Bonjour à toutes et tous,
Voici le 25ème chapitre de cette histoire.
Il n'est pas franchement joyeux puisqu'on arrive vers le point culminant pour Dean. Encore quelques chapitres et il remontera la pente.
J'espère que ce chapitre vous plaira.
Bonne lecture à tous !
Sydney8201
Musique du chapitre :
Full of Grace de Sarah Mc Lachlan
Chapitre 25 : Les adieux
« The winter here's cold and bitter. It's chilled us to the bone. We haven't seen the sun for weeks. Too long too far from home »
Dean avait ces paroles dans la tête depuis qu'il s'était réveillé dans le motel miteux où il avait réservé une chambre. Il se trouvait au Kansas depuis deux jours déjà. Mais il n'avait pas encore trouvé la force de faire ce pour quoi il était venu. En partant de chez lui, il avait laissé un mot pour Chris. « Parti voir Sammy. Je t'appelle. Ne t'inquiète pas ». Il n'avait pas appelé. Il n'avait même pas son téléphone avec lui. Il l'avait jeté dans une poubelle entre Los Angeles et Lawrence. Il n'en avait pas besoin.
Après sa discussion avec Castiel, le jeune homme avait démissionné de son travail, clôturé son compte à la banque et préparé des lettres pour chacun de ses amis. Il n'en avait écrit aucune pour Castiel. Il lui avait déjà tout dit.
Dean était à présent devant chez ses parents, à observer son frère et son père bouger à l'intérieur de la maison. Il faisait incroyablement froid dehors. L'hiver avait toujours été dur à Lawrence. Il avait fini par l'oublier avec le temps.
« I feel just like I'm siking. And I claw for solid ground. »
C'était une des chansons préférées de sa mère. ll ne l'avait jamais aimé. Elle était trop triste. Trop sombre. Et elle était trop proche de ce qu'il ressentait tous les jours. Mais depuis qu'il s'était réveillé, elle tournait en boucle dans sa tête. Il n'y avait pas repensé depuis tellement longtemps. C'était étrange ce qu'on finissait par oublier avec les années. Mais tout finissait forcément par revenir un jour. Et pour Dean, c'était aujourd'hui.
« I'm pulled down by the undertow. I never thought I could feel so low. »
Dean avait plus que jamais la sensation de se noyer. Dans ses problèmes. Dans ceux qu'il avait créés chez les autres. Dans son désespoir. Il coulait. Et il savait qu'il n'avait plus rien à quoi se raccrocher. Ce qu'il avait dit Castiel avait été un véritable déclic. Il avait voulu mentir à son ami pour le contraindre à partir et à le laisser tomber. Mais il s'était rapidement rendu compte qu'il disait la vérité. Il était mauvais pour les gens qui l'entouraient. Il était néfaste pour ceux qui lui étaient proches. Il les ferait couler avec lui. Et il le refusait. Bizarrement, tous ses efforts et ses faux espoirs de ces dernières semaines avaient été incroyablement faciles à effacer. Il avait oublié ses progrès et ses plans d'avenir. Il avait oublié Jamie et ce que son tuteur avait fait pour lui. Il était revenu plusieurs mois en arrière. Il aurait probablement du se sentir cerné de toutes parts. Mais c'était le contraire. Il se sentait étrangement libéré. Il était déterminé. Il allait mettre un terme à tout ça.
« Oh darkness, I feel like letting go »
Dean n'avait jamais été aussi sûr de lui de toute sa vie. C'était étrange comme sentiment. Il savait à présent qu'il avait toujours douté de tout auparavant. Mais pas cette fois. Il savait exactement ce qu'il devait faire. Lâcher prise. Laisser les ténèbres l'envahir. Il était prêt à se jeter dans le précipice et à le laisser l'engloutir entièrement. Il avait tout préparé. Il ne lui restait plus qu'à écrire la lettre qu'il enverrait à Jamie. Celle dans laquelle il s'excuserait de s'être joué de lui. Il le ferait probablement au dernier moment. Pour l'instant, il avait un dernier adieu à adresser. Le plus dur. Celui qu'il ne pouvait pas faire par écrit. Un adieu à son frère.
Dean leva les yeux vers la fenêtre de son ancienne chambre. Les volets étaient fermés. Il se souvenait parfaitement de l'endroit. C'était ici que son destin avait été scellé. Il avait retardé l'échéance mais il savait que sa décision avait été prise dans cette pièce. Au moment où son père avait jeté un regard plein de dégout sur lui.
La maison lui paraissait incroyablement peu accueillante dans la lumière des réverbères. Il l'observa dans son entier pendant de longues secondes avant de porter son attention sur la fenêtre de la chambre de son frère. La lumière était allumée et il pouvait voir Sammy passer devant à intervalles réguliers. Il devait probablement être en train de travailler. Dean sourit.
« If all the strengh and all of the courage come and lift me from this place, I know I could love you much better than this »
Dean aurait aimé être un meilleur grand frère pour Sammy. Il savait que si les choses avaient été différentes, que s'il n'avait pas été gay et rejeté par ses parents, il aurait probablement pu être quelqu'un de meilleur. Il aurait pu être à ses côtés et le voir grandir. Il aurait pu rester auprès de lui et le guider. Ou peut-être aurait-il simplement suffi qu'il soit plus courageux et plus fort. Il ne préférait pas se poser la question. Parce qu'il était sur le point de faire faux bond à Sam. Il était sur le point de le décevoir à nouveau. Il allait l'abandonner. Mais il le faisait aussi pour lui. Ce n'était pas uniquement parce qu'il n'avait plus envie de vivre. C'était parce qu'il ne le pouvait plus. Sa mort règlerait tous ses problèmes. Il satisferait Michael et mettrait un terme à la vengeance qu'il avait planifié. Il libèrerait Chris et Steve. Il épargnerait à Castiel de se sentir obligé de l'aider encore et encore. Et cela offrirait à Sammy un avenir loin des problèmes de son grand frère, loin de l'ombre et de la honte qu'il avait jeté sur leur nom de famille.
