me donner son avis.

Je suis d'accord sur le fait de nous déplacer à cheval, mais il faudra peut-être envisager le fait que je doive monter en amazone. C'est que notre petit trésor est bien présente maintenant ! Si nous devons progresser sur un terrain accidenté, il faudra que je sois en confiance pour être efficace.

Légère pause, qui me permettait comme souvent de réfléchir.

Il va falloir également nous équiper légèrement en armes puisqu'une fois que nous aurons récupéré nos deux compères, il faudra bien les faire redescendre avec nous. Se contenter de deux armes de poing chacune avec trois ou quatre chargeurs me semble un arsenal approprié. Bien évidemment, les gilets pare-balles sont obligatoires. En espérant en trouver un à ma taille ici. Evelyne a droit d'être protégée elle aussi...

A l'évocation du prénom de notre fille à naître, mon visage s'est illuminé.

Dernier point à éclaircir, la localisation exacte de nos fugitifs. Je pense qu'ils sont localisables pour une raison simple. Shmeil a laissé ici quelques petits cailloux, comme le Petit Poucet, pour m'indiquer discrètement qu'il est venu dans cette pièce quelques semaines avant nous. Si c'est le cas, il n'a pas pu partir sans un téléphone crypté, du moins je l'espère. En comparant avec l'inventaire tenu sur cet ordinateur on saura quel appareil il a pris avec lui et ainsi nous pourrons les localiser. L'avantage, c'est que ces terminaux sont inconnus de nos adversaires, du coup on va pouvoir aller les chercher rapidement et précisément tout en réduisant les risques. Qu'en penses-tu ?

Pour cette dernière intervention, j'avais un débit de parole légèrement plus rapide, la faute à l'adrénaline qui faisait déjà battre mes temps à l'idée de rendre la vie des assaillants de Shmeil et de son ami plus coriace que prévu et obtenir ensuite ce que nous étions venues chercher, notre liberté.

Katia

Je me suis rendue compte assez rapidement de ma maladresse lorsque j'avais énoncé qu'Eli David était prévoyant. Il est vrai que je ne connaissais pas très bien ce personnage. Il faudrait que ma femme s'ouvre plus à ce sujet, puisque les événements qu'elle relatait étaient des marqueurs de son histoire personnelle. Si je me souvenais bien, elle avait été retenue prisonnière en Somalie et elle avait frôlé la mort de très près.

- Pardonne-moi d'avoir été indélicate... Je sais que tu entretenais des rapports compliqués avec ton père.

Cette fois-ci, je me gardais bien d'en rajouter. Ma chérie a enchaîné en disant qu'elle était d'accord pour monter à cheval. Je me la représentais aisément sur une fière monture. Evelyne apprécierait peut-être aussi ce moyen de transport. En ce qui concerne notre armement, ma coéquipière suggérait que nous voyagions léger. Il faudrait se limiter à deux armes de poing et de quelques chargeurs. Cela me paraissait adéquat, considérant ce qui était à notre portée.

J'ai fait quelques pas vers le mur de gauche et je me suis mise à fouiller dans une grande caisse en bois qui contenait des gilets pare-balles. Ils étaient de très bonne facture et tous pourvus de sangles ajustables. Chacun d'entre eux avait été soigneusement vérifié et étiqueté. J'en ai choisi un pour ma princesse et un pour moi, tout en priant intérieurement pour que personne n'ouvre le feu sur nous.

- Je pense que celui-ci t'ira très bien. Ça me rappelle lorsque nous étions à Londres, tu sais... Juste le fait de me trouver à tes côtés suffisait pour que je me sente plus en confiance. C'est la même chose aujourd'hui. Et tu crois que l'on pourra pister ton grand ami grâce au téléphone crypté qu'il aurait emporté?

J'avais déjà eu la chance d'avoir ce genre d'appareil entre les mains. Normalement, il aurait dû permettre à Shmeil et son accompagnateur de nous donner leur position. Cependant, il était possible que l'appareil ait été endommagé et qu'il ne serve plus à rien, sauf à émettre une position géographique.

- Dans l'ensemble, je pense que nos idées se tiennent. Maintenant, il nous reste à les exécuter. Chaque minute que l'on perd à discuter pourrait s'avérer critique pour nos amis…

Ziva

Alors que ma femme s'excusait pour sa maladresse, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire très légèrement. Je ne pouvais pas lui reprocher cette candeur dont elle faisait preuve puisque je n'abordais que trop rarement le sujet et que dans le même temps mon épouse respectait scrupuleusement mes états d'âme. Par la suite, nous avons pris le temps de nous équiper, ma dulcinée ayant trouvé assez rapidement un gilet pare-balles à ma taille que j'ai enfilé aussitôt. Je me suis ensuite équipée d'un Jericho 941 et d'un Glock 19 avec ses chargeurs. J'espérais ne pas avoir à trop m'en servir, mais je ne me faisais pas trop d'illusions non plus.

Tu n'as pas à t'excuser mon coeur. Tu ne pouvais pas savoir à quel point Eli David est un personnage complexe, vu que je ne t'en parle jamais. Tu devrais sans doute m'y forcer à l'avenir d'ailleurs, car notre famille à le droit de savoir d'où elle vient. Que ce soit du côté du désert ou du côté du romantisme italien.

Katia avait aussi mentionné le fait que cette phase de préparation lui rappelait notre période londonienne et qu'elle se sentait tout de suite en confiance à partir du moment où je couvrais ses arrières. La réciproque était vraie bien entendu et lorsque j'ai fermé les yeux un bref instant, ce n'est pas un extrait de mission qui s'est rappelé à mon bon souvenir, mais plusieurs images de ce que nous vivions lorsque nous n'étions pas en service. Malheureusement, je n'ai eu guère le temps de m'y attarder. Ma belle italienne accélérait le rythme en abordant le sujet du téléphone crypté que Shmeil avait dû prendre avec lui avant de se réfugier dans les montagnes avec son acolyte.

En regardant l'inventaire, je vois que le terminal numéro AH756E est manquant et c'est le seul qui n'est pas présent. Je peux donc localiser très facilement son signal émetteur. S'il ne l'a pas utilisé, c'est qu'il en a été empêché. De plus, Shmeil sait qu'il a une meute de hyènes enragées aux trousses, donc il n'a pas pris de risques inutiles. Voyons cela... Le voilà ! Il ne bouge pas. Si on regarde la carte plus précisément... C'est un refuge de montagne. Espérons simplement qu'ils sont vivants...

Intérieurement, je ne pouvais pas imaginer que le MOSSAD ait pu les rattraper et les emmener avec eux ou pire encore qu'ils aient été exécutés. A cette funeste pensée, mon corps a été parcouru d'un frisson d'horreur. Ma coéquipière avait raison, il fallait se mettre en route le plus tôt possible. Silencieusement, j'ai trouvé un haras de chevaux arabes endurants où nous pourrions emprunter nos futures montures à quelques kilomètres d'ici. Je n'ai pas pu ajouter une seule parole car ma gorge était nouée et mon visage avait blêmi à l'idée que Shmeil et son compagnon aient pu connaître le pire des dénouements. Mais j'étais prête à partir et j'espérais que ma douce moitié l'était également. Nous devons les récupérer et vite !

Katia

Les dernières paroles de ma compagne résonnaient toujours dans ma tête. Il fallait espérer que nos amis étaient toujours en vie. Pour le moment, je refusais d'imaginer que le pire aurait pu leur arriver. Alors que je choisissais mes armes, j'ai récité une petite prière dans ma tête. J'ai beau ne pas être très pratiquante, le fait de me trouver en Israël contribuait à alimenter ma foi en quelque chose de plus grand que nous.

Selon les indications du système de localisation, Shmeil et l'ami de Shaun auraient trouvé refuge dans un petit campement en montagne. S'agissait-il encore d'une autre cachette de la famille David? Je n'ai pas fait part de cette réflexion à mon épouse. Je l'ai plutôt entraînée à l'extérieur du bunker en lui tenant solidement la main. Il n'était plus question de nous attarder sur quoi que ce soit!

Un peu plus tard, nous chevauchions fièrement nos montures. Je dois avouer que ma femme était ravissante et que j'aurais aimé la prendre en photo pour immortaliser la pose. Je me suis rapidement rendue compte qu'elle était bien meilleure cavalière que moi. Par moments, j'avais du mal à contrôler mon cheval.

- Combien de temps avant que nous atteignons cette cabane?

Le ton de ma voix était un peu cassant. Le soleil était de plus en plus fort et je traînais toujours une petite fatigue avec moi. Par ailleurs, je savais très bien que le sauvetage de notre duo n'était qu'une parenthèse. Notre véritable objectif demeurait d'abattre la tête pensante du MOSSAD. Chaque minute passée en montagne nous détournait un peu de notre cible : Orli Elbaz.

Ziva

Après toute cette longue phase de préparation, nous avons quitté notre base opérationnelle le plus rapidement possible. Il fallait que nous prenions la route vers le haras puis une fois nos montures préparées, nous devions nous frayer un chemin vers le refuge de montagne où le signal émetteur avait été repéré pour la dernière fois. J'avais pris soin d'entrer les coordonnées géographiques de cet endroit dur le GPS qui équipait mon téléphone crypté, du coup notre chevauchée pouvait enfin commencer. ! J'avais pris assez naturellement la tête des opérations et ma femme me suivait assez facilement sur le plat.

En revanche, à partir du moment où le terrain devenait de plus en plus escarpé, la tâche devenait plus difficile pour ma belle italienne. D'ailleurs au bout d'un certain temps, je l'entendais maugréer derrière moi. Pour éviter une nouvelle altercation potentielle, j'ai préféré ne pas relever ce changement de comportement, jusqu'à ce qu'elle me demande combien de temps d'ascension il nous restait à parcourir avant d'atteindre nos fugitifs. Comme je n'avais aucune envie d'alimenter la mauvaise humeur de ma partenaire, je prenais la parole avec un ton calme et posé.

