Helloo-o !

Me voilà pour la fin de la fin. =)

Merci à janeandteresa, LAurore, leelou09, solealuna, paffi et Totallyfan. =)

JulietS: Je suis contente que tu ais aimé cette première partie. J'ai beaucoup aimé écrire cette histoire en fait. Et tu as terriblement raison, attendre pour la saison 4, ça va être long ! (c'est pourquoi je vais passer mon été à écrire, c'est innévitable.) Oh et merci pour la comparaison avec les scénaristes, j'ai bien ri. ^^ Et en effet, j'ai des idées tous les jours, mais heureusement, je ne les écris et publie pas toutes ! ^^ Merci mille fois, j'espère que la suite te plaira. =)

Enjoy: Je suis très contente que tu aimes. Très très très contente même. =D C'est bizarre, tu as réussi à citer les passages dont je suis à peu près fière. =) Et oui oui je confirme, c'est lavé avec Mirlaine ! xD Merci un million de fois, j'espère que la suite sera aussi bien. =)

FewTime: Je respire ! C'est la première chose que je me suis dite en voyant ta review. ^^ Je la guettais depuis mon jour de poste et plus le temps passait plus je mourais de peur! x) Je suis hyper méga super contente (et c'est une litote) de lire que ça te plait. \o/ En plus tu sembles avoir apprécié ma lecture de l'enfance de Lisbon et c'est un élément que je redoutais un peu comme étant un point de vue trop perso... je respire ! lol J'espère sincèrement que la deuxième partie te plaira aussi mais quoi qu'il en soit: merci. =)


Comme un as de pique (2)

.

Lorsque Lisbon entra dans le bar, plusieurs hommes détournèrent leur attention de leur activité première pour s'intéresser à elle, tous plus ou moins appréciateurs de cette compagnie féminine en plus. Cependant lorsque Jane entra juste derrière elle et posa une main dans son dos pour la diriger vers une table un peu en retrait, il reçut –à l'inverse de Lisbon– des regards envieux voire parfois meurtriers. Il déglutit légèrement en voyant que la plupart avait une arme potentielle à portée de main et s'assit sur la banquette à côté de la brunette.

-On dirait que vous avez déjà des fans Jane, s'amusa Lisbon dans un sourire provocateur.

-Ah ah, vous avez votre arme au moins ?

-Laissée à l'hôtel, mais j'ai ma plaque, ça devrait les dissuader de venir me chercher.

-Et moi j'ai quoi ?

-Je vous protègerai, le taquina-t-elle d'un air clairement moqueur.

Il lui adressa un regard noir et elle rit avant de se relever pour aller chercher un café et une tasse de thé.

Le barman la regarda de travers mais partit dans l'arrière boutique à la recherche d'un potentiel sachet de thé. Lisbon accueillit avec soulagement le café que la serveuse lui prépara en attendant le retour du barman. Elle commençait à sentir la fatigue pointer le bout de son nez mais elle aimait bien la compagnie de Jane. Quitte à dormir peu et mal, autant ne pas dormir du tout et passer un agréable moment avec Jane, c'était assez rare pour qu'elle savoure.

Elle revint à la table où Jane l'attendait avec les deux tasses et les posa avant de s'asseoir, puis elle sortit un bout de papier qu'elle fit glisser vers lui.

-L'addition est pour vous, lui rappela-t-elle dans un sourire.

-Ils ont trouvé du thé ? s'étonna-t-il en humant le contenu de sa tasse.

-J'ai supervisé la préparation moi-même, ça a fait grimper la note mais au moins vous êtes sûr qu'il n'a pas tenté de vous empoisonner.

-Vous êtes redoutable en affaires, rappelez-moi de ne pas vous inviter à dîner, répliqua-t-il en buvant une gorgée de thé.