« Full of Grace. Full of Grace. My love »
Dean aperçut une nouvelle fois son frère à la fenêtre. Il était si différent de lui. Le jeune homme ne s'en était pas rendu compte jusqu'à récemment. Ils n'avaient rien en commun. Sam était brillant, intelligent et incroyablement brave et courageux. Il avait la vie devant lui et il accomplirait probablement de grandes choses. Dean n'avait jamais rien fait de significatif. Il ne laisserait rien derrière lui. Il n'était ni particulièrement brillant, ni particulièrement intelligent. Il n'était certainement pas courageux. Il avait brisé sa famille et il ne pourrait jamais se le pardonner.
« It's better this way. I said »
Dean savait que tout irait mieux pour tout le monde une fois qu'il ne serait plus là. Il avait tenté de croire le contraire. Mais il devait se rendre à l'évidence.
« Haven't seen this place before. Where everything we say and do hurts us all the more »
Plus les jours passaient et plus le jeune homme se rendait compte de ses erreurs. Il avait beau parler avec ses amis, il avait beau faire ce qu'on lui conseillait, il en ressortait toujours avec de nouvelles blessures. Son cœur avait été brisé une fois de trop. Il ne voyait aucune issue. Il n'existait aucune solution miracle. Il regrettait simplement d'avoir attendu aussi longtemps. Il aurait probablement du le faire plus tôt.
« It's just that we stayed, too long, in the same old sickly skin »
Il avait dit et répété qu'il n'avait rien à offrir. Il était vide, brisé, mort. Il n'y avait rien à sauver, rien à garder. Aucune fondation suffisamment solide pour se reconstruire. Il pouvait sentir ce néant à l'intérieur de lui grandir plus encore au fil des minutes. Il allait le laisser avoir le dessus. Il n'avait plus besoin que de quelques instants de plus. Suffisamment pour dire adieu à son frère. Ensuite, il lui laisserait le champ libre. Il ne reviendrait pas en arrière. Cette fois, il ne laisserait personne le convaincre qu'il fallait garder espoir.
« I'm pulled down by the undertow. I never thought I could feel so low. Oh darkness I feel like letting go »
Dean continua d'observer la fenêtre de la chambre de son frère. Il savait exactement ce qu'il voulait lui dire. Il avait déjà tout préparé. Mais il n'arrivait pas à franchir les quelques mètres qui le séparaient de la maison. Il ne trouvait pas le courage de frapper à la porte. Il redoutait que Sam lise clair dans son jeu et découvre ce qu'il projetait. Il aurait aimé pouvoir lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur avec une lettre. Mais il savait qu'il n'en avait pas le droit. Il lui devait de le faire face à face. Sam méritait plus que quelques mots écrits à la hâte.
« If all the strengh and all of the courage come and lift me from this place, I know I could love you much better than this. Full of Grace »
Dean prit une grande inspiration puis se dégagea de l'arbre contre lequel il avait pris appui. Il n'avait pas le droit de reculer maintenant. Il ne pouvait pas prendre la fuite. Il lui restait une dernière étape à franchir et il allait le faire. Même si c'était sans nul doute la plus dure de toute.
« I know I could love you much better than this. It's better this way »
Dean remonta l'allée qui menait à la maison, la tête baissée pour ne pas voir son père à travers la fenêtre. Il allait devoir l'affronter pour pouvoir parler à Sam. Mais il ne pouvait pas le regarder vaquer à ses occupations comme si de rien n'était. Comme si son fils n'était pas sur le point de se suicider. Comme si ce n'était pas en partie sa faute. C'était plus que ce qu'il pouvait supporter. Il ne releva la tête que lorsqu'il fut arrivé devant la porte. Il frappa une fois puis attendit. Il pouvait entendre des bruits de pas à l'intérieur et il recula légèrement. Autour de lui le vent soufflait dans les arbres arrachant au passage les rares feuilles qui y étaient encore accrochées. C'était un paysage triste. Mais c'était aussi un paysage magnifique. Dean l'aimait parce qu'il lui ressemblait.
Le jeune homme fut tiré de ses songes quand la porte d'entrée s'ouvrit enfin sur son père. John Winchester avait considérablement vieilli en deux ans. Dean s'était déjà fait la réflexion quand il l'avait vu à l'hôpital. Mais c'était encore plus flagrant en le voyant chez lui. Dans un environnement familier. Si le jeune homme avait pu l'imaginer comme un inconnu dans un endroit qu'ils ne connaissaient ni l'un ni l'autre, ici il redevenait son père. Celui qu'il avait voulu rendre fier quand il était gosse. Celui qu'il avait déçu une fois adolescent. Son visage était marqué par les épreuves traversées, ses yeux assombris par la froideur et la méchanceté dont il avait fait preuve. Ses cheveux étaient plus gris que noirs. Il n'avait plus rien de l'homme effrayant que Dean avait laissé derrière lui. Il n'était plus qu'un homme qui avait perdu sa femme et était sur le point de perdre ses deux fils. Il n'était plus rien.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda John quand il le reconnut.
Dean fut surpris de constater qu'il n'avait plus peur de son père. Il le trouvait triste et vieux. Lui qui l'avait longtemps terrifié quand il était plus jeune n'était plus rien d'autre qu'un homme blessé par la vie.
- Je suis venu voir Sam, répondit Dean en jetant un coup d'œil par-dessus l'épaule de son père dans l'espoir d'apercevoir son frère.
Mais le salon était vide. Le jeune homme soupira puis reporta son attention sur John. Il pouvait lire de la haine dans son regard. De la colère aussi. Mais il s'en fichait. Il avait accepté le fait que son propre père puisse le détester.
- Hors de question. Je ne te laisserais pas parler à ton frère.
