Bonjour à tous,

la suite avec une ou deux scènes qui devraient vous surprendre.

Cette partie qui est un peu plus sombre que les chapitres précédents et plus en lien avec "Kise" est bientôt finie.

Une petite surprise suivra puis les matchs vont commencer

Bonne lecture


Vendredi

Chambre de Kuroko

4h03

Kise resserre nerveusement ses bras autour d'un Kuroko endormi.

Depuis le début de la semaine, il se glisse dans la chambre et sous les draps de Kuroko toutes les nuits et jusqu'à présent, cette simple idée lui donne un grand sourire idiot.

Kuroko entre les bras, il arrive non seulement à dormir comme un bienheureux mais il peut plonger avec délice dans des rêves magiques.

Il rêvait de leurs prochains matchs avec Kuroko à ses côtés, à leurs futures victoires. A la façon dont il réclamerait son prix…

Il avait promis à Kuroko de ne rien tenter de plus déplacé que quelques baisers et caresses innocentes s'il acceptait de lui laisser une place dans son lit jusqu'à la compétition. Il sait bien qu'entre deux garçons, il y a des petits détails techniques qui rendent les choses compliquées pour ne pas dire douloureuses les premières fois.

Il n'a pas envie de brusquer les choses ni d'imposer quoi que ce soit à un corps qui lui paraît soudain bien fragile entre ses bras.

Dormir avec Kuroko lové entre ses bras est suffisant.

N'est-ce pas ?

Mais aujourd'hui son esprit tourne en boucle sur cette conversation qu'il a eu avec sa sœur.

Elle lui avait raconté le voyage en jet, la partie avec le père d'Akashi, l'émission, la victoire de Lee Sedol, sa visite dans un club de go coréen, la façon dont Akane prenait soin d'elle.

Qu'elle était prête pour sa première partie de tournoi contre la Chine demain.

Qu'elle était ravie d'être finalement allée en Corée.

Et il connait suffisamment sa sœur pour sentir qu'elle lui mentait.

Pas sur les évènements qu'elle lui avait reportés mais sur ceux dont elle ne lui parlait pas.

De nouveau il resserre ses bras autour de Kuroko encore endormi qui tente instinctivement de se dégager de son emprise. A contre cœur, Kise relâche un peu ses bras ne souhaitant pour rien au monde réveiller Kuroko.

Il n'a pas envie de lui en parler. Mais il n'est sûr que d'une chose, si sa sœur lui cache des choses, cela a forcément un lien avec leurs parents.

Il passe en revue tout ce qu'il pourrait faire. Parler à Midorima ? Peut-être que sa sœur s'était confiée à lui ? Mauvaise idée, si c'était vrai, il trouverait ça blessant et il ne veut pas mettre Midorima dans la situation où il devrait choisir entre respecter les confidences de sa sœur et lui parler.

Parler à Akashi ? Grâce à Akane, il saurait. Mais il aurait l'impression de prendre en traître sa propre sœur.

Non. C'est définitivement une mauvaise idée.

Instinctivement il resserre à nouveau ses bras sur Kuroko.

Quel idiot ! Il allait non seulement finir par le réveiller mais il allait surtout finir par lui faire mal.

Il se lève et libère lentement Kuroko qui continue à dormir paisiblement. Il sort dans les couloirs de l'hôtel et décide d'aller chercher quelque chose à grignoter dans les cuisines

Il n'a pas vraiment faim mais il sent qu'il doit d'éloigner de Kuroko et bouger sinon il allait devenir fou.

Après avoir descendu un étage, il arrive aux cuisines et tombe nez à nez avec Midorima qui est là depuis un petit bout de temps car sa tasse de thé a depuis longtemps refroidit.

- Toi non plus, tu n'arrives pas à dormir ? lui demande-t-il.

Midorima acquiesce d'un hochement de tête et Kise récupère une tasse de thé et une chaise pour s'asseoir face à lui en baissant les yeux.

- J'étais en train de me demander, dit Midorima, si Akiko t'en avait dit plus à toi qu'à moi. Et si j'avais même le droit de te poser la question.

Kise relève la tête avec un petit sourire amer :

- Je me posais à peu près la même question.

- Tu crois que votre père lui a parlé ?

Kise réfléchit longuement.

- Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé, lui répond-il, mais Akiko est nerveuse et en colère. Contre qui ou quoi et pourquoi ? Je n'en sais rien mais je ne suis sûre que d'une chose, elle ne réagit pas comme ça face à père…

- Tu crois que votre mère lui a parlé ? demande Midorima qui comprend vite où Ryota veut en venir.

