« La clé de la maitrise de ses pouvoirs repose dans un corps sain »
Facile à dire quand on me prive de sommeil et de petit déjeuner.
Je marche dans la forêt, il fait encore nuit. L'entrainement de Norean, le centaure, se révèle être en fait une partie de cache-cache…en plus compliqué, et dangereux.
Ludo, concentre-toi, tu n'es plus le petit garçon peureux qui pleurniche pour qu'on vienne l'aider. Ce temps est révolu, tu dois te débrouiller toi-même. J'entends un bruissement dans la neige. Cet exercice est définitivement devenu plus difficile depuis l'hiver. Je préférais les feuilles mortes. J'esquive la flèche et elle va se planter dans le tronc derrière moi, à hauteur de ma tête.
« Tu la joues sérieusement, je vois » je lui lance. Je me retourne brusquement et la seconde flèche m'arrache quelques cheveux.
« Concentre-toi », me gronde-t-il.
Les règles sont simples. Reste en vie, évite les flèches, cours et trouve le centaure. S'il te prend par surprise, t'as perdu. Perdre équivaut à se prendre un coup de sabot dans le dos, par exemple, ce qui m'a fait tomber dans la boue plus d'une fois.
On pourrait croire que sa taille est à son désavantage. Mais il n'est vraiment pas facile à attraper et ses pièges sont redoutables. Au début, il utilisait des pointes ensorcelées qui me traversaient plutôt que me transpercer. Je me suis fait avoir plus d'une fois et, bien qu'inoffensive, je ne veux pas réitérer l'expérience. Seulement, les sources de magie des centaures sont faibles, et il a préféré ne plus les gaspiller sur moi, à mon grand regret.
Je me retourne une seconde trop tard, et suis obligé de dévier la flèche par la magie en lançant mon bras en sa direction.
« N'utilise pas la magie, tu n'en as pas besoin. »
Un réflexe de survie, il connaît ? J'essaye de ma guider au son de sa voix mais je ne peux pas distinguer son origine exacte. Je décide de prendre un peu de hauteur et grimpe à un arbre. Je suis plus vulnérable aux flèches, ici mais au moins j'ai une vue d'ensemble. Je crois voir l'aube se lever et l'entrainement s'arrête la plupart du temps aux premiers rayons du soleil, quand ça deviendrait trop facile pour moi. J'entends le son d'une flèche et me suspend alors à une branche. Il sait où je suis. Je me dirige vers l'origine de la flèche et aperçois des traces de sabot dans la neige. Enfin une piste. Je reste en hauteur, le froid a beau me geler les mains, je continue de m'agripper de branches en branches. Je le vois, arrêter, il semble me chercher, il m'a peut-être perdu de vue. Je m'approche en silence et me lâche juste au-dessus de lui pour tomber sur son dos. Il me remarque, sourit, et me donne un coup de pattes pour me faire tomber. J'en ai marre, comment fait-il pour connaître ma position ?
« Tu es trop prévisible », me fait-il remarquer. « Et puis, tu es venu exactement là où je t'ai conduit. »
J'imagine qu'il fait référence aux empreintes. Les centaures sont nuls en magie, tu parles, ce type est un vrai magicien.
« Quelqu'un approche, tu ferais mieux de t'en aller. » me prévient Norean, s'en allant dans les profondeurs de la forêt.
Qui est-ce que ça pourrait être ? Ce n'est pas la première fois que quelqu'un vient dans notre direction, et les fois précédentes, je me suis contenté de fuir, pas cette fois. Je mets la capuche de ma cape sur la tête et grimpe dans un arbre, attendant de voir qui se balade dans la forêt à cette heure de la matinée. Le bois est maintenant illuminé par le soleil et je fais bien attention d'être caché derrière les branches pourtant nues des arbres. L'inconnu s'accroupie et semble regarder mes traces de pas. Merde, j'ai oublié de les dissimule cette fois, quel idiot. Il lève la tête et je peux enfin voir son visage. C'est Roger, il ne peut pas s'agir d'une coïncidence, si ? S'il me voit comme ça, qu'est-ce qu'il va s'imaginer ? Est-ce qu'il peut savoir que je m'entrainer ici ? Il tourne la tête et regarde dans la direction de ma cachette mais avant qu'il ne puisse me voir, je disparais.
Je cours désormais pour avoir le temps de me laver avant d'aller en cours. Je grimpe les marches quatre à quatre et prend une douche de moins de 5 minutes. Frédéric est déjà parti. On ne se parle pas beaucoup, ces derniers temps. Je sais ce qu'il penserait des techniques extrêmes de mon précepteur et je ne peux pas m'arrêter, pas maintenant. Et puis, si je fais ça, c'est pour devenir normal, ne plus l'embêter avec tous mes problèmes. Je ne m'assois plus à côté de lui en cours, non plus. Parce que je sais que plus je passe de temps avec lui, moins j'ai envie d'en passer sans lui. Et puis le soir, je suis tellement fatigué que je m'écroule et il n'essaye pas de me parler, je lui en suis reconnaissant.
