Le soleil était presque couché quand les sanglots du garçon s'éteignirent enfin, dans un dernier hoquet. Severus interrompit un instant les cercles apaisant qu'il décrivait dans le dos de l'adolescent depuis des heures à présent, et se pencha pour mieux voir son visage.
Ses yeux étaient fermés, les sourcils froncés dans son sommeil ; Harry s'était endormi, épuisé par les larmes et les émotions. Severus resta un instant immobile, berçant machinalement le garçon.
Il s'était attendu à ce qu'Harry finisse par exploser, d'une façon ou d'une autre, après tout ce qui lui était arrivé depuis le début de l'été. Le garçon était peut-être solide, mais aucun adolescent de seize ans ne pouvait rester éternellement stoïque face à un tel déluge de calamités.
Mais ce qui était arrivé… Snape ignorait ce qu'il devait en penser. Il avait pu sentir les émotions d'Harry tandis qu'il parcourait ses souvenirs, qu'il voyait le monde à travers les yeux du Maître des Potions. La confusion, bien sûr, l'incompréhension, la peur, de la honte aussi… et par dessus tout cela, de l'espoir. De l'espoir qu'il plaçait en lui, Severus Snape.
Si seulement les choses avaient pu être si simples… mais il allait devoir répondre aux questions, bien sûr. Il ne pourrait pas y échapper cette fois, pas après qu'Harry aie vu Lily et Pétunia, James et Black…
Ni après qu'il aie pu ressentir la façon dont Severus avait vécu les choses.
Avec un soupir, il entreprit de se relever, Harry dans les bras. Même affaibli, il n'avait aucune difficulté à le porter… il devrait veiller à ce qu'il mange plus, même à Poudlard, il se rappelait d'avoir fréquemment vu le garçon abandonner une assiette quasiment pleine. Chaque fois qu'il était contrarié ou bouleversé, en réalité.
Snape secoua la tête. Harry avait besoin d'être surveillé. Il était temps que quelqu'un se décide une bonne fois pour toute à prendre soin du garçon, à commencer par ses habitudes alimentaires, ses vêtements et Merlin, ses heures de coucher, si l'on en croyait le nombre de fois où il l'avait trouvé divagant dans les couloirs !
Il fit lentement son chemin vers le donjon, regrettant de ne pouvoir jeter un sort de sommeil pour maintenir Harry endormi. Mais celui ci semblait bien trop épuisé pour se réveiller de toute façon…
Serrant la mâchoire, Severus le déposa délicatement sur le fauteuil avant d'avaler une potion de pepper-up.
Puis, d'un geste rapide, il retransforma le fauteuil en lit, allongea correctement le garçon et le couvrit d'une couverture. Posant ses lunettes sur la petite table à côté de lui, Severus se retourna vers ses chaudrons.
Il aurait besoin d'une autre potion s'il voulait retrouver assez de magie pour finir son travail… incapable de lancer le moindre sort sans une batterie de potions pour le soutenir. Dans cet état il était presque un cracmol, en réalité…
Refusant de se laisser décourager, le professeur avala rapidement le contenu de plusieurs fioles et se remit au travail, avec un dernier regard pour le garçon endormi.
Il avait vraiment l'air plus jeune, ainsi, les traces des larmes encore visibles sur ses joues.
Et dire que ce petit démon avait réussi à le Légilimenser sans baguette ni incantation… à nouveau, Severus sentit une vague de fierté l'envahir. Il devrait lui apprendre à se contrôler, toutefois, cette scène ne devait jamais se reproduire, ni avec lui ni avec personne d'autre… Lui-même avait mis longtemps à accepter que ce pouvoir pouvait être un fléau, utilisé à tort et à travers. Toute vérité n'était pas bonne à savoir, et la Légilimancie était tout sauf un art gratuit.
A ce souvenir, Severus se frotta machinalement les tempes. Oui, il allait avoir beaucoup de choses à expliquer au garçon… beaucoup plus qu'il ne l'aurait souhaité.
Et si Harry décidait, après cela, qu'il ne pouvait plus faire confiance au Maître des Potions ? Ou simplement lui parler, le côtoyer ?
Un pincement au cœur totalement inhabituel fit frissonner le sorcier. Peu importait, il avait une promesse à tenir. Même si le garçon ne voulait plus de lui, il en prendrait soin à sa façon.
Comme avant, en somme, ce ne serait qu'une année de plus à Poudlard…
Snape secoua la tête, frustré.
Non. Certainement pas. Lily n'avait pas voulu l'écouter, et lui de son côté n'avait jamais pu se résoudre à lui parler, pas comme il aurait du le faire ; mais il n'avait plus dix sept ans à présent, et il ne commettrait pas la même erreur deux fois. Cela prendrait le temps et l'énergie qu'il faudrait, mais il en viendrait à bout, et il ne laisserait pas Harry s'éloigner comme Lily.
Merlin, pas maintenant. Machinalement, Severus se mit à la recherche d'une potion calmante, avant de suspendre son geste. Il n'avait mal nulle part pour l'instant, et ses mains ne tremblaient d'aucun effet secondaire de cruciatus, pourquoi diable aurait il eut besoin d'une potion ?
Parce qu'il était nerveux, réalisa t il. Anxieux. Troublé. Severus Snape, angoissé… la pensée glissa lentement dans son esprit.
En acceptant d'enterrer certaines choses là où elles auraient du rester, quinze ans en arrière, il en avait également fais resurgir d'autres. Une certaine façon de voir les choses, peut-être. Une certaine façon de vivre. Ou bien était-ce vivre tout court ?
Snape se surprit à rire doucement, déconcerté. Presque plus de pouvoirs, et une nouvelle vision du monde sentimentaliste. Voldemort n'avait pas besoin de chercher à le tuer, après tout… il allait très bien y arriver tout seul.
Un sourire amer aux lèvres, il se leva, regrettant presque le temps où il pouvait crier sur le garçon sans avoir mauvaise conscience. Les choses allaient être bien plus compliquées à partir de maintenant…
Quelques heures plus tard, alors qu'il touillait une potion dans un chaudron, Severus sentit sa nuque le picoter de manière caractéristique. Il se retourna vers le lit et aperçu sans surprise deux yeux verts qui le fixaient.
« Comment te sens tu ? » demanda t il calmement
Les yeux ne clignèrent pas, et le visage du garçon resta immobile.
Severus prit trois potions sur la table et vint s'asseoir à côté d'Harry.
« Bois ça. »
Le garçon s'exécuta, sans le quitter un instant du regard.
« C'est mieux comme ça ? »
Un rapide clignement des yeux lui répondit. Les deux sorciers restèrent un long moment impassibles, le visage immobile, leurs regards rivés l'un à l'autre.
Puis, sans hâte, Severus se leva de sa chaise et se dirigea vers le même petit placard, près de la cheminée, où il avait demandé à Dumbledore d'aller chercher ses potions. Manipulant une pierre, murmurant une rapide incantation, il souleva la planche qui faisait office de fond et sorti de dessous un coffret en bois incrustée de cuivre, qu'il caressa de la paume de la main.
La boîte dans laquelle se trouvaient les potions n'avait pas surpris Harry ; un coffret fonctionnel, en bois brut, sans fioriture. Mais celle-ci était différente… le bois d'acajou jetait des reflets dorés à la lueur des flammes, et les formes rondes de la boite, ses incrustations délicates, contrastaient avec l'homme anguleux qui la tenait.
Portant le coffret comme s'il s'était s'agit d'un objet fragile et précieux, Snape revint prendre place aux côtés d'Harry qui n'avait pas bougé. Ses gestes étaient neutres, sa position délibérément détendue, mais Harry pouvait sentir que le moment était solennel.
Le professeur ouvrit la boite posée sur ses genoux, et Harry du lutter contre l'envie d'étirer le cou pour apercevoir son contenu.
S'appliquant à maintenir une expression indéchiffrable, Snape sorti un bout de papier du coffret et le tendit au garçon.
Pendant une seconde, Harry cru que son cœur s'était arrêté de battre. Une photo, c'était une vieille photo moldue en noir et blanc… et malgré l'absence de couleurs, il ne mit qu'un instant à reconnaître les deux enfants qui se tenaient là, perchés sur une barrière, l'un riant et l'autre souriant, le regard incertain. Lily et Snape. Ils ne devaient pas avoir plus de dix ans et posaient comme deux enfants moldus par une journée d'été.
Sans réfléchir, Harry prit la photo que le professeur lui tendait et se redressa pour mieux la regarder.
Oui, il n'y avait aucun doute, même si une dizaine d'années s'étaient écoulées entre cette photo et celles qu'il avait dans son album, il pouvait aisément reconnaître sa mère, ses longs cheveux roux volant dans le vent, son visage doux et souriant éclairé par l'éclat de rire. Et Snape… comment pouvait il être à la fois si semblable et si différent de l'homme qui se tenait à côté de lui, observant ses réactions ?
