OYEZ OYEZ! sortez vite votre plus belle serviette, il y a ci-dessous à boire et à manger ! Au menu ce soir, petit assortiment de sushis sur son lit de gingembre. Du drama et de la tension à en faire pâlir de jalousie Stephenie Meyer. Oui oui. Vous verrez.
Et non, vous ne rêvez pas, un nouveau chapitre moins d'un an après le précédent. Moi même je suis choquée :D
Attention : Rating M de nouveau pleinement mérité, pour du langage un peu fleuri et beaucoup d'amour, avec beaucoup de caramel dessus
Comment ça le caramel n'a pas cette couleur ?
*sourit innocemment*
Enjoy!
Chapitre 25 :
Lundi 3 Avril, Domicile du colonel Mustang.
Devant une assemblée soufflée au fond de leur siège, le vieil Abel profita de la fin de son récit pour descendre le verre d'eau que le lieutenant Hawkeye lui avait déposé un peu plus tôt.
Tout ceci était surréaliste. Tout simplement impossible.
Leur père avait créé la Porte.
Ce vieillard et leur père -
Bon sang Alphonse arrivait à peine à aligner deux pensées à la suite. Le vieillard en face de lui avait été recueilli par son père, élevé en tant que disciple et tous deux avaient travaillé d'arrache-pied afin de mettre en place la Porte, sous le mécénat et l'attention du roi de Xérès.
Xérès, son père avait vécu à Xérès !
Des doigts usés par le temps claquèrent bruyamment devant ses yeux.
_ « Je comprends que ceci puisse être difficile à assimiler, commença Abel, mais nous devons travailler ensemble pour arrêter mon frère. Je n'ai pas eu le loisir de rencontrer ni le Fullmetal, ni le Flamme alchimiste mais leur réputation me fait craindre une intelligence et un talent qui donneraient bien trop de pouvoirs à mon frère. »
Aucune réponse ne lui vint à l'esprit. Il était vaguement conscient de son expression hébétée et du regard perplexe de son interlocuteur mais rien ne semblait pouvoir le faire redémarrer. Il se tourna vers Riza, dans l'espoir fou de la voir exprimer de façon intelligible les milliers de questions qui s'adonnaient à une orgie sans nom dans son cervelet.
_ « Pardon, intervint le lieutenant Hawkeye, mais avant de commencer à planifier, je voudrais clarifier un point si ça ne vous dérange pas M. Abel.
_ Bien sûr.
_ Vous dites que votre maitre et vous avez créé la Porte.
_ Et l'aide malheureuse de mon petit frère, oui.
_ Il y a deux mille ans.
_ Mille six-cent treize ans pour être plus exact. »
Riza marqua une pause, certainement décontenancée par l'âge de son interlocuteur et la désinvolture avec laquelle il le leur divulguait. Cependant, Hawkeye avait côtoyé les frères Elrics assez longtemps pour savoir que le sacrifice d'une ville entière faisait des miracles pour la longévité d'un alchimiste.
_ « Vous n'avez pas eu de contact direct ni avec votre frère ni votre maitre depuis.
_ J'essaye de garder le plus d'intermédiaires possibles entre mon frère et moi pour des questions évidentes de sécurité. J'ai en revanche réussi à garder le contact avec mon maitre, au travers de lettres codées dans des ouvrages de botanique en grande partie. Bien que cela fasse plusieurs dizaines d'années que je n'ai pas trouvé de nouveau message.
_ Hohenheim, grand, des cheveux blonds, la mâchoire carrée ? interrompit soudain Alphonse.
_ Oui, répondit le vieil alchimiste avec une once de méfiance. Pourquoi ? »
La photo qu'il gardait contre son cœur le brulait presque au travers de sa poche intérieure, ses doigts se refermèrent sur le papier glacé avec fébrilité et une point d'appréhension. Le contrejour assombrissait le visage de son père mais n'empêchait pas de reconnaitre le blond flamboyant de ses cheveux et la rigueur de son visage. Il déposa le cliché sur la table basse.
Abel garda le silence, approchant le cliché de ses yeux fatigués avec une lenteur fébrile.
_ « Cela fait bien des générations que je n'ai pas revu ce visage. Comment avez-vous eu cette photo.
_ Voilà ma mère, Trisha, mon frère Edward. Et moi. Il les pointa successivement du doigt avant de finir. Et notre père.
_ C'est impossible.
_ Il est parti lorsque nous étions encore très jeunes mais c'est bien lui. »
Abel le regarda longuement. Scrutant son visage à la recherche de dieu seul savait quoi.
_ « J'aurais dû faire le rapprochement plus tôt, souffla-t-il. Diantre. »
Un silence poisseux s'immisça entre eux avant que le vieil Abel ne reprenne la parole, les mains tremblantes et le regard grave.
_ « Il faut sortir votre frère de là.
_ Ça je le sais bien ! S'exclama Alphonse. Mais est-ce que vous avez seulement un plan pour attaquer sa forteresse ? J'ai échappé de justesse à la première ligne de défense. Je n'enverrai personne s'y frotter sans la moitié de l'armée derrière moi. Et si vous dites qu'Arawn a acheté la plupart des politiciens alors il y a peu de chance que l'armée nous soutienne de toute façon.
_ Non, pas besoin d'armée ou de char d'assaut, il nous faut une frappe chirurgicale. Son manoir est une très belle bâtisse qui est de taille pour recevoir le gratin lors de somptueux cocktails mais l'essentiel de son installation est sous terre. C'est par là qu'il nous faut accéder. C'est sous cet angle que son cercle de protection est le plus accessible. Une fois détruit, tous les alchimistes emprisonnés pourront enfin se défendre et nous n'aurons plus qu'à remonter vers eux pour leur indiquer la sortie.
_ Cercle de protection, demanda Havoc. Comme une barrière de barbelés ?
_ Non, c'est un ensemble de cercles de protection ayant pour effet d'incapaciter les alchimistes placés sous leur emprise, une espèce de volume au sein duquel les transmutations sont tuées dans l'œuf, toute alchimie siphonnée. C'est plus une cage qu'une enceinte pour empêcher les intrusions. Mais pour une opération de rescousse rendre leurs armes aux alchimistes emprisonnés est un avantage indispensable.
_ C'est bien beau, mais comment nous infiltrer jusque-là ? Demanda Riza. Si l'on veut approcher le manoir sans se faire repérer, il nous faudra bien creuser deux kilomètres, si ce n'est plus.
_ C'est là où j'espérais que vous ayez un alchimiste mineur dans vos rangs, soupira Abel, mais le seuls que j'ai connu est mort il y a des centaines d'années. »
La voix tonitruante du Major Armstrong les fit tous se retourner.
_ « EST-CE QUE J'ENTENDS QUELQU'UN PARLER DE MON ARRIÈRE GRAND ONCLE, ABRAHAM ARMSTRONG, L'ALCHIMISTE TUNNELIER ?
Le silence qui suivi l'arrachage de chemise fut bref.
_ C'es-
_ JE SERAIS HONORÉ DE REPRENDRE SA TECHNIQUE ANCESTRALE ET NOUS CREUSER UN CHEMIN POUR SECOURIR NOS AMIS ! »
Le silence se fit plus dubitatif encore lorsque le major se para de petites étoiles roses. Des regards en chien de faïence furent échangés… mais à cas désespéré…
La technique ancestrale de l'arrière grand-oncle Armstrong s'avéra plus difficile à ressusciter qu'à première abord, le contenu exact ayant été perdu au fil des générations. Le Major Armstrong avait beau avoir été bercé par les récits fidèles et à peine – à peine – embellis de ses aïeuls, les souvenirs et photographies aux poses adroitement arrangées ne valaient pas tripette quand il s'agissait de traduire une technique alchimique célèbre en un cercle utilisable. Toute la folle équipe passa deux nuits entières à fouiller les archives de la famille Armstrong et une petite semaine perdue à essayer de maitriser le geste en vain – tout ça à cause d'une omission particulièrement insultante pour toute la gente féminine.
