Hello All !

Première release avec le nouveau système ;)

Pour l'histoire : une petite mise au point pour Alarion dans ce chapitre ! :)

Bonne Lecture ! :D

Review :

snowman chapter 23 . Oct 14

magnifiquement bien écrit GG

Merci beaucoup à toi :D


Chap 24 : Poursuivre

Je m'assoie sur un rocher de bonne taille au bord de la route. Il ne me reste plus que deux milles à parcourir pour atteindre le village dans lequel je compte m'arrêter pour la nuit mais je ne résiste pas à l'idée de faire une pause. Le soleil est assez bas et pourtant il fait encore vraiment très chaud. Et bien que le désert de Shurima était pire que cela j'apprécie ma gourde remplie d'eau fraîche.

J'ai finalement repris la route après avoir passé plus de trois semaines sous la tutelle directe de Karma. Malgré mon appréhension à ce sujet elle a insistée pour que je pratique la méditation et d'autres techniques de contrôle des ''flux spirituels'' comme elle les appelle. Les premiers jours ont été très difficiles surtout à cause de ma peur de libérer cette... ''chose'' qui repose dans mon âme.

Mais finalement au bout du compte je lui en suis très reconnaissant, car hormis le fait que j'ai perfectionné ma propre méthode pour garder mon calme je suis en mesure de garder un certain contrôle en permanence durant les crises. Jusqu'à présent j'ai été ''chanceux'', si je puis dire, d'avoir un moyen de stopper l'invasion de mon esprit par cette entité en la personne des Champions de l'Institut de la Guerre.

Maintenant si jamais ''il'' tente de prendre le contrôle de mon corps, suite à un trop grand stress par exemple, je peux le tenir à distance si besoin. Cela se traduit par ma capacité à rester aussi longtemps que je veux au stade où je sens ce calme absolu, qui me permet d'analyser les événements avec tout le recul nécessaire, sans jamais franchir le point de non-retour. Durant cette période mes yeux deviennent dorés car, conséquence inévitable, il y a quand même un lien qui s'établi entre mon ''invité'' et moi.

Je sais tout cela car lors d'une des séances où j'ai perdu patience l'espace d'une seconde ''il'' en a profité pour s'introduire dans mon esprit et j'ai alors entendu sa voix pour la première fois. Voix que je donnerais cher pour oublier... Maintenant que je repense à cette situation à tête reposée je ne saurais pas quoi en dire. ''Il'' a beaucoup d'orgueil mais pour le reste... Il parvient à exprimer de la colère et de la joie en même temps et on dirait que ma résistance à ses tentatives de possession l'amuse, sincèrement, à la manière d'un enfant.

J'ai déployé autant de volonté que possible, assisté par la Sagesse Incarnée, pour le refouler le plus loin possible et j'ai réussi je ne sais comment à tracer une limite qu'il ne peut plus franchir, à moins que je ne l'autorise. Une fois cet état, auparavant second, stabilisé j'ai vu que Irelia était blessée.

Elle a du m'affronter... Enfin l'affronter ''lui''... Pendant que nous étions en train de batailler à le retenir. Apparemment l'échange a été très court mais d'après la guerrière cette créature dispose de capacités qui sont difficiles à parer directement car il semble corrompre la réalité autour de lui. Entendre ça m'a terrifié car bien que j'ai souvent repensé à ce qui s'est passé à Demacia je n'avais pas du tout envisagé ce genre de possibilité.

Cependant une fois au calme et de retour dans mon état normal l'Ancienne m'a demandée comment je voyais le tableau dans son ensemble désormais. Quand je lui ai répondu que j'avais dressé un mur entre lui et moi elle a pris un air grave. Karma m'a informée, qu'effectivement, c'était la manière la plus sûre de la tenir à distance mais que si jamais cette entité venait à franchir cette défense je n'aurais plus aucun moyen de la stopper et qu'elle s'emparerait de mon corps sans que je puisse m'y opposer.

De toute manière je ne compte pas lui laisser cette chance et maintenant que le risque de blesser les gens autour de moi est bien moins important je me sens plus léger. Il faut que je trouve une méthode pour l'éjecter de mon corps désormais.