Le petit garçon qui regardait Lily semblait partagé entre la joie de sa compagne, et le malaise visible que lui inspirait l'objectif. Ses cheveux étaient plus longs qu'à présent, et entouraient son visage en lui donnant un air renfermé qui contrastait avec l'expression ouverte de la petite fille à ses côtés. Mais on pouvait voir dans le regard qu'il lui jetait toute l'affection et l'admiration que le garçon vouait à Lily.
Snape et Lily enfants. C'était surréaliste.
D'un geste de la main, Severus désigna la photo.
« Elle a été prise l'été avant notre départ pour Poudlard. » expliqua t il d'une voix posée. « C'est ton grand-père qui avait tenu à la prendre, pour que nous ayons un souvenir de la maison quand nous serions loin. Je crois que c'est la seule photo moldue que j'aie jamais possédé. »
« Vous avez connu mon grand-père ? » demanda Harry, abasourdi
Snape hocha la tête.
« C'était un homme bon. Ta grand-mère également, je restais parfois manger chez eux quand nous rentrions tard, avec Lily. Ils n'ignoraient pas que ma situation familiale était quelque peu… pesante. Ils ont toujours été très généreux envers moi, leur mort m'a probablement autant affecté que celle de mes propres parents. Ils ont été tués le même jour, évidemment, et pour la même raison. Lily était effondrée… »
Harry se contenta de le fixer, les yeux ronds, la bouche entrouverte.
« Nous habitions dans le même quartier, enfants. Ta mère ignorait qu'elle était une sorcière jusqu'à ce que je le lui apprenne. Je dois dire que la révélation n'a pas eut l'effet que j'avais escompté » fit il avec un demi sourire
« Mais avec le temps, nous sommes devenus amis. De très bons amis. Nous sommes partis ensemble à Poudlard, où nous avons continué à nous fréquenter. Notre amitié était mal vue, bien sûr… elle à Gryffondor, moi à Serpentard. Cela ne nous a pas empêché d'étudier ensemble et de rester amis, du moins au début. Au fil du temps, les choses ont changé. Nous avons grandi, changé, et nous avons liés d'autres amitiés, chacun de notre côté. Elle avec ton père et sa bande, et moi… avec d'autres serpentards. » dit il simplement.
« Ce que tu as vu dans la pensine, » reprit il après un instant, « C'était je crois le début de la fin. Elle m'a pardonné, cette fois. Mais elle avait compris… quand je lui ai demandé pardon, elle m'a écouté, et m'a supplié de couper tout contact avec les partisans de Voldemort. Pendant quelques temps, tout s'est bien passé… nous nous sommes rapprochés l'un de l'autre, plus que nous ne l'avions jamais été avant cela. Jusqu'au jour où les Mangemorts ont décidé qu'il était temps de me faire revenir dans le droit chemin… Quand j'ai refusé de les suivre, ils ont pris des mesures drastiques. C'est ce jour là que tes grands parents et mes parents ont été tués, dans une même attaque. »
Sous le choc, Harry laissa échapper un hoquet. Les yeux exorbités, il était incapable de prononcer un mot, incapable de seulement faire fonctionner son cerveau.
Snape hocha la tête. Dans son regard sombre, Harry cru voir une nuance de crainte tandis qu'il reprenait la parole.
« Eh oui… c'est à cause de moi que tes grands-parents sont morts, Harry. Ils t'auraient sans doute pris, à la mort de tes parents… également morts par ma faute, par ailleurs. »
Il pris une grande inspiration avant de continuer.
« Après cela, j'ai compris que Lily n'était plus en sécurité. Je me suis éloigné brusquement. Quand elle a voulu venir vers moi, je l'ai repoussée. Quand elle m'a dit qu'elle m'aimait… je lui ai rit au visage. Je lui ait dit que je n'aurais jamais rien à voir avec une sang-de-bourbe, et je l'ai laissée partir en pleurant.
Et puis quand ma position auprès du Seigneur des ténèbres s'est affirmée, j'ai pensé qu'il était temps de revenir la chercher. Qu'elle ne risquait plus rien et qu'elle serait fière de moi. Oui, fière de moi… Cette fois, c'est elle qui a rit. Elle n'a pas cherché à m'écouter, et je ne peux certainement pas l'en blâmer. Si j'avais eu le courage de le lui dire, peut-être… mais je ne l'ai pas eu, et elle est partie avec James. Nous avons quittés Poudlard, elle au bras de ton père, moi avec la Marque sur le mien. Nous avions tous les deux choisi notre destin. Quelques années plus tard, j'ai scellé le leur et le tien, sans le savoir… après cela… »
Il balaya l'air de sa main.
« Plus rien n'a plus jamais été pareil. »
Severus se renversa dans sa chaise, plus vidé encore qu'il ne s'était senti après avoir lancé son dernier protego. Depuis combien de temps n'avait il pas évoqué tout cela ? Non, rectifia t il. Il ne l'avait tout simplement jamais fait. Il avait rapporté les faits essentiels à Dumbledore, mais jamais encore il n'avait parlé ainsi de Lily…
Et à présent son fils le regardait, bouché bée, la confusion se lisant dans ses yeux.
Snape soutint son regard, résigné. Il attendit que la colère apparaisse, puis la haine, la tristesse peut-être, la douleur, la trahison…
Pendant un long moment, il ne se passa rien.
Puis Harry ferma brusquement sa bouche, pour aussitôt la rouvrir :
« Et elle est revenue, n'est ce pas ? »
« Revenue ? » demanda Snape, incertain
« C'est elle que j'ai vu… dans vos souvenirs… au cimetière, elle est venue m'aider. Nous aider. »
Severus ne sut pas exactement si c'était la mention du fantôme de Lily ou le 'nous' qu'Harry venait d'employer, mais il dut avaler difficilement sa salive avant de pouvoir reprendre.
« Oui. Elle est revenue pour toi… ainsi que ton père et Black. Ce sont probablement eux qui t'ont fait don de ton nouveau pouvoir d'animagus. »
« Vraiment ? Vous en êtes sûr ? Ca semble logique… » murmura le garçon.
« Il n'y a rien de certain, mais le directeur partage cet avis. »
« Je n'ai pas de souvenir d'eux… juste ce que j'entend quand les Détraqueurs sont dans les parages. Ma mère qui crie. Qui tente de me sauver. »
Snape hocha la tête.
« Je ne sais pas si cela pourra t'aider… mais mes souvenirs sont à ta disposition. »
Sur ces mots, il tendit la boite de bois ouverte au garçon qui s'en empara d'une main tremblante, avec la même déférence que le professeur avait eut en la manipulant.
Harry retint sa respiration alors qu'il plongeait son regard dans le coffret.
Des photos, vit il immédiatement, des lettres aussi… et quelques objets qui gisaient au fond de la boite comme des trésors oubliés.
« C'était à ma mère ? » demanda t il dans un souffle
« Le coffret l'était. Je l'avais fait pour elle, un été… elle me l'a rendu juste avant son mariage. »
Son regard était lointain à présent, perdu dans les souvenirs, Harry n'en doutait pas.
« Vous l'aimiez ? »
Le ton était trop neutre, trop innocent. Mais Severus répondit tout de même.
« Plus que tout. »
« Et vous ne le lui avez jamais dit, n'est ce pas ? »
Snape eut un demi-sourire amer.
« Bien sûr que non. »
« Parce que les mangemorts ne disent jamais ces choses là ? » demanda Harry d'un ton de défi
« Pas à une sang-de-bourbe, non. » répondit Snape
« N'appelez pas ma mère comme ça » gronda Harry
A nouveau, ce petit sourire douloureux.
Serrant les dents, le garçon prit une photo au hasard. Une photo sorcière, cette fois, et dessus l'on pouvait voir les mêmes enfants, un peu plus âgés à présent, près du lac de Poudlard. Tous deux riaient cette fois, et Harry se prit à penser qu'il n'avait jamais vu cette expression sur la version adulte de Snape.
Sur la photo, il semblait avoir treize ans, et il se tenait dans l'eau jusqu'aux genoux, trempé des pieds à la tête, et éclaboussait une Lily prise de fou rire et qui tentait de se protéger. Tous deux étaient en chemise et en pantalon, les couleurs de leurs maisons respectives bien en évidence sur la photo couleur.
Il faisait beau, et ils semblaient heureux. Il était presque facile d'imaginer la scène ; un samedi après midi de printemps, ils avaient du s'approcher du lac en discutant, et tout à coup, Lily avait eut cette petite lueur malicieuse dans le regard et avait poussé Severus dans l'eau, éclatant de rire en le voyant se relever trempé. Il lui avait tendu la main pour qu'elle l'aide à sortir, mais au lieu de la saisir, il avait riposté en l'éclaboussant à son tour, tandis que Lily redoublait de rire.
Qui donc avait pu prendre la photo ?
« McGonagall. » répondit Severus à sa question muette, le faisant sursauter.
