Carte 25 : Saïro

« Ça va aller Sora, le poison a été enlevé, tu ne risques plus rien. Par contre, pour ton bras cassé, il faudrait des soins plus puissants. »

Sora regarda Tidus alors que celui-ci fouillait avec application dans l'une de ses poches. Il fit une grimace. Il avait bien cru y passer cette fois, le temps que Merlin et Donald lui procurent les premiers soins, le poison avait gagné presque la totalité de son bras et faisait route vers le cœur, sa destination finale.

Il se ravisa en voyant que Kaïri était au bord des larmes. Il sourit en se redressant plus vite qu'il ne l'aurait dû tout en disant d'une voix forte : « Oh tu sais, moi, ce n'est pas une si petite blessure qui aura raison du grand Sora !

- Mais oui, mais oui ! », marmonna Tidus, « mais où est-ce que j'ai bien pu mettre ça ?

- Qu'est-ce que tu cherches ? », lui demanda Dingo, intrigué par le curieux manège du garçon fouillant méthodiquement toutes ses poches, même les plus petites (au nombre incroyable de 9, juste pour le blouson qu'il portait !)

« Un remède ! Un remède digne de ce nom !

- Dis tout de suite que les nôtres sont peu efficaces ! », ronchonna Merlin qui était susceptible sur le sujet.

« Mais non, mais non ! Mais il semblerait que vous ayez utilisé toutes vos réserves de magie pour endiguer le poison ! Et puis, on ne va pas laisser Sora souffrir comme ça ! »

Sora jeta un rapide coup d'œil vers Kaïri qui s'inquiétait encore plus.

« Ne dis pas ça Tidus, je suis solide comme un roc !

- Et mou comme un gros morceau de guimauve », lui lança Riku en souriant, heureux de voir que son ami puisse encore faire le fier après ce qu'il avait subi.

- Que celui qui a besoin de la Keyblade des autres pour pouvoir se battre contre une simple plante verte se taise, je n'ai pas de compte à lui rendre.

- Ce n'est pas une plante verte, mais un Xilommid ! », le reprit Tidus, attaquant les poches de son pantalon.

« Oui, c'est vrai que j'ai eu besoin de ta Keyblade ! On ne va pas en faire tout un plat ! Ce n'est pas comme si je te l'avais volée que je sache !

- Alors Riku !! » , lui lança Sora avec une voix posée et étrangement calme, « en parlant de ça, elle est bien, Ultima, hein ?

- Pas mal.

- Comment ça « pas mal » ?! Je suis un Priant de tout premier ordre moi, je suis non seulement « pas mal », mais aussi « extraordinaire », « super génial », « méga classe », « trop fort », et « indubitablement le meilleur de votre équipe » !

- Tidus… Je ne te voyais pas comme ça…. », dit Sora d'une voix déçue.

« Comme quoi ? », demanda l'intéressé en terminant son check up complet pour la troisième fois.

« Quelqu'un de si prétentieux. », dirent Riku et Sora en même temps.

L'autre se releva, sortant d'une poche par miracle oubliée, leur mettant sous le nez une fiole remplie de liquide suspect et d'une couleur oscillant entre vert et bleue, indéterminée et d'une consistance à faire peur.

« Réaliste, je suis réaliste. Regardez ça !!

- Ah… Tu as réussi à prélever un morceau de l'Alankal ? », demanda Sora, cherchant à éloigner cette horreur le plus loin possible de lui.

« Ben non voyons, ça, c'est la potion que tu vas boire !

- La… Quoi ?...

- C'est super ça, c'est une recette fabriquée spécialement pour les gros traumatismes par une personne experte dans son domaine, Lulu !

- Lulu ?...

- Une experte en magie noire.

- Tu ne me feras jamais boire ça.

- Alors souffre en silence, cher maître ! », dit Tidus en lui offrant un sourire lumineux et en rangeant la fiole dans sa poche droite niveau inférieur de son blouson.

Riku s'avança vers Tidus et fourra sa main dans sa poche pour en retirer la fiole.

« Ehh !! », s'exclama celui-ci surpris, « rends-moi ça !!

- Tu vas boire ça et qu'on en parle plus, tu vois pas que tu fais peur à Kaïri avec ton bras tout déformé ?!

- Non ! Riku ! Je veux pas ! C'est immonde ce truc !!

- Tu vois, il en veux pas, rends-la moi, je la ressortirais pour les grandes occasions ! »

Riku pinça le nez de son ami et lui fourra le breuvage dans la bouche alors que celui-ci essayait de reprendre sa respiration. Sora s'étouffa, prit un air écoeuré et d'un coup, avala, étonné.

