Hello !

Pas de blabla aujourd'hui. Juste un énorme merci à ces fidèles lectrices : Ingrid, Amazing-Destiny, Coralie91 et Rosa020 !

Tout de même, s'il y a des questions ou quoi que ce soit, n'hésitez pas !

A la prochaine ! Et bonne lecture !


Chapitre 20.a

Le cœur de Rose se serra douloureusement. Elle agrippa la clef du Tardis entre ses doigts. Le Méchant Loup continuait de hurler. La tempête était bel et bien là. L'Univers en tremblait de terreur. Il semblait même à la jeune femme qu'il s'était figé, le souffle coupé, son entière attention fixé sur ce qui passait en ce lieu dont l'issue de cette tempête allait déterminer sa destinée. Tout comme la personne qui se tenait face à elle, statufiée depuis que leurs regards s'étaient croisés et reconnu. Depuis quelques minutes, ils se dévisageaient, se scrutaient, se sondaient. L'un comme l'autre ne savait réellement si l'autre était bien concret.

Refuser ou accepter cette terrible réalité que l'autre existait ?

La jeune femme ne savait pas où elle en était. Et, la personne, cet homme particulièrement, l'observait avec une intensité douloureuse. Elle discernait au fond de ses yeux une lutte intérieur. Elle ne voulait toujours pas croire que cet homme était le responsable des enlèvements des dix Docteurs. Qu'il était à l'origine même de la tempête. Comment pouvait-il leur faire du mal ? Elle ne comprenait pas. Elle ne le comprenait pas. Lui. Cet homme qui abhorrait la violence, ne l'utilisait qu'en ultime recours et parce qu'il n'avait plus le choix. Cet homme qui offrait toujours une autre solution, donnant ainsi la possibilité de choisir. Comment pouvait-il être arrivé à cet extrémité ? À s'attaquer aux Docteur ? Non, ce n'était pas cet homme qu'elle avait face à elle. Ce n'était pas lui.

Rose se tourna un bref instant vers son Docteur pour constater qu'il était toujours enfermé dans sa boite. À encore avoir mal. À souffrir toujours plus pour cet Univers. Était-ce le prix qu'il devait payer à l'Univers pour la retrouver à ses côtés ? Était-ce une compensation que l'Univers lui demandait en contre-partie pour tous ces moments, ce bonheur qu'ils avaient partagé ensemble jusque-là ?

Quelque chose en elle pesait très lourd sur son cœur. Serrant toujours plus fort la clef dans la chair de sa main, elle reporta son attention sur l'incarnation de la tempête.

Non... Cela ne pouvait pas être lui... Ce n'était pas lui. Pas en cet homme qu'elle croyait. Pourtant, elle devait admettre la vérité. Ce n'était pas qu'une vision, une simple illusion, voir une hallucination. Pourtant Dieu qu'elle aurait préféré être sujet à un tour de son cerveau malade.

Elle le connaissait cet homme. Par cœur même. Avait appris à l'apprivoiser, à le comprendre, à lui parler, à savoir comment réagir face à ses gestes et mots. Et après s'être tant battue pour lui, elle avait réussi à l'obtenir cette clef si convoitée. Celle de cet être si complexe, tellement insaisissable. Et pourtant, elle, sans vraiment savoir encore comment aujourd'hui, elle l'avait réussi cet exploit. Après tout ce temps, à avoir froid l'un et l'autre, à être restés des étrangers pendant si longtemps, se contentant de s'observer à travers la vitre qui les séparait, ils s'étaient vraiment rencontrés. Leurs cœurs enfin réchauffés par ce brasier ardent provoqué par cette petite étincelle... étincelle qui depuis était devenue une majestueuse et flamboyante lueur habitant ce regard unique qui provoquait toujours en elle une fièvre ; et qui à son tour avait réussi à l'apprivoiser, à guérir peu à peu la femme meurtrie qu'elle était.

Alors oui, elle le reconnaissait. C'était lui sans l'être. Cet homme si grand, si beau, si charmant, avec ses cheveux bruns toujours indisciplinés et à l'impeccable costume rayé et aux Converses beiges. C'était le Docteur. Pas n'importe lequel car dans ce cas, elle aurait peut-être compris ce qui se passait. C'était sa dixième régénération. Sa version du Docteur. Mais laquelle ? Provenait-elle du passé ou bien du futur de son Docteur présent ? Avec un être qui voyageait sans cesse sur le fil du temps, on pouvait se poser la question...