Kise observe Midorima avec surprise. Akiko lui avait dévoilé beaucoup plus qu'il ne l'aurait cru.

- Elle t'a tout raconté ?

- Pas tout mais suffisamment pour que je comprenne.

Ryota entoure sa tasse de ses deux mains pour réprimer un tremblement nerveux. Il n'a pas l'habitude de parler à quelqu'un qui sait et il a la désagréable impression de se sentir à nu devant Midorima.

- Et j'espère que de ton côté, tu en as aussi parlé à Kuroko, continue Midorima.

Ryota regarde avec suspicion Midorima :

- Elle t'a vraiment tout raconté…

Midorima prend une gorgée de son thé refroidi :

- Non, dit-il. Je voulais juste une confirmation.

Kise lui lance un regard en coin.

- T'es plus retord que je ne le croyais, Midorima.

L'as de Shutoku se contente de baisser les épaules en guise de réponse avant d'ajouter :

- C'est Takao qui déteint un peu trop sur moi.

- Et ça te dérange ? demande Ryota avec prudence.

Kuroko est peut-être un ami mais c'est avant tout un garçon. C'est un fait qui pouvait en choquer plus d'un.

- Kuroko, dit Midorima d'une voix égale, c'est quelqu'un de solide et qui t'apportera toujours son soutien, surtout dans les pires moments parce que c'est là où il est le meilleur. C'est une des rares personnes que je respecte et je ne parle pas que de son basket. Tu ne trouveras jamais mieux.

Ryota rigole une seconde devant cette sentence expéditive. Midorima n'avait pas vraiment compris la question mais il y avait répondu quand même.

- Je pense, continue Midorima, que nous en saurons plus en regardant sa partie demain, dit-il. Et si c'est vraiment sérieux et qu'elle ne veut rien nous dire, on pourra alors demander à Akashi ce qu'il se passe.

Ryota hoche la tête. C'est une décision sage et réfléchie qui lui convient.

A cet instant, il a l'impression de ne plus être seul à pouvoir aider sa sœur, qu'il vient de se trouver un allier.

- Tu devrais retourner te coucher, lui dit Midorima.

Ryota lui retourne un petit sourire en pensant que Midorima ferait vraiment un excellent médecin car il est toujours aussi honnête qu'attentif aux autres.

- Toi aussi.

Il remonte en un rien de temps les étages et ouvre sans un bruit la porte de la chambre de Kuroko et reste une seconde interdit devant le spectacle.

Combien de temps était-il sorti de la chambre ? Cinq peut-être dix minutes ? A peine plus.

Sur la tête de Kuroko, c'est de nouveau n'importe quoi ! Et dans tous les sens.

Pourtant il aurait juré que Kuroko est exactement dans la même position que lorsqu'il l'avait quitté.

Le cœur un peu plus léger après avoir parlé avec Midorima, il se couche à nouveau et sourit lorsque Kuroko se rapproche de lui, cherchant sa chaleur.

Avant de fermer les yeux, il règle son réveil pour se déclencher dix minutes plus tôt que prévu. Il faudrait bien ça pour remettre un semblant d'ordre dans le capharnaüm qui règne sur la tête de Kuroko et finit enfin par s'endormir.


Salle commune

7h32

Akashi regarde Murasakibara qui s'installe en face de lui. Cette étrange gêne qui subsiste entre eux est loin d'être dissipée mais son sourire lorsque leurs regards se croisent a retrouvé cette simplicité enfantine qu'il arbore avec ses amis.

Sa présence à ses côtés l'empêche presque de faire un mouvement de recul instinctif lorsque la coach suivi de Belle s'assoient à sa table. Instinctivement, il prend bonne note du fait que son premier café est entamé.

- Je voulais m'excuser pour hier, dit-elle. Je n'avais pas tort mais je n'étais pas en colère que contre vous, j'étais aussi en colère contre moi.

Akashi se dit que petit un si Louise lui parle en français, c'est qu'elle veut que la conversation reste entre eux et que petit deux pour la première fois depuis longtemps il n'a aucune idée sur la tournure qu'allait prendre cette conversation.

En quelques jours, il avait perdu beaucoup de ses certitudes. Et curieusement, il en avait gagné d'autres.

- Quand j'ai accepté votre proposition, continue Louise, je crois que j'ai inconsciemment fait une différence entre vous et les autres membres de l'équipe et c'est une erreur que je ne referais pas.

Elle prend une grande gorgée de café comme pour clarifier sa pensée.

