Oui carrymaxwell il faut prévoir les mouchoirs. Il faut toujours prévoir les mouchoirs pour les fins.

La fin du chemin est devant nous (l'emprunterons-nous ensemble)

Résumé : Bilbon a désormais 104 ans, mais bien des choses ont changé. L'âge a laissé des séquelles, son esprit le piège dans ses souvenirs la plupart du temps, et tout le monde ne sait pas que la fin vient toujours. Le destin sera satisfait à la fin de toute chose.

Jusqu'à une arrivée étrange au milieu de la nuit, qui révèle que le destin et le futur peuvent peut-être être changés une dernière fois.

Ordre de lecture : Après le chapitre 11 de 'Mes paroles erreront'

Trigger warning : Maladie mentale ressemblant à un mélange de stress post traumatique et Alzheimer.

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Chapitre 1 : Le début de la fin

Il est dit, parmi ceux de la Comté, qu'un jour, un grand Sacquet aventureux s'est éteint, et qu'un énorme chêne a surgi de son lieu de repos. Bien plus d'un visiteur est venu à son enterrement ce jour-là, et il y eut beaucoup de pleurs, car ses amis et sa famille étaient nombreux.

Mais nul ne pleura autant que son époux, laissé en arrière. Il ne demeura dans la Comté qu'un an de plus, puis fut enterré à côté de son époux. Et le chêne poussa entre leurs tombes, les reliant même dans leur sommeil éternel.

Cela, cependant, est une histoire pour un autre jour. Ceci est l'histoire des adieux avant que le chêne ne vienne.

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Bilbon, en posant un jour la théière sur la table, déclara :

« Je m'inquiète pour lui. »

Le soleil était brillant, comme toujours, et la chaleur n'était pas trop étouffante. C'était une journée parfaite selon les standards des hobbits, aussi n'était-ce pas une surprise que les smials soient vides et que tout le monde soit dehors à profiter de la journée.

Thorin commença soigneusement à verser le thé, d'abord pour Bilbon, puis pour lui-même.

« Qui ?

- Frodon. Il ne va pas bien gérer les prochaines années. »

Ce n'était pas un sujet qu'il tenait particulièrement à aborder avec son époux. Thorin avait tendance à devenir silencieux chaque fois qu'il l'évoquait, mais il fallait bien en parler. Ce n'était pas quelque chose qu'ils pouvaient éviter. Eru savait que Bilbon n'aimait pas en parler. Il était dur d'admettre qu'il vieillissait. Il était plus dur encore de penser qu'il ne serait plus là pour Elodie et Frodon.

Thorin garda son regard fixé sur sa tasse de thé et évita les yeux de Bilbon.

« Être marié peut être difficile, quand on débute et qu'on trouve encore son chemin. Je ne doute pas, cependant, qu'il s'en sortira bien. »

Bilbon renifla.

« Ce n'est pas tout à fait à ça que je pensais, mais belle tentative de changer le sujet.

- Je ne vois pas trop ce que j'étais censé dire d'autre. »

Avec un soupir Bilbon ramena la théière vers la cheminée.

« Thorin, il va avoir besoin que quelqu'un soit là-

- Il a Elodie. Bofur et Esméralda seront encore là.

- Tu parles comme si tu allais être juste derrière moi quand je partirai, dit Bilbon. »

Thorin eut un mouvement de recul à ces mots.

« Et ce ne sera pas le cas. Il te reste des années.

- Des années vides et creuses, sans toi.

- Thorin-

- Il est dit, dans les légendes des nains, que l'on peut mourir d'un cœur brisé, dit Thorin à voix basse. Je ne peux que supposer que je vais découvrir si c'est vrai. »

Oh le mélodrame chez ce nain.

« Écoute-moi, toi, murmura Bilbon. »

Il vint se tenir devant Thorin. Les cheveux de son époux étaient principalement argentés, mais il y avait encore quelques mèches noires ici et là. Bilbon en trouva une et l'entortilla autour de son doigt. Contrairement à ses propres cheveux, qui étaient gris à part quelques carrés de blanc qui commençaient à se redresser. Un autre signe qu'il se faisait vieux, bien trop vieux pour Thorin.

Thorin ne voulait toujours pas le regarder, les yeux fixés sur la veste de Bilbon. Bilbon tira sur la mèche de cheveux et le força à lever la tête.

« Nous avons eu une bonne vie ensemble, toi et moi, dit Bilbon. Plus de cinquante ans ensemble. Un hobbit ne saurait demander davantage. Et nous savions que ce jour viendrait. Mais nous devons commencer à prévoir l'après. Pour le bien de Frodon et le bien d'Elodie. Ils ont déjà perdu un couple de parents ils n'ont pas besoin de perdre la seconde paire.

- Et moi ? demanda Thorin. »

Sa voix était fêlée. Il prit les mains de Bilbon dans les siennes et l'attira en avant jusqu'à ce qu'ils soient front contre front.