D'après le GPS, il nous reste encore un peu moins de quatre kilomètres de progression avant d'atteindre le signal de Shmeil. Ecoute, je vois bien que tu n'es pas à l'aise sur ce type de terrain pour monter à cheval. Descends de ta monture et prends la rênes de la mienne à pied devant moi. De cette manière nous serons plus discrètes même si l'on avancera plus lentement et je tiendrais ton cheval par les rênes. De toute façon, ça nous permettra d'avoir deux points de vue différents pour prévenir une éventuelle embuscade de la part de l'arrière-garde de ses chiens galeux du MOSSAD. Je serais en hauteur et toi au niveau du sol. Allez.

J'avais parlé d'une voix relativement basse car je pensais que certains de nos futurs adversaires pourraient nous repérer à ce stade de notre avancée. Heureusement pour nous, la végétation environnante était encore assez dense pour qu'elle reste notre allié naturel pour le moment. J'espérais que ce changement de configuration permettrait à ma dulcinée de retrouver l'intégralité de ses moyens et qu'elle serait un peu moins bougonne, même si je comprenais parfaitement que la fatigue pouvait influer fortement sur son état d'esprit. Je me suis donc arrêtée près d'un rocher de belle taille en attendant de savoir si Katia validait ma nouvelle stratégie.

Katia

Alors que j'avais beaucoup de peine à me faire obéir par ma monture rebelle, ma bien-aimée affirmait qu'il nous restait encore quelques kilomètres à parcourir. Je me suis retenue de soupirer et je tentais de me raisonner. Il n'y avait aucun moyen d'accélérer notre progression, surtout en raison de l'inégalité du terrain. Apparemment, mes états d'âme n'étaient pas passés inaperçus. Mon adorée me proposait de descendre de mon cheval et de passer devant. De cette manière, je pourrais tenir les rênes et assurer notre progression. J'ai considéré cette option pendant un moment et j'ai décidé d'essayer pour voir si j'étais réellement plus à ma place ainsi.

- Tu parviens toujours à lire en moi comme si j'étais un livre ouvert. J'avoue que tu as raison, les deux points de vue nous permettront de mieux voir notre environnement.

Bien sûr, notre progression allait être plus lente désormais. Il fallait, entre autres, que je regarde où je mettais les pieds pour éviter de me tordre la cheville. Je suis restée silencieuse pendant une quinzaine de minutes. Je pensais notamment à notre fille aînée. J'espérais qu'elle ne se faisait pas trop de mauvais sang pour nous. J'imaginais qu'elle s'était enfermée dans mon atelier pour essayer de se vider la tête...

- Je crois que l'on devrait appeler à Washington lorsque nous aurons retrouvé nos amis. Aaliyah doit s'inquiéter et elle me manque énormément.

Le téléphone crypté que nous avions récupéré pourrait servir à effectuer cet appel. Du moins, c'est ce que j'espérais et que ma conjointe pourrait me le confirmer. En attendant sa réponse, je continuais d'avancer en fixant un point imaginaire au loin.

Ziva

Lorsque j'ai informé mon épouse de la distance restante à parcourir pour atteindre le refuge, j'ai entendu un magnifique soupir, signe que j'avais visé juste concernant la difficulté qu'elle rencontrait pour me suivre. Ma nouvelle configuration a donc été acceptée séance tenante et Katia s'est positionnée devant moi en tenant les rênes de ma monture. De mon côté je prenais soin de guider le cheval de ma partenaire qui, heureusement pour nous, se montrait particulièrement docile. Notre progression était évidemment ralentie mais au moins, nous pouvions avancer plus régulièrement et surtout plus silencieusement, ce qui était un plus indéniable.

Un quart d'heure après notre premier arrêt, ma belle italienne mentionnait le fait que l'on pourrait appeler notre famille une fois que nous aurions récupéré nos fugitifs. J'approuvais totalement cette idée, notamment parce que je pensais beaucoup à notre fille aînée depuis le début de notre virée en montagne. Nous lui avions promis d'être prudentes comme toujours, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que cette promesse n'a pas franchement été tenue ! Le fait d'appeler à Washington aurait également un autre intérêt, celui d'informer Shaun de la situation en Israël et de lui annoncer que son ami va bien. De ce fait c'est avec un grand sourire que j'ai pris la parole.

C'est une excellente idée en effet. Nous en profiterons pour dire à Shaun que son copain de pub va bien lui aussi.

[...]

Quelques heures plus tard, nous étions arrivées à destination et nous n'avions pas rencontré la moindre résistance pour le moment, ce qui nous arrangeait bien. Après avoir attaché les chevaux près de la maison, nous nous sommes approchées de la porte d'entrée du refuge. Aucun mouvement ne semblait trahir la présence de quiconque à l'intérieur. Ma coéquipière me couvrait avec calme et je ressentais une pointe d'appréhension à l'idée de trouver un ou plusieurs corps sans vie. Avec doigté, j'ai crocheté la serrure de la porte avant d'entrer à pas de loup à l'intérieur. Ma dulcinée me suivait de près et au moment où la porte s'est refermée derrière nous, j'ai senti la froideur du métal d'un canon de pistolet sur ma tempe. Je me suis figée instantanément car j'étais parfaitement consciente que je pouvais me prendre une balle dans la tête dans les secondes qui suivaient.

Shmeil : Plus un geste !

Shmeil... S'il te plaît, baisse ton arme. C'est moi, Ziva. je suis venue te récupérer, toi et ton accompagnateur avec Katia. Je t'en prie, retire ce flingue de ma tempe.

Le contact glacé du canon s'est envolé, puis j'ai entendu le cliquetis du cran de sécurité de l'arme de mon ami avant qu'il ne la range à sa ceinture. Ensuite seulement, je me suis tournée vers lui pour apercevoir ses larmes.

Shmeil : Mais bon sang, qu'est ce que vous faites ici ?

Mon ami de toujours avait l'air totalement abasourdi et surtout complètement perdu. Je n'ai pas pu m'empêcher de le prendre dans mes bras, à la fois pour le calmer et pour exprimer mon soulagement de le voir encore en vie. J'espérais que ma dulcinée allait pouvoir m'aider à lui expliquer la situation et à reprendre les choses en main.

Katia

Les heures ont passé et je dois avouer que je n'étais pas mécontente d'être descendue de ma monture. Notre progression était régulière et nous avons atteint le refuge en toute fin d'après-midi. Après nous être assurées que nos chevaux ne s'enfuiraient pas, nous nous sommes approchées de la porte de la maisonnette. Ziva était devant moi et j'assurais nos arrières. En entrant à l'intérieur, j'ai remarqué que tout était noir. Alors que mes yeux s'habituaient à la pénombre, une voix familière nous a ordonné de ne plus bouger. J'ai arrêté de respirer tandis que mon adorée déclarait son identité. Entre temps, ma main a trouvé le chemin de l'interrupteur et j'ai pu allumer la lumière.

Shmeil a rangé son arme et il nous a regardées, incrédule. J'avais l'impression qu'il avait perdu quelques kilos depuis son départ d'Hawaii. Par ailleurs, je remarquais qu'il était seul dans la cabane.

- Nous sommes là maintenant, c'est l'essentiel Shmeil. Lorsque Shaun s'est rendu compte que son copain ne donnait pas de nouvelles, il est venu me trouver et nous avons décidé de devancer notre opération israélienne pour pouvoir venir vous récupérer. D'ailleurs, on dirait que tu es seul ici. Où se trouve Sam?

J'ai lancé un regard interrogatif à notre ami. Je craignais qu'il n'allait pas tarder à nous annoncer une mauvaise nouvelle.

Shmeil : Nous suivions le plan que nous avions établi à l'avance. Vous savez que ce pays n'est pas sûr. Alors que nous progressions normalement, nous avons supposé que l'on essayait de nous attirer dans une embuscade. Sam a voulu faire demi-tour rapidement et il a marché sur une mine.

Nous nous sommes tous observés tour à tour. Une minute de silence a été naturellement observée avant que Shmeil poursuive son récit.

Shmeil : J'ai profité du moment de confusion qui s'en est suivi pour m'enfuir, aussi vite que mes vieilles jambes me le permettaient. J'ai récupéré un téléphone sécurisé dans le bunker des David et j'ai fait la route jusqu'ici à pied. J'attendais que les choses se calment, même si j'étais prêt à faire feu sur l'ennemi le cas échéant.

J'admirais réellement tout ce que l'ami de Ziva avait fait pour demeurer en vie. Il avait fait ce qu'il fallait, même si cela signifiait abandonner le corps de son compagnon de voyage. J'ai serré la main de Shmeil dans la mienne pour lui signifier que je comprenais. Mon épouse prendrait sans doute la parole bientôt pour exprimer son ressenti par rapport à ce récit.

Ziva

Après une entrée en matière assez rocambolesque mais totalement compréhensible, chacun de nous à pu se détendre. Katia ayant trouvé rapidement l'interrupteur qui commandait la lumière de la pièce, nous avons pu entamer une conversation plus civilisée. Ma femme a été la première à se demander où était passé l'accompagnateur de mon ami et ce que nous avons entendu ensuite était tout simplement terrifiant. L'ami de Shaun avait tragiquement perdu la vie en sautant sur une mine. A priori une embuscade les attendait plus loin et Shmeil a sauvé sa peau le plus rapidement possible quand il a compris qu'il serait le seul survivant lors de leur périple.

Après une longue minute de silence pour respecter la mémoire de cet homme tombé au combat, même s'il n'était pas en service actif, j'ai entouré les épaules de l'homme qui m'avait enseigné les choses de l'esprit pour le réconforter. Je savais qu'il avait agi pour le mieux, même si cela impliquait de fuir en laissant un être humain derrière lui. En cet instant difficile, je pensais aussi à Shaun qui avait perdu un ami mais qui ne le savait pas encore. L'appel vers Washington allait être terrible quand nous allions lui annoncer la mort de cet homme. J'étais certaine qu'il allait s'en vouloir d'avoir mené indirectement un être humain au casse-pipe et de ne pas nous avoir averties plus tôt de ses craintes...

