Avec une toute petite avance (pour une fois!), je publie ce chapitre, ne pouvant pas le faire demain et/ou après demain. La scène 7 arrivera vers le 15 décembre. A partir du Nouvel an, je risque d'avoir de sérieux empêchements qui m'empêcheront sans doute d'écrire régulièrement mais je vais essayer d'avancer assez vite pour palier à cette absence d'écriture et ne pas m'interrompre dans la publication. C'est pourquoi, même si j'ai déjà achevé la scène 7 et 8 je ne peux pas réduire le délai de parution... Désolée pour ceux qui sont pressés de lire la suite et qui n'aiment pas attendre. Mais j'essaierai de donner plus de bonus dans mon LJ qu'un simple extrait par scène à venir. Ceci dit, je remercie encore une fois ceux et celles qui me lisent, et ceux et celles qui me commentent. Merci pour vos encouragements!

Bonne lecture!

Scène 6

Salle de Potions, Poudlard, 16 Février 1977

Amy était perplexe.

Pour la première fois depuis quatre ans, elle avait enfin cru avoir réussi. Elle y avait mis toute son énergie, toute sa volonté, mais cela n'avait pas suffi. Elle regarda bouillir la potion bleue qui aurait dû être jaune… Pourtant, trois secondes plus tôt, sa couleur correspondait à la description ! Et d'un coup, un seul, elle se retrouvait avec un liquide couleur océan, joli, bien odorant, mais loin du résultat escompté.

Cette fois, elle en était certaine, une malédiction pesait sur elle. La malchance ne pouvait autant s'abattre sur une seule et même personne !

Si ce n'était la chance, par quel geste malheureux se serait-elle encore trompée ? Elle se remémora tous ses faits et gestes et compara avec son livre.

— Mademoiselle McFlyer, encore ! soupira avec lassitude le professeur Slughorn. Que va-t-on faire de vous ? Vous vous êtes encore trompée de racine ! Vous avez pris une racine de Roses des Mers, pas de Mandragore ! Regardez, la différence se joue sur la façon dont le bout de la racine s'entortille… L'une dans le sens de la montre, et l'autre dans l'inverse… Est-ce donc si difficile à retenir ?

Quelques Serpentards pouffèrent tandis que le professeur faisait disparaître le contenu du chaudron d'un geste de la baguette. Amy se rassit en maugréant sur sa chaise : elle n'avait pas assez de temps pour confectionner une autre potion – comme venait de le souligner le professeur – il ne lui restait plus qu'à attendre la fin des cours. Encore heureux que ce n'était encore qu'un exercice d'entraînement ! Elle blêmit à l'idée de devoir passer cette matière l'année suivante, lors des examens de BUSES.

Elle avait croisé des étudiantes en Cinquième Année qui en parlaient dans les couloirs, provoquant en elle de nouvelles inquiétudes. Amy se savait d'un naturel inquiet – surtout en matière d'examens –, et même s'il paraissait à tous les autres déraisonnés de penser aux examens de l'année prochaine, elle n'arrivait pas à ne pas y penser – quand encore elle en avait le loisir. Et, en ce moment, elle préférait encore se questionner sur la difficulté de certains partiels, plutôt que sur d'autres questions, bien plus embarrassantes encore…

Et comme elle y pensait – sans pourtant le désirer –, son regard glissa sur la table des Maraudeurs. Sirius était assis à côté de Peter, bien loin de Remus. Même si, d'apparence, ils restaient tous les quatre, en y regardant de plus près, on pouvait voir la tension qui régnait entre les deux garçons. Ils ne s'adressaient plus la parole depuis samedi… Amy n'avait pas eu l'occasion d'en reparler avec Sirius, et hésitait à l'aborder. Elle ne voulait pas le faire en présence de Remus : comment réagirait-il ? D'ailleurs, elle avait retourné sans cesse la scène de samedi dans sa tête sans trouver la moindre explication satisfaisante, ou du moins plausible. Aurait-il été jaloux ? Mais s'il ne l'aimait pas, si elle le dégoûtait au point qu'il ne veuille même plus lui parler, pourquoi serait-il jaloux ?

« Ne refais pas la même erreur. » Il parlait sans aucun doute de Sirius, du fait qu'elle avait été amoureuse de lui, avant… Amy ne trouvait pas d'autres explications, mais elle ne comprenait pas pourquoi Remus lui avait dit ça. Elle ne ressentait plus rien pour Sirius, Remus lui-même le savait déjà ! Il s'en était assuré l'été dernier, quand Amy avait passé quelques jours chez James, en lui posant la question de façon si discrète qu'elle avait répondu sans se poser de question, de façon si naturelle et spontanée qu'il n'aurait pas été possible d'en douter.

Elle était vraiment dépassée par la situation et ignorait vers qui elle pouvait se tourner pour mieux comprendre. Remus ne lui répondrait pas, et il était indélicat que de poser la question à James, Peter ou Sirius. Sans aucun doute ces derniers, par amitié, refuseraient d'y répondre et ils auraient bien raison. C'était l'une des preuves que les Maraudeurs étaient plus qu'un groupe de blagueurs, mais une réelle bande d'amis.

Amy devait donc, encore une fois, se résoudre à ne pas comprendre. Que c'était frustrant et lassant !

En quittant le cours de Potion, Amy était d'encore plus mauvaise humeur que lorsqu'elle y était entrée, et ses deux amis, après avoir vainement tenté de la distraire, la laissèrent tranquille – sous sa propre directive. Comme elle n'avait pas cours et pas de séance avec McGonagall en vue, Amy décida de prendre l'air, une idée plutôt bonne quand l'esprit est embrumé par une surabondance de problèmes sans solution.

Un peu par hasard, elle se retrouva à quelques mètres de la cabane du gardien des clefs et, voyant une épaisse fumée sortir de la cheminée, elle eut la curiosité de venir frapper à sa porte. Pourquoi ? Par impulsivité. Peut-être aussi parce qu'elle savait le garde-chasse agréable et gentil, et qu'elle avait absolument besoin d'être avec quelqu'un qui n'avait pas de préjugés sur elle.

— Qui est là ? demanda une voix forte.

— Je suis Amy, Amy McFlyer, s'annonça-t-elle, un peu inquiète en entendant le grognement qui lui répondit.

