Il régnait une atmosphère d'impatience, le lendemain matin, quand les élèves descendirent à la Grande Salle y prendre leur petit déjeuner : car c'était aujourd'hui que les directeurs de maison éliraient le nouveau rédacteur du Poudlard Reporter. Il semblait que personne n'avait d'idée concrète sur le futur vainqueur, bien que Harry misât tout sur Moira, car ayant assisté à la présentation que la Serpentard avait faite de son programme à Bowman. Les avis étaient donc mitigés, certains vantant le projet confectionné par Webster, d'autres souhaitant ardemment que Moira reste à son poste pour sa dernière année d'études.
− Les supporters de Webster peuvent dire ce qu'ils veulent, Tamara Steinway ne cesse de répéter que Webster ferait mieux de se lancer dans la production de papier-toilette avec un programme comme le sien, raconta Liz.
− Il a quand même des idées intéressantes, protesta Mary d'un ton désinvolte. Et puis, il n'a pas tout à fait tort quand il dit que la page Ministère manquerait à pas mal de monde…
− Ce n'était pas une page que Webster tenait, c'était de la propagande, dit Lily. Tout ce que fait le ministère se révèle tout de suite merveilleux avec Webster : je suis sûre qu'il présenterait l'arrestation de Burrow comme l'un des grands exploits du ministère, ou alors il vanterait la clémence faite par le Magenmagot à l'égard de Harry, de son cambriolage du manoir de Burrow…
− Webster n'est quand même pas le seul élève qui puisse tenir une telle page, si ? demanda Harry.
− Malheureusement, si, répondit Mary. D'autres élèves ont des parents qui travaillent au ministère de la Magie et parfois même à des postes relativement importants, mais je doute qu'ils bénéficieraient de la même liberté que le père de Webster. Anthony m'a dit que Jones autorisait tout et n'importe quoi à ses amis – par contre, pour tous les autres, il se montre très strict.
− Qui est Anthony ?
− Son amoureux, dit Liz d'un ton désintéressé.
− Il a quitté Poudlard il y a deux ans et travaille au Département des accidents et catastrophes magiques, ajouta Mary. Et comme il est directement rattaché à Fudge, le sous-directeur, il entend parfois des hauts fonctionnaires raconter à Fudge qu'untel s'est fait allumer par Jones pour telle ou telle raison.
Harry hocha la tête en tournant le regard vers les portes de la Grande Salle : entrant d'un pas bondissant, Moira passa devant les tables de Serpentard, Serdaigle et Poufsouffle, puis remonta celle de Gryffondor. Il en était sûr : Deadheart et Bowman n'avaient pas manqué de raconter au petit bout de femme la capture du Frère par Harry, et Moira venait visiblement obtenir davantage de détails pour alimenter son projet.
Sans même demander, la Serpentard s'assit sur les genoux de Lily et adressa un grand sourire à Harry.
− C'est à moi que tu racontes ! décréta-t-elle d'un air joyeux.
− Raconter quoi ? s'étonnèrent les trois jeunes femmes.
− J'ai attrapé un intrus, hier soir, dit Harry d'un ton dégagé. Il suivait Deadheart et Bowman.
− Qu'est-ce que tu faisais hors de la tour Gryffondor ? interrogea Lily.
− Quand est-ce que tu es sorti ? demanda au même moment Liz.
− C'est moi qui pose les questions, ronchonna Moira.
Plongeant sa main dans son col, elle alla récupérer un petit bloc-notes coincé dans son soutien-gorge et auquel était accrochée, par une ficelle, une petite plume d'aigle.
− Alors, pourquoi es-tu sorti de la tour Gryffondor alors que c'est interdit ? interrogea-t-elle.
− Parce que le week-end représente le meilleur moment pour s'introduire dans Poudlard, répondit Harry.
− Comment ça ?
− Dans la semaine, les élèves sont usés par le réveil matinal puis les nombreuses informations à apprendre lors des cours, expliqua Harry. Ils vont se coucher plus tôt pour être en forme le lendemain, mais une fois le vendredi soir venu, ils relâchent la pression et montent dormir un peu plus tard qu'à l'ordinaire. Donc, un intrus aurait tout intérêt à privilégier le week-end pour pénétrer dans l'école s'il est à la recherche de quelqu'un. Et comme l'intrus ne sait pas forcément que Dumbledore a strictement interdit les promenades nocturnes, il y avait des risques pour qu'il y ait une intrusion.