Tu as fais ce qu'il fallait Shmeil. Personne ne te reprochera quoi que ce soit. Tu ne pouvais rien faire et nous savons tous les deux à quel point les mines, surtout si elles sont artisanales, sont d'une puissance ahurissante. La seule chose qui importe pour le moment, c'est de te ramener vers un endroit sûr pour que nous puissions mener notre opération à bien par la suite.

Shmeil : Tu veux vraiment aller jusqu'au bout ? As-tu pensé au bébé ?

Absolument. Nous avons pris tous les risques pour venir jusqu'ici, il est hors de question d'abandonner. Et ne t'en fais pas pour Evelyne, elle est aussi déterminée que nous et ma chère et tendre nous protègera toutes les deux.

Shmeil : Si tu le dis. Je suis désolé de vous avoir accueilli de la sorte, mais je devais me protéger. Evelyne est un prénom qui ira à ravir à votre petite diablesse.

Tu as réagi à la perfection. Ne t'en fais pas pour ça. Merci Shmeil.

Notre hôte semblait se détendre peu à peu. Malgré tout, en regardant son visage, il me semblait que ces derniers événements l'avaient vieilli. Si ce constat m'attristait, il avait aussi le don d'accentuer encore davantage ma détermination à obtenir la tête de cette vipère qui régnait sur le MOSSAD avec une poigne de fer illégitime. J'ai chassé cette pensée assez rapidement pour tenter de réfléchir à la suite des événements. Il était déjà assez tard puisque le jour n'allait pas tarder à décliner. Je n'arrivais pas à décider si nous devions redescendre dès maintenant ou attendre le lendemain pour repartir et prendre le risque de se faire attaquer pendant la nuit, surtout si nos adversaires trouvaient notre point de chute.

Chérie, Shmeil, je n'arrive pas à trancher sur la prochaine action à entreprendre. Est-ce qu'on repart maintenant sachant que la nuit va nous envelopper en fin de parcours ? Ou alors est-ce qu'on attend demain matin pour nous mettre en route ? Personnellement, je préférerais tenter le diable et repartir dès maintenant, d'autant que Shmeil est un excellent cavalier, ce qui va nous permettre un retour vers notre base plus rapide, sans vouloir t'offenser mon coeur. La tombée de la nuit peut nous servir de couverture, mais je comprendrais parfaitement que vous trouviez cela trop dangereux.

Une fois encore, la mission prenait une tournure assez compliquée. J'espérais que nous pourrions nous décider rapidement afin de nous organiser en conséquence. Je laissais donc le temps de la réflexion à mes partenaires pour que tout se passe au mieux.

Katia

J'étais très fière d'avoir épousé Ziva. Je l'écoutais réconforter son vieil ami tout en lui affirmant qu'il n'était pas question de mettre fin à notre mission. Ma femme était capable de passer d'un état d'âme à l'autre tout en restant maître d'elle-même. J'admirais particulièrement sa détermination et sa faculté à ne jamais renoncer à ses objectifs. Je n'ai pas pu m'empêcher d'ajouter mon petit grain de sel à la conversation qui était en cours.

- Je suis prête à tout pour protéger ma femme et Evelyne. Shmeil, tu connais bien ton élève. C'est une battante et elle m'a promis de ne pas prendre de risque inutile lors de cette vendetta. Nous devons aller jusqu'au bout pour assurer la sécurité de notre famille. C'est non-négociable.

Je me suis adossée au mur derrière moi pour tenter de faire le point sur les événements. Retrouver Shmeil s'était avéré plus facile que ce que j'aurais pensé, mais un homme avait tout de même péri. Cette tragédie nous rappelait que nous devions rester prudents et vigilants. Cette région du monde demeurait franchement dangereuse! Il fallait donc planifier la suite des événements soigneusement. Mon adorée cherchait à obtenir notre avis à ce sujet. Nous pouvions nous hâter de rentrer alors que la nuit tombait, ou attendre au lendemain pour nous mettre en route. J'ai considéré les deux options pendant quelques instants avant de répondre.

- Je crois aussi que nous devrions redescendre de la montagne le plus rapidement possible. Je pourrais monter en croupe derrière Shmeil...

La perspective de me retrouver sur le dos de cette bête qui m'avait donné du fil à retordre ne m'enchantait guère, mais je savais très bien que c'était un passage obligé. J'espérais aussi que notre progression serait plus rapide maintenant que nous avions apprivoisé le terrain.

- Avant toute chose, je crois qu'il faudrait au moins informer notre famille des derniers événements. J'ai un peu de mal à me représenter le décalage horaire, mais selon moi tout le monde devrait être réveillé...

Shmeil: Vous pensez que c'est prudent d'utiliser ses téléphones? J'avoue que je n'ai pas voulu risquer de donner des nouvelles...

- Oui, ces appareils sont conçus pour être impossible à tracer. J'aurais du mal à l'expliquer dans des termes simples, mais disons que notre position sera préservée et que personne ne pourra nous épier.

J'ai attendu que ma princesse confirme mes dires avant de composer un très long numéro qui allait nous permettre d'entrer en communication avec nos proches.

Ziva

Ma femme avait répondu aux interrogations de Shmeil avec ferveur concernant le fait de protéger ces deux trésors, ce qui me rassurait quand même énormément. Pour elle aussi notre opération devait aller à son terme pour garantir un avenir radieux à notre famille. Concernant le fait de repartir tout de suite, Katia était du même avis que moi, ce qui m'a surprise car depuis le début de ma grossesse, je la surnommais intérieurement Maman Prudence, ce qui faisait toujours réagir Evelyne quand j'en riais sous cape. Shmeil semblait approuver cette décision lui aussi.

Shmeil : Je suis parfaitement d'accord avec vous les filles. Plus vite j'aurai quitté cet endroit, mieux je me porterais ! Je prendrais Katia avec moi car j'imagine que toi Ziva, tu as besoin de place avec la petite.

Voilà une déclaration qui avait le mérite d'être claire comme de l'eau de roche ! Quelques secondes plus tard, ma belle amazone suggérait qu'il faudrait informer notre famille de l'évolution de la situation, malgré le décalage horaire. Shmeil émettait des réserves quant à l'utilisation de nos terminaux, la peur de voir notre conversation interceptée prenant le pas sur tout le reste. Ma princesse rassura bien vite notre ami en lui expliquant que tout était sous contrôle à ce sujet. Malgré tout, il est évident que nous n'allions pas faire durer la conversation pour éviter de laisser une chance au MOSSAD de nous tracer trop tôt. C'était à mon tour d'informer tout le monde notamment sur la faisabilité de cette communication.

Vu que nous avons un décalage horaire de 7 heures en plus par rapport à Washington et qu'il est un peu plus de 18h30 ici, tout le monde est réveillé, ils vont même bientôt passer à table. Vu ce que nous devons leur annoncer, je doute que leurs estomacs seront satisfaits aujourd'hui...

A ces mots, tout le monde portait un masque grave et je savais que je devais prendre mes responsabilités et gérer moi-même cette douloureuse communication. J'ai donc composé le numéro de la ligne fixe de la villa tout en prenant garde à ne rien oublier par rapport aux indicatifs internationaux. Au bout de pas mal de sonneries, c'est Aaliyah qui a décroché. J'entendais à son souffle qu'elle avait couru comme à son habitude et je m'attendais à entendre Isabella la réprimander au loin à ce sujet. J'ai essayé d'en sourire, mais le coeur n'y était pas. Vraiment pas.

Aaliyah : Résidence David et Fortini bonjour ! En quoi puis-je vous aider ?

Quel cérémonial ma puce ! C'est Ziva à l'appareil.

Aaliyah : Maman ! tu vas bien ? Comment va Katia ? Et Shmeil ?

Ils vont bien mon coeur. Tout s'est bien déroulé pour notre arrivée sur ma terre natale. Tu veux bien me passer Shaun s'il te plaît ? Nous avons malheureusement peu de temps devant nous. Je te promets que nous rentrerons bientôt à la maison.

Aaliyah : D'accord maman. Je l'appelle. Shaaaaaauuuun ! Téléphone pour toi ! A bientôt maman ! Je t'aime !

Je t'aime aussi ma grande, comme tout le monde ici.

En attendant que Shaun arrive et prenne le combiné, je me suis tournée vers mes compagnons de galère. Ma coéquipière m'a fait signe de lui donner mon téléphone. Apparemment, elle voulait se charger d'annoncer la mauvaise nouvelle du jour à son mentor. Je me suis exécutée avec lenteur tout en plongeant mon regard dans le sien pour lui donner tout le courage possible pour pouvoir gérer cette situation intolérable. Ma déesse latine a ensuite porté mon cellulaire à son oreille tout en prenant soin de s'asseoir pour prévenir une éventuelle défaillance de ses jambes. Bon sang, comment Shaun allait réagir en apprenant cette tragédie ? Je craignais le pire à l'instant où j'entendais que notre interlocuteur était arrivé.

Katia

Après plusieurs minutes, la communication a finalement été établie avec Washington. D'après ce que je comprenais, c'est Aaliyah qui avait décroché. Elle prenait des nouvelles de nous et mon épouse s'est empressée de la rassurer avant de lui demander d'aller chercher Shaun. J'ai profité de ce petit interlude pour signifier à mon adorée que j'allais me charger d'annoncer la mauvaise nouvelle. En attendant que mon mentor prenne le combiné, je me suis assise par terre. Mon cœur s'était mis à battre plus vite puisque je me demandais comment mon ami allait réagir à cette annonce.

Shaun : Allô! Ce n'est pas très prudent de nous éterniser. De quoi s'agit-il?