Elle se rappela alors qu'on disait que le chien du garde-chasse était un animal sauvage et féroce, capable d'avaler un élève de Première Année en une bouchée à peine. Avec sa petite taille et ses formes rebondies, Amy avait encore l'air d'une petite fille. Elle commença à regretter son choix, surtout quand elle entendit le résonnement de pas énormes s'approcher pour ouvrir la porte. Aussitôt, elle fut obligée de lever haut la tête pour apercevoir le visage étonné mais souriant du demi-géant qui protégeait les portes du château. Tout de suite, elle se rassura car Hagrid, malgré sa carrure imposante et sa taille haute, avait un visage avenant et un regard chaleureux.

— Quelle surprise ! s'élança-t-il. Mais, entre, entre donc ! Tu m'excuseras du peu de rangement… C'est-à-dire que, heu… je n'ai pas vraiment l'habitude qu'un élève vienne me rendre visite à cette heure de la journée. J'étais d'ailleurs en train de me faire un petit thé, voudrais-tu quelques gâteaux ?

La chaleur de la cabane procura une sensation très agréable en comparaison de la froideur de l'extérieur. Aussitôt qu'elle entra, l'adolescente fut bousculée par un molosse énorme. Une bête noire et effrayante qui, en réalité, se révéla inoffensive, comme le répéta à plusieurs reprises Hagrid. Amy se dévêtit de son écharpe et de son manteau et accueillit la tasse brûlante qu'Hagrid lui tendait avec plaisir. Par contre, les gâteaux étaient si durs qu'elle crut s'être cassée une dent en croquant un petit bout mais elle s'efforça de ne pas le montrer et réussit à inventer un petit mensonge pour être aimable.

— Alors, Amy, qu'est-ce que tu viens donc faire toute seule dans la cabane d'un vieux garde des clés comme moi ? demanda un moment le demi-géant.

— Hum ? fit-elle distraitement. Oh ! Ben, un peu par hasard, je suis arrivée ici, alors… j'ai toqué à la porte.

— Par hasard ? répéta Hagrid. Et pourquoi es-tu toute seule, à cette heure ? Les cours ne sont pas terminés… tu n'es pas en train de faire l'école buissonnière, j'espère ?

— Non, non, lui assura-t-elle en agitant vigoureusement la tête. J'avais juste beaucoup de choses en tête… je voulais être seule. Et puis, quand j'ai vu votre maison, j'ai eu envie d'entrer.

— Maison, répéta à mi-voix Hagrid avec un certain plaisir. Enfin, qu'est-ce qui te préoccupe tant ? Tu n'es pas obligée de me le dire, bien sûr, rajouta-t-il en songeant que, peut-être, il faisait preuve d'impolitesse.

Hagrid avait un visage très expressif, ce qui mit Amy aussitôt à l'aise. Cela explique peut-être la raison pourquoi elle se confia à lui. Le gardien des clefs l'écouta attentivement, sans l'interrompre. Quand elle eut terminé, il prit quelques secondes de réflexion avant de prendre la parole.

— Ce que j'entends m'étonne beaucoup ! Je connais Remus Lupin comme un gentil garçon, très attentionné et aimable… Le pauvre ! Quand on sait ce qui lui est arrivé… Quel drame !

Amy se redressa aussitôt sur sa chaise, interpelée par les derniers mots du garde-chasse.

— Ce qui lui est arrivé ? répéta-t-elle. Quoi donc ?

Hagrid sursauta soudain, se rendant compte qu'il en avait trop dit. Il plaqua une main sur sa bouche et frotta sa barbe nerveusement, marmonnant des remontrances contre sa langue trop pendue. Amy, elle, espérait qu'il lui en dise plus.

— Qu'est-ce qui est arrivé à Remus ? insista-t-elle.

— Non, non, ne me pose pas de questions ! s'alarma Hagrid, encore confus. Je ne dois pas en dire plus, il ne faut pas, il ne faut pas !

— S'il vous plait, est-ce que cela a un rapport avec moi ? persista Amy. C'est à cause de ce qui lui est arrivé ?

— Oui… Enfin, non ! se rattrapa le gardien, mais trop tard. Non, Amy ! Je n'ai rien dit, oublie ça. D'ailleurs, tu ferais mieux de retourner en cours… Oui, il faut que tu retournes au château !

Il ne lui laissa pas le temps d'en dire plus et la poussa hors de sa cabane. Bien forcée, Amy retourna à l'enceinte de Poudlard, réfléchissant sur ce qu'elle venait d'apprendre.

oOo

Bureau de McGonagall, Poudlard, 17 Février 1977

— Non, non et non ! s'énerva la directrice. Ce ne va pas du tout ce soir, McFlyer. Restez concentrée jusqu'au bout ou cela ne fonctionnera pas ! Recommencez !

Amy s'exécuta sans trop de conviction. Sa tête était encore pleine des paroles d'Hagrid et elle n'arrivait pas à les chasser de son esprit. Elle se demandait ce qui avait bien pu arriver à Remus qui put influencer autant son comportement vis-à-vis d'elle. Mais elle avait beau retourner ce nouvel indice dans tous les sens, elle ne voyait pas ce qui pouvait provoquer un tel revirement. Un évènement extérieur ? Un décès ? Oui, mais c'était peu probable. En quoi serait-elle en lien avec ces choses ? Mais à Poudlard, il ne s'était rien passé, ou en tout cas, de bien grave, sinon tout le monde l'aurait appris…

— Mademoiselle McFlyer ! s'impatienta la directrice. Où donc avez-vous votre tête ?

— Je suis désolée, professeur, s'excusa Amy, la tête baissée. Je n'arrive pas à me concentrer…

Le professeur McGonagall s'apprêta à lui répondre sèchement mais, se ravisant, elle s'installa confortablement sur sa chaise de bureau. Croisant les mains, elle demanda :

— Bon, très bien, peut-être pourriez-vous m'expliquer ce qui vous préoccupe tant ?

Amy sembla hésiter, se sentant un peu idiote à l'idée de parler de ses problèmes de cœur. Mais une idée lui vint à l'esprit.

— Professeur, est-ce que vous savez s'il est arrivé quelque chose à Remus Lupin ?

Pendant plusieurs secondes, la directrice se tût, mais la surprise et la perplexité qu'Amy put voir sur son visage, confirma ses doutes : elle devait savoir quelque chose.

— Pourquoi est-ce que vous me demandez cela ? demanda le professeur McGonagall avec prudence.

Ce fut au tour d'Amy d'hésiter sur sa réponse : elle n'avait pas tellement envie de causer des ennuis à Hagrid parce qu'elle était curieuse.

— Et bien, aujourd'hui, il n'était pas en cours…

— Et bien, c'est qu'il est malade…

— Mais il s'absente souvent.