Elle haussa les épaules sans se départir de son sourire puis but elle-même un peu de café. Elle posa sa tasse vers le milieu de la table, sur un rond qu'un verre humide avait fait sur le bois, le décolorant. Elle se trouva un peu enfantine alors elle retira sa main sous le regard amusé de Jane, laissant la tasse où elle était.

-Alors ? s'enquit-elle pour meubler le silence.

-Alors quoi ?

-Vous me faîtes le portrait des saoulons du bar ? On est venu pour ça, vous vous souvenez ?

-Attendez qu'une autre chanson débute, je ne veux pas qu'ils m'entendent pendant le lapse de temps où il n'y aura plus de musique pour couvrir ce que je dis.

-Trouillard, se moqua-t-elle.

Il lui adressa un coup d'œil exaspéré et un peu blessé mais elle ne retira pas son sourire pour autant et le défia du regard. Il se réjouit de cette étincelle vive et joyeuse au fond de ses yeux, elle s'amusait avec lui, et pas seulement du plaisir de sa compagnie, il en était sûr. Il y avait quelque chose de nouveau, mais il ne savait pas encore quoi. Tout ce qu'il savait c'était que cette étincelle lui plaisait, peut-être même un peu trop, mais il n'aurait su l'affirmer.

Une chanson s'arrêta pour qu'une autre commence, dans le coin à droite, des gros bras jouaient au billard. Devant eux, les plus amochés par l'alcool se cramponnaient au bar comme à une bouée de sauvetage pour ne pas passer par-dessus bord. Certains pleuraient, certains chantaient avec la chanson et certains mêmes dansaient avec un ami en éclatant de rire bêtement. Le coin à gauche, près de la sortie, était occupé par quelques rares clients qui parlaient furtivement, comme s'ils avaient tout à cacher.

-A la recherche d'une cible ? murmura la voix de Lisbon, un peu trop proche à son goût.

Il se tourna et se trouva presque nez à nez avec elle. Pas une once de trouble ne parut sur son visage alors même qu'il sentait son cœur rater un battement et sa respiration demander à devenir erratique. Il détourna le regard et feint de chercher quelqu'un dans la salle, le temps de reprendre le contrôle. Il était habitué à ce que Lisbon le trouble, mais elle ne l'avait jamais troublé sur le plan physique. Ça aussi c'était nouveau.

-Lui, souffla-t-il en faisant un signe de tête dans la direction d'un homme assis au bar.

-Lequel ?

-Brun, chapeau de cow-boy, la quarantaine, pas très grand, il tient à peine sur sa chaise, il a six verres à téquila vides devant lui et il s'en envoie un autre.

-Ça y est je le vois, confirma-t-elle. Votre verdict ?

-Il vient de signer les papiers du divorce et tente d'oublier sa solitude.

-Comment le savez-vous ? s'étonna-t-elle.

-Il fait sans arrêt tourner son alliance autour de son annulaire entre chaque verre et il refuse d'avoir affaire à la serveuse. Rejet des femmes et culpabilité.

-De là à parler de divorce…

-Il y a des papiers qui dépassent de sa poche arrière de jean.

-Et ?

-Et il y a le symbole de la justice dans un coin. Vu le nombre de verres, je dirai qu'il a lâchement accepté que ça se fasse à l'amiable. Fraîchement divorcé, se sent coupable de sa lâcheté et tente d'oublier dans l'alcool.

-Typiquement masculin, s'exaspéra-t-elle.

Il rit légèrement et but une nouvelle gorgée de thé.

-Choisissez, dit-il finalement.

-Choisir quoi ? s'enquit-elle, déroutée.

-Celui que vous voulez me voir analyser.

-Oh… La serveuse.

-La serveuse ? répéta-t-il, apparemment déçu.

-La serveuse, confirma-t-elle. C'est trop haut pour vous ?

-Non, trop facile.

-Voyez-vous ça ?