- Tu as peur que je puisse l'influencer ? Le rendre gay simplement en discutant avec lui ? Je t'en prie. Même quelqu'un comme toi doit savoir que c'est impossible.
- Tu crois que tu peux débarquer ici après tout ce que tu as fait et demander à voir ton frère comme si c'était parfaitement normal ?
Dean serra les poings en entendant les accusations de son père. Ce qu'il avait fait ? Il estimait de ne rien avoir fait de mal. Il s'était contenté d'accepter celui qu'il était et de tenter d'être heureux. Il n'avait pas cherché à blesser qui que ce soit. Il savait que son père le considérait coupable de tout ce qui avait pu arriver dans sa vie. Et il voulait bien assumer sa part de responsabilité. Mais il refusait d'être le seul à le faire.
- Ce n'est pas à toi de décider qui Sam peut voir ou non. Tu ne crois pas que tu en as déjà assez fait ? Tes deux fils te détestent et ta femme a préféré mourir plutôt que de vivre avec toi ! Qu'est-ce que tu veux de plus ?
- Je veux que tu sortes de ma vie et de celle de ton frère !
- Oh t'en fais pas pour ça, je ne serais bientôt plus qu'un mauvais souvenir pour toi.
John fronça les sourcils, visiblement surpris par les propos de son fils. Dean ne savait pas trop pourquoi il s'embêtait à lui parler. Mais à bien y réfléchir, il avait également des comptes à régler avec son père. Et c'était sans doute le moment ou jamais.
- Et puisqu'on en est à se parler franchement, permets-moi de te dire que je te déteste au moins autant que tu me détestes. Mais moi, j'ai de bonnes raisons de te haïr. Tu m'as mis à la porte de chez moi … tu m'as jeté à la rue simplement parce que j'étais différent de ce que tu aurais voulu que je sois ! Tu as une idée de l'impact que cela a eu sur ma vie ? Tu te rends compte à quel point tu m'as brisé en agissant de la sorte ? Non. Bien sûr que non. Tu t'en fiches. Et plus j'y réfléchis, plus je me dis que tu n'en as jamais eu grand-chose à faire de moi hein ? Tu as du te sentir drôlement mieux une fois que tu as pu me mettre à la porte !
John secoua la tête.
- L'homosexualité est un péché et je refuse qu'un de mes fils s'en rende coupable sous mon toit. J'aurais préféré que tu ne sois jamais né plutôt que de te voir dans les bras de ce … de ce dégénéré qui t'a corrompu.
Dean pouvait accepter les critiques le concernant. Il pouvait encaisser les insultes. Il se contrefichait de ce que son père pouvait penser de lui. Mais il refusait de l'entendre parler de Chris de cette manière. Pas après tout ce que le jeune homme avait fait pour lui. Pas après qu'il ait été le seul à l'accueillir à bras ouverts.
- Ne parle pas de lui comme ça … ne t'avise surtout pas de l'insulter. Chris a été … il a été mon seul ami et mon seul soutien durant ces deux années passées loin de chez moi. Tu te crois meilleur que lui mais tu ne lui arrives pas à la cheville !
John ricana une seconde avant de croiser ses bras sur son torse.
- Tu crois vraiment que tes propos ont une quelconque importance pour moi ? En ce qui me concerne tu n'existes pas … tu es mort, lança t-il en dévisageant Dean avec dédain.
- Tu ne crois pas aussi bien dire espèce d'enfoiré … mais ce que tu ne sais pas c'est que d'ici trois ans Sam fichera le camp d'ici sans se soucier une seule minute de toi. Et tu te retrouveras tout seul. Tu vieilliras et mourras seul dans cette maison. Et tu brûleras en enfer pour ce que tu as fait subir aux gens qui t'entouraient.
- Tu y brûleras aussi, rappela John.
Dean haussa les épaules.
- Ca nous donnera au moins l'occasion de discuter.
John secoua la tête, visiblement à court d'arguments ou juste de patience. Il tenta de refermer la porte de la maison mais Dean la bloqua du bras et la repoussa de toutes ses forces. Il vit son père reculer sous l'impact et il réalisa alors qu'il était plus fort que lui. Il aurait pu lui faire mal s'il l'avait souhaité. Et c'était une sensation étrange. Il avait toujours vu son père comme quelqu'un qui serait éternellement plus fort et plus solide que lui. Mais le rapport de force s'était inversé. Et il avait la sensation d'être brutalement tout puissant. Il choisit pourtant de ne pas en abuser et se contenta de maintenir la porte ouverte et d'appeler son frère. Ce dernier apparut en haut des escaliers au bout de quelques minutes. Il semblait surpris de voir le jeune homme chez lui. Il descendit le rejoindre rapidement et le suivit à l'extérieur sans même jeter le moindre coup d'œil à son père.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Sam.
Dean prit quelques secondes pour le regarder. Il était toujours aussi surpris de voir à quel point il avait grandi et changé. Il n'était plus le gamin qu'il avait laissé derrière lui. Il était un adolescent en plein croissance et qui était déjà presque aussi grand que lui. Son visage s'était affiné mais ses yeux étaient toujours les mêmes. Tellement différent de ceux de Dean. Ils étaient incroyablement vivants et brillants. Plein d'espoir et de joie.
- J'avais envie de te voir … de te parler. Tu peux venir un moment dehors avec moi ?
Sam jeta finalement un coup d'œil à son père mais ne lui demanda pas la permission de sortir. Il rentra dans la maison pour prendre sa veste et ses chaussures puis rejoignit Dean aussitôt. Derrière eux, John semblait totalement hors de lui. Dean lui adressa un petit sourire victorieux avant de s'éloigner de la maison, Sam sur les talons. Ils rejoignirent la route en silence. Le jeune homme cherchait le meilleur moyen de lancer la conversation qu'il avait besoin d'avoir avec son frère. Mais Sam lui coupa l'herbe sous le pied en prenant la parole.
- Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas appelé ? Si tu avais besoin de me parler, tu aurais pu me passer un coup de fil. Ca t'aurait évité d'avoir à le voir.
Dean haussa les épaules.
- Je me fiche complètement de lui. Il peut penser ce qu'il veut … dire ce qu'il veut. Je suis au dessus de tout ça. Et puis, j'avais vraiment besoin de te voir. Tu me manques.
- Tu me manques à moi aussi.
Dean enfonça ses mains dans ses poches et réfléchit à la meilleure manière de dire ce qu'il avait à dire sans paraître bizarre. Sam avait toujours su lire en lui comme dans un livre ouvert. Il pouvait sentir ses émotions et deviner ce qu'il avait dans la tête. Il devait se montrer suffisamment malin pour ne pas éveiller les soupçons de son frère. Il savait que ce ne serait pas simple.
- Tu sais ce que j'ai pensé quand Maman m'a dit que j'allais avoir un frère ? demanda t-il, choisissant finalement de se lancer.
Sam lui jeta un coup d'œil en coin avant de secouer la tête. Dean ne lui en avait jamais parlé. Mais il avait besoin de lui expliquer à présent.
- J'ai pensé que j'allais te détester. J'étais gosse alors je suppose que c'est normal mais … je croyais réellement que tu allais me voler mes parents … qu'à cause de toi je ne compterais plus vraiment pour eux.
- C'est souvent ce que pensent les aînés à l'arrivée d'un petit frère ou d'une petite sœur.
- Je suppose oui mais ensuite … ensuite Maman t'a mis dans mes bras et là j'ai pensé … je suis un grand frère. Je suis son grand frère et je dois tout faire pour le protéger.
Sam sourit en hochant la tête.
- Et tu l'as fait, assura t-il.
Dean eut envie de lui dire que ça risquait de changer mais il ne pouvait pas le faire sans lui dévoiler son plan. Il opta donc pour un sourire qui n'avait rien de joyeux et détourna les yeux de son frère pour regarder devant lui. Les rues étaient désertes dans leur vieux quartier. Tout était exactement tel qu'il s'en souvenait. Le lieu lui rappelait plus de bons souvenirs que son ancienne maison. Il s'était amusé ici. Principalement avec Sam. Parfois avec d'autres gosses du quartier. C'était non loin de là qu'il avait rencontré Chris. C'était ici qu'il avait vécu une bonne partie de sa vie et il trouvait symbolique le fait qu'il y revienne au moment où elle allait s'achever.
- Si je devais faire un bilan de ma vie, il n'y a qu'une seule chose dont je sais que je serais fier, avoua alors Dean.
- Laquelle ?
Dean tourna à nouveau le visage vers son frère. Il se demandait combien de personnes mis à part lui voyait l'incroyable potentiel qu'il avait. Les choses extraordinaires qu'il accomplirait un jour. Leur père n'en avait sans doute pas la moindre idée. Mais ça n'avait aucune importance. Car bientôt Sam les mettrait tous à ses pieds. John ne ferait pas exception.
- Toi, déclara Dean. Je serais toujours fier de toi.
Sam lui adressa un nouveau sourire et le jeune homme le savoura comme s'il s'agissait du dernier. Il ne voulait perdre aucune miette de ce dernier moment qu'il passait avec son frère.
- Et moi, je suis fier de toi, assura Sam.
Dean ne voyait pas pourquoi il l'était mais une nouvelle fois, il se garda bien de poser la question. Il s'avança jusqu'à un banc puis s'y assit et attendit que Sam en fasse de même. Ils restèrent ainsi en silence pendant de longues minutes avant que Dean ne se décide à reprendre la parole.
- Tu sais, j'ai toujours cherché à te protéger de tout et de tout le monde. Je ne voulais pas que tu souffres une seule fois dans ta vie. Ca m'était insupportable et … je suppose que je n'ai pas réussi aussi bien que je l'aurais voulu.
- Tu ne peux pas me protéger de tout Dean. Tout le monde souffre à un moment ou à un autre. Et puis, ça fait partie de l'apprentissage de la vie, je suppose.
- Je sais … c'est juste que … j'espère que j'ai été un bon grand frère pour toi.
- Le meilleur.
Dean acquiesça en baissant les yeux sur ses pieds. Il y avait tellement de choses qu'il aurait aimé pouvoir dire à son frère. Des conseils qu'il aurait voulu lui donner. Car il ne serait bientôt plus là et il aimait l'idée que Sam puisse repenser à ce qu'ils se seraient dit au moment où il serait confronté à de nouvelles épreuves. Mais il ne pouvait pas prendre ce risque non plus.
- J'imagine souvent le genre d'avenir que tu auras … et je t'imagine dans dix ou vingt ans. Marié. Père de deux enfants aussi brillants que toi. Tu auras quitté Lawrence parce que cette ville ne sera jamais à la mesure de tes ambitions. Tu vivras à New York et tu seras avocat. Ou médecin. Ou peut-être même président des Etats-Unis.
- Si c'est le cas, alors il faudra que je vive à Washington.
- Peu importe le lieu, ce sera forcément une grande ville … et tu seras quelqu'un de bien. Le meilleur. Tes enfants t'aimeront et te prendront pour modèle. Tu ne les abandonneras pas s'ils sont différents des autres. Tu ne seras pas comme Papa.
Sam se tourna vers son frère et s'assit en tailleur sur le banc. L'air était toujours froid autour d'eux mais Dean ne le sentait pas réellement.
- Je crois plutôt que je vivrais à Los Angeles … probablement juste à côté de chez toi … peut-être même dans la même maison. Tu seras marié aussi et tu seras ton propre patron. Mes enfants te préfèreront à moi parce que tu seras leur super oncle Dean et ils joueront tout le temps avec les tiens.