Et ceci dit, Amy réalisa qu'en effet, Remus était régulièrement absent, on le disait « malade ». D'ailleurs, les professeurs avaient toujours une façon particulière de le remarquer, comme si quelque chose, dans ses absences, leur semblait normale.

— Mademoiselle McFlyer, reprit la directrice après un soupir. Vous vous faites trop d'idées. Remus Lupin a sans doute une sans doute plus fragile que celle de ses camarades, mais il n'y a pas lieu de trop s'inquiéter. Vous ai-je rassurée ?

Dans la façon un peu pressante du professeur à vouloir clore le sujet, Amy comprit qu'elle n'en apprendrait pas plus de la directrice, et sans doute d'aucun professeur, et n'eut d'autre choix que d'acquiescer et de reprendre son entraînement.

oOo

Table de Gryffondor, Grande Salle, Poudlard, 18 Février 1977

—Et si ça n'avait rien à voir avec toi ? demanda soudain Oliver.

Il n'avait rien dit depuis le début du repas, laissant Amy et Jane discuter du sujet « Remus » à leur aise. Voyant qu'elles s'emportaient, et surtout qu'Amy paraissait fonder de nouveaux espoirs, il s'obligea cependant à réagir. Il adossait parfois le chapeau de l'annonciateur de mauvais augure – mais cela dit avec raison – mais Jane, si elle était moins naïve, oubliait parfois d'être sage.

— Si ça a influencé…

— Et qu'est-ce que tu en sais ? répliqua aussitôt Oliver. Pour autant que je sache, certes, la façon dont il a agi est très bizarre… mais j'ai plutôt l'impression que l'évènement dont ils parlent datent d'il y a très longtemps. Et même si c'était récent, en quoi est-ce que cela justifierait ce revirement brutal ?

— C'est justement ce qu'on voudrait bien savoir ! rétorqua Jane. Et que je compte bien découvrir pour ma part. Que c'est palpitant !

— Ce n'est pas par curiosité, s'empressa de dire Amy, en lançant un regard réprobateur sur son amie. Mais tu ne crois pas que, si ça a une infime chance d'expliquer pourquoi il m'a rejeté, je ne devrais pas tenter de le découvrir et essayer de le raisonner ?

— Parce que, clairement, tu penses avoir une chance ?

Amy se mordit la lèvre, signe qu'il avait visé juste.

— Réfléchis un peu, s'il avait agi avec impulsivité, même à cause de ce qui lui est arrivé, est-ce que tu crois que, depuis, il n'a pas eu le temps d'y réfléchir et d'envisager ses possibilités ? continua Oliver. Ne t'accroche pas à de vains espoirs ! Remus a eu tout le loisir de regretter et de s'excuser auprès de toi… Pourtant, il ne l'a pas fait. Ce qui veut forcément dire que, malgré tout, il ne veut pas de toi.

— Oliver, bougre d'imbécile ! rugit Jane. Tu n'as pas besoin d'être aussi méchant !

— Je ne suis pas méchant, réagit prestement Oliver. Je m'efforce seulement de lui ouvrir les yeux, et à toi aussi ! Tu sais parfaitement que j'ai raison, pourquoi est-ce que tu l'encourages ?

— Parce que je suis son amie, et que mon rôle consiste à la soutenir.

— Je suis aussi son ami, et mon rôle est de la raisonner.

Tandis que, les deux Gryffondors se regardaient en chien de faïence, tentant de déterminer par la force de leur regard qui d'eux deux étaient le meilleur ami d'Amy, cette dernière chassa les quelques larmes que les remarques dures – mais certes bien fondées – d'Oliver avaient provoquées, et jeta un œil curieux vers sa gauche. Encore une fois, les Maraudeurs déjeunaient ensemble, et personne qui n'y prêtait pas d'attention n'aurait pu dire qu'il se passait quelque chose. Mais Amy vit très nettement la barrière qui s'était créée au sein du groupe. Sirius, habituellement jovial et bruyant, dirigeait toujours la conversation, mais de façon bien moins expansive. Il ne regardait jamais en face de lui – car en face se trouvait Remus. Amy osa alors glisser un regard vers ce dernier. Le blond se concentrait sur son assiette, s'occupant à manger sans sembler porter aucune attention sur ce que disait Sirius. Au contraire, on aurait pu deviner, à la façon dont ses lunettes pendaient plus bas que l'arrête de son nez, qu'il s'efforçait depuis un bon bout de temps à ne pas lever la tête.

Amy resongea à ce qu'elle avait appris. Est-ce que l'incident qui s'était produit expliquer les cicatrices sur son visage et sur ses bras ? Elle s'était toujours demandé d'où ils les avaient eues sans jamais oser lui poser la question. Elle n'en aurait sans doute plus l'occasion… Elle ressentit un profond sentiment de déception en songeant qu'elle n'avait jamais su, alors qu'ils étaient encore amis, que quelque chose lui était arrivée. Il n'avait jamais semblé triste, même s'il lui arrivait très souvent d'être songeur et préoccupé. Amy avait toujours cru que cela faisait partie de son trait de caractère, parce qu'il se souciait énormément de ses amis. C'est drôle la façon dont on pouvait se penser proche de quelqu'un sans pourtant connaître grand-chose de lui. Elle se rendait compte à présent qu'elle ne savait quasiment rien, à l'exception du fait qu'il n'avait pas de frère ou de sœur et que ses parents étaient de fervents supporters de l'équipe de Londres de Quidditch. Pourquoi faisait-il tant de mystère ? Mais était-ce voulu ou s'était-elle juste trop focalisée sur elle-même ? Elle se rendit compte qu'elle n'avait jamais vraiment cherché à le connaître. C'était toujours lui qui lui avait posé des questions, qui l'avait poussé à se confier. Jamais l'inverse.

Peut-être, finit-elle par se dire, les épaules s'affaissant soudain, qu'il avait juste changé d'avis. D'un geste las de la main, elle remua ces céréales dans son bol de lait.

— Quelque chose ne va pas Amy ? lui demanda Oliver.

— C'est de ta faute ! l'accusa aussitôt Jane en le pointant grossièrement du doigt. Tu l'as démoralisée !

— Je n'ai démoralisé personne ! protesta-t-il en fronçant les sourcils, soudain peu sûr de lui. N'est-ce pas Amy ?

— Oui, oui… répondit-elle distraitement.

— Elle ne nous écoute même plus ! Allô la lune ici la Terre ?