Ce que la légende d'Abraham le tunnelier avait omis d'indiquer, c'était simplement la nécessité d'être deux pour réaliser un tunnel. Une photo de couple arracha un sourire mélancolique au jeune alchimiste.
Uve Armstrong, épouse du grand Abraham, plus délicate que leur mère avait pu l'être, était l'alchimiste responsable de l'excavation, tandis que son mari, fier représentant de la lignée Armstrong, étayait l'ensemble en compactant les débris le long de la paroi. Les deux avaient des airs de dieux grecs sur l'estampe en noir et blanc, une grandeur partagée sur le papier glacé – à défaut de l'être dans la postérité.
Une fois le mystère du cercle en binôme percé à jour, leur avancée se fit plus rapide. Sous les implorations du major Armstrong, Alphonse laissa Alex creuser avec un panache tout juste contenu – sa chemise resta en place cette fois – et se concentra sur l'étayement ainsi que l'isolation acoustique. Si les travaux des égouts de Central avaient eu peu de considération pour les voisins à l'époque, leur équipe voulait garder leur approche discrète. C'est ce point qui leur posait le plus de problème et l'aide du vieil Abel fut incommensurable, une fois les détails de l'infiltration étudiés avec le lieutenant Hawkeye.
Après deux jours d'essais sous les champs en périphérie de la ville, ils s'accordèrent sur le fait que leur technique ne pouvait être améliorée.
Ce qui était faux bien sûr.
Toute technique pouvait être améliorée. Ils n'avaient juste pas le temps.
Ø -ø-¤-ø-POV ED-ø-¤-ø-Ø
Des milliers d'insultes fusèrent dans son esprit telles des abeilles protégeant la ruche, étouffant tous les bruits avoisinant aussi bien que la moindre pensée raisonnable – le pire étant le fait qu'il ne puisse plus affirmer si ces insultes étaient adressées à ce trou du cul d'Arawn ou bien à lui-même.
Comment avait-il pu être aussi con pour accepter de travailler sur ce projet ? Il se sentait sale, son esprit impur et ses mains souillées – même si l'encre qui avait pu couvrir ses doigts pendant leurs recherches avait été rincée depuis. Tout était désormais couché sur le papier, et certainement copié quelque part dans le bureau du maître avant même d'avoir pu crier victoire – grâce à ce lien dont il essayait tant bien que mal d'oublier l'existence.
Mais il ne pouvait plus l'ignorer et il l'exploita cette fois pour faire remonter un message.
Enculé.
Lâche.
Petite pute - profitant du spectacle de sa fourmilière, confortablement assis à son bureau, caché derrière ses sbires, ses messages, ses homonculus. Epiant leurs pensées les plus intimes, volant leurs idées les plus prometteuses, raflant leurs fruits sans honte.
Voleur.
Voleur d'idées et, à croire ce petit carnet de cuir sur l'art de cultiver les fruits sous serre – oh il voyait l'ironie du titre à présent – également voleur de corps.
Les images qu'Edward avait pu entrapercevoir lorsqu'Arawn l'avait plaqué au sol dans son bureau et activé son cercle d'espionnage lui revirent soudain. Il lui avait paru incongru à l'époque de voir le visage de l'autre enfoiré dans un de ses propres souvenir mais ce fragment de mémoire provenait sans doute d'un temps avant qu'Arawn n'ait changé de corps – si ce n'est l'instant fatidique de l'échange. De ce que la lettre encodée laissait entendre, ils avaient été au moins trois à interchanger leur conscience. Son frère, Abel et leur mentor, signé seulement H.
Cette petite merde avait vraiment volé le corps de son propre frère.
Connard.
Une bulle de rage lui fit bourdonner les oreilles de nouveau et il ne put que la laisser exploser, laissant son poing se refermer sur le papier et arrachant toutes les notes qu'il avait pu mettre de côté, effaçant ses traces en espérant de tout cœur que l'autre enculé n'ait pas eu le temps de tout recopier en direct. Une partie de son cerveau jubila à l'idée qu'il puisse être en train d'appeler ses sbires à la rescousse, paniqué à l'idée de voir une superbe théorie partir en fumée.
Et bien il faudrait que ses gardes courent plus vite !
Il était presque arrivé à l'élimination de la conclusion de leurs recherches lorsque la voix inquiète de Mustang l'arrêta.
_ « Ed ? Qu'est-ce que tu fais ? »
Un murmure de paranoïa s'infiltra insidieusement en lui. Les gardes n'auraient pas été assez rapides. Envy en revanche, oui. Il se redressa et assura ses appuis. Ils avaient abandonné leur technique de petits papiers depuis plusieurs jours déjà, une inspiration suffisant à le renseigner sur l'identité musquée du colonel ou celle artificielle de l'homonculus et Edward se maudit de tant de désinvolture – comment pouvait-il s'en assurer à trois mètres de distance ? Il huma néanmoins l'air par habitude, cherchant désespérément l'odeur de bois brulé de son amant.
Celui-ci prit une expression plus inquiète encore.
_ « Edward qu'est ce qui se passe ? Envy est repassé ? »
Mustang le passa en revu avec un empressement qui lui fit desserrer quelque peu sa prise sur le dossier de la chaise alors qu'une petite voix commençait à lui reprocher son moment de doute.
_ « Ed c'est moi.
_ Je sais.
_ Ton langage corporel me dit le contraire. Est-ce que je peux approcher sans risquer de me prendre cette chaise dans la figure ?
_ Bien sûr. »
Peu convaincu, Mustang pondéra ses options pendant quelques secondes avant que son visage ne s'illumine. Après un bref regard circulaire au travers de la pièce déserte, les mains du Colonel agrippèrent le bas de sa chemise et dégagèrent celle-ci de sa ceinture en un coup sec. Edward allait s'enquérir de la raison de sa soudaine envie de se défroquer lorsque ses yeux furent attirés par la peau dévoilée et, surtout, quarte petits bleus sur le bas de la hanche de son amant - là où il se souvenait bien y avoir enfoncé ses doigts la veille. Un soupir de soulagement le quitta, chassé par la certitude d'être face à son compagnon.
Celui-ci n'attendit pas une seconde de plus avant de reprendre son avancée dans la pièce. Il lança un regard perplexe face au massacre de leurs recherches, des fragments de feuilles recouvrant la table et une partie du sol.
_ « Ed, qu'est ce qui se passe ?
_ On a merdé, soupira-t-il en extrayant la lettre décodée de dessous les confettis. On a tellement merdé !
_ Qu'est-ce que c'est ? Demanda le Colonel en parcourant la feuille
_ Le carnet qu'Envy a déposé, je l'ai décodé.
_ En une heure ?!
_ Lis ! S'écria-t-il en surveillant l'entrée de la bibliothèque. Bon sang. »
Méfiant et toujours inquiet, Mustang s'exécuta en fronçant bien vite des sourcils devant le contenu encodé à priori en marge du sujet de leurs recherches - ou bien l'illisibilité de son écriture, il n'aurait su dire.
Mustang était en plein déchiffrage lorsque le pas décidé de deux personnes approchant la bibliothèque le fit sursauter.
Merde. Merde. Merde.
