11/03/2008 : Et non, il n'est pas mort ! Malgré les efforts conjugués de la grippe et du marasme intellectuel, le lutin crétin est de retour !
Juste un petit mot sur le dernier chapitre (si vous vous en souvenez encore). Je n'aime pas trop l'idée de m'expliquer, mais comme beaucoup d'entre vous m'ont fait remarquer que le refus d'Harry de devenir un animagus n'était pas clair, voici mon opinion sur le sujet : Harry n'a pas voulu se lancer dans cette aventure parce que ça lui faisait plaisir. Ce choix n'a rien de logique. Harry suit depuis des mois l'entraînement du Grimoire et notamment sa doctrine qui est que l'homme ordinaire est prisonnier de son confort, de ses habitudes et de ses sentiments. Le Livre réclame de lutter contre eux pour pouvoir accéder à un pouvoir supérieur (une plus grande perfection) qui n'est accessible que par le travail et le sacrifice, et Harry a accepté cette discipline. Seulement le Grimoire est un radical, et Harry – qui s'était tourné vers lui en désespoir de cause – s'est perdu en le suivant. Son esprit est mutilé, et ses agissements sont de moins en moins 'logiques', en tout cas d'un point de vue classique. Pour ceux qui se souviendraient du chapitre 21, disons que Snape avait raison.
Merci Ryan, une fois de plus, pour ta review. Merci aussi à ma Beta, Betadine, Betadeline !
Et maintenant en route pour ce looong chapitre. Bonne lecture à tous !
« Dégagez, Potter. »
Chapitre 25 : la Danse des Gisants
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Tic.
Tac.
Le battement de l'horloge rebondit inexorablement sur le silence épais. Harry consulta le cadran pour la énième fois. 22h10. Il retourna en soupirant à son travail.
Les premiers jours avaient été plus simples. Enfermé dans son laboratoire, Snape n'avait pas daigné paraître. Harry avait pu farfouiller à sa guise dans la bibliothèque de l'étude. Il avait longuement admiré les livres rares et usés d'être passés sous trop de manteaux. Il s'était ensuite dressé une liste d'ouvrages à potasser sur les thèmes qu'il étudiait avec le Grimoire. Installé au petit pupitre que lui avaient fourni les elfes, le gryffondor avait passé quelques soirées sereines.
Et puis Dumbledore s'en était mêlé. Mardi 9 janvier, le vieux directeur s'était invité au laboratoire avec un gâteau d'anniversaire et quelques paquets. C'était peut-être de la malchance. Après tout Dumbledore était arrivé tard, et lui-même n'aurait pas été là s'il n'avait pas décidé d'aller jusqu'au bout de ce foutu chapitre. Toujours est-il que Snape l'avait mal pris. Le sorcier s'était depuis rapatrié dans l'étude pour occuper le territoire.
Et le temps s'était substantiellement étiré. Snape ne se contentait pas de remplir l'espace derrière le bureau. Il était partout. Il habitait les meubles, les livres et l'atmosphère, et surtout cet angle au-dessus de son épaule, celui qui donne l'impression que l'on vous observe. Harry n'avait jamais croisé son regard, mais il sentait les yeux malveillants se poser sur lui à chaque instant. Snape Désapprouvait, et il se débrouillait pour qu'Harry ne l'oublie pas.
La séance de ce soir n'avait pas démarré sous de meilleurs auspices. Snape avait débarqué dans l'étude juste derrière lui avec un air passablement énervé, puis il avait abattu un tas de copies sur son bureau, signifiant par là qu'à la moindre incartade, quelqu'un allait souffrir. Harry avait dégoté les trois livres qui l'intéressaient pour son programme du jour et s'était installé en silence. Snape avait commencé à donner des signes d'agitation moins d'une demi-heure plus tard, lorsqu'Harry s'était avisé de reposer son livre pour en ouvrir un autre. Le maître des potions était resté aussi immobile qu'une arbalète, mais une subtile altération de l'air avait informé le gryffondor qu'il marchait sur un fil. Les craquements de chaise plus fréquents et les légers coups de la plume du professeur dans l'encrier lui exacerbaient les nerfs. Maintenant il avait hâte d'en finir.
22h10, donc. Du coin de l'œil, Harry vit Snape relever la tête et se crisper un peu plus. Le jeune homme referma son livre d'un coup sec et s'empara de l'énorme recueil qui l'amènerait enfin jusqu'au bout de l'heure. Snape grogna quelque chose. Harry ne chercha pas à savoir si c'était lui ou l'un des parchemins devant l'homme et il se plongea dans le recueil. Il s'agissait de Midgardsormr. Il ignorait quand le Grimoire avait planifié de lui faire essayer les nouvelles invocations, mais il n'avait pas l'intention de faire ça dans le noir. Midgardsormr était un dieu pour certains hommes. Harry ne voulait pas arriver nu face à un dieu. Ce dernier n'apprécierait certainement pas cette désinvolture. Sûrement même que l'esprit ne pouvait être trouvé sans sérieux. Sheridan était un hybride qui pouvait être attiré dans le monde des hommes. Gweilgi également. Mais Midgardsormr restait où il était. Il fallait monter le chercher. Et plus Harry lisait, plus il craignait de le faire. Le dieu était un égrégore, une forme composée de tant d'aspects qu'il en donnait le tournis. Il renfermait en lui les puissances phénoménales de l'espoir et de la vie, de la mort et du tourment. Il siégeait à ce point d'équilibre, ce fragile espace où tout se serre et bascule. Il était les prières et les malédictions, les remèdes, les heures de recherches acharnées, la pensée de milliers de savants et de théologiens, les plantes, les potions, les poisons et les sacrifices. Il était l'ombre de l'homme en bonne santé et la chance du malade. Le dieu était un avatar du Grand Cycle né de la peur la plus primale de l'homme, celle de la mort.
Un bruit de chute fit sursauter Harry. A ses pieds Merry se tassa sur lui-même. A force de se tortiller dans le fond de son sac, le puffskein était parvenu à le renverser à terre. Harry replaça les affaires éparpillées dans la sacoche le plus rapidement possible. Une chaise crissa dans son dos. Le gryffondor obligea Merry à retourner au milieu de ses parchemins et referma le sac. Snape se trouvait à moins d'un mètre de lui. L'homme examinait des titres dans la bibliothèque. Harry se rassit le cœur battant et reprit sa lecture.
« Qu'est-ce que vous faites, Potter ? »
Le ton était menaçant. Harry leva les yeux. « Je lis un livre, Monsieur. » C'était dit sans insolence, simplement il ne voyait pas ce qui pouvait rendre Snape aussi visiblement furieux. « Le livre d'Edda, la légende du Nord », précisa-t-il pour ne pas envenimer la situation.
« Je ne suis pas encore aveugle. »
« Non, Monsieur », grogna Harry derrière ses dents.
« Qu'est-ce que vous lisiez avant ça ? »
Harry jeta un coup d'œil au titre de l'ouvrage précédent. « Les mythes et symboles de l'ancienne Scandinavie, Monsieur. »
Snape pointa du doigt le dernier livre. « Applications hippocratiques de la philosophie du Ragnarök », récita Harry, pince-sans-rire.
Snape le toisa de la tête aux pieds avant de retourner s'asseoir. La tension d'Harry était sur le point de retomber lorsqu'une décharge caractéristique l'informa qu'un afflux de magie était apparu dans la pièce. Il n'eut pas le temps de se baisser. Le sort le percuta au niveau des reins et les projeta, lui et son pupitre, deux mètres plus loin.
« Le réel frappe fort, Potter », remarqua Snape sans cesser de griffonner ses copies.
Harry empoigna sa baguette et se releva. Snape le défiait depuis le bureau, ses deux mains étalées devant lui et sa baguette ostensiblement posée à côté. Harry scruta le coin d'où le sort avait semblé partir. L'armure avait bougé. Le garçon remit sans un mot le pupitre d'aplomb et replaça les livres tombés dans les rayonnages.
« Feu Sire Charles de Clare avait un goût prononcé pour la plaisanterie. A votre place, je me méfierais des légendes affirmant le contraire. »
L'armure leva le bras. Harry se décala aussitôt et le coup mourut au sol. L'espace était trop exigu pour qu'il esquive les attaques indéfiniment. Le jeune sorcier n'hésita pas une seconde. « Destructo ! »
L'armure vola en éclats dans un fracas épouvantable. Les shrapnels n'allèrent pas bien loin cependant. Le métal retomba au sol dans un court périmètre, puis chaque partie se ressouda à l'autre et reforma en moins de dix secondes la carapace métallique du fantôme de Charles de Clare.
Snape consulta son cahier de classe.
Un nouveau sort fusa. Harry se jeta à terre et attracta le pupitre pour se protéger. Le sortilège de son adversaire se conclut par une légère odeur de fumée. Harry marmonna un juron et serra sa baguette. L'armure n'était pas très rapide. Le jeune homme se lia à sa magie et sentit l'attaque suivante partir. Il bondit alors de sa cachette en hurlant un second Destructo ! Son coup et celui de son opposant atteignirent leurs cibles simultanément. Le pupitre alla s'écraser contre un mur, et sur le mur opposé l'armure explosa.
Elle se reconstitua sans plus d'effort alors qu'Harry cherchait fébrilement un sort pour le tirer de là. Ni le Petrificus ni l'Impedimenta ni aucun autre ne marcha. Seul le Destructo semblait avoir un impact contre l'armure. Le gryffondor perdait patience, et il avait un point de côté à force de cabrioler pour éviter les charges du fantôme. Snape n'avait aucune idée… Il pourrait faire des dizaines de choses s'il le voulait vraiment. Il pourrait déverser de l'eau sur l'armure tout en continuant à la détruire jusqu'à ce qu'elle rouille. Il pourrait obliger le poltergeist à sortir de son abri. Il pourrait même envoyer le Geminus faire diversion. Seulement cela voudrait dire montrer son jeu à Snape, et l'homme qui feignait de ne rien voir n'attendait que ça.