— Jane, c'est l'inverse, la rectifia Oliver. Allô la Terre ici la Lune !

— Pourtant, on dit bien « être dans la lune », non ? répliqua Jane. Oh, et puis mince ! On s'en fout de la sémantique ! Bon, Amy, tu vas nous expliquer pourquoi tu es si…

Cette fois, elle regarda Oliver d'un air suppliant, cherchant le mot qui convenait pour décrire l'état de… l'état d'Amy, quoi. Mais ce dernier haussa les épaules, trouvant cette fois inutile d'intervenir.

— Bon, explique-nous, quoi !

— Quoi ? réagit tardivement Amy. Rien, rien… Je réfléchissais, et peut-être que tu as raison, Oliver… Je cherche juste à me donner des raisons de m'accrocher…

Qu'est-ce que je disais ? s'exclama une nouvelle fois en toisant Oliver du regard. Tu la démoralises !

— Mais il a raison, intervint Amy. Et puis, il ne me démoralise pas. C'est juste que... ça ne changera peut-être pas ce qui s'est passé, mais je veux au moins savoir, comprendre, pourquoi il a subitement changé d'attitude vis-à-vis de moi. Sinon je ne serais jamais tranquille.

— Si c'est comme ça, alors je veux bien vous aider, affirma Oliver calmement. Mais je veux être assuré que tu ne fondes pas trop d'espoir à ce sujet.

Amy acquiesça et Jane poussa un cri triomphant, s'attirant une fois de plus tous les regards.

— En tout cas, une chose est sûre, si tu escomptes découvrir discrètement le secret de Remus, on a intérêt à être plus discret.

oOo

Quelques minutes plus tard, à quelques mètres de la porte de la Salle de Métamorphose, Poudlard, 18 Février 1977

Après avoir établi qu'ils chercheraient à découvrir l'éventuel secret de Remus Lupin, le trio discuta durant le trajet qui devait les mener en cours de la façon dont ils devaient s'y prendre pour y parvenir (à percer Remus Lupin en cours, pas à aller en cours !). Ils en étaient là de leur discussion (quelque part entre rien et presque rien) quand Jane décréta qu'il était inutile de tourner autour du pot ! Oliver, qui devait mettre son grain de sel là-dedans (c'était devenu un besoin irrépressible), osa répondre qu'en l'occurrence ils n'avaient même pas de pot auquel tourner. Jane le toisa durement du regard (qu'il était agaçant à la fin !) et d'un pas décidé, et de façon tout à fait spontanée, elle s'élança droit vers les Maraudeurs (lesquels étaient, par un hasard absolument opportun justement devant eux). Devant les regards étonnés (mêlés d'inquiétude) d'Amy et Oliver, elle tapa d'un petit coup sec sur l'épaule de Remus et avant même qu'il eut terminé de se tourner vers lui, lui balança :

— Je sais ce que tu caches.

Pendant un instant – un infime moment, quelques secondes à peine, mais fatal aux yeux de Jane –, les Maraudeurs hésitèrent, la regardant sans comprendre. Presque aussitôt (très exactement une seconde et trois-quarts après), leurs regards exprimèrent une franche inquiétude, voire même de la peur dans celui de Remus.

— Qu'est-ce que tu vas encore raconter Jane ? s'exclama Sirius qui fut le premier à se reprendre.

— Mais je ne raconte rien, je ne fais qu'affirmer une chose : je sais ce que tu essaies de cacher beau ténébreux !

A ses lèvres, « beau ténébreux » résonnait aussi bien que « sombre crétin », mais les Maraudeurs avaient d'autres préoccupations en tête pour le remarquer. Une fois encore, les quatre Maraudeurs étaient mus par le doute. Puis, le visage de Remus se ferma derrière un masque d'impassibilité et d'une voix sèche, quoiqu'un peu tremblante, il affirma :

— Je n'ai rien à cacher.

Et il s'éloigna d'un pas rapide. Les trois autres jetèrent un coup d'œil étonné vers Amy et Oliver (qui depuis bien sûr avaient rejoint Jane) et suivirent leur copain. Jane se tourna vers ses compagnons et d'un grand sourire s'exclama :

— Tadam !

— De quoi précisément es-tu fière ? demanda Oliver, les sourcils froncés, l'air atterré. Tu viens de leur dire clairement de se méfier de nous.

— Sans doute, oui, dit-elle d'un ton léger. N'est-ce pas génial ?

— Je ne vois pas en quoi, répondit-il franchement.

— Moi non plus, avoua Amy, plus inquiète que jamais.

— Allons en cours, je vous expliquerai juste après !

Ils n'eurent pas le temps de protester, les derniers élèves étaient déjà entrés et s'ils ne se dépêchaient pas, ils seraient en retard. Ils se pressèrent donc d'aller s'installer à des tables et tentèrent tout d'abord de poursuivre leur discussion, mais McGonagall, trônant au centre de la pièce, ordonna aussitôt le silence. Bien forcés, Oliver et Amy furent obligés de prendre leur mal en patience. Qu'est-ce que Jane pouvait être têtue !

Amy ne comprenait pas la tactique de Jane. En quoi alarmer les Maraudeurs allait-il bien pouvoir les aider dans leur quête ? A présent, les quatre garçons allaient se méfier et renforceraient forcément leur garde. Il sera alors plus difficile de les interroger, même à leur dépend ! Pendant toute l'heure, Amy se rongea les ongles quand Oliver, soudain, s'agita. Ils étaient alors en train d'appliquer la nouvelle formule enseignée par la directrice de Gryffondor, et la classe était baignée par un bruit de verre brisé, de râles, de formules jetées à la va-vite, avec concentration ou même par lassitude. Oliver put donc parler à Amy avec toute tranquillité.

— J'ai enfin compris où Jane veut en venir, dit-il en souriant. Bien que je sois un peu sceptique, et que je pense qu'on aurait dû prendre le temps d'y réfléchir avant, maintenant que les Maraudeurs savent, ou plutôt, pensent qu'on est au courant de quelque chose, ils vont réagir.

— Ce qui est une chose positive ? demanda Amy qui ne comprenait toujours pas en quoi cela pouvait être réjouissant.

— Oui et non. Tout dépend de la nature du secret. En tout cas, c'est la technique de « La Rose de le Sang » !

— Quoi ? s'exclama Amy sans comprendre.

— C'est un livre que Jane m'a forcé de livre il y a quelques mois… Un polar très ennuyeux sur l'Egypte Antique, qui portait sur une expérience secrète menée dans un des tombeaux… bref ! Tu l'as lu ?

