Merci à Mnie pour ses comms !

Voilà la suite.

Merci aussi à Mel.

Bonne lecture.


Partie 25


Esmé me servit un plat bien copieux et s'installa en face de moi, pour me regarder manger. J'étais bien en sa présence, sans les autres pour me détailler avec curiosité. Nessie était avec Blondie. Des trucs de filles à discuter, je n'étais pas curieux de savoir alors je n'étais pas concentré dessus.

Le plat fumant me dénoua l'estomac, ravivant mon appétit. Esmé savait parler à mon estomac. Elle avait toujours su. J'avalai le verre d'eau qu'elle m'avait servi pour conclure ce bon repas et m'essuyai la bouche avant de me concentrer sur elle. Son regard sur moi était le même, c'était étonnant et en même temps tellement prévisible. J'aurais dû me douter qu'elle saurait faire la part des choses.

-Vous m'avez manqué Esmé.

Elle me sourit mais je perçus un certain étonnement.

-C'est comment entre nous ? Lui demandai-je.

-Comment ça ?

-Dans mon autre vie, vous étiez comme ma mère. Je pouvais tout vous dire.

Son regard se fit maternel et je me détendis.

-Tu peux tout me dire aussi maintenant si tu le souhaites.

-Ce n'est pas ce que je vous demande.

Elle se perdit en elle-même, repensant peut-être à certaines choses.

-Tu te confies à Bella. Il a été compliqué de nouer des liens avec toi étant donné la rancune que te voue mon fils.

-Je suppose que je ne peux que m'en prendre à moi-même.

Ça me pesa subitement.

-Je pense que nous avons tous une part de responsabilité alors ne te sens pas coupable.

-J'aimerais tellement.

Sa main posée sur la table glissa vers moi et se retourna, paume vers le ciel.

-Je sais que tu es quelqu'un de bien et c'est tout ce qui m'importe. Je sens que nous sommes liés, je le vois dans tes yeux. Rien ne nous empêche de recréer ce lien maintenant.

Ma main glissa dans la sienne avec gratitude. Elle posa son autre main et me recouvrit la main. J'étais habitué à ce contact glacé. Je n'y prêtai pas attention, je savais juste que j'avais le cœur moins lourd.

-Je sais que c'est avec toi que Nessie sera heureuse, n'en déplaise à Edward. Je ferai tout pour t'aider, si tu es dans le flou, demande moi.

Je lui lançai un regard reconnaissant.

-Tu as l'air fatigué.

-Je le suis. Ça fait des mois que je dors mal.

-J'espère que les choses rentrerons dans l'ordre maintenant que Nessie et toi êtes réconciliés.

-Je l'espère aussi.

Mais rien n'était moins sûr.

-Tu es tracassé. Ça se voit.

-Et pas qu'un peu, soupirai-je.

Je l'observai intensément, plongeant dans son regard ambré.

-Je pense que ma sœur…

Carlisle entra au même moment, prit place au côté de sa femme et lui encercla la taille. Je récupérai ma main et détournai le regard de ce couple si parfait. Je lui en voulus de me priver d'Esmé.

-Ecoute, Jake, intervint-il, il faudrait que tu discutes avec Seth. Peut-être que tu saurais le ramener à la raison.

Je voyais clairement son inquiétude.

-Peut-être, dis-je sans conviction. Dans tous les cas, il faudra mettre un terme à tout ça.

-Ce n'est pas l'idéal de la savoir avec lui mais quel choix avons-nous à part la discussion ?

-Aller la chercher tout simplement peut-être ? Répondis-je sèchement.

-Non, on a déjà testé, ça s'est très mal passé.

-Ce qu'elle a besoin c'est de soutien, ajouta Esmé, elle digère mal ton éloignement.

-Oui, j'ai bien compris mais c'est pas auprès de Seth qu'elle doit se réfugier, je ne comprends même pas comment c'est possible.

-Nous non plus. Ça a été un choc général, me révéla Carlisle.

Ça je voulais bien le croire.

J'entendis Nessie arriver, je me levai et leur souhaitai une bonne nuit par habitude. Ils hochèrent la tête, un brin soucieux.

-Tu peux m'appeler quand tu veux, Jake. N'hésite pas, insista Esmé.

Nessie entra et se posta à mes côtés.

-Vous me préviendrez quand ils rentreront ?

Par « ils » je supposai que ma femme parlait de ses parents.

-Bien sûr, mon trésor, répondit sa grand-mère.