Des dizaines de scenarios se pressèrent à son esprit. Il les analysa tous en un battement de cil et se plaça à l'entrée de l'alcôve, derrière une étagère. Prêt à attaquer au besoin. S'ils pensaient qu'il allait se laisser faire…
L'écho de leurs bottes s'éloigna, faisant redescendre la pression d'un cran. Ils n'étaient pas là pour lui. Laissant échapper un soupir fébrile, Edward se passa les mains sur le visage afin d'effacer le vernis de peur qui lui recouvrait la peau. Lorsqu'il rouvrit les yeux, Mustang avait fini sa lecture et le regardait avec un air pensif.
_ « Tu crois qu'il serait capable de changer de corps une nouvelle fois ?
_ Il a tout ce dont il a besoin, des âmes à sacrifier, un moyen de garder ses fesses en sécurité grâce à nos recherches et plein de corps parmi lesquels choisir.
_ Non, un seul corps : le tiens
_ Et pourquoi est-ce qu'il voudrait faire ça ?
_ Parce que tu es la personne la plus intelligente de ce foutu pays et que c'est ce qu'il recherche.
_ Il est bien assez intelligent, grand et ténébreux – parfait pour un psychopathe. Quel est l'intérêt de tout plaquer pour ça ? demanda Edward en se désignant d'un revers de main descendant.
_ Oh allez, Edward tu ne vas pas me la faire à moi.
_ Quoi ?
_ Bon sang tu crois vraiment que les gens murmurent sur ton passage parce qu'ils apprécient la forme de ton intellect.
_ C'est une façon détournée de me dire que j'ai un postérieur appréciable ?
_ Le plus ferme que je n'ai jamais eu la chance de toucher. »
Un sourire pincé étira ses lèvres malgré lui, un bref tique nerveux qui fut chassé presque aussitôt par le voile sombre de ses pensées qui revenaient à l'assaut. Avant que son visage ne se décompose, Edward se laissa enlacer par les bras accueillant du Colonel et il ne put réprimer un soupir lorsque celui-ci serra son étreinte. Contre son oreille, le cœur du colonel battait une mélodie nerveuse mais régulière, presque assez régulière pour calmer l'emballement de son cerveau qui ne cessait de l'assaillir de pensées paranoïaque et autres projections pessimistes.
Mustang s'éloigna soudain, utilisant deux mains noueuses contre ses joues pour éloigner et scruter son visage. Ils avaient beau avoir passé des heures sans aucun vêtement, collés l'un contre l'autre, Edward se sentit étrangement nu sous le regard inquisiteur du colonel.
_ « Qu'il essaye de toucher à un de tes cheveux, murmura-t-il en passant un pouce sur sa joue, et il aura affaire à moi. »
Quelque chose gonfla en lui, un ballon d'air chaud sous son diaphragme qui lui remonta son palpitant juste derrière les amygdales et força l'air hors de ses poumons en une expiration plaintive. Bon sang. Roy.
Roy.
Mustang était comme un livre ouvert devant lui, son affection et son inquiétude si clairement dépeintes qu'Edward dût ravaler un sanglot devant leur intensité. Avant que la balle incandescente n'atteigne ses cordes vocales et ne brise le silence avec des mots qu'il n'était pas sûr de savoir exprimer, Edward se redressa sur la pointe des pieds et embrassa de nouveau son supérieur, avec une ferveur plus éloquente que des milliers de mots. La pièce disparut soudain, les bruits ambiants écrasés par la mesure assourdissante de son pouls battant contre ses tempes. Plus rien ne filtrait jusque son cerveau à part Mustang, ses mains contre son visage, sa langue dansant contre la sienne et son corps le pressant en arrière.
Lorsque le matelas amortit sa chute et accueillit leurs deux corps dévêtus, Edward ne sut affirmer comment ils étaient arrivés là. Ses dernières cellules grises encore irriguées lui rassemblèrent le vague souvenir d'une main sur son poignet le tirant hors de la bibliothèque, une autre main sur son épaule le guidant vers l'avant, stabilisant sa démarche chancelante et le pressant dans la pénombre de leur cellule avant que toutes deux ne se glissent sous ses vêtements - non sans un murmure approbateur de sa part. Mustang pressa son bassin avec plus de résolution et le reste de son sang migra au sud – laissant ses cellules grises suffoquer et son cerveau passer en mode primaire.
Plus rien ne lui importait d'autre que les doigts lubrifiés de son amant caressant son intimité avec révérence, la bouche descendant le long de sa gorge, son torse, s'arrêtant un instant au niveau de son nombril avant de-
_ « Roy ! »
Il était étalé sur les draps comme une fleur s'ouvrant sous les rayons du soleil. Mustang avait calé sa jambe mécanique sur son épaule et festoyait avec délectation, deux doigts pressant en lui avec dessein et concentrant le plaisir juste assez pour que son échine se torde au-dessus du matelas, mais pas assez pour le lancer sur la pente glissante d'un orgasme trop rapide. Non, son amant le gardait sur le fil, aussi attentif à son désir qu'impitoyable dans son dosage.
Après ce qui lui sembla être une éternité et un milliard de supplications, Mustang s'agenouilla à moitié sous lui, hissant le bassin du jeune alchimiste sur les cuisses et alignant son érection sans toutefois aller plus loin qu'un simple contact. Sous les nouvelles supplications de son subordonné – et sa tentative aussi désespérée que peu subtile de s'empaler lui-même – Roy pressa enfin en lui. Enfin !
Serrant les draps avec force, Edward avala une plainte fiévreuse sous l'intrusion. Lorsqu'il rouvrit les yeux, après avoir retrouvé le contrôle de sa respiration, ce fut pour tomber sur l'expression affamée de son supérieur qui surveillait son visage avec attention – avançant lentement pour mieux reculer. Edward le maudit de milles façons, et plus encore lorsque la seule réponse à des insultes fut un regard langoureux, un sourire en coin Mustang© et une caresse délicate le long de sa cage thoracique, tel le peintre étalant la peinture sur sa toile.
Ondulant sous la caresse, son bassin refusant de rester immobile sous le va-et-vient de plus en plus prononcé de son amant, Edward lâcha les draps pour inviter ce dernier à le recouvrir entièrement. Amplifiant ses mouvements, Mustang accéda à sa requête en un grognement rauque qui le fit trembler de plaisir, avant de l'embrasser avec un empressement enfin partagé. Le changement d'angle était parfait, l'érection du Colonel glissant le long de sa prostate avec une pression tout à fait délicieuse – presque aussi délicieuse que la main noueuse fermée autours de son sexe en une caresse langoureuse ou la respiration haletante de son amant au creux de son épaule.
Son empressement apaisé ironiquement par la perte de contrôle de son amant, Edward savoura chaque assaut, agrippant les hanches du Colonel, le pressant encore plus loin dans un espoir de les voir enfin fusionner en une balle de sueur, de sexe gonflé de sang et de phéromones.
Le rythme était désormais impitoyable et, après un coup de rein particulièrement bien placé, Edward se sentit passer le point de non-retour.
_ « Mustang, je vais... »
Celui-ci réduit soudain son amplitude, martelant sa prostate en une caresse continue qu'il imposa également à sa main gauche toujours refermée sur l'érection du jeune homme. La combinaison de la chair du colonel en lui, sur lui, autour de lui eut finalement raison de son endurance et il bascula dans le précipice de son orgasme en un cri perçant, sa vision virant au blanc pendant d'interminables secondes.