« Ce… C'est plutôt bon en fait, ce truc !

- Ben Lulu, elle ne fabrique pas que des sorts de magie noire visant à faire exploser les ennemis ! Qu'est-ce que tu croyais !?

- Vu la couleur…

- C'est la même que l'étang de Sélénnos ! Il est très réputé à Spira pour sa beauté !

- Si tu le dis… Tu en as d'autres sur toi, des flacons de cette mixture ?

- Non, malheureusement, c'était le dernier… Saïro adorait ça.

- Le pauvre… »

Ils éclatèrent tous de rire alors que progressivement, le bras de Sora retrouvait sa souplesse et sa forme qui lui était propre.

« Génial !! », s'écria-t-il « je n'ai plus mal !! Merci Tidus !

- il n'y a pas de quoi, c'est normal. »

Sora se releva rapidement. Rester à terre ne lui ressemblait pas. Il s'étira. Il se sentait encore un peu engourdi mais ça allait passer rapidement. Il regarda le décor qui s'étirait devant lui, égal et redevenu lui-même depuis que Riku et Ultima avaient abattu la menace de l'Alankal.

Merlin avait donc eu raison, en libérant l'esprit guerrier des épées légendaires, on pouvait tuer les esprits que le Kingdom Hearts avait pris pour assurer sa protection. Il avait été plus qu'étonné de voir que son ami avait pu lui aussi être l'élu d'Ultima. Une épée douée de raison pouvant décider de son porteur, c'était une chose extraordinaire.

Il jeta un regard vers Tidus qui relaçait machinalement ses chaussures.

Un geste d'humain, un geste automatique, étrange pour un objet.

Non, lui, c'était plus qu'un simple objet, c'était son épée, et même plus, c'était son ami.

Etrange comme pouvaient être les choses, cet équilibre toujours maintenu entre les éléments qui fondaient le monde. Un équilibre révoltant qui se permettait de sacrifier des gens pour en faire des objets, les privant de leur liberté.

Tidus en était l'exemple parfait, avec sa force surpuissante qui le rendait étranger à tout ce qui pouvait être vivant, et pourtant, gardant en lui des attitudes, des expressions, des pensées qui faisaient de lui un être plus humain que n'importe qui en ce monde où la félicité éternelle avait été dérangée que lorsque cette créature avait posé le pied dans cette ville.

Il ne devait pas se laisser dépasser par ce genre de pensées, il trouverait un moyen, il y en avait sûrement un.

Il se retourna vers ses amis qui attendaient les prochaines consignes. Il fut surpris de ça. Alors finalement, il redevenait naturellement ce qu'il n'aimait pas être, celui qui donne les ordres, celui qui commande, celui qui se doit d'avoir réponse à tout, de montrer l'exemple en toutes circonstances. Il aurait espéré que la présence du Roi ou de Riku change la donne. Mais il fallait se rendre à l'évidence, Riku ne pourrait jamais faire ça, lui qui hésitait toujours à rappeler combien ce qu'il avait fait leur avait coûté à tous, ce ne serait certainement pas lui qui imposerait sa volonté au reste du groupe. Quant au Roi, depuis la disparition de sa terre, c'était devenu quelqu'un à défendre comme les autres, ayant perdu son statut de protecteur des mondes en même temps qu'il avait appris que cette fois, il ne pourrait pas agir, sa Keyblade ne lui permettant pas de se battre d'égal à égal avec les Alankals.

Il devait donc une fois de plus reprendre le rôle que l'on lui assignait toujours en raison du choix de sa Keyblade pour une personne faible et pourtant inexpérimentée.

« Allons dans le premier quartier, j'ai des amis là-bas, ils se feront un plaisir de vous offrir le gîte. Vous serez à l'abri avec eux, cette ville n'est pas très grande, mais on a vite fait de s'y perdre quand même. Quand on sera là-bas, on pourra se reposer. »

Les autres acquiescèrent, il remarqua pourtant le regard inquiet de Riku. C'est vrai, ils devaient se dépêcher, pour cette personne qui semblait être quelqu'un de précieux pour lui.

Alors ils feraient vite. Il prit un pas rapide, se dirigeant aisément dans ce monde qu'il avait fini par connaître par cœur. Kaïri avait l'air de l'apprécier, s'extasiant devant toutes les illuminations qui charmaient quotidiennement les rues de la ville. Il entreprit de lui faire un rapport détaillé sur le fonctionnement de la citée, elle l'écouta attentivement, l'arrêtant de temps à autre pour lui demander plus de détails qu'il s'empressait de lui donner avec joie. Parler d'autre chose, ça lui faisait du bien.