Nous grimpâmes dans la voiture, je me détendis à mesure que l'on s'éloignait. J'avais réussi à esquiver Alice ou alors c'était elle qui l'avait fait. Tant mieux, je lui en voulais toujours et c'était déraisonnable mais bien tenace. Son mari avait eu l'obligeance de me dispenser de sa présence lui aussi. Mais un jour ou l'autre il faudrait en parler…

-Tu veux en parler ?

Entendre la voix de Nessie me fit presque sursauter.

-Parler de quoi ?

-De ce qui te mine ?

-Non.

Elle se ferma comme une huitre et je m'en voulus, cependant je n'avais pas envie d'en parler. Je voulais une bonne nuit de sommeil. En me garant devant la maison, je perçus la tension entre nous. Elle fila à l'intérieur et je la suivis d'un pas lourd. Je sentais la dispute arriver…

Mais rien ne vint.

Je fermai les volets du rez-de-chaussée et fis un tour dans la salle de bain avant de regagner notre chambre. Nessie était déjà au lit, sa lampe de chevet éteinte. Mon cœur se mit à cogner en réalisant que j'allais passer ma première nuit avec elle depuis pas loin d'un an. Lors de notre escapade de deux semaines, j'avais dormi sur le canapé. Elle me l'avait demandé, j'avais accepté. Je retrouvai enfin notre intimité qui m'avait tant fait défaut. Vêtu d'un seul bas de pyjama, je me faufilai dans les draps frais et éteignis à mon tour ma lampe. Cela ressemblait à un bond dans le temps, mais la sensation n'était pas la même.

-Bonne nuit, murmura-t-elle.

Elle me tournait le dos et ça me faisait mal. J'étais malheureux par tout ce que j'avais appris aujourd'hui et ces derniers jours. Je me blottis contre son dos pour essayer de trouver la paix.

-Bonne nuit ma chérie.

Elle ne refusa pas le contact et je m'endormis sans m'en rendre compte.

OoooO

J'arrivai au garage fébrile.

C'était le même, au même endroit. Nessie m'avait laissé un mot sur la table m'indiquant qu'elle avait des rendez-vous, que je ne devais pas l'attendre. Plutôt que de tourner en rond dans la maison j'avais préféré aller travailler. Je devais retrouver une vie normale, du moins aussi normale que possible. Je fus soulagé d'y trouver Embry. Il me sourit et me montra deux voitures en m'expliquant qu'elles venaient d'arriver et ce qu'il y avait à faire dessus.

-C'est pas trop tôt, je croule sous le taf et toi tu pars en lune de miel avec ta femme.

-C'était pas vraiment une lune de miel.

-Je le sais bien, je te taquine, je suis content que tu l'aies retrouvée. Les affaires marchent pas très bien depuis ton absence, du coup j'ai dû prendre un gars en intérim le temps de nous remettre. J'espère que ça t'embête pas ?

-Ben non, t'as bien fait. Je suis désolé de t'avoir fait faux bond, je vais me remettre au boulot.

-C'est pas de refus.

Au même moment, un mec entra et salua Embry qui me le présenta. Il m'avait l'air honnête et travailleur. Je lui serrai la main, et commença alors une journée de travail des plus libératrices.

A l'heure du midi, je me rendis compte que je n'avais rien à manger. Embry me proposa de partager sa gamelle :

-Kim m'en met toujours trop.

Nous mangeâmes un moment en silence.

-Alors ? Kim m'a dit que tu acceptais d'être le parrain ?

-Oui.

-Je suis content. J'ai tellement hâte de voir ma fille arriver. Je n'arrive pas à croire à ma chance. Dire que…

Je me ratatinai. Je ne voulais pas entendre ça. Il remarqua mon silence, n'insista pas.

-Et cette visite chez ta sœur ?

-Une catastrophe.

-Je m'en doutais. Je ne sais pas pourquoi tu insistes, je t'ai dit de leur laisser un peu d'air.

-Il faut que tu saches Embry…

Je cherchai mes mots, il me dévisagea avec inquiétude.

-Quoi ?

-Je ne suis pas celui avec qui tu as vécu ces dernières années.

-Hein ?

-Tu te rappelles la bataille ?

Il s'assombrit.

-Oui.

-Je n'étais pas là, j'étais allé chercher Nessie. Et ensuite je me suis imprégné et j'ai atterri ici sept ans plus tard. Je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé entre deux.

Il me regarda avec stupeur, avalant ce qu'il avait dans la bouche puis se pencha vers moi.

-Tu veux dire…

-Oui je suis le Jake qui est revenu du futur.