- Bonjour à toi aussi Shaun. Je vais faire vite, mais assieds-toi d'abord. (Légère hésitation de ma part.) Voilà, nous n'avons pu retrouver que Shmeil. Il nous a raconté que ton ami est mort en service. Je suis vraiment désolée de devoir te l'apprendre...

Pour la toute première fois de ma vie, j'ai entendu Shaun pleurer, ou plutôt sangloter. J'ai aussi entendu un bruit sourd, comme si le téléphone était tombé par terre. Après quelques secondes supplémentaires, la voix de mon mentor m'est à nouveau parvenue.

Shaun : Faites attention. Personne d'autre ne doit mourir lors de cette opération. Isabella prie pour que tout se passe bien.

- Promis, je veille sur tout le monde en appliquant tout ce que tu m'as appris. Dis bonjour à ma tante de ma part. Je vous aime.

Sans faire de plus grande cérémonie, j'ai mis fin à la conversation. Je suis restée immobile au sol à me demander ce que Shaun faisait de son côté. J'espérais que ma tante saurait prendre soin de lui. Au bout d'un moment, je me suis levée et j'ai indiqué à mes compagnons qu'il était temps de bouger. Même en poussant nos montures à aller vite, nous allions mettre plusieurs heures à redescendre de la montagne et je ne serais pas tranquille tant que nous ne serions pas rentrés à notre base.

Ziva

Lorsque mon épouse s'est emparée de mon terminal sécurisé, j'ai eu l'étrange sensation que même si elle était décidée, la peur l'envahissait légèrement. Malheureusement, je n'ai eu guère le temps de lui apporter un quelconque soutien car elle s'est assise au sol et Shaun est arrivé juste après. J'ai compris que le mentor de ma partenaire accusait le coup lorsque je l'ai vue blêmir sous le choc. Ensuite, de nouvelles promesses de prudence furent échangées avant que la communication ne se termine. Dans les minutes qui ont suivi, chacun de nous respectait le recueillement des autres sans mot dire.

C'est ma belle amazone qui est sortie de sa léthargie en premier pour que nous reprenions notre périple. Sans vraiment parler, nous nous sommes mis en route, Shmeil prenant en charge ma coéquipière avec délicatesse. Bien sûr, nous avions veillé à ne laisser aucune trace de notre passage dans le refuge avant de le quitter. Je me suis élancée en chef de file à une allure soutenue. Shmeil parvenait à me suivre parfaitement ce qui facilitait notre progression. J'avais imposé ce tempo rapide pour pouvoir profiter d'une bonne visibilité sur un maximum de distance. La nuit devait nous aider, pas nous piéger.

Quelques heures plus tard, alors que le jour donnait ses dernières lueurs d'espoir, j'ai cru apercevoir un reflet d'une paire de jumelles qui me frappait l'oeil droit. Sans attendre, j'ai ralenti ostensiblement mon allure sans montrer le moindre signe de panique. Du coup Shmeil et Katia se sont portés naturellement à ma hauteur. D'un signe discret de la main, je leur ai intimé l'ordre de se réfugier derrière une enfilade de rochers qui allaient nous permettre de descendre de cheval sans être vus. Une fois que chacun de nous avait mis pied à terre, je me suis rapprochée de mes compagnons de route.

(A voix basse) : Des hommes observent notre descente. Il faut les laisser venir rapidement à nous et les abattre jusqu'au dernier. Si l'un d'eux prévient Orli Elbaz, on aura fait tout ça pour rien. Des suggestions ?

Katia

Comme convenu, j'ai laissé Shmeil grimper sur le cheval et je me suis ensuite installée derrière lui. Ma compagne n'avait pas menti en disant qu'il était un excellent cavalier. Notre progression vers notre base était régulière et j'étais contente d'avoir pris la décision de ne pas nous attarder plus longtemps au refuge. Les derniers rayons de soleil étaient en train de disparaître sous la ligne d'horizon lorsque mon adorée a ralenti la cadence. J'ai vu qu'elle nous faisait un signe discret de la main et je me suis assurée que Shmeil avait interprété ce geste de la même manière. Alors que nous étions à l'abri derrière des rochers, j'ai imité ma princesse qui venait juste de toucher le sol. Apparemment, elle croyait que nous avions été repéré.

- Tu crois vraiment qu'ils viennent pour nous?

Shmeil : C'est en effet fort probable. Vous savez que je suis armé, mais qu'en est-il de vous?

- Deux armes de poing chacune et quelques chargeurs.

Je me suis agenouillée au sol et j'ai utilisé un bâton pour tracer un diagramme du terrain sur lequel nous nous trouvions. J'ai représenté notre position actuelle par un triangle. Le groupe qui avançait vers nous prenait la forme d'un cercle. J'ai sommairement ajouté les rochers qui nous entouraient. Je me suis relevée et j'ai expliqué ce que j'avais en tête.

- Il faut les obliger à passer par ici. L'un de nous se postera à gauche et l'autre un peu plus haut à droite. Ce sera une sorte de goulot d'étranglement. Ils n'auront pas le choix de rester à découvert s'ils veulent nous abattre. Le mieux serait que vous restiez sur vos montures pour pouvoir bouger le plus rapidement possible. Je me charge d'attirer leur attention en lançant des cailloux dans la falaise et je vous couvrirai tous les deux.

Si mon plan était accepté, j'allais monter sur la paroi rocheuse et je resterais bien à plat au sol. J'allais ensuite lancer tout ce qui me tomberait sous la main pour que le bruit attire la petite troupe d'agents du MOSSAD. Comme ma princesse l'avait souligné, il fallait absolument éviter de mettre la puce à l'oreille d'Orli Elbaz.

Ziva

Une fois que nous étions bien à l'abri derrière les masses rocheuses, c'est mon épouse qui a pris étonnamment les choses en main en nous expliquant comment nous allions nous occuper de la petite troupe qui nous collait aux basques. J'étais vraiment impressionnée par la rapidité dont elle faisait preuve dans la prise de décision qui se dressait devant nous. Pour quelqu'un qui doutait de la véracité de la menace, la veste de ma femme s'était retournée bien vite ! Aucun de nous ne voyait la moindre objection à formuler par rapport à l'exposé que Shmeil et moi avions écouté religieusement.

Sans un mot de plus, je me suis dirigée vers le poste d'observation de droite alors que Shmeil filait vers la gauche. J'avais aussi noté que mon vieil ami était armé mais nous ignorions tous la quantité de munitions qu'il lui restaient. Nos chevaux se sont montrés relativement dociles et nous sommes positionnés avec calme et précision. On pouvait apercevoir des silhouettes furtives se mouvoir sur cette portion du terrain légèrement moins escarpée que la moyenne de ce massif. Mon mentor était prêt à en découdre et moi aussi. Quelques nouveaux cadavres allaient bientôt garnir notre tableau de chasse.

Face à cette nouvelle situation difficile, où l'avantage du nombre était clairement favorable à nos assaillants, j'aurais pu ressentir une incroyable sensation de stress. Pourtant, il n'en était rien. Non seulement j'avais une confiance absolue envers mes équipiers mais j'étais totalement sereine car nous allions réussir et abattre ces salopards sans coup férir, car notre vendetta ne pouvait rencontrer aucun obstacle, quelqu'en soit la nature. En attendant que nos adversaires s'approchent, je portais ma main droite sur mon arme principale prête à faire feu.

Katia

Finalement, personne ne s'est opposé à mon plan. Tandis que Ziva et son ami allaient tranquillement rejoindre leurs postes, j'ai entrepris de grimper sur la paroi rocheuse. Heureusement pour moi, il y avait beaucoup de fissures dans la pierre. Je n'ai donc pas eu trop de difficultés à trouver prise pour me hisser plus haut. Lorsque j'ai atteint le sommet, j'ai scruté les alentours pour dénombrer nos ennemis. J'ai dû plisser les yeux pour essayer d'y voir plus clair. J'avais dénombré neuf hommes qui avançaient vers nous. J'ai envoyé cette information à ma femme en utilisant l'un de nos téléphones cryptés. Ensuite, j'ai compté jusqu'à cinquante dans ma tête avant de commencer à lancer les cailloux qui allaient attirer nos ennemis vers nous.

Presque immédiatement, j'ai remarqué que le chef de la bande semblait avoir entendu les bruits qui provenaient de la falaise. Il a fait signe à ses hommes de s'arrêter afin de mieux évaluer ce qui se passait. Malheureusement, aucune voix ne parvenait jusqu'à moi. Une minute plus tard, tout ce beau monde reprenait leur progression et c'était mon signal pour dégainer mon arme et à retirer le cran de sûreté. J'étais prête à couvrir les membres de ma propre unité et à abattre les membres du MOSSAD dès qu'ils seraient à ma portée.

C'est Shmeil qui a ouvert le feu en premier et j'étais heureuse de voir qu'il n'avait pas manqué son coup! Par contre, un autre agent du MOSSAD venait vers lui en courant. Celui-là était pour moi. J'ai visé la tête et j'évaluais les chances de réussite de ce tir à soixante pourcent. Deux hommes s'étaient donc écroulés au sol jusqu'à présent. Si mes calculs étaient exacts, il nous restait sept cibles à abattre... Sauf si nous avions l'intention de faire un ou plusieurs captifs.

Ziva

Chaque membre de notre équipe était posté comme nous l'avions prévu et mon épouse a escaladé la paroi rocheuse qui lui faisait face avec une vitesse et une agilité impressionnante. Quelques minutes plus tard, elle nous informait que neuf personnes constituaient le groupe qui nous faisait face. La stratégie du lancer de cailloux, bien que simpliste au premier abord avait fait son effet, puisque l'escouade visée était méfiante. Shmeil a abattu le premier agresseur qui se présentait et ma princesse un deuxième avant qu'il tente de se jeter sur mon ami.

