Disclaimer : les personnages sont à JKR

Avertissement : fic rating M (patience...)

Chapitre 25. Over and over

POV Albus

Je triture le carton d'invitation entre mes doigts, un peu nerveux. La pluie fine me transperce les os. Je me sens étranger dans ce quartier de Soho où les gens à l'allure normale, comme moi, détonnent dans le paysage. Je parcours les ruelles avec une forte envie de faire demi-tour. J'aurais pu transplaner directement mais je préfère m'approcher lentement, humer l'air du quartier.

J'aperçois une devanture illuminée au loin, seul point de lumière de cette rue. Ca doit être là. Un taxi me dépasse, m'éclaboussant, et il s'arrête devant la galerie. Trois personnes en sortent, rire distingué, talons hauts, avec des lunettes noires. En novembre ? Tu fréquentes la jet set, maintenant ?

Décidément, je crois que je me suis trompé. Je décide de rebrousser chemin mais je sens une main sur mon épaule :

- Albus ? quelle surprise !! tu vas à l'exposition de Scorpius ? me demande, hilare, mon père.

- Euh…oui. Toi aussi ?

- Oui. Draco doit déjà y être…C'est pas que je comprends grand-chose à l'art, mais j'ai promis à Draco de venir, ajoute-il à mi-voix.

Il me lance un sourire éclatant :

- Alors, tu revois Scorpius ? Vous êtes à nouveau amis ? C'est formidable, j'en suis très heureux.

Sa sincérité me fait chaud au cœur, mais je ne veux pas de malentendu :

- Non, pas vraiment. Mais j'ai reçu une invitation, alors…

Il fronce les sourcils. Sent-il le naufrage en perspective ? Il me serre le bras, et on marche côte à côte vers l'entrée. Impossible de faire marche arrière, maintenant.

Je tends mon invitation à un malabar qui me scrute d'un air soupçonneux. Forcément, je dépare, dans le décor. Pas la bonne veste. Pas les bonnes chaussures. J'essaie de prendre un air blasé, genre « je suis au dessus de ça », mais il me prend pour un raté, définitivement.

On entre dans la galerie, superbe, illuminée, chic. Ton appartement en plus scintillant. Grands espaces, spots partout, musique envoûtante. Morcheeba. Over and over.

Les gens se retournent sur mon père, comme d'habitude. Il leur sourit gentiment, comme d'habitude.

Moi je ne suis personne. J'ai l'habitude.



Une blonde splendide me colle un verre de champagne dans les mains, et je me réfugie dans un coin de la galerie, sans vraiment jeter un coup d'œil aux toiles.

Des flashs crépitent, sans doute quelques célébrités de la semaine que j'ignore. Tout le monde a l'air à l'aise, et les commentaires sur les toiles fusent. Pertinents, sans aucun doute. Je sirote mon verre, tentant – avec succès- de me fondre dans le décor.

Rupert se dirige vers moi :

- Ah ! Vous avez reçu mon invitation, bien. Et vous êtes venu, très bien. Impressionnant, non ?

- Oui, les toiles sont…magnifiques.

- Non, je parle des invités. L'attachée de presse a vraiment fait du bon boulot.

J'opine, au hasard.

Je ne connais pas les invités, même célèbres. Je crois que je ne saisis pas bien les enjeux de la soirée.

- J'espère qu'il va arriver bientôt, ajoute-il. Vous ne l'avez pas vu ?

- Qui ?

- Scorpius. Il n'est pas encore là. Ce matin il a décrété qu'il ne viendrait pas. Si vous saviez ce que c'est pénible, ajoute-il en soupirant.

- Mais…pourquoi ?

- Soit disant trop de pression. Rien à dire aux journalistes. Mal au cœur. S'il joue déjà les divas à son âge, ça promet. C'est embêtant, la presse n'attendra pas longtemps. Oh…excusez-moi, dit-il en s'éloignant rapidement.

D'un coup, je te plains. Parader au milieu de ce cirque ne doit pas être facile. J'aurais la trouille aussi.