« Dumbledore venait de lui offrir un appareil photo, et elle passait son temps à prendre des photos de tout ce qui bougeait… ou pas. Une vraie malédiction pour beaucoup de couples de Poudlard cette année là… mais elle avait le tact de remettre toutes les photos qu'elle prenait à ses victimes. »
« Vous… vous sortiez ensemble ? » demanda Harry
« Pas à cette époque, non. Nous étions juste amis… ce n'est qu'après l'épisode que tu as vu dans la pensine que les choses ont changé. »
A son tour, Harry déglutit avec difficulté tandis qu'il reposait la photo dans la boîte.
Pendant un long moment, tous deux restèrent silencieux, leur regard perdu dans la contemplation du bout de ciel que le soupirail laissait entrevoir.
« Je suis désolé » fit finalement Severus d'un ton las
Harry se força à rencontrer son regard.
« Je les ai vus, vous savez. Mes parents et Sirius, pendant que j'étais prisonnier au Manoir Malfoy. »
Snape lui rendit son regard, imperturbable.
« Ils… m'ont dit que je les avait déçus. Qu'ils étaient morts par ma faute, que ça n'en valait pas la peine. Qu'ils regrettaient de s'être… » il secoua la tête, incapable de finir sa phrase.
« Harry, ils sont revenus pour toi. Sans leur intervention, je n'aurais pas pu nous sortir du cimetière, encore moins te reprendre à Voldemort. Ils t'aiment, Harry, bien plus que tu ne le penses… »
« Ils l'ont fait pour que je finisse ce que j'ai à faire, ce que l'on attend de moi. Mais ils m'en veulent, je le sais, ils me l'ont dit… »
Ce fut au tour de Snape de secouer la tête de frustration.
« Harry, tu n'as pas l'air de réaliser ... Pour accomplir ce qu'ils ont fait, tes parents et Black ont mis en œuvre tout l'amour qu'ils avaient pour toi, tout leur désir de te protéger, de te sauver. Il n'y a rien de calculateur là dedans, ils l'ont fait pour toi, juste pour toi. Cette scène que tu as vu, ce qu'ils t'ont dit… je ne pense pas me tromper en te disant qu'il s'agit certainement d'une mise en scène de plus de la part de Lucius et Bellatrix. Lily n'aurait jamais dit cela, et encore moins pensé… et ton père… aurait été très fier de toi, Harry. Vraiment très fier. »
Etait ce une idée qu'il se faisait, ou la voix de Snape était elle devenue rauque alors qu'il prononçait ces derniers mots ? Se demanda Harry. Mais ce qu'il venait de dire avait du sens… si l'épisode dans le bureau de Dumbledore n'avait jamais existé, ni celui des Dursleys… alors certainement, celui-ci pouvait également avoir été une macabre mise en scène de plus.
Et pourtant…
« Je vous ai vu, vous aussi. Juste avant eux… vous étiez avec Voldemort. Et c'est vraiment arrivé, je l'ai vu dans vos souvenirs… »
Snape acquiesça.
« Il m'avait semblé te voir, c'est exact. Ou plutôt, tes yeux, ceux de Lily. Je cherchais désespérément un moyen de te sortir de là, mais je n'avais pas d'autre choix que d'attendre… »
« Je sais » fit doucement Harry.
Severus émit un léger grognement. Evidemment, il savait. Il avait vu la scène à travers ces yeux quelques heures seulement auparavant…
« Vous m'en voulez ? » demanda le garçon.
Décontenancé, Snape soupira.
« Par où commencer ? Non, Harry, je ne t'en veux pas… je ne pense pas me tromper en disant que tu n'as pas chercher à pénétrer dans ma mémoire ? »
Le garçon secoua la tête, penaud.
« Je voulais comprendre… mais pas de cette façon. J'ignore comment j'ai pu faire ça. »
« Voldemort est un expert en légilimancie. Tu viens sans doute d'acquérir toi même une toute nouvelle maîtrise de ce pouvoir. Il est parfois difficile à contrôler, nous travaillerons là-dessus ; en attendant, j'apprécierais que tu fasses ton possible pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise. »
Harry hocha la tête, abasourdi. Après la réaction de Snape quand il avait regardé le contenu de sa pensine, il s'était attendu à une explosion pour cette nouvelle transgression… mais était-ce si étonnant ? Car les choses avaient changées entre eux également, il avait été aux premières loges pour le voir dans l'esprit du professeur. Le sorcier s'était attaché à lui, à Shadow, et par ailleurs…
« Quand ma mère m'a porté jusqu'à vous, à Godric's Hollow, après le cimetière, elle vous a dit quelque chose… »
Snape acquiesça lentement.
« Elle m'a demandé de prendre soin de toi. »
Ce qui n'était pas tout à fait exact, songea le Maître des Potions. Mais pas tout à fait faux non plus. Même si Harry avait besoin d'entendre certaines choses, il était bien trop tôt pour lui dire que Lily voulait qu'il soit à lui. Le garçon était encore bien trop perturbé pour savoir que faire de ce genre de révélation…
« Je suis désolé » lâcha subitement Harry.
« Harry, » soupira Snape, « il me semble plutôt que c'est moi qui te dois des excuses… mais soit, éclaire moi, à quel sujet es tu désolé ? »
« Vous n'avez vraiment plus de pouvoir, n'est ce pas ? »
Severus sentit sa mâchoire se crisper.
« Bien sûr que si. Ma magie est simplement affaiblie pour l'instant, et je vais devoir compter sur les potions pour en conserver un niveau suffisant, mais mes pouvoirs reviendront peu à peu, avec le temps. »
« Comme pour Voldemort » murmura le garçon.
« Oui. Comme pour Voldemort. » confirma Snape.
Un long silence s'installa entre eux. Au fond de la pièce, un chaudron bouillait, le bruit apaisant dans le calme du donjon.
« Vous trouvez que je ressemble à ma mère ? » demanda brusquement Harry.
« Certainement » répondit Snape
« Et à mon père ? »
« Egalement »
« Auquel est ce que je ressemble le plus ? » insista le garçon
« A aucun particulièrement, tu es une personne à part entière, et il est difficile de te voir autrement… passé les premiers préjugés. » fit Snape
« Les premiers… » murmura Harry
« Les premières années, devrais je peut être dire » répondit le professeur d'une voix douce
« Vous me détestiez à cause de mon père, pas vrai ? Et maintenant vous m'acceptez grâce à ma mère… »
« Harry, ce n'est pas si simple. » fit Snape en se redressant. « Il est vrai que ta ressemblance avec ton père, ce que tu représentais, a obscurci mon jugement jusqu'à cet été. Je n'ai pas réellement d'excuse, si ce n'est que je ne souhaitais plus repenser au passé et que ton arrivée m'y a d'une certaine façon obligé. Mais c'est toi qui m'a fait changer d'avis, pas Lily… »
« Moi, ou Shadow ? » demanda Harry avec une nuance de défi dans la voix
« Shadow pour commencer, je présume. » admit Snape « Mais étrangement, je me rappelle d'avoir souvent pensé que Shadow te ressemblait énormément, avant même de savoir… »
« Vous êtes un espion, je suppose que vous avez l'habitude de tout remarquer. »
Severus acquiesça.
« Quoiqu'il en soit, c'est de toi que je me préoccupe à présent. Et je répète ce que je t'ai déjà dit, je serais toujours là pour t'aider, Harry. »
« Toujours ? » demanda le garçon.
« Tant que tu en auras besoin. » promis Snape.
« C'est étrange, n'est ce pas ? Tout ça… vous, être ici… je ne sais pas si je réalise vraiment. »
« Je ne pense pas, non » fit le Maître des Potions. « Mais j'espère que cela viendra avec le temps. »
« Le temps ? La rentrée à Poudlard est demain. Je ne peux pas dire que je sois vraiment pressé d'être en cours de Potions… » murmura Harry
« Harry, je ne vais pas prétendre que mon attitude a été entièrement dictée par mon rôle d'espion auprès de Voldemort… mais une bonne partie de mes attaques envers toi étaient une mise en scène pour les enfants de mangemorts présents. Je n'ai plus à m'en préoccuper à présent, et j'en suis le premier soulagé. » fit Snape
« C'est un peu facile… » lâcha Harry, avant de brusquement détourner le regard.
Severus se surprit à se sentir plus blessé par la remarque qu'il ne l'aurait cru. Elle était totalement méritée, pourtant…
« Je te demande pardon pour cela, aussi. »
Les mots étaient sortis presque naturellement, et il n'était pas tout à fait certain d'avoir prévu de les dire. Etonnement simples, et étonnement faciles à dire…
De toute évidence, Harry était aussi choqué que lui même de les entendre, et il le fixait à présent avec des yeux ronds.
« Non, je… vous n'avez pas… » le garçon s'interrompit. « Si, » reprit il lentement, « je suppose que vous pouvez le dire. Ce n'est pas comme s'il ne s'était jamais rien passé. Mais je me sens mal de vous dire cela après ce que vous avez fait pour moi… je veux dire… les choses ont changé. »
« Certainement, » répondit Snape, « mais cela n'excuse en rien les erreurs du passé. J'espère simplement qu'elles ne t'empêcheront pas d'accepter mon aide. »
« Non. » fit Harry. « Après tout, vous êtes… »
Mon humain. Mon Snape.