Amy fit signe que non.

— Dans ce cas-là, je vais essayer de t'expliquer ce que Jane a tenté de faire en reproduisant la technique du livre…Admettons que les Maraudeurs cachent une boite dans une salle du château.

— Quoi ?

— C'est juste pour illustrer mon propos… Donc, les Maraudeurs cachent une boite dans une salle du château et disons que, chaque semaine, ils vont la voir pour faire quelque chose qu'on ignore. Durant leur trajet, ils vont, au début, définir comment y accéder de façon à ce que personne ne puisse les trouver ni les intercepter, d'accord ? Leur façon de faire est efficace et personne n'a jamais pu les découvrir. Ils continuent à s'y rendre de la même façon, et d'y revenir exactement comme ils l'avaient défini au début. Jusque-là tu me suis ?

— Oui, confirma Amy, très attentive à ce qui allait suivre.

— On peut s'imaginer que, l'habitude faisant, ils sont moins attentifs, plus distraits durant leur trajet, mais rien ne change concrètement et ils ne se font pas repérer. Disons à présent que nous leur informons qu'on sait ce qu'ils cachent, ce qui veut dire que non seulement on est au courant qu'ils cachent quelque chose, mais qu'on a déjà vu la boîte. Ils vont alors commencer à se méfier, à s'alerter, à être plus attentif. On pourrait penser que nous avions eu tort de les avertir car on a levé nous-mêmes leur système d'alarme. Sauf qu'il y a un point majeur à ne pas oublier : la panique. La peur d'être découvert, ce qui peut leur pousser à l'erreur. Ils vont sans doute essayer de changer leur itinéraire, et même changer de salle. Des mouvements qu'on sera peut-être à même de percevoir en gardant les yeux ouverts. Mais surtout, la peur attisée va les pousser à la curiosité, car Jane ne leur a rien dit. Qu'est-ce qu'on sait vraiment au final ?

Amy, croyant qu'il lui posait vraiment la question, fronça les sourcils et balbutia :

— Ben, ben…

— Rien ! répondit aussitôt et avec une certaine excitation Oliver. On ne sait rien. Sauf qu'ils ne le savent pas, et qu'ils ne peuvent pas se l'assurer sans nous poser de questions. De fait, on n'aura pas à essayer de leur parler ou de les questionner discrètement… Ils le feront pour nous en voulant s'assurer que Jane a menti, ou alors qu'elle parlait d'autre chose de plus futile.

— Oh ! fit Amy, comprenant soudain le sens de tout ce bric-à-brac. Mais, c'est pas un peu gros ?

Oliver secoua la tête en haussant les épaules. « Ça peut fonctionner tout comme ça peut échouer… Mais regarde plutôt. » Ceci dit, il fit un mouvement rapide de la tête, désignant une partie de la salle. Amy tourna la tête et vit aussitôt se détourner celle de Sirius qui, visiblement, les observer depuis un moment.

— Pourquoi est-ce qu'il nous regarderait avec insistance s'il n'était pas déjà inquiet ? dit Oliver. Je pense que ça peut fonctionner. Le tout, c'est de bien maîtriser ce qui va suivre. Et ça ne va pas être facile…

Amy fit sembler de se concentrer sur sa souris quand le professeur McGonagall passa à côté d'eux. Une fois que la directrice se fut éloignée, elle se pencha à nouveau vers Oliver :

— Mais au début, tu as dit que « ça dépendait de la nature du secret » ?

— Oui, parce qu'ils ne cachent pas forcément « une boîte » dans une partie du château. On ne sait pas quel est ce secret. Ça pourrait bien être un détail du passé qui n'a aucun effet sur le présent… dans quel cas, ce sera beaucoup plus délicat de le découvrir, même de cette façon. Cette méthode ne peut fonctionner que si ce secret a un quelconque effet sur le présent, surtout si elle a un impact concret. Peut-être, cette fameuse « santé fragile » qui pousse Remus à s'absenter tous les mois. C'est en quelque sorte un indice quasi-tangible que le secret a peut-être pied sur le présent. De toute façon, s'il ne l'a pas, cela pourra conclure qu'il n'a aucun impact sur l'attitude de Remus à ton égard et ça répondra en quelque sorte à ta question…

— Tout en laissant le reste dans le flou, marmonna Amy. Ce qui peut aussi dire que ça pourrait être tout simplement moi qu'il a cessé d'apprécier ? Ou que j'ai fait quelque chose de mal…

Oliver la regarda d'une telle façon qu'elle préféra détourner le regard, ravalant ses paroles pour elle-même. Ses amis ne toléraient pas qu'elle puisse penser ainsi, mais Amy n'arrivait pas à s'empêcher d'envisager qu'elle puisse avoir un lien direct avec la révulsion qu'elle inspirait aujourd'hui à Remus Lupin. Révulsion n'était peut-être pas le mot, mais dans cette situation très bizarre où, du jour au lendemain, elle passe de l'amie à qui il tient plus que d'ordinaire à la fille qu'il veut à tout prix éviter, Amy ne voit pas très bien comment le définir autrement.

Tout le reste du cours, ils continuèrent d'argumenter sur cette nouvelle stratégie, et quand le cours se termina, ce fut avec déception que Jane découvrit qu'ils avaient tout compris, et qu'il n'y avait donc plus rien à expliquer. Ils s'aperçurent très vite des regards perçants que leur adressaient les Maraudeurs, mais prirent soin de n'y prêter aucune attention particulière. L'idée était à présente de faire germer dans l'esprit des quatre garçons les germes du sentiment le plus insupportable et exponentiel : le doute.

oOo

Dortoir des filles, Tour de Gryffondor, Poudlard, 19 Février 1977

Quelle surprise ce fut quand Amy sortit de la douche et découvrit, assise sur son lit, Eleanor. La Gryffondor ne lui avait jamais plus adressé la parole depuis l'année dernière. En fin d'année précisément, alors qu'elle lui annonçait aimer Remus et détester l'idée qu'Amy fusse préférée à elle. Eleanor tourna la tête et osa un petit sourire hésitant. Amy, qui s'était arrêtée de surprise, s'avança vers son lit.

— Eleanor ? Qu'est-ce que tu fais… ici, dans ma chambre ? crut-elle bon de préciser, comme s'il avait été possible que l'adolescente se fut juste trompée.