Il écarquilla les yeux, puis se leva et me serra fort dans ses bras :

-Je ne pensais jamais te revoir, je suis heureux de te retrouver.

-Mais pourquoi ? M'étonnai-je.

-Pour te remercier. Ta sagesse me manque, ton attitude posée et tes conseils avisés aussi.

Il s'interrompit :

-Je n'arrive pas à croire que je viens de dire ça. J'ai l'impression d'être complètement fou.

-Je comprends.

Il retourna s'asseoir.

-Pourquoi tu ne fusionnes pas avec ton alter ego ?

-Ce n'est pas mon alter ego, je ne l'ai pas créé, il existe et je viens de prendre sa place. Je l'ai effacé.

-Vu comme ça c'est moche.

Son enthousiasme retomba.

-C'était dur la vie avec lui, ses incertitudes, ses obsessions, ses craintes, mais je l'aime c'est mon pote, et toi aussi tu es mon pote. Je suis un peu perdu.

Il se frotta le front, soucieux.

-Ne te tracasse pas. On ne peut rien y faire, peut-être que je dois faire la paix avec moi-même et ainsi nous saurions ne refaire qu'un.

-Tu penses qu'il reviendra.

-Oui.

Il en parut soulagé. J'en profitai pour lui poser la question qui me tracassait.

-Tu savais que Paul battait ma sœur ?

Il s'horrifia :

-N'importe quoi !

-J'ai vu les marques sur ses bras.

-Je n'ai rien remarqué.

-Elle les avait camouflées.

-Il y a sûrement une explication.

-Tu sais que Paul me se montrer violent.

-Il adore ta sœur, jamais il ne pourrait… Jake ne m'en avait pas parlé, il l'aurait aussi remarqué si c'était le cas.

Il marquait un point, pourtant…

-J'ai envie de le tuer, je te jure. J'espère pour toi que tu as raison et qu'il y a une explication.

Il fronça les sourcils, encore plus soucieux :

-Ne fais rien de stupide, Jake.

OoooO

En rentrant le soir, éreinté, je franchis le seuil de la maison avec un poids moins lourd sur les épaules. Ça sentait bon, Nessie était en cuisine. Je vins l'embrasser sur le front, la serrai fort dans mes bras et je partis me changer. Nous mangeâmes sans un mot, mes yeux braqués sur elle, pour être sûr qu'elle ne disparaisse pas. Je la prévins juste que j'avais invité Embry et sa femme pour diner le lendemain. Elle regarda ensuite la télé, moi j'étais trop claqué pour ça. Malgré la fatigue, je tournai en rond dans le lit, ruminant sur mes soucis : Rachel, Bree, Paul, Leah, Sam, Seth, Bella… jusqu'à ce que Nessie vienne se coucher. Encastré dans son dos, je m'endormis dans la foulée. Apaisé.

OoooO

Cette semaine de travail fut salutaire. Mon amitié avec Embry était intacte, c'était bien la seule chose qui n'avait jamais changé. Mon bien-être se renforçait entre ces quatre murs où je n'avais pas à penser. En rentrant chez moi ce samedi soir, je trouvai la maison vide. Mince. Je zieutai mon portable, pas de message. Je me changeai et m'affalai dans le canapé en attendant Nessie. Quand elle franchit le seuil après une heure, je me levai pour aller l'accueillir. Elle toléra un vague baiser et se dévêtit, accrochant sa veste sur la patère de l'entrée. Elle ôta ses chaussures et massa chacun de ses pieds .

-Tu étais où ?

-Au travail, où veux-tu ? S'agaça-t-elle.

-Un samedi ?

-Oui, marmonna-t-elle en déposant son sac sur la desserte non loin. On mange quoi ?

-Ben… bafouillai-je, je t'attendais, je savais pas quoi faire …

-Sérieux !

Elle s'embrasa comme une flamme, m'invectivant, traversant la cuisine comme une furie, ouvrant le frigo. Elle en sortit deux tranches de bœuf et de quoi faire une salade de pomme de terre ou un truc dans le genre.

-Ça te va, ou tu veux que je te tienne la main ?

-Ça va aller, je m'en occupe.

-Moi, tu sais, je m'en fous, je peux me nourrir autrement sans problème !

Je me raidis, stressé d'un seul coup.

-Pourquoi tu t'énerves ?

-Je rentre du boulot et toi t'es affalé dans le canapé.

-J'étais fatigué.

-Pas moi peut-être.

-Je ne voulais pas dire ça, je savais pas que tu bossais à l'association aujourd'hui.