- Mon père est médecin et je ne peux pas voir un joueur se surmener sans imaginer tout ce que cela peut entraîner sur ses jambes, ses genoux, ses poignets, son dos. Je connais par cœur tous les troubles et leurs conséquences qui peuvent toucher un sportif qui fait un peu trop de zèle ou tout ce qu'une fatigue excessive peut provoquer.

De nouveau, elle plonge dans sa tasse de café.

- Quand j'ai donné les matchs de l'Argentine à Takao et Izuki, j'ai toujours gardé un œil sur eux. J'ai interdit à Kise et Kuroko de continuer à s'entraîner seuls pour éviter qu'ils se dépassent leurs limites. J'ai gardé un œil sur les entraînements de Jonas avec Aomine et Kagami. Mais quand je vous ai donné les matchs de l'Espagne, je n'ai pas pris les mêmes précautions.

Belle lui lance un regard en coin et remballe les arguments qu'il avait préparé pour lui demander de faire une petite démonstration de parkour un ballon à la main. Mais maintenant, il comprend un peu mieux ses réticences.

- Quelques jours avant de vous rencontrer pour la première fois, dit Louise, j'avais reçu les résultats des concours que j'avais passé et j'ai été acceptée dans mon premier choix. J'étais en train de faire le deuil de mon lien avec le basket, de me résoudre à ce que cela ne devienne pas plus qu'une ligne dans un CV, quelques matchs sur le terrain au bout de ma rue et de bons souvenirs à se remémorer autour de quelques verres avec de vieux amis qu'on ne voit presque plus.

Louise sourit tristement en repensant à son vieux terrain de street basket où elle avait usé un nombre incalculable de paires de basket.

- En découvrant les talents de Kuroko, j'ai commencé à me dire que votre équipe avait les moyens d'aller loin et que cette dernière aventure serait pour moi le plus beau des adieux au monde du basket que je n'aurai jamais espéré vivre. Puis en testant un à un tous les membres de votre équipe, j'ai su que je m'étais trompée.

Louise repousse sa tasse de café vide et fixe Akashi dans les yeux :

- Nous n'avons pas la possibilité d'aller loin, nous pouvons aller jusqu'au bout.

Akashi sourit à son tour, ce n'est plus « votre équipe » mais « nous » dans les paroles de la coach.

- Cette chance que vous m'avez offerte ne continuera à être tangible que si tous mes joueurs sont au mieux de leur forme parce que maintenant je sais que toutes mes pièces ont un rôle à jouer sur le terrain. Alors de la première à la dernière minute de cette compétition, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que tous mes joueurs soient au meilleur de leurs capacités.

Elle se rapproche d'Akashi avec un air mortellement sérieux :

- Et vous êtes un de mes joueurs.


Salle commune

18h11

Midorima et Kise se dépêchent d'allumer le poste sur la chaîne de go qui retransmettait les trois parties du premier match de la coupe d'Hokuto, la Chine contre le Japon. Ils avaient demandé à la coach de sortir de l'entraînement un peu plus tôt pour assister à la fin de la partie d'Akiko.

C'est une partie où chaque joueur a deux heures pour jouer et qui commençait à 17h autant dire que les préliminaires devaient sûrement juste être finis et les prémisses du combat à peine esquissés.

Les trois parties étant jouées en même temps, l'écrans alternait entre les trois goban et les pros parlent actuellement de la partie entre les deux seconds capitaines qui sont en plein combat.

Ce qui n'intéressent ni Midorima ni Kise qui prennent leur mal en patience.

Puis la partie change et cette fois c'est de la troisième partie que les pro discutent. Le combat n'a même pas commencé et déjà l'avantage qu'a pris le pro chinois est plus qu'évident.

Kise et Midorima commencent à sentir poindre un pressentiment désagréable dans un coin de leur esprit.

Ils en oublient la présence silencieuse d'Akashi et Kuroko qui viennent de les rejoindre après l'entraînement, les regards tournés vers l'écran.

Puis l'écran change à nouveau sur la partie des seconds capitaines.

Pourquoi ?

Pourquoi ne montrent-ils pas la partie d'Akiko ?

Puis, alors que le chinois est en train de réfléchir sur une situation compliquée, les deux pros reviennent à l'écran.

- Il semble évident que tout va se jouer sur cette partie, dit Takemiya.

- Oui, confirme la jeune femme brune à ses côtés. Avec la victoire de Kise sensei et le très mauvais fuseki du troisième capitaine, cette partie dont le combat s'engage à peine sera celle qui décidera la victoire.

Kise et Midorima se lancent un regard en coin. Si Akiko avait déjà gagné, cela ne signifiait qu'une chose, la partie avait été expéditive.