« Qu'est-ce que je suis censé faire quand tu seras... parti ? »

Et Bilbon n'avait pas de réponse pour lui. Il n'avait rien.

« Tu continueras, commença-t-il. »

Mais Thorin secoua la tête.

« Pas sans toi. Ne me le demande pas. Je ne peux pas, ne veux pas, continuer sans toi. Je préférerais te donner toutes les années qu'il me reste plutôt que devoir vivre sans toi.

- Thorin, commença Bilbon. »

Mais Thorin le fit taire et le serra fort. Bilbon garda ses paroles pour lui-même et laissa simplement Thorin faire à sa guise. Il n'y avait rien à faire, après tout. Parce que les années étaient contre eux depuis le début.

Et il n'y avait rien qu'il puisse faire.

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La soirée tomba. La nuit était fraîche et pleine de lucioles, et les enfants couraient librement en essayant de les attraper pour les mettre dans des lanternes.

À distance, des yeux acérés les observaient tous. Des pieds silencieux traversèrent l'herbe, les yeux se posant sur cheminée après cheminée jusqu'à ce qu'ils trouvent enfin une cheminée en particulier fumant au sommet de la colline. Une colline avec une porte verte, visible même dans le noir.

Leurs lèvres se retroussèrent avec triomphe. Bilbon Sacquet avait été trouvé.

Silencieusement ils descendirent.

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Le dîner avait été solennel, plus solennel que Bilbon ne l'avait voulu. Elodie était passée avec sa petite Prim sur la hanche, disant que Hob envoyait ses salutations mais s'occupait encore des frontières, et Frodon était également passé avec Reginard. Mais malgré toute la joie qu'ils avaient constamment essayé d'instiller, l'ambiance avait été sombre. Bilbon savait que Frodon et Elodie avaient regardé plus d'une fois d'un oncle à l'autre, essayant de comprendre ce qui s'était passé au juste quand ce matin n'avait été que soleil et sourires.

Bilbon aurait pu le leur dire, mais il avait le sentiment que Thorin attendait avec des paroles pour détourner la conversation de lui. Sombre et solennelle devraient donc faire l'affaire.

Thorin était parti avec Elodie et Frodon tandis que Bilbon s'était retiré pour faire la vaisselle. D'accord, Elodie et Frodon avaient pratiquement traîné Thorin hors de la pièce pour l'interroger parce que Thorin était plus facile à briser que Bilbon. Ils avaient appris cela des années auparavant. Quand Bilbon avait rencontré Thorin, ça n'aurait pas été le cas : même Kili et Fili n'auraient pu arracher un mot aux lèvres du nain s'ils en avaient eu l'envie. Thorin avait été une force de pierre, féroce et incassable, avant qu'ils ne prennent Erebor. Avant qu'il n'épouse Bilbon.

Puis les années et la couronne avaient lentement été un réconfort, brossant ses bords durs et révélant la gemme en-dessous. Bilbon renifla et posa un autre plat propre de côté. Thorin aurait aimé cette analogie, elle avait un côté très nain-

Quelque chose cliqueta derrière lui. Bilbon se figea et fit volte-face. La cuisine était vide.

« Thorin ? appela-t-il en baissant la voix. »

Personne ne répondit.

Maintenant qu'il y pensait, ça faisait un moment qu'il n'avait pas entendu les voix de Frodon et Elodie, aussi. Son cœur bondit dans sa poitrine, et Bilbon lutta pour rester calme. Ils étaient peut-être allés fumer dehors. Il ignora le fait qu'il n'avait pas entendu la porte s'ouvrir.

« Thorin ? appela-t-il de nouveau. »

Un dur bruit de métal, comme une lame contre la pierre, le figea une seconde de plus. Puis il agrippa un couteau dans le tiroir le plus proche et la brandit devant lui, les mains moites. Vieux il était peut-être, à 104 ans, mais il ne tomberait pas sans combattre. Pas quand les vies de ceux qu'il aimait étaient en danger.

Un rire guttural le fit presque paniquer. Cela le renvoya à une époque sombre cinquante ans plus tôt quand il avait été capturé au Mordor, suspendu comme une oie plumée et presque tué par des orques. Non, c'était impossible. Il n'y avait pas d'orques dans la Comté.

Mais le rire résonna de nouveau, et quand il l'entendit rire 'Bonne chair juteuse', Bilbon commença lentement à se diriger vers la porte. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, terrifié que s'il regardait dehors, il verrait la Comté brûler, comme quand ils avaient lutté pour la reprendre de la dernière invasion orque. Il aurait juré qu'il pouvait encore sentir la chaleur, et il se secoua. Pas maintenant, pas maintenant. Une chose à la fois. Et sa première inquiétude était pour Elodie, la petite Prim, Frodon, Reginard. Thorin.

Des bruits de pas lourds résonnèrent dans le couloir, et le grognement de l'orque se rapprochait.

