Chapitre 24

« Entrez, Sirius ! dit Pomfresh. Vous voulez le voir ? » Sirius se sentit presque rassuré par le sourire bienveillant de l'infirmière. Si Remus était vraiment mal en point, cela se verrait sur son visage, n'est-ce pas… ?

« Comment il va ? demanda-t-il, planté devant l'entrée de l'infirmerie.
- Bien mieux qu'à son arrivée, ne vous inquiétez pas. Le Docteur Cornwell est un excellent praticien.
- Il dit qu'il s'en sortira cette fois, mais que la prochaine… » Il se tut, la gorge trop serrée pour poursuivre. Mme Pomfresh le prit gentiment par le coude pour le conduire jusqu'au lit de Remus. « Nous ferons en sorte qu'il aille suffisamment bien pour que le pire n'arrive pas, lui promit-elle doucement. Je suis sûre que le professeur Dumbledore prendra des mesures dans ce sens. »

Remus dormait, l'air si paisible que Sirius sentit son angoisse fondre. Il ne s'attarda pas sur les bandages nombreux, ni sur la pâleur de son ami. Ce qui comptait, c'était l'absence de crispation de son visage, comme si enfin, il ne souffrait plus. « Il a l'air mieux… murmura-t-il.
- Nous lui avons donné quelque chose contre la douleur.
- Son père ne le soignait jamais… Après les pleines lunes… Il se contentait de venir vérifier s'il était mort ou non… »

Il ne réalisa qu'il pleurait que lorsque Mme Pomfresh lui tendit un mouchoir. « Vous êtes épuisé, Sirius. Vous devriez aller vous coucher.
- Est-ce que… je peux rester ici cette nuit ?
- Oui. Evidemment. Je vous prépare un lit. »

OOO

Sirius avait tiré son lit contre celui de Remus. Il pensait avoir du mal à trouver le sommeil, mais il était tellement épuisé qu'il sentit ses yeux se fermer presque aussitôt. Il lutta, pris d'une vague angoisse. Pouvait-il vraiment dormir, sombrer dans l'inconscience, alors que son ami était encore si faible, si mal en point ?

Remus ne risquait rien. Mrs Pomfresh veillait sur lui, elle s'assurerait que tout irait bien. Il était en parfaite sécurité, Sirius pouvait se laisser aller et se reposer. Il tendit la main pour prendre celle de Remus.

Il l'avait fait, finalement. Il l'avait sauvé. Il l'avait sorti de son horrible cage. Dumbledore le protègerait, il n'avait plus à s'inquiéter. La prochaine pleine lune ? Sirius serait là. Le chien apaiserait suffisamment le loup pour que tout se passe bien, il n'avait pas à s'en inquiéter. Tout irait bien.

Avec un soupir apaisé, Sirius se laissa finalement glisser dans le sommeil.

OOO

« Laissez-moi le voir ! Il faut absolument que je lui parle !
- James, je vous en prie…
- Qu'est-ce qu'il fait à l'infirmerie, s'il va bien ?! Laissez-moi le voir ! »

Sirius s'assit dans son lit, encore à moitié endormi. Un moment, il se crut encore en train de rêver. Avait-il vraiment entendu la voix de James ?

« S'il vous plaît ! Est-ce qu'il est blessé ?! »

Non, il ne rêvait pas. C'était définitivement James, qui criait à la porte de l'infirmerie. Sirius se pencha légèrement pour regarder au-delà du paravent installé par l'infirmière pour préserver l'intimité de Remus. Il aperçut vaguement James tentant de passer le barrage de Pomfresh.

Qu'est-ce que James faisait à Poudlard ?

Sirius sauta à bas du lit et enfila son pantalon qu'il avait laissé sur une chaise. Un coup d'œil à Remus lui montra que celui-ci dormait toujours profondément. Il lui parut moins pâle, mais peut-être était-ce juste à cause du soleil. Il faisait particulièrement beau, ce matin. Sirius s'en sentit rasséréné. Tout s'arrangeait vraiment.

« Mes parents discutent justement avec le professeur Dumbledore ! insistait James. Il FAUT que je voie Sirius ! » Pourquoi James était-il aussi inquiet ? se demanda Sirius. Il enfila ses chaussures rapidement et rejoignit l'infirmière, qui tenait toujours la porte contre son ami.