-Elle a un enfant en bas âge, n'est pas mariée, célibataire, très proche de sa mère, déteste son job mais il paye les factures malgré la paye minable. Elle a sûrement arrêté la fac trop tôt parce qu'elle était enceinte et c'est ce qui l'amène tristement dans ce bar miteux à travailler comme une forcenée pour que l'enfant ne fasse pas les mêmes erreurs qu'elle. Mais ne nous leurrons pas, l'enfant fera sûrement les mêmes erreurs.

Lisbon le dévisagea, estomaquée, puis regarda la serveuse avant de revenir à Jane puis de retourner à la serveuse. Elle ne put s'empêcher de rire.

-Vraiment ? parvint-elle à articuler. Mais comment ?

-Elle a des tâches de feutre sur son tablier à la hauteur des cuisses, seul un enfant en bas âge peut faire ça. Et comme les tâches sont sur son tablier de travail, j'en déduis qu'elle est seule et qu'elle l'emmène parfois avec elle ici quand sa mère ne le garde pas. Je pense que le parent proche est sa mère parce que cette jeune femme porte des vêtements de la dernière mode plutôt fleuris, ça ressemble aux vêtements qu'une maman refilerait à sa fille fauchée dans son immense bonté.

-Et pour la fac et la paye ?

-Franchement, vous croyez qu'un bar aussi miteux peut payer une serveuse comme il faut ?

-Un point pour vous, reconnut-elle.

-Elle est jeune, elle doit avoir la vingtaine, pas plus de vingt-quatre ans, elle a dû avoir un enfant alors qu'elle était trop jeune et arrêter ses études. Dans ces cas-là on se tourne vers n'importe quel emploi, et la voici cette nuit à supporter les railleries de saoulons une fois encore.

-Amer constat, soupira-t-elle, soudain moins amusée.

-A vous d'essayer, sourit-il.

Elle le dévisagea avec des yeux ronds.

-Pardon ?

-A vous de deviner la vie de quelqu'un dans ce bar.

-Je n'ai pas votre sens de l'observation Jane, protesta-t-elle.

-Essayez toujours, insista-t-il en s'approchant presque imperceptiblement d'elle.

Elle l'observa longuement, comme figée sur place, puis détourna le regard, troublée.

-Très bien, accepta-t-elle finalement. Avec qui voulez-vous que je me ridiculise ?

-Je suis sûr que vous ferez ça très bien. Essayez avec l'homme assis pas loin de nous en face de sa compagne.

-Ce n'est pas sa compagne, répondit-elle machinalement.

Jane sourit en observant Lisbon sonder du regard le couple. Il avait vu la brune épier le couple depuis un petit moment et il se doutait qu'elle avait elle aussi vite compris qu'ils n'avaient rien d'un couple officiel.

-Il porte une alliance, elle n'en porte pas, se justifia-t-elle. Et il regarde toujours autour de lui avant de faire un geste significatif envers elle, donc il est nerveux. Couple adultère, conclut-elle.

-Je suis impressionné, sourit-il lorsqu'elle tourna la tête vers lui. Vous pourriez être flic…

-Très drôle, s'exaspéra-t-elle. Vous êtes vraiment insu…

-J'aime bien cette chanson, la coupa-t-il pour éviter d'en revenir à leurs luttes habituelles. Ce n'est pas celle que Rigsby nous a fait écouter trois fois dans la voiture ?

Lisbon prêta attention à la musique puis sourit.

.

I won't dance, don't ask me.
I won't dance, madam with you.
My heart won't let my feet do things that they want to do.
You know what? You're lovely. (1)

.

-C'est I won't dance de Frank Sinatra.

-Je reconnais du Frank Sinatra quand j'en entends très chère, sourit-il.

-Et vous aimez Frank Sinatra ?

-Pas vous ?

-Vous vous défilez Jane…

-J'aime cette chanson, c'est déjà un demi-aveu, non ?

-Vous aimez cette chanson, ça veut dire que vous voulez danser..?