« On n'a pas le droit de le toucher ! Attends les ordres ! »

Il lui fallut tous ses efforts pour ne pas retomber dans les souvenirs. Souvenirs des chaînes lui mordant les poignets, souvenirs d'être suspendu en l'air pendant que les orques se battaient à son sujet. La pierre froide dans l'air chaud du Mordor, si fatigué, couvert de bleus et brisé et capturé, pour ne jamais être relâché. Il avait une chance de s'enfuir, une chance de combattre les orques et d'atteindre le Mont du Destin-

-non, Cul-de-Sac, tu dois rejoindre Thorin-

-et tout ce qui se dressait devant lui c'était les chaînes autour de ses poignets et les orques qui attendaient dans l'autre pièce. Bilbon resserra sa prise sur son couteau et s'arrêta de l'autre côté de la porte. Le bois dur sous ses pieds lui fit marquer une pause en fronçant les sourcils. Il n'avait pas de chaînes autour de ses poignets. Il était à Cul-de-Sac, Cul-de-Sac, Cul-de-Sac, il était à Cul-de-Sac, et il devait se concentrer. Pourquoi ne pouvait-il pas se concentrer ?

« Juste une p'tite bouchée, dit l'un des orques. »

Et Bilbon l'entendit arriver, fit l'ombre, et il n'allait pas avoir une autre chance de sauver leur prisonnier quel qu'il soit. Eru, ils pouvaient avoir Frodon, ou Thorin, s'ils avaient Thorin-

« Laissez-le ! s'exclama Bilbon. »

Et il balaya l'espace de son épée. L'orque la saisit facilement mais ne le fit pas tomber. La lame lui fut arrachée des mains et il lutta désespérément pour passer, pour atteindre Thorin.

« C'est moi que vous voulez, ne le touchez pas !

- Bilbon ! »

Il secoua la tête en entendant la voix familière très proche, et quand il leva les yeux, Thorin était là, les mains serrées autour des bras de Bilbon. Son époux éloigna le couteau de cuisine d'un coup de pied, et quand Bilbon regarda follement autour de lui, il n'y avait pas d'orques. Il y avait juste Thorin dans le couloir vide et la maison silencieuse avec personne d'autre à l'intérieur.

Et la sombre réalisation qu'il avait recommencé.

Bilbon n'eut même pas l'occasion de se détester avant que Thorin ne le serre contre lui.

« Tu ne l'es pas, gronda Thorin. Bilbon, tu ne l'es pas.

- Je suis aussi fou qu'ils le disent, murmura Bilbon. Thorin, tu sais que je le suis. C'est la troisième fois-

- Je te défends de dire ça de monépoux, dit furieusement Thorin. Tu ne l'es pas, tu ne l'es pas. »

Des larmes impuissantes lui montèrent aux yeux, et Bilbon enfouit son visage dans la poitrine de Thorin, étouffant un sanglot. C'était comme souffler la chandelle : une minute, Thorin avait brûlé de fureur, et la suivante il serrait Bilboncontre lui et murmurait de douces paroles rassurantes, une gentillesse que Bilbon ne méritait pas.

Il était un danger pour lui-même et pour ceux autour de lui.

« J'aurais pu te blesser, haleta-t-il. »

Mais Thorin le fit taire et le serra encore plus fort.

« Non, Thorin, j'aurais pu-

- Tu ne l'aurais pas fait, jura Thorin. Je te le promets. Tout va bien. Je t'en prie, ne laisse pas ça te déchirer. Bien-aimé, je t'en prie- »

Bilbon agrippa la tunique de son époux et pleura misérablement. Thorin le serra et le berça, et ça aurait dû lui donner un sentiment de sécurité, enveloppé dans l'étreinte de son époux. Bilbon ne pouvait que ressentir la certitude qu'il glissait, jour après jour. Ce n'était pas l'âge qui se saisissait de lui, c'était la folie.

Et un de ces jours, il glisserait trop loin et ne reviendrait jamais.

Il ne remarqua jamais les deux paires d'yeux sur le seuil du salon qui l'observaient, peur et chagrin dans le regard avant de disparaître. Pas plus qu'il ne remarqua les yeux qui l'observaient depuis la fenêtre dehors.

Pas jusqu'à ce qu'on frappe à la porte, en tout cas.

Thorin marqua une pause, mais il ne lâcha pas.

« Vas-y, murmura Bilbon en reniflant. Thorin, la porte-

- Elodie, appela Thorin. »

Et bien sûr ils étaient encore là, avaient probablement assisté à sa descente humiliante dans la folie.

« Arrête ça, dit Thorin comme s'il connaissait ses pensées. Tu vas laisser mon époux tranquille. »

Des pieds rapides coururent sur le sol, et Bilbon sentit soudain la peur de 'l'attaque des orques' le frapper à nouveau. Thorin avait entendu la porte, donc ce n'était pas juste lui. Mais il était tard, trop tard pour n'importe quel visiteur respectable.

« Elodie, prends Dard, appela-t-il. »

Sa gorge était sèche à fore de larmes.