Après de longues minutes silencieuses, le Docteur comme hypnotisé, fit disparaître en quelques enjambés la distance qui les séparait. Rose sentit derrière elle Jack se tendre et prendre une position défensive avant de lui faire signe de ne pas bouger. Ce n'était pas son combat. Il ne devait pas influencer sur ce qui allait se passer.

Cet autre Docteur, posté dorénavant à quelques infimes centimètres de son corps, leva la main vers son visage, approcha ses doigts tremblants vers sa joue puis se stoppa subitement. Le regard ancré dans le sien, ensorcelé, l'autre Docteur la défiait sans ciller de ses yeux fourbes et ténébreux. La lutte en lui semblait toujours faire rage avec une certaine violence.

- Rose... murmura t-il d'un mince filet de voix.

La jeune femme frémit imperceptiblement au son de cette voix douce et bien trop familière. Les doigts de cet autre Docteur dessinèrent, parcoururent ses traits sans jamais la toucher, sans jamais rompre cet infime espace d'air qui faisait office de la plus infranchissable des murailles. Fronçant soudainement des sourcils alors qu'elle contemplait ce visage qu'elle aimait tant, elle remarqua une cicatrice sur sa tempe gauche, déjà blanchie par le temps. Cette balafre n'existait pas, songea t-elle alors. Pas sur son Docteur. Son estomac ne nouait progressivement sous le coup de la culpabilité qui l'habitait. Culpabilité qui s'accentuait toujours plus depuis qu'elle l'avait reconnu.

Elle pouvait percevoir les cœurs du Docteur dont les battements trahissaient une vive émotion. Il n'osait toujours pas la toucher. C'était à peine s'il la frôlait, comme si le simple fait de l'effleurer allait lui brûler les doigts.

Malheureusement, ce court spasme de lucidité, cet espoir un peu fou, s'éclipsa aussi vite qu'il était apparu. Ses paupières papillonnèrent soudainement, un air affolé, terrorisé et perdu se dessina sur son visage. Il recula brusquement de la jeune femme et secoua la tête, revenant difficilement à lui.

Le regard où la raison et la folie se livraient une bataille acharnée – ce regard enflammé qu'elle adulait tant- s'assombrit brutalement, soufflant sans scrupule cette lueur d'espoir que Rose pensait avoir discernée. Tout ce en quoi il avait foi, tout ce en quoi elle l'aimait, que ce soit sa sagesse, sa tolérance, son amour ou bien la vertu disparut précipitamment au profit de la démence -cette terrible folie- qui n'en ressortait que plus victorieuse...

Rose ne savait plus quoi penser, ni quelle attitude adopter, quoi dire ou même faire, tétanisée par ce qu'elle observait, par cet homme, par ce Docteur. Il détourna le regard, une lugubre démence habitait ses prunelles, et s'éloigna d'elle. Il semblait tout à coup comme ignorer, exclure, rejeter sa présence. Le fait-même qu'elle existe. Il se baissa, ramassa quelque chose sur le sol et se dirigea vers la rangée si bien alignée des Docteur. Tout en soliloquant des paroles tellement incompréhensibles et d'une voix si basse que la jeune femme ne comprit aucun mot. Une lueur bleue se distingua parmi la pénombre.

Rose le suivait des yeux, toujours paralysée par ce spectacle effroyable et inimaginable. Le Méchant Loup avait -enfin- cessé de hurler en elle. Il se tenait à l'affut, sur ses gardes, prêt à passer à l'attaque au moindre geste suspect, à protéger les Docteur contre lui-même. Il lui soufflait, lui grognait que la menace devait absolument disparaître. Cet autre Docteur représentait la destruction, les ténèbres. Et pourtant, Rose ne voulait pas y croire. Pas lui. Pas le Docteur. Pas cet être, cet homme, ce Seigneur du Temps, qui malgré tout ce qu'il avait traversé et vécu dans son existence, croyait toujours, avait cette foi inébranlable en cet Univers.

Certain penserait que c'était de l'injustice, d'autre de la fatalité pure et simple. D'autre encore dirait que ce n'était qu'un juste retour de bâton. Parce que le Docteur ne pouvait pas être cette âme aussi torturée s'il n'avait pas commis un acte monstrueux et impardonnable dans son existence. Rose ne le considérait pas comme ça. Elle voyait juste que la vie avait voulu que cet homme si exceptionnel ait pour seule compagne, sa souffrance.