Il haussa les épaules.
« Je vous fait confiance. »
Snape lui sourit légèrement.
A contrecœur, Harry lui tendit le coffret en bois.
« Est ce que je pourrais le voir à nouveau plus tard ? J'aimerai bien voir les autres photos, mais… pas tout à la fois. Si vous voulez bien ? » demanda t il, plein d'espoir
Mais Snape repoussa la boite.
« Il est à toi, garde le. Tache d'en prendre soin. »
Harry resta un instant muet de stupeur.
« Je ne peux pas accepter… c'est à vous, ce sont vos souvenirs ! »
« La plupart de ces objets ont appartenus à ta mère. Ils te reviennent de droit. » répondit doucement Snape
« Mais vous n'aurez plus rien d'elle… »
« Tu es là, c'est encore le meilleur souvenir de Lily que je puisse avoir. Je connais ces photos et ces lettres par cœur, Harry, elles ne me manqueront pas. » fit le professeur
Harry ne sut que répondre, mais la boule dans sa gorge l'empêchait de parler de toute façon.
Snape, qui s'excusait et lui donnait ses photos de Lily. Qui lui parlait comme si… comme s'il…
Les mains tremblantes, il posa le coffret à côté de lui. Il aurait voulu pouvoir lui dire, lui expliquer, mais lui expliquer quoi ? Qu'il ne savait plus où il en était, qu'il avait besoin de lui, qu'il avait peur aussi, que ses pouvoirs l'effrayaient, qu'il se sentait comme un funambule sur une corde raide…
Mais il ne pouvait pas. Et pas seulement à cause de la boule dans sa gorge, c'était tout simplement trop, trop pour lui, trop pour le moment…
Tout se mélangea dans sa tête jusqu'à devenir une masse noire indistincte, et quand il réouvrit les yeux l'instant d'après, la pièce baignait dans une douce lumière et les choses étaient soudain bien plus simple et claires.
L'Homme en Noir était là, devant lui, le feu chauffait agréablement sa fourrure et la journée était belle. Il se laissa tomber sur le dos, frottant son poil contre la couverture pour y laisser sa marque.
Il était chez lui.
Severus Snape regarda le chat qui se roulait sur la couverture, visiblement satisfait, comme l'aurait fait n'importe quel chat de salon. Le contraste avec l'expression douloureuse du garçon quelques secondes auparavant étant troublant.
« Harry ? » tenta t il
Le chat n'eut pas de réaction.
« Harry Potter ? »
Le chat leva la tête à sa voix, mais il était clair qu'il ne se sentait guère concerné.
« Harry, si tu me comprends, j'aimerai que tu te retransforme. »
Le chat frotta sa tête contre sa patte sans lui prêter attention.
« Shadow ? » dit il en soupirant
Cette fois, les yeux verts vinrent chercher les siens, interrogatifs.
Severus se renversa dans sa chaise. Cette fois, on y était. Il n'y avait aucun doute possible, et leur conversation n'y avait rien changé…
Il s'y était attendu, évidemment. Cela aurait été trop simple…
Le Maître des Potions se leva et jeta une poignée de poudre de cheminette dans l'âtre.
« Bureau de Dumbledore, Poudlard. »
Passant le buste dans les flammes, il jeta un regard au bureau familier. Le directeur était là, la plume à la main, levant vers lui un regard plein de bienveillance.
« Severus, je ne pensais pas vous revoir si tôt ! Entrez, entrez ! »
« Merci Albus, mais ce ne sera pas nécessaire. Je voulais juste vous informer que Potter et moi même serons en retard pour la rentrée à Poudlard. »
Un long silence accueilli sa déclaration.
« Et de combien de temps pensez vous être en retard ? » demanda enfin Dumbledore
« Tout au moins deux jours. Je regrette, Albus, mais Harry est encore trop fragile, et je ne peux pas le laisser seul. Je ferai mon possible pour rencontrer les Serpentards demain soir après la cérémonie de répartition, mais je ne peux rien vous promettre. »
« Vous prenez votre rôle de protecteur très à cœur, mon enfant… » commença Albus
« Je prend également mon rôle de directeur de maison très au sérieux, mais Harry a plus besoin de moi que mes élèves pour l'instant. Je suis sûr que vous pouvez le comprendre. » rétorqua Snape
« Ma remarque n'était certainement pas une critique » fit Dumbledore avec un geste apaisant. « Vous avez tous les deux besoin de temps pour vous remettre, et je le comprends parfaitement. Je m'occuperais de vos Serpentards, Severus, soyez sans crainte. J'espère cependant que votre absence ne sera pas trop longue… nous avons besoin de vous, et je suis sûr qu'Harry apprécierait de voir ses amis. »
« C'est une partie du problème, Albus. » expliqua Snape « Il n'est toujours pas convaincu qu'ils sont vivants, il a toujours du mal à assimiler tout ce qu'il s'est passé… et ce qui ne s'est pas réellement passé. Mieux vaut prendre les choses dans l'ordre… je suggère que Weasley et Granger viennent d'abord au Manoir rencontrer Harry, quand il se sera un peu remis. »
« Remis ? j'avais pourtant l'impression que notre jeune ami progressait positivement sous votre influence, Severus. » s'étonna Dumbledore.
« Albus, il y a quelques jours encore, il était aux mains de Voldemort. Ne lui en demandez pas trop. Même les héros doivent s'effondrer de temps à autres, et le votre n'est qu'un adolescent… »
La petite étincelle dans les yeux du directeur s'était rallumée au mot 'héros', mais Severus ne broncha pas.
« Et qu'est devenu le symbole, Severus, l'arme que vous ne vouliez pas abandonner ? »
« Un chat » répondit laconiquement le Maître des Potions. « Si vous n'avez rien d'autre à me dire… ? »
« Rien d'autre, Severus » fit le directeur d'un ton enjoué. « Sinon vous remercier, et vous dire de prendre soin de vous… et de votre chat. »
Avec un grognement, Snape se dégagea de la cheminée. Pourquoi fallait il toujours que Dumbledore aie le dernier mot ?
« Très bien, Potter, à nous deux ! » fit il en se tournant vers le chat.
« Shadow-Harry, regarde moi bien. Je veux que tu m'accordes toute ton attention… tu-n'es-pas-un-chat. » martela t il « Tu es un animagus ; incontrôlé, illégal, sorti d'on ne sait où, mais un animagus tout de même. »
Le chat l'écoutait attentivement, ses grands yeux verts pleins de curiosité.
« Potter… » commença Snape « Harry. » il soupira. « Pourquoi ais je l'impression d'avoir déjà vu cette expression sur ton visage humain ? Et plus précisément, pendant les cours de potions, quand tu prétends te passionner pour la leçon tout en préparant la stratégie du prochain match de quidditch ? »
Le chat pencha la tête, l'air concentré.
« Exactement comme ça, oui… » murmura Snape. Le quidditch. C'était la pensée à laquelle s'accrochait Harry pour reprendre forme humaine… il devait s'en servir.
« Tu te rappelles, Harry, le quidditch ? Voler dans les airs, éviter les cognards, attraper le vif d'or ? »
Severus grogna à son propre manque d'enthousiasme. Ce n'était sans doute pas la bonne façon de faire remonter les souvenirs…
Une idée lui traversa subitement l'esprit. Dumbledore lui avait laissé les affaires qu'il avait récupéré chez la famille moldue d'Harry, ses affaires de cours, quelques vêtements… et les cadeaux d'anniversaire qu'il venait juste de recevoir !
Avec un sourire en coin, Severus fit apparaître la malle du garçon devant lui. Il ne mit pas longtemps à trouver ce qu'il cherchait : d'un geste vif, il jeta en l'air le balai miniature, cadeau du cadet des Weasley.
Le petit balai se mit à tourner autour d'eux, cherchant visiblement vers qui aller.
Shadow, remarqua Snape, suivait intensément ses allers et venues, comme hypnotisé. Un bon début songea il, ce ne serait peut-être pas si difficile, après tout… il suffisait de trouver les bons boutons.
Il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine quand le chat se leva pour se diriger vers le balai volant.
« C'est bien, Harry, regarde le, tu te rappelles ? » l'encouragea t il
Le chat lui adressa un bref regard avant de retourner son attention vers le balai… puis, se ramassant sur lui-même, il se jeta sur l'objet qu'il attrapa agilement entre ses pattes, avant de le plaquer au sol et de le mordiller, les yeux brillants de satisfaction. Il relâcha un instant son attention en entendant le grognement qu'avait poussé le Maître des Potions, et le petit balai en profita pour filer à nouveau dans les airs, virevoltant autour du matou.
Ignorant l'homme en noir, le chat se lança à travers la pièce dans une course poursuite effrénée, sous le regard consterné de Snape.
Ca n'était pas du tout ce à quoi il s'était attendu… Il aurait voulu croire que c'était là les réflexes d'attrapeur d'Harry qui jouaient, mais à voir les bonds totalement félins du chat, il en doutait.