Lorsqu'il reprit un semblant de connaissance, Mustang était accoudé au-dessus de lui en un arc frissonnant, le souffle haletant et ses yeux fermement fermés en une grimace concentrée. Lorsque celui-ci rouvrit les yeux, Edward fut soufflé par la myriade d'émotion dépeintes dans les deux billes noires au-dessus de lui – deux puits abyssaux dans lesquels il observa les ombres danser, soudain pris d'un violent vertige. La gorge nouée et les yeux irrités, Edward réalisa qu'il avait quitté un précipice pour en retrouver un autre.
Murmurant le prénom de son subordonné en un murmure juste pour leurs oreilles, Roy entoura le visage de son amant de ses mains agiles avant de plonger son regard perçant vers les lèvres du jeune homme.
Le jeune alchimiste céda facilement sous la caresse, embrassant l'alchimiste de flamme avec un désespoir qui déforma sa bouche en une grimace crispée. Avalant un sanglot, Edward redoubla d'effort dans l'espoir de parvenir à retenir ses larmes – et ne pas laisser échapper ces trois petits mots redoutables.
Ce fut finalement son amant qui les énonça en un faible murmure à son oreille.
Et Edward ne put retenir ses larmes.
Ø-ø-¤-ø-POV AL-ø-¤-ø-Ø
Non !
_ « Certainement pas ! »
Jamais il n'avait été aussi furieux. Une rage blanche grondait en lui, faisant bouillir son sang et brouillant sa vision. Bon sang, parfois il regrettait presque de ne plus avoir son armure et son épaisse carapace d'acier - sa peau lui paraissait si inappropriée pour retenir tous les atomes de ce corps bouillonnant d'émotions. Il parcourut la largeur du salon avant de refaire face au lieutenant Hawkeye qui avait lancé la suggestion en premier lieu, sous l'air approbateur du reste de l'équipe Mustang.
_ « Jamais vous ne me ferez botter en touche sur cette mission. Je viens avec vous un point c'est tout !
_ Alphonse, raisonna-t-elle. Edward ne voudrait pas que tu te mettes en danger alors qu'il a tout risqué pour te rendre ton corps.
_ Il a tant sacrifié pour moi, concéda Alphonse. C'est bien pour ça que je me dois de tout faire pour le sauver à mon tour !
_ Tu en feras déjà assez en nous creusant le chemin avec Alex, raisonna le lieutenant Hawkeye. L'infiltration jusqu'au cœur du manoir est une opération dangereuse pour laquelle un entraînement militaire est plus approprié.
_ Je ne resterai pas à faire le guet avec Alex une fois le tunnel débouchant. Vous rentrez dans un complexe destiné à la recherche alchimique en laissant les alchimistes derrière. C'est complètement stupide !
_ Tu surestimes peut-être tes capacités physiques Alphonse, raisonna Havoc qui vérifiait ses munitions. Personne ne t'aurait défié au corps à corps il y a quelques années, mais tu dois admettre que tu n'es pas aussi fort qu'avant.
_ Et vous sous-estimez tous mon alchimie ! »
Animé par la même rage que tout cet échange n'avait fait qu'attiser, Alphonse se rassembla sur lui-même tandis que ses mains s'étaient déjà pressées en un clap vengeur. Une petite voix raisonnable tenta de le dissuader de son geste mais la transmutation avait déjà pris vie, mue par sa colère sourde et sa détermination à leur prouver toute sa légitimité dans cette mission dangereuse. Il plongea au sol, allant chercher la pierre du sous-sol pour en capter les atomes et les guider en des lianes aussi rapides dans la capture de ses proies qu'impitoyables dans leur immobilisation.
C'est seulement une fois la transmutation éteinte qu'une once de scrupules vint lui effleurer l'esprit. Le salon d'hiver dans lequel le major Armstrong les avait invités à établir leur base d'action ressemblait désormais à une jungle indomptée. Un emmêlement de lianes sortant du sol, coinçant une cheville par ici, un poignet par-là, avant de venir caresser le plafond et ses moulures dorées. Toute l'équipe Mustang ainsi que d'autres militaires d'élite comme Falman ou Maria Ross – que le lieutenant Hawkeye préférait inclure à l'expédition plutôt que lui – étaient immobilisés à plus d'un mètre du sol et incapables de se délivrer.
_ « Est-ce qu'on peut revenir sur la planification maintenant que le sujet est clos ? Demanda Alphonse en croisant les bras. Ou il vous faut encore cinq minutes de réflexion ? »
Tous tentèrent encore de le libérer par d'infructueuses torsions avant qu'un soupir vaincu n'échappe au lieutenant Hawkeye.
_ « Je savais bien que le sale caractère du chef était génétique, ronchonna Havoc la tête en bas. Est-ce qu'on peut redescendre ?
_ Seulement si vous me confirmez que vous n'essayerez plus de me laisser derrière. Je viens avec vous. »
La grande pendule compta les secondes patiemment avant que le Riza ne capitule :
_ « D'accord… »
Ø-ø-¤-ø-POV ED-ø-¤-ø-Ø
Comme à leur habitude, Edward entra seul dans le réfectoire, récupérant sa pitance avant de chercher Mustang des yeux. Et comme d'habitude, celui-ci persistait à s'asseoir avec le cadet Tringham dont il trouvait la candeur revigorante. Un avis partagé avec Alice la violoncelliste, Simon le mathématicien ou Carl le vieux poète anarchiste qui gravitaient toujours autours du jeune Fletcher. Tous se rejoignaient généralement à heure fixe au réfectoire et restaient des heures à philosopher à table, pour le simple plaisir de parler de tout et de rien – et repousser l'heure fatidique du retour à leur cellule respective et à la réalité. Edward n'aurait rien trouvé à redire à joindre cette joyeuse troupe si seulement s'asseoir avec Fletcher n'impliquait pas d'avoir aussi cet enquiquineur de Russel.
La salle était étrangement calme ce soir-là, les conversations tamisées, comme recouverte d'un voile poisseux qui en retirait tout leur éclat habituel. Sa tablée n'échappait à ce mal. C'est à peine si ses voisins relevèrent la tête à son arrivée. Il envoya un regard inquisiteur à son amant qui lui fit un signe de la tête qu'il interpréta difficilement – encore plus lorsque Russel lui envoya un regard similaire.
Après un regard perplexe au reste de la tablée bizarrement incomplète, Edward finit par briser le silence.
_ « Carl n'est pas encore là ? »
Le silence se referma sur sa question, plus assourdissant encore – et le regard de Mustang se fit plus contrit.
C'est Russel qui répondit.
_ « Carl n'est plus là.
_ Comment ça 'plus là' ?
_Plus là, comme Annabelle, Josh, Bertrand, Myriam, Amanda... j'imagine que d'ici la fin de la semaine, tu pourras rajouter la moitié de la population de la zone à la liste des personnes emportées par un garde après le couvre-feu. »
Son sang se glaça face à l'image de fluide écarlate que son cerveau produisit, figeant ses poumons sur une demi-inspiration d'un air soudain rance.
_ « Il faut qu'on sorte, croassa-t-il en essayant de ravaler la bile de sa panique. Maintenant. »
Quelqu'un lui rétorqua quelque chose mais rien ne filtra clairement au travers du bourdonnement de ses peurs – rien sauf une certitude : il fallait qu'ils s'échappent de là. Immédiatement.
Son regard se porta au-dessus de la foule et vers les cuisines, balayant la salle rapidement et repérant les gardes postés aux coins de la pièce. Cette fois il les attaquerait de front avant de tenter une percée vers l'arrière salle d'où arrivaient les vivres, au fond des cuisines – par là même où il avait déjà échoué avant de parvenir à forcer la porte de sortie.