Mais Eleanor ne s'était pas trompée et savait pertinemment quel accueil elle allait recevoir. D'ailleurs, elle était plutôt contente qu'Amy n'exprime pas, dans sa façon de parler ou dans sa voix, ni colère ni froideur. Au contraire, elle avait été teintée d'une sincère surprise et ses yeux n'exprimaient aucune rancœur. Rassurée par ce fait, Eleanor répondit :

— Je suis venue faire la paix.

— Ah… bon ?

Amy ne savait pas trop comment réagir. Après tant de mois passés, elle ne s'était plus attendue à un tel revirement. Elle pensa avec amertume qu'elle en avait marre d'être prise au dépourvue. Malgré tout, la perspective de ne plus être fâchée, même si le temps passé, elle ne ressentait plus aucune peine à cela, la poussa à demeurer ouverte aux propos d'Eleanor.

— Tu attends sans aucun doute que je m'excuse, dit cette dernière. Mais je ne sais pas comment je le ferai… Je t'ai peut-être parlé franchement, mais sans aucune méchanceté et je…

— Et tu voudrais peut-être que ce soit Amy qui s'excuse ?

Jane venait d'entrer à son tour dans la pièce et toisait Eleanor avec animosité.

— Je n'ai rien dit de tel ! se défendit aussitôt Eleanor.

— Tu ne l'as dit pas dit, c'est vrai, fit simplement Jane d'une façon qui disait « Mais cela revient au même. ».

— Je n'aime pas ces sous-entendus, se crispa la Gryffondor. D'abord, je parlais à Amy et non pas à toi.

— Tu parles à Amy, et je suis son amie, tu as un problème avec ça ?

— Oui : ça ne te regarde pas ! s'énerva pour de bon Eleanor qui se leva. D'ailleurs, ça ne sert à rien que je reste ici puisque tu ne me laisseras pas tranquille !

— C'est ça, c'est ça, ricana Jane. Hé ! lança-t-elle alors qu'Eleanor s'élançait vers la sortie à grande enjambée. N'oublie pas : je t'ai parlé franchement et sans méchanceté, sans rancunes, hein ?

Eleanor claqua la porte derrière elle. Amy s'élança à sa poursuite.

— Tu ne vas pas la rattraper, quand même ? l'arrêta Jane.

— Tu as été trop dure, elle est venue s'excuser, lui dit rapidement Amy.

— Elle n'est pas venue s'excuser ! Elle voulait juste… Bah ! Fais comme tu veux ! de toute façon, tu es déjà partie, marmonna-t-elle dans le vide car, en effet, Amy avait déjà quitté la pièce.

Amy réussit à rattraper Eleanor quand celle-ci arriva en bas des escaliers quittant les dortoirs. Elles étaient à présent dans la salle commune.

— Attends, je m'excuse pour Jane, dit précipitamment Amy. Parfois, elle exagère…

Eleanor la regarda longtemps avant de soupirer et d'acquiescer à la fois, signe qu'elle acceptait ses excuses.

— De quoi… de quoi voulais-tu parler ? demanda alors Amy.

— De plusieurs choses… à propos de Remus.

Amy ne répondit pas immédiatement. Il était inévitable que cela en vienne à Remus, étant donné qu'elles s'étaient disputées à son propos. Enfin, « disputées », Eleanor avait juste déclaré qu'elles ne seraient plus amies et l'avait ignorée par la suite, tentant de se rapprocher de Remus par tous les moyens possibles. Cependant, vue la situation présente, et ce que le trio avait escompté faire, Amy avait toutes les raisons d'accepter d'en parler.

— D'accord, dit-elle. Retournons dans ma chambre. Je te promets que Jane ne fera pas d'histoires, rajouta-t-elle devant l'air hésitant d'Eleanor.

Cette dernière finit par acquiescer et, ensemble, elles remontèrent dans le dortoir des filles. Quand elles entrèrent dans la chambre, Jane était dans la salle de bain, et elles profitèrent de son absence pour s'installer sur le lit d'Amy et de commencer à discuter. Eleanor fut la seule à parler, tant elle aimait être au centre des attentions. Tandis qu'elle développait les raisons qui l'avaient poussé à agir comme elle l'avait fait avec Amy (son intérêt de trois ans pour Remus Lupin, ses plusieurs tentatives vaines, sa jalousie…), elle montra un nouveau visage que cette dernière n'avait jamais vu. En réalité, elle ne l'avait jamais vue que comme l'amie de Lily et Opale, et face à ces dernières, Eleanor s'effaçait un peu. Elle n'était pas aussi jolie et intelligente que Lily, ni aussi fine d'esprit et drôle qu'Opale. Cependant, elle était fonceuse, et elle avait toujours décidé que Remus Lupin serait son amour de lycée. Pendant trois ans, elle s'était efforcée de l'étudier, de l'apprécier, de l'approcher par l'amitié. Mais le garçon, d'une nature très réservée et distante, ne lui avait jamais laissé l'occasion de se lier à lui. Il lui parlait, bien sûr, car il était quelqu'un de gentil et de généreux, mais il ne semblait lui porter aucun intérêt, comme à aucune autre fille. Jusqu'à l'année dernière où, de plus en plus, on le voyait regarder vers une même direction. Eleanor n'avait pas manqué de remarquer cela, et avait poussé Opale à s'approcher de cette fameuse personne qui intéressait Remus. C'était comme ça qu'Amy avait pu faire la rencontre de cette dernière qui l'avait ensuite menée jusqu'à Eleanor. Cette dernière reconnut avoir agi malhonnêtement car elle s'était servie de l'amitié qu'Amy semblait lier avec les Maraudeurs pour se rapprocher de Remus mais, voyant que l'intérêt de ce dernier se renforcer de plus en plus, elle avait tenté de dissuader Amy de toute tentative…

Eleanor raconta les quelques jours qu'elle avait passé chez James – un séjour très sympa mais au final peu concluant car Remus avait passé que peu de temps là-bas et avait été distrait et distant. Malgré tout, elle avait gardé espoir et s'était promis de faire plus d'efforts à la rentrée. Elle eut quelques occasions et en profita à chaque fois mais une fois encore vainement. Remus ne semblait pas comprendre ni même voir tous les signes qu'elle lui envoyait. Et puis, quelques jours avant les examens, elle s'était décidée et avait entrepris de lui avouer son amour. A ce point du récit, Amy sentit une pointe de jalousie attaquer son cœur et elle fit de grands efforts pour ne pas montrer la douleur que lui provoquait son ventre serré. Eleanor poursuivit sans remarquer quoi que ce soit.