« Qu'est-ce que tu fais à Poudlard ? » demanda Sirius à James. Celui-ci le dévisagea de la tête aux pieds, l'air abasourdi. Et véritablement inquiet. « Tu vas bien ?
- J'ai l'air d'aller mal ? Bien sûr, que je vais bien !
- Je vous l'avais dit, Mr Potter, appuya Pomfresh. Sirius va parfaitement bien !
- Alors qu'est-ce qu'il fiche à l'infirmerie ?! »

Il y avait une tension formidable, chez James. Un mélange d'inquiétude et de colère, sans que Sirius comprenne pourquoi. « Réponds, Sirius ! insista James.
- Viens… » Sirius prit James par le bras et l'entraîna dans le couloir. Il ne tenait pas à ce que James sache, pour Remus. Pas encore. « Je vais très bien ! lui assura-t-il une nouvelle fois.
- Tu es sûr ?
- Evidemment ! Pourquoi tu t'inquiètes autant ?
- Parce que c'était la pleine lune ! » lâcha James, visiblement à bout de nerfs.

Sirius pâlit. De toutes les réponses que pouvait lui faire James, c'était celle à laquelle il s'attendait le moins. Et celle qui l'effrayait le plus. « Qu'est-ce que tu racontes… ?
- Ne me prends pas pour un con, Sirius ! répliqua James vertement. Oh, ça m'a pris du temps, je l'admets, mais j'ai fini par comprendre ! Bon sang ! »

Il tremblait, et ce n'était pas de colère. James était réellement inquiet. « Calme-toi, James… dit Sirius, cherchant à se montrer apaisant.
- Que je me calme ?! Est-ce que tu as été mordu ?! C'est pour cela que tu étais à l'infirmerie ?! Dis-moi que je me trompe, dis-moi que tu n'as pas été aussi stupide que ça… ! »

Inutile de nier. D'une façon ou d'une autre, James avait découvert que les cachoteries de Sirius étaient liées à un loup-garou. Sirius n'allait pas insulter son ami en prétendant qu'il faisait fausse route, il méritait mieux que cela. Il méritait d'abord d'être rassuré.

« Je n'ai pas été mordu par un loup-garou, James, lui assura-t-il. Je te le jure.
- Mais c'était ça, hein ?! Ton ami, là… C'est un loup-garou ?!
- Ne parle pas si fort ! s'exclama Sirius, inquiet.
- Ton brusque intérêt pour les loups-garous… Quand j'ai réalisé que c'était la pleine lune, j'ai compris que c'était ça, la maladie de ton ami… Bon sang, Sirius… ! »

Sirius avait toujours craint le moment où il devrait parler vraiment de Remus à James. Comment lui faire oublier ses préjugés ? James était tellement sur les nerfs qu'il ne lui paraissait même pas prêt à écouter.

« Il s'appelle Remus. Et… oui. C'est un loup-garou.
- Je t'avais dit qu'il ne fallait pas fréquenter ces monstres ! s'emporta James. Pourquoi tu ne m'écoutes pas ?! Est-ce que tu es conscient des risques que tu prends, au moins ?!
- Les risques sont minimes, James…
- Tu es vraiment aussi stupide que ça, Sirius ?! »

Sirius fronça les sourcils, sur la défensive. Autant il comprenait l'inquiétude de James, autant il refusait que James puisse se révéler être une menace pour Remus. Il n'y avait pas trente-six solutions. James pouvait rester imperméable à tous ses arguments, mais Sirius connaissait son point faible : il avait fondamentalement bon cœur.

Il passa son bras sous celui de James et l'entraîna vers l'infirmerie. « Qu'est-ce que… fit celui-ci, surpris.
- Avant qu'on discute plus de tout ça, je veux que tu voies un truc…
- Sirius, non ! tenta Mrs Pomfresh alors qu'ils se dirigeaient droit vers le paravent qui abritait Remus.
- Il faut qu'il comprenne ! » répliqua Sirius. Il écarta le paravent et fit un pas de côté pour permettre à James de voir Remus. Il retint son souffle, croisant les doigts, les yeux rivés sur son meilleur ami. Tremblant de s'être trompé.

« C'est lui… ? murmura James.
- Oui.
- Il est tellement… jeune…
- Regarde-le, James ! Tu trouves qu'il ressemble à un monstre sanguinaire ? » Il était presque rassuré. Si James acceptait de seulement le regarder, alors c'était gagné. Il verrait Remus tel qu'il était réellement, un garçon malheureux qui avait passé presque toute sa vie à souffrir. Et il se laisserait émouvoir. C'était certain.