Harry sentit ses fesses le chauffer alors qu'il pirouettait pour éviter une nouvelle attaque. Un regard vers son professeur lui apprit que ce dernier souriait imperceptiblement à ses copies. Une bouffée de chaleur familière lui embrasa le ventre. Harry s'installa derrière le canapé et fit un signe à l'armure. Le bras de métal se tourna vers lui, et Harry se baissa. A sa grande satisfaction le sort frappa le meuble. Mais au lieu de brûler, le canapé se retira d'un coup, le laissant à découvert. Le poltergeist réfléchissait. Harry cria lorsque le sort suivant le frappa au poignet. Sa colère l'emportait. Sheridan sifflait sous son crâne. Des dizaines de plans lui venaient en tête. Sa magie et le Kâdihmir frappaient déjà des mains. Il pourrait lâcher l'Heraldus contre le fantôme, ou mieux, contre Snape. Il pourrait fracasser sur l'armure tous les meubles de la pièce. L'air tremblait contre ses mains. Il lui suffisait d'un geste, et Snape s'occuperait des dégâts. S'il le pouvait.
« Besoin d'aide, Potter ? »
« Jamais ! », gronda Harry. Le sorcier se planta devant le bureau du professeur, sa magie entièrement focalisée sur l'armure dans son dos comme un troisième œil. Harry adressa à l'homme un sourire triomphant de dément. « Je vous parie que je suis plus rapide que lui pour me baisser. »
Snape lui rendit son sourire. « Je vous parie qu'il va viser les jambes. A moins qu'il ne reste ainsi, braqué sur vous, jusqu'à ce que vous fassiez un pas de côté. La nuit va être longue, Potter. »
Il était stupide ! Stupide et humilié. La rage lui brouillait la vue. « Vous vous planquez derrière une armure ! »
« Redites-ça pour voir, Potter. »
« Faites-le vous-même si vous y tenez tant ! », beugla Harry.
La seconde d'après, Snape était à côté de lui et l'armure à nouveau immobile. « Vous croyez vraiment qu'il me faut le soutien d'un morceau de ferraille ensorcelé pour vous réduire à un tas de viande pleurnichant ? Ne me tentez pas ! »
Sa magie quitta son dos pour venir se placer entre lui et Snape, le faisant tanguer dans la manœuvre. Ce serait un tel soulagement que de déverser cette énergie sur l'homme face à lui ! « Vous n'avez pas idée… », chuchota Harry en reculant. « Vous n'avez pas la moindre idée… »
« De quoi ? De ce qui risquerait d'arriver ? Vous jetant quelques sorts un petit peu plus puissants que la moyenne des sixièmes années. Peut-être même une ou deux trouvailles qui vous paraissent le bout du monde. Et moi vous réduisant à rien sans mal, Potter ! Etre ce que je suis demande des capacités qui dépassent votre entendement, sombre idiot ! »
Sheridan grandissait sous sa peau. Il ne pouvait pas stopper l'Heraldus. Le dragon buvait son trop-plein de magie et se déployait, lui grillant le corps et l'esprit.
Snape planta ses yeux dans les siens et le visage de l'homme s'estompa. « Vous ne savez rien, Potter », murmura l'homme en pesant lourdement sur chaque mot. « A l'avenir, gardez votre misérable petit égo dans votre poche. »
Harry secoua la tête et maudit le sorcier de toutes ses forces.
« A moins que vous n'estimiez mes aptitudes au combat que d'après ce que vous avez vu dans cette fichue cabane. Vous croyez que ce qui s'est passé ce soir-là va se reproduire ? Vous croyez que vous aurez l'occasion de m'attaquer en traître, une nouvelle fois, alors que je risquais ma peau pour sauver votre répugnante petite vie ! »
Son cerveau menaçait de sauter hors de son crâne. Snape devenait fou. Ses lèvres se retroussaient de rage. « Ça vous a plu, hein ? Tout comme votre père ! »
« Je suis désolé ! », hurla Harry. L'homme devait se calmer. La douleur était insupportable.
« Ne vous avisez pas, Potter ! », cracha Snape. « N'osez pas une seconde être désolé ! »
Harry céda sous la pression et trébucha. Il devait retourner s'asseoir et admettre qu'il était ridicule et minable. Il devait ramper. Il n'était rien de plus qu'un parasite.
La pensée tourna dans son crâne. Les orbes noirs de Snape brillaient de conviction. Sheridan se glissa dans sa tête et Harry se recentra sur sa présence. Snape essayait de l'hypnotiser, mais l'Heraldus avait déjà connu ça. La créature s'installa derrière ses yeux et gronda en direction de l'homme. Baisser la tête et admettre sa médiocrité devinrent de vagues informations. Sheridan assimilait sa magie et prenait la forme de sa colère. Le dragon allait jaillir et attaquer Snape. Il allait se servir du lien que Snape créait avec ses yeux. S'il le laissait faire… S'il le laissait faire, il ignorait ce qui se passerait, mais il perdrait sa guerre intérieure. Harry serra toute sa volonté autour du corps du dragon pour l'empêcher de mettre son plan à exécution. Snape insistait. Harry voulut lui crier d'arrêter, mais le moindre geste lui faisait craindre de perdre le contrôle. Sheridan se rapprochait lentement de son but. D'un instant à l'autre il allait se matérialiser et provoquer une catastrophe.
« Je ne reçois pas d'ordre », articula Harry à bout de souffle.
Snape poussa une dernière fois avant de reculer avec un air calculateur. Puis l'homme ouvrit à toute volée la porte de son laboratoire et s'y engouffra. Harry s'essuya le front avec sa manche. L'Heraldus céda un peu de terrain, lui permettant de respirer à nouveau. Il devait déguerpir d'ici. Harry accioa son sac et tourna les talons.
« Ne vous enfuyez pas. » Snape était revenu et tenait une fiole à la main. « Buvez. »
Harry considéra le liquide translucide dans la fiole familière. « Non. »
« Ce n'est pas une question. »
« Vous ne pouvez pas faire ça ! »
« Je fais ce que je veux, Potter. Vous êtes ici chez moi, de votre propre chef, à me gâcher la vie et à détruire mon étude. Qui plus est, vous avez le culot de m'insulter. Alors vous avez le choix : soit vous buvez cette potion et vous saisissez votre chance de voir jusqu'à quel point la manipulation n'a pas d'emprise sur vous, soit vous quittez cette salle. Mais si vous le faites, il n'y aura pas de retour. Le contrat débile passé avec le Ministère et la Loge ne tiendra plus et vous devrez quitter le château. A vous de voir. »
Snape agita la fiole sous son nez. Harry la lui arracha des mains. Il fit taire le dragon qui le suppliait de l'appeler et déboucha le flacon d'un geste rageur. Il ne pouvait pas partir. Il n'avait pas d'option. Harry avala la potion et jeta au sol la fiole qui se brisa.
Snape croisa les bras. « Vous voyez que vous pouvez obéir. »
Les dents d'Harry s'entrechoquèrent alors qu'une insulte tentait de passer le barrage. Le Veritaserum faisait son effet. Toutes ses inhibitions tombaient et sa volonté de ne rien dire se fracassait contre son envie de balancer tout haut ce qui lui rongeait le cœur.
« Etes-vous conscient d'être plus vulnérable à cet instant que vous ne l'avez jamais été ? »
C'était comme absorber un grand choc. Sa raison tombait au fond de lui, impuissante, alors que tout le reste était projeté vers l'avant. Il avait des crampes aux mâchoires. Dire qu'il lui suffisait d'ouvrir la bouche… Harry se griffa le bras pour rester en contact avec la réalité. « Peut-être », croassa-t-il.
« Peut-être quoi ? »
« Peut-être que je suis vulnérable », concéda Harry en se mordant l'intérieur des joues.
« Vous n'imaginez pas à quel point. Vous savez qu'il ne faut pas mais vous ne pouvez pas lutter. Ce petit jeu peut vite devenir une torture, croyez-moi. »
Sheridan ne pouvait rien pour lui. Le poison était dans son estomac et passait outre sa magie et sa colère.
Snape entra dans son champ de vision. L'homme dégustait son plat froid. « Je joue dans les règles, Potter. Après tout, il s'agit de votre entraînement. Alors je ne vous poserai qu'une seule question. »
Harry tituba jusqu'à sa chaise. Ses jambes ne le tenaient plus et il était hors de question qu'il s'effondre devant le maître des potions.
« Ma question vous intéresse-t-elle ? »
Harry se cramponna au siège et n'osa plus penser qu'au silence.
« La voici », susurra le sorcier dans son oreille. « Quelle est la chose vous concernant, Potter, que vous redoutez le plus que je sache ? »
Harry inspira un grand coup. Snape installa une chaise face à la sienne et ouvrit son journal. « Prenez votre temps. »
Son corps tremblait, en proie à une fièvre artificielle. La question brillait comme un phare dans sa tête, masquant toute autre pensée. Le poison l'obligeait à passer son crâne en revue, lui faisant voir tout ce qu'il n'aurait pas voulu dire à cet homme. Il y avait le Grimoire et le reste de son entraînement. Il y avait sa peur et sa solitude. Plus de détails sur sa vie chez les Dursley. Ses discussions avec Voldemort. Sa chute au sein de la maison Gryffondor. Ses cauchemars et leur détresse. Ses glamours.
Harry suffoqua, au bord de la panique. Il n'avait pas prévu un effet aussi dévastateur. La potion prenait le pas sur sa volonté, et bientôt il n'aurait même plus assez de forces pour…
Le Veritaserum s'acheminait vers sa pleine démonstration. Le filtre autour de ses pensées devint plus pernicieux, plus profond. Il ne voulait pas que Snape sache que, quelque part, les événements de la cabane hurlante et ceux aperçus dans la pensine lui pesaient. Il ne fallait pas que l'homme comprenne à quel point il était son créditeur, qu'il estimait lui devoir plus que toutes les saloperies tordues que le maître des potions pourrait inventer pour le blesser, car ces deux heures le sauvaient des autres groupes politiques et de leur désir de le couper de la Chambre et du Grimoire.