- Désolé de te décevoir mais aux dernières nouvelles, deux hommes ne peuvent pas concevoir d'enfants, plaisanta Dean dont la gorge s'était nouée en écoutant son frère lui décrire un avenir qu'ils n'auraient jamais.
- Tu en adopteras. Tu es fait pour être père. Après tout, c'est toi qui m'as élevé et le résultat n'est pas trop mal non ?
Dean sourit en hochant la tête. Il devait admettre qu'il était fier de voir ce que son jeune frère était devenu. Et il savait que c'était en parti grâce à lui. Mais il savait aussi qu'il ne serait jamais père. Il ne se marierait jamais. Il ne serait pas là pour voir son frère élever ses enfants. Ca aurait probablement du le rendre triste. Mais il ne l'était pas. Parce qu'il savait qu'en restant aux côtés de Sam, il finirait par le décevoir. Le jeune garçon verrait un jour ce qui se cachait derrière son masque et il prendrait la fuite. Il découvrirait la noirceur que Dean camouflait devant lui. Il préférait s'en aller pendant que son frère avait encore une bonne opinion de lui. Il ne supporterait pas de lire la déception dans ses yeux.
- On vieillira ensemble tous les deux. Et quand on sera à la retraite, on jouera aux cartes en refaisant le monde. On ira pêcher et on parlera de tout et de rien. Je suis sûr qu'on s'amusera bien ensemble, raconta Sam d'un air pensif.
C'était un joli rêve. Mais il n'avait rien de réaliste. Dean le savait. Et il sentit les larmes abonder dans ses yeux quand il réalisa à quel point son frère y croyait. A quel point cela semblait important pour lui. Il détourna aussitôt les yeux mais Sam était observateur. Il sentit le changement d'humeur de son frère et lui attrapa aussitôt le bras.
- Tu pleures ? demanda t-il, inquiet.
Dean secoua la tête en s'essuyant le visage de sa main libre.
- Non … c'est … c'est une bien jolie histoire Sammy. Elle me plait.
Il aurait voulu être plus convaincant. Il aurait voulu trouver les mots justes pour convaincre son frère que tout allait bien. Même si c'était un mensonge. Il ne voulait surtout pas que Sam se doute de quoi que ce soit. Il voulait discuter avec lui puis le quitter quand il lui aurait tout dit. Il voulait partir en paix. Pas se disputer pour ce qui était sans nul doute sa dernière soirée dans ce monde-ci.
- Dean, qu'est-ce qui ne va pas ? Demanda finalement Sam.
Le jeune homme ferma les yeux et poussa un long soupir. Il aurait du savoir que c'était comme ça que tout se finirait avec son frère. Il ne pouvait rien lui cacher. Il n'avait jamais pu. C'était probablement parce qu'ils étaient de la même famille ou simplement parce qu'ils avaient un lien plus profond que n'importe quels autres frères et sœurs. Il essuya une nouvelle fois son visage et s'en voulut de trouver ses joues humides.
- Ca va Sammy … je te jure que tout va bien, mentit-il.
Mais son frère était lancé et rien ne pourrait l'arrêter. Il voulait des réponses et il en obtiendrait. Il fallait que Dean change son fusil d'épaule. Qu'il trouve une excuse. Quelque chose à dire pour mettre son frère sur une autre piste. Mais il n'arrivait pas à réfléchir.
- Non, ne me mens pas ! Je sais que quelque chose ne va pas. Tu n'aurais jamais fait tous ces kilomètres juste pour me voir et parler de tout et de rien avec moi. Ne te méprends pas. Je suis content que tu sois venu mais … je sais que tu es là parce que quelque chose cloche et je veux savoir quoi.
- Sam, intervint Dean, paniqué à l'idée que son frère soit sur le point de tout découvrir.
- Non … ne me dis surtout pas que je ne peux pas comprendre. Je sais que je n'ai que treize ans mais … bordel Dean, je sais écouter. Tu peux me parler tu sais. Tu peux me dire ce que tu ressens et ce qui te tracasse. Je ne suis peut-être pas Chris ou Castiel mais je suis ton frère et j'ai envie de t'aider.
Dean eut envie de lui dire qu'il ne pouvait rien faire. Que sa décision était prise et qu'il n'était là que pour faire ses adieux. Mais il ne voulait pas gâcher le moment qu'il partageait avec son frère. Il opta donc pour une autre solution. Il choisit de mentir. A nouveau.
- Je suis malade Sammy, confessa t-il.
Il avait dit la même chose à Castiel quelques jours plus tôt. Ce n'était pas à proprement parlé un mensonge. Il savait qu'Adam avait vu juste en soulevant ce point. Et il comptait bien s'en servir pour obtenir ce qu'il voulait de Sam comme il avait obtenu ce qu'il voulait de Castiel.
- Comment ça malade ? Demanda son frère, visiblement plus inquiet encore que quelques secondes plus tôt.
Il lui tenait toujours le bras et le serrait à tel point que ça en était douloureux. Mais Dean ne chercha pas à se dégager de son étreinte. Il savait que Sam en avait besoin.
- Ce n'est pas grave rassure-toi. C'est juste … les médecins appellent ça trouble dépressif majeur et c'est curable. Mais ça explique pourquoi je ne vais pas bien et pourquoi j'ai du mal à m'en sortir. J'ai décidé de me soigner. Pour ça, je vais devoir m'absenter quelques temps et … je ne pourrais plus avoir de contact avec toi une fois que je serais parti. Je voulais juste passer te voir une dernière fois.
- C'est cool tu sais … pas que tu sois obligé de partir parce que tu vas me manquer mais … c'est cool que tu aies décidé de te soigner. Je trouve que c'est très courageux de ta part.