Le même sourire illumina leurs visages et Lisbon roula des yeux lorsque Jane fit signe que non en prenant un air offusqué.

-Moi ? Danser avec vous Lisbon ? Hors de question.

-Vous n'avez qu'à prétendre que je suis la fille de la voyante qui vous apprenait les étoiles…

Il ouvrit la bouche et écarquilla les yeux.

-Comment..? demanda-t-il, choqué.

-Oh pitié Jane, vous êtes d'une intelligence hors norme et vous ne retenez pas trois malheureuses étoiles ? Seule une distraction féminine peut avoir fait cet effet. Vous feigniez de vous intéresser aux étoiles pour la fille, avouez.

-Je suis outré que vous puissiez penser de telles choses de moi, se défendit-il.

-La chanson va se terminer et vous n'aurez pas trouvé le courage de m'inviter… Dommage.

Il fronça les sourcils puis un léger rire lui échappa et il se leva, soudain brave. Il fendit la foule de gros bras et demanda quelque chose au barman avant de revenir se planter devant Lisbon. Il lui tendit la main alors que la chanson recommençait au début.

Lisbon éclata de rire et prit sa main pour le suivre sur la piste de danse. Ils furent observés mais n'y prêtèrent pas beaucoup attention, bien trop occupés à s'amuser en réinventant la danse si possible.

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I won't dance, why should I?
I won't dance, how could I?
I won't dance, merci beaucoup.
I know that music leads the way to romance.
So if I hold you in my arms… I won't dance. (2)

.

Bien vite et bien malgré eux, ils attirèrent quelques couples sur la piste de danse. Le barman se sentit obligé de faire suivre l'enthousiasme de I won't dance par un slow et Lisbon se figea. Jane attrapa le bras de sa cavalière pour regarder la montre qu'elle avait au poignet.

-Il est quatre heures et demie, annonça-t-il. Ce n'est définitivement plus l'heure de s'embarrasser des conventions.

-Une danse d'accord, mais deux…

-Vous en avez accordé trois à Cho, avança-t-il.

Elle redressa la tête et vit qu'il levait une main vers elle. Elle eut un geste de recul et il pencha la tête sur le côté, à moitié blessé, mais plutôt amusé. Elle soupira mais céda avant de prendre sa main. Il la fit revenir vers lui pour l'approcher, posant une main dans son dos et emprisonnant de l'autre sa main à elle.

-Je suis un si mauvais danseur que ça ? s'amusa-t-il.

-Non, pas du tout, c'est plutôt l'inverse.

-Vous avez peur de moi alors ?

Elle lui adressa un regard blasé mais il y répondit par un sourire et la força à revenir contre lui.

-Finalement nous aurons dansé, souffla-t-il.

-Si vous dansez juste parce que je vous ai fait une réflexion…

-Vous voyez le mal partout Lisbon, sourit-il. Et si je n'avais pas dansé avec vous plus tôt dans la soirée parce que le courage m'a manqué ?

-Qu'est-ce que vous voulez dire ?

-Peut-être que j'avais peur que vous me disiez non ?

Elle roula des yeux avant de reposer son menton sur son épaule. Il sourit et la détacha de lui pour la faire basculer en arrière. Surprise, elle enroula ses bras autour de son cou pour se redresser et lorsqu'il la remit sur pieds, elle ne put s'empêcher de rire.

-J'aurai été idiote de dire non, conclut-elle avec des vestiges de rire.

-Je trouve aussi, souffla-t-il à son oreille.

-Donc vous êtes un idiot, vous auriez dû m'inviter à danser.

-Et louper une occasion de me faire désirer ? plaisanta-t-il.

-Vous êtes un emmerdeur de la pire espèce, murmura-t-elle dans son cou.

-Je suis charmé par votre langage. Vous parlez à tous les hommes comme ça ?

-Juste ceux que je veux évincer, lui confia-t-elle sur un magnifique ton ironique.