Snape tourna avec nonchalance une page de son journal. Harry ignorait depuis combien de temps il luttait. Le poison le noyait lentement. Il ne voulait pas avouer à Snape qu'il l'avait choisi pour ça, pour cette antipathie tenace et sourde, parce que la haine de Snape était son meilleur rempart contre le regret et la déception que lui inspiraient d'autres. Il ne voulait pas avouer que la rancœur de cet homme servait ses plans et le rassurait. Snape était le seul à ne pas croire qu'il avait changé. Qu'il était toujours le même bon-à-rien d'Harry d'antan.
L'homme reposa enfin son journal. La crampe s'était étendue au reste de son visage. Un peu de salive s'accumulait aux commissures de ses lèvres. Ses deux côtes cassées, broyées dans l'étau de son corps tendu à bloc, faisaient danser des lumières devant ses yeux.
« Potter… »
Harry inhala une dernière fois. Il était à son maximum. Il était temps de lâcher prise.
« Vous voulez savoir ce que je redoute le plus de vous avouer, Professeur ? Je vais vous le dire », souffla Harry. Le poison s'engouffra dans la brèche et Harry ne chercha pas à l'arrêter. Le liquide se transforma en un fleuve tumultueux et frais qui chassa la fièvre. Tout devint plus harmonieux et apaisé. Il ne restait plus qu'un détail…
Le visage de Snape demeura de marbre. Les lèvres d'Harry s'agitaient, pourtant. Il lui disait tout. Il avouait tout, se purgeant du venin, et il en rajoutait même ! Est-ce que vous savez que j'ai plus d'une fois visité votre réserve de potions ? Que c'est à cause de moi que vous n'avez pas obtenu l'ordre de Merlin ? Que je viens de vous ridiculiser, et que j'en suis fier ?
Snape l'épia longuement, un seul doigt nerveux trahissant ses sentiments. « Le Seigneur Noir comprend le fourchelangue, Potter. »
« Voldemort n'a besoin d'aucun piège retord pour me connaître. Il sait tout de moi. »
Un feu ardant se consumait derrière les prunelles noires. Harry pouvait se voir brûler dedans. « Sortez. »
Le gryffondor ne se le fit pas dire deux fois.
xxx
« Comment a-t-il pu faire une chose pareille ? Comment a-t-il osé ! »
Une ruse intéressante, à ce propos. Je reconnais que tu m'as fais peur un moment.
« Vous réalisez que si je n'y avais pas pensé, ça aurait été un désastre ? Il n'avait pas le droit ! »
Un acte scandaleux, pour sûr. Maintenant lâche l'Heraldus.
Sheridan n'attendit pas l'offrande et se matérialisa sans plus de cérémonie. De la gueule au bout de la queue, la taille du dragon égalait la sienne à présent. Son corps était plus visible, impossible à confondre avec un quelconque jeu d'ombres. Le dragon prit son envol et poussa un hurlement qui retentit douloureusement dans la caverne. Harry reprit son souffle.
« Que dois-je faire avec lui ? »
Donne-lui des ordres, puis redonne-les-lui encore. Habitue-toi. Laisse-le s'intriquer à toi.
Sheridan revint en sifflant et se posa sur le bureau vermoulu. Le bois fuma sous ses griffes. Harry lui ordonna en fourchelangue de faire le tour de la Chambre. Le dragon exécuta une volte souple de bonne grâce. Les choses se gâtèrent lorsqu'Harry renouvela l'ordre. L'obéissance du dragon se méritait. Harry dût livrer une nouvelle guerre de volonté pour se faire entendre. L'effort lui donnait le vertige, alors il ranima le Cercle de concentration. Il passa une bonne heure à batailler avec le dragon pour l'obliger à canaliser sa furie dans les instructions qu'il lui donnait. Sheridan lui en disputa chaque seconde, mais après ce laps de temps, la créature sembla s'adoucir.
Il est ton protecteur, Harry Potter. L'Heraldus n'est pas là pour batifoler mais pour se battre. Entraîne-le.
La question d'Harry mourut sur ses lèvres. Une des têtes de serpent venait de se tourner dans sa direction, la gueule déjà béante, parée à tirer. Harry partit de cacher derrière l'un de ses congénères de pierre.
Skrrâsch n'a pas apprécié la démonstration de ce Monsieur de Clare. Il pense qu'il peut faire mieux.
L'humour n'allait pas au Grimoire, décida Harry en se retrouvant une fois de plus à gesticuler dans tous les sens. Le serpent gagnait en souplesse, contrairement aux premières fois. Son corps s'arquait de plus en plus, lui permettant de viser derrière les socles de la ligne d'en-face. Harry sortit sa baguette et lui fit front. Il repoussa sans trop de difficulté ses attaques grâce à différents boucliers jusqu'à ce que le Livre attire sa baguette à lui. Harry courut jusqu'à l'abri précaire que lui offrait le serpent le plus proche.
Tu ne rechignes même plus ?
Le sorcier étouffa sa hargne renaissante. Il savait le prix de l'insolence pour le Grimoire. L'humeur badine du Livre n'était qu'un leurre, il n'y avait jamais qu'une seule personne à s'amuser ici.
Sers-toi de Sheridan.
Le dragon se posa élégamment sur une queue de serpent et siffla dans sa direction. Harry ne comprit pas ce qu'il disait. Le fourchelangue n'était pas des mots mais une intention à découvrir dans les modulations de l'air. C'était une langue primitive qu'il fallait se contenter de ressentir. Harry se demanda à quoi avait ressemblé son discours à Snape tout en esquivant un nouveau tir. Le fourchelangue pouvait être très explicite lorsqu'il s'agissait de colère.
Le dragon cria, impatient. Harry hésita. Ce n'était pas qu'il avait des scrupules, mais Sheridan faisait bien petit à côté de l'immense statue du reptile…
Le Grimoire le frappa d'un coup sec dans le dos. C'est l'émotion la plus stupide que tu aies eu depuis longtemps, Harry Potter. Tu ne devrais pas avoir besoin de la pensine pour une tâche aussi simple. Je suis mécontent.
« Sheridan est un esprit hybride qui n'a rien d'humain et ne peut disparaître. La forme que lui donne l'Invocateur n'est que passagère et ne doit pas m'influencer », se reprit Harry.
Ça l'insulterait.
Sheridan cria encore. Quelque chose disait à Harry que le dragon était avec lui, malgré sa fougue indisciplinée. Il baissa la tête pour éviter un éclair et vit le dragon s'envoler. L'attaque suivante lui fut cachée par le corps flamboyant de l'Heraldus qui se déploya devant lui. Sheridan disparut à l'impact.
Rappelle-le.
Harry s'entailla le doigt d'un coup de baguette et l'Heraldus réapparut. Il fallait qu'ils se synchronisent, seulement c'était le genre de choses qu'il ne pouvait vraiment pas traduire en fourchelangue. Il ne maîtrisait pas assez ce langage pour avoir accès à une intention aussi subtile. C'était plus simple de parler au dragon lorsque ce dernier était en lui car il pouvait lui envoyer des images. Harry commençait à comprendre où voulait en venir le Grimoire. Il devait reprendre à chaque fois ce qu'il avait déjà appris. Il devait se projeter sur Sheridan. Le gryffondor extériorisa ce qu'il pouvait d'énergie tout en parant grossièrement les tirs du serpent avec de la magie sans baguette. Sheridan grogna dans son esprit et se jeta entre le sort suivant et lui. Harry en profita pour lâcher son bouclier et bondir en avant.
Il avait réussi ! La plate-forme n'était pas bien large et il y avait certainement des façons plus simples de la traverser malgré les tirs, mais il l'avait fait ! Esquive physique, magie sans baguette et interaction avec son Heraldus. Harry soupira de contentement.
Encore.
Un autre serpent sortit de son sommeil minéral. Harry rappela Sheridan et lui donna un souvenir simple pour le renforcer. Ensemble, le dragon et le sorcier repartirent au combat. Deux adversaires suffisaient amplement à la tâche. Sheridan ne disparaissait pas à tous les coups, mais Harry devait lui faire régulièrement des offrandes et le processus avait quelque chose d'accablant. Dire qu'un jour le Grimoire en viendrait certainement à lâcher tous les serpents à ses trousses… Harry repassa pour ce qui lui sembla être la vingtième fois devant ses deux opposants et se tourna avec espoir vers le Grimoire.
Son silence vint à bout de sa patience. « Est-ce suffisant ? », grogna-t-il le plus poliment possible.
Très lent. Trop amateur.
Harry chassa la sueur devant ses yeux. C'était sans doute les histoires de Midgardsormr qui faisaient vibrer en lui cette corde primitive. Il pouvait vivre sans le souvenir de ses victoires de Quidditch, sans les décorations de Noël et cette fameuse bataille de neige avec les jumeaux que Sheridan lorgnait depuis longtemps. Sauf que les souvenirs s'évanouissaient, mais pas la conscience de leur perte. Un jour, il ne resterait plus rien de lui.
Harry refit quatre passages qui lui coutèrent la plupart de ses excursions à Pré-au-lard, au terme de quoi le Grimoire lui rendit sa baguette sans commentaire. Harry s'installa à son bureau et recopia les notes prises chez Snape sur son carnet rouge, puis il repêcha au fond de l'un de ses chaudrons une mesure de potion de sommeil. Il fallait qu'il en refasse. Il s'était sûrement trompé dans le dosage parce que ces dernières nuits lui avaient parues bien courtes. Harry rassembla ses affaires.
Il te faudra de l'or pour le loup, Harry Potter. Envoie ton elfe à Londres.
« Combien ? »
Tout ce que tu possèdes.
Harry lâcha son sac. « Et si j'en ai besoin plus tard ? Et si je dois acheter quelque chose, ou… » Ça lui remontait dans la gorge. « Vous ne croyez pas que je donne déjà assez ? »
L'argent sera trop tôt le cadet de tes soucis.