« Ou Orcrist, acquiesça Thorin. »

Pas condescendant, jamais condescendant, mais entièrement en accord, malgré la spectaculaire perte de l'esprit de Bilbon moins de cinq minutes plus tôt. Cela le rendit tellement reconnaissant envers son époux et tellement perdu parce qu'il ne méritait pas ce nain, cet homme qui s'était tenu à ses côtés toutes ces années, qui encore maintenant le soutenait et refusait de laisser la folie l'emporter.

Il fut gratifiant d'entendre la lame sortir de son fourreau avant le couinement des gonds. Il allait devoir réparer ça, demain. Pour l'instant, seuls comptaient les prochains mots à franchir les lèvres d'Elodie.

Silence.

« Elodie ? demanda Bilbon, peut-être un peu hystérique. »

Mais Thorin se retournait déjà pour se diriger vers la porte, donc c'était sans importance.

« Ma dame, souffla Elodie. »

Bilbon fronça les sourcils et se précipita à la suite de son époux.

Frodon, Reginard, et la petite Prim se tenaient dans le hall d'entrée, fixant la porte avec des yeux émerveillés. Bilbon et Thorin arrivèrent tandis qu'Élodie reculait afin de laisser entrer leur visiteuse. La cape les frappa d'abord – une longue cape blanche fermée par du mithril à la gorge. Du mithril que Bilbon reconnut. Quand le capuchon retomba, il dévoila un visage qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs années.

« Est-ce... Est-ce que c'est une elfe ? murmura Frodon. »

Son sourire était comme la lumière du soleil.

« Bonjour Bilbon, Thorin, dit Arwen. »

Elle leur adressa un signe de tête.

« Cela fait un certain temps que je ne vous ai pas vus.

- Bonsoir, Votre Majesté, dit Thorin avec une révérence. »

Bilbon observa les yeux de ses héritiers s'élargir encore davantage. Sans les larmes qui séchaient encore sur son visage, il aurait ri avec amusement. Il faudrait un certain temps avant qu'il puisse de nouveau ressentir vraiment de l'amusement.

Mais il pouvait encore ressentir le pur bonheur qui l'envahit à la vue d'une vieille amie. Maintenant qu'il la voyait, il pouvait aussi voir trois Gondoriens derrière elle, et deux elfes à leurs côtés. Ils firent une révérence quand il croisa leur regard, et Bilbon leur adressa un rapide signe de tête.

« Je vous en prie, entrez, dit-il. Le toit est peut-être plus bas que vous n'en avez l'habitude, mais je peux vous assurer que vous pourrez tenir debout.

- Merci, dit Arwen. »

Sa voix était toujours douce, aimable et gentille, comme Bilbon s'en souvenait. Quand elle bougeait, c'était avec la grâce dont tous les elfes semblaient dotés. C'était dans ces mouvements et son sourire que Bilbon voyait bien sa grand-mère. Une autre personne qui lui manquait terriblement, et qu'il espérait pouvoir revoir avant la fin.

Apparemment larmoyant était le mot d'ordre pour l'ambiance de cette soirée, perturbant ce qui aurait dû être une visite joyeuse.

« Je vous arrive tard, dit Arwen. Bien au-delà des heures traditionnelles pour rendre visite à des amis. Pour cela, je dois m'excuser. Mon père m'a gardée bien plus longtemps que je n'avais prévu.

- Je ne peux pas vous en vouloir pour ça, ni à votre père, dit Bilbon, essayant toujours de se débarrasser de son humeur. Il y a quelque temps qu'il ne vous a pas vue, et je sais que je ressentirais la même chose si je n'avais pas vu Elodie ou Frodon ou leurs époux ou n'importe lequel des jeunes hobbits qui traversent notre habitation depuis très longtemps. »

Merry et Pippin, Samsagace et Rosie, Lothon et Everard ou n'importe lequel des autres enfants hobbits qui avaient apparemment grandi à Cul-de-Sac. Thorin et Bilbon avaient voulu des enfants, et on leur en avait accordé beaucoup. C'était donc avec une conviction honnête que Bilbon pensait savoir exactement ce qu'Elrond avait ressenti, renonçant de nouveau à Arwen après qu'elle lui ait rendu visite.

« En effet, et en tant que mère, je comprends également, dit Arwen. »

Elle sourit.

« Il va bien, vous n'avez pas besoin de demander. Aragorn a bon espoir qu'il prenne davantage des devoirs allant avec la couronne.

- Et les autres ? Denethor, Finduilas, Ivriniel ? »

Le sourire d'Arwen s'effondra, juste un peu, mais assez pour que Bilbon sache que ce qu'elle dirait ensuite ne finirait pas bien.

« Denethor est Intendant, dit-elle à mi-voix. Ecthelion nous a quittés il y a plusieurs années. »

Thorin posa une main sur son épaule, un réconfort et une force.