− Lys' et Ava m'ont dit que tu avais interpellé le sorcier dans les sous-sols, rapporta Moira. Qu'est-ce que tu y faisais ?
− Je cherchais la trace d'un éventuel intrus, dit Harry.
− Et pourquoi suivait-il Lys' et Ava, selon toi ?
− J'imagine qu'il souhaitait atteindre la salle commune de Serpentard.
− Et comment tu as fait pour savoir qu'il était là ? demanda Moira d'un air soupçonneux. Lys' a dit qu'il était invisible avant que tu ne lui lances ton sortilège !
− J'ai de très bons yeux et une très bonne ouïe, prétendit Harry.
Moira plissa les yeux d'un air qui se voulait intimidant, pas dupe, mais elle n'insista pas.
− Est-ce que tu penses que ce sorcier puisse être un ami de Burrow ? demanda-t-elle.
− Ce n'est pas impossible, admit Harry, mais il devait ignorer que j'étais à Gryffondor, pas à Serpentard. Ou il espérait regarder sous les jupes de Deadheart et de Bowman, je ne sais pas.
Moira afficha son air le plus choqué mais, comme d'habitude, elle changea totalement d'expression la seconde d'après. Piquant un toast dans l'assiette de Lily, elle l'engloutit en parcourant ses notes, à la recherche d'un autre point à relever.
− Qu'est-ce que tu as fait, après ? reprit-elle.
− J'ai emmené le sorcier à Dumbledore puis je suis retourné à la tour Gryffondor.
Moira nota la réponse et rangea rapidement son bloc-notes sous son chemisier, comme si elle craignait qu'une main voleuse ne le lui dérobe en passant derrière elle. Elle se laissa alors basculer en arrière pour se coller à Lily, l'air joyeux, et afficha un sourire resplendissant dès que la préfète-en-chef la gratifia d'un baiser sur la joue.
− On sait qui c'était, le sorcier ? demanda Liz, estimant qu'elle pouvait de nouveau poser des questions.
− Henry Norrington, répondit Moira.
Liz émit un grondement de chat furieux, tandis que Lily et Mary roulaient des yeux.
− Ca ne m'étonne pas que cet abruti se soit fait prendre, alors, dit la blonde.
− Vous le connaissez bien ?
− Il était à Poufsouffle, il est partit en même temps qu'Anthony, révéla Mary. Quand le Poudlard Reporter lui a adressé toutes ses félicitations pour le match remarquable qu'il avait fait contre l'équipe de Serdaigle – il jouait au poste de gardien –, Norrington a commencé à se percevoir comme une célébrité. Il ne parlait qu'avec les gens aussi populaires que lui, marchait sur les plus modestes et s'affichait avec une nouvelle copine tous les mois… Il a même arrêté de participer au club de duel sous prétexte qu'il était trop « occupé », mais c'est surtout qu'il avait la trouille de se faire ridiculiser !
− Lys' lui a même cassé la figure ! renchérit Moira d'un ton joyeux. Quand on était en cinquième année, après le bal de Halloween, il a essayé de faire croire à son entourage qu'il avait une touche avec Lys', alors Lys', juste avant la fin de l'année scolaire, l'a écrasé comme un misérable moustique quand elle a remarqué que Norrington continuait à raconter des bêtises !
− En tout cas, ça ne m'étonnerait pas que tu sois son cavalier pour Halloween, dit Liz. A moins qu'un élève ne mette un terme à l'existence de Tu-Sais-Qui, y a de fortes chances pour que tu sois l'Elève du mois.
− Il reste trois semaines, fit remarquer Harry.
− D'autant que Logan réserve bien des surprises, dit Moira d'un air mystérieux.
Lily, Mary et Liz tournèrent les yeux vers la table de Serpentard, surprises, mais Tumter manquait à l'appel.
− Où est-il, d'ailleurs ?
− Avec le professeur Slughorn et un monsieur du ministère, répondit Moira. Logan s'est fait recenser sous une fausse identité, alors le ministère n'est pas très content de lui.
− Et pourquoi dis-tu qu'il réserve des surprises ? s'enquit Lily.
− Il faudra attendre la première édition du Poudlard Reporter, chantonna Moira.
− Si tu gagnes, rétorqua Mary.
− Mais, euh ! protesta Moira d'une voix plaintive.