De mon côté, je pouvais admirer le vent de panique qui s'abattait sur les sept hommes restants, qui essayaient de se trouver à la fois un abri pour rester en vie tout en continuant à avancer. Sans aucune pitié, j'en ai abattu deux à la suite d'une balle dans la tête pour le premier et une balle dans le cou pour le second. Il restait donc cinq hommes à abattre et j'étais étonnée qu'il soient relativement dispersés. Ce n'était pas vraiment dans les habitudes de mon ancienne agence de montrer un tel manque de discipline, même ça nous arrangeait bien pour l'instant.

Peu de temps après, j'ai entendu deux autres détonations, que j'attribuais à mes équipiers. Si ces tirs avaient fait mouche, ce dont je ne doutais pas, il ne restait que trois hommes encore vivants. Je me suis donc élancée à bride abattue vers nos derniers adversaires pour assommer le chef d'escouade, au cas où nous voudrions l'interroger et dans le cas contraire, je comptais le tuer froidement. Je n'avais aucune crainte sur le fait que les deux derniers sbires de cette bande de chacals allaient être mis à terre très rapidement. Une fois que j'étais arrivée à la hauteur de ma cible je l'ai assommé d'un coup de crosse sur la tête avant de le récupérer. Notre riposte était donc un succès.

Katia

J'ai pris quelques secondes pour faire le point et identifier l'endroit exact où se trouvait chacune des cinq cibles restantes. Dès que l'une d'elles s'est avérée être à ma portée, j'ai fait feu. J'ai entendu une autre détonation que j'ai attribuée à Shmeil. Il avait aussi réussi à abattre un autre homme. À ce moment, ma compagne s'est élancée à la rencontre des derniers survivants. À partir de cet instant, ma mission était claire. Il fallait que je couvre parfaitement ma femme pour éviter qu'elle se fasse surprendre. Comme je la connaissais assez bien, j'imaginais qu'elle voulait que l'on garde le chef de la bande en vie jusqu'à ce que l'on sache s'il pouvait nous être utile.

Lorsque le chef s'est écroulé au sol, les deux agents restants ont levé les bras comme s'ils voulaient être épargnés. J'étais trop loin pour les entendre et honnêtement, je ne pouvais pas risquer qu'ils abusent de notre bonne foi. J'ai donc tiré deux fois de plus avant de redescendre avec précaution du rocher où je me trouvais. Par la suite, j'ai sommairement fait le tour des corps qui reposaient au sol pour m'assurer qu'il n'y avait pas de survivant. Je me suis ensuite avancée vers mon adorée pour voir comment elle entrevoyait la suite des choses.

- Je crois qu'il vaudrait mieux ne pas trop s'attarder dans le coin. Que veux-tu faire de lui?

Pendant ce temps, Shmeil s'était lui aussi avancé vers nous. Il ne semblait pas perturbé le moins du monde par ce qui venait de se passer. Je me disais qu'il devait avoir assister à bien d'autres choses dans sa vie et qu'il était peut-être habitué à voir des cadavres. Toujours est-il que nous avions réussi à éliminer la menace qui nous guettait.

Ziva

Notre carnage s'était parfaitement déroulé puisque tous nos adversaires étaient refroidis, à l'exception du chef d'escouade que j'avais assommé sans ménagement. Mes équipiers, après s'être assurés que tout le monde était à terre, sont revenus vers moi pour savoir ce que je comptais faire ensuite. Si j'avais gardé ce dernier chacal en vie, c'était évidemment pour essayer de lui soutirer un maximum d'informations sur les intentions du MOSSAD à notre égard. J'étais persuadée que cette opposition que nous avions subie avait un lien avec la cabale que nous subissions en ce moment.

Je vais l'interroger. Pendant ce temps, toi et Shmeil vous allez enterrer les corps après avoir récupéré tout le matériel utile. Je pense que nous pouvons constituer un petit arsenal sympathique en fouillant nos huit salopards. Pour le neuvième, je m'en charge avant de le secouer. Ne perdons pas de temps.

Pas un mot de plus n'a été échangé et chacun de nous s'est concentré sur ce qu'il avait à faire. De mon côté, après avoir attaché ma monture un peu plus loin, j'ai dépouillé mon invité de toute sa quincaillerie avant de l'attacher à un arbre et le réveiller à coups de baffes dans la tronche. Au bout de plusieurs essais, il est revenu à lui. Complètement groggy, il ne s'est pas aperçu tout de suite qu'il était attaché. La première chose qu'il a dû voir en ouvrant les yeux, c'est certainement mon arme pointée sur lui. Il s'est redressé instantanément tout en essayant de se libérer de ses liens. Le canon de mon arme sur sa tempe droite l'a dissuadé de continuer.

Je te déconseille fortement de continuer à t'agiter. Tu sais qui je suis Liram ?

Liram : J'ignorais que tu connaissais mon prénom, Ziva David.

Bien, les bases sont posées. Tu serais étonné de voir tout ce que je peux retenir. Pourquoi Orli Elbaz cherche à nous éliminer ? Pourquoi cet acharnement ?

Liram : Je n'en sais rien ! Je ne peux rien te dire ! Je n'ai fait qu'exécuter les ordres de la Directrice !

Tu es certain de ce que tu avances ?

Mon visage était terriblement menaçant. Sans aucun état d'âme, j'ai tiré dans le genou droit de mon prisonnier. Celui-ci hurlait de douleur.

Alors ? Pourquoi sommes-nous pourchassés ? Qu'est-ce cette truie essaie d'obtenir ? Que prépare-t-elle ?

Liram : Je n'en sais rien ! La seule information que je possède c'est que Patricia Fortini a été amenée de force dans nos locaux il y a quelques jours car j'ai été chargé de son transfert !

Face à cette nouvelle information, j'ai dû faire un effort gigantesque pour cacher mon désarroi. Si cette salope est allée jusqu'à enlever la mère de ma femme, c'était pour nous attirer jusqu'à elle d'une façon ou d'une autre. A partir du moment où Katia se serait rendue compte de sa disparition, il était évident que nous aurions pris la direction d'Israël en fonçant tête baissée. Pendant que Liram tentait de réprimer la douleur intense que je lui avais infligée, je réfléchissais rapidement à ma dernière question.

As tu prévenu tes supérieurs que tu nous as trouvés ?

Liram (se retenant de crier) : Non, car nous devions absolument ne pas faire de vagues. Donc nos communications étaient quasiment inexistantes. C'est une procédure officieuse. Orli Elbaz ne veut pas se compromettre. Quel dommage Ziva...

De quoi parles-tu ?

Liram : Tu n'étais pas comme ça quand tu nous entraînais il y a quelques années. Personne n'aurait cru que tu changerais de camp à ce point. Toi, amoureuse d'une femme ? Et te voilà enceinte... Non mais franchement, tu sais que tu étais un fantasme sur pattes au MOSSAD au moins ?

Mon flingue était de retour sur sa tête. De quel droit ce ver de terre pouvait se permettre de nous juger moi et mon épouse ? Il allait le sentir passer.

Si tu veux tout savoir, j'étais parfaitement au courant de ce qui se disait dans mon dos. Et je suis bien contente qu'aucun de vous n'ait eu accès à moi à cette période de ma vie. Quant au fait que la femme que tu vois là-bas ait volé mon coeur, ça ne regarde personne. Vous n'êtes que des cafards au service d'une reine illégitime. Alors tes avis tu peux te les garder.

Liram (affichant un sourire tordu de douleur) : Peu importe. Nous avons réussi ce que l'on attendait de nous. Vous ralentir. Les jours de la Mamma Fortini sont comptés...

Je ne pouvais pas en entendre davantage. Sans un mot de plus de ma part, il s'est pris deux balles dans la tête pour le faire taire. Nous avions un énorme problème et j'étais vraiment inquiète pour la vie de ma belle-mère. J'ai donc composé un message sur mon téléphone avant d'enterrer le neuvième corps. Heureusement que j'avais eu le réflexe de détruire tous les moyens de communication de ce fumier avant de l'interroger. Maintenant j'espérais que ma belle amazone parviendrait à rester calme malgré ce que je venais de lui apprendre.

On a un énorme problème. Patricia est captive du MOSSAD. Ses jours sont en danger. On doit agir vite. Revenez ici.

Katia

Parce que nous étions en Israël, je considérais que ma femme était en charge des opérations. Je me suis donc pliée à sa volonté lorsqu'elle a demandé que Shmeil et moi fassions le tour des cadavres. Nous avons pu récupérer du matériel intéressant. Par contre, creuser une tombe sans avoir de pelle s'avérait assez difficile. Il a fallu improviser et utiliser des pierres pour tenter de ramollir le sol. Au bout d'un moment, je me suis relevée et j'ai fixé Shmeil du regard.

- C'est impossible de creuser le sol... Crois-tu que nous pourrions déplacer les corps dans cette ouverture de la falaise et en boucher l'entrée avec de plus grosses pierres?

L'ami de Ziva n'avait pas d'objection à émettre par rapport à mon idée. Il s'est assuré que la grotte était suffisamment spacieuse pour y loger tous les cadavres et il est ensuite venu me prêter main forte. Alors que nous avions presque terminé notre besogne, j'ai entendu deux coups de feu rapprochés. J'ai tout de suite compris que le chef d'escouade venait de périr. Une minute s'est écoulée avant que je reçoive un message provenant de mon adorée. J'ai blêmi en lisant les cinq petites phrases qui dansaient sur l'écran. Ma mère était retenue contre son gré au MOSSAD. Pourquoi? Ces salopards s'attaquaient à notre famille sans aucun motif. Nous n'avions fait que riposter! J'ai pris Shmeil par le bras et je l'ai secoué un peu violemment.

Shmeil : Katia, qu'est-ce qui te prend? Que se passe-t-il?

- Va chercher les montures, tout de suite. Il faut redescendre de cette montagne le plus vite possible. Ils ont enlevé ma mère!