- C'était une partie pour le moins étonnante, continue la jeune femme.

Takemiya acquiesce d'un hochement de tête.

- Je crois que cette partie de Kise sensei, continue la jeune pro, est la première où elle a réussi à maîtriser votre style de façon aussi efficace. Elle n'avait encore jamais réussi à reproduire votre niveau de calcul dans les combats, elle n'a laissé aucune chance à son adversaire.

La partie s'affiche à l'écran et Kise comme Midorima peuvent voir avec quelle rapidité Akiko avait brisé dans l'œuf tous les espoirs de son adversaire.

Sans pitié, elle avait attaqué et tué l'invasion, ravageant le bord sud adverse avec une férocité terrible.

Akiko ne va pas bien.

Ca ressemblerait presque à une partie de Teiko à la pire époque contre une jeune équipe de débutant. Un vrai massacre.

- C'est assez décevant comme partie, continue Takemiya. Depuis plusieurs parties, j'avais cru discerner dans le jeu de Kise un style bien différent du mien, plus subtile et plus équilibré. J'avais même cru entrevoir une évolution qui lui permettrait un jour de me dépasser.

Takemiya observe de nouveau les phases de combat :

- Dans cette partie, j'avais plus l'impression de la voir se battre contre sa propre ombre plutôt que contre son adversaire.

Midorima et Kise se tournent dans un seul mouvement vers Akashi avec la même requête au fond des yeux.

- Je vais appeler Akane san.


Séoul

18h11

Akane jette un regard prudent vers Akiko qui entre dans le taxi qu'elle vient d'appeler.

La partie de Kise sensei avait duré à peine une heure.

Une vraie boucherie.

Depuis qu'elle avait lu la lettre de son père, elle s'était fermée.

Elle ne parle que lorsqu'on lui adresse la parole et pose un regard froid plein d'une colère glacée sur tout. Il est plus qu'évident que contrairement à ce qu'elle lui avait affirmé, cette nouvelle l'avait secoué.

Et d'un certain côté, elle trouve que c'est rassurant.

Suite à l'émission de go, Monsieur Akashi et des représentants de deux chaînes de go voulaient la voir assez vite et elle se dit que cette réunion allait être longue.

Après un nouveau coup d'œil au regard froid d'Akiko, elle se demande si ne devrait pas annuler cette réunion.

Elle n'avait pas tenté d'approche car Akiko n'est pas prête à écouter qui que ce soit. Et aussi parce qu'elle avait été choquée par sa réaction.

En sortant du taxi, elles se dirigent en silence vers le siège de Baduk TV où avait lieu leur entretien. Akane savait en acceptant la proposition d'Akashi qu'elle aurait à protéger Akiko contre son propre père, pas qu'elle aurait à la protéger d'elle-même.

Son sang se fige lorsqu'elle voit Monsieur Kise les attendre devant l'entrée.

Sous ses yeux, il n'a rien de l'homme arrogant et sûr de lui que Monsieur Akashi lui avait décrit et Akiko n'a rien de la jeune fille fragile qui aurait besoin d'une quelconque protection.

Un bref instant, Akane se demande qui est le plus en danger à cet instant.

- Il faut que je parle à mon père, dit Akiko d'un ton sans appel.

Pour la première fois, lorsque les deux regards se croisent, c'est Akiko qui prend le dessus.

- J'ai lu la lettre et je n'irai pas.

Le père d'Akiko accuse le coup difficilement :

- C'est ta mère, Akiko. Tu ne peux pas…

- Non ! Elle n'a de mère que le nom, elle ne s'est jamais comportée comme tel ni pour Ryota, ni pour moi. Nous étions ses marionnettes plus que ses enfants, de jolies poupées qu'elle pouvait tenir sous sa coupe parce que tout ce que nous voulions s'était être acceptés, peut-être même aimés parce que c'était notre mère et que nous étions prêts à tout pour ça.

- Akiko…

- Non ! Père, tout ce que vous avez fait, dit-elle, tout ce que vous nous avez fait à mon frère et moi, je ne peux ni l'oublier, ni le pardonner. Mais je peux le comprendre. Parce que dans votre logique torturée et maladive, dans votre petit monde où tout est noir ou blanc, vous êtes persuadé d'avoir agi pour nous, dans notre intérêt parce que malgré tout nous sommes vos enfants et que vous nous aimez.

Monsieur Kise fait un pas vers elle mais Akiko l'empêche de s'approcher en mettant ses bras devant elle comme si elle cherchait à se protéger instinctivement en mettant une distance entre eux.