Aussi manifeste qu'il était impossible d'arracher la moindre information sur un sujet que la Serpentard mettrait dans le journal de l'école si elle remportait le concours, Harry eut la conviction que la petite brune ne tolérait pas qu'une de ses amies doute de sa victoire. Sans surprise, il vit Lily fondre devant la moue boudeuse de Moira et la réconforta avec un gros baiser affectueux sur la joue. Plus elle pressait ses lèvres contre la peau de la Serpentard, plus les lèvres de celle-ci s'étiraient en un sourire joyeux, comme si elle avait déjà oublié la remarque de Mary.
− Tu ferais mieux d'y aller, pitchoun, lança Liz en consultant sa montre.
Harry tourna les yeux vers Webster, qui se levait en compagnie de ses amis pour se diriger vers les portes de la Grande Salle.
− Quelqu'un devrait peut-être l'accompagner, suggéra-t-il.
Deadheart et Bowman semblaient avoir pensé à la même chose que lui, car elles se levèrent à leur tour lorsque Webster et sa bande eurent disparu dans le hall d'entrée. Réclamant un « bisou de la Victoire » aux trois filles, la petite brune retrouva la terre ferme et se hâta de rejoindre les deux Serpentard.
− Je ne pense pas que ce soit nécessaire, dit Mary en fronçant légèrement les sourcils, tandis que Moira sortait, bras dessus bras dessous avec Deadheart et Bowman. Webster sait très bien que s'il arrivait quelque chose, aussi bien à Moira ou qu'à son projet, ses potes et lui seraient immédiatement soupçonnés.
− Sauf si l'agresseur n'est pas réputé pour appartenir aux supporters de Webster, objecta Harry. Tout comme il n'y a pas que des supporters de Dumbledore et de Voldemort, il y en a qui tirent leur épingle du jeu selon les cas de figure auxquels ils sont confrontés : imagine, par exemple, que Webster ait détenu une info compromettante à propos d'un Poufsouffle ou d'un Gryffondor d'une autre année qu'on n'a jamais vu discuter avec Webster, et les indices s'éloigneront de Webster parce que cet agresseur n'osera jamais le dénoncer afin de conserver sa dignité ou je ne sais quoi d'autre…
Liz l'observa attentivement.
− Comment tu fais ? interrogea-t-elle.
− Comment je fais quoi ?
− Ces analyses instantanées !
− Je cogite, répondit Harry avec un sourire.
− Nous aussi, on cogite, fit remarquer Lily avec douceur.
− Je cogite différemment, alors, dit Harry en haussant les épaules.
Les filles ne semblèrent guère convaincues, mais elles n'insistèrent pas et, dès le petit déjeuner terminé, prirent la direction du parc pour profiter du ciel ensoleillé. Harry emprunta le chemin opposé, gravissant les marches de marbre de l'escalier du hall. Au niveau du cinquième palier, se considérant seul, il plongea la main au fond de sa poche et en sortit le journal intime de Grinval.
Pour une raison tout aussi mystérieuse que la réaction de sa baguette magique le jour où Ollivander la lui avait vendue, dans le bureau de Dumbledore, la Danse de la Baguette lui paraissait plus facile à maîtriser depuis cette acquisition – alors qu'il s'agissait de la même baguette ! Certes, il lui arrivait parfois de se mélanger les pinceaux et de la faire tomber, notamment lorsqu'il essayait de la passer dans son dos un peu trop rapidement, mais Harry s'estimait suffisamment entraîné pour pouvoir passer à autre chose, d'autant que Grinval lui avait assuré que son apprentissage de cette technique bénéficierait d'un « guide » dès qu'il aurait trouvé le Sanctuaire – visiblement, à Halloween.
Les « Techniques avancées » étaient exceptionnellement courtes, Grinval se contentant de les décrire – ce qu'il faisait en une seule ligne. Réflexion n'apprenait pas grand-chose à Harry, puisqu'il s'agit de la manière de penser que lui avait enseignée Brighton. Contre-pied était d'une simplicité si affligeante que Harry la trouva géniale : il s'agissait simplement d'esquiver dans le sens opposé à l'habitude – ainsi, Harry, qui était droitier, devait alterner avec sagesse et prudence esquive sur la droite et esquive sur la gauche, à « contre-pied ». Saugrenu, sûrement, et pourtant très intéressant, car Harry n'avait jamais pensé à une telle ambivalence, se contentant toujours de sauter dans une même direction. Le Saut de la Foi, tout aussi étonnant et simpliste, consistait à plonger littéralement sur le côté et, durant ce plongeon, à jeter un sortilège à son adversaire – Grinval précisait que ce n'était pas facile, au début, mais qu'après un bon entraînement, l'ennemi se ferait avoir par une telle manœuvre.