Dean se trouvait tout sauf courageux mais il le garda pour lui. Il adressa un petit sourire à son frère et prit quelques secondes pour mémoriser les traits de son visage. Il voulait les emporter avec lui là où il allait. Même s'il avait du mal à croire qu'il pouvait exister une vie après la mort. Toutefois, il préférait ne pas prendre de risque. S'il avait une chance d'entrer au Paradis – et si le Paradis existait – il voulait pouvoir repenser à cet instant et se souvenir du visage de son petit frère.
- Alors quoi ? Tu es juste venu me saluer avant de partir ? Demanda Sam en souriant à son tour.
Dean secoua la tête parce qu'il y avait tellement plus que ça. Il n'était pas uniquement là pour dire adieu. Il était là pour dire à son frère tout ce qu'il n'aurait jamais l'occasion de lui dire à compter de ce soir. Faire un condensé de tous les conseils qu'il aurait été amené à lui donner s'il avait vécu suffisamment longtemps pour ça.
- A vrai dire non … je voulais aussi te parler de … de certaines choses. Parce que je serais absent et que je sais que tu auras peut-être besoin de moi durant cette période. Besoin de ton grand frère pour te donner les bons conseils. Alors autant que je le fasse tout de suite … au cas où tu en aurais besoin plus tard.
Sam se contenta d'hocher la tête, visiblement convaincu par ce qu'il entendait. Dean saisit alors cette opportunité pour dérouler le discours qu'il avait soigneusement préparé dans sa tête depuis des jours. Il se racla la gorge puis posa sa main libre sur celle de son frère.
- Quand je serais parti, il se peut que certaines personnes te parlent de moi et te disent des choses méchantes me concernant. Ne les écoute pas. Ne les écoute surtout jamais. Ils chercheront à te monter contre moi mais ils auront tort. Tu ne dois surtout jamais oublier que je fais tout ça pour toi. Tu es la personne qui compte le plus au monde pour moi et tout ce que je fais … tout ce que je décide … c'est uniquement pour toi. D'accord ?
Une nouvelle fois, Sam hocha la tête. Dean lui serra la main puis enchaîna. Il avait encore tellement de choses à dire qu'il ne savait pas s'il parviendrait à le faire.
- Ne doute jamais de toi. Si quelqu'un te rejette un jour simplement parce que tu es différent, dis lui d'aller se faire voir. Ou mieux, ignore le. Tu vaudras toujours mieux que lui. Ne change surtout jamais. Tu es quelqu'un d'extraordinaire et si les gens refusent de le voir, alors tant pis pour eux.
Dean baissa les yeux sur leurs mains jointes et soupira.
- Si tu rencontres une fille et que tu tombes amoureux …
- Eh j'ai treize ans Dean … je ne prévois pas de tomber amoureux avant plusieurs années et tu seras revenu d'ici là non ?
Dean hocha faiblement la tête, incapable de mentir sur ce point.
- Laisse-moi finir s'il te plait, murmura t-il.
Il leva les yeux vers Sam et vit qu'il doutait. Il n'avait plus beaucoup de temps avant que les questions fusent et il n'avait pas fini. Il devait absolument continuer à parler.
- Si tu rencontres une fille et que tu tombes amoureux … ne prends surtout pas la fuite. Laisse-la t'aimer comme tu le mérites et aime-la simplement en retour. Accepte qu'elle devienne la personne la plus importante de ta vie. Donne-lui tout ce dont elle a besoin et laisse la s'occuper de toi. Ne pense surtout jamais que tu seras plus en sécurité seul parce que tu finirais avec le cœur brisé et je ne veux pas que cela t'arrive … d'accord ?
Il obtint un nouveau hochement de tête et il en fut soulagé. Il savait que ses conseils ne serviraient probablement pas à son frère avant quelques années. Mais il espérait qu'il s'en souviendrait le jour où il en aurait besoin. Parce que lui avait été contraint de rejeter la seule personne qu'il ait jamais aimé et il savait exactement ce que cela faisait. Il avait le cœur brisé et il ne voulait pas que son petit frère vive la même chose. Pas s'il pouvait le lui éviter.
- Ce monde est cruel Sam. Il est injuste et parfois, il cherchera à te mettre à genoux. Ne le laisse pas faire. Tu es plus fort que ça. Tu pourras affronter toutes les épreuves qu'il mettra en travers de ton chemin. Et si toutefois, la tâche te semble trop compliquée ou si tu songes ne serait-ce qu'une seconde à baisser les bras, appelle Chris … il sera là pour t'aider comme il m'a aidé moi. Je sais qu'il saura quoi faire si tu as besoin de lui. Il est autant ton ami que le mien.
- Ok Dean, ok, accepta Sam d'une toute petite voix.
Le jeune homme hocha la tête à son tour puis relâcha la main de son frère pour appuyer sa paume contre sa joue. Il caressa sa pommette du bout du pouce pendant une seconde avant de la laisser glisser dans son cou.
- Et surtout, n'oublie jamais à quel point je t'aime d'accord ?
Sam acquiesça une énième fois. Il finit par sourire à son frère et par relâcher son bras pour poser sa main sur celle qui était accrochée à son cou.
- Je te promets de ne pas oublier tout ce que tu m'as dit ce soir. Mais je suis persuadé qu'il ne m'arrivera rien de très important durant ton absence et tu auras tout le loisir de me donner ces conseils à nouveau quand j'en aurais besoin.
- Sans doute, souffla Dean.
- Et je t'avoue que je trouve cette conversation particulièrement flippante et j'aimerais assez qu'on change de sujet. Tu veux bien ?