— Je suis allée le voir à l'infirmerie, dit-elle. Il avait l'air vraiment mal en point…Tu aurais vu ça ! On aurait dit qu'il avait été torturé pendant des jours, ses yeux étaient violacés et il avait des bleus partout… Pomfresh m'a aussitôt forcée à sortir. J'ai donc attendu quelques jours après, et je me suis enfin confessée. Il m'a écouté tranquillement et m'a dit de façon brutale qu'il ne m'aimait pas et que je ne pouvais rien attendre de lui.

Eleanor fit une pause. Ses yeux s'humidifièrent mais elle ne pleura pas et tâcha de rester humble (comme s'il y avait quoi que ce soit de honteux à montrer quelconque faiblesse).

— Je lui ai demandé si c'était parce qu'il t'aimait qu'il ne pouvait pas envisager de sortir avec moi, reprit-elle.

Amy ouvrit la bouche de surprise. Sa tête lui tourna quelque peu à l'idée qu'Eleanor eut pu connaître la réponse – était-elle seulement prête à l'entendre ainsi, annoncée par une tierce personne laquelle, qui plus est, avait toutes les raisons de ne pas l'aimer ? Sans doute par vengeance, ou par un plaisir sadique, Eleanor attendit qu'Amy lui pose la question.

— Et… et qu'est-ce qu'il a dit ?

— Il m'a répondu que même si c'était le cas, cela ne changerait rien, répondit finalement la Gryffondor. Je n'ai pas très bien compris mais sur le moment, ça n'avait aucune importance car il ne m'aimait pas… Après ça, pendant longtemps, je l'ai évité comme toi, et puis je vous ai vu… à Noël.

La bouche d'Amy s'ouvrit une nouvelle fois et se referma sans émettre le moindre son car sa voix s'était enfuie loin dans son estomac tout retourné. Ses joues s'empourprèrent et sa tête lui tourna. Elle qui avait espéré que personne ne l'avait vue !

— Je dois l'avouer, en fait, je vous ai suivi, toi, et puis surtout Remus… J'étais sûre qu'il allait se passer quelque chose, c'était évident ! Ça se voyait que tu étais amoureuse de lui… et puis, tu l'as embrassé, et je dois dire que c'était le jour le plus horrible de ma vie. Je t'ai détesté pour ça ! Moi, je n'avais pas eu cette chance, ce courage… Mais quand il t'a repoussé, j'ai été sur le cul moi aussi. Enfin, pas autant que toi… qui étais tombée à terre. J'étais tellement sûre que Remus était amoureux de toi que ça m'a fait un choc.

Amy ne disait vraiment plus rien, elle aurait tellement voulu disparaître. Le douloureux souvenir ainsi raconté si froidement lui faisait horreur tant elle se sentait honteuse, humiliée. La porte de la salle de bain s'ouvrit et Jane entra. Elle vit aussitôt qu'Amy n'était pas bien et s'approcha à grand pas de son lit.

— Tu es satisfaite à présent ? balança-t-elle sèchement à Eleanor. J'ai tout entendu, et tu ne vas pas essayer de me faire croire que tu es là par amitié pour Amy. Tu t'es assez distraite à son insu, ça y est ?

— Encore des accusations sans fondement ? répliqua cette dernière d'un ton farouche. Je n'ai rien fait de mal. J'ai juste raconté ce que j'ai vécu…

— Oh, oui, quelle histoire ! se moqua Jane. Pauvre Eleanor que son prince n'aime pas… Pauvre de toi qui es incapable de seulement l'intéresser ! Je vais pleurer pour ton sort, maintenant va-t'en.

— Non mais tu es vraiment conne ma parole !

— On me l'a déjà dit. Bon, très bien, j'arrête de t'insulter. Dis-moi alors, pourquoi, précisément, crois-tu que ce que tu racontes a de l'intérêt pour nous ? Tu ne nous apprends rien.

— Pourtant, je sais quelque chose, affirma Eleanor sèchement. Et vous ignorez tout de la vérité, de pourquoi Remus ne sortira jamais avec Amy, coûte que coûte.

— Ah bon ? Tu sais ça, toi ?

La moquerie dans la voix de Jane, le mépris dans son regard, termina d'achever la patience mise à mal d'Eleanor.

— Oui, et tu sais quoi ? Allez au diable. J'étais venue, en toute amitié, offrir mon soutien, mais tu as tout fichu par terre. Démerdez-vous !

Et ce disant, elle partit en courant. Amy réagit enfin et se dégagea de Jane.

— Qu'est-ce qu'on vient de faire ? paniqua-t-elle.

— Du calme, voulut l'apaiser Jane.

— Mais Jane, elle est au courant !

— Les filles ! les appela Oliver en entrant dans leur chambre, grand sourire aux lèvres. Je ne sais pas ce que vous avez fait, mais en tout cas, ça marche du tonnerre. Les Maraudeurs sont sur les nerfs, ils ne vont pas tarder à craquer et tomber dans notre piège !

oOo

Stade de Quidditch, Poudlard, 22 Février 1977

Oliver prit son balai et se dépêcha de s'envoler pour rejoindre les quelques joueurs déjà présents pour l'entraînement. Le prochain match allait avoir lieu le weekend d'après et Thierry était particulièrement énervé. Visiblement, les Serpentards étaient passés par là et l'avaient nargué avec succès. Marc essayait bien de le raisonner, mais le capitaine décréta avec fureur qu'il n'était pas question qu'ils perdent leur rencontre avec ces vils serpents. Il organisa donc une séance particulièrement harassante.

Oliver était satisfait de ce rythme endiablé qui lui permettait d'échapper aux questions pressantes et nerveuses des deux Maraudeurs qui jouaient avec lui. Depuis le soir où Eleanor avait parlé à Amy, les trois garçons (car Remus était le seul à ne pas essayer de les aborder) pressaient le trio de questions en tout genre.

« De quoi est-ce que vous êtes au courant au juste ? » ou alors tentaient-ils de les démentir. « On n'a rien à cacher. » « Qui sait, peut-être que vous trouverez les limaces que j'ai planquées sous l'oreiller de Remus. » Le trio tenait bon et ne disait rien, laissant entendre qu'ils savaient quelque chose, mais sans le dire.

— Oliver ! l'appela James en se positionnant à son niveau alors que le gardien était parti chercher le souaffle qu'il avait laissé échapper de ses mains. On est copains. Dis-moi, qu'est-ce que vous savez à propos de Remus ?

— Qui te dit qu'on sait quelque chose ? répliqua Oliver.