Le majordome est une technique assez complexe, peut-être même la plus complexe que vous trouverez dans ce journal intime, car elle demande une grande vivacité d'esprit et de corps, une excellente analyse visuelle et, bien sûr, le « petit quelque chose » provocant. Tel un majordome, d'où son nom, vous apprendrez à esquiver dans un périmètre particulièrement restreint : les maîtres d'hôtel, tout au moins à mon époque, sont des gens ne gâchant aucun geste, car tout mouvement est méticuleusement exécuté.
Le meilleur exercice que je puisse vous proposer, c'est, une fois dans le Sanctuaire, de dessiner un cercle d'un mètre cinquante de diamètre autour de vous, puis d'esquiver aussi calmement et vivement que possible les sorts : à force d'entraînement, vous vous habituerez à évaluer dans un tel périmètre, alors vous pourrez le diminuer. Ne cherchez pas à faire TROP petit. Le minimum d'espace que je recommande est une épaule et demie – calculez la largeur de vos épaules et faîtes le nécessaire.
Outre son utilité, car les esquives les plus « dangereuses » sont les plus déstabilisantes pour votre adversaire, le « petit quelque chose » provocant vous aidera, si correctement employé et utilisé face au bon adversaire, à lui faire perdre son sang-froid. Il prendra comme une insulte personnelle votre aptitude à esquiver ses sortilèges très sereinement, et sa colère, son orgueil ne feront qu'enfler.
Harry eut la vision fugitive de Tumter, âgé de treize ans, esquivant un sort en penchant juste la tête sur le côté. A l'évidence, il s'agissait d'une technique similaire à celle du majordome, et il se convainquit qu'il n'avait rien à perdre à s'y intéresser sérieusement. Comme le disait Grinval, une telle esquive aurait sans doute le don de faire sortir de ses gonds des adversaires aux nerfs un peu trop vifs – Mulciber, par exemple, se dit Harry en atteignant le couloir de Barnabas le Follet.
Poursuivant sa lecture, il fit machinalement les trois passages devant le pan de mur cachant la porte de la Salle sur Demande :
Hommage à Sanguinard, un vampire français révolutionnaire, est comme son nom l'indique, un hommage à la figure emblématique du XIVème siècle. Quand le Conseil des Sorciers envoyait les précurseurs des Aurors afin de capturer Sanguinard, non seulement ils n'y parvenaient pas, mais en plus leurs forces étaient neutralisées… par elles-mêmes !
Explications, si vous ne connaissez pas le fin mot de cette histoire : lorsque Sanguinard se retrouvait encerclé par deux ou trois sorciers, il s'arrangeait toujours pour en avoir un face à lui et présentait son profil aux autres, ainsi il les avait tous dans son champ de vision. Quand l'homme de gauche ou la femme de droite attaquait, il se baissait, laissant le sort passer au-dessus de lui pour qu'il aille neutraliser l'un de ses ennemis, tandis que lui se précipitait ou esquivait l'attaque de celui ou de celle qui lui faisait face. Puis il recommençait son petit jeu, mais arriva ce qui devait arriver : il usa de cette technique trop souvent pour surprendre ses adversaires, qui finirent par anticiper et le capturer.
A présent, la grande récompense à votre lecture des chapitres de la Danse de la Baguette, du Saut de la Foi et de l'Hommage à Sanguinard : vous trouverez, dans le Sanctuaire, une technique que j'ai créée en associant tous ces mouvements pour vous fournir une défense qui poussera vos ennemis à y réfléchir à deux fois avant de tenter de vous encercler.
Harry referma le journal intime, assez contrarié. La découverte du Sanctuaire semblait être l'évènement le plus important, car cet endroit comportait plusieurs choses intéressantes, mais il lui faudrait attendre Halloween pour n'en remarquer que l'entrée secrète – et encore, à la seule condition que la « prédiction » de Grinval soit juste.