Il rit et tourna en la soulevant légèrement. Elle s'accrocha un peu plus à lui, ce qu'il nota mentalement.

-Vous voulez m'évincer Teresa ?

-Pas le moins du monde, Patrick.

-Je vois que nous jouons avec les mêmes cartes, sourit-il en s'écartant légèrement pour la regarder dans les yeux.

Il eut du mal à cacher sa surprise lorsqu'il sentit une main de Lisbon glisser de sa nuque vers son torse. Elle sourit et continua son chemin vers son abdomen. Elle le sentit se raidir et il arrêta la danse sans pour autant la lâcher. La malice qu'il lut sur son visage renforça sa déroute et il n'aurait su dire s'il fut vraiment soulagé lorsque finalement la main de la brune quitta son contact. Elle agita la carte de l'as de cœur devant ses yeux et attendit qu'il la prenne. Puis elle se mit sur la pointe des pieds pour approcher sa bouche de son oreille et y souffla, comme un secret :

-Nous ne jouerons jamais avec les mêmes cartes.

Les accents de promesse lui arrachèrent un frisson et il put même saisir son parfum. Mais tout ne fut que furtif, elle avait déjà tourné les talons vers la sortie. Arrivée devant la porte, elle lui fit un signe de la tête et il sortit de sa rêverie dangereuse pour revenir sur la terre ferme. Il trouva quelques billets dans sa poche et se dirigea vers la serveuse.

-Essayez les cours par correspondance, glissa-t-il à la jeune femme lorsqu'elle lui souhaita une bonne nuit après avoir pris les billets.

Elle fronça les sourcils et tenta de bafouiller quelque chose mais Jane disparaissait déjà de sa vue, rejoignant la troublante brune qui l'attendait patiemment à la porte.

-Où allons-nous maintenant ? s'enquit Lisbon lorsqu'ils furent sortis de l'établissement.

-Aucune idée, avoua-t-il.

-Vous n'aviez pas d'autres idées en tête lorsque vous avez suggéré ce bar ?

-Je comptais vous séduire dans le bar, ça a monopolisé toute mon attention.

Ils se fixèrent un moment, un air de défi au fond des yeux, puis deux sourires se dessinèrent dans leur nuit. Lisbon croisa les bras en s'appuyant contre le lampadaire à côté d'elle.

-Ce fut un échec, je ne me sens pas séduite.

-Menteuse, vous m'avez offert votre cœur.

-Je vous ai tendu une carte sortie de votre jeu, il n'y a rien de symbolique là-dessous.

-Vous fendez mon as de pique, ironisa-t-il en tendant une main vers sa joue pour y faire apparaître la carte invoquée.

Il déchira l'as de pique pour illustrer son propos et rangea les morceaux dans sa poche de veste sous les yeux rieurs de la jeune femme.

-Je ne vous voyais pas avec un cœur, l'as de pique vous va mieux, ironisa-t-elle.

-Cruelle.

-Je vous ai vexé ?

-Il me reste votre cœur Lisbon, argua-t-il en faisant sortir la carte de nulle part.

Il passa la carte devant ses yeux comme pour la narguer et elle tenta de l'attraper mais il la fit disparaître aussitôt.

-Votre cœur m'appartient, j'en fais ce que je veux, s'amusa-t-il, charmeur.

-N'importe quoi, s'exaspéra-t-elle en roulant des yeux. Je rentre à l'hôtel.

Elle se dirigea vers l'hôtel, vite suivi par son compagnon d'insomnie.

-Vous avez peur de vous attacher ? Je prendrai soin de votre cœur vous savez ?

-Jane, vous me fatiguez…

-Vous devriez dormir, il est tard.

-Non, il est tôt, rectifia-t-elle.

-Vous pouvez prendre mon lit pour les quelques heures de sommeil qui restent, suggéra-t-il.