Harry serra les poings et ne hurla qu'une fois hors de la Chambre.
xxx
La semaine qui suivit fut l'une des pires qu'Harry ait connues depuis septembre, ce qui n'était pas peu dire. Pour commencer, Snape trouva l'aplomb de revenir à la charge le lendemain avec une nouvelle potion.
« Vous plaisantez ! »
« A votre avis ? »
Estomaqué, Harry s'était rassis.
« Vous allez boire ça parce que l'expérience d'hier soir n'a rien démontré d'autre que votre capacité à vous défiler. Votre échec spectaculaire en occlumencie est la preuve même de votre vulnérabilité face à la manipulation. Tous les sortilèges, enchantements et potions dans ce domaine empruntent la même stratégie d'annihilation des inhibitions. Une dose tous les soirs, Potter, jusqu'à ce que vous maîtrisiez le processus. »
Le flacon n'était qu'à moitié plein et Harry l'avait vidé.
Snape avait ensuite déposé une plume et un parchemin devant lui. « Pour vous aider à lutter, Potter. Imaginez que votre volonté soit entièrement focalisée sur la potion et l'idée de ne pas me répondre, et que de mon côté je vous pousse à utiliser cette plume. Et maintenant, imaginez que votre volonté cède. »
Il n'avait pas cédé, mais il s'en était fallu de peu. « Demain la dose sera plus forte », l'avait prévenu Snape.
De son côté, le Grimoire avait trouvé amusante l'idée de lui faire passer un test à l'image de ceux pratiqués quelques centaines de mètres plus haut par les autres professeurs. Harry avait eu jusqu'à la fin de la semaine pour réussir à déposer sa baguette sur la tête de Serpentard, puis léviter trois pierres et les garder en l'air tout en se protégeant des tirs des serpents. A ce stade, il ne maîtrisait que la première partie. La dernière fois qu'il avait soulevé autant de pierres sans baguette il était en transe, et les choses avaient failli mal finir. Quant à la troisième partie, mieux valait ne pas en parler.
Harry s'était escrimé à ensorceler un rocher, puis un autre, mais le dernier restait invariablement immobile.
Pointe-les du doigt pour commencer.
Le bras tendu, il avait senti sa magie couler dans l'axe. Les trois pierres s'étaient levées. « Pourquoi ? »
Les mains sont le vecteur corporel le plus puissant lorsqu'il s'agit d'agir sur son environnement. Quant au doigt, Harry Potter, n'oublie jamais que le pouvoir de cet index a souvent fait ployer le monde. Il est la première baguette de l'humanité.
Après cela il avait fallu se passer du doigt et contrôler le flux de magie qui perpétrait l'enchantement, puis créer un second flux dans lequel puiser de quoi générer des boucliers pour contrer les attaques.
A la fin de la semaine, Harry n'avait pas lâché un mot au cours de Snape et s'était tiré sans trop de brûlures du test du Livre, ce qui n'avait pas empêché le premier de lui retirer 10 points pour quelques tâches sur le parchemin, et le second de lui interdire d'utiliser un baume afin qu'il n'oublie pas ses faiblesses.
« Dobby est revenu de Londres, Monsieur. »
Harry prit la sacoche que lui tendait l'elfe. « Merci, Dobby. »
Dobby hocha la tête et en profita pour regarder autour de lui. « Harry Potter n'a pas de matelas. »
L'étudiant sourit dans la nuit. « Ce n'est pas la première fois que je vais dormir en classe, tu sais. »
« Dobby n'a pas vu Harry Potter au dîner. » Une assiette apparut dans un claquement de doigts. « Ce sont des endives, Monsieur », soupira l'elfe.
Harry n'ouvrit la besace qu'après le départ de la créature. Il y trouva plusieurs sacs d'or ainsi que les papiers officiels attestant de la fermeture du compte Potter-Evans. C'était symbolique. Il n'y aurait pas d'après. Il n'en avait jamais été question, sauf qu'il avait mis des années à le comprendre. Aujourd'hui il ne lui restait plus que l'instant, avec tout ce que cela entraînait. Il n'y avait plus de place pour les disputes et les états d'âme. Il n'y avait plus lieu de prévoir ou de regretter. Et pourtant il y avait encore une résistance au fond de lui. Ça faisait des mois qu'il la pourchassait, mais il était heureux qu'elle soit là ce soir. Ça lui faisait de la compagnie. En son honneur, Harry déterra du fond de son sac la boulette de Dudley et le couteau de son parrain. Un petit acte de rébellion loin du Livre et des professeurs, en hommage à cette porte qui ne s'ouvrirait pas et à l'engueulade que personne ne lui donnerait.
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Svarog était un dieu du feu, non pas de la flamme chtonienne mais de celle élémentaire à laquelle est liée chaque vie. Les hommes qui l'adoraient lui avaient engendré un avatar, un fils chargé de protéger leurs foyers en toute saison. L'ombre d'Agounia parcourant la campagne était le signe d'un hiver rude mais auquel on survivrait. Pour l'accompagner, les hommes lui avaient donné un chien. Ils avaient imaginé une grande bête fidèle et compatissante. Le chien n'entrait jamais dans les maisons. Mais lorsqu'une braise de fortune faiblissait au milieu des bois, c'était lui qu'ils entendaient accourir. Les bûcherons en avaient fait leur protecteur.
Il s'agit-là de légendes, Harry Potter. Des images fabriquées par les hommes pour illustrer ce pourquoi ils n'ont pas de mots. Ni ce chien ni ton dragon n'auraient dû exister. Les hybrides, ces idées que l'on a tant représentées qu'elles ont pris formes, sont des aberrations nées de la magie des sorciers. Ils ont appelé l'idée, ils lui ont imaginé une ombre, et ils ont donné vie à cette ombre. Cela n'aurait jamais dû être. Une nuit, un bûcheron trop avide vit en rêve le chien ranimer le brasier presque éteint qui le réchauffait. Il se dit que le chien pourrait lui être utile et il lui lança une pierre pour alourdir sa silhouette fantomatique et l'empêcher de repartir dans l'autre monde. Le caillou se logea dans la poitrine du chien et l'amarra à ce plan.
Certains écrits disent que le chien se débattit pendant des siècles, mais le feu ne peut rien contre la pierre. Le chien se fatigua et s'endurcit. Il devint un rôdeur avide, prompt à la bagarre et opportuniste. Les hommes hantés par ses chasses fuirent et il les pourchassa dans leurs songes. C'est ainsi que l'un d'eux le ramena au pays de Galles. Il y prit le nom de Gweilgi. Il est devenu loup, Harry Potter, mais il te rendra service contre bon prix.
Harry lorgna sur la double-page ornée de runes et de planches qui illustraient le rituel de l'hybride. Il ne lisait pas cette langue. Lors du Passage de Sheridan, le Livre l'avait aidé en s'infiltrant dans sa tête pour lui souffler ce que contenaient ses pages. Mais cette fois-ci, le Livre voulait qu'il se débrouille seul.
Les choses ne sont complexes que pour ceux qui regardent leurs pieds. Ils ignorent la simplicité harmonieuse du ciel qui les baigne. Tu sais que le passage jusqu'au loup existe, sauf que la porte t'en est étrangère. Mais qu'importent les mots, Harry Potter ! Qu'importe cette porte ! Les mots ne sont que de touts petits avatars, les derniers rejetons d'une grande idée. Ils sont malingres et bancals. Ils sont trompeurs. Les invocations sont à peine plus que les sorts qui les résument. Tu dois pouvoir te passer d'elles s'il le faut. Ce sera plus difficile lors de la première invocation, mais tu t'en féliciteras ensuite.
Rentre dans le Cercle et laisse l'idée du chien envahir ton esprit. Sheridan va t'aider, car il est lui aussi un esprit de feu. Crée ta propre invocation, appelle-le avec ta seule force. Utilise le fourchelangue si la tentation des mots se fait trop pressante, car il est un langage brut, plus proche de la vraie magie que les langues usées par des siècles de conventions.
Harry fit comme le Grimoire avait dit. Il ferma les yeux et imagina une silhouette arpentant les bois. Puis il s'imagina l'apercevoir, et il vit qu'elle le regardait aussi. Il la multiplia. Il la transforma en meute affamée, décimant les troupeaux sous les yeux des hommes désarmés. Il comprit l'angoisse de ceux obligés d'arpenter les forêts, torturés par la seule pensée que les ombres puissent ne pas en être. Il vit les crocs, l'endurance et l'intelligence de l'adversaire. Il ressentit la vieille peur du loup.
Sheridan s'entortilla autour de ses épaules et gronda. Le dragon posa son esprit contre le sien. Harry y vit des flammes. Il y vit l'amour du feu et de la destruction des choses impures. L'esprit était impitoyable. Sheridan se pencha vers Gweilgi qui se dessinait dans les brumes des pensées du sorcier. Harry le sentit imposer sa volonté au loup moins puissant. Gweilgi s'approcha. Son apparence était encore celle d'un chien, mais ses yeux projetaient la folie de sa vie sauvage. Le loup renifla l'or, puis il en avala une partie avant de s'en retourner.
Harry rouvrit les yeux. « Etait-ce réel ? »
L'or a disparu, Harry Potter. Gweilgi t'a vu, mais il est méfiant. Tu dois recommencer, reprendre le même chemin et l'habituer à ton appel. N'essaye pas de le faire apparaître ici. Il saura te trouver lorsque les temps seront venus.
Harry baissa la tête. « C'est Sheridan qui l'a appelé, pas moi. »
Les grands sorciers n'ont pas plus de pouvoirs que les autres. Ce qu'ils ont de plus, c'est la sagesse qui leur permet de voir et d'utiliser les forces qui les entourent. Tu as réussi à invoquer Sheridan, tu as obtenu le droit de profiter de sa présence. Tout ce qu'il t'apprendra, tout ce que tu sauras par lui et que peu d'autres hommes sauront, tu n'en devras dette à personne.