J'ai demandé aux deux ioniennes ce que je pouvais leur offrir en guise de remerciements et d'excuses pour ce que je leur ai fait subir mais finalement nous n'avons pas pu nous mettre d'accord. La Sagesse Incarnée m'a simplement demandée de poursuivre mes investigations en prenant garde de ne pas sauter d'étapes et la Volonté des Lames d'être digne. Je n'ai toujours pas compris d'ailleurs ce qu'elle voulait dire.

Nous nous sommes séparés peu de temps après et j'avoue ne pas trop savoir quoi penser. J'ai fait des progrès indéniables mais je suis loin d'avoir tout découvert aussi bien au niveau de moi-même que de cette maudite organisation. Le point dont je suis pourtant sûr cependant est que les deux sont liés... Comment et jusqu'où ? Bonne question...

Je raccroche la gourde à ma ceinture en poussant les deux rouleaux donné par l'Ancienne qui a écrit dessus plusieurs textes sur lesquels elle m'a demandé de réfléchir avec sérieux. J'ai essayé les deux premiers jours mais j'ai rapidement abandonné. Pour moi ce n'est que du charabia. Je les garde dans un coin de ma tête pourtant au cas où j'aurais une illumination quelconque pendant mon trajet. Je me relève et je reprends ma marche. J'ai encore de la route.


Le lendemain matin je repars aussitôt l'aube levée car j'ai entendu l'aubergiste dire que les principaux passages du Nord sont bloqués par les pluies diluviennes qui ont eue lieu la nuit dernière. Il faut donc que je me hâte pour pouvoir passer au plus vite. En sortant de l'établissement je constate, comme pour appuyer les dires de cet homme, que les canaux ressemblent plus à des torrents miniatures qu'à des rivières tranquilles.

Je dépasse les dernières habitations quand j'aperçois une dizaine de personne affairées autour d'une roue à aubes de grande taille qui a perdu une partie de ses rayons extérieurs. J'imagine que les dégâts matériels sont inévitables après ce genre d'intempéries. Je me demande d'ailleurs dans quel état vont se trouver les sentiers montagneux que je dois emprunter pour avancer.

Je fais une dizaine de mètres de plus quand j'entends des cris de panique suivi d'un craquement sourd dans mon dos. Je me retourne précipitamment pour voir que l'axe de la roue vient de s'arracher, avec une bonne portion du mur, de son support. Tous se sont écartés mais il y a en un qui est tombée dans le cours d'eau et qui va se faire écraser par le poids de l'ensemble malgré les efforts désespérés de quelques uns pour retenir le tout.

Je tends le bras en prononçant un seul mot alors qu'ils finissent par lâcher prise sous l'intense traction. Mon bracelet se met à briller et l'imposante masse stoppe sa chute immédiatement. Les fermiers restent sans réagir pendant quelques instants sans comprendre quand finalement l'un d'eux tire sans ménagement celui qui a manqué de se faire écraser de peur que cette chance ne s'en aille aussi vite qu'elle n'est venue.

Une fois qu'il ne risque plus rien je laisse retomber en douceur l'assemblage de bois et de mortier sur la voie, ainsi ils n'auront pas trop de difficultés pour s'en débarrasser. Je m'éclipse aussi rapidement que je peux par la suite. Je ne pense pas que l'on m'ait vu et je tiens à ce que ça reste comme ça. Pourtant je souris largement en m'en allant. C'est la deuxième fois que je peux sauver des gens grâce aux bracelets que Aélénéa considérait d'un œil si inquiet.

Le reste de la journée est calme. Je profite du soleil durant mon trajet. Il fait toujours aussi chaud mais quelque part ma bonne humeur contrebalance cette gène. Il va bientôt faire nuit et j'ai une fois de plus de la chance quand je tombe sur une caravane de marchands itinérants qui ont aussi décidés de faire une halte pour se reposer. J'ai pu m'arranger pour être logé assez facilement.