« Venez, asseyez-vous près du feu, et donnez-nous le reste des nouvelles, dit-il. Car une Reine Elfe s'aventurant dans la Comté a un autre objectif que rendre visite à de vieux amis. »

La mâchoire de Frodon faillit toucher le sol, et Bilbon sentit enfin un sourire tirer ses lèvres vers le haut. Elodie se ressaisit la première et souleva sa fille émerveillée dans ses bras.

« Je vais chercher du thé, dit-elle. Si vous voulez entrer dans le salon, ma dame.

- Mon nom est Arwen, dit la Reine. Il n'est nul besoin de s'adresser à moi avec de grands titres. Bien que vous ne le sachiez peut-être pas, jeune Elodie de la Comté, vous et moi sommes amies. »

Elodie sourit largement avant de réussir à se tempérer.

« Et une amie amènera toujours du thé à une autre. Je vous en prie, venez vous asseoir. »

Puis elle disparut, la petite Prim fixant l'elfe avec des yeux écarquillés par-dessus son épaule.

Arwen laissa échapper un petit rire à cette vision.

« Ça fait si longtemps depuis que mon Eldarion était aussi petit, dit-elle. Ou mes filles. Ils grandissent si vite, maintenant.

- Ils ont tendance à faire ça, dit Bilbon. »

Il ébouriffa promptement les cheveux de Frodon comme de Reginard au passage. Ils grommelèrent de se faire traiter comme des enfants, mais ils étaient tous deux ses fils, en ce qui le concernait, bien que Reginard le soit par mariage. Ils étaient quand même les siens.

Ils s'installèrent dans le salon, les soldats Gondoriens remerciant convenablement Elodie pour le thé. Les elfes, aussi, furent immanquablement polis, mais suivirent les hommes dans la cuisine sans y être incités, laissant Arwen seule avec Bilbon et Thorin.

Frodon s'éclaircit la gorge.

« Dois-je les aider à trouver des gâteaux pour le thé ? demanda-t-il enfin. »

Il n'arrivait toujours pas à détourner les yeux d'Arwen. Reginard non plus, et Bilbon s'en étonna. Ils avaient déjà rencontré des elfes, ayant rencontré Legolas et Tauriel plus d'une fois en grandissant.

Bien sûr, la vue de Galadriel laissait encore Gimli et Bofur frappés d'émerveillement, aussi supposa-t-il que le nombre d'elfes qu'il y avait à voir n'était pas important. Certains étaient juste dotés d'une grâce qui enchanterait toujours ceux autour d'eux.

Ça ne sembla pas déranger Arwen. En fait, elle sourit et désigna les fauteuils à proximité.

« Vous êtes les bienvenus si vous voulez rester un moment de solitude ne dérangera pas mes gardes. Cela je peux vous l'assurer. »

Élodie revint une fois de plus, cette fois avec le thé destiné à la reine. Prim trottinait derrière elle, son petit pouce dans sa bouche.

« Vous êtes bénie, dit Arwen avec un signe de tête vers la petite. »

Le visage de Prim se fendit sur son grand sourire, son pouce toujours entre ses lèvres. Cette vue fit glousser Arwen.

« Certains jours plus que d'autres, acquiesça Elodie. Mais j'imagine que vous savez ce que c'est. Je suis reconnaissante d'avoir Hob, je peux vous l'assurer.

- Hob Hayward est un Shérif, expliqua Bilbon à Arwen. Il patrouille sur les frontières pour protéger la Comté. Et quand il n'est pas là, Elodie y est. »

Des aventuriers, tous autant qu'ils étaient. Certains des hobbits les plus râleurs diraient que Bilbon et Thorin avaient corrompu la jeune génération. C'était une réussite dont il était fier, de l'opinion de Bilbon, et il sourit dans son thé à cette idée.

Arwen sourit.

« Cela ressemble beaucoup à mon époux. Il est Roi, et pourtant il insiste encore pour parcourir les champs avec ses hommes. Denethor, aussi, l'accompagne la plupart du temps, maintenant qu'il est à Minas Tirith.

- Et il a laissé Finduilas en arrière ? demanda Bilbon en fronçant les sourcils. À Dol Amroth, avec leurs enfants ?

- Non. Elle est venue à Minas Tirith avec ses deux enfants, et elle y reste. »

Bilbon marqua une pause, la tasse de thé presque à ses lèvres. Thorin reposa la sienne sur la table sans hésitation.

« Elle ne quitterait pas la mer, dit-il. Finduilas périrait sans elle.

- Elle a failli périr à ses côtés, dit Arwen à mi-voix. La naissance de son fils aîné, Boromir, fut difficile. Porter son second a failli la tuer. Vous savez à quel point elle était malade à la bénédiction de Faramir. Denethor l'a emmenée à Minas Tirith il y a bien des années et a imploré mon aide pour la sauver. Si je n'avais pas été là et capable de l'aider, je ne sais pas ce qui serait arrivé.