Remettant le cahier dans la poche de son uniforme, Harry parcourut du regard les immenses bibliothèques dont la Salle sur Demande était la gardienne. Les étagères s'élevaient presque jusqu'aux plafonds et décrivait un vaste dédale où il semblait singulièrement facile de se perdre. Des livres de toutes tailles, de toutes épaisseurs, certains plus usés que d'autres, surchargeaient les différents étages, disséminés le long des rangées en fonction de petites plaques de cuivre fixées aux montants des étagères, à hauteur d'yeux. Sans nul doute possible, certains étudiants des générations passées s'étaient jadis senti l'âme d'auteurs, de théoriciens ou d'expérimentateurs. Ridiculement petite à côté des meubles monumentaux, une table bancale était entourée de chaises rembourrées.
− Il me faudrait les meilleurs livres sur la magie vocale, annonça Harry.
S'il ne fut pas surpris de voir la Salle sur Demande répondre à son attente, il fut bien plus étonné lorsque surgit de nulle part, sur la table, un simple et mince livre relié de cuir vert foncé. S'avançant, Harry constata que le petit cahier n'était pas aussi fin : il en manquait simplement la majorité des pages. Il tira une chaise pour s'asseoir.
Le bouquin était visiblement très ancien, bien plus que le journal intime de Grinval, car il l'entendit craquer en en ouvrant la couverture. Les pages brunes, sèches, cassantes, s'effritèrent dès qu'il les fit défiler jusqu'à trouver une première trace d'encre : comme Grinval, l'auteur avait tenu à revendiquer son œuvre en inscrivant les armes de sa famille – un phénix étendait ses ailes comme pour séparer un grand serpent aux crochets affûtés et ce qu'il devina être une silhouette humaine, bien que l'adversaire du reptile eût été presque entièrement effacé. Non sans soulagement, toutefois, Harry constata, en tournant les pages, que les notes prises par l'auteur n'avaient pas subi les mêmes dommages que ses armoiries, car elles étaient encore lisibles.
Son entraînement sur la magie corporelle piétinait, mais il savait que sans la potion d'Introspection, il ne fallait guère espérer grand-chose. Aussi profitait-il de ce premier samedi pour s'intéresser d'un peu plus près à la magie vocale, dont Grinval ne disait rien, mais qui semblait être un sujet relativement connu de l'auteur de cet ouvrage tombant en miettes.
La magie vocale est une forme de magie basée sur l'exploitation de sa magie interne – c'est-à-dire que si vous n'avez aucune conscience de la magie coulant dans votre sang, vous ne parviendrez sans doute à rien dans cette branche de la magie.
Pratique – étonnamment pratique, en réalité –, elle permet de conserver un atout dans votre manche quand les évènements sont ligués contre vous, notamment si vous êtes désarmé, emprisonné ou rendu muet pour n'importe quelle raison. Si vous êtes désarmé, le sortilège de la Pulsion vous aidera. Si vous êtes emprisonné, le charme du Message vous permettra de communiquer votre position à vos alliés, quand bien même ceux-ci se trouveraient à l'autre bout du pays. Et si vous êtes muet, la magie vocale fera de nouveau entendre votre voix.
Je n'ai pas eu tout le temps nécessaire à l'exploration de cette forme de magie – je venais tout juste de passer mes examens de septième année quand je me suis posé la question de savoir si elle existait, et je quitte Poudlard à la fin de la semaine. Néanmoins, je suis convaincu qu'elle peut offrir un certain nombre d'opportunités, c'est à vous de les chercher si vous vous sentez à la hau
Effectivement, il manquait énormément de pages, songea Harry en refermant le bouquin. Néanmoins, il n'était pas trop déçu, car il détenait l'information qu'il souhaitait obtenir : la magie vocale requérait des compétences en magie interne. Il devenait donc de plus en plus important que Harry fasse un détour par la bibliothèque afin de se munir d'un livre expliquant la méthode de préparation de la potion d'Introspection – même si Brighton aurait été plutôt déçu qu'il ne la fabrique pas à l'aide de ses connaissances sur les ingrédients et leurs propriétés. Il n'aurait alors plus qu'à descendre au laboratoire, évaluer les manques et les biens et, enfin, à se lancer dans la préparation de la potion.
− L'Elémentarisme ? demanda Harry.
Le sujet était apparemment mieux fourni, car plusieurs ouvrages de diverses épaisseurs apparurent sur la table, faisant disparaître le vieux livre incomplet sur la magie vocale. Des parchemins roulés par un morceau de ficelle, des plaques de bois aux gravures usées, presque disparues, et un petit sac contenant une série de runes apparurent avec les bouquins, comme si tous ces objets avaient partagé une quelconque connaissance commune sur la magie élémentariste.