« Rose, laisse-moi... »

« Non ! » trancha t-elle.

« Nous n'avons pas de temps à perdre... »

« Je sais ! Et ne viens surtout pas me rappeler ce que nous devons faire ! »

Une grognement bestial lui répondit.

« Il nous reste peu de temps. Et il est précieux. » lui rappela t-il.

« Comme si je n'en étais pas consciente ! » lui répliqua t-elle amèrement avant de se radoucir. « Je veux juste comprendre... »

Rose sentit l'ébauche d'un grondement sourd vibrer en elle.

« N'as-tu pas envie, toi aussi de comprendre ? De savoir la raison, l'origine à ce que nous devons défaire ? Et de connaître ainsi le pourquoi de notre retour au sein de cet Univers ? »

Il y eut un court silence.

« Et, j'aimerais si c'est possible lui dire... »

La jeune femme suspendit sa phrase, si lourde de sens, la gorge nouée face à ce qu'il allait advenir d'eux un peu plus tard.

« Soit... » concéda t-il. « Cependant si... »

« Je te céderai la place. »

« Bien. Mais ne te détourne pas de notre devoir. »

L'intonation grave des derniers mots prononcés par le Méchant Loup indiqua à Rose qu'il venait de mettre fin à leur conversation. Elle le sentit se tapir au fond d'elle pour freiner son impatience d'agir, restant attentif au moindre signe de danger.

Rose inspira, puisa en elle la force et le courage et s'avança d'un pas résolu à savoir, à comprendre, sans pouvoir estomper la présence de cette culpabilité si pesante, si lourde à porter. Encore plus que cette responsabilité qui lui incombait à elle et au Méchant Loup. Elle stoppa son élan, laissant un écart de quelques mètres entre eux. Il lui fallait imposer une certaine limite sinon sa détermination allait fléchir. Parce que même s'il n'était pas son Docteur, c'était lui d'une façon ou d'une autre...

- Docteur ? L'appela t-elle tout doucement.

Elle sentit immédiatement tous les muscles du Docteur se tendre. Il se figea. La lueur bleue de son tournevis sonique fut engloutit par l'inquiétante pénombre. Elle cessa de respirer en attendant une réaction du gallifréen.

- Non !

Ce fut le seul mot qu'il prononça. Mais, il fit tressaillir le Méchant Loup. Un « non » prononcé d'une voix ferme mais à l'intonation si douloureuse.

- Docteur ? Répéta t-elle.

Le gallifréen se releva lentement avant de se tourner vers elle. Une folie aussi torrentueuse qu'implacable remplaçait l'intensité de ce qui fut auparavant ce regard à l'envoutante couleur chocolat. Elle y discernait le vide, par cette lueur unique qui le caractérisait tant, que chaque régénération possédait.

- Non... prononça t-il de nouveau d'une voix vibrante. Fiche-moi la paix ! Disparaît de ma vue !

- Docteur...

- Laisse-moi ! Tu sais que je dois le faire ! Il le faut !

Le Docteur se prit la tête entre les mains.

- Il le faut, Rose... fit-il d'une voix brisée. J'en peux plus de cette vie... cette vie qui m'a prise la seule chose qui pouvait me la faire accepter...

La jeune femme resta interdite devant ces paroles si déchirantes. Ce Docteur n'avait rien à avoir avec l'homme qu'elle connaissait. Celui en particulier qui avait été toujours aussi doué pour cacher ses sentiments aux autres, n'aimant pas se découvrir. Cet homme qui ne voulait pas qu'on le plaigne, qu'on ait pitié de lui. Il avait tout fait pour ne pas inspirer à quiconque ces sentiments afin de ne pas se retrouver en position de faiblesse car il ne se l'était jamais permis afin d'assurer sa propre survie.

- Pour toi, Rose... lui déclara t-il après un moment qu'il lui parut durer une éternité. Pour nous...

- Pour nous ? S'écria t-elle d'une voix étouffée.

Était-ce à cause d'elle ? Était-elle la raison à ce Docteur aux cœurs si tourmentés, si torturés ? À ce qu'il ait capturé ses dix régénérations ? Pour elle ? Qu'avait-elle fait ? Était-ce de sa propre main qu'elle avait façonné ce Docteur ?