Un jeune chat en train de jouer, tout simplement…
Et pouvait il en vouloir à Harry ? Shadow semblait ne se soucier de rien d'autre que de sa vie de chat, il était de toute évidence heureux et sans souci, alors qu'Harry bataillait pour retrouver un semblant d'équilibre après les épreuves qu'il venait de vivre.
Si lui même avait pu se transformer un chat… Se ressaisissant, Severus leva sa baguette :
« Accio balai miniature »
Le balai traversa la pièce pour venir se loger dans sa main. Peu rancunier, le chat vint trotter vers lui, et sauta à nouveau sur le fauteuil.
« Bien, au temps pour le Quidditch. Evidemment, il aurait peut-être fallu… » l'image terriblement nette de lui-même juché sur son balai avec un chat noir sur l'épaule s'imposa à son esprit, et il secoua la tête avec une moue écœurée ; ce n'était pas Salem, par Merlin, et il doutait fort que ce genre d'expérience les aide beaucoup !
Il ouvrit la malle d'Harry, sans conviction. Il répugnait à fouiller dans les affaires du garçon, et d'une façon ou d'une autre, il doutait que la solution soit là.
Ce n'était pas les côtés positifs de sa vie qui feraient revenir Harry à lui même… mais c'était ses aspects sombres qui allait l'en empêcher.
Severus tapota sa joue de son index. Il savait qu'il devrait finir par en arriver là. La solution était vraiment extrême, et il aurait donné cher pour pouvoir l'éviter, mais il ne ferait que perdre du temps en hésitant.
Serrant la mâchoire, il jeta à nouveau une poignée de poudre dans la cheminée, et passa la tête dans les flammes.
Shadow ne cessait d'être étonné par les facultés de l'Homme en Noir. Il pouvait capturer le petit balai volant d'un seul geste à l'autre bout de la pièce, et il traversait les flammes comme si elle n'existaient même pas !
Son admiration pour le sorcier était sans borne. Un léger ronron à la gorge, il se laissa tomber sur le pull. S'il pouvait juste lui donner à manger, il serait tout à fait comblé !
L'Homme en Noir sorti sa tête des flammes et ses yeux noirs vinrent chercher les siens. Ils semblaient plus sombres à présent, son expression résignée, la mâchoire crispée.
« Ecoute moi bien, Harry… j'espérais pouvoir remettre cet épisode à plus tard, mais ce serait une erreur de laisser cette situation perdurer… tu ne vais sans doute pas aimer ce qui va arriver, du moins dans l'immédiat, et crois moi, tu ne seras certainement pas le seul. Tache de ne pas t'éloigner, de ne pas faire de bêtise… Ah. Je ne sais pas. Tache… d'être toi-même. »
Légèrement inquiet, Shadow le regardait, la tête penchée sur le côté. Le ton de l'Homme en Noir lui indiquait clairement que l'heure était grave…
D'un pas déterminé, Snape s'avança vers le chat et le pris dans ses bras. Tout était arrangé, il ne pouvait plus reculer. Jetant une poignée de poudre de cheminette, il annonça à nouveau : « Le Terrier ! » et s'élança dans les flammes, le chat serré contre sa poitrine.
Une expédition chez les Weasley. Que Merlin lui vienne en aide…
La petite cuisine du Terrier l'avait toujours frappé comme l'endroit le plus abominablement convivial et désordonné qu'il aie jamais connu. Chaque fois qu'une réunion d'urgence s'était tenue ici, il s'était senti plus mal à l'aise dans le décor familial que dans les donjons des Malfoy.
La sensation le repris dès qu'il vit Molly Weasley trottiner vers eux, à peine eurent ils fait un pas dans la pièce.
« Severus, Harry, entrez, je suis si heureuse ! »
Le Maître des Potions sentit Shadow se crisper contre lui, et il se força à adopter une attitude plus détendue. Il était là pour rassurer Harry, inutile de rajouter à son malaise…
Mme Weasley s'avançait déjà pour caresser le chat, et il vit la panique gagner l'animal.
« Molly, il serait préférable de ne pas brusquer les choses. Harry n'est plus tout à fait lui-même pour l'instant. » fit il à la petite femme qui recula, déçue.
« Bien sûr, bien sûr… par quoi voudriez vous commencer ? Un tour de la maison, peut-être ? J'ai demandé aux enfants et à Arthur de rester dehors pour l'instant, ils étaient un peu contrariés, évidemment… » elle tordit nerveusement le torchon qu'elle tenait entre ses mains.
« Oh, c'est tellement frustrant… nous avions espéré pouvoir prendre Harry une partie de l'été, mais bien entendu, après tout ce qu'il s'est passé, c'est une excellente chose qu'il aie pu rester avec vous, Severus… nous vous sommes tous reconnaissants pour… »
« Molly » interrompit Snape, « Pourriez vous essayer d'avoir l'air naturel ? Le but de cette visite est de convaincre Harry que personne n'est mort, et croyez moi, à vous entendre, cela n'a rien d'évident ! »
Mme Weasley sembla un instant partagée entre l'indignation et la culpabilité, avant de se retrancher sur un terrain plus familier :
« Vous prendrez bien un peu de thé ? Du lait pour Harry ? »
« Il ne digère pas le lait, mais une tasse de thé sera la bienvenue. » acquiesça Severus du ton le plus neutre qu'il pu.
Laissant Molly s'affairer aux fourneaux, il tenta de déposer Shadow par terre ; mais celui-ci n'avait pas la moindre intention de quitter son Homme en Noir.
Le cœur battant, il s'accrochait désespérément à la robe noire du sorcier. Cet endroit ne lui disait rien qui vaille, et la femme qui n'arrêtait pas de parler semblait particulièrement nerveuse…
Des doigts habiles décrochèrent ses griffes du tissus, et il se retrouva debout sur le sol pavé de la cuisine, examinant la pièce avec attention à la recherche de menaces potentielles.
L'endroit avait pourtant quelque chose de familier… une odeur, peut-être, un certain je-ne-sais-quoi qui lui donnait une impression de confort et de bien être malgré la tension qui régnait dans la pièce.
Mais quelque chose clochait là-dedans, quelque chose qui n'avait rien à voir avec le décor…
Frissonnant, il vint s'abriter contre les jambes de l'Homme en Noir. Quoiqu'il se passe, il savait qu'il ne laisserait rien de mal lui arriver… mais l'angoisse qui l'envahissait ne venait pas d'une menace extérieure, il le savait.
Des bruits de voix lui parvinrent, venus d'un autre temps.
« Passe moi le beurre… »
« Tu reveux un toast, Harry ? »
« Fred, arrête d'embêter ton frère. »
« Maman, moi c'est Georges, tu pourrais faire un effort ! »
Le chat secoua la tête. Le seul bruit qui emplissait la pièce à présent était celui de la discussion entre son Homme en Noir et la femme aux gestes vifs. Pourtant, il pouvait presque voir les ombres de silhouettes autour de la table, pâles fantômes qui lui laissèrent l'estomac noué et la bouche sèche sans qu'il pu savoir pourquoi.
Sans réfléchir, il sauta sur les genoux d' l'Homme en Noir.
« Eh bien, Severus » fit Molly Weasley médusée, « on dirait qu'Harry s'est vraiment habitué à vous ! »
« Pour l'instant, il ne s'agit que de sa personnalité de chat. Il est bien plus expansif sous cette forme, même si nos relations ont effectivement évolué ces dernières semaines. » répondit le Maître des Potions.
« Après tout ce qu'il s'est passé, je n'en doute pas… croyez vous qu'il reconnaisse la maison ? »
« C'est probable. Mais il ne le réalise certainement pas entièrement… » fit Snape
« Dois-je faire rentrer les enfants ? » demanda Molly, visiblement mal à l'aise.
Severus hésita un instant. Shadow tremblait légèrement, sans doute les souvenirs tentaient ils de refaire surface… à contrecœur, il acquiesça. Aussi douloureux que cela soit, ils devaient aller jusqu'au bout.
« Votre cadet et Miss Granger seulement, dans un premier temps. Les avez-vous mis au courant de la situation ? »
Molly hocha la tête tristement.
« Ils savent qu'Harry ne les reconnaîtra pas tout de suite, et qu'ils devront faire attention à ne pas le brusquer. Pour tout dire, je compte sur Hermione pour empêcher Ron d'être trop exubérant ! »
« Ce serait plus raisonnable en effet. Votre cuisine pourra t elle résister à une tentative d'évasion féline ? »
« Cela ne devrait pas poser de problème. » fit Mme Weasley « Dois-je appeler les enfants ? »
« S'il vous plait. » Tandis qu'elle se dirigeait vers la fenêtre, Snape se leva de sa chaise et déposa à nouveau le chat sur le sol.
« Garde ton sang froid. Tu n'as rien à craindre ici, je veux juste que tu fasses de ton mieux pour te rappeler qui tu es ; laisse tes souvenirs te guider. » murmura t il.
Un instant plus tard, la porte s'ouvrit et les deux adolescents entrèrent en silence dans la cuisine. Molly avait vraiment du les sermonner avant leur arrivée, car ils semblaient nerveux et incertains, n'osant pas faire un geste.