Des rires fusent et les flashs reprennent, aveuglant le tout venant. Toutes les femmes sont blondes et sublimes. Je n'en croise jamais des comme ça, dans la vraie vie.

Mon père et Draco me rejoignent. Ils sont très élégants, eux aussi. Depuis quand mon père est élégant ?

- Albus, ça me fait vraiment plaisir de te voir, me dit Draco.

- Merci…moi aussi.

- Que deviens–tu ?

- Oh…pas grand-chose. Toujours mes recherches au Ministère.

- Alchimie, c'est ça ? Passionnant. Tu étais tellement bon en potions, enfant, que ça ne m'étonne pas que tu aies poursuivi dans cette voie. Tu étais le meilleur, dit-il avec un sourire nostalgique.

- Non, le meilleur c'était Scorpius.

Son sourire s'efface et mon père baisse les yeux.

Au bout de quelques secondes, mon père reprend :

- Je n'aurais jamais cru que Scorpius deviendrait peintre…

- Moi non plus, ajoute ton père. Il peignait à Poudlard ? me demande-t-il.

- Non…je ne crois pas. Je ne me rappelle pas. Mais je ne savais pas tout ce qu'il faisait, non plus…

Encore un instant de gêne. Et ton père, n'était-il pas censé savoir ce que tu faisais ?

Qui était le plus aveugle, à l'époque ?

Un couple nous frôle en parlant de « mystère » et « d'ombre mystique ».

Les ombres de ton passé s'étalent-elles sur tes toiles ?

La réponse est-elle là, dans les pigments colorés ? Dans le tissu que tu as caressé, les courbes que tu as tracées ?

Draco et mon père chuchotent. Les souvenirs dégoulinent sur nous comme une douche glaciale. Je finis mon verre. Immédiatement la déesse blonde se matérialise et m'en tend un autre, d'un air compatissant.

- Tu as vu ses toiles ? me demande Draco d'une voix douce.

- Non…

- Tu attends quoi ?

- Il y a trop de monde, pour l'instant. J'irai tout à l'heure, quand il y en aura moins.

J'attends de comprendre. J'attends d'oublier le passé.

J'ai envie de les découvrir et elles me font peur.

J'ai peur d'y trouver la vérité.

Des applaudissements crépitent et j'aperçois tes mèches dorées, de loin. Tout le monde t'entoure, te félicite, je te distingue à peine. Des papillons attirés par la lumière…la lumière de ta gloire ?

Moi je préférais la lumière de tes cheveux. Nos pères te rejoignent, fiers.

Je termine ma 2ème coupe de champagne.

Tandis que tes invités tentent de t'étouffer sous leur amour, je commence ma lente progression vers tes œuvres, porté par la brume du champagne.

Le premier tableau me rappelle celui que j'ai vu chez toi. C'est vrai, la série s'appelle « les bois », ils ont donc tous le même thème. Toujours des bois, donc, mais ici les branches des arbres sont couvertes de feuilles d'un vert délicat. Un rayon de lumière magnifie le tableau, tendre comme un dessin d'enfant. Comme un souvenir d'enfance.

On sent le vent dans les branches, tiède.

On sent le bonheur d'une journée d'été.

En regardant avec attention, je découvre deux petites silhouettes, qui se tiennent par la main, au milieu de ce bois. L'une d'entre elles est blanche, comme dans le tableau de ton atelier.

Je parcours les toiles, indifférent au brouhaha ambiant, et insensiblement l'atmosphère change.

Le vert des feuilles devient éclatant, d'une nuance incroyable, le miellat des branches luit doucement, comme une sève, les contours des personnages sont plus nets. C'est l'été maintenant. La chaleur. Toujours une silhouette blanche et une silhouette noire, imperceptibles au premier regard. Bien cachés.

Je regarde longuement ta signature. Elle est rouge, comme un trait de sang.

Elle me parle doucement. Je t'imagine en train de la tracer, du bout de ton pinceau. Je vois tes doigts s'agiter sur la toile, et je sens leur douceur.