- Mais elle est vivante, insista Bilbon. »

Il oublia complètement les yeux écarquillés de ses enfants assis autour de lui. Non, tout ce qu'il avait à l'esprit était le doux sourire de Finduilas et son désir constant de la mer. Toujours de sa maison à la mer... et Denethor.

« Elle l'est, n'est-ce pas ?

- Et elle va bien, lui assura Arwen. Ses fils Boromir et Faramir deviennent grands et forts, et Denethor est fier d'eux deux. Faramir tient de sa mère, la plupart du temps, tandis que Boromir se cacherait dans un sac si ça lui permettait de voyager avec son père et Aragorn. »

Elle eut un petit rire à cette image, comme si elle se souvenait d'une époque où le garçon avait justement fait ça.

« Mais ils sont heureux et en bonne santé, et bientôt Finduilas retournera à la mer.

- Se sont-ils jamais réconciliés ? demanda Thorin à mi-voix. Denethor et Ecthelion. »

Il fallut un certain temps avant qu'Arwen ne réponde, et il y avait une tristesse dans ses yeux.

« Oui, mais ce fut pour un temps bref, même pour les hommes. Tous deux l'avaient désiré, mais aucun ne voulait faire le premier pas jusqu'à ce que la vie d'Ecthelion approche de sa fin. Alors seulement ils se sont dit leurs vérités, des vérités profondes et dures qui leur avaient été refusées à tous deux pendant bien des années. Maintenant Denethor s'assoit à la place qu'occupait son père, et cette réconciliation l'a laissé plus calme et plus empli de paix. Il chérit également ses fils, ce qui est dû, je n'en doute pas, en partie à la façon dont son père ne l'a jamais chéri. »

Elle soupira et regarda au loin un long moment, comme si elle regardait quelque chose se produire.

« Cela fera toute la différence, murmura-t-elle. Pour plus d'une de leurs vies. »

Elle se retourna vers son thé, alors, et Bilbon vers le sien, bien que ses pensées courent partout dans sa tête. Ecthelion parti après si longtemps, et Finduilas malade, incapable de voir ses eaux bien-aimées. Un autre visage lui vint à l'esprit, et il demanda :

« Et Ivriniel ? »

Le sourire d'Arwen refit lentement son apparition.

« Elle voyage, erre, et écrit au sujet des terres qu'elle voit. La plupart du temps, j'entends que son compagnon est un nain avec de fines tresses dans ses cheveux et une étincelle dans les yeux.

- Je ne m'attendrais à rien de moins, après toutes ces années, marmonna Thorin. »

Cependant son époux secoua la tête avec un sourire ironique, et Bilbon gloussa. Tant mieux. La dernière fois qu'il avait eu des nouvelles de Dori, Nori était de nouveau parti en voyage, mais il était toujours bon d'entendre de l'autre côté qu'il n'était pas seul, et Ivriniel non plus.

Frodon rassembla enfin le courage de lui poser une question, et elle répondit d'une voix douce. Après cela, rien ne fut retenu, et Arwen répondit avec diligence à toutes leurs questions, que ce soient de simples questions de Reginard au sujet du Gondor ou des questions plus complexes d'Elodie au sujet des herbes de guérison qui poussaient mieux dans le jardin d'Arwen. Les bougies brûlèrent jusqu'à ce que Bilbon réalise enfin que la petite Prim était profondément endormie dans les bras de sa mère, et qu'Élodie clignait des yeux brouillés pour rester éveillée. Reginard s'était depuis longtemps endormi contre l'épaule de Frodon, et Frodon avait simplement enroulé un bras autour de son époux pour le maintenir en place.

Pour une soirée qui avait commencé avec tant de catastrophe et de folie, Bilbon ne s'était jamais attendu à ce qu'une telle paix arrive. Il jeta un regard à son époux et trouva Thorin déjà en train de le regarder avec des yeux doux. Il lui adressa un petit sourire et en vit un se former sur le visage de son époux.

Quand Arwen eut fini son thé, Thorin lui demanda enfin :

« Alors, pourquoi vous aventurer si loin à l'ouest ? »

Arwen plaça sa tasse entre ses mains et croisa leur regard avec assurance.

« Les derniers elfes quittent Arda. Les vaisseaux les emporteront ensuite à Aman. »

Bilbon la fixa.

« Les derniers- ?

- Mon père et ceux de Fondcombe. Ma grand-mère, aussi, avec ceux qui sont restés en arrière avec elle. »

Arwen prit une longue et profonde inspiration.

« Je n'irai pas avec eux. Et, pour autant que je sache, Legolas et Tauriel non plus.

- Qu'en est-il de Haldir ? demanda Thorin. Il voyage encore souvent entre la Lorien et Erebor, d'après ce que j'ai appris des lettres venant de la Montagne.

- Je ne sais pas. Je m'attends à ce que cela soit une décision difficile pour lui, car il est Capitaine sous la main de Galadriel, et il l'aime fortement. Mais il est aussi loyal envers Tauriel et Gimli, deux de ses plus chers amis. J'ai moi aussi beaucoup entendu parler des voyages de Haldir vers Erebor par ma grand-mère. Il est aussi très attaché à Kili, et aux enfants de Fili. »

Elle secoua la tête.