Et pour une fois, Snape doutait que ce soit à cause de lui…
Le chat, quant à lui, se tenait contre sa jambe, observant les nouveaux venus avec méfiance.
« Bonjour, Harry ! » lança enfin Hermione en mettant un genou en terre pour être à sa hauteur.
« Ca fait vraiment plaisir de te voir, vieux » enchaîna Ron d'un ton hésitant.
Shadow remua les oreilles, mais rien n'indiquait qu'il les ait reconnus. Il ne semblait pas aussi inquiet qu'il l'avait craint cependant, et Severus fit un pas pour s'éloigner de lui.
« Molly, je pense qu'il vaudrait mieux que je sorte. » fit il d'un ton égal
« Bien-sûr. Je vous accompagne au salon » fit Mme Weasley. Avec un regard d'avertissement pour les deux adolescents, elle ouvrit la porte et sorti à la suite de Snape, laissant les trois amis seuls dans la cuisine.
A peine la porte se fut elle refermée que Ron poussa un grognement de soulagement.
« Vraiment, Harry, je ne sais pas comment… est ce que ça va ? Il ne t'a rien fait ? Snape, je veux dire, est ce qu'il te traite bien ? »
Le chat se ramassa sur lui-même, les oreilles en arrière. Son Homme en Noir l'avait laissé seul, cela voulait il dire qu'il n'avait rien à craindre de ces deux humains ? Il n'aimait pas cela.
« Ron, ça suffit ! Tu sais très bien que le professeur Snape a sauvé Harry ! »
« Ca ne veut pas dire qu'il est correct avec lui pour autant, il lui avait déjà sauvé la vie en première année, ça ne l'a pas empêché d'être odieux après ça ! » rétorqua le garçon
Les pensées se bousculaient dans la tête de Shadow tandis que la dispute continuait. D'un côté, il était à peu près persuadé que les deux humains étaient en train de dire du mal de son Homme en Noir, et cela le rendait furieux. De l'autre côté… ces voix et cette conversation avaient un petit air familier qu'il n'arriver pas à replacer, et qui lui faisaient vaguement penser à un autre endroit, à de longs couloirs, un feu, et pour une raison qu'il ignorait, aux couleurs rouge et or.
Au fur et à mesure que les sensations se bousculaient dans sa tête, il sentait son cœur s'accélérer et sa respiration s'emballer. Où était l'Homme en Noir ? Il avait besoin de lui, il voulait rentrer… il n'aurait pas du être ici, les deux humains n'auraient pas du se trouver là… ce n'était pas normal…
« Il ne m'a pas l'air si en forme que ça, à moi » continuait le garçon
« Evidemment, Ron, tu le fais exprès, par Merlin ! Harry était avec Voldemort il y a quelques jours à peine ! » répondit la jeune fille ulcérée
Harry… l'Homme en Noir l'avait appelé comme ça, lui aussi, comme s'il avait attendu quelque chose de lui en disant ce nom…
« Je ne lui fais pas confiance, c'est tout ! Regarde Harry, il ne nous reconnaît même pas ! »
« C'est précisément pour là que nous sommes là, et tu ne nous aides pas beaucoup ! »
« Si ça se trouve, ce n'est même pas le même chat ! »
« Oh, ça suffit » grogna la jeune fille. « Harry, je suis désolée, tout cela est ridicule… nous nous sommes terriblement inquiétés, ton enlèvement juste après ce qu'il venait de se passer, c'est vraiment horrible ! Y a t il quelque chose que nous puissions faire pour toi ? »
Sa voix tremblait à présent, et de nouvelles images vinrent défiler dans la tête du chat. Elle pleurait souvent, n'est ce pas ? Cette humaine était assez émotive… le garçon, en revanche…
« Hermione, il ne peut pas te comprendre » fit Ron en passant un bras sur ses épaules.
… le garçon était amoureux d'elle. Amusant.
« Il nous comprenait bien, à Grimmauld Place » renifla t elle
« C'était différent, 'Mione. » tenta de la consoler le garçon.
« Oh, tu as toujours ton collier, Harry ! » remarqua Hermione
Le collier. Il connaissait bien ce mot, ils parlaient de la chose argentée autour de son cou… il le grattait parfois, mais il aimait sentir sa présence, elle était réconfortante…
Une image bien plus nette que les autres cette fois vint s'imposer à son esprit, et Shadow du s'asseoir sous la force du choc.
Le collier. La jeune fille. Il était perché sur un fauteuil, dans une autre pièce, et l'humaine, les yeux humides, lui disait combien elle était heureuse que le collier l'aie aidé. Et il n'avait pas eut peur d'elle, au contraire, il s'était avancé pour poser une patte sur son visage, s'était frottée contre elle…
Le collier. Le bracelet… une lettre, une enveloppe, une chouette, une fenêtre ; il connaissait cette fenêtre, il s'était enfui à travers ses barreaux ; c'était elle, la jeune fille, qui avait envoyé… le bracelet… il l'avait passé à son poignet… son quoi ?
Pris d'une subite panique, le chat recula vivement, jusqu'à ce que son dos rencontre le mur. Devant lui, les deux adolescents le regardait les yeux grands ouverts, muets de stupeur. Le cœur battant à tout rompre, Shadow leur rendit leur regard effaré. Ils n'auraient pas du être là… ils étaient… ils…
Tout cet endroit n'aurait pas du exister ! Les images se bousculèrent dans sa tête ; une ruine fumante, des corps éparpillés, ces mêmes visages qui le regardaient couverts de sang, les yeux éteints fixant le vide, et le désespoir, le désespoir insupportable qui l'envahissait…
Affolé, il sauta d'un bond sur le rebord de la fenêtre, se jetant contre le carreau pour le briser, laissant échapper un miaulement de détresse. Il devait sortir d'ici immédiatement !
Il entendit qu'on ouvrait la porte et l'humaine se mit à crier :
« Professeur ! Professeur Snape ! Venez vite ! »
Un bruit de course s'ensuivit, et un instant plus tard l'Homme en Noir faisait son apparition dans la pièce, claquant la porte derrière lui. Sans hésiter, Shadow se précipita vers lui, sautant d'un bond dans ses bras qui le cueillirent en plein vol, avant de le serrer contre ses robes noires.
En sécurité… enfin.
« Ca va aller, Harry, calme toi… tout va bien. Regarde autour de toi, tout ceci est réel, tu comprends ? Laisse tes souvenirs remonter… »
Malgré lui, Shadow rouvrit les yeux et rencontra ceux des deux adolescents qui le regardaient, bouché bée. Il avait déjà vu cette expression sur ces mêmes visages… et dans les mêmes circonstances : quand ils avaient été surpris de le voir aller vers l'Homme en Noir. Mais à l'époque, les choses étaient différentes.
Et maintenant, elles étaient erronées, terriblement irréelles… parce qu'ils n'auraient jamais dus être là, à le regarder, ils étaient morts et cette maison avait été détruite !
Cette révélation le frappa de plein fouet. Ils ne pouvaient pas être là, voilà ce qui clochait ! Mais son sorcier était là lui aussi, et il était bien réel…
Il sentit des mains le saisir délicatement et le déposer sur le table. Il se retourna pour regarder l'Homme en Noir, et lu dans ces yeux sa calme détermination. Il avait quelque chose à accomplir, et le sorcier serait à ses côtés, quoiqu'il arrive.
Les deux jeunes humains se rapprochèrent à pas feutrés de la table et restèrent là, immobiles, le visage plein d'espoir et de doute.
Rassemblant son courage, Shadow traversa la table et s'avança vers eux jusqu'à presque les toucher, tous ses muscles crispés, prêt à s'enfuir au moindre geste menaçant.
Mais ils ne bougèrent pas ; en réalité, ils semblaient à peine respirer. Il sentit son cœur battre un peu plus fort encore… ils étaient bien vivant, pourtant ? Ils devaient l'être ! Il l'avait promis…
Qui ? L'Homme en Noir, sûrement, et un autre aussi. Il fallait qu'il soient réels, que ce soit vrai, tant de choses en dépendaient… et ces gens étaient… importants. Très importants.
Avec un dernier pas, il fut à portée du garçon roux. Il avança sa truffe jusqu'à sentir son bras… son odeur était familière, et surtout, vivante ! Il pouvait sentir sa chaleur, entendre les pulsation de son cœur… il plongea ses yeux dans ceux du garçon et sentit quelque chose en lui fondre sous son expression de paisible amitié.
D'un pas chancelant, il se dirigea vers la jeune fille. Comme il l'avait fait dans ses souvenirs, il posa une patte sur son bras, et quand elle se pencha vers lui, au lieu de s'enfuir, il posa une autre patte noire sur son visage. Le bracelet. Hermione. Vivante… Dumbledore avait raison, alors…
Il aurait voulu les prendre dans ses bras, leur expliquer, mais il ne pouvait pas, les émotions qui se bousculaient dans sa tête de chat l'en empêchaient.