J'ai relâché le bras de Shmeil lorsque je me suis rendue compte que je serrais un peu fort. Le vieil homme a gardé son calme et s'est contenté de hocher la tête avant d'exécuter mon ordre. Je suis partie au pas de course vers mon amour. Lorsque je suis arrivée à sa hauteur, j'ai donné une série de coups au tronc d'arbre où le chef d'unité avait été attaché. Des larmes de rage se sont mises à rouler sur mes joues. J'étais tellement en colère que je me suis mise à crier des injures dans ma langue natale. Ils avaient osé s'attaquer à ma mère et ma vengeance serait terrible.

Ziva

Il n'a pas fallu longtemps après l'envoi de mon message pour que mon épouse arrive en trombe. Elle s'est d'abord approchée de l'arbre où mon prisonnier avait subi mes foudres un peu plus tôt pour lui donner une série de coups plus violents les uns que les autres. Puis j'ai entendu une volée d'insultes en italien qui auraient fait trembler la montagne toute entière. Lorsque j'ai pu enfin apercevoir le visage de ma femme, des larmes de rage coulaient sur ses joues et les traits de son visage étaient déformés par la colère extrême qui bouillonnait en elle. Je me suis approchée prudemment de mon équipière alors que Shmeil arrivait avec les chevaux d'un pas décidé.

Chérie, écoute moi. Je suis dévastée par cette nouvelle moi aussi. Je suis persuadée que le MOSSAD a capturé ta mère dans le seul but de nous attirer dans un guet-apens. Mais non seulement nous sommes préparées mais ils ne savent pas où nous sommes. Nous allons ramener Shmeil à la maison de campagne et ensuite nous irons récupérer ma belle-mère. Et je te promets qu'iil ne lui arrivera rien de grave. Transforme cette rage animale en énergie pour agir avec force. Ils n'ont pas idée du cyclone qui va s'abattre sur eux, tu peux me croire.

Par prudence, j'évitais d'établir le moindre contact physique avec ma belle amazone pour l'instant. Je préférais qu'elle se sente libre de ses mouvements et de ses ressentiments. Je n'étais pas étonnée de l'ampleur de la réaction de Katia. Ma princesse avait eu la chance de revoir sa mère le jour de notre mariage grâce à Isabella et je savais pertinemment ce qu'une telle nouvelle pouvait produire. En quelques secondes, on peut avoir l'impression que le monde s'écroule et surtout on imagine le pire au sujet de la personne qui nous est arrachée.

Pendant que Shmeil préparait les chevaux et rendait le matériel récupéré transportable, j'ai tout de même pris le risque de prendre le visage de ma dulcinée dans mes mains pour la ramener parmi nous. Bien sûr, j'ai été accueilli par regard dur comme de la pierre et d'un noir terriblement profond. Ma déesse latine était tellement révoltée que la couleur de ses yeux avait disparu et j'aurais pu avoir peur d'une telle expression de haine. Mais j'avais la force de l'ignorer car je savais que tout ceci n'était pas dirigé vers moi. Je me devais d'aider ma belle italienne à tenir le coup.

On va les avoir ces fumiers. Je te le promets.

Après cette courte phrase, je n'ai pas bougé d'un pouce car je voulais simplement laisser ma tigresse me répondre si elle le souhaitait. Mon regard s'est assombri à son tour pour répondre au sien et lui montrer que rien ne pourrait nous arrêter.

Katia

Je me trouvais dans un état de rage que j'avais rarement éprouvé. Mes traits s'étaient durcis et mes yeux lançaient des éclairs. Face au comportement que j'affichais, ma femme gardait ses distances. Mon tendre amour disait être dévastée par cette nouvelle. Elle ajoutait que nous étions toujours en position de force par rapport au MOSSAD puisque notre position n'était pas connue. J'avais toujours autant de mal à accepter ce qui se passait, mais je faisais tous les efforts possibles pour me calmer.

Ma femme a pris mon visage entre ses mains. C'était sa manière de forcer un contact visuel entre nous. Mes larmes ont rapidement cessé de couler, mais j'étais incapable de décolérer. Ma compagne m'assurait que nous allions avoir ces fumiers. Ses mots ont résonné dans ma tête pendant un bref instant. J'ai pu voir que mon adorée était aussi déterminée que moi à mettre fin à cette histoire. J'ai à mon tour posé ma main sur sa joue avant de lui répondre.

- C'est ce que je voulais entendre. Et que personne ne se mette en travers de mon chemin ou il risque de finir en petites rondelles!

À ce moment, Shmeil est arrivé derrière nous avec les chevaux. J'ai laissé mon bras retomber le long de mon corps et je me suis dirigée vers notre monture avec empressement. Une fois de plus, j'allais laisser Shmeil diriger la bête et j'espérais qu'il avait bien compris que nous devions y aller au grand galop!

Shmeil : Alors, prêtes à repartir? Katia, agrippe-toi bien à ma taille.

Le reste de notre chevauchée s'est effectuée en silence et sans encombre. Je n'avais tout simplement pas la tête à entretenir la conversation. J'essayais de m'imaginer ce que ma mère était en train de subir à l'heure actuelle. J'avais beau l'avoir retrouvée que tout récemment, j'aimais ma mère inconditionnellement. J'avais toujours voulu la maintenir à l'écart des dangers inhérents à mon métier et j'avais le sentiment d'avoir échoué lamentablement.

Il faisait nuit noire lorsque nous avons enfin rejoint la maison de campagne. Shmeil allait pouvoir rester ici le temps qu'il fallait. Pour ma part, j'allais me plonger dans l'étude approfondie des croquis que mon ange avait fait des bâtiments du MOSSAD. Je devais en connaître chaque recoin et surtout je devais savoir à quel endroit ma mère pourrait se trouver. Une chose est sûre, je n'arriverais pas à me reposer aussi longtemps que la menace ne serait pas anéantie.

Ziva

Avec un mélange de prudence et de tendresse, j'avais réussi à ramener mon épouse parmi nous et elle semblait prête à en découdre. Sa colère n'étant pas retombée, j'espérais que Katia pourrait s'en servir positivement pour que nous arrivions à nos fins, malgré le fait que notre objectif comportait à présent deux tâches distinctes. Shmeil est arrivé rapidement avec les chevaux et nous sommes repartis de cette montagne le plus rapidement possible. J'étais d'ailleurs agréablement surprise de voir que malgré la nuit tombante, Shmeil suivait parfaitement le rythme et nous avons atteint notre base opérationnelle quelques heures plus tard sans aucun problème alors que la nuit nous enveloppait complètement.

Après que j'aie ramené les chevaux à leur propriétaire avec Shmeil pendant que ma belle amazone était à la maison pour la préparer pour la nuit, nous sommes revenus en voiture vers la maison. En entrant à l'intérieur, on pouvait sentir que ma princesse s'était occupée du repas à venir et Shmeil n'a pas pu s'empêcher de sourire en voyant que tout ce passait sans même devoir en parler au préalable. Pendant que mon vieil ami est allé s'allonger quelques minutes dans la chambre d'amis pour récupérer des forces, j'ai retrouvé ma déesse latine assise au bureau de notre chambre en train d'étudier les croquis que j'avais dessiné de mémoire quelques jours plus tôt. Tout en restant très silencieuse, j'ai enlacé ma compagne par derrière en lui laissant un baiser dans le cou.

Alors, quelles sont vos conclusions professeur Fortini ?

Même si la situation était critique, je voulais détendre légèrement l'atmosphère. Je savais pertinemment que je ne parviendrais pas à calmer la colère de ma coéquipière et je n'en avais pas l'intention. Mais je devais veiller à ce que ce sentiment puissant ne se transforme pas en aveuglement face au double objectif que nous devions atteindre car un tel manque de discernement, s'il existait, pourrait être fatal à mon adorée ce qui n'était pas une option valable à mes yeux. En attendant que ma tigresse me réponde, je lui massais doucement les épaules à la fois pour lui signifier ma présence à ses côtés et essayer de la détendre un peu.

Katia

J'étais complètement absorbée dans mes pensées lorsque j'ai senti les bras de ma femme autour de moi. Je supposais qu'elle était entrée sans faire de bruit et qu'elle m'avait observé pendant quelques secondes avant d'initier ce contact. J'ai ressenti un léger frisson lorsqu'elle m'a embrassé dans le cou. Je me suis laissée faire et j'ai même esquissé un sourire en entendant sa question.

- J'essaie de voir de quelle manière il serait judicieux d'aborder cette mission. Il faut éviter que l'on me repère trop rapidement. Selon tes plans, la directrice Elbaz devrait se trouver dans l'aile ouest, alors que ma mère serait plutôt détenue dans la partie nord...

J'ai fait une très légère pause qui m'a permis de faire pivoter mon fauteuil et de faire face à ma compagne. Le petit massage d'épaules que ma princesse m'avait offert avait été bénéfique, mais je voulais éviter un dérapage potentiel.

- Ma mère sait tirer et elle pourrait m'aider si je la récupère en premier. Bien sûr, il faut aussi envisager qu'elle ne sera peut-être pas en bon état... J'aurais besoin de ton avis sur la question. Doit-on prioriser Orli ou Patricia?

Même si j'essayais de rester la plus détachée possible, j'avais beaucoup de mal à prendre une décision. À partir du moment où quelqu'un se rendrait compte que j'étais présente sur les lieux, ma mère pourrait servir d'otage et je voulais absolument préserver sa vie. Par contre, en m'attardant trop sur la phase de sauvetage, Orli pourrait avoir le temps d'organiser sa fuite. La situation demeurait donc des plus délicates et je ne savais pas quoi faire. Les plans des bâtiments commençaient à danser dans ma tête et je sentais qu'une migraine essayait de s'installer dans mon crâne. Ce n'était vraiment pas le moment que mon corps souffre de petites défaillances!