En fait il ne m'ont pas demandé d'argent, ce qui m'a rassuré, je ne risque pas d'être agressé pendant mon sommeil. Il fallait simplement que je les aide à monter leur campement et à veiller sur les marchandises, qu'elles n'attirent pas les curieux où les animaux sauvages. En partant en même temps que moi ils m'ont donnés un bout de pain pour la route en me remerciant de mon aide. Décidément Ionia est vraiment différent du reste de Runeterra.

Je pars de la base des montagnes pour finalement arriver au col que je veux franchir mais il y a très vite un problème. Environ une centaine de personnes, de chariots et autres véhicules qui sont amassés les uns sur les autres en attente de pouvoir franchir l'avant poste qui culmine au sommet de la montée. En me demandant ce qui peut bien causer un embouteillage aussi impressionnant je continue à avancer.

En me faufilant entre les gens qui discutent pour faire passer le temps je remarque que certains ont aménagés des espaces de repos dans leurs carrioles et semblent inquiet. Je me demande pourquoi quand je peux voir la raison de cet entassement. Tout un pan de montagne s'est détaché et est venu s'écraser sur l'étroite voie de circulation. Il y a un grand nombre d'ouvriers et de soldats qui sont en train de travailler au déblaiement mais il va bien falloir plusieurs jours encore pour dégager la route. Je suis bon pour un détour... c'est alors que j'entends des paroles qui me mettent mal à l'aise.

Apparemment il y a un village juste derrière qui est inaccessible depuis l'éboulement et il risque d'être à court de vivres sans compter les éventuels blessés qui attendent les soins. Voilà qui explique le comportement de certains de ces voyageurs et la tension palpable qui règne ici.

Je regarde le tas de rochers qui bloque l'accès et je me dis qu'il y a peut-être moyen que je puisse m'en débarrasser avec ma magie. J'espérais me déplacer sans me faire remarquer mais il est hors de question que je laisse des gens mourir par ce que je ne veux pas me dévoiler. J'avance en direction du garde qui vient à ma rencontre l'air sévère. Une fois que nous sommes face à face il s'adresse à moi.

« La route est fermée pour le moment, voyageur. » Déclare-t-il d'une voix ferme. « Veuillez faire demi-tour ou patientez jusqu'à que la voie soit de nouveau praticable.

« Je m'appelle Alarion. » Je me présente confiant et souriant. « Je suis Invocateur à l'Institut de la Guerre. » Un silence impressionnant s'abat soudain autour de moi et je sens beaucoup de regards se tourner dans ma direction. « Je pense pouvoir vous aider. »

Les gens accourent très vite pour me demander si c'est vrai et il faut bien plusieurs minutes pour retrouver un calme relatif. Une fois la situation exposée brièvement la foule recule pendant que ceux qui étaient perchés sur les éboulis sont allés les rejoindre. Des murmures plus ou moins discret sont audible dans mon dos mais ils ne me dérangent pas vraiment.

Je prends une profonde inspiration pour me concentrer. Je lève les bras pour prendre une posture similaire à celle que je devrais avoir quand je dois manipuler un sortilège d'invocation. Je prononce une formule assez longue car mes deux bracelets ne sont pas d'une grande utilité pour le moment. J'envoie une onde magique dans le sol pour en analyser la stabilité et connaître la masse exacte de débris au sol.

Quand je pense que certains de mes condisciples m'ont souvent charriés pour avoir appris des magies qui ne sont d'aucune utilité dans le cadre de la régulation des conflits armés. Personnellement je désirais seulement mériter mon titre d'Invocateur. Si je ne me savais pas partiellement responsable de l'état dans lequel ils sont désormais je pourrais presque trouver ça drôle.

Une fois l'analyse terminée j'ai le soulagement de constater que le terrain est stable et qu'il faut juste que je dégage les obstacles rocheux. Je pense d'abord à les faire glisser pour qu'ils tombent plus bas mais vu que j'ignore s'il n'y a pas une autre route en contrebas ou une personne dans les bois je me ravise. Je regarde autour de moi et j'aperçois un plateau désert à moins d'un kilomètre sur la droite. Une autre formule plus tard les débris rocailleux sont téléportés à cet emplacement, laissant la route, en mauvais état certes, mais dégagée.