Il rappela le loup jusqu'à ce que la créature cesse de fuir. Lorsque Gweilgi s'arrêta à quelques pas, Harry se décida à le regarder. Il évita ses yeux mais parcourut du regard les traits fuyants du corps sombre déformé par la chaleur de la flamme qui consumait l'animal de l'intérieur. Le loup se laissa observer. Lorsque le sorcier le quitta, il sentit la bête hésiter à le suivre. Gweilgi et lui s'étaient mis d'accord : le loup le servirait s'il revenait.
Harry sortit de sa transe, un peu ému. Le contact avec des esprits, aussi petits soient-ils, restait un moment étourdissant, un moment où les barrières du corps semblaient se gonfler et s'étirer à l'infini pour laisser enfin toute sa place à l'âme et au monde intérieur qu'elle présidait.
Va te laver.
Harry se plongea dans le bassin de Serpentard. L'eau cristalline et froide lui fit du bien. Le jeune homme se laissa porter. Gweilgi lui plaisait. Le loup était une âme damnée aux pulsions insatiables, mais il était aussi celui qui avait répondu à son appel. Il était un allié de plus, et Harry avait besoin d'alliés. Il s'inquiéta de la possibilité que Gweilgi l'abandonne un jour simplement parce qu'il serait devenu trop pauvre.
« Va-t-il me demander la même somme à chaque fois ? »
Possible. Mais la forme s'est introduite dans l'esprit. Le loup regrette ses courses sous la lune, car cela fait bien longtemps qu'il n'a plus été invoqué. Cet art s'est perdu, Harry Potter. Gweilgi pourrait ne pas résister à la tentation de te servir ne serait-ce que pour fouler une fois encore le sol dur des hommes.
Le lendemain, le Grimoire lui présenta Méabh.
Oublie les hybrides, Harry Potter. Oublie ces créatures engendrées par un subterfuge injurieux et tourne-toi vers la grandeur du monde qui t'entoure. Voici les avatars créés par les hommes pour nommer les choses : des Forces, ils ont tiré des dieux, puis des fils et des filles, des serviteurs. Ils ont construits des autels, puis des temples. Ils ont écrit des livres. Ils ont dressé mille murs entre le Grand Cycle et eux et les ont appelés religion. Les mots peuvent aider parfois. Ceux qui comprenaient leur puissance ont trouvé une voie malgré tout. Ils ont transformé les murs en miroirs. Ils ont grandi, Harry Potter, et ils ont entraperçu la vraie nature des choses. Ils sont devenus sages.
Ces hommes finissent par quitter le plan humain. Ils cessent de revenir car l'âme ne se retrouve plus dans les imperfections de la chair. Certains meurent jeunes, frappés de plein fouet par un éclat de lucidité trop aveuglant pour leur enveloppe humaine, d'autres se retirent et contemplent longuement le monde avant de s'éteindre une dernière fois. Mais il arrive qu'ils choisissent de rester. Ceux fascinés par Hereb reviennent avertir, ceux qui regardent vers Iônah reviennent par compassion. Ils sont appelés bodhisattvas à l'Est du monde. Dans ces contrées-ci, vous parlez d'anges et de saints. Enoch fut le premier et le plus puissant d'entre eux. Ces êtres de sang et d'éther sont des intercesseurs. Ils tendent la main depuis les sommets de leur sagesse, et ceux assez forts pour voir les signes peuvent bénéficier de cette aide pour continuer leur quête.
Méabh est le nom donné au souvenir d'une femme qui vécut et mourut dans la contemplation. Elle n'est plus ici, mais son inspiration demeure. Tu auras besoin d'elle, tu auras besoin de sa conviction lorsque les doutes t'assailliront de toute part. Elle sera ton guide quand la tentation de renoncer te dévorera.
Il n'est plus question ni de forme ni de volonté. Il ne doit rester que la foi en ce qui te pousse en avant. Tu as déjà fait un pas vers elle lorsque tu as abandonné tes souvenirs et leurs émotions à la pensine, et encore un autre lorsque tu es entré dans le Cercle de concentration. Ton esprit est prêt à s'aiguiser. Laisse-toi bercer par cette femme, laisse-la te porter jusqu'au firmament des hommes. Laisse-la te montrer l'immensité des choses qui s'étendent au-delà.
Harry se coucha dans le Cercle et étendit ses bras et ses jambes. Il avait besoin de se sentir ancré pour ce long voyage. Lorsqu'il se détendait trop, le Cercle le plongeait dans un état de sommeil éveillé et la descente l'obligeait à voir sa propre conscience tomber dans un trou, ce vortex à l'arrière du crâne, ce chemin caché qui ouvre sur le monde du dehors et qu'on ne pressent qu'en rêve. La seule attache restait le corps, c'était l'unique point de repère pour le retour. Et, à présent, le Grimoire lui demandait de pousser vers cette brèche, de tourner dans sa direction tout ce qui n'était pas chair en lui.
Harry se laissa glisser.
Sers-toi d'elle, Harry Potter. Laisse-la te prêter ses ailes. Laisse ton esprit s'ouvrir à celui des Choses.
Maintenant oublie les hommes. Oublie leurs intellects simples et leurs symboles nécessaires. Voici le Tout, si parfait qu'on ne peut en parler. En lui s'entremêlent et s'équilibrent les Grands Principes. Nos sens étriqués voient en l'un d'eux une pulsion de destruction et de renaissance. Ce Principe donne sa forme à la vie. Des premiers cris aux derniers souffles, il est l'énergie fantastique de la Création en mouvement, il est le sceau de sa mortalité. Toute l'histoire du vivant repose entre les bras tendus de l'Ephémère.
C'est cette pulsion que les peuplades du Nord lacérèrent pour modeler le dieu Midgardsormr. Ce dieu n'est que l'image d'un écho du Principe qui le gouverne, et pourtant il représente l'infini des hommes.
Ton âme doit se dénuder et renoncer aux derniers vêtements qui la cachent aux yeux des hommes pour le toucher et connaître ce qu'il reflète. Il ne s'agit pas de voir ou de comprendre, mais de tendre humblement vers lui pour parvenir à la lucidité de l'âme. Si tu l'approches, Harry Potter, si tu te détaches assez pour le voir à l'œuvre sur le monde, alors, le moment venu, Midgardsormr viendra plus tôt à toi car la distance sera plus courte, et il t'achèvera ou te repoussera plus vite.
Il entendait le vent. Il le voyait tournoyer au-dessus des pics enneigés et se transformer en tourmente qui dévale la montagne avec les insectes et les oiseaux. Puis il rebondissait sur la plaine et se chargeait de pollen et d'abeilles. Il soufflait dans les terriers où se décomposaient les musaraignes, il mugissait aux oreilles des isards imprudents. Il était parfois bise, parfois tempête. Chaque souffle expiré en ce monde était à son reflet, ainsi que chaque inspiration.
Et parfois il rencontrait un homme, un village ou une ville, et son passage faisait vibrer les âmes. Harry les percevait. Il entendit la terreur de l'enfant malade. Il entendit le soulagement et l'infinie tristesse des adultes orphelins, il entendit des mots de haine et des paroles d'amour, la plainte insondable de l'amant demeuré seul et le cri vengeur du fils délivré. Il vit un médecin plongé dans son livre, tard le soir. Il y avait aussi la femme en blanc et l'homme rouge. Le pompier. Celui qui traversait la route sans faire attention et la grand-mère qui s'était rattrapée à la rampe. Il était partout, à chaque seconde. Il balayait sans relâche ces tâches pâles qui ne faisaient que passer, et Harry pleura en sentant mille cœurs mourir en lui.
« J'aurais aimé savoir que l'on ne s'arrêterait pas à Méabh. »
Je t'ai vu te préparer. Tu pouvais réussir.
« J'ai entendu leurs voix », murmura Harry. « Je les avais déjà entendues avant. Elles me hantent. »
Tu es un empathe, Harry Potter. Tu sens les vibrations du monde, tu le comprends, et tu ne peux t'empêcher de sympathiser avec lui. Tu nourris l'époque de ta conviction, et l'époque te nourrit en retour. C'est un état rare vers lequel notre entraînement te précipite.
« Me précipite ? »
Le rire sombre du Livre parcourut les murs de la Chambre. Dis-moi quelle est ta conviction, Harry Potter. Dis-moi ce que tu penses de cette époque.
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La cloche sonna le début du cours et les élèves rentrèrent en classe. Harry s'installa au milieu de la salle, le fond étant occupé par les serpentards. Le jeune homme sortit ses affaires en évitant le regard perçant de son professeur. Il avait séché plusieurs cours ces derniers temps et savait que sa directrice de maison rongeait son frein.
Minerva McGonagall inspecta ses étudiants d'un œil sévère. « Vous avez appris à transfigurer des objets et des animaux ces six dernières années. Vous êtes tous parvenus, avec plus ou moins de réussite, à changer la forme d'une chose pour une autre. L'étape suivante est la vraie métamorphose, l'art de transformer l'enveloppe mais aussi le contenu. Le sortilège n'a pas vocation à durer, mais tant qu'il fait effet, l'objet que vous ensorcelez doit devenir ce que vous souhaitez et non pas se contenter de lui ressembler. »
Le professeur pointa sa baguette vers une chaise vide à côté de son bureau et énonça le sort. La chaise fondit sur elle-même et disparut pour laisser place à un petit lapin brun à l'air ahuri. Certains élèves applaudirent, et les filles poussèrent des cris d'extase lorsque l'animal s'installa sur ses pattes de derrière pour faire sa toilette.