-Et vous ferez quoi ?

-J'errerai telle une pauvre âme dans l'hôtel, attendant le jour telle une malédiction, dramatisa-t-il en jouant machinalement avec l'as de cœur.

Elle lui prit la carte des mains alors qu'il était trop pensif pour le remarquer et l'observa un moment.

-Je m'en voudrai de vous laisser seul après…

Elle chercha ses mots puis, rougissant légèrement, elle choisit de ne pas finir sa phrase. Jane sourit et reprit l'as de cœur des mains de la brune.

-Merci, souffla-t-il finalement.

-Pourquoi ?

-Pour m'avoir tenu compagnie, et m'avoir offert une occasion de vous inviter à danser aussi. Je regrettais de ne pas vous avoir demandé.

-Pourquoi ?

-Il doit forcément y avoir un « pourquoi » ?

Elle acquiesça en s'arrêtant devant la porte de l'hôtel. Il haussa les épaules en fuyant son regard. Elle comprit qu'il cherchait quelque chose pour détourner le sujet et décida de lui faciliter la tâche. Au final, c'était sûrement mieux de ne pas savoir tout ce que Jane avait dans la tête la concernant.

-Vous avez pris une chambre plus chère, elle est bien ? demanda-t-elle sur un ton plus léger.

-Vous voulez la visiter ? suggéra-t-il.

-Au point où j'en suis, sourit-elle.

Il sourit à son tour et lui indiqua la porte pour la faire passer devant lui. Il utilisa l'inattention momentanée de la jeune femme pour se passer une main dans les cheveux, comme pour évacuer le trouble qui s'était emparé de lui.

Il savait par avance que cette nuit le hanterait encore et encore, comme un ciel étoilé bien à lui, immortellement hors de portée.


Lisbon fit le tour de sa chambre en plaisantant sur sa prétendue arrogance. La chambre était plus agréable que celle qu'elle avait tenté de partager avec VanPelt, et il y avait une meilleure vue.

Jane la regarda arpenter la pièce sans rien dire, appuyé contre la porte, puis se décida à la rejoindre lorsqu'elle sortit sur le balcon qui donnait sur les montagnes du désert au loin. Le ciel dégagé permettait de les discerner loin devant eux. Avant de sortir, il éteignit la lumière de la chambre pour ne pas y faire entrer des insectes, puis il s'appuya sur la rambarde au coude à coude avec elle.

-Si vous aviez des insomnies plus souvent à l'avenir, ça m'arrangerait, dit-il finalement.

-Soit vous avez pris goût à ma compagnie soit vous êtes vraiment désespéré, plaisanta-t-elle.

-Il doit y avoir des deux…

Elle lui donna un coup de coude et il rit avant de tourner la tête vers elle pour l'observer.

-Si l'équipe…

-Non, coupa-t-elle immédiatement. Ils ne doivent pas savoir. C'est mieux comme ça.

-C'était un « si » Lisbon.

-Je ne veux pas qu'il y ait de « si », trancha-t-elle. Vous n'arriviez pas à dormir et moi non plus, nous nous sommes tenus compagnie, fin de l'histoire.

Il se décolla de la rambarde et rentra sans rien dire. Lisbon se maudit et le suivit.

-Je ne voulais pas le dire comme ça, s'excusa-t-elle. J'ai passé une très bonne nuit en votre compagnie, mais nous avons dépassé le professionnel à l'instant même où nous avons quitté cet hôtel… Et je ne suis pas à l'aise avec cette idée.

-Nous sommes amis, pas vrai ?

-Bien sûr, approuva-t-elle. Mais officiellement, ce n'est vraiment pas une bonne idée.

-Pourquoi j'ai l'impression que vous vous servez de votre travail pour dresser des barrières ?

Elle sentit la douleur s'emparer furtivement d'elle et la transforma en colère aussitôt –réflexe d'autodéfense.