Une fois que j'ai terminé une clameur s'élève de la foule. Plusieurs viennent à ma rencontre en me remerciant de ce que je viens de faire et les soldats ont du mal à garder un tant soit peu d'ordre afin que quelqu'un ne tombe pas dans le précipice tout proche. Il faut une dizaine minutes pour que le calme ne revienne et que les gens ne reprennent leur chemin pour aller à la rencontre de ceux qui étaient bloqués.

Quand à moi, j'ai un mal de chien à reprendre mon voyage. Il semble que toutes les personnes qui attendaient veulent me dire, tour à tour, à quel point elles me sont reconnaissantes. Si bien que je n'ai pas fait la moitié du chemin que je voulais faire aujourd'hui et il faut que je passe la nuit dans ce village que j'ai rendu au reste de son pays au même moment où j'apprends que le chemin pour continuer est lui aussi dégagé.

J'ai aidé autant que j'ai pu les villageois pour réparer les dégâts et j'ai été soulagé d'entendre qu'il n'y pas eu de blessés graves. En partant, plus tard que prévu, à cause de la fatigue qui m'a obligée à dormir davantage, ils étaient tous rassemblés pour exprimer leur gratitude. J'ai repris ma marche sous les signes de bonne route alors que je sentais une chose qui m'avait échappée depuis le début de ce périple autour du monde : la satisfaction.


Les deux jours qui suivent sont beaucoup plus calme mais il y a quelque chose qui me tourmente. L'intuition qui m'a sauvée la vie sur la terrasse des Spiritmight est désormais présente en permanence. Au début j'avais du mal à comprendre comment elle fonctionne mais apparemment elle ne se déclenche que lorsqu'il y a une force, malveillante ou bienfaisante peu importe, de grande ampleur dans mon périmètre immédiat. Je crois bien que je suis suivit.

Le problème c'est que je ne parviens pas à déterminer par qui ou quoi. Je n'ai jamais été bon pour ça et ce malgré cette nouvelle capacité. J'ai ma réponse le soir même pendant que je cherche un endroit pour dormir. Alors que je venais de finir de marchander pour obtenir de la nourriture une altercation éclate dans mon dos et je me précipite pour voir ce qu'il se passe.

Je trouve rapidement l'allée où se déroule cette rixe mais au moment de m'engager une violente bourrasque fait voltiger plusieurs barils et trois soldats Ioniens qui s'écrasent lourdement plus loin. Surpris de ce que je viens de voir je reste sans réagir l'espace d'une seconde avant de faire deux pas de plus pour voir de quoi il en retourne exactement. La scène est assez inattendue.

A mi-chemin se trouve un homme recouvert d'un long manteau de couleur sombre qui le dissimule intégralement puisqu'il se trouve dos à la lumière de la lune. Plusieurs membres de la petite armée de ce pays se remettent difficilement sur leurs pieds après avoir réussi, je ne sais pas comment, à ne pas être emportés par la puissante rafale de vent qui a balayée leurs camarades.

Je pense savoir qui se cache sous cet habit mais je n'en suis pas sûr. Cependant mes soupçons sont très rapidement confirmés quand l'inconnu se met en position de ''Ïaïdõ'', révélant un long katana à la garde décorée de nuages. Ajouté à cela le courant d'air qui tourbillonne de manière menaçante autour de lui je sais ce qui va arriver par la suite. J'ai juste le temps d'ouvrir la bouche avant qu'il n'attaque et ne fasse un carnage.

« Deos amaruva kuel kiridi ! » Je m'exclame à son encontre.

Il interrompt son geste, vraisemblablement très surpris. Quand à moi il me faut quelques secondes pour réaliser ce que je viens de dire. Je l'ai interpellé en vieux ionien... Que je connais malgré moi. Conséquence de ma connexion avec la Sagesse Incarnée je parle parfois cette langue dans certaines situations. Ce qui ne manque jamais de m'agacer car bien que je comprenne le sens ce ces mots cela illustre bien tous les échecs qui on jalonné mon voyage.

Le bretteur se détend et j'entends un léger claquement qui indique que la garde de son arme vient de retrouver sa place dans son fourreau. Se redressant il me fixe pendant une dizaine de secondes sous le regard médusé des gardes qui reprennent vite leurs esprits et l'encerclent. Il ne bouge absolument pas. Il est calme et confiant en sa capacité à s'échapper si besoin. Il attend que je continue sur ma lancée. Ce que je dois faire pour apaiser les tensions qui règnent ici.