« Il ne s'agit que d'un sortilège », rappela McGonagall de son ton austère habituel. « La métamorphose du bois à la chair n'est pas la plus simple, bien que les deux matières soient vivantes. Il faut des sortilèges beaucoup plus complexes pour changer les métaux. Pour aujourd'hui nous nous contenterons d'un petit exercice pratique sur des souris. Allez chacun en prendre une dans le bac. »
Les élèves se ruèrent vers la boîte à souris. Il y eu quelques instants de flottement le temps que chacun se trouve l'animal qu'il jugeait le plus 'mignon' et s'en reparte en exhibant fièrement sa prise. Harry observa sa propre souris. La bestiole n'avait rien de mignon, elle était juste paralysée par la peur.
McGonagall délogea avec douceur le lapin qui s'était niché dans un pli de sa robe et leur expliqua comment jeter le sort. Dans les minutes qui suivirent, chacun marmonna la formule et s'entraîna au bon geste de baguette pendant que le professeur passait entre les rangs, puis la sorcière leur donna l'autorisation de commencer. Harry entendit les sorts fuser autour de lui, certains ponctués de cris, d'autres de jurons. A priori ça n'avait rien d'évident, sauf pour Hermione là-bas au premier rang qui gloussait en contemplant le lézard demandé. Un serpentard s'était même fait mordre par son rongeur, lequel avait ensuite pris la fuite sous les vivas discrets des gryffondors.
Harry caressa d'un doigt la bête tremblante posée sur son bureau. Ce n'était qu'une illusion, mais la souris semblait savoir ce qui l'attendait. Le jeune homme pointa sa baguette et murmura le sort. Il vit sa magie englober la souris et s'introduire en elle.
Il la sentit s'infiltrer dans les organes de l'animal et les tordre.
Il arrêta le sort. La souris n'osait même plus bouger. Harry regarda ses camarades. Il y avait plus de lézards sur les tables à présent, ainsi que quelques créations monstrueuses cernées de rires. La plus atroce ne se trouvait pas devant Neville mais devant Ron, ce qui avait quelque chose d'apaisant. Mais il était le seul à avoir une souris encore intacte.
« Vous vous en sortez, Potter ? » McGonagall n'avait pas parlé fort, et pourtant tout le monde s'était tu. Vingt-sept têtes se tournèrent vers lui.
Harry répéta le sort sans conviction. Il pouvait sentir le cœur de l'animal palpiter au milieu de sa magie. Son propre cœur battait en rythme. Le flux s'invitait dans le corps de sa cible et y faisait son œuvre. Il n'y avait pas que les poils et la forme globale de la peau. Il fallait aussi changer le reste. Il fallait faire craquer la colonne vertébrale pour multiplier les vertèbres et en rajouter dans la queue, reformer les articulations des pattes et grandir les griffes, enlever les oreilles et fendre les pupilles. Il fallait abraser les dents et recomposer les bactéries et les sucs gastriques de l'estomac. Les moustaches tactiles devaient disparaître au profit de la langue et de nouvelles connexions neuronales. Il fallait modifier le métabolisme pour en faire celui d'une créature à sang froid. Il fallait passer dans un nouveau mode de reproduction, avec tout ce que cela bouleversait dans le comportement de l'animal. Il fallait faire d'un mammifère un reptile, juste comme ça, avec un simple mot.
Le cœur de la souris résonnait dans sa tête comme l'avaient fait d'autres cœurs la nuit passée.
« Mr Potter ? Vous allez bien ? »
L'ombre de Midgardsormr traînait quelque part au fond de lui. Toute cette vie ! Toute cette vie et un simple mot… S'ils avaient su la difficulté de ce qu'ils entreprenaient, ils n'auraient même pas tenté. Ils déclenchaient un sort sans même le connaître. Ils appuyaient sur tous les boutons, aveuglément, sans comprendre ou s'intéresser à ce qu'ils faisaient et à tout le savoir qui avait été nécessaire pour arriver à ce mot. La souris devenait un lézard et le reste importait peu.
Harry saisit son sac et sortit de la classe sous les ricanements. McGonagall le poursuivit jusqu'à ce qu'il parte au galop. Il courut de couloir en couloir, sans se soucier de la direction. Jusqu'à perte d'haleine et même après, il courut pour sentir ses pieds racler le sol et ses muscles se crisper, pour oublier le malaise vertigineux de ses sensations éprouvées par un dieu et une cellule. C'était la première fois qu'il ressentait la limite de l'entendement avec autant de brutalité. Il ne pouvait pas toucher le trop petit, encore moins le trop grand. Il ne pouvait pas savoir. Tout était trop flou pour qu'il sache quoi que ce soit.
Harry fonça jusqu'à l'étude dans le donjon et ouvrit la porte à toute volée.
« Potter ! »
Merde. Snape n'était pas en cours.
« Qu'est-ce que vous fichez là ? »
L'homme avait l'air d'une humeur au moins aussi exécrable que la sienne. Parfait. Harry claqua la porte derrière lui et alla s'asseoir à son pupitre.
Snape le regarda faire, les bras croisés très haut sur la poitrine. « Je dispose encore de quatre longues heures avant d'avoir à vous supporter, Potter. J'accorde une valeur toute particulière à ce répit. »
« J'ai le droit de venir ici quand je veux. »
La lèvre supérieure de Snape se retroussa. « Le directeur ne vous aurait pas accordé ce privilège indu s'il avait su que vous en profiteriez sur votre temps scolaire. Vous devriez être en classe. Retournez-y. »
Harry s'empara d'un livre au hasard dans la bibliothèque et le claqua sur le pupitre. « Le professeur McGonagall nous apprend à transformer des souris en lézards. »
« Et ce n'est pas assez bien pour vous ? Vous savez peut-être déjà tout des métamorphoses et de l'art subtil de la transmutation ? »
« Je n'ai pas besoin de savoir ça ! »
« Votre arrogance est décidément sans limite. » Snape quitta son bureau pour venir lui arracher son livre. « Et qu'est-ce que vous ferez le jour où votre vie dépendra de votre capacité à trouver une épée ? Quand vous aurez besoin d'eau et de nourriture au milieu de rien ? Ou d'une porte dans un mur ? »
« Qu'est-ce que ça peut vous faire ? », siffla Harry.
« A moi, rien du tout. Mais ça peut changer les choses pour beaucoup d'autres, Potter ! Alors foutez-le-camp d'ici et retournez en classe ! »
« Non ! »
« Potter, ma patience est à bout ! »
Harry dégaina sa baguette et accioa son livre des mains de Snape. « Je travaille, d'accord ? Je ne fais que ça ! Même vous, vous ne pouvez pas dire le contraire ! Alors laissez-moi bosser ou je pourrais oublier de me taire. Et qu'est-ce que vous ferez quand tout le monde apprendra que vous obligez vos élèves à ingurgiter des potions interdites ? »
Quelque part dans le processus, Snape et lui s'étaient retrouvés pratiquement nez-à-nez. Etait-ce parce qu'ils étaient si près ou parce que Snape était vraiment bon ? Harry ne le vit pas sortir sa baguette et n'entendit que le cri « Stupefix ! » et tomba au sol.
Snape s'agenouilla à côté de lui. « Vous voulez que l'on continue votre entraînement, Potter ? Alors voici votre problème du jour : le Stupefix n'est pas un sortilège médical neuro-paralysant sophistiqué mais une astuce en manipulation qui persuade le cerveau de ne plus communiquer avec les muscles. Débarrassez-vous de ce sort, puisque vous êtes si malin. Prouvez-moi que vous avez un tant soit peu de contrôle sur votre corps. »
Harry voulut lui crier qu'il n'était qu'un sale enfoiré et qu'il n'avait aucun droit de le traiter comme ça, mais le sortilège avait bien pris et ses cordes vocales ne répondaient plus.
« Quant à songer à aller vous plaindre… Et qui irez-vous voir, Potter ? A qui irez-vous geindre que le méchant professeur Snape s'est montré trop dur avec vous ? Vous vous êtes fourré tout seul dans cette histoire, pauvre crétin. Personne ne prendra votre défense. »
Harry hurla mais ne réussit qu'à produire quelques borborygmes insignifiants.
« Je n'ai pas bien entendu », ricana Snape en retournant à son bureau.
Il devait garder son calme. Il était vautré au sol comme une vieille serpillère sous les yeux de son professeur honni, mais à part ça tout allait bien. Harry essaya de bouger un bras. Il sentait le sort peser sur lui comme un gros sac de sable. Le Stupefix que lui avait lancé l'Auror à Noël n'était en rien comparable à la force de celui-ci. Son bras frémit à peine malgré la rage qu'il y mettait.
Harry essaya tout. Il fouilla son crâne à la recherche du sortilège, il banda toute sa volonté autour de ses muscles et, en désespoir de cause, il laissa même la place à Sheridan, mais rien n'y fit. Il n'arrêtait pas l'effet du sort, bien au contraire. Le flux parasite continuait son élan et lui serrait la poitrine. Le nez écrasé contre la pierre, Harry essaya de respirer plus vite pour ne pas étouffer. Le sort gagnait du terrain là où il lâchait prise.
Et qu'est-ce qu'ils foutent, vos Principes, hein ?
Le Grimoire le cingla mentalement et se détourna de lui.
C'est ça, laissez-moi ! Vous êtes bien comme les autres.
Pourquoi est-ce que ça ne marchait pas ? Il se tuait depuis des mois pour pouvoir se sortir de ce genre de situation, et maintenant que ça arrivait…
« Vous êtes bien silencieux, Potter. »
Harry poussa tout ce qu'il pouvait dans son corps et parvint à glisser sur le côté. Ses membres restèrent amorphes, mais la vie revenait petit à petit dans sa bouche et le reste de son visage. Le garçon aspira une grande goulée d'air. Les insultes ne servaient à rien dans un moment pareil. Il ne pouvait même pas se lever pour les étayer.
« Exactement comme je le pensais. Vous résistez au Veritaserum mais vous ne pouvez rien contre un simple Stupefix. Vous êtes victimes de votre orgueil, Potter. Vous avez voulu apprendre trop haut et trop vite. N'étant pas totalement indigent vous avez probablement rencontré quelques succès, et ça vous est monté à la tête. Mais ce n'est qu'un château de cartes. Votre corps, Potter ! Vous n'êtes même pas fichu de faire marcher correctement votre propre corps et vous avez la prétention de dominer tout le reste ? »
« Je. vous. hais », chuinta Harry.