Une main se referma sur son poignet avant même qu'il esquisse un mouvement pour se lever. Mustang était penché sur la table, le visage implorant.
_ « Ed, j'espère que tu ne penses pas à ce que je pense. C'est du suicide.
_ Et alors quelle alternative ? Roy, soit on meurt en chair à canon pour cet enfoiré et ses expériences alchimiques, soit on meurt en essayant de sauver notre peau. Nos chances de réussites sont quasi nulles, mais je préfère me battre que d'attendre mon tour ! »
Du coin de l'œil il remarqua les gens le regarder d'un air inquiet et il allait justement les confronter et les appeler à réagir quand Mustang lui serra la main plus fort.
_ « Edward, ça ne sert à rien d'affoler les gens.
_ Parce qu'il faudrait plutôt qu'ils marchent vers l'abattoir avec le sourire ?! »
Un silence glacial se propagea aux tables avoisinantes.
_ « Tout le monde sait que ceux qui partent n'ont pas gagné leur ticket vers la sortie, admit Alice en refermant ses doigts de violoncelliste sur ceux du cadet Tringham. Mais ça n'arrive généralement pas avant plusieurs années, pour faire de la place à de nouveaux arrivants.
_ Vous ne voyez pas que ça a changé ? demanda Edward incrédule. Cet enfoiré prépare quelque chose de gros, quelque chose qui lui demande beaucoup de sacrifices humains. Tu l'as dit toi-même Russel, d'ici la fin de la semaine, il aura exterminé la moitié des occupants de cette prison – si ce n'est son intégralité ! »
Sentant le niveau de panique général monter, les gardes s'approchèrent de leur table, leur regard fixé sur lui. Sa seule chance c'était d'agir maintenant.
Il étudia ses solutions d'un coup d'œil circulaire au travers la pièce. Toute la salle le regardait. Tous les regards apeurés étaient tournés vers lui.
_ « Faites le calcul, tonna le jeune alchimiste en regardant les gardes approcher, on est cent, ils sont cinq… »
Les gardes approchaient désormais avec une démarche déterminée et leur fusil à l'épaule hurlant à tout le monde de s'allonger au sol. Ils étaient à quelques mètres de leur table quand une chaise heurta le sol à l'autre bout de la pièce, distrayant les sous-fifres d'Arawn pendant un battement de cœur – une fraction de seconde durant laquelle Edward en profita pour glisser de sa propre chaise, filant dans la rangée en direction du garde le plus proche en laissant sa rage éclater en un rugissement menaçant.
Le canon du fusil plia difficilement sous son automail mais il ne le lâcha pas avant de l'avoir vrillé suffisamment pour neutraliser les prochaines balles et heurté la mâchoire de son propriétaire avec la crosse. Il l'envoya au visage du maton suivant et roula de l'autre côté de la table, afin de régler son compte au garde qui essayait de le prendre à revers. Mustang avait la même cible en vue, un couteau à la main et un air déterminé, accompagné de Simon et Russel qui s'étaient armés de leurs plateaux ainsi que d'autres pensionnaires équipés à leur convenance.
La première ligne essuya le tir offensif du maton ainsi acculé et un de ses compagnons d'infortune tomba au sol en hurlant, serrant sa jambe ensanglantée en roulant sur le flanc. Ces connards y allaient cette fois à balles réelles. La gorge serrée et les foulées décuplées par la peur de voir un autre camarade tomber – Mustang – Edward ne put s'empêcher de calculer leur chance de réussite à la baisse. Il avait compté sur des fléchettes tranquillisantes – mais tant pis, c'était trop tard pour reculer maintenant.
Avec une urgence palpable, Edward détourna le canon de l'arme vers le ciel, serrant les dents lorsque le garde tira une nouvelle fois. La balle n'atteignit que le plâtre du plafond mais le bruit lui vrilla tout de même les oreilles et lui arracha un grognement partiellement étouffé par un sifflement désagréable et la clameur grandissante dans la pièce. Profitant de son inertie, le jeune alchimiste envoya son genou dans le plexus du garde qui se plia en deux – mais refusa de lâcher son foutu fusil.
Un couteau dans le biceps lui fit changer d'avis.
Mustang ponctua son attaque par un coup d'épaule qui envoya l'homme en arrière. Celui-ci avait à peine touché le sol que le colonel l'entrainait déjà vers les cuisines, hésitant à peine lorsqu'une alarme criarde se mit à hurler dans la cour.
_ « Et les autres gardes ?
_ Qu'importe les autres gardes, hurla Mustang par-dessus le bruit de l'alarme. On ne pourra pas faire face aux renforts, notre seule chance est la fuite. »
Roulant par-dessus le comptoir, Edward se faufila entre les rayonnages, telle une anguille, vaguement conscient d'un murmure paniqué dans le réfectoire.
_ « Vite, souffla Mustang. La cavalerie est là. »
La seule porte dans le fond de la cuisine était massive, son unique battant en acier leur renvoyant un reflet flouté de leurs deux silhouettes. Edward tira de toutes ses forces avant de se rendre à l'évidence.
_ « Merde ! »
Réfléchis, réfléchis.
Le bâtiment était bien conçu, laissant peu de point d'entrée. Un pied de biche lui aurait permis de tenter de forcer la porte, mais Edward doutait fortement en trouver dans la pièce. Tout autre outil de fortune ne suffirait pas à plier la paroi métallique dont le bruit à l'impact de son épaule lui promettait plusieurs centimètres d'acier.
Là dans le coin du mur, une grille d'aération attira son regard et piqua son inspiration – peut-être pourrait-il s'y faufiler et déverrouiller depu-
La clameur paniquée s'intensifia, des bruits de toux les forçant à se retourner. Des dizaines de personnes avançaient sur eux, pourchassés par une fumée opaque qui s'élevait du sol comme un brouillard laiteux. La réaction du colonel fut immédiate et Edward le regarda courir jusqu'au bac de plonge et y tremper le torchon qui avait été laissé à sécher sur le bord.
_ « Envoie-moi ton T-shirt ! »
La fumée avait tout envahi et lui piquait les yeux lorsque Mustang lui rendit son T-shirt désormais humide, le pressant à son visage avant de lui faire rebrousser chemin vers le réfectoire. Quel que soit le composé vaporisé, il agissait vite, incapacitant en quelques secondes et les laissant bien vite seuls encore debout. En semi-apnée, Edward suivit la vague silhouette de son amant vers la sortie, longeant les murs et enjambant les corps inertes de leurs camarades et priant pour ne pas se faire surprendre par un garde équipé de ces foutus masques à cartouche.
Leur dernière solution de repli pour échapper au brouillard était l'ascenseur principal.
Une fois sortis du réfectoire, Mustang commença à tituber et le jeune alchimiste accéléra pour se positionner à sa hauteur et l'agripper par la hanche.
Ne me lâche pas maintenant Roy, je t'en supplie.
Toujours en apnée, Edward se garda bien d'implorer son supérieur à voix haute mais son message dût parvenir à bon port car Mustang acquiesça d'un bref grognement et força le pas vers l'avant. Prenant appui contre le mur extérieur, Ed les traina vers le sas de sortie, cherchant à tâtons le système d'ouverture des portes tout en gardant son t-shirt humide coincé entre son nez et son épaule. Presque aveugle et coincé dans une contorsion peu confortable, Edward finit par sentir le fichu bouton s'enfoncer mollement sous ses doigts fébriles. Les portes s'ouvrirent sur la petite pièce encore épargnée par les fumigènes et totalement vide – les gardes ayant certainement évacué ou rejoint leurs collègues dans l'enceinte afin de réprimer la rébellion.