Tes doigts longs et fins, qui m'ont appris le plaisir.

Tu penches la tête, appliqué, en traçant ton nom « Scorpius Malfoy », en bas, à droite.

Comme un message secret pour moi, dont je ne comprendrais pas encore le sens.

Toute l'originalité de ta peinture est dans l'énergie des couleurs, le mystère du tracé.

Peu à peu les arbres sont torturés, les feuilles tombent. Un début d'incendie en bas à gauche. Des flammèches rousses qui poursuivent les personnages, insidieusement. Mon cœur se serre. L'effondrement, déjà…

J'ai peur de découvrir la suite de la série.

L'incendie ravage le tableau suivant et je connais son prénom.

Pourtant les flammes sont si belles, incandescentes, qu'elles m'hypnotisent et que je voudrais les toucher, malgré le danger. Etre consumé par le feu du désir, moi aussi…

Le tableau suivant est celui que j'ai vu chez toi. Mon cauchemar. Les branches noires, calcinées sans doute, s'accrochent au petit personnage blanc. Je présume que l'autre a déjà été dévoré par le feu.

Je ferme les yeux, submergé par la nostalgie, sans même savoir pourquoi. Calciné par les regrets.

Mes nuits sur tes toiles.

Ma vie en morceaux, entre tes mains.

oooooOOOOOOOOooooooooOOOOOOOOOOoooooooo

La lumière s'éteint, d'un coup, tandis que quelques notes célèbres remplacent Morcheeba. Quelques cris s'élèvent. Un immense gâteau orné de bougies scintillantes se déplace vers toi, sous les applaudissements.

Bien sûr. On est le 11 novembre.

La lumière revient, et je vois à ta tête que tu n'étais pas au courant de la surprise. Tu fusilles Rupert du regard, qui prend un air innocent, en haussant les épaules.

- Bon anniversaire, Albus, me dit mon père en m'embrassant chaleureusement.

- Merci…

- Surtout, ne pars pas tout de suite, après, j'ai quelque chose à vous annoncer. Tu restes, promis ?

- Oui…oui, dis je en soupirant.

Combien de minutes de torture, encore ?

Draco vient me souhaiter un bon anniversaire, quand une équipe de télévision me bouscule.

Tu souffles les bougies et les applaudissements redoublent. Tu vas bientôt briller au firmament des artistes, alors que moi je me terre dans les sous sols du Ministère pour trouver la formule qui va changer le plomb en or.

L'or de tes cheveux brille sous les projecteurs de la caméra, et la fascination se lit sur beaucoup de visages, pas seulement féminins.

La déesse blonde découpe le gâteau tandis que tu réponds aux questions du journaliste, faussement à l'aise. Les verres de champagne et les tranches de gâteau passent de main en main. Un gâteau au chocolat, évidemment.

L'équipe de télévision interviewe Rupert et tu lèves ta coupe dans ma direction, discrètement, avec un petit sourire mélancolique. Te souviendrais-tu du gâteau au chocolat dévoré du bout de mes doigts, du bout de mes lèvres, dans la bibliothèque, à Poudlard ?

Je te rends ton sourire, timidement.

Les invités réclament un discours et tu rougis. Un micro apparaît, et tu t'en empares, gauchement :

- Merci à vous tous d'être venus. Merci à Rupert de me rappeler que je vieillis, alors qu'il sait que je déteste les anniversaires et qu'il m'avait promis qu'il n'organiserait rien…Merci à lui pour cette exposition. Sans lui, je ne serais probablement rien…Merci à mes proches qui ont été et sont une source d'inspiration pour moi, même involontairement…

Tout le monde rit et tu rends le micro à Rupert, soulagé.

Je retourne devant la toile, qui m'appelle. Je plonge dans le tableau et je sens les branches s'agripper à mes bras, m'écorchant cruellement. Je me raccroche au halo blanc du personnage, petite lueur d'espoir dans la noirceur de la toile. Mon cauchemar, si fidèle.