-Vous êtes vraiment obligé de tout compliquer Jane ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Que cette carte stupide est symbolique ? Que j'ai apprécié chaque seconde ? Que j'ai l'impression que vous êtes un poison qui s'insinue par tous les pores de ma peau ?

-Lisbon…

Il s'approcha non sans hésitation puis posa une main sur son épaule.

-Je suis fatiguée Jane, coupa-t-elle en détournant le regard.

-D'accord, acquiesça-t-il en abandonnant le sujet délicat avec soulagement. Prenez mon lit.

Il lui rendit les choses plus faciles en prenant la direction de la salle de bain où il s'enferma.

Lisbon resta un moment immobile, incertaine quant à ce qui venait de se passer. Puis elle se débarrassa de son gilet et de son jean avant de se glisser sous les couvertures. Elle ferma les yeux pour chercher le sommeil, chassant la fin de leur nuit pour retrouver la félicité de tout le reste. Faire disparaître le trouble et le poids qu'elle avait sur le cœur lui fut cependant impossible.

Cette nuit était autant une bénédiction qu'une malédiction.


Jane resta un moment assis sur le rebord de la baignoire, perdu dans ses pensées. Il avait enlevé sa veste et son veston, avec la première idée de prendre une douche. Mais il était resté assis sans bouger, le regard vide, incapable de prendre une décision, incapable de retourner dans la chambre pour tout changer, pour faire de cette nuit une éternité.

Renonçant à se tourmenter plus, il sortit silencieusement de la salle de bain et vit que Lisbon s'était endormie. Il s'approcha pour s'assurer qu'elle ne faisait pas semblant et fut soulagé de constater qu'il n'en était rien, elle dormait à poing fermé. Il esquissa un vague sourire empreint de regret, un peu comme s'il prenait conscience qu'il avait perdu sa dernière chance. Il s'installa dans le fauteuil à côté du lit et l'observa dormir.

Longtemps.

Au bout d'un moment, il sentit le sommeil s'emparer de lui alors qu'il calquait sa respiration sur celle de Lisbon. Il pesa le pour et le contre puis se leva pour faire le tour du lit et s'allonger à côté d'elle. Il resta crispé au bord du lit, à deux doigts de tomber. Et finalement l'envie de dormir était passée, chassée par son besoin de rester concentré pour ne rien faire de stupide. Il était un homme après tout, pas vrai ?

-Détendez-vous Jane, soupira soudain la voix endormie de Lisbon.

Elle bougea pour se tourner vers lui et lui adressa un sourire lourd de sommeil.

-Je ne vais pas vous manger si vous dormez avec moi, insista-t-elle. Je survivrai et vous aussi.

-Juste cette nuit ? suggéra-t-il.

Elle acquiesça pour le rassurer et ferma les yeux avant de lui tourner le dos à nouveau. Apaisé, Jane se glissa sous les couvertures et s'installa plus confortablement. Il écouta la respiration de Lisbon se faire de plus en plus profonde, signe qu'elle s'endormait. Et il finit par s'endormir au son de ce souffle, à côté de la seule personne au monde capable d'avoir un effet si positif sur son esprit. Personne qui venait de lui offrir la nuit la plus inoubliable qu'il ait vécu depuis des années d'errance. Là où il voyageait seul au cœur de la nuit, ils avaient été deux, et il n'oublierait jamais la douceur du trouble… encore moins son parfum.


Lisbon fut réveillée après deux petites heures de sommeil par son téléphone portable qui vibrait dans sa poche de jean non loin pour la réveiller. Elle soupira mais ne bougea pas d'un millimètre, pour la simple et bonne raison que Jane l'en empêchait. Elle se surprit à rouler des yeux en constatant qu'il avait changé de position dans son sommeil et l'avait choisie pour oreiller. Son souffle dans son cou la chatouillait légèrement mais après la nuit qu'ils avaient passé, plus rien ne l'étonnait. Le contact était même doux, mais jamais elle ne le lui avouerait. La nuit prenait fin.