Akiko se recule dans un sursaut et Akane voit à quel point ce simple geste blesse Monsieur Kise.

- Je sais ce que je vous dois, avoue-t-elle. Mais tout ce que mère n'a jamais fait, c'est pour elle qu'elle l'a fait. Je doute qu'elle ne nous ait jamais considéré comme ses enfants, encore moins qu'elle nous ait un jour aimé.

- Akiko…

- Je n'irai pas, cette femme n'existe plus pour moi, dit-elle en baissant les yeux.

Cette fois elle ne repousse pas son père qui la force lentement à relever la tête :

- Alors pourquoi tu pleures Akiko ?


Dans la foule des passants qui marchent dans la rue, un homme reste figé devant la scène à laquelle il vient d'assister.

Ces mots qui ne lui étaient pas destinés le touchent avec une acuité mordante.

Un bref instant, il sent son cœur se serrer et son petit monde si bien ordonné lui paraît absurde et sans logique, criard et agressif.

Son souffle se coupe et son cœur s'emballe.

Ces mots.

D'un geste nerveux, il prend son portable, fait dérouler les noms de son répertoire et pour la première fois de sa vie, il a presque peur de composer un numéro.

Avec une lâcheté qui ne lui ressemble pas, il replace son téléphone dans sa poche.

- Monsieur Akashi, le rappelle à l'ordre son assistant à sa droite, nous allons finir par être en retard à la réunion.


18h32

General Hospital

Chambre n°321

Dans le couloir du troisième étage de l'aile ouest, Akane observe avec attention Monsieur Kise et Monsieur Akashi qui se trouvent en face d'elle.

Monsieur Kise avait été étonnant. Et le mot est faible.

En quelques mots, il avait réussi sans peine à reporter leur réunion au siège de Baduk TV à demain et les responsables qui avaient programmé la réunion avaient fini par s'excuser sans qu'ils ne comprennent ni vraiment comment ni pourquoi ils devaient le faire. Puis il avait convaincu Akiko de l'accompagner à l'hôpital et Monsieur Akashi leur avait fourni son propre véhicule et son chauffeur pour les amener à l'hôpital au plus vite et arriver avant la fin des heures de visite avant de décider de bousculer son emploi du temps surchargé pour les accompagner en personne.

Et d'un seul coup d'œil, Akane sait que Monsieur Kise ne s'attendait pas à ce que ses manœuvres ne marchent aussi bien et le fait que Monsieur Akashi les accompagnent le contrarie au plus haut point.

Mais il ne montre rien et parle avec une éloquence impressionnante face à Monsieur Akashi. Agréable, prévenant et sachant éluder avec une habilité presque dérangeante les questions trop embarrassantes, il avait été parfait, le remerciant pour son aide, pour son poste et de l'opportunité qu'il avait donné à sa fille.

Et Akiko n'avait pas desserré la mâchoire pendant tout le trajet.

A l'hôpital, les heures des visites étaient dépassées depuis quelques minutes mais la présence de Monsieur Akashi ouvre toutes les portes.

Akiko avait insisté pour voir sa mère seule. Alors Akane se retrouve dans un face à face silencieux et inconfortable avec Monsieur Kise et son patron dans le couloir. Pour la première fois le masque tombe et le père d'Akiko n'arrive plus à maintenir la façade polie qu'il leur présente depuis la première minute.

Madame Kise est dans une chambre que l'on attribue aux malades sous surveillance constante avec une grande vitre et des murs fins qui leur permettent de voir et d'entendre sans problème tout ce qui se passe dans la chambre 321.

La mère d'Akiko est dans un état alarmant. Akane avait vu des photos de cette belle femme blonde aux yeux clairs qui avaient fait la couverture des plus grands magazines avant de devenir Madame Kise. Allongée sur son lit d'hôpital, le regard vide, elle n'est plus que l'ombre de celle qu'elle avait été. Les traits creusés, les cheveux tirés en arrière, maigre à en faire peur, elle n'a plus rien de séduisant et elle ne semble même pas réagir à la présence de sa fille à ses côtés.

Akiko ne dit rien, elle reste assise aux côtés de sa mère sans un mot.

Perdue dans la contemplation de cette scène presque tragique, Akane sursaute quand son téléphone vibre dans sa poche.

D'un geste mécanique, elle regarde son écran et cache difficilement sa surprise en voyant le nom de la personne qui l'appelle.

Akashi Seijuro

Et elle pâlit lorsqu'elle voit que le père d'Akashi lui demander son propre portable.