Plusieurs minutes s'écoulent et je sens comme une présence derrière moi.

Des ondes légères glissent sur ma nuque, le long de mon dos, me faisant frissonner. Je ne bouge pas, je ferme à demi les yeux, m'abandonnant à la douce chaleur qui m'envahit. C'est un moment d'attente, d'hésitation, comme une promesse…

Finalement tu me murmures :

- Je ne savais pas que tu serais là…

- J'ai reçu une invitation, dis-je gêné.

- C'est Rupert qui gère l'évènementiel. C'est bien qu'il ait pensé à toi.

Une manière de me dire que toi, tu n'y aurais pas pensé ?

Je jette un coup d'œil derrière mon épaule. Tu regardes ta toile, pensif :

- Ca te plaît ?

- Beaucoup.

- C'est un des premiers tableaux que j'ai peints. En fait, quelque part, c'est le premier de la série des « bois ». Je n'ai jamais su vraiment d'où venait l'idée, ni qui est le personnage blanc…

- Il est magnifique, vraiment.

Le silence s'installe entre nous, mais il n'est pas hostile.

Tu restes un pas derrière moi, on ne se regarde pas, mais on partage cet instant, en silence. Juste toi et moi.

On regarde dans la même direction, envahis par la même émotion, la même chaleur.

Tu me demandes enfin, d'une voix un peu voilée :

- Il t'évoque quelque chose ?

- En fait, il me rappelle…un rêve. Un cauchemar, plutôt.

- Vraiment ? C'est le premier tableau que j'ai peint la nuit, parce que les images m'obsédaient et m'empêchaient de dormir. S'il te parle, c'est bien, dis-tu d'un ton rêveur.

Je n'arrive pas à réaliser qu'on est vraiment en train de discuter, sans acrimonie. Tu murmures presque, et tu t'es rapproché, insensiblement. Je sens une chaleur dans mon dos. J'ai envie que tu te rapproches encore un peu plus. J'ai envie de sentir ton odeur.

- S'il te plaît, je te le donne…dis-tu dans un souffle.

Un frisson me parcourt. Je me retourne, surpris, et je te dévisage :

- Mais…il doit valoir beaucoup d'argent, non ?

- Oui…peut–être. Je ne sais pas. Il faudrait demander à Rupert. Mais après tout, il m'appartient, et je peux bien te l'offrir pour ton anniversaire, non ? murmures-tu en gardant les yeux fixés sur la toile.

- Ecoute, Scorpius, je ne crois pas….

- A cause de l'argent ? Tu sais, je rêve souvent que je peins un tableau qui ne vaut rien. J'y mets mes tripes, et il ne vaut rien. Tout le monde rigole, et on découvre que je suis un imposteur…S'il te parle, prends-le. Je préfère ça à le voir accroché au mur d'un milliardaire qui ne le regardera jamais. Si on ne regarde pas les tableaux, ils s'éteignent.

Je suis sur le point de te répondre que je n'ai pas franchement envie de voir mon pire cauchemar sur le mur de mon salon, mais Rupert arrive et t'interpelle :

- Scorpius, il faut absolument que tu ailles parler à l'acheteur japonais, là-bas…il est fou amoureux, je crois. De tes œuvres, bien sûr…

- Maintenant ?

- Oui, maintenant…allez !! Et essaie de sourire…

Tu t'éloignes d'un pas morne, soudain j'ai un peu froid, et Rupert exulte :

- Cette fois, on va le vendre !!

- Quoi ?

- Ce tableau…Scorpius n'a jamais voulu s'en séparer, sous prétexte que c'est le premier de la série des « bois ». Mais cette fois, vu les zéros qui vont s'aligner sur le chèque, il ne va pas pouvoir refuser !

Ce tableau ne m'a appartenu que quelques secondes mais j'ai l'impression qu'on me l'arrache. Excès de sensiblerie, sans doute. Trop de champagne.