Ils arrivèrent vite dans le second quartier plus calme et moins animé que le troisième, avec son hôtel bien tenu et ses échoppes débordantes de marchandises luxueuses. Enfin, il poussa les portes du premier quartier où se trouvait la maison qu'il cherchait, celle de cet homme si habile de ses mains qu'il avait fabriqué un jour une marionnette douée de vie et qu'il considérait comme son propre fils, Geppetto.

Celui-ci était en train de remonter le rideau de sa petite boutique quand il vit arriver vers lui le garçon qu'il connaissait bien. Il s'écria à sa vue : « Sora ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ?! Oh !! Mais ce sont aussi Donald et Dingo et… »

Il retint ses paroles à la vue de Riku. Ce garçon, s'était celui qui lui avait pris son fils alors qu'ils avaient été avalés par la baleine Monstro.

Riku détourna les yeux. Lui aussi s'en rappelait, et même très bien, il avait même osé dire qu'il valait mieux sacrifier le cœur de cette marionnette pour sauver celui de Kaïri.

« C'est mon ami Riku !! Vous le reconnaissez ?!

- Ou… Oui ! Je le reconnais, oui !

- Tu vois Riku ! Il se souvient de toi ! », dit-il d'une voix enjouée alors que son ami relevait un peu la tête avec timidité, « Monsieur Geppetto, où est Pinocchio ?

- Oh ! Il est allé faire des courses pour moi, il rentrera bientôt, mais dites-moi plutôt ce que vous faites ici !

- Nous sommes venus vous demander s'il vous serait possible de nous héberger mes amis et moi ! Je m'excuse d'arriver comme ça à l'improviste, et je sais que nous sommes nombreux mais pourriez-vous…

- Il n'y a pas de problème Sora, je te dois bien ça ! Entrez ! Entrez ! Mon atelier est petit mais j'ai des chambres à l'étage ! Venez ! »

Il se retourna et entra dans sa boutique, tenant la porte à ses invités. Le petit magasin sentait le bois et était bourré d'objets plus jolis les uns que les autres.

« Comme c'est beau !! », lui dit Kaïri avec émerveillement, « c'est vous qui avez fabriqué toutes ces merveilles ?

- Oui, je suis menuisier !

- C'est bien plus beau que ça ! Tous ces jouets ! Hi ! Hi ! Hi ! C'est Sora qui doit être content ! Il adore tout ça !

- C'est vrai ? Ça me fait plaisir, les enfants d'aujourd'hui ne jouent pratiquement plus avec toutes ces vieilleries.

- Moi aussi je les adore ! C'est magnifique grand-père ! »

Le rose monta aux joues du vieil homme. Il avait peu de compliments de ce genre, surtout venant de personnes aussi jeunes, il se contentait d'appliquer son art sur le moindre morceau de bois le sculptant avec application. Le reste venait seul, les formes, les mécanismes, tout s'assemblait pièce par pièce jusqu'à prendre vie sous ses doigts d'orfèvre minutieux.

Riku détailla la pièce avec étonnement. Cette petite échoppe ressemblait à celle que tenait Mira, simple et pourtant si accueillante… Le vieil homme les précéda à l'étage, leur donnant avec plaisir des petites chambres à deux lits, ne comptant pas, donnant seulement de bon cœur.

Comme il s'en voulait… A lui aussi, il avait fait du mal. Il l'avait rabaissé comme jamais, lui qui considérait une petite marionnette comme son propre fils. Maintenant, il avait l'air noble, comme Mira, bien plus que lui ne le serait jamais.

Le Roi se tint à côté de lui, remarquant son air sombre et son air triste.

« Ne détourne pas la tête Riku, regarde toujours devant toi. Ce ne sera pas facile, mais si tu fais des efforts, je suis sûr que tout ira bien.

- Vous avez sans doute raison, je dois faire des efforts. Vous savez, moi non plus, je ne suis pas très fort… Pour tout ça.

- Et bien les voyages forment la jeunesse », dit Tidus en passant et en lui tapant dans le dos brusquement, « enfin, c'est ce qu'on dit ! »

Il courut vers Donald et Dingo qui venaient de trouver dans l'atelier une petite poupée mécanique à remonter. « Oh ! Qu'est-ce que vous avez trouvé ?! »

Le Roi soupira et secoua la tête. Vraiment, il ne comprendrait jamais le caractère d'Ultima, si insaisissable. Il regarda Riku d'un air désespéré.