Elle sentit quelque chose la gêner au niveau de ses côtes et glissa sa main entre eux. Elle comprit que ça venait de la poche de la chemise de Jane et la forme lui indiqua ce que c'était. Elle sourit et lui subtilisa la carte de l'as de cœur. Elle se demanda furtivement où était passé le symbolique as de pique. Elle observa la carte entre ses doigts un moment puis soupira en entendant son téléphone la rappeler à l'ordre. Elle frôla les boucles blondes de Jane du bout des doigts puis réussit à s'extirper de son étreinte. Il grogna légèrement puis papillonna des yeux alors qu'elle finissait d'enfiler son jean.

-Je vais retourner dans ma chambre d'hôtel avant que VanPelt ne soit trop réveillée, annonça-t-elle. Elle pourrait se poser des questions indiscrètes.

Jane acquiesça tout en s'étirant. Il dissimula un bâillement puis se rallongea confortablement. Lisbon hésita après avoir remis ses chaussures, à mi-chemin entre le lit et la porte. Finalement elle revint sur ses pas et s'assit au bord du lit.

-Vous allez me dire quelque chose qui ressemble à un « oubliez tout », je me trompe ? déplora-t-il.

Elle fit signe que non en souriant et lui tendit l'as de cœur.

-C'est à vous, souffla-t-elle. Veillez sur elle, vous avez tendance à la perdre.

Il fit aller son regard de la carte à Lisbon puis, pris d'une impulsion, il se redressa, posa une main sur sa joue droite avant d'embrasser sa joue gauche un peu plus longtemps que nécessaire. Elle sourit doucement et il s'écarta, attrapant la carte au passage.

-Je veillerai sur elle, murmura-t-il.

-Tant mieux.

Elle lui offrit un dernier sourire puis se leva et quitta la chambre. Jane s'allongea dans l'espoir d'y trouver quelques minutes de nuit encore enfouies dans les draps. Il s'accrocha à chaque souvenir, chaque vestige de cette nuit, la leur. Il refusa encore quelques minutes l'arrivée du jour, la fin de la nuit, la fin du rêve.


Plus tard, dans le SUV qui les menait au bureau d'enquête, VanPelt et Rigsby se firent discrètement la remarque qu'à l'arrière, Lisbon s'était endormie contre l'épaule de Jane. La scène devint encore plus intéressante lorsque Jane, tout à fait conscient, posa sa tête sur celle de la brune pour s'y endormir lui aussi. Les deux agents sourirent d'un air entendu avant de demander l'avis de Cho dans un murmure.

L'asiatique répondit énigmatiquement que c'est souvent ce qui arrive quand on fait le mur en pleine nuit. Puis, voyant qu'ils arrivaient à destination, il ferma son livre après avoir marqué la page à l'aide d'un as de pique. Si on y regardait de plus près, les morceaux avaient été réparés avec soin.

Fin.


1 : Je ne danserai pas, ne me demandez pas.
Je ne danserai pas, avec vous madame.
Mon cœur ne laissera pas mes pieds faire les choses qu'ils doivent faire.
Vous savez quoi ? Vous êtes charmante.

2: Je ne danserai pas, pourquoi le devrai-je?
Je ne danserai pas, comment le pourrai-je?
Je ne danserai pas, merci beaucoup.
Je sais que la musique est le chemin de la romance.
Alors si je vous tiens dans mes bras… Je ne danserai pas.


Verdict de cette dernière histoire ? Loin de moi l'idée de faire du sentimentalisme, mais vu que c'est la dernière histoire de cette série d'OS, n'oubliez pas de me dire ce que vous en pensez hein ? =D

Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne continuation, et puis, peut-être nous reverrons-nous sur une fiction ou bien au détour d'un OS lorsque je reviendrai aux OS. =)

Merci !