L'acheteur japonais te dévore des yeux, pose sa main sur ton bras et je me demande quelle comédie on t'oblige à jouer. Si on t'y oblige…

Rupert jubile en vous observant de loin :

- Je crois que cette fois c'est bon ! Au fait, vous avez trouvé un appartement, finalement ?

- Ah oui…j'habite à Chelsea, maintenant.

- Quel quartier agréable…comme je regrette qu'on en soit partis…

- Vous ne vous plaisez pas là où vous êtes ?

- Non…pas vraiment. Trop grand, trop froid. Qui a envie d'habiter un musée ??

Je hausse les épaules. Les groupes commencent à se clairsemer. La jet set migre vers quelque boite de nuit à la mode. J'aimerais rentrer chez moi. Il rajoute :

- Vous avez vu les autres toiles ?

- Non…

- C'est celle-ci qui vous plaît, hein ? dit-il doucement.

J'acquiesce. Il me fixe, avec un petit sourire :

- C'est vous sur la toile, n'est ce pas ?

- Pardon ?

- Le personnage blanc, c'est vous. J'en suis sûr. Vous vous êtes reconnu quand vous l'avez vue, lors de votre visite chez nous. Je l'ai tout de suite deviné.

- Ma foi…euh…je ne sais pas. Il faudrait demander à Scorpius, il n'y a que lui qui le sait.

- Je n'en suis pas certain. Il n'analyse pas ses œuvres. Les plus belles, il les a peintes en état second, presque en hypnose. Il ne sait jamais ce qu'il peint, vraiment. Du moins c'est ce qu'il dit…

L'acheteur japonais file vers la sortie, mécontent, et tu nous rejoins, l'air anxieux. Rupert fronce les sourcils :

- Qu'est ce qui s'est passé ?

- Je lui ai dit que le tableau était déjà vendu.

- Quoi ? A qui ?

- Je l'ai donné à Albus…pour son anniversaire, dis-tu calmement.

- Quoi ? Tu te fous de moi ? Un tableau de cette valeur ? Qu'est ce que c'est que cette connerie ??

Il se précipite pour rattraper l'acheteur potentiel, et tu fais une grimace. J'interviens :

- Scorpius, c'est gentil, mais je ne peux pas accepter, vraiment.

- Pourquoi ? Il ne te plaît pas ?

- Si, si…Mais l'art…je n'y connais rien. Et puis Rupert va t'en vouloir…C'est pas une bonne idée. Désolé.

On se regarde, longuement. Tant de choses à te dire…et rien d'intelligent ne vient.

Je vois tomber les commissures de tes lèvres, mais je ne veux pas être un obstacle entre Rupert et toi. Je choisis la fuite, seule victoire en amour, paraît-il.

Je tourne les talons, ton regard sur ma nuque. Je récupère mon manteau quand mon père m'apostrophe :

- Hé ! Albus…je t'avais demandé de rester…

- J'suis crevé, là…je voudrais rentrer.

- Albus, depuis que tu es à Londres je te vois encore moins que quand tu étais à Paris. Allez, cinq minutes. Viens…

Il me ramène vers le fond la galerie, et nous croisons les derniers retardataires qui quittent les lieux. Il doit être minuit.

Tu discutes avec ton père, à voix basse. Au regard que me jette Draco je comprends que vous parlez de moi. Tu as l'air fatigué, d'un coup.

Je n'avais pas remarqué ces cernes, sous tes yeux.

Rupert nous rejoint à son tour, d'un pas décidé. Il te dit :

- J'ai son adresse, de toute façon. Cette vente se fera, Scorpius. Le tableau appartient à la galerie, ne l'oublie pas.

- Scorpius plaisantait…vous connaissez son sens de l'humour, je tente.

- Je ne plaisante jamais au sujet de mes toiles…réponds-tu, vexé.

La musique s'interrompt et le silence nous glace. Rupert me fusille du regard. Il doit regretter de m'avoir invité…

- Bon, reprend mon père, je voulais vous réunir pour vous annoncer une bonne nouvelle…James et Moïra vont avoir un autre bébé.