Sautant à terre, il se tourna pour faire face à Snape et miaula doucement. Il vit le sorcier sourire, avec ce qui ressemblait fort à de la fierté, et il leva sa baguette :
« Animagus Revelio »
L'instant d'après une tornade brune lui sautait au cou, tandis que Ron lui assenait une claque énergique sur l'épaule.
« Pas trop tôt vieux ! Un peu plus et on allait te sortir des croquettes ! »
Harry leur sourit, ne sachant soudain plus quoi dire.
« Je… merci. Hermione, le bracelet… je t'expliquerai plus tard. Vous êtes vraiment là, n'est ce pas ? Et c'est vraiment le Terrier… oh, Merlin. J'ai été stupide, pas vrai ? »
« Bien au contraire, Harry » fit la voix grave de Snape. « Tu viens faire preuve de remarquables capacités d'analyse… pour un chat, certes, mais le mérite n'en est pas moindre. C'est un excellent travail. Mes félicitations Monsieur Potter. »
Le garçon lui rendit son sourire. Snape sentit son cœur se serrer à la vue de ce visage rayonnant ; ils y étaient, cette fois. Harry allait guérir, il allait retrouver ses amis, et reprendre sa vie. Il n'aurait plus besoin de lui et s'éloignerait progressivement tandis qu'il reprendrait confiance en lui, comme n'importe quel adolescent de son âge.
Harry avait besoin que l'on veille sur lui, oui. Mais il n'avait plus besoin d'un adulte dans sa vie ; il arrivait bien trop tard pour cela.
Il semblait pourtant tellement fragile, là, le regard brillant et un peu perdu, plaisantant avec animation avec ses amis…
« Severus » fit une voix douce à ses côtés « Vous reprendrez bien du thé ? »
Il s'arracha à ses pensées pour se tourner vers Molly Weasley, qui l'observait d'un air bienveillant.
« Volontier, merci. »
Après tout, Harry avait du temps à rattraper avec ses amis… mais il semblait toujours un peu incertain, une étincelle douloureuse s'allumant dans son regard de temps à autres. Inutile de faire durer cette séance trop longtemps, Harry avait déjà fait des progrès considérables, il ne devait pas trop pousser les choses.
« Vous avez fait un excellent travail, Severus » fit doucement Molly alors qu'elle lui servait une nouvelle tasse de thé et s'installait à ses côtés.
« Il ne sera pas prêt pour la rentrée. » répondit Snape. « Nous arriverons dans quelques jours, si tout va bien. Il n'a pas eu assez de temps pour se remettre. »
« Après tout ce qui est arrivé, personne ne s'attend à ce qu'il soit tout à fait le même, c'est évident. » acquiesça Molly. « Mais étant donné les circonstances… je le trouve remarquablement serein. Vous y êtes pour beaucoup, Severus, il est évident qu'Harry vous fait confiance, chat ou humain. »
Snape hocha la tête en prenant une gorgée de thé. Bien qu'il apprécia que Molly l'aie remarqué, il se sentait subitement très protecteur de sa relation avec Harry. Cela ne regardait que lui, vraiment, et le garçon bien entendu. Mais celui-ci semblait discuter de tout autres sujets, riant avec ses amis de Merlin savait quelle plaisanterie.
Visiblement soulagé, le cadet des Weasley s'avança vers eux :
« 'Man, je peux dire à Fred et Georges de venir ? Ils avaient des choses à montrer à Harry ! »
Molly ouvrit la bouche pour répondre mais Snape l'interrompit.
« Je regrette, Mr Weasley, mais nous allons devoir y aller. »
« Oh » fit Ron, déçu.
Mais à voir l'éclair de soulagement qui passa dans les yeux d'Harry, Severus sut qu'il avait fait le bon choix. Harry avait eut assez d'émotions pour aujourd'hui.
Le garçon salua ses amis avec un sourire contrit.
« A demain, Harry ! » fit Hermione. « Je suppose qu'on te retrouvera directement à Poudlard ? »
« Hum, je ne suis pas sûr… » répondit Harry. Il se tourna vers Snape, hésitant.
« Nous aurons quelques jours de retard. N'ayez pas d'inquiétude, miss Granger, vous retrouverez rapidement Harry. »
Ron et Hermione hochèrent la tête à regret.
« A bientôt, alors. Prend soin de toi, vieux. » fit Ron avec un regard en coin pour Snape
« Ne vous inquiétez pas. »
Là dessus, Harry vint rejoindre Snape près de la cheminée d'un pas confiant, un sourire heureux aux lèvres et Severus ne pu retenir le geste qui lui vint spontanément.
Jetant une poignée de poudre de cheminette dans la cheminée, il posa un bras sur les épaules du garçon tandis qu'ils s'avançaient paisiblement vers l'âtre.
Et si le concert de glapissement effarés derrière eux ne lui échappa pas, Harry, en revanche, se laissa aller contre lui le plus naturellement du monde.
A la maison. Ils étaient à la maison… songea Harry en pénétrant dans le laboratoire. Il aimait le Terrier, et il était plus que soulagé de voir qu'il n'avait pas réellement été détruit, mais cet endroit… c'était différent.
Il leva les yeux vers le professeur qui avait à contrecœur retiré son bras de ses épaules.
« Comment te sens tu ? »
La question revenait souvent, ces temps-ci…
« Bien. Mieux. Merci… je veux dire, pour tout. J'ai encore du mal à réaliser, mais le fait d'avoir pu les voir, de savoir qu'ils sont vivant… c'est vraiment un soulagement. Je crois que j'appréhendais beaucoup de les revoir. » avoua t il.
« Rien d'étonnant à cela » acquiesça Snape. « Cette confrontation était nécessairement douloureuse, en particulier dans ces circonstances. Tu t'en es vraiment très bien sorti, Harry. »
Puis, après un instant, il ajouta :
« Je suis fier de toi. »
Dire les mots à haute voix lui avait coûté, mais il fut récompensé en voyant l'expression sur le visage d'Harry. De la surprise d'abord, puis un mélange de joie enfantine et de soulagement intense qui éclairèrent les traits du garçon.
Un long silence confortable s'installa entre eux.
« Je suis content de ne pas avoir à partir demain… » murmura finalement Harry
Snape hocha la tête.
« Tu auras besoin d'un peu de temps pour être sûr de maîtriser tes transformations, et d'être prêt à y aller, tout simplement. »
« Vous restez aussi ? » demanda Harry avec empressement
« Quelques jours de repos ne me feront pas de mal… j'irai tout de même rentre visite aux serpentards après la cérémonie de répartition pour les passer en revue. Si cela ne t'ennuie pas, tu pourras m'attendre dans mon bureau, à Poudlard. »
Harry hésita un instant.
« Est ce que Ron et Hermione pourraient rester avec moi ? »
Snape plissa les yeux, inquisiteur.
« Pour ne pas être seul, ou pour mettre mon bureau à sac ? »
Harry ne put s'empêcher de rire. Et c'était bon, vraiment bon, songea t il
« Juste pour pouvoir discuter avec eux, professeur, vraiment ! Pour savoir comment s'est passé la rentrée, et… ce que les gens disent. »
« A ton sujet ? » demanda Snape
Le garçon hocha la tête.
« Tout le monde sera au courant, bien évidemment. Je pense que tu t'en doutes déjà… » fit Severus. « Les journaux en ont fait leurs gros titres depuis ta disparition, le jour de ton anniversaire. Harry Potter a disparu, Harry Potter a été enlevé par Voldemort… tout a été dit, et bien plus, comme d'habitude. Tu entendras plus de fausses rumeurs que de faits réels, Harry, n'oublie pas cela. Les gens aiment parler… »
« C'est pour cela que vous ne vouliez pas que je retourne à Poudlard immédiatement ? »
« En partie, » admit Snape. « Cela crée autant de problèmes que ça en résout, cependant. Tes amis et les professeurs auront le temps de rétablir certains faits et de dissiper quelques rumeurs, mais ton absence en engendrera d'autres. Rien de très réjouissant, dans tous les cas. »
« Et vous ? Qu'ont il dit à votre sujet ? »
Snape eut un petit rire sombre.
« 'Le mangemort n'en était finalement pas un… ou peut être que si.' La moitié des gens restent convaincus que j'ai travaillé à ta perte. Seuls les fils de mangemorts seront tout à fait convaincus de mon innocence, ou de ma culpabilité, en l'occurrence. »
« Et ce sont vos élèves… » murmura Harry
« Pire que cela, ce sont mes protégés. Cette année sera probablement plus difficile à gérer que les autres, oui. Mais c'est sans importance, vraiment. Ne plus avoir à espionner compenser largement. »
« Est ce qu'ils savent que… que vous m'hébergez ? » demanda Harry, les implications de ce que Snape venait de dire lui apparaissant de plus en plus clairement.