« Je ne sais pas ce qu'il fera. Presque tout le monde est déjà parti.

- Mais... que se passera-t-il quand les elfes quitteront la Terre du Milieu ? demanda Frodon, la fixant avec horreur. »

Les yeux d'Elodie s'emplissaient de larmes à cette seule pensée, et c'était une idée incroyablement terrible et horrifiante à imaginer : leur monde sans elfes pour s'occuper des forêts, pour guider avec leur sagesse et leur savoir longuement gagnés. S'ils partaient tous, il ne resterait que trois elfes : Arwen, Tauriel, et Legolas. Tous trois condamnés à rester pour l'amour d'un mortel.

Peut-être serait-ce mieux si Haldir quittait les terres des mortels.

« Le monde passe à l'âge des Hommes et des Nains, dit Arwen. Et de leurs enfants, portant le sang mêlé de nains et d'elfes. Et le monde continuera de cette manière. »

Elle reposa sa tasse, plus solennelle que Bilbon ne l'avait jamais vue.

« Je voyage à l'ouest pour faire mes adieux à mon peuple. Aragorn sera là aussi, dans deux mois, quand ils partiront. J'ai aussi eu l'occasion de m'arrêter ici, dans la Comté, et de voir des amis que je n'ai pas vus depuis de nombreuses années. »

La façon dont elle le regardait, cependant, laissa Bilbon incertain que ce soit la seule raison. Il y avait un regard profond et entendu dans ses yeux, comme si elle connaissait la folie qui s'emparait de lui, l'âge qui usait ses os. Galadriel l'avait contemplé avec un regard similaire, un jour. Juste avant qu'elle ne lui dise qu'il avait changé le Destin et altéré pour toujours le cours de l'avenir.

Il n'aimait pas beaucoup ce regard maintenant.

« Élodie, Frodon, vous devriez aller vous coucher, dit Bilbon. »

Il posa sa tasse sur le côté et se leva aussi vivement que possible. Ce n'était pas très vif, mais suffisamment. Elodie bâilla mais hocha la tête, et Bilbon savait que Hob passerait dans la matinée pour les trouver. Frodon et Reginard hochèrent également brièvement la tête et commencèrent à se diriger vers les chambres qu'ils savaient leur appartenir. Ils ne vivaient pas loin, mais assez loin pour que Bilbon ne les envoie pas dehors dans la Comté.

Surtout pas quand il sentait encore les orques ramper sous sa peau, brûler à travers lui. Il plia ses mains et lutta pour chasser ces terribles pensées. Elles n'avaient pas leur place dans une nuit pareille.

« Je vais chercher plus de thé, ou peut-être quelque chose de plus fort, dit-il. Et je vais voir comment vont vos gardes. Vous allez rester là, n'est-ce pas ? Je peux vous assurer que j'ai un lit approprié pour les elfes et les hommes et les très grands magiciens. J'en ai plusieurs, en fait. »

Les invités au fil des années avaient rendu cela nécessaire. Arwen lui adressa un grand sourire.

« Si cela ne vous importune pas, alors oui, j'apprécierais rester en votre compagnie plus longtemps que ce soir.

- Bien, dit décisivement Bilbon. »

Et il partit avant que la sensation rampante ne puisse empirer. Du vin aiderait à apaiser le reste de ses nerfs, et il chassa ses dernières inquiétudes avant de saluer les gardes dans la cuisine.

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Thorin observa son époux partir, détestant que Bilbon plie encore les mains comme il le faisait quand il était effrayé ou nerveux, roulant des épaules de la même façon. Mais il n'y avait rien qu'il puisse faire contre les créatures dans son esprit.

« Il a tellement vieilli. »

La voix douce d'Arwen ne fit que ramener des souvenirs de sa dispute avec Bilbon plus tôt dans la journée.

« 104 ans, dit Thorin à mi-voix. Les hobbits n'ont pas tendance à vivre aussi longtemps. Certains, mais la plupart non.

- Son esprit, aussi, a vieilli, dit Arwen. »

Et elle semblait aussi chagrinée que Thorin.

« Il tombe dans les souvenirs d'hier très souvent, m'a dit mon père suite à votre dernière lettre. »

Thorin ferma étroitement les yeux.

« Il n'y a rien que personne puisse faire, dit-il à voix basse. »

Chaque mot lui donnait l'impression d'être dupoison.

« L'Anneau a laissé des traces, et les années qui ont suivi ont fait le reste. Votre père a essayé, mais il n'y avait rien à faire. »

Mahal savait qu'Elrond avait essayé. L'elfe avait cherché presque aussi désespérément que lui à trouver un moyen d'aider Bilbon.