La nouvelle tombe à plat, dans l'hostilité générale.

- C'est merveilleux, dis-je pour meubler.

C'est mon frère, après tout.

Le portable de Rupert sonne et il répond d'un ton enjoué :

- Oui, l'exposition a été une grande réussite…de bons articles en perspective. Il y avait même Channel 14. Scorpius est ravi, oui, mais il est un peu fatigué, là, dit-il en s'éloignant de nous à grands pas.

Tu as l'air crevé. Lessivé. Un tic nerveux agite ta lèvre et tu allumes une cigarette.

La galerie déserte m'évoque un hall de gare, par certains côtés. Une structure inhumaine, à peine habitée par des touches de couleur.

Je te fais un petit signe et je m'éloigne, passant rapidement devant mon cauchemar récurrent, objet de toutes les convoitises.

Je crois que je n'ai jamais su apprécier tes cadeaux à leur juste valeur…

Je m'apprête à sortir quand Rupert se dirige vers moi :

- Vous m'avez bien eu, hein ?

- Pardon ?

- Avec vos histoires de « on était vaguement amis mais j'ai pas aimé ce qu'il a fait à ma sœur ». C'était bien joué, j'ai presque failli y croire…

- Presque ?

- Oui, presque, parce que quand deux personnes s'ignorent délibérément, il y a de fortes chances qu'elles couchent ensemble, en fait…et je ne suis pas né de la dernière pluie. C'est quand j'ai vu votre cicatrice, et ce regard entre vous…il n'y en a eu qu'un seul, mais il m'a glacé le cœur.

Je sens que je rougis, tentant vainement de prendre la fuite, mais il me bouche l'accès à la porte. Il ajoute, avec colère :

- Je vous plains, Albus Potter…Vous n'avez pas encore assez souffert ? Vous voulez tendre l'autre joue ? Vous le connaissez, pourtant ?

- Mais, je…C'est vous qui m'avez invité…

- Oui, je voulais voir votre réaction face à ses toiles. Je n'ai pas été déçu. Partez, tant qu'il est encore temps… Partez ! dit-il en s'écartant de la porte.

Je me précipite au dehors, les joues en feu et le cœur en pagaille…Non, je ne voulais pas ça…

Mes pas résonnent sur le pavé glissant, et je cours sous la pluie, essayant d'oublier que le gris de tes yeux luit partout sur les trottoirs…

La pluie mouille mes cheveux, et les gouttes d'eau au bout des mèches s'envolent au rythme de ma course. Mes chaussures dérapent mais je me redresse, in extremis, évitant de tomber en continuant de courir.

Quelle direction ? Est-ce important ? Faut-il qu'il y en ait une ? Je penche pour une course directe direction n'importe où, en seconde classe, la respiration saccadée et mon souffle qui se perd.

De la buée quitte mes lèvres, et je m'arrête brutalement, au milieu d'un pont Londonien. J'observe la pluie tomber sur la Tamise…

Poursuivi par ton image, par ta voix, par ton souffle tiède, par ta présence dans mon dos, par ces regards échangés, complicité parfaite. Par ce tisonnier qui a remué les braises et fait repartir malencontreusement le feu pour un nouveau départ, direction l'inconnu…

Un inconnu si dangereux, pourtant, que prendre le seau d'eau à côté de la cheminée serait une solution idéale, si je n'avais pas tant besoin d'un feu de joie…

A suivre….

« Over and over » est une chanson de Morcheeba.

Le prochain chapitre sera un POV Scorpius...enfin.

Merci à Alfa à qui j'ai volé le dernier paragraphe, sans remords….que serais-je sans toi ?

Merci à tous les reviewers..y compris les anonymes. Sachez que je réponds désormais à ceux qui me laissent leur e-mail. Zelna et Ligeia, j'aimerais vous répondre directement…merci à tous les fidèles, surtout !!

A bientôt...bisous à tous.