« Attendez ! » Je m'adresse avec empressement. Les guerriers se retournent pour me fixer d'un air suspicieux. J'avale ma salive difficilement en me demandant dans quoi je vais encore m'embarquer. « Je peux vous expliquer le comportement de mon garde du corps. »

Les heures qui suivent sont très éprouvantes pour moi. Il me faut toute ma force de persuasion pour réussir à convaincre le contingent de ne pas me jeter en prison en compagnie de leur agresseur. Heureusement le laisser passer que m'a donné Karma, qui a aussi été signé par Irelia, me permet de donner du poids à mes arguments. Malgré ça ils n'acceptent pas et ils ont raison, ce genre de comportement de la part de l'épéiste.

Ce n'est que lorsque le soleil se lève à l'horizon que je peux enfin sortir, exténué et passablement énervé, du poste de garde suivit comme mon ombre par l'homme auquel je viens d'éviter d'avoir d'autres meurtres sur la conscience, bien que je sache qu'il a les mains couvertes de sang depuis longtemps déjà. Je ne veux plus m'arrêter ici pour ne pas causer plus d'esclandre que nécessaire. Je reprends donc aussitôt la route alors que lui s'éclipse sans que je m'en rende compte.

Une fois qu'une bonne dizaine de miles me sépare de ce bourg mes jambes m'obligent à m'arrêter. Je vais donc m'adosser à un rocher qui se trouve à l'orée de la forêt toute proche. Une fois assis je remarque du coin de l'œil que mon trouble fête est toujours là. Perché sur la cime d'un arbre il joue de la flûte d'un air détendu. J'ai bien envie de râler mais je n'ai pas assez d'énergie pour ça. Cette fois c'est lui qui viendra à moi.

Ce qu'il fait rapidement en rangeant son instrument à sa ceinture à côté d'une gourde en bambou. En atterrissant il se débarrasse de son long manteau de voyage pour le poser une branche. Son regard est braqué sur le mien. Il porte une quadruple épaulette en métal léger, complétée par des brassières dans la même matière. Un pantalon en étoffe bleue azuré tenue par une ceinture de corde. Ses cheveux sont coiffés en une impressionnante queue de cheval.

« Le vent ne doit pas semer la mort. » Dit Yasuo semblant être perdu dans ses pensées. « Voilà des années que je n'avais pas entendu cette phrase. » Il s'assoie en tailleur en face de moi en posant son épée en appui sur sa clavicule droite. « Qui êtes-vous ? »

« Mon nom est Alarion. » Je lui réponds d'un ton pas vraiment urbain. J'ajoute une demi-seconde plus tard. « Je suis Invocateur... »

« Qu'est ce qui peut bien pousser un des magiciens de l'Institut de la Guerre à s'aventurer si loin des Champs de justice ? » Demande-t-il une certaine incrédulité à peine perceptible dans le ton de la voix. « Qui plus est, seul ? »

« Pour répondre à votre question... » Je m'installe plus confortablement. « C'est une enquête sur une agression commise contre l'un des membres de mon organisation. »

Je prononce ces derniers mots avec un certain détachement qui me laisse moi-même silencieux. Plus mon voyage avance moins je me sens lié à cet idéal auquel j'ai consacré pratiquement un tiers de ma vie. Moi qui pensais aider à réaliser quelque chose qui me dépasse je suis exaucé, mais pas dans le sens où je l'entendais.