« Promets-moi une chose, celle que l'âme d'Ultimécia ne soit jamais comme ça !

- Majesté ! Il faut que je vous dise… Tout à l'heure… Point du Jour, ce n'est pas elle qui est venue.

- Qui alors ? C'est bien une Keyblade qui est apparue !

- Oui, mais ce n'était pas la mienne… Ou du moins, pas celle que je connais… Celle-ci avait l'air si… Mourrante… Aucune vibration ne me parvenait, rien, je ne sentait rien venant d'elle. C'est pour ça que je n'ai pas pu sceller la serrure… Je ne pouvais pas… Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais ça va poser un sérieux problème si Point du Jour se remanifeste de cette manière…

- Tu en as parlé avec Sora ?

- Non… Je ne veux pas l'ennuyer avec ça… Et puis, je doute qu'il puisse faire quoi que ce soit.

- Et Mira ? Qu'a-t-elle dit à ce sujet ?

- Rien, je lui ai montré Point du Jour, et à ce moment là, elle était comme d'habitude.

- Tu en es sûr ?

- Certain.

- Ellendora est le monde où vit Mira, je crois…

- Oui.

- C'est là-bas que tu veux aller ? Pour cette personne, Loup, c'est ça ?

- Oui.

- Alors tu devrais lui demander conseil, Mira est une Alankal très ancienne, elle fut la conseillère de plusieurs générations de rois du Royaume de la Lumière, elle connaît pratiquement tout ce qu'il faut savoir sur les élus et leurs Keyblades, elle en a guidé plus d'un. Moi, je ne sais que ce qui était écrit dans les livres à la bibliothèque du Royaume, et ce que j'ai découvert en voyageant. Mais c'est vrai que mon savoir est limité. Et puis, je sais qu'Ultima a raison sur un point, si j'avais passé plus de temps à essayer de comprendre ce que peuvent ressentir les gens au lieu de me contenter de lire des rapports sur eux, jamais une telle tragédie ne serait arrivée, peut-être… Peut-être que j'aurais pu arrêter Saïro avant qu'il ne commette l'irréparable.

- Vous avez bien connu Saïro ?

- Oui, un élu comme il n'y en avait jamais eu auparavant au Royaume de la Lumière, un géni. Il fut élu à 10 ans à peine, il a sauvé les mondes des ténèbres plusieurs fois. C'est lui qui est à l'origine d'Ultima et d'Ultimécia. Son pouvoir était immense, même sans ses épées, il pouvait mettre en déroute des armées entières de Sans-Cœurs… Il a aussi créé les Orbes d'invocation, ce qui a permis à Sora de ressusciter les mondes détruits à partir de l'âme du cœur le plus puissant des terres disparues.

- Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! En effet, il avait l'air fort… Vous savez, je ne sais pas si on y arrivera, à côté de lui…

- Ne dis pas ça ! Saïro était Saïro, vous, vous êtes vous ! Vous prenez des chemins différents mais à l'arrivée, le résultat est le même ! Vous avez prouvé de nombreuses fois que vous n'avez rien à envier à Saïro. Vous êtes ses successeurs, mais aussi des Porteurs de Keyblades à part entière qui peuvent garder la tête haute. Moi, je sais très bien ce que vous valez, vous nous valez tous et même plus.

- Merci…

- Je le pense !

- Dites-moi, vous auriez…

- Une photo ou quelque chose de ce genre ?

- Non, désolé, il n'a jamais voulu qu'on le… Oh ! Si ! Peut-être ! J'ai ça ! »

Le Roi fouilla dans l'une des poches de son habit royal pour en retirer un petit carnet de cuir relié. Il l'ouvrit et en tourna les pages avec application jusqu'à en sélectionner. Il tendit le livret à Riku.

« C'est le journal de mon père, ses écrits. C'est lui sur la photo, Saïro est là, à côté, la seule fois où il a accepté, c'était pour cette photo officielle, juste celle-là. »

Les yeux de Riku s'agrandirent. Cette personne… Alors c'était lui, l'ancien porteur des Keyblades légendaires Ultima et Ultimécia ?!