Ziva

Depuis que j'étais entrée dans la chambre, l'atmosphère avait eu le temps de changer. Ma femme était passé de la colère sourde, puissante et aveugle à une période d'intense réflexion. Elle me confiait que d'après mes croquis, Patricia se trouverait au nord de l'ensemble des bâtiments et alors qu'Orli Elbaz allait se trouver dans la partie ouest. Bien sûr, le dilemme était de savoir ce qu'il fallait faire en premier une fois sur place. Les deux manières de faire dans l'ordre d'exécution présentaient leurs avantages et leurs inconvénients. Mais pour moi, la question ne se posait même pas. La priorité absolue était de récupérer ma belle-mère. Atteindre cette chienne valait bien moins d'or à mes yeux.

Chérie, la question ne se pose même pas. La priorité est évidemment de récupérer ta mère. Si Orli parvient à s'échapper, nous la pourchasserons sur la Terre entière si nécessaire. Elle n'aura aucun trou assez grand pour se cacher, je te le garantis. En attendant, je pense pouvoir faire quelque chose qui pourrait beaucoup t'aider une fois que tu auras récupéré ma chère belle-mère, que ce soit pour fuir ou pour kidnapper notre empêcheuse de vivre en paix.

A ces mots, je me suis emparée de mes croquis qui correspondaient aux emplacements probables de nos cibles, que j'ai posés sur le haut du plan de travail. En dessous, j'ai posé de nouvelles feuilles vierges pour qu'elles coïncident parfaitement en largeur et en hauteur, mais sans les superposer. Puis je me suis assise sur les genoux de ma belle amazone puis nous avons pivoté vers le bureau. Je me suis mise à dessiner frénétiquement tout en chantonnant pour rester concentrée. Je devais parvenir à mes fins sans commettre la moindre erreur, que ce soit en matière d'échelle ou au niveau de l'emplacement de chaque élément. La réussite de notre vendetta en dépendait fortement. Quelques minutes plus tard, mes "oeuvres" étaient terminées et j'étais assez contente du résultat obtenu.

Voilà, nous y sommes. Tu as devant toi tous les passages souterrains qui serpentent sous les bâtiments qui nous intéressent, l'idée étant de te mouvoir dans ces galeries pour récupérer ta mère en toute discrétion. Une fois que ce sera fait, selon l'état de ta compagne de voyage, tu pourras décider de la faire sortir de la même manière ou de continuer avec elle pour t'occuper de notre ennemie préférée. Je pose une seule condition lors de cette mission, puisque tu préfères que je ne t'accompagne pas pour des raisons de sécurité. Cette salope doit rester en vie car nous devrons l'interroger pour enfin comprendre pourquoi elle a décidé de nous faire vivre un enfer.

J'espérais avoir donné à mon épouse un jeu solide avec des cartes maîtresses pour qu'elle s'en sorte sans aucune égratignure car je n'étais pas totalement rassurée à l'idée de la couvrir de loin. De plus, si Katia revenait à Washington blessée, Aaliyah nous hurlerait dessus pendant un bon moment ! C'était la première fois depuis très longtemps que je devais rester en retrait mais je devais m'y résoudre pour ma propre sécurité et celle d'Evelyne. Malgré toutes ces considérations, je ressentais le besoin de réaffirmer une chose évidente mais fondamentale.

Bien sûr, il est évident qu'à partir du moment où tu seras à l'intérieur et que tu ne seras pas en train de te faufiler dans les souterrains, je te suivrais en permanence grâce à la lunette de mon fusil de précision. D'ailleurs, il va falloir qu'on trouve le moyen de m'en équiper en complément d'une arme et des munitions pour Patricia.

Le fusil de précision était le dernier élément à trouver pour que le puzzle soit complet. J'espérais que ma princesse aurait une idée à ce sujet puisque l'arsenal qui se trouvait sous la maison que nous occupions n'en possédait pas...

Katia

Ma compagne a rapidement répondu à mon interrogation. Pour elle, aucun doute ne subsistait. Il fallait d'abord sauver ma mère avant de nous attaquer à la dirigeante du MOSSAD. Je me sentais déjà un peu plus rassurée de savoir que la vie de ma mère primait sur la mort d'Orli Elbaz! Par la suite, ma femme s'est assise sur mes genoux et elle s'est mise à dessiner un autre plan. Je la regardais faire tout en caressant son ventre. Evelyne ne réagissait pas et j'ai supposé qu'elle devait dormir.

Une dizaine de minutes se sont écoulées avant que mon adorée reprenne la parole. Elle m'expliquait qu'il existait des souterrains sous les bâtiments dans lesquels je pourrais aller et venir sans trop me faire remarquer.

- Est-ce que ces passages datent de Mathusalem ou est-ce encore une précaution mise en place par ton père? J'aimerais savoir à quoi m'attendre...

Maintenant que nous avions une idée de la manière d'infiltrer le MOSSAD, il fallait trouver l'arme que Ziva allait devoir utiliser. J'avais une petite idée qui allait sans doute nous aider à arriver à nos fins.

- Chérie, je crois que le mieux serait de voir ce qui est disponible sur le marché noir. Ce pays est un point chaud de la planète et je suis certaine que les convois militaires se font souvent attaquer... Shmeil a peut-être des contacts lui aussi.

Il fallait user de tous nos atouts pour que notre mission soit un succès. Aucune marge d'erreur possible.

Ziva

Au moins, ma femme avait l'air rassurée sur le fait que je privilégie la récupération de sa mère à notre vengeance contre le MOSSAD. J'avais aussi remarqué que pendant que je dessinais les plans qui nous manquaient, elle avait posé ses mains sur mon ventre rebondi. J'étais toujours attendrie de voir toutes ces petites attentions qui facilitaient la communication entre la petite diablesse que je portais et sa mère, même si pour le moment, Evelyne était assoupie. Une fois que mes croquis étaient terminés, Katia m'a demandé si les souterrains étaient récents ou non et je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en entendant ce qu'elle sous-entendait.

En réalité, c'est à la fois une très vieille structure souterraine et mon père l'a modernisée pour permettre une évacuation rapide du personnel important de l'agence. Le seul danger qui va t'obliger à être extrêmement vigilante, c'est que l'on ne connaît pas les éventuelles modifications qui ont pu être apportées par la nouvelle direction.

Après avoir éclairci ce point, il en restait toujours un à éclaircir. Je ne possédais toujours pas d'arme à longue portée et ma belle amazone suggérait de se tourner vers le marché noir pour en trouver ou de voir ça avec Shmeil qui a des contacts dans tout le pays. J'étais étonnée que ma princesse parle de l'économie souterraine pour que je puisse m'équiper puisque c'était une hypothèse qui avait été écartée implicitement au fil de notre progression. Il était certain que ma coéquipière n'avait pas oublié cette information et qu'elle l'occultait uniquement parce que nous manquions de solutions concrètes face au problème qui nous était posé.

Chérie, il me semble que l'idée de se tourner vers les circuits illégaux pour trouver une arme de ce calibre est assez périlleux, d'autant que ça risque d'éveiller les soupçons de nos adversaires. Passer par l'intermédiaire de Shmeil me paraît bien plus sage et judicieux.

Puisque nous parlions de mon ami de toujours, il frappait justement à la porte de la chambre. Je soupçonnais notre homme sage et filou d'avoir légèrement écouté la conversation pour savoir à quel moment il pourrait nous déranger sans pour autant commettre d'impair.

Oui Shmeil, entre !

Shmeil : Le repas est prêt. J'ai pris le relais de ta chère et tendre lorsque je suis revenu de ma sieste pour garder les plats au chaud. Excusez-moi mesdames, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter la fin de votre conversation et franchement, utiliser le marché noir alors que vous êtes connues toutes les deux des services d'Orli serait suicidaire. En revanche, je peux me débrouiller pour faire livrer ici, en toute discrétion, un M24 ou un HTR 2000 d'ici demain matin. Ainsi vous partirez demain matin équipées pour faire rendre gorge à cette raclure illégitime et ses sbires.

Merci à toi Shmeil. Si on peut choisir, il me semble que ta seconde proposition est une arme plus légère. Si je dois me rapprocher, je préfère être capable de la porter dans le dos. De même, je ne compte pas la laisser sur place une fois notre assaut terminé. Il faudra la détruire de toute façon par la suite.

Shmeil : Tout à fait. Je m'occupe de ça après le dîner. En attendant, venez manger les filles. Allez hop !

Voilà que notre puits de sagesse fait preuve d'autorité à présent ! Je n'ai pas pu m'empêcher de glousser légèrement face à cette situation cocasse. Je suis donc descendue des genoux de ma dulcinée sans attendre alors que tout le monde s'est mis à rire dans la pièce. J'ai pris la main de ma déesse latine pour la mener vers la pièce principale. Effectivement, les arômes de ce repas improvisé embaumaient dans la pièce et connaissant les talents conjugués de mes deux compagnons de route, j'étais certaine que j'allais me régaler ce soir. Demain à cette heure, nous serons enfin libres de vivre notre vie.

Katia

Notre plan d'attaque prenait de plus en plus forme et j'étais assez satisfaite de ce constat. Les souterrains auraient apparemment été rénovés, ce qui était une bonne nouvelle en soi. Ainsi, les structures ne risquaient pas de d'effondrer sur ma mère et moi. En ce qui concerne l'acquisition d'un fusil de précision, mon idée de faire appel au marché noir a été rejetée d'emblée car le risque de se faire repérer était trop grand. Cependant, Shmeil avait surpris notre conversation et il se chargeait d'obtenir un M24 ou un HTR 2000. Ma femme avait une préférence pour l'arme qui était la plus légère, afin de parer à d'éventuels imprévus.

Le dîner était prêt et Shmeil nous invitait à passer à table. Il avait fallu que j'use de toute mon ingéniosité pour préparer un repas avec le peu d'ingrédients disponibles. J'avais finalement opté pour un couscous aux légumes, en tapant principalement dans les boîtes de conserves.

- Je vous souhaite bon appétit! Même si je rumine toujours ma colère, je tiens à vous dire que vous êtes des équipiers formidables. Le MOSSAD sera anéanti d'ici 24 heures et je m'en réjouis d'avance.