- Oui, « nous » Rose, lui confirma t-il.

Il releva la tête vers elle, ses yeux étaient si obscurs, si graves...

- J'ai besoin de toi. Tellement. Beaucoup plus que ce que je -et tu- ne le croyais. Et j'ai mis tellement de temps à le comprendre. Alors que c'était déjà trop tard.

À cette phrase, le cœur de Rose se pinça à en suffoquer... des tas de questions se bousculaient dans sa tête. Pourquoi cette souffrance ? Pourquoi trop tard ? Qu'avait-elle fait ?

- Je m'étais juré de ne laisser personne m'approcher, persuadé que j'étais destiné à vivre seul. Et, toi tel ce petit rayon de soleil qui apparaît après la tempête, tu as illuminé mon chaos, tout mon univers en trembla. À partir de cet instant, plus rien ne fut pareil. Tout avait changé parce que tu avais tout bouleversé. Et, j'en paye le prix cher, aujourd'hui. Ce vide que tu as laissé, cet état de manque et ce froid permanent à mes côtés.

Troublée par cette déclaration, elle ne put que balbutier :

- Mais, je suis là, Docteur.

Un maigre sourire, sans âme, sans chaleur, fleurit sur les lèvres du gallifréen et il secoua la tête par la négative.

- Tu n'es qu'une projection de mon esprit, Rose. Juste cet infime brin de lucidité qui subsiste encore en moi. Le dernier reste de raison qui veut me convaincre de ne pas le faire... tu vois, je ne suis pas encore totalement fou...

Il se tût et brusquement braqua son regard vers Jack qui en fut complètement décontenancé.

- Quoi que te voir accompagné cette fois-ci de Jack, je me le demande.

Le sang bourdonnant aux oreilles, Rose sentit un sanglot la secouer, la faisant suffoquer. Pourquoi ? Qu'est-ce qui lui était arrivé pour qu'il soit ainsi ? Pourquoi avait-il l'air persuadé qu'elle n'était qu'une simple hallucination ? Pourquoi ne percevait-il pas sa présence ? Où alors réfutait-il qu'elle soit un être fait de chair et de sang comme lui ?

- S'il te plaît Rose, laisse-moi terminer ce que j'ai entrepris. Je le fais pour toi. Pour nous deux. Je vais venir te chercher... je vais reprendre ce que l'Univers m'a arraché...

Elle resserra ses doigts sur la clef. Venir la chercher ? Reprendre ce que l'Univers lui avait arraché ? Que voulait-il dire ?

- Pourquoi venir me chercher ? Lui demanda la jeune femme, la voix tremblante.

Apparemment pris au dépourvu par sa question, il la dévisagea interloqué comme si elle était sensée connaître la réponse à sa question.

- Pour que tu reviennes à mes côtés, Rose. Toi, ma plus belle blessure, la plus fière. Je te veux, toi, et ta douceur, ton énergie...

Une lueur étrange brilla dans ses yeux, chassant toute sa folie dont il était enfiévré.

- Et ton si radieux sourire. Ce sourire qui arrivait toujours à consoler mes cœurs. Ainsi que tes yeux qui balayaient tous mes maux et mes souffrances. Tout ça, c'est toi. Ainsi que ta foutue détermination et ce risque aussi fou qu'incompréhensible que tu prenais pour t'approcher de moi, sans aucune peur, ne baissant jamais les bras, prête même à accepter que certaines portes te restent sans doute à jamais fermées...

Le visage du Docteur s'était soudainement illuminé d'une certaine douceur. Il sembla attraper quelque chose de ses doigts à travers sa chemise et regarda la jeune femme avec une certaine tendresse. Puis, il baissa la tête quelques secondes. Lorsqu'il la releva, ses traits étaient redevenu lisses. Cela aurait pu tromper n'importe qui, mais pas elle... c'était juste quelqu'un qui tentait de cacher ses cœurs en sang et des blessures aussi profondes que l'abysse. Des blessures aussi douloureuses que vitales...

- Alors pour tout ça, je dois le faire...

- Faire quoi ?

Rose se préparait à tout entendre mais n'était sûrement pas prête à ce qu'il allait suivre. En aucun cas.

- Aller te chercher dans le monde de Pete, Rose...