« Pourquoi tous ces bandages… ? demanda James, sans quitter Remus des yeux.
- Le résultat de la dernière pleine lune. Il était presque mort, quand je l'ai amené ici…
- Il s'est blessé ?
- Oui. Remus est avant tout dangereux pour lui-même, James… Il ne m'a jamais fait de mal à moi… »

Il avança jusqu'au lit, sur lequel il s'assit. Il effleura la main de Remus qui reposait sur le drap, inerte. « Il était enfermé dans une cage, dans la cave de son père.
- Pendant la pleine lune… ?
- Non. Il y était enfermé tout le temps. Comme toi, son père pense que son fils n'est qu'un monstre qui ne mérite pas de vivre. Mais parle un peu avec lui, et tu verras certainement les choses autrement ! Remus est quelqu'un de bien. Il n'y a absolument rien de violent, chez lui. L'idée qu'il puisse faire du mal à quelqu'un lui fait horreur.
- Mais quand il est transformé, il est dangereux ! tenta James, d'une voix bien faible.
- Oui. Il est dangereux quelques heures par mois. A condition que tu sois enfermé avec lui ! Encore que les choses ne soient pas aussi simples, en vérité… »

Il ne pouvait évidemment pas parler maintenant à James de l'expérience qu'il avait vécue avec Remus, sous sa forme animagus, pas devant Pomfresh.

« Ecoute, James… Tu penses vraiment que Dumbledore aurait permis qu'il soit ici, dans l'école, s'il y avait le moindre petit danger ? Dumbledore te dira certainement que Remus est inoffensif tant que ce n'est pas la pleine lune. Tu peux lui faire confiance, tu ne crois pas ? » James ne répondit pas. Il gardait les yeux fixés sur Remus, détaillant sa silhouette malingre, comme s'il se livrait à quelque débat intérieur. Sirius esquissa un sourire. Il savait que la partie était gagnée. Toutes les certitudes que James pouvait avoir au sujet des loups-garous se trouvaient balayées par ce qu'il voyait là, maintenant, dans l'infirmerie de Poudlard.

« Il s'appelle comment, déjà ? demanda James.
- Remus.
- Il va guérir ? Je veux dire… Tous ces bandages…
- On l'espère… soupira Sirius, son inquiétude ravivée. S'il ne se remet pas avant la prochaine pleine lune, alors… » Il serra la main de Remus dans la sienne, refoulant tant bien que mal sa tristesse et la brusque bouffée d'angoisse qu'il sentait monter en lui.

« D'accord, fit James. Qu'est-ce qu'on peut faire pour l'aider, alors ?
- Pour le moment, rien. Ensuite… Il a perdu l'envie de vivre, je crois. Il attend simplement que la mort vienne, et ça… » Il avait définitivement la gorge serrée, maintenant. « S'il réalise qu'il peut avoir des amis comme tout le monde, qu'il y a des gens qui tiennent à lui, alors peut-être qu'il trouvera la force de se battre. Sinon… »

James posa une main sur son épaule. Et c'était réconfortant, de l'avoir là, à ses côtés, alors qu'il était tellement inquiet pour Remus. « Il faut que je lui fasse comprendre qu'il a le droit à une vie normale, ajouta Sirius, tournant la tête vers James. Et ça, c'est dur.
- Je t'aiderai, Sirius », promit James.

OOO

Dumbledore entra dans l'infirmerie, les parents de James sur les talons. Sirius nota immédiatement leur air grave, ce qui ne lui plut pas du tout. James avait finalement accepté de voir Remus comme un être humain victime d'une terrible malédiction plutôt que comme un monstre, mais serait-ce le cas pour ses parents ?

Et si ceux-ci restaient convaincus que la présence de Remus à Poudlard mettait les élèves en danger ? Ils pouvaient très bien alerter l'opinion publique, révéler au grand jour le secret de Remus pour pousser les autres parents à prendre position contre lui. Et qu'arriverait-il alors à Remus… ?