De nombreux ouvrages et parchemins ne faisaient qu'émettre l'hypothèse qu'il puisse être possible d'interagir sur la nature elle-même, voire même de la modifier définitivement grâce à la magie : un sorcier hongrois, célèbre aussi bien pour ses travaux que pour sa folie, aurait ainsi réalisé le premier pas vers une nouvelle forme de plante magique qui, prétendait-on, résistait mieux aux dégâts du temps que la pierre ou le métal – mais son travail avait disparu en même temps que lui, lorsqu'une expérience tourna mal et détruisit toute sa maison. D'autres auteurs – essentiellement et vraisemblablement des hommes expérimentés, et non des élèves – faisaient parfois référence à une page tragique de l'histoire du Royaume d'Angleterre : la mort de Benny Bannon.
« En 1530, Benjamin Bannon, dit « Benny », triomphait du Mage noir Malecrow. Un héros, pourrait-on croire et, bien évidemment, ce fût le cas… à ce moment-là. Car la célébrité a ses revers : invité aux banquets, aux fêtes, aux anniversaires, et parfois même aux mariages et aux baptêmes, Benny Bannon prît goût aux festivités et tout ce qui les composait, depuis le simple verre d'alcool à la demoiselle ivre la plus désinhibée. En l'espace de cinq années complètes, le héros, le vainqueur, le triomphant, sombra littéralement dans l'alcoolisme, les femmes faciles – et, plus généralement, dans le vice.
« Rien, pourtant, ne présageait Benjamin Bannon à un tel avenir. Lorsqu'il était encore à Poudlard, aucun de ses professeurs ne vantait ses mérites, et Bannon lui-même reconnut avoir été un élève « faible et médiocre », ses yeux tournés vers un étudiant plus brillant, intelligent, innovateur et puissant : Acrofe Manings, réputé pour être le créateur de la première version de la Pensine. Au départ de Manings, et Bannon le répéta longtemps après ses études : " Je n'aspirai qu'à l'égaler, voire même à le surpasser ! " Chose faite, douze ans plus tard, quand Benny Bannon vainquit Malecrow en duel, après des années et des années d'entraînement.
« A mesure que ses travers l'enchaînaient dans le vice, l'admiration qu'on lui témoignait se dégradait, et plus personne n'osa bientôt chanter ses louanges. Pire, les rumeurs les plus folles commencèrent à courir, quelques-unes plus vraies que d'autres : on prétendit que Bannon violait les prostituées lui refusant leurs charmes et qu'il maltraitait les aubergistes lui interdisant l'accès à leurs fûts – et même ivre, Bannon restait le plus redoutable de tous les duellistes du Royaume. Le Conseil des Sorciers resta sourd à toutes les plaintes, lui-même trop occupé à essayer de sauver sa peau, car c'est en ce temps-là que la Confédération internationale des sorciers entama une suppression pure et simple des Conseils au profit des ministères. Bannon libre, les aubergistes offraient bien malgré eux tout alcool réclamé par l'ancien héros devenu le pire fléau des comptoirs.
« C'est à Pré-au-Lard que Bannon signa son arrêt de mort à la grande ignorance générale, car aucun sorcier, aucune sorcière ne crurent qu'un autre homme pourrait un jour vaincre l'ivrogne en duel. Alors que Bannon s'y abreuvait plus que de raison, un groupe d'étudiantes de l'école Poudlard entra à La Pinte Abondante afin de s'y réchauffer. Bannon fût immédiatement attiré par l'une d'elles et l'accueillit d'une grande tape sur la croupe – la main de la jeune femme fendit presque aussitôt l'air et heurta violemment la joue du pochtron. L'ivrogne éclata d'une colère qui, dit-on, fit trembler toute l'auberge, et l'élève subit un châtiment des plus honteux, outrageux et humiliants – et ce, sous les yeux de ses amies et des clients terrifiés.
« Le traumatisme poussa la jeune femme à s'ôter la vie – pire, l'on découvrit que sa mort avait scellé celle de l'enfant qu'elle portait en elle, bien que personne, pas même ses amies, ne soupçonnèrent la grossesse. Bannon y fût sensible dans un élan de sobriété, et il s'enfuit de Pré-au-Lard pour trouver refuge à Loutry-Ste-Chaspoule, à l'auberge du Balai abreuvé, où il reprit ses mauvaises habitudes.