J'arrive dans la Grande Salle à temps pour manger un peu. La place en face de Frédéric est libre, je m'y installe. S'il veut parler, c'est maintenant ou jamais, les cours commencent dans moins de dix minutes. Il a l'air contrarié. Je m'asseyais à côté de lui d'habitude. Mais bon, en face, ça ne change pas grand-chose, si ? Je prends ce que je peux et je m'empiffre. Il ne dit rien et je me sens mal d'avoir laissé les choses aller aussi mal. Mais je ne peux pas le permettre de tout prendre sur ses épaules plus longtemps. Je fais tout pour devenir plus fort et ne plus devenir un fardeau.
Je vois Roger entrer dans la Grande Salle à son tour, il a l'air de me chercher. Je me lève, la tête entre les épaules, je ne sais pas quoi dire s'il me pose des questions. J'essaye de le contourner et de sortir sans me faire voir mais il m'attrape par le bras avant que j'ai atteint la porte.
« J'aimerais qu'on se voie après les cours »
Hein ? Est-ce qu'il compte me faire part de ses découvertes à mon sujet ? Ou bien me prévenir qu'il va me dénoncer ?
« Heu, je ne, je ne sais pas si… »
« S'il te plait ! On ne se voit plus souvent récemment et je dois te dire quelque chose d'important. Retrouve-moi près du lac ce soir. » Et là-dessus, il me lâche et me laisse m'en aller, précipitamment.
Evidemment, ça n'a pas échappé à Frédéric, qui me demande à midi :
« Qu'est-ce qu'il te voulait, lui, encore ? »
« Je ne sais pas, ça ne regarde que nous, de toute manière, et puis, il me semblait que vous essayiez d'être ami. Maintenant, si tu me le permets, j'aimerais aller manger. » Je me retourne mais il me tire par le bras jusqu'à ce qu'il ne soit qu'à quelques centimètres de moi.
« Arrête de m'éviter, Ludovic ! »
« Mais je ne-. »
« Tu ne me parles plus, tu ne veux même pas t'assoir à côté de moi ? Mais qu'est-ce que j'ai fait, bon sang ?! Parle-moi, s'il te plait… »
Je vois dans son regard qu'il est sincère mais je, je ne pensais pas qu'il croyait que c'était de sa faute, je vais devoir mettre les choses au clair, ou au moins trouver une excuse valable.
« Ce n'est pas ta faute, c'est… » Je sens que je vais craquer et lui dire que je ne peux pas rester proche de lui parce que je ne me contrôle toujours pas tout à fait, d'ailleurs, mon œil me gratte et mon cœur s'enflamme, je transpire et je sais que je ne pourrai pas tenir beaucoup plus longtemps sans faire s'envoler quelque banc se trouvant là.
« Je dois y aller, je te parlerai ce soir. » Je me libère de son emprise et me dirige vers la Grande salle pour grignoter rapidement avant de partir à la bibliothèque. C'est mercredi, ce qui veut dire que Frédéric s'entraine au Quidditch et que Roger a fini les cours dans quelques heures à peine.
Je me réveille, le soleil se couche déjà dehors. J'aurais dormi tout ce temps ? Je remarque une trace de bave sur le devoir que j'avais commencé à rédiger. Mince, je vais devoir le recommencer. Je me félicite de m'être installé dans un coin isolé, cela m'aura évité la gêne d'être vu en train de piquer un somme la bouche ouverte.
Je remballe mes affaires, me dépêche d'aller me changer, opte pour un pull bleu foncé et me dirige vers le lac, Roger est déjà là.
« Désolé, je n'ai pas vu l'heure et… »
Il ne porte pas de robe, mais une chemise brune qui lui va vraiment bien, il a peut-être une un rendez-vous important plus tôt.
« Ne t'en fais pas, suis-moi. »
Il m'emmène alors vers la forêt en me tenant par la main. Aurait-il peur que je m'enfuie ? Est-ce que je devrais m'enfuir ? Il fait déjà sombre et je remarque un endroit éclairé. À y regarder de plus près, je remarque qu'il s'agit d'une souche d'arbre aménagée avec une nappe pour qu'on puisse y manger. Des chandelles illuminent les bois et deux coussins, par terre, semblent nous être destinés.
« Qu'est-ce que ? »
« J'ai trouvé l'endroit ce matin, en me baladant, et j'ai pensé…ça te plait ? »
Il avait préparé un pique-nique, vraisemblablement. Est-ce qu'il se baladait seulement se matin ? Mes inquiétudes s'écroulent et je me rends compte qu'il a préparé tout ça pour moi.
« C'est, c'est merveilleux. »
C'est tout ce qui me vient. Il me prend les mains dans les siennes. Je rougis, étonné, et il me dit :
« Ça fait longtemps que j'aimerais te le dire. Tu as toujours été un véritable ami pour moi, mais je n'ai pas été tout à fait sincère avec toi. »
Je redoute alors qu'il me dise qu'il connait mon secret.
« Je ne veux pas être juste ton ami, Ludovic. »
Il me tire alors contre lui, pose ses mains dans mon dos et m'embrasse.
Je n'en reviens pas, il m'aime bien, comme ça ?
Je me rends compte alors du sentiment agréable que son baiser me procure. Je n'ai pas de pic de pouvoir, non plus. J'assemble alors les pièces du puzzle et me rends compte de mes sentiments à son égard. Je me sens bien avec lui. Son étreinte se resserre. Je réalise que je serre fort sa chemise, je ne veux pas le lâcher. Je ne me sens plus seul. Je lui rends son baiser et me colle encore plus fort à lui.
La nuit tombe et nous ne sommes plus éclairés que par les bougies.