« Pas pour l'instant, non. » répondit Snape, tout en le dévisageant d'un regard perçant. « Personne n'a besoin de le savoir, Harry, ne t'inquiète pas. »
« Ce n'est pas ce que je voulais dire ! » protesta le garçon. « Je ne veux pas… je veux dire, je voudrais rester en contact avec vous à Poudlard, si vous le voulez bien, et je n'ai pas envie de me cacher. »
Il lui sembla que le regard du Maître des Potions s'était considérablement réchauffé à ses mots.
« Ma porte t'es toujours ouverte, ici comme à Poudlard » fit il d'un ton calme et assuré
Harry se mordit les lèvres. Ce n'était pas tout à fait ce qu'il avait voulu dire, mais… cela devrait suffire.
« Je ne veux pas non plus vous attirer d'ennui » dit il finalement
« Les seuls ennuis que tu vas très certainement m'attirer, sont les regards entendus que Dumbledore a déjà commencé à m'adresser et qui risquent rapidement de s'étendre au reste du personnel enseignant. Je pense pouvoir faire avec, cependant. » conclu Snape avec un petit sourire rusé.
« Vous… oh. Oui, je suppose que je n'y échapperai pas non plus. Après cinq années passées à s'insulter, ça doit paraître un peu bizarre de nous voir nous parler normalement. » fit Harry avec un rire contraint. « Mais je regretterai cet endroit… le Manoir, le laboratoire surtout. On se sent vraiment bien, ici. »
Il sentit Snape se crisper à ses mot.
« Tu aimes le Manoir ? » demanda t il comme si l'idée était inconcevable.
Harry lui jeta un regard curieux.
« Bien sûr. C'est calme, du moins quand Voldemort ne tente pas de voler mes pouvoirs ; le parc est immense, j'aime bien la vue de ma fenêtre et… je ne sais pas. C'est surtout le donjon que j'aime. » Il haussa les épaules. « C'est le premier endroit où je me sois jamais senti chez moi, même si c'était en tant que chat. Mais rassurez vous, je n'ai pas l'intention de marquer mon territoire ! »
Snape sourit à la plaisanterie, mais Harry voyait bien qu'il se forçait. Quelque chose dans ce qu'il avait dit venait de le perturber…
« Ta chambre, Harry, elle restera la tienne. Fais en ce que tu veux, change la décoration, laisses y des affaires, je n'irai pas fouiller. Considère toi comme chez toi. »
Le garçon resta muet de stupeur.
« Je ne peux pas accepter, je veux dire, c'est chez vous, je sais bien que je ne suis pas un chat, je voulais simplement dire… »
Snape l'arrêta d'un geste.
« En réalité, Harry, cet endroit t'appartient autant qu'à moi. Je sais que tu possèdes déjà Grimmauld Place… Albus n'a peut être pas encore eut l'occasion de te le dire, mais tu as hérité de toutes les possession de Black. Quoiqu'il en soit, que tu l'utilises ou pas, cette chambre restera la tienne. J'ai bien assez de pièces vides ici, elle ne me fera pas défaut, crois moi. »
Harry secoua la tête. Il n'était pas sûr de comprendre. Dumbledore lui avait envoyé une lettre au début de l'été pour le prévenir qu'il était en effet le légitime propriétaire de Grimmauld Place, mais l'endroit ne refermait que de mauvais souvenirs et l'ombre d'un Sirius amer et usé, il n'avait jamais pensé à retourner.
Il n'avait jamais pensé retourner au Manoir non plus après ces vacances, mais pas pour les mêmes raisons…
« Cela ne vous dérangerait pas ? Je peux faire la cuisine, vous savez, et tout ce que vous voulez… »
« Je serai ravi de goûter à ta cuisine, mais ce n'est pas indispensable. Tu n'as pas à gagner le droit de venir ici. Comme je te l'ai dit, cet endroit t'appartient autant qu'à moi. Plus, certainement… » murmura Snape
Harry secoua la tête, médusé.
« je ne comprends pas… »
« Non, certainement » répondit Snape. « Mais il commence vraiment à se faire tard ; un bon repas et une nuit de sommeil semblent tout indiqués. »
« Et une douche » ajouta Harry en voyant l'état de ses vêtements.
Severus acquiesça.
« Ta liste de fournitures scolaires est dans mon bureau, nous profiterons d'aller les chercher à Diagon Alley pour t'acheter de nouveaux vêtements. »
« C'est parfait pour les robes de sorcier, mais je n'ai jamais pu y trouver un seul malheureux jean… » se lamenta Harry
« Un tour à Londres également, dans ce cas » fit Snape
« Vous m'accompagneriez ? » demanda Harry avec un large sourire
Snape leva les yeux au ciel
« Oui, Potter, si je suis allé vous chercher dans le repaire de Voldemort, je peux bien vous escorter dans quelques magasins de vêtements à la mode chez les adolescents moldus, Merlin me vienne en aide ! »
Malgré les souvenirs, le garçon ne pu s'empêcher d'éclater de rire.
« Attendez d'y être pour dire ça ! »
Puis, se reprenant :
« Merci, professeur. Vraiment. »
« Severus. »
« Pardon ? » fit Harry, décontenancé.
« Si tu dois venir occuper ta chambre régulièrement, autant te rappeler que j'ai un prénom. Une offre valable uniquement sur ce territoire, Potter ! » fit le professeur avec un regard noir
« Je, heu… oui, bien sûr, professeur ! … Severus ! »
Le Maître des Potions eut un petit sourire en coin.
« Pas si évident, n'est ce pas ? Fais comme tu le sens. Vraiment, Harry, comme tu te sentiras le plus à l'aise. »
Le garçon hocha la tête, visiblement sous le choc.
Une chambre. Severus. Est ce que cela signifiait qu'il était vraiment chez lui ? Pas seulement dans ces murs, mais aux côtés de Snape, et ce même après qu'il soit retourné à Poudlard ?
Tandis que le professeur préparait un repas en quelques incantations rapides, Harry se laissa bercer par l'idée. Une maison. Une famille. Non, juste quelqu'un, se corrigea t il, mais quelqu'un qui se préoccupait de lui et qui voulait qu'il soit là… pas parce qu'il avait pitié, ou pour ce qu'il représentait, mais pour lui, se rappela t il en se remémorant les souvenirs qu'il avait vu dans l'esprit de Snape.
Il sentit un sourire lui venir aux lèvres ; mais pas seulement aux lèvres, en réalité. Tout son visage était soudain plus détendu, et ses yeux souriaient également. Il devait être contagieux, car quand Snape… Severus se tourna vers lui pour lui tendre une assiette, il se mit également à sourire, son expression presque sereine.
Ils mangèrent face au feu, sans un mot. Ce n'était pas nécessaire, songea Harry avec un bâillement, ils étaient confortablement installés dans leurs fauteuils, au chaud, et après cette longue journée, ils dégustaient le plaisir de se sentir tout simplement bien.
Bien, et en bonne compagnie. Harry ferma un instant les yeux pour graver cet instant dans sa mémoire. Les craquements et la chaleur du feu l'engourdirent peu à peu, et il ne sentit pas son menton retomber sur sa poitrine, ni l'assiette qu'on lui enlevait délicatement des mains.
Il avait toujours un léger sourire aux lèvres quand Severus lui ôta ses lunettes, et il ne se réveilla pas même quand le Maître des Potions le prit dans ses bras pour la deuxième fois de la journée, et le porta dans sa chambre.
Sa chambre, oui, songea Severus en tirant les rideaux. En espérant qu'elle ne resterait pas une coquille vide, vague souvenir de son passage, après que le garçon soit retourné à Poudlard.
Remontant les couvertures, Snape rangea machinalement une mèche sur le front du garçon. Il lui sembla un instant que celui ci avait pressé un peu plus son front dans sa main ; mais lui-même était épuisé à présent… déposant quelques potions sur la table de chevet, il sorti à pas légers.
« Bonne nuit, Harry. » murmura t il.
Et il referma doucement la porte sur le garçon qui souriait toujours.
Et voici le chapitre 25, qui bien entendu ne finit absolument pas là où je l'aurai souhaité ! Mais promis, le prochain se passera en grande partie à Poudlard ! Shadow avait juste besoin d'un peu plus de temps… c'est fou comme on se rend compte que ses personnages n'en font régulièrement qu'à leur tête !
J'ai été trèèès productive ces dernières semaines, avec la traduction des trois premiers chapitres d'une fiction anglaise nommée ' Reading the Signs', vous trouverez la trad faite par bibi sur mon livejournal et sur hpfanfiction , sous le titre de ' déchiffrer les signes'. Une petite fic Harry/snape de type relations parentales, très très tendre et mignone, je l'adore ! ( sinon je ne la traduirai pas, hein !)
Et également la trad du 5eme chapitre de Shadow en anglais… et je devrais publier demain celle du 12eme chapitre d'AYLNO !
Au passage, pour ceux qui lisent Déchiffrer les signes, petit jeu de piste : j'ai piqué une phrase à cette fic dans ce chapitre, saurez vous dire laquelle ? Le gagnant gagne une moustache de Shadow ! ;-)
Un gros smouch pour vos adorables reviews qui me font carburer jusqu'à 1h du mat à écrire sur mon portable ;-)