« Puis il vînt, un mois seulement après la mort de l'étudiante : le jeune homme qui aurait dû devenir père. Des clients présents qui le virent entrer, aucun ne soupçonna jamais que cet individu eut un quelconque rapport avec la victime de Bannon, et c'est « accidentellement » que la bagarre éclata entre Bannon et lui, quand le garçon le bouscula pour faire tomber sa chope au sol – un sacrilège, aux yeux de Bannon. Celui-ci explosa et, dans sa très noire colère, tira sa baguette magique pour défier le jeune homme en duel. A la consternation générale, le cadet accepta, et tous deux sortirent de l'auberge.
« Signe avant-coureur ou non, ils prirent la direction du cimetière qui faisait alors face à l'auberge. Terrifiés, inquiets et, plus encore, avides d'assister au spectacle, les clients se regroupèrent près des fenêtres et eurent une seule et même réaction quand les autorités vinrent les interroger : jamais quelqu'un n'avait résisté à Bannon de la sorte, et jamais un duel ne s'était achevé d'une manière aussi inattendue. Car alors que Bannon et le garçon se livraient un combat à mort, le cadet esquiva une attaque et planta sa baguette dans la terre, un dessin apparut dans le sol et, alors que Bannon se hâtait de jeter ce qui devait être son ultime attaque, les racines de l'if proche jaillirent du sol pour le désarmer et le ligoter, puis l'emporter sous terre.
« Ainsi disparut Benny Bannon, le héros devenu une plaie. A Loutry-Ste-Chaspoule, la légende veut que l'if se dresse toujours dans le cimetière et qu'une fois de temps en temps, on entende l'arbre mugir le nom de celui qui, outre le fait d'avoir vaincu Bannon, fût également la dernière rencontre supposée du Marchand du Désespoir – ou plus communément, du Marcheur de Mort : Teegan Rumors. »
Teegan Rumors… Harry savait très bien où il avait déjà lu ce nom : Grinval le citait dans sa lettre abandonnée dans le laboratoire, Rumors était à l'origine du « parcours du combattant » qui se cachait derrière le rideau noir – et au bout duquel la récompense était soi-disant la baguette magique du Marcheur de Mort.
Néanmoins, l'aspect le plus intéressait demeurait le sortilège final de Rumors, car il avait visiblement utilisé la magie élémentaire pour parvenir à ensorceler les racines de l'if et se débarrasser de Bannon. Harry contempla un point invisible pendant un moment : avec le parchemin de Porgat, il pourrait sans doute reproduire le sortilège de Rumors – d'un point de vue théorique, bien évidemment, car Harry n'oubliait pas que Grinval avait insisté sur la dangerosité de l'Elémentarisme.
Refermant le livre, Harry jeta un bref coup d'œil à sa montre et s'empressa de quitter la Salle sur Demande. Le temps avait passé si vite qu'il n'y avait pas accordé de grande attention. Or, si le déjeuner allait commencer, il ne le ferait qu'après que Dumbledore eût donné le nom du candidat qui s'occuperait du Poudlard Reporter pendant l'année scolaire.
Lorsqu'il entra dans la Grande Salle, il crut être arrivé trop tard, car une grande partie des Serdaigle adressait à Webster des signes, des tapes amicales et des sourires rayonnants. Toutefois, Dumbledore était encore assis et les plats, vides.
− Juste à temps ! lança Liz quand il s'assit à côté d'elle.
− J'ai cru que Webster avait gagné…
− Certains le croient depuis qu'un troisième année a entendu Chourave dire que le projet de Webster était plus impressionnant qu'elle ne s'y attendait, dit Lily en haussant les épaules.
Harry regarda la table des Serdaigle, dubitatif. Comment pouvaient-ils en conclure que Webster avait remporté la rédaction du Poudlard Reporter ? se demanda-t-il.
Les derniers élèves entrèrent précipitamment dans la Grande Salle et se hâtèrent de s'asseoir, certains accusant quelques regards noirs de leurs camarades impatients. Alors, Dumbledore se leva en souriant largement, à la fois amusé par l'excitation et l'attente insoutenable – et plus que jamais, Harry prit conscience du succès du journal à cette époque-ci.
− Les directeurs des maisons ont tranché, déclara-t-il. Les deux projets ont agréablement surpris le jury, qui est toutefois unanime sur la décision de confier la rédaction du Poudlard Reporter à… Moira Winston !