Les portes brillantes de l'ascenseur et le simple bouton d'appel trônaient seuls sur le mur blanc en face d'eux et ils ne perdirent pas une minute pour les rejoindre et écraser le second sans ménagement. Après une dizaine de secondes interminables, les deux alchimistes titubèrent dans l'ascenseur tel des naufragés sur un radeau. Mustang laissa son inertie le porter jusqu'au mur opposé contre lequel il s'appuya lourdement, tandis qu'Edward ordonna immédiatement la montée et martela le bouton de fermeture des portes avec un acharnement désespéré, s'arrêtant uniquement lorsque la cabine fut enfin en mouvement.
_ « Bordel, souffla-t-il en s'essuyant le visage avec son t-shirt. C'était moins une. »
Mustang s'était retourné, la tête basculée en arrière et reposant sur la paroi de la cabine, la respiration irrégulière. Edward chassa d'un revers de main la petite voie survivaliste qui lui fit remarquer que Mustang avait certainement respiré du gaz et serait inerte d'ici quelques minutes – ou groggy pendant plusieurs heures. Elle insista même en affirmant que son amant serait dans tous les cas un poids mort qui pouvait lui couter son évasion. Grognant de frustration, Edward la fit taire d'un coup de poing violent dans l'arrêt d'urgence. La cabine s'arrêta net, un voyant rouge clignotant patiemment en attendant que les deux hommes forment enfin quelque chose ressemblant à une stratégie – autre que courir tels des dératées.
Il leur fallait un plan.
En face de lui, Mustang réfréna une quinte de toux à lui faire cracher ses poumons. Il était toujours debout mais sa respiration saccadée et son air éreinté n'auguraient rien de bon.
_ « Roy ?
_ Tout va bien, affirma-t-il en ouvrant les yeux. Il me faut juste deux minutes. »
Laissant deux minutes à son amant, le jeune alchimiste commença à lister leurs options.
Il avait une chance sur un million pour que la voie soit libre une fois en haut. Et même si la voie était miraculeusement libre à la sortie de l'ascenseur, ils avaient tout aussi peu de chance de trouver la sortie au travers du dédale de couloirs et de pièces que comptait le manoir. Exit l'option A.
Le plus sûr était peut-être encore de percer un chemin au travers les tuiles pour passer par la toiture. Ils seraient une cible plus exposée mais mieux valait tenter la vitesse à l'air libre que de se faire coincer dans un bâtiment dont il ne connaissait pas l'agencement. Et avec un peu de chance leur alchimie fonctionnerait une fois là-bas. Le problème était d'arriver au toit, tout en évitant les combles.
L'ascenseur était un super moyen de monter, mais le panneau de contrôle ne leur offrait que deux destinations : un enfer toxique au rez-de-chaussée ou un piège à rat au dernier étage. Aucune solution ne leur offrait plus de quelques millièmes de pourcentages de chances de survie. C'était donc l'heure d'être créatif songea-t-il en enfilant son T-shirt détrempé.
Insérant sans délicatesse son automail dans la jointure des portes, Edward força le mécanisme à s'ouvrir sur le vide de la cage d'ascenseur en un grincement strident. Le mur qui lui fit immédiatement face était terne, sans irrégularités dans ses jointures et, d'après la résistance à son automail, foutrement solide. Il le frappa une deuxième fois pour en avoir le cœur net – et évacuer une partie de sa frustration aussi.
Ok, pas de chances avec l'option B.
Edward leva la tête dans un soupir d'exaspération et, sur le bord d'un néon bleuâtre, aperçut l'option C lui sourire dédaigneusement depuis ses deux mètres cinquante de haut. Du coin de l'œil il observa son supérieur s'éloigner de la paroi, le pas chancelant mais le regard encore alerte sur leur environnement et sur la trappe de maintenance au sommet de la cabine. Un seul coup d'œil en sa direction suffit à lui confirmer que la même idée leur avait traversé l'esprit. Il ne put s'empêcher de la confirmer à voix haute.
_ « En toute logique, commença Edward, il doit bien y avoir une échelle de maintenance pour descendre dans le puit. Il nous suffirait de la remonter et percer notre chemin dans la toiture sans avoir à passer par le grenier - qui est l'option suicidaire on est bien d'accord. »
Mustang se contenta d'acquiescer.
_ « Une fois sur le toit, continua-t-il en se s'essuyant la sueur du front d'un revers de main – à partir de là, on ne peut qu'espérer retrouver la pleine utilisation de notre alchimie et leur faire manger la poussière comme il se doit… Enfin...
_ Monte en premier, murmura Mustang, je vais te faire la courte-échelle et on avisera une fois sur le toit.
Edward le regarda avec suspicion. Impliquait-il qu'il lui fallait de l'aide parce qu'il était petit ou bien ?
_ Ça ira pour te hisser dans ton état ?
_ Ça ira, lui répondit-il avec un sourire fatigué mais sincère. J'ai connu pire à l'académie. »
Devant son hésitation, Mustang pris le temps de l'embrasser avec une délicatesse presque insupportable avant de se mettre en position, les doigts croisés et les paumes vers le ciel.
Agrippant fermement les épaules de son supérieur, Edward exploita promptement son marchepied humain, enfonçant la trappe de maintenance qui se souleva sans résistance. Prenant appui de part et d'autre de l'ouverture, Edward soulagea Mustang de son poids et se hissa sur le toit de la cabine, observant son environnement d'un regard circulaire. L'échelle était bien là, même si la couleur des barreaux ne promettait qu'une solidité toute relative et certainement aléatoire. Dans leur situation, ils pouvaient difficilement faire la fine bouche.
Un coup d'œil sur l'autre paroi lui fit réaliser avec une pointe d'effroi son très bon timing pour l'arrêt de l'ascenseur. Quelques secondes de plus, et ils se seraient arrêtés trop tard. Seulement dix mètres les séparaient de la double porte du dernier étage où le Maître et une armada de soldat devait les attendre, le fusil en joug.
Envoyant un doigt d'honneur mental à l'autre enfoiré et ses sbires, Edward se retourna pour glisser son bras dans l'ouverture et offrir son aide au Colonel pour grimper sur le dessus de la cabine – une peu tard, car Mustang l'avait devancé et passait déjà la main au travers de la trappe. Il fallut un quart de secondes de trop au jeune alchimiste pour se rendre compte que Mustang ne cherchait cependant pas à monter mais que celui-ci refermait la trappe, plongeant Edward dans la pénombre et la confusion la plus totale. La machinerie se remit en marche en un vrombissement vétuste et l'horreur s'empara de lui.
NON ROY !
Putain !
_ « Non ! hurla-t-il. Roy ouvre cette trappe ! »
Ladite trappe résista sous sa traction, et il n'eut pas plus le loisir d'insister que la porte du dernier étage défilait déjà sur sa gauche. Un regard vers le haut lui indiqua également que le plafond se rapprochait dangereusement et que, s'il restait à cet endroit, la machinerie aurait raison de lui avant que les gardes n'aient pu tenter leur chance.
Merde !
Un calcul rapide le fit s'approcher du fond de la cabine, hors de l'encombrement tu treuil et de sa motorisation, au-dessus de laquelle il pouvait déjà apercevoir les tuiles et le jour perçant au travers – promesse de peu ou pas de résistance contre son automail. La vue aurait dû l'élever de joie mais une boule acre remplaça le sentiment alors que la cabine s'immobilisait.