Pendant toute la durée du repas, j'ai essayé de me détendre un peu et de profiter de l'instant présent. Je demeurais tout de même assez nerveuse et le moindre bruit anormal me faisait sursauter. J'allais uniquement être tranquillisée lorsque notre famille ne serait plus en danger. Alors que j'avais plutôt été silencieuse pendant le repas, je me suis tournée vers Shmeil pour lui poser une question toute simple.

- Excusez-moi de vous interrompre. Un peu plus tôt aujourd'hui, je me suis rendue compte que je connais assez mal la famille de ma femme. Shmeil, que peux-tu me dire au sujet d'Eli David?

Je voulais entendre parler de cet homme de la bouche d'une tierce personne. Il pourrait peut-être m'aider à mieux comprendre ce personnage. Quelles étaient ses motivations? Quelles genre de relations entretenait-il? J'espérais que ma chérie n'allait pas s'offusquer de ma question puisque j'avais réellement besoin de comprendre.

Ziva

Nous nous sommes tous rendus au salon avec une certaine bonne humeur, même si je savais que ma femme gardait toujours une colère sourde en elle. Ce sentiment puissant ne s'évanouirait qu'au moment où Orli Elbaz allait rendre son dernier souffle et heureusement qu'il ne restait que quelques heures à attendre pour obtenir cette délivrance. Pour un repas qui s'était constitué avec les moyens du bord, mon épouse s'était surpassée, comme d'habitude. Nous mangions silencieusement pour profiter des mets que ma belle italienne nous offrait. Mais alors que nous allions manger une salade de fruits, ma dulcinée a rompu le silence en demandant à Shmeil de lui parler de mon père.

Shmeil : Katia... Je ne suis pas sûr que ce soit ni le bon endroit ni le bon moment pour parler de lui...

Si Shmeil. Au contraire. J'ai promis à ma chère et tendre que je devais lui parler plus souvent de ma famille. Ce sera une bonne introduction. Et puis au moins, elle n'aura pas que mon point de vue qui est loin d'être objectif.

Shmeil : C'est le moins que l'on puisse dire Ziva, mais à ta décharge, il y a beaucoup de raisons qui t'ont amenée à ressentir certains sentiments difficiles à son égard.

Mon vieil ami s'est tourné lentement vers ma dulcinée qui observait notre échange avec un calme olympien.

Shmeil : Comme tu t'en doutes certainement, Eli David était un homme complexe, un être aux multiples facettes et à vrai dire, je ne suis pas certain que quiconque le connaisse totalement. Lorsque je l'ai connu, il était profondément humain, attentif aux autres et persuadé de poursuivre un idéal de paix pour lui, sa famille et son pays. Ce qui l'a profondément changé, c'est son ascension au sein du MOSSAD et sa famille.

Sur ces derniers mots, j'ai failli avaler une cerise confite de travers. Mais j'avais décidé de ne pas interrompre le récit de notre homme sage.

Shmeil : Je t'ai entendue Ziva. Il est vrai que ses actions à ton égard n'ont pas été justes. Mais quand ses enfants étaient petits, il voulait les protéger. C'est le jeu politique et les pressions de toutes sortes qui l'ont changé. Il est devenu très noir, manipulateur et tous ses enfants sont devenus des pions. A partir de ce moment, la paranoïa l'a gagné en permanence et chacun de ses gestes et de ses mots étaient calculés et souvent remplis de mensonges. Ziva a vécu tout cela et Eli ne pensait qu'au MOSSAD quitte à sacrifier la chair de sa chair.

C'est seulement peu de temps avant sa mort qu'il a pris conscience de ses actes et qu'il a essayé de se racheter auprès de Ziva car il s'est rendu compte qu'elle était la seule survivante de sa lignée, celle qui avait résisté à tout. Tu serais étonnée en voyant à quel point il a déployé des moyens considérables pour se protéger. Un patrimoine qui revient aujourd'hui à Ziva de droit et je crois qu'Orli Elbaz n'y est pas insensible. Mais ce n'est qu'une hypothèse.

Shmeil s'est arrêté de parler en me regardant droit dans les yeux. Il avait compris que j'avais supporté son discours jusqu'au bout sans broncher, tout en revivant chaque événement qu'il contait à ma belle amazone. J'étais bouleversée évidemment, mais je ne voulais pas craquer. Il n'était pas question de fendre l'armure à la veille d'un assaut aussi important que celui qui mettrait un terme à la cabale qui touchait ma famille de plein fouet. Ainsi, même si j'étais blême, je faisais tout pour garder un visage neutre. Mais mon mentor ne se laissait pas abuser aussi facilement.

Shmeil : Ziva, c'est du passé maintenant...

Alors qu'il allait se lever pour s'approcher de moi, je me suis levée pour m'enfuir dehors. J'avais impérativement besoin d'air et c'est en claquant la porte que j'ai quitté la pièce.

Katia

J'ai tour à tour regardé Shmeil et ma femme tandis que j'attendais que ma question trouve une réponse. Le grand ami de Ziva se montrait un peu réticent à répondre à mes interrogations au sujet d'Eli David. Peut-être trouvait-il que cette maison n'était pas l'endroit idéal pour évoquer le souvenir de cet homme complexe. Ma compagne l'a néanmoins encouragé à parler en soutenant qu'elle devait faire une plus grande place aux discussions tournant autour de sa famille.

Shmeil m'a donc expliqué que personne ne connaissait réellement monsieur David. Il avait été un homme complexe et il possédait certainement un bon fond. Il avait commencé à se déshumaniser lorsqu'il était monté en grade au MOSSAD et sa famille en avait beaucoup souffert. À ce sujet, je me souvenais que ma princesse avait déjà évoqué de douloureux souvenirs. Elle avait notamment rendu hommage à sa mère et à sa fratrie lors de notre repas de mariage. Pourtant, en cet instant, ma chérie se contentait d'écouter en silence les propos tenus par son ami.

Shmeil a achevé de répondre à mes interrogations en insinuant que ma douce moitié pourrait prétendre au trône du MOSSAD et que cela pouvait peut-être expliquer le comportement d'Orli Elbaz à notre égard. Un silence lourd s'est installé dans la pièce alors que Shmeil observait intensément mon adorée. Lorsqu'il a repris la parole, c'était pour dire à mon ange que tout cela faisait partie du passé. Il a ensuite voulu se lever pour offrir un peu de réconfort à sa protégée, mais elle s'était empressée de se lever et nous avons pu entendre le claquement d'une porte.

- Je vais aller la voir. Je suis sincèrement désolée d'avoir ouvert une boîte de Pandore.

Shmeil : Il ne faut pas t'en vouloir Katia. Mieux vaut crever l'abcès le plus tôt possible. Je vais préparer du thé en vous attendant.

Je suis donc sortie à mon tour et j'ai constaté que ma sirène n'était pas allée très loin. Je me suis doucement avancée vers elle, en lui laissant l'opportunité de fuir une seconde fois.

- Tes plus grandes blessures ont refait surface. Bien sûr que ton père a mal agi et qu'il t'a fait du mal. S'il était encore de ce monde, il ne faudrait pas le laisser en tête à tête avec moi. Je ne vais plus jamais laisser quelqu'un te faire du mal ou s'en prendre à nos deux filles.

Je me suis arrêtée de parler pour laisser le champ libre à ma douce moitié. Je lui ai ouvert mes bras pour qu'elle puisse venir se blottir contre moi si elle en avait envie.

Ziva

Je me rendais compte que j'avais encore beaucoup de travail à faire sur moi-même lorsque mon père était évoqué dans une conversation. Même si plus de deux ans se sont écoulés depuis son assassinat, je souffrais encore beaucoup des blessures qu'il m'avait infligées. D'un autre côté, j'étais contente de m'apercevoir que je contrôlais de mieux en mieux ma colère puisque je m'étais contentée de fuir dehors sans hurler au scandale et ça, c'était un grand pas en avant à mes yeux. Une fois dehors, je me suis adossée à la façade de la maison pour profiter de l'air frais de la nuit.

Bien évidemment, ma femme est arrivée très vite tout en restant à quelques pas de moi. Elle m'expliquait qu'elle comprenait ce que je ressentais et qu'elle n'aurait pas hésité à demander des comptes à Eli si elle avait pu le faire. De plus, elle ajoutait que ni moi, ni nos enfants ne souffriraient parce que serons protégées. J'étais très heureuse d'entendre de telles paroles même si elles étaient évidentes à entendre de la part de mon épouse. Notre cellule familiale a toujours été extrêmement solide et ce n'était pas près de changer. Une fois que ma princesse s'est arrêtée de parler, elle a ouvert ses bras tout en me laissant le choix de fuir ou non. Je m'y suis blottie très calmement avant de lui répondre.

Je sais tout cela mon amour. Comme je l'ai dit en début de conversation alors que Shmeil hésitait à te renseigner sur mon père, il faut que j'arrive à me libérer de tout ça. Je ne suis pas en colère et je ne ressens aucune tristesse ni rancoeur envers lui. C'est juste que j'avais besoin de prendre l'air car comme tu as dû t'en rendre compte, le passé est lourd entre lui et moi et honnêtement, je pense que mon ami a raison. Orli Elbaz veut mettre la main sur l'héritage des David. Et merci d'être là pour moi et pour nos filles aussi. On rentre ?

A vrai dire, nous sommes restées quelques minutes à humer l'air tranquille que la nuit nous offrait avant de revenir à l'intérieur pour déguster le thé que Shmeil avait préparé. Il nous as d'ailleurs informées que mon futur fusil à lunette serait livré tôt demain matin et qu'il en accuserait lui-même réception. Ensuite nous sommes tous allés nous reposer car la journée du lendemain allait être très longue et éprouvante et nous devons tous être en pleine possession de nos moyens pour obtenir justice vis-à-vis du MOSSAD.