Dean avait réussi à dire l'essentiel à son frère et il ne voyait pas l'intérêt de continuer cette conversation. Sam n'avait pas tort. C'était effectivement une discussion flippante. Elle avait toutes les raisons de l'être. Mais le jeune homme ne pouvait pas dire non à son frère. Il ne pouvait pas insister. Il voulait lui donner ce qu'il demandait. Parce que c'était ici que cela avait toujours fonctionné entre eux. Dean donnait tout ce qu'il pouvait à son frère – son temps, son énergie, son amour et ses conseils – et il était même sur le point de donner sa vie pour lui assurer un avenir brillant et loin de tous les bagages qu'il traînait derrière lui. Il donnait et recevait de Sam presque autant en retour. C'était une relation fusionnelle. Une qui en aurait probablement mit plus d'un mal à l'aise. Mais sans doute était-ce du au fait qu'ils n'avaient jamais réellement reçu d'amour de la part de leurs parents. Ils s'étaient raccrochés l'un à l'autre. Dean avait été à la fois le père, la mère, le frère et le meilleur ami de Sam. C'était sans doute malsain et cela avait fait peser trop de responsabilités sur les épaules du jeune homme. Mais cela avait donné un sens à sa vie. Il ne regrettait absolument rien.
- De quoi est-ce que tu veux parler ? Demanda finalement Dean.
Sam haussa les épaules. Il avait le cheveux plus longs à présent et plusieurs mèches lui retombaient dans les yeux. Dean les écarta du bout des doigts, incapable de ne pas toucher son frère.
- J'en sais rien … oh plutôt si … dis moi comment vont Chris et Steve.
Dean réfléchit à ses deux amis pendant quelques secondes. Il se demandait s'ils se doutaient de quelque chose à présent. Si son absence de coup de fil avait éveillé leurs soupçons ou non. Il leur avait préparé une lettre chacun. Chris pour lui dire qu'il était désolé et qu'il ne devait surtout pas s'en vouloir. Pour le remercier d'avoir veillé sur lui toutes ces années. Steve pour lui dire de prendre soin de Chris, de l'aimer et de l'aider à surmonter cette épreuve. Pour le remercier aussi de sa patience à son égard. Il avait eu de la chance de les connaître et il était désolé de les laisser derrière lui. Mais sa décision était prise. Il ne reviendrait pas dessus.
- Ils vont bien … ils sont très amoureux l'un de l'autre et ils ne devraient sans doute pas tarder à emménager ensemble. Leur groupe commence à se faire connaître et … tout ira bien pour eux.
Il le savait. Ses amis souffriraient très certainement de sa mort mais ils reprendraient le dessus. Ils pouvaient compter l'un sur l'autre. Ils avaient tout pour être heureux. Et ils le seraient. Bien plus une fois qu'ils seraient débarrassés de lui.
- Et Castiel ? Demanda ensuite Sam en quittant son frère des yeux pour observer la rue.
Dean sentit son cœur se serrer en entendant le nom de son ami. Castiel. C'était une toute autre histoire. Il espérait sincèrement que le jeune libraire serait heureux avec Rafael mais il en doutait vraiment. L'avocat finirait par le faire souffrir. Et il regretterait alors d'avoir quitté Los Angeles pour le suivre. Mais Dean avait refusé de voir ça comme une opportunité pour lui de s'engouffrer dans la brèche. Il avait été surpris d'entendre que Castiel partageait ses sentiments. Il n'aurait jamais cru que le jeune homme puisse ressentir autre chose que l'amitié pour lui. Mais au lieu de le remplir de joie, cela l'avait rendu triste. Parce qu'il n'y avait rien de possible entre eux et que c'était pire encore quand il existait des sentiments mutuels. Car l'espoir l'avait littéralement rongé de l'intérieur. Quand Dean s'était rendu chez son ami pour tenter de le retenir, il avait cru qu'il se heurterait à un refus. Que Castiel lui dirait ce qu'il savait déjà. Qu'ils étaient amis et rien de plus. Mais rien ne s'était passé contre prévu. Le jeune libraire lui avait avoué ses propres sentiments et pendant un très court instant, Dean avait oublié ses problèmes, ses doutes et toutes ses bonnes résolutions. Il avait cédé à l'espoir et à ce rêve stupide qu'il avait en tête. Ce rêve d'avoir un jour le droit de connaître une relation amoureuse normale. Il avait fait taire tous les signaux d'alerte qui résonnaient dans son cerveau. Et il avait promis à Castiel de ne jamais jouer avec ses sentiments. Mais il n'avait pas pu aller plus loin. Car son ami avait continué à lui parler. Il lui avait juré de prendre soin de lui et de l'aimer. Il lui avait dit tout ce qu'il ne pouvait pas entendre. Qu'il était merveilleux et digne d'être aimé. Qu'il était tout ce qu'il savait ne pas être. Et il avait pris la fuite. Parce que ce que Castiel lui proposait l'effrayait. Parce qu'il savait qu'il ne serait jamais digne d'une telle dévotion et d'un tel amour. Il avait rompu sa promesse et fait souffrir son ami. Et s'il ne pouvait pas dire ça à son frère, il pouvait au moins lui donner une partie de la vérité.
- Il a déménagé à San Francisco pour vivre avec son petit- ami … Il va bien … du moins je le suppose.
Sam sembla étonné de l'entendre et Dean savait parfaitement pourquoi. Ils les imaginaient devenir un couple un jour. Il avait lu clair dans les sentiments de son frère pour son ami la première fois qu'il lui avait parlé de lui. Si seulement le jeune homme avait accepté de l'écouter ce jour-là. Peut-être que sa vie aurait pris un autre tournant. Il ne le saurait jamais. Et c'était sans doute tant mieux. Il n'était pas fait pour une avoir une relation durable. Dean n'était pas fait pour faire parti de la vie des gens de façon permanente. Il ne faisait que passer. A la manière d'une étoile filante. Ou plutôt d'un astéroïde si on considérait les problèmes qu'il causait sur son passage.
- Je suis désolé … ça n'a pas du être facile pour toi je suppose, déclara Sam avec sérieux.
Dean soupira longuement. Ce n'était effectivement pas simple. Le pire avait été de rejeter Castiel pour l'obliger à partir loin de lui. De lui dire toutes ces choses horribles qu'il ne pensait pas. De mentir sur ses sentiments pour lui. De lui briser le cœur. Ca avait été nécessaire bien sûr. Mais ça l'avait fait souffrir atrocement.