Ignorant le bruit de l'ouverture automatique des portes et tout ce que cela impliquait pour son amant, Edward envoya son automail avec rage dans les tuiles les plus proches, fermant les yeux pour en éviter les éclats. Lorsqu'il les rouvrit, ce fut pour tomber nez à nez avec la toiture vitrée de la serre sous laquelle il avait été retenu prisonnier pendant ces longues semaines. Un instant de panique lui fit craindre d'avoir percé du mauvais côté, mais le reflet du soleil lui confirma sa fin de sa captivité.
Aussi soulagé qu'un homme pris en chasse pouvait l'être, Ed s'extirpa de l'ouverture et remonta la toiture avec empressement, oubliant par la même occasion les bases même de tout combat : analyser son putain d'environnement. À peine la première foulée prise, une tuile s'échappa et Edward tituba en avant, se rattrapant de justesse et déchaussant une deuxième tuile dans sa chute. La petite voix survivaliste le gifla alors au moins aussi fort qu'il avait enfoncé le bouton d'arrêt d'urgence, lui hurlant à lui faire saigner les oreilles :
TRANSMUTE-MOI CE TOIT BORDEL DE MERDE !
Il s'exécuta avec la gorge nouée, se décrispant seulement lorsqu'il put sentir le doux murmure de son alchimie vibrer au creux de sa poitrine à peine ses mains s'étaient-elle rencontrées en un clap sonore. Un rire nerveux lui échappant, Edward laissa la transmutation couler au travers de ses doigts, soudant les tuiles entres elles jusqu'à obtenir une surface monobloc. La structure grinça et grogna sous ses foulées mais il ignora les sons menaçants et fila comme une flèche jusqu'à l'arrête de la toiture, porté par l'hilarité de pouvoir de nouveau transmuter.
À peine eut-il passé la tête au-dessus du point haut de la toiture, qu'un impact de balle fit voler en éclat l'argile à quelque dizaine de centimètres de sa main, lui faisant ravaler par la même occasion le rire qui lui gonflait les poumons.
Merde !
Une clameur s'éleva à la gauche comme à sa droite. Des ordres fusèrent et les petites tours aux quatre coins du manoir se virent pousser des canons sur le flanc faisant face au jeune alchimiste. L'extérieur était peut-être la plus suicidaire des options au final, mais il n'eut pas le temps le temps de considérer cette possibilité que déjà les vigies les plus proches de sa position ouvraient feu et le forçaient à prendre retraite, utilisant le couvert du toit pour lancer la première transmutation qui lui passa à l'esprit. Sous ses doigts, la céramique se vitrifia en un assemblage d'atome ordonnés. Lentement, en veillant à ne pas compromettre l'intégrité de la toiture dont il avait besoin s'il ne voulait pas passer au travers et se retrouver dans les combles, Ed façonna la céramique de manière à se créer un couloir, une sorte de toboggan plongeant vers le bord donnant sur la forêt – et certainement une vingtaine de mètres de vide.
Il était juste à chercher une solution pour éviter de finir en bouillie humaine sur le sol en contrebas quand un bruit suspect à quelques mètres derrière lui parvint à ses oreilles. Une transmutation déjà en tête, Edward se retourna pour faire face à son attaquant, seulement pour se rendre compte qu'il avait hésité trop longtemps à exploiter sa transmutation précédente. Le garde qui l'avait suivi au travers la machinerie de l'ascenseur le tenait déjà en joug et tira sa fléchette de sédatif – faisant mouche.
Une fois de plus.
Ø-ø-¤-ø-POV AL-ø-¤-ø-Ø
Leur avancé était lente. Horriblement lente.
Ils creusaient pourtant déjà au minimum du diamètre possible, laissant tout juste l'espace au Major Armstrong de tenir debout. Si ça ne tenait qu'à lui, Alphonse aurait réduit encore la hauteur de moitié mais ce tunnel pourrait très bien être leur unique issue de secours en cas d'échec et le lieutenant Hawkeye avait été intransigeante sur la praticabilité du tunnel au pas de course, veillant toujours à envisager les scénarios défaitistes – ces scénarios que lui tentait d'ignorer par tous les moyens.
Il y en avait pourtant pléthore.
Comme déboucher trop loin ou trop près et tomber sur l'extérieur du manoir, avec les gardes et leurs chiens qui l'avaient déjà pris en chasse la dernière fois. Ou déboucher sur une salle plus dangereuse encore. Ils avaient peu de détail sur l'architecture du manoir même après des années à épier les activités de son frère, le vieil Abel n'avait pu leur fournir de plan détaillé. Ils savaient juste que les prisonniers étaient au centre du bâtiment, en surface, dans une sorte de cage de Faraday alchimique. En tout autre contexte, Alphonse aurait été fasciné par la théorie et ses applications derrière ce cercle mais ce système de protection était plus que gênant dans leur cas.
L'option d'approche la plus discrète et soutenue par le lieutenant Hawkeye, Falman ou Havoc était simple : percer leur chemin jusqu'au premier mur des sous-sols, et infiltrer la zone en neutralisant le moindre témoin avant que celui-ci ne donne l'alarme. Tels des ombres le long des murs, leur avancée serait tout aussi silencieuse qu'hasardeuse – et horriblement périlleuse.
Avancer à l'aveugle dans les couloirs était la solution la plus discrète mais ils l'avaient très vite mise au rebut - d'une part parce qu'ils risquaient la découverte à chaque coin de rue mais aussi parce qu'ils risquaient bien d'avancer sans le savoir dans une zone sans alchimie. Abel leur avait vaguement expliqué le principe de cloisonnement et il leur avait conseillé de percer leur route du sous-sol jusqu'au toit, si possible en emportant les murs avec eux. Leur avancée serait discrète jusqu'à un certain point donc.
_ « J'arrive sur la dalle. »
L'annonce du major fut reçue dans un silence concentré, ponctué par le cliquetis des munitions que l'on recharge.
Alphonse prit une inspiration profonde.
C'était maintenant.
Ø-ø-¤-ø-POV ED-ø-¤-ø-Ø
Lorsqu'Edward rouvrit les yeux, la bouge pâteuse et une migraine infâme lui vrillant les oreilles, ce fut pour trouver le visage pensif de Dante accroupie à côté de lui, des silhouettes habillées de blanc circulant autours d'eux dans une pièce illuminée de lumières froides et l'obligeant à plisser les yeux.
_ « Il est réveillé. »
Des sangles en cuirs le retenaient en position contre le sol froid de la pièce, et il réalisa avec effroi qu'il était nu à l'exception de sous-vêtements d'emprunt. La gorge serrée sur une nausée grandissante, Edward testa leur résistance en tentant de garder son niveau de panique sous contrôle – difficilement, très difficilement, surtout lorsque du bruit de rage familière résonna au-dessus de son crâne. Il dut se contorsionner pour apercevoir une longue tignasse brunâtre d'une personne attachée au sol un peu plus loin dans la pièce sur ce qui semblait être un immense cercle alchimique – qui courait jusque sous lui.
Sa panique monta d'un cran et il ne put s'empêcher de tirer sur ses liens. Ils ne pouvaient pas lui faire ça.
Des pas mesurés approchèrent et Arawn entra dans son champ de vision pour s'accroupir près de son épaule.
_ « Bonjour Edward.