« Je ne pense pas qu'il aurait tenu si longtemps sans vous, dit Arwen. Vous avez apaisé plus que vous ne le savez. »

C'était une gentillesse, qui n'était malheureusement pas assez forte pour combattre la terreur saisissant son âme. La terreur de perdre Bilbon une fois pour toutes. Il ne put que hocher la tête, incapable de parler.

« Je ne vais pas à Aman. Mais j'ai quand même une place sur le vaisseau. »

Il fallut un moment pour que ses mots s'imprègnent, mais quand ils le firent, il leva la tête, croisant lentement son regard. Ses yeux étaient entendus, mais il y avait une paix en eux, une paix qu'elle lui offrait.

« Il me revient de l'offrir à qui je désire, poursuivit-elle. Il n'y a pas besoin que ce soit un elfe. La place pourrait plutôt revenir à un vieil ami, un qui mérite une vie de tranquillité qu'il ne trouvera pas sur ces terres. »

Thorin la fixa jusqu'à ce que des larmes commencent à rouler sur son visage.

« Vraiment ? dit-il d'une voix rauque. »

Arwen se contenta de sourire, et Thorin aurait pu tomber à genoux et la remercier, aurait pu la vénérer sur son trône, aurait pu faire n'importe quoi pour cet être merveilleux qui allait laisser Bilbon prendre sa place. Elle laisserait Bilbon aller en Aman, pour y rester des années et des années dans la paix, la santé, et le bonheur. Plus de folie, plus de détresse, plus de peur. Juste la paix.

« Merci, murmura-t-il. Arwen, merci.

- Non. »

Thorin et Arwen se retournèrent d'un même mouvement au son de la voix de Bilbon. Le hobbit se tenait devant eux, de la fureur dans le regard, et Thorin l'observa poser le plateau avec le vin et les verres avant de se diriger vers eux, l'âge ne le handicapant même pas en ce moment.

« Merci, mais non, dit fermement Bilbon. Je reste ici. »

Thorin le fixa, puis commença lentement à secouer la tête.

« Non, dit-il. »

Et il observa les yeux de Bilbon s'étrécir. Il s'en moquait, il s'en moquait entièrement, parce que pour une fois, pour une fois, Bilbon allait partir.

« Tu as une chance, et je ne veux pas la voir gâchée.

- Je ne te quitte pas, dit Bilbon. »

Thorin avait craint que ce soit ce qui le retiendrait.

« Alors tu peux inventer autant d'idées ridicules que tu veux, mais je ne te quitterai pas. Je serai juste à côté jusqu'à mon derniersouffle.

- Tu me forcerais à te regarder mourir ? dit désespérément Thorin. Tu serais vraiment si cruel ?

- Tu me forcerais à partir, en sachant que tu resterais ici pour mourir, et que je ne saurais même pas quand ? répliquaBilbon. »

Et même aussi furieux qu'il était, il y avait des larmes dans ses yeux.

« Toi, tu serais aussi cruel ?

- Bilbon, dit doucement Arwen. »

Et Bilbon se retourna pour lui faire face, l'air blessé et pire que cela, trahi. Mais Arwen secoua la tête avant qu'il ne puisse parler.

« Je ne saurais vous offrir ma place sur le vaisseau. »

Thorin se figea.

« Mais, vous, commença-t-il. »

Arwen prit de nouveau la parole.

« Je ne saurais l'offrir parce que les Porteurs des Anneaux ont déjà leurs propres places. Vous avez déjà un siège, Bilbon. Je donne ma place à Thorin. »

Pendant un long moment, personne ne dit rien.

« Vous, commença Bilbon. »

Puis il ne put rien dire de plus, alors il se précipita vers elle, passa ses bras autour d'elle et serra fort avant de fondre en larmes. Thorin lui-même ne put rien faire sinon agripper le dos de sa chaise et essayer de rester debout.

Lui. Arwen lui donnait sa place à lui. Un nain, et ça n'avait pas d'importance qu'il soit son ami. Aucun nain n'allait en Aman, cela ne leur était pas ouvert. Mais Arwen lui offrait sa place, à lui.

Elle se leva, Bilbon encore dans son étreinte, et ouvrit son autre bras dans sa direction. Thorin trébucha dans l'étreinte, sa main libre se tendant pour agripper son époux. En cet instant, les yeux écarquillés et pleins d'émerveillement, Bilbon ressemblait à celui que Thorin avait rencontré. Il avait eu la bénédiction de regarder les lignes de rire creuser le front de Bilbon, regarder les cheveux devenir gris puis argentés. Plus de cinquante ans avec cet être merveilleux, avec la main de Thorin dans la sienne.

Et il aurait la bénédiction de continuer à serrer cette main au lieu d'être forcé à la lâcher.

Comme la mère qu'elle était Arwen enroula ses bras autour d'eux et les serra fort, les abritant du monde autour d'eux. La main de Thorin se resserra sur celle de Bilbon, et les trois amis restèrent debout ensemble pendant un certain temps.

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Surprise ! Alors, qui s'attendait à ça ? Je sais qu'à l'époque, moi, pas du tout !