« Venez me le dire en face. »
Harry recroquevilla ce qu'il pouvait. La frustration lui saturait les rares zones qu'il contrôlait à nouveau. La pendule de Snape continua à marteler le temps pendant qu'il se débattait contre lui-même. Il haïssait plus encore sa misérable enveloppe charnelle qui le laissait tomber dans un moment pareil que l'homme qui le torturait. Pourquoi l'Heraldus déchaîné n'était-il d'aucun secours ? Pourquoi est-ce que rien ne fonctionnait plus ?
Il se pourrait, Harry, murmura l'Autre à contrecœur, il se pourrait que cet homme ait raison.
Je ne sais pas qui vous êtes. Je ne veux pas savoir. Harry poursuivit sa guerre interne, l'esprit rivé sur son petit doigt qui commençait à frémir.
Ton corps ne réagit plus qu'à son seul instinct. Tu l'as trop abusé ces derniers jours, Harry. Il prend le repos là où il le trouve et, à l'instant, il ne respecte plus la hiérarchie de l'esprit.
Je n'ai pas dormi parce que j'invoquais un dieu, figurez-vous ! A peine s'entendit-il penser cela qu'il s'en voulut.
Oui, c'est ce qu'il essaye de te dire.
Alors qu'est-ce que je fais ? J'abandonne tout et je retourne au lit avec mes cauchemars ?
Je ne sais pas, avoua l'Autre. Je n'ai pas de savoir en la matière. Mais Harry, je dois te dire…
« Je me tape de ce que vous avez à me dire ! », cria Harry, au bord de la crise de nerfs.
Il sentit des pas approcher et vit le nez inquisiteur de Snape se pencher sur lui. Le sortilège se dissipa. « A qui parliez-vous, Potter ? »
Harry frotta ses bras pour y ramener un semblant de circulation. « Ça ne vous regarde pas ! »
« Tout ce qui vous touche finit tôt ou tard par me regarder. Répondez-moi. »
Harry se renferma dans un silence provocateur.
« Vous n'auriez pas fait la folie de lui parler, n'est-ce pas ? »
Harry n'aima pas le ton feutré de l'homme. Snape avait une tête à être capable de faire l'addition correctement. « Lui et moi, on a fêté Noël ensemble », rétorqua-t-il.
Snape hésita un instant, pris à contre-pied, et Harry put jouir pleinement de sa propre ironie noire. Sa frustration se mua en fureur heureuse, et il mit un tel enthousiasme à repousser l'esprit de Snape qui tournait autour du sien que Sheridan n'eut même pas à intervenir.
« Potter », l'avertit Snape, « ce n'est plus le moment ! » Les doigts de l'homme s'enfoncèrent dans son épaule. « Répondez-moi ! Qu'est-ce que vous avez fait ? Qu'est-ce que vous avez dit ? »
Harry se sentait bouillonner de l'intérieur. Il sourit à l'homme qui le menaçait et l'éjecta hors de sa tête.
« Très bien », clama Snape en se redressant. « Stupefix ! Moisissez ici s'il le faut, Potter, mais vous ne sortirez pas tant que vous n'aurez pas vaincu ce sort ! »
Il était peut-être à nouveau paralysé, mais certainement pas son entrain. Sa bouche et ses yeux se libérèrent presque immédiatement. « Je vous ai repoussé. »
« Silence ! Cessez de penser que… »
On frappa à la porte. Le regard de Snape pivota vers l'entrée avant de revenir à lui. Le sorcier annula d'un geste le sortilège et lui fit signe de retourner s'asseoir à son pupitre. « Entrez. »
Harry passa en revue toutes les possibilités qui s'offraient à lui et tendit le cou pour voir laquelle venait de pénétrer dans l'étude.
Mauvaise pioche.
« Professeur Edelgart Findley. » La voix de Snape chuta de plusieurs degrés.
« Professeur Snape », répondit celle désespérément enjouée du Suédois. « Puis-je vous parler ? »
« Je ne suis malheureusement pas seul. »
« Oh. » Findley dut se mettre sur la pointe des pieds pour voir derrière l'épaule du maître des potions. « Harry peut écouter, je suis sûr que personne n'y verra d'inconvénient. »
Le Suédois lança son fameux sourire complice quelque part dans sa direction. Harry le laissa échouer misérablement. « Comment ça se passe avec lui ? »
« Une catastrophe. »
« Vraiment ? Avec moi il s'est montré d'un niveau acceptable pourtant. »
Deux paires d'yeux chargés de morts longues et douloureuses se braquèrent sur le professeur de DCFM. Findley se racla la gorge. « Je viens vous voir à propos de ma petite idée. »
Le visage de Snape se rembrunit.
« J'aimerais savoir si je peux compter sur votre collaboration, Snape. Comme vous le savez, deux spécialistes valent mieux qu'un. »
« Et qui aurait été le second ? »
« Vous refusez ? Je pensais que cela vous intéresserait. »
« Voir des morveux tourner en rond en braillant à tout va ? Je suis déjà payé pour ça. »
Les traits bon enfant du Suédois s'affaissèrent. « Vous n'êtes pas raisonnable, professeur Snape. Votre participation à ce projet apaiserait les rumeurs, vous le savez. Si vous ne le faites pas pour les élèves, faites-le pour cette école. Les parents se sentiraient plus sûrs s'ils voyaient l'ancien espion s'investir plus auprès de leurs enfants. »
« Ils auraient tort. »
L'homme s'impatienta. « Snape, vous savez de quoi je parle ! » Findley glissa un regard vers Harry. « Faites un signe vers nous si vous ne voulez pas que l'on s'imagine trop de choses. »
« Un signe, hein ? »
« Nous savons que vous êtes un mangemort en exercice ! Vous devez faire quelque chose, Severus, je ne plaisante pas ! »
« Moi non plus, Eddy. » Findley ne réalisait sûrement pas à quel point il était en danger, sinon il aurait déguerpi depuis longtemps. « Vous n'avez pas l'air de comprendre, mais la réponse est non. Allez vous faire déboucher les oreilles ailleurs. »
Findley empêcha la porte de se refermer. « Quelqu'un devra un jour prendre des mesures contre vous, vous êtes conscient de cela ? »
« Je n'ai pas peur de vous, Findley. »
Findley trouva le courage de venir défier le maître des potions presque pied contre pied. « J'espère que tout le monde se souviendra que nous avons fait de notre mieux », dit-il à voix forte. « Mais puisque vous êtes inflexible, dorénavant vous serez considéré par nous comme le criminel soupçonné de meurtre tel que vous existez encore dans les registres du Ministère. »
L'élan de bravoure de Findley vacilla sous les feux noirs du regard de Snape. « Vous ne dites rien ? Vous ne protestez même pas ? »
« Il faudrait que je vous méprise moins pour ça », lâcha Snape avant de lui claquer la porte au nez. « Et cessez de ricaner bêtement, Potter ! Stupefix ! »
xxx
Ça avait été une sale journée, et elle n'était pas finie. Il avait refusé de céder au chantage de son corps et s'était débattu comme un beau diable pour s'arracher à la torpeur induite par le stupefix. Millimètre par millimètre, Harry avait réussi à regagner le contrôle de ses membres. Il s'était finalement redressé, avait ramassé son sac et était sorti d'un pas saccadé sous le regard moqueur du maître des potions.
Les yeux brouillés de fatigue, Harry se dirigea comme un automate vers la Chambre. Le Grimoire lui avait fait comprendre qu'il était hors de question qu'il ne vienne pas ce soir. Le jeune homme se prépara mentalement à affronter le mécontentement du Livre pour ne pas avoir opposé plus de résistance à Snape.
Tu as été pitoyable.
« Je lui ai fermé mon esprit ! Il n'a pas réussi à rentrer dans ma tête, ce n'est pas rien. »
Tu te fais des idées, Harry Potter. Cet homme est un maître legilimens. Il aurait pu persister et déterrer tes plus noirs secrets, ceux dont tu n'oses même pas parler avec toi-même. Mais tes nouvelles défenses l'auraient obligé à te dévaster le cerveau pour y parvenir. L'homme n'est pas stupide, il sait que ce n'est pas son intérêt.
« N'empêche que j'ai fait des progrès », grincha Harry à voix basse.
Tais-toi et échauffe-toi.
Harry s'entraîna selon les instructions du Livre. Il commença par refaire léviter les pierres tout en parant les coups d'un serpent, puis il travailla à maintenir un bouclier devant lui sans que cela ne perturbe les sorts d'attaque qu'il jetait au travers. Lorsque son utilisation de deux flux magiques distincts fut jugée correcte par le Livre, Harry passa au Traceur. Il l'avait vite maîtrisé auprès de Findley, et le double-sort ne lui posa pas plus de problème cette fois-ci.
Créer plusieurs flux pour alimenter différents sorts n'est pas une panacée, Harry Potter. Plus complexe et efficace est l'harmonisation de deux sorts en un seul flux. Le Traceur est basique en ce domaine. Il fait partie de cette catégorie de sortilèges qui influent sur la trajectoire de la magie. L'une de ses variantes permet de contourner un obstacle pour frapper ce qui se trouve derrière. C'est une possibilité intéressante car elle oblige l'adversaire à modeler un bouclier qui l'englobe et non pas un simple champ de force statique devant lui. Or la plupart des sorciers n'en sont pas capables.
Je souhaite que tu travailles ce sort, ainsi qu'un autre plus avancé. Il s'agit d'un sort à coupler avec un autre de façon à modifier l'angle de projection de la magie. Ce sort agit comme un explosif sur le premier. Au lieu de jaillir en faisceau de la baguette, le sort s'étale et marque une surface plus grande. Le sortilège est ainsi étiré, donc amoindri. Ses effets sont plus courts et moins puissants, à moins d'y mettre une très grande force, mais cela peut servir.