_ Allez vous faire foutre, cracha le jeune alchimiste en se débattant plus fort. Détachez-moi ! »
Arawn eut un rire peu convaincu avant le laisser ses mains glisser le long de son ventre, ses flancs, son regard focalisé sur la peau du jeune homme comme un éleveur évaluant une future acquisition sur le marché aux bêtes - une caresse exempte de toute sensualité, qui le fit frissonner de dégout. Un choc électrique le traversa et des images éclaboussèrent ses rétines. Comme un murmure à son oreille, un souffle de satisfaction sadique balaya les clichés avant de lui laisser faire la mise au point sur une vision d'Envy, crucifié au mur, sa pierre philosophale en prise directe sur une machinerie infernale de tubes et de citernes.
Les visions le quittèrent aussi subitement, le laissant avec le souffle coupé et une nausée grandissante.
_ « Cet imbécile aurait pu faire tout capoter, murmura Arawn en étudiant la jonction entre son épaule et le port de son automail. Envy a toujours détesté perdre la vedette et le fait que ce soit toi qui la lui vole l'a poussé à me trahir et précipiter mes plans – pour la dernière fois.
_ Tu sais ce que j'en pense Arawn, intervint Dante. Envy a ses défauts mais il est redoutablement efficace en mission.
_ Nous reparlerons de la durée de sa punition plus tard, coupa Arawn. Ce n'est pas le sujet du moment.
_ Et c'est quoi le sujet au juste ? Cracha le jeune alchimiste.
_ Une petite remise à neuf.
_ Une quoi ?
_ Ma chère et tendre n'est pas particulièrement enthousiasmée par les automails, soupira Arawn en se relevant. Et puisque nous avons tes membres originaux sous la main, ça serait bien dommage de ne pas en profiter pour te les rendre.
_ Quelques centimètres en plus auraient été parfaits, murmura Dante en s'éloignant à son tour.
_ Ne t'inquiète pas, il a tous les centimètres qu'il te faut.
_ Mais allez bien vous faire foutre ! »
Leur rire fut la seule réponse qu'il obtint de leur silhouette s'éloignant. Arawn se contenta d'un signe de la main à une des blouses blanches avant de continuer sa route vers une des chaises dans le coin de la salle. Edward se brisa presque l'échine à observer les différents acteurs de cette pièce de théâtre tout à fait baroque – et rien de ce qu'il put apercevoir ne le rassura.
La salle était immense, arrangée comme un grand hangar épuré, croisement absurde entre un hôpital et un bunker. Plusieurs cylindres de stockage de pierre philosophale liquide encerclaient l'espace central où le cercle était dessiné, limitant tout juste l'invasion de tables, papier et verrerie de laboratoire qui débordaient des petites alcôves de travail ouvertes sur la partie centrale de la pièce et bordant la salle sur tous ses murs. Des pas pressés résonnèrent tout autour de lui en un ballet d'assistants, bloc note à la main, notant leurs derniers commentaires avant d'évacuer la surface du cercle, laissant place nette à deux alchimistes accroupis en périphérie.
_ « Non ! »
Wrath s'agita au-dessus de lui et une panique sourde s'empara alors d'Edward, telle une armée de mygales grassouillettes recouvrant son corps en un galop octopode, pressant le souffle hors de son thorax, forçant son cœur à palpiter dans une cavité soudain trop petite, écrasant sa gorge et assombrissant sa vision. Tout son corps immobilisé au sol en une courbe tétanisée, Edward hurla son impuissance, insultant Arawn de tous les noms avant que sa voix ne soit avalée par le vrombissement menaçant de la transmutation.
Des gerbes d'énergie s'élevèrent du sol tout autour de lui, la lumière blanchissant à mesure que les mécanismes sur lesquels il avait travaillé avec Mustang s'enclenchaient avec succès. Alors que le plafond disparaissait sous une lumière aveuglante, les mygales de sa terreur s'envolèrent comme une volée d'étourneaux, ne laissant sur sa peau que la trace incandescente de leurs pattes velues, telles des milliers d'aiguilles chauffées à blanc qui s'enfonçaient désormais dans sa chair. Le sol sur lequel il était enchainé se dissipa sans le libérer de ses entraves et il sentit le moment exact où l'attention de l'alchimiste aux commandes se tourna sur sa tâche, comme le chirurgien plaçant la première incision une fois le patient sédaté, l'espace de travail stérilisé et ses outils en ordre de bataille.
Et la première incision fut impitoyable – brûlant sa chair et exerçant une traction déterminée sur ses automails, comme un ivrogne sur le tire-bouchon.
Si la pose de son automail et la jonction de chacun de ses nerfs avait pu être désagréable, ça n'était qu'un vague inconfort face à la douleur qu'il ressentit lorsque, d'un coup sec, chaque nerf fut étiré jusqu'à ce que la soudure de Pinako ne cède.
La douleur le transperça de part en part, lui arrachant un cri d'agonie – auquel Wrath répondit en un écho assourdissant. Il ne voyait pas l'homonculus, pas plus qu'il ne pouvait le sentir, mais sa douleur était juste là, sa respiration erratique gonflant ses poumons comme s'ils avaient été branchés sur la même machine infernale. Ses automails s'envolèrent et il sentit la présence de la Porte pour la première fois, grondant dangereusement sans pour autant l'atteindre.
Les nerfs à vifs – littéralement – et les pensées assommées par la douleur, Edward retint son souffle en une inspiration surprise lorsque l'espace pivota vivement sur un axe incertain, puis un deuxième avant que la gravité ne retrouve une direction stable, le laissant debout, immobilisé par des liens invisibles comme un papillon crucifié sur un tableau de liège. La présence de la Porte avait disparu.
Bien loin de pouvoir s'en réjouir, Edward se tordait désormais sous la douleur sans pouvoir trouver de position plus confortable. Son épaule et sa jambe le brûlaient aussi violemment que si on lui avait rincé la plaie à l'acide, la douleur était insoutenable, presque assez pour lui faire considérer une mort rapide afin d'abréger des souffrances. Il allait implorer sa mise à mort lorsqu'une pression vint soudain tamiser la douleur. Il tourna la tête afin d'identifier la cause de ce moment de répit salvateur.
Dans le blanc éblouissant de l'espace calfeutré dans lequel il agonisait deux secondes plus tôt, Edward ne trouva rien d'autre que cinq doigts de chair et de sang le long d'un bras finement musclé. La vue l'aurait certainement rempli de soulagement dans un autre contexte, mais revoir sa propre chair après tant d'années lui glaça l'échine.
Quelque-chose grouilla là où les ports de ses automails se trouvaient jadis et un éclair de douleur lui saisit chaque cellule de son corps alors que la transmutation se chargeait de fusionner deux morceaux aux bords élimés par le temps et les chirurgies successives. Lorsque la douleur s'estompa enfin, ce fut pour laisser place nette à une myriade de petits inconforts dont il ne pouvait se défaire, comme si on lui avait greffé deux sacs de charbon incandescent, trop lourds, trop chauds, trop grands et lui envoyant beaucoup trop d'informations que son cerveau n'arrivait pas à interpréter.
Le battement de cœur suivant, une vague de fatigue couvrit sa vision d'un voile sombre. Une palpitation de plus et son ouïe l'abandonna en un sifflement strident. Une contraction de plus et tout son corps ferma boutique, laissant le temps à son cerveau anoxique de formuler une dernière pensée paniquée avant de le mettre hors ligne.
Roy !
Allez, on va essayer de faire au moins aussi bien pour la date de publication du prochain chapitre, parce qu'il y a décidément beaucoup trop de cliffhanger dans ce chapitre... Heureusement je sais que je peux compter sur ma bêta pour sortir le fouet et me forcer à tenir ma promesse (oh mais que vois-je à l'horizon? un gros nuage qui me promet quelque chose ? De la douleur et des regrets ? oh ouiii)
Des poutoux.
A la prochaine!