« Quand à savoir le pourquoi de ma discrétion... » Je continue, en remarquant que mon changement d'attitude n'a pas échappé au Disgracié. « Pour faire simple disons... Sécurité personnelle. »

« Dans ce cas pourriez-vous m'expliquer la raison de votre intervention dans les rizières ? » Son expression est tout ce qu'il y a de plus sérieuse. « Ou au sommet du col ? »

« Est-ce pour cela que vous me suivez à la trace depuis plusieurs jours ? » Je questionne. Il me fait comprendre que oui par un petit geste et je reprends la parole. « Ce n'est pas par ce que je veux voyager incognito que je vais laisser des gens mourir sous mes yeux ! » Je réplique, agacé, la fatigue ne m'aidant pas à rester calme. « Vous pouvez me taxer de naïf si ça vous chante mais c'est ainsi que je fonctionne. »

Il y a un silence lourd pendant un court instant et j'avoue que je m'attends à une réplique relativement acide au vu de la façon agressive dont je viens de lui répondre. Au lieu de cela il se met à sourire d'une façon douce et réconfortante avant d'éclater de rire. J'en ai la mâchoire qui se décroche sous l'effet de la surprise.

« Au contraire Invocateur. » Déclare l'épéiste avec un grand sourire. « Je trouve que vous êtes quelqu'un digne de respect pour donner priorité aux vies des autres plutôt qu'a vos propres désirs. »

« J'avoue que je ne m'attendais pas à des compliments... » Je fait, toujours sur le coup de l'étonnement.

« Je connais bien les conséquences d'une trop grande naïveté... » Avoue Yasuo, perdant une partie de son entrain. « Vous, vous n'êtes pas naïf, seulement altruiste... » Il semble soudain être accablé par un souvenir alors que son regard se tourne vers les branches qui ondulent doucement sous l'effet d'une douce brise. « Chose qui m'a fait cruellement défaut... » Il concentre de nouveau son attention vers le jeune Invocateur. « Permettez moi d'assurer votre sécurité durant le reste de votre séjour. » Il s'incline doucement dans sa direction. « En remerciements pour la bonté d'où vous faites preuve envers les miens. »

Les siens ? Il y avait des membres de son ancien clan dans ces villages ? Je réalise qu'en fait il parle des habitants de Ionia en général et que je suis encore en train de faire ressortir le douloureux passé de ceux qui m'approche de trop. Chose que Karma m'a demandée de contrôler en acceptant de m'ouvrir davantage aux gens car c'est ma méfiance envers eux qui me fait utiliser inconsciemment une des capacités de cette créature qui est de pouvoir s'introduire adroitement dans les esprits et de les pousser à se livrer à moi.

Je n'avais pas envie de prendre le risque de faire cela du coup je voulais me déplacer sans me faire remarquer mais maintenant c'est un fiasco complet. Le sourire de la Sagesse Incarnée à mon mensonge quand je lui ai dis que j'essayerais prend tout son sens. Il voulait dire :

''Je sais bien que vous me dites ce que je veux entendre mais je ne suis pas inquiète, vous finirez par vous rendre compte par vous même que votre volonté d'aider autrui vous obligera à agir dans ce sens.''

Enfin j'imagine... Je pousse un soupir audible qui fait réagir l'escrimeur. Il me regarde sans comprendre ma réaction. De mon côté je suis convaincu que même sans la liaison que nous avons établi entre nos deux esprits l'Ancienne aurait été capable de deviner mon intention. Je devrais être frustré d'être toujours aussi facile à discerner. Bon après il s'agit de Karma et puis je me sens trop fatigué pour me plaindre.

Pour l'instant je veux surtout alléger l'ambiance morose qui plane encore sur nous deux. Je réfléchis quelques instants en me demandant comment j'aurais fait avec d'autres personnes. En repensant à la façon dont nous nous parlons, Fiora et moi, cela me permet de trouver une solution.

« On verra plus tard. » Je fais nonchalamment en m'allongeant le plus confortablement possible pour dormir.

« Pardon... ? » C'est au tour du Champion d'être prit de court.

« Vous venez de me faire passer l'une des pires nuits que j'ai jamais eue. » Je l'informe en me recouvrant de ma cape de voyage. « Alors montez la garde pendant que je me repose. » Je souris avant de fermer les yeux. « Je prendrais ma décision à mon réveil. » Il y a un long silence durant lequel le combattant ne sait pas quoi répondre, puis sans rouvrir mes paupières j'ajoute un dernier point. « Et interdiction de jouer de la flûte ! »

Un bref battement avant qu'un rire silencieux ne secoue Yasuo qui ne se souvient pas avoir déjà été abordé de cette manière par qui que se soit.