A côté du Roi, il y avait un jeune homme à l'air plutôt fin, à la peau très blanche, presque transparente, les mains croisées sur sa poitrine, la tête légèrement inclinée sur le côté, ses lèvres étirées en un sourire timide. Il avait des cheveux longs et bleus, retombant sur ses épaules et les recouvrant comme un vêtement, deux longues mèches passaient devant ses épaules et encadraient un visage à l'ovale parfait, retenues par ce qui semblait être deux enclaves argentées emprisonnant les mèches en leur centre, comme des perles passées dedans. Il avait une frange masquant son front, séparée en deux par un épi central qui faisait dévier les mèches de chaque côté de son front, descendant le long de ses tempes jusqu'à son menton. Il était vêtu de noir de la tête aux pieds, l'un de ses bras recouvert par un amalgame de sangles remontant jusqu'à son épaule droite. Autour de son cou, il reconnut cette pierre rouge que Mira lui avait confiée. Il remarqua alors ses yeux, des yeux dorés et mélancoliques, formant un regard qu'il n'avait jamais oublié pour l'avoir croisé une fois dans les dédales de la citée perdue, Illusiopolis. Cet homme avait alors une physionomie qui ressemblait à celle-ci, s'y rapprochant un peu mais ne le caractérisant pas, parce que c'était toujours comme ça que ça marchait, il l'avait compris en combattant le double blanc de Sora, son Simili Roxas. Des sentiments similaires, une forme différente revêtue par le corps au moment de la mort du cœur, une simple enveloppe qui se reconstituait selon le bon vouloir du Kingdom Hearts qui les façonnait d'après l'image qu'il avait d'eux.

Oui, il en était sûr, il avait déjà rencontré le propre Simili de Saïro en la personne tant redoutée et pourtant si écorchée qu'avait été l'ombre de Xemnas, celui qui se cachait toujours et ne souhaitant qu'une chose, que tout cela se termine très vite afin de pouvoir retrouver ce qu'il désirait depuis longtemps. Cet homme, c'était celui que Xemnas avait surnommé de manière dédaigneuse Saïx.

Sora l'avait combattu, il était si fort qu'il avait presque failli perdre, son adversaire dominant complètement le combat, d'une force et d'une rapidité démente. Il n'avait dû son salut qu'à un acte que lui seul avait surprit, alors qu'il ne pouvait rien faire pour aider son ami, il avait vu le Simili laisser tomber son arme au moment où Sora s'était élancé sur lui, il s'était laissé frappé de la lame de sa propre Keyblade, renonçant alors à ce qu'il désirait le plus au monde.

Il était mort ainsi, en levant son regard mélancolique, imprégné d'une tristesse infinie vers ce royaume maudit qui l'éclairait de sa lumière blafarde et laide, riant de lui, de l'avoir transformé ainsi, en pantin désarticulé pleurant sans cesse avec tout ce qui pouvait lui rester de lui.

Il avait compris ce geste parce qu'auparavant, il avait combattu le Simili de Sora. Parce que Roxas était aussi vrai que Sora lui-même, parce que les Similis, quoique l'on puisse en dire, avaient bel et bien un morceau de cœur en eux, parce qu'ils ressentaient les choses aussi humainement que s'ils étaient vivants, le Simili de Saïro avait choisi lui-même sa mort définitive, une mort sans espoir de renaissance, fidèle à ce rôle que l'on lui avait imposé depuis le début sans jamais lui demander son avis, il avait une fois de plus protégé la lumière. Parce que lui représentait désormais les ténèbres.

Une seule phrase était sortie de ses lèvres alors que cette illusion de carcasse délivrée par Kingdom Hearts redevenait poussière, il avait levé ses yeux dorés vers cette divinité de cauchemar et il avait hurlé son ultime souhait, celui qu'un Simili était condamné à ne jamais ressentir : « Kingdom Hearts, où est mon cœur ?! »

Riku baissa les yeux sentant son cœur se serrer. Jusqu'au bout, cette personne avait prié pour redevenir ce qu'elle était, pour qu'on lui rende enfin ce que tous lui avaient volé, son cœur. Il repensa à Loup qui avait perdu cet être cher à jamais, à sa peine si grande qu'elle cachait toujours sous son sourire distrait et à ses paroles polies. Savait-elle que jusqu'au bout, son frère avait souhaité revenir près d'elle ? Elle qui était son cœur ?...

Il murmura en se mordant les lèvres : « Pauvre Loup…

- Qui est Loup ? », demanda doucement le Roi Mickey alors qu'il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir pour la peine qu'il avait involontairement causée à son ami.

« Loup, c'est la sœur de Saïro… Sa petite sœur… »

Le Roi fit un bond en arrière et le regarda d'un air choqué.

« Saïro n'a jamais eu de sœur. »