« Vous voulez que je couple ces sorts avec quoi ? »
Le Stupefix.
Evidemment. Il aurait pu trouver tout seul. Harry s'attela d'abord à la variante du Traceur. Le serpent face à lui projeta un bouclier classique et le sorcier s'efforça de le stupéfier en passant outre la protection grâce à une attaque déviée. Le faisceau rouge brillait dans la Chambre en décrivant des courbes de plus en plus complexes avant de venir percuter sa cible. C'était un exercice éreintant car les double-sorts demandaient beaucoup d'énergie, mais les possibilités étaient alléchantes. Avec un peu de travail, il pourrait faire serpenter ses sorts entre les obstacles, voire même en maîtriser la vitesse en cas de besoin.
L'exercice s'acheva sur un tir qu'Harry jugea comme étant sa plus belle réussite depuis longtemps. Il commença par lancer le Stupefix avec son traceur, puis il lui fit exécuter une boucle en même temps qu'il jetait un autre sort d'attaque. Harry suspendit la course de son Stupefix une demi-seconde, le temps que le serpent tourne son bouclier vers le second sort, puis il le relâcha. Le Stupefix frappa de plein fouet le serpent. Ce dernier ne broncha pas – le Stupefix n'avait pas grand intérêt contre de la pierre – mais Harry poussa néanmoins un cri de victoire.
Le sort explosif lui parut beaucoup plus difficile. Le principe du sortilège relevait de la bombe moldue : il fallait arroser tout le monde. Trois serpents se réveillèrent pour figurer les cibles, et Harry prit position.
Ses premiers essais furent infructueux. Le Grimoire le punit pour ça, puis il l'obligea à commencer plus humblement. Harry débuta avec un simple sort de culbute à coupler avec l'explosif. Les cailloux contre lesquels il s'entraînait roulèrent sur quelques centimètres, signe que ça fonctionnait à peu près. Mais le Stupefix était un sort plus puissant, et le jeune homme n'avait définitivement plus de force à mettre dedans. Ça n'empêcha pas le Grimoire de le pousser à bout pour qu'il y parvienne. Exténué, Harry finit par hurler le sortilège en fourchelangue et vit le faisceau rouge s'étaler dans l'espace et balayer la zone où se trouvaient les serpents.
C'est un talent exemplaire dont tu disposes. La langue des serpents est vieille et pure. Elle se souvient des Causes Premières, bien plus que l'anglais ou le latin. Elle était déjà là avant que les hommes ne se parlent. Tu ne pourras pas t'en servir pour tous les sorts car elle ne suit pas la logique des hommes. Mais certains reptiles aiment stupéfier leurs proies.
Harry dut reproduire plusieurs fois le sortilège. Le dernier lui draina tant d'énergie qu'il tomba à genoux, et le Grimoire le libéra enfin.
Harry se traîna hors de la Chambre. Son corps était à l'agonie. Son dos se rebellait contre la perspective d'une nouvelle nuit par terre, et tous ses autres membres avaient signé la pétition. Harry ne les aurait pas écoutés d'ordinaire, seulement ce soir, il n'en pouvait plus. Il avait l'impression que c'était l'Autre qui le portait à travers le château en lui murmurant des choses rassurantes, qu'il n'était pas un faible, que le corps avait ses limites et qu'il n'était pas encore question de les transcender. Ses jambes l'arrêtèrent devant une porte. Harry frappa sans même la regarder.
« Mr Potter ? » Le visage concerné de l'infirmière se tendit dans l'entrebâillement. « Qu'est-ce qui vous arrive ? »
« Cauchemars », marmotta Harry.
La sorcière ouvrit la porte en grand, désapprobatrice même vêtue d'une robe-de-chambre et de chaussons fantaisistes. « Et vous êtes sorti du lit, vous avez enfilé vos vêtements froissés et votre cravate, et vous avez même pensé à rapporter votre sac de cours pour venir me voir ? »
Harry se sentit tomber en avant.
Deux bras fermes le saisirent avant qu'il ne heurte le mur et l'entraînèrent. Des mains et des sorts divers lui retirèrent ses vêtements et transfigurèrent son caleçon et son tee-shirt en un pyjama de coton douillet à souhait, puis il fut étendu sur un lit et les couvertures se rabattirent sur lui. Harry rouvrit les yeux, pris de vertige.
Le lit se creusa sous le poids de la sorcière. La main sèche de Mme Pomfresh se posa sur la sienne. « Dites-moi comment vous allez, Harry. »
Harry retira sa main et s'en cacha le visage. Des monstres oubliés s'agitaient dans son ventre. « Vous ne me détestez pas ? »
« Pour ce que vous faites ? » L'infirmière rit doucement. « Personne n'aime les médecins, Harry. Le remède ressemble trop à la maladie, je suppose. Tant que la guérison n'est pas complète, il n'y a que le médecin pour savoir qu'ils sont différents. »
« Parfois le remède aggrave les choses. »
« Alors c'est qu'il était trop tard. Rien d'autre n'aurait marché. »
« Vous avez la foi. »
Mme Pomfresh lui tapota gentiment le bras. « Je n'ai pas le choix avec ce métier, jeune homme. Tenez, cela fait six ans que je vous soigne, et je ne désespère toujours pas de ne plus vous revoir pour autre chose qu'une tasse de thé. »
« Qui sait ? », sourit le gryffondor.
Mme Pomfresh rajusta l'oreiller sous sa tête. « Je vais finir par vous donner l'une de mes chambres individuelles », grommela-t-elle. « C'est déjà arrivé par le passé, vous savez. »
Harry bailla. « Ah bon ? »
« Elles sont normalement destinées aux professeurs, mais aucun n'est aussi assidu que vous, pas même Filius. »
« Professeur Flitwick ? »
« Vous n'imaginez pas le danger que peut représenter un château rempli d'élèves impulsifs lorsqu'on a la tête à hauteur des boutons de porte. Ce pauvre Filius ne vient jamais me voir moins d'une fois par trimestre, mais rien ne le décourage. L'autre jour, ses septièmes années et lui se sont mis en tête d'améliorer le sortilège de rapetissement du Dr Pellington, celui qui est en vogue depuis quelques années. On a mis presque six heures à tous les retrouver. La chatte de Rusard en avait même chipé un et l'avait emporté jusque dans les caves. Et ce n'était rien comparé à la fois où il a voulu démontrer que les personnes de petite taille offraient une plus grande résistance aux chocs… »
Le garçon s'était finalement endormi. L'infirmière vit une boule de fourrure noire se glisser hors de son sac et venir se blottir au creux des couvertures. Elle savait que l'étudiant mentait et qu'il se tramait des choses pas claires. Elle savait aussi que Dumbledore leur avait conseillé de laisser faire le jeune homme, même si lui-même avait semblé douter de ses mots.
xxx
Harry découvrit l'objet de l'ire snapienne le lendemain en se promenant dans le parc. Quelqu'un avait placardé de grandes affiches sur l'enceinte des jardins et même sur les arbres. Harry arracha l'une d'elles.
Vous doutez de vous et vous avez peur de ne pas savoir vous défendre ?
LE CLUB DE DUEL ROUVRE SES PORTES !
Quelques soient votre âge, votre niveau et votre maison,
Venez profiter de l'enthousiasme des élèves bénévoles et de l'expérience du Professeur Findley et d'Aurors chevronnés.
La première séance se déroulera demain dans le Hall à 20h00 et sera suivie d'une grande fête.
PARLEZ-EN AUTOUR DE VOUS !
Hedwige plongea vers lui et agrippa le tract. Harry lutta un instant contre elle avant de renoncer, et la chouette déchiqueta le papier à grands coups de bec. L'oiseau reprit son vol et tournoya au dessus de sa tête avec des cris furieux.
La figure pâle de Malfoy apparut à ses côtés. « Qu'est-ce qu'il a, ton piaf ? »
Cette silhouette était un peu trop familière depuis quelques temps. Harry ramassa en soupirant les morceaux de papier éparpillés au sol. « Elle s'ennuie. »
Il eut tout le temps de regretter sa phrase pendant le silence qui suivit.
« Alors, qu'est-ce que tu penses de ça ? », demanda le serpentard en pointant les confettis dans sa main.
« Pourquoi tu me parles, Malfoy ? »
« Je me pose la même question. »
« Si Ginny a quelque chose à me dire, elle est assez grande pour le faire en personne. »
« Ça fait plusieurs semaines que tu l'évites, Potter. Ça lui fait de la peine, même si je ne vois pas pourquoi. »
Harry passa son chemin. Sa dernière journée avec Ginny et Neville avait été une erreur.
« Alors c'est ça que tu appelles l'amitié ? », s'écria le serpentard en parodiant ses propres mots de l'autre soir.
Harry se retourna d'un bloc. « T'y connais rien, Malfoy, alors tais-toi ! »
Le visage du serpentard se ferma, mais il ne parut pas spécialement bouleversé par la baguette pointée sur lui. « Weasley se fait du souci pour toi. »
Harry lui aurait volontiers arraché la langue. De quel droit Malfoy lui parlait-il sur ce ton raisonnable ? « Je n'en fais pas assez, c'est ça ? Mais parle-moi de mon balai, Malfoy ! Parle-moi de mon Eclair-de-Feu ! C'est elle qui te l'a donné pour que tu puisses te racheter auprès des autres serpentards ! »
Malfoy parut subitement beaucoup plus inquiet de la présence de la baguette. Harry la lui enfonça dans la gorge. « N'essaye pas de me faire culpabiliser ! Je ne suis pas qu'un gentil gryffondor crédule. »
« Elle ne sait pas que tu sais. Pourquoi tu ne le lui as pas dit en face ? »
Harry rengaina sa baguette et s'éloigna, toute sa magie en alerte pour le cas où le serpentard se déciderait à action malheureuse.
« Parce que, justement, tu es un indécrottable gryffondor, voilà pourquoi ! », cria Malfoy dans son dos.
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