-Si tu me parlais tu l'aurais su.

Elle quitta la pièce et me laissa là comme un con. Je cherchai à saisir ce qui clochait, mais en vain.

Nous dinâmes encore en silence. Quand elle s'installa pour regarder la télé, je fis une tentative de réconciliation.

-Tu regardes quoi ?

-La télé.

-Nessie…

Elle bondit comme un ressort et me balança les télécommandes. Elle était déjà dans l'escalier quand je lui criai :

-C'est pas comme ça qu'on va régler le problème.

Je me positionnai en bas de l'escalier. Elle revint vers moi lentement, ce qui ne présageait rien de bon.

-Parce que maintenant tu veux discuter ?

-Il y a un souci à l'évidence et je t'ai promis de ne pas faire comme mon ancien moi. Je veux être là pour toi.

-Je n'ai pas vu de différence entre vous deux cette semaine. Pas un mot, tu m'as ignorée royalement.

-Faux ! J'ai passé du temps avec toi. C'est ce qui m'a permis de ne pas péter les plombs.

-Tu as dormi près de moi, c'est tout. Et sache que je ne suis pas un doudou.

-Nessie…

-Tu n'es pas là, tu n'es pas avec moi, tu es ailleurs.

-Je suis là pourtant.

-Non, ton corps est là, mais ta tête est ailleurs, tu ne me confies rien, je vois bien que ça ne va pas mais tu continues de me tenir à l'écart comme avant.

Je ne m'en étais pas rendu compte.

-Si je t'en parle pas c'est parce que j'aimerais ne plus y penser.

-Penser à quoi ? Sam ? Leah ? Ma mère ?

Je ne relevai pas. Je m'adossai au mur et fermai les yeux, éprouvé.

-Je crois que Paul violente ma sœur. Mon cœur battait si fort qu'il menaçait d'exploser.

Il y eut un long silence avant d'entendre ses pas dans l'escalier. Elle me fit face :

-Je le crois aussi.

Mes yeux se rouvrirent instantanément.

-Quoi ?

Je constatai sa pâleur soudaine.

-Je lui ai rendue visite il y a quelques semaines et j'ai cru remarquer des bleues mais elle a prétexté une chute et a détourné la conversation, me conseillant de te tenir à distance d'elle. Je discerne bien les gens, et je vois quand ils mentent.

-Tu m'en as parlé ?

-Oui, évidemment, s'offusqua-t-elle. Mais tu ne m'as pas cru, et le lendemain, en allant voir ta sœur tu n'as distingué aucunes traces de coups avant qu'elle ne te jette hors de chez elle.

-Je ne t'ai pas cru, me désolai-je.

-Non, mais personne n'y croit comme si l'imprégnation préservait des violences physiques et morales.

-En théorie oui, dis-je mais qui connait l'histoire de Sam devrait savoir que parfois on peut faire du mal sans le vouloir.

Elle m'examina intensément, cherchant je ne sais quoi au fond de mes yeux. Je saisis l'occasion de m'excuser.

-Je ne voulais pas te blesser mon cœur. J'ai juste eu du mal avec tous ces coups durs. Je n'arrive pas à me situer, je ne sais pas comment gérer les choses alors qu'il me manque tellement d'éléments pour comprendre tout ce qui se passe.

Elle parut s'adoucir.

-Ça je le sais, mais j'étais là, je suis ta femme, je peux t'aider. Sinon à quoi bon nous donner cette deuxième chance si c'est pour te murer dans le silence ?

-Si je garde le silence c'est que je suis cloué par la peur.

Je n'osai pas la regarder cette fois mais rien n'était plus vrai.

-La peur ?

Elle caressa ma joue, je fermai les yeux.

-De quoi as-tu peur ?

-De mal faire, de commettre encore des erreurs irréparables, de gâcher la vie des autres. Et la nôtre par conséquent.

Elle attrapa mon visage entre ses mains, m'obligeant à l'affronter.

-Regarde-moi. Tu ne peux pas faire l'autruche, y'a rien de pire, tu dois vivre, prendre ce que la vie te donne, t'adapter à cette nouvelle vie. C'est ce que j'essaie de faire pour ma part. Et c'est dur crois-moi de refaire confiance mais j'essaie parce que je n'ai pas le choix.

-On a toujours le choix.

-Tu sais bien que non. Nous deux c'est …

Je lui scellai les lèvres de mes doigts.

-Nous deux c'est de l'amour, n'y vois rien d'autre.


La suite quand je pourrai