- C'est une bonne chose pour lui. Il mérite d'avoir une vie normale et je suis … je ne peux pas la lui donner pour le moment.
- Mais tu l'aimes non ?
Dean hésita à mentir. Mais une nouvelle fois, il avait du mal à le faire quand il s'agissait de son frère. Il n'en voyait d'ailleurs pas réellement l'intérêt. Ses sentiments pour Castiel n'avaient plus à rester secrets. Et de toute évidence, tout le monde connaissait leur vrai nature depuis un moment déjà.
- Je l'aime oui … mais ce n'est pas important.
- Bien sur que si ça l'est … tu pourrais le convaincre de revenir … tu pourrais faire ta vie avec lui. Et qui sait, il sera peut-être un jour mon beau-frère.
Dean secoua la tête. Sam était du genre à ne pas lâcher tant qu'il n'avait pas obtenu ce qu'il voulait. Il était têtu parfois. Mais il ne le faisait jamais égoïstement. Il gardait toujours le bien être des autres en tête. Et principalement celui de son grand frère.
- Peut-être mais pour le moment, je ne peux pas m'engager dans quoi que ce soit avec qui que ce soit d'ailleurs. J'ai besoin de faire certaines choses et je dois être seul pour les faire. Tu peux comprendre ?
- Oui … oui et non. Mais si c'est ce que tu veux alors je suis de ton côté. Je le serais toujours.
Dean en avait douté pendant presque un an mais il le savait à présent. Sam n'avait jamais cessé de l'aimer. Et après ce soir, une fois qu'il aurait fait ce qu'il aurait du faire des semaines plus tôt, il espérait que ce serait toujours le cas. Que Sam ne le détesterait pas parce qu'il avait choisi de mourir. Qu'il comprendrait que c'était pour lui qu'il le faisait. Pour lui éviter d'être confronté à Michael et à ses sbires. Pour l'empêcher de voir qui son frère était au plus profond de lui. Pour qu'il ne pense jamais qu'il aurait préféré être fils unique. Dean aimait l'idée de partir sur une bonne note. Convaincu de l'amour de son petit frère.
- C'est ce que je veux, assura alors Dean.
Mais il ne s'adressait pas uniquement à Sam. Il se parlait à lui-même également. Il avait craint que de voir son frère le fasse douter de ses choix. Qu'il renoncerait à faire ce qui était nécessaire parce qu'il aimait trop Sam pour l'abandonner. Ce n'était pas le cas. Discuter avec son frère avait renforcé sa détermination. Il ne se montrerait pas égoïste. Il ferait ce qu'il avait à faire pour préserver ceux qu'il aimait. Peu importait les sacrifices qu'il devrait faire.
- Eh Sam, lança t-il pour que son frère le regarde à nouveau.
Ce que le jeune garçon fit aussitôt parce qu'il ne pouvait rien refuser à son frère. Même perdus au milieu d'une foule immense, ils finiraient toujours par se trouver du regard. Ils étaient connectés. Liés par l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre et leur passé commun. Par ces promesses échangées quand ils étaient gosses. Celles qu'ils faisaient quand leurs parents se hurlaient dessus dans le salon et que même le son de la télé ne suffisait plus à couvrir leurs voix.
- Tu peux me promettre quelque chose ? Demanda Dean en souriant à son frère.
Ce dernier hocha la tête.
- Promets-moi d'être heureux.
Sam sembla surpris par sa requête mais comme toujours quand il s'agissait de son frère, il accepta.
- Je te le promets.
Dean soupira, soulagé. Puis il regarda Sam bouger sur le banc jusqu'à ce que ses pieds touchent à nouveau le sol. Il vint ensuite se coller contre son frère et ce dernier lui passa un bras autour des épaules pour lui faire savoir qu'il était là. Ils restèrent ainsi de longues secondes en silence avant que Sam ne reprenne finalement la parole.
- Tu n'as pas besoin de partir tout de suite si ?
Dean secoua la tête. Il avait toute la soirée pour être avec son frère. Il avait prévu de passer à l'acte le lendemain. Il n'était pas forcément pressé même s'il refusait de retarder son plan. Il était déterminé et il ne comptait pas perdre plus de temps que nécessaire. Mais il pouvait accorder encore quelques minutes à son frère. Quelques heures même. Du moment que Sam était d'accord pour rester avec lui.
- Alors reste avec moi … juste quelques heures … parce que tu m'as manqué horriblement et que je sais que ce sera pire encore durant le temps nécessaire pour te soigner. J'aimerais juste pouvoir profiter de toi encore un moment. Tu n'as pas besoin de parler. Ta présence suffit. D'accord ?
Dean hocha la tête, acceptant sans y réfléchir la requête de son frère. Il le laissa refermer un bras autour de son ventre et se serrer un peu plus fortement contre lui. Il le laissa prendre en lui tout le réconfort dont il avait besoin. Il tourna la tête et enfouit son nez dans les cheveux de son frère, humant son parfum. C'était familier et incroyablement apaisant. Et Dean ferma les yeux. Pendant une seconde, il laissa son imagination vagabonder et lui offrir des images de ce qu'aurait pu être son avenir s'il avait été quelqu'un de normal. Il huma le parfum de shampoing de Sam encore une fois et serra son tee-shirt dans sa main. Il avait pris la bonne décision. Il allait donner sa vie pour son frère. C'était l'acte ultime. Celui qui témoignait de son amour pour lui. Il était ici pour lui dire « adieu ». Pour lui dire « je t'aime » aussi. Et alors que tout disparaissait autour de lui et que son monde ne tournait plus qu'autour de Sam, il oublia tout le reste. Il savoura ces quelques instants de bonheur et pria silencieusement pour que son frère en connaisse des dizaines d'autres dans l'avenir.