« Tout va bien, Sirius ! lui dit aussitôt Dumbledore, comme s'il avait lu ses pensées. Mr et Mrs Potter garderont le silence sur la nature… délicate… de Remus.
- Le Professeur Dumbledore nous a assuré que tout serait fait pour garantir la sécurité des enfants, dit à son tour le père de James. Et nous avons décidé de lui faire confiance. » Il échangea un regard avec sa femme. Ils n'étaient pas entièrement convaincus de l'inoffensivité de Remus, de toute évidence, mais ils choisissaient d'écouter Dumbledore. Sirius se sentit pris d'un immense élan de gratitude envers le vieux Sorcier, pour sa bonté, sa sagesse.

« Qu'est-ce que tu fais, James ? demanda Mrs Potter à son fils. Tu rentres avec nous, où tu restes à Poudlard ?
- J'aimerais rester avec Sirius, répondit James. Il a besoin qu'on lui remonte le moral !
- Comme tu veux. » Si elle le laissait à Poudlard, ce n'était visiblement pas de gaîté de cœur. Sirius ne s'en sentit que plus touché.

« Merci, Mrs Potter… »

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Avec Dumbledore, ils raccompagnèrent les parents de James jusque dans le hall. Après les embrassades de rigueur, les Potter quittèrent l'école. Sirius se tourna vers le vieux professeur. « Merci pour tout…
- Garder la présence de Remus ici secrète ne sera pas possible, Sirius… remarqua Dumbledore, l'air songeur. Nous avons de la chance que Mr et Mrs Potter soient des gens ouverts d'esprit…
- Alors, qu'allons-nous faire ? » demanda James.

Dumbledore n'eut pas le loisir de répondre. La porte de l'école s'ouvrit de nouveau. Hagrid entra, accompagné d'un homme. Un homme que Sirius ne s'attendait certainement pas à voir là, à Poudlard…

« Professeur… souffla-t-il, inquiet. Comment sait-il… ?
- Il fallait qu'il soit au courant, Sirius, fit Dumbledore, posant une main apaisante sur son épaule.
- Il va vouloir le ramener chez lui… !
- Qui est-ce ? demanda James.
- Le père de Remus… » lâcha Sirius du bout des lèvres. Son tortionnaire. Celui qui creusait sa tombe alors qu'il vivait encore.

« Professeur Dumbledore… fit Mr Lupin, se plantant à quelques pas du groupe. Il est ici… ?
- Oui, Mr Lupin. »

L'homme était tellement pâle qu'il en paraissait malade. Sirius serra les poings, pris d'une furieuse envie de le frapper. Il n'allait certainement pas s'apitoyer sur ce monstre ! « Il est dangereux… marmonna Lupin, sans lever les yeux vers eux. Vous ne devriez pas le laisser dans vos murs…
- Dangereux ?! explosa Sirius. Il est mourant !
- Calmez-vous, Sirius ! dit Dumbledore posément. Mr Lupin, je propose que nous allions parler de tout cela dans mon bureau…
- Rendez-moi mon fils.
- Votre fils a besoin de soins. Nous sommes à même de lui en prodiguer.
- Et ensuite ?! fit Lupin, l'air pitoyable. Une nouvelle pleine lune, où il se blessera tout autant… ?! Quand tout cela cessera-t-il… ?! »

Sirius n'en croyait pas ses oreilles. Qu'est-ce que ce type épouvantable était-il en train de dire… ? Qu'il valait mieux que Remus meurt là, maintenant ?!

« Il vivra ! Je serai là pour lui, je l'aiderai à surmonter ça ! »

Lupin le regarda, l'air à la fois surpris et vaguement désabusé. « Qu'est-ce que vous racontez, jeune homme… ? Savez-vous seulement ce que vous dites ?!
- Je sais que je peux l'aider ! Je l'ai déjà fait ! répliqua Sirius d'un air de défi.
- Montons dans mon bureau, coupa Dumbledore. Il faut que nous parlions de tout cela sérieusement, et le hall de l'école ne me semble pas du tout approprié pour cela… »

OOO

Sirius suivit le professeur Dumbledore et Mr Lupin dans les couloirs, morose. Dumbledore avait eu le bon goût de ne pas lui demander de rester en arrière. Il ne l'aurait pas supporté. Si l'avenir de Remus se jouait dans les instants qui suivraient, il fallait qu'il soit là. Mais Mr Lupin, apparemment, ne l'entendait pas de cette oreille.

« Pourquoi ce garçon nous suit-il ?! demanda-t-il à peine la porte du bureau refermée sur eux.
- Ce garçon est l'ami de votre fils, expliqua Dumbledore, s'asseyant dans son fauteuil.
- Mon fils n'a pas d'ami ! répliqua Lupin.
- Vous vous êtes donné bien du mal pour cela ! trancha Sirius, acerbe. Et pourtant, c'est vrai ! Remus et moi sommes amis ! »

Il vit Lupin sursauter très nettement, lorsqu'il prononça le prénom de Remus. Cela le réjouit presque.

« Qui vous a dit… ?!
- Je sais beaucoup de choses, répondit Sirius. Qu'il s'appelle Remus, qu'il a été attaqué par un loup-garou à l'âge de cinq ans… et que vous le tenez enfermé dans une cage misérable depuis tout ce temps ! » Sa voix avait tremblé sur les derniers mots, de rage, de tristesse. Lupin eut le bon goût de détourner le regard. Avait-il honte, finalement, de ce qu'il avait infligé à son propre fils… ?

« Je l'ai fait pour protéger les autres… murmura-t-il.
- C'est ce que vous vous dites pour avoir bonne conscience ! Mais ce que vous lui avez fait est monstrueux ! Comment vous avez pu lui faire subir tout ça ?! C'est le garçon le plus doux, le plus gentil que je connaisse ! Comment pouvez-vous croire qu'il est mauvais ?! »

Ses sentiments le débordaient, il ne se maîtrisait plus du tout. Toute sa colère, tout son mal-être, toute son inquiétude, il allait les reverser là, en vrac, sur l'homme qui en était responsable.

« Ce n'est plus un être humain ! fit Lupin, d'une voix misérable.
- C'est votre fils !
- Sirius, calmez-vous… intervint Dumbledore.
- Les loups-garous attaquent les gens ! poursuivit Lupin, d'une voix plus forte, plus maîtrisée. Ils tuent ! Pouvais-je laisser mon fils devenir une menace ?! Tu penses vraiment que j'ai fait cela de gaîté de cœur, renoncer à mon enfant ?! Qu'est-ce que tu crois qu'a été ma vie, toutes ces années durant, à attendre que la malédiction s'achève… ?!
- Votre vie… lâcha Sirius. Et sa vie à lui ! Mourant de faim et de froid, souffrant le martyr après chaque pleine lune… !
- Oui, c'est atroce ! Oui, ce que j'ai fait est ignoble ! Et je me déteste pour ça ! »

Lupin s'affala dans une chaise, à la grande surprise de Sirius. Et il éclata en sanglots. De longs sanglots affreux à entendre.

Mais la colère de Sirius était trop forte. Cet homme s'apitoyait sur son propre sort ?! Et Remus, alors ?! « Vous êtes pathétique ! Vous pleurnichez, alors que Remus, lui…
- Sirius… coupa Dumbledore. Voulez-vous bien nous laisser, maintenant ? Il faut que je parle à Mr Lupin. Sérieusement. »

Sirius hésita. Mais que pouvait-il ajouter de plus ? Les larmes de Lupin avaient beau l'exaspérer, elles étaient aussi la marque que tout n'était pas perdu, pour Remus. Si son père, en définitive, regrettait ce qu'il avait fait…

« Laissez-nous nous occuper de Remus… dit-il à Lupin. Laissez-nous vous libérer de ce fardeau-là…
- C'est trop dangereux ! gémit Lupin.
- Non, intervint Dumbledore. Si nous y mettons toutes les précautions nécessaires, ce ne sera pas dangereux. Etes-vous prêt à en parler, Mr Lupin ? Vous devez bien comprendre que Remus ne peut plus continuer à vivre dans de telles conditions, il faut trouver autre chose. Je pense pouvoir l'accueillir ici, à Poudlard. »

Sirius sentit son cœur se gonfler d'allégresse. Remus, à Poudlard… ? Il n'aurait rien pu imaginer de mieux ! Lupin s'essuya les yeux du revers de sa manche crasseuse, muet. Il paraissait désarçonné, mais pas franchement hostile à l'idée. Pour la première fois, Sirius se prit à vraiment espérer.

« Alors, Mr Lupin ? insista Dumbledore.
- Quelles précautions… ? »

Dumbledore adressa un sourire à Sirius et lui fit signe de quitter le bureau. Sirius obtempéra, sûr que la partie était d'ores et déjà gagnée.

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