— Arrête ce jeu avec moi, s'énerva James. On est entre amis, alors dis-moi, qu'est-ce que tu sais exactement ?

— Pourquoi est-ce que ça vous semble si grave qu'on sache ?

James ne répondit pas mais le regarda avec insistance, comme s'il essayait de lire à travers ses pensées. Mais Oliver n'était pas facile à déchiffrer. Sa nature même était une barrière qui bloquait toute réelle interprétation. Il n'eut pas le temps de continuer que le jeu reprenait et Oliver échappa à toute autre interrogation en s'élançant sur la balle.

A la fin de l'entraînement, Oliver prit son temps de s'habiller, conscient que James et Sirius adaptaient leur rythme au sien. Quand il quitta le stade, la nuit était tombée et on ne voyait pas à trois mètres devant soi. Discrètement, il sortit sa baguette dans sa manche, commença à presser le pas, et lança un sort d'évanouissement. Des cris de surprise jaillirent derrière lui alors que les deux Maraudeurs, surpris, venait de perdre sa trace.

oOo

Quand ce n'était pas les Maraudeurs qui venaient interroger le trio, ces derniers prenaient toutes les précautions pour espionner les quatre garçons. Ils avaient décidé de ne pas essayer de trop en faire : s'ils se faisaient prendre à trop s'intéresser aux Maraudeurs, des doutes planeraient. Ils décidèrent donc de profiter de chacune des occasions pour en apprendre plus sur ces derniers sans néanmoins trop en faire. Quelques jours puis deux semaines et enfin un mois passa sans réelle découverte, mais ils notèrent très précautionneusement toutes leurs observations, sous la précise conduite d'Oliver.

Ils notèrent donc que Remus souffrait d'une maladie étrange car régulière : ce dernier était malade chaque mois, à une période équivalente. Il s'absentait quatre jours et revenait fatigué. Puis, il semblait aller de mieux en mieux pendant une quinzaine de jours. Ces quinze jours passés, son visage démontrait d'une fatigue progressive. Quinze jours plus tard, il se faisait absenter et demeurait à l'infirmerie.

— On ne sait toujours pas ce qu'il y fait, fit remarquer Oliver en regardant ses notes. La dernière fois que j'y suis allé, il n'y avait personne et quand j'ai interrogé Pomfresh, elle m'a dit que Remus était retourné dans son dortoir pour s'y reposer. Mais je sais qu'il n'y était pas : j'ai utilisé un sort de désillusion pour aller vérifier.

— C'est quand même très curieux… lâcha distraitement Jane. Ils lui auraient aménagé une pièce vous croyez ?

— C'est possible, admit Oliver en haussant les épaules.

— En tout cas, il ne quitte pas Poudlard, affirma Amy. J'ai réussi à interroger Hagrid sans qu'il ne s'en rende compte. Mais il n'a plus laissé entendre à propos de Remus…

Le trio s'arrêta là de leur conversation : les Maraudeurs venaient d'entrer dans la bibliothèque. Remus manquait encore une fois à l'appel. A leur passage près de la table d'Amy, ses yeux croisèrent ceux de Sirius. Ce dernier ne lui avait pas adressé la parole depuis qu'elle lui avait raconté son secret et que Remus les avait surpris seul. Elle ignorait s'il était fâché contre elle, ou s'il l'évitait pour protéger son ami. Malgré tout, elle osa lui adresser un sourire, mais il quitta très vite son regard pour rejoindre ses amis loin d'eux.

En le voyant s'éloigner sans dire un mot, sans répondre à son salut timide, Amy ressentit une pointe de tristesse et de doute la submerger. Une question, nouvelle à son esprit, résonna durement : est-ce que découvrir le secret de Remus Lupin valait le coup de risquer son amitié pour James et Peter, ainsi que celle de Sirius ? Elle baissa les yeux, et refoula assez mal le malaise qui la gagnait. D'autres questions s'alignèrent alors : qu'est-ce qu'elle gagnera à connaître ce secret ? Et si cela n'avait rien à voir avec elle ? Si cela se révélait être le cas, alors elle aurait tout perdu, et pour rien. Encore que, même si ce secret expliquait le rejet de Remus, rien ne disait que sa situation changerait. Et que les Maraudeurs lui pardonneraient.

Oliver, qui avait senti son trouble, posa une main réconfortante sur la tienne. Elle leva la tête et le regarda. Il semblait aussi inquiet qu'elle-même.

— On peut s'arrêter là, tu sais, dit-il, comme s'il avait lu dans ses pensées. Si tu hésites, si tu n'es pas sûre de vouloir aller jusqu'au bout, on peut très bien ne rien faire de plus.

— Et rater l'occasion de savoir ce qui se passe dans la tête de Remus ? répliqua Jane. Tu n'y penses pas !

— Il n'est pas question que de Remus, ici, rétorqua sèchement Oliver en la regardant durement. Il est aussi question de James, de Sirius, de Peter, et d'Amy. Surtout d'Amy !

— Mais c'est pour elle qu'on fait tout ça, non ? s'entêta Jane. Si on s'arrête là, jamais elle n'aura la conscience tranquille…

— Mais si on continue, on ne peut pas être sûr que ce sera le cas ! la coupa Oliver. James est mon ami aussi, Jane. Et fouiller dans le passé de Remus, c'est aussi prendre le risque que notre amitié ne soit brisée.

— Parce que tu t'inquiètes de ça, maintenant ?

Oliver tapa la table du poing de colère, faisant sursauter tout le monde autour d'eux. La bibliothécaire réagit aussi et leur ordonna de se calmer, ou de partir. Amy était surprise : il était rare de voir son ami se fâcher de la sorte. Sa main qui tenait toujours la sienne tremblait et la serrait très fort, au point de lui faire mal. Son autre poing n'était toujours pas desserré et son visage exprimait une rare colère. Jane se sentit aussitôt gênée, comprenant qu'elle était allée beaucoup trop loin.

— Je suis désolée, excuse-moi, je n'aurais pas dû dire ça, s'empressa-t-elle de s'excuser, la tête basse. Ma langue a fourché, mais tu me connais bien, je ne contrôle pas toujours mes paroles. Je sais bien que l'amitié est quelque chose d'essentiel pour toi… Pardonne-moi !

Oliver se calma légèrement et il relâcha la main endolorie d'Amy. Oliver avait beau donner l'impression d'indifférence, il faisait preuve d'une loyauté sans pareille. Ses amis, qui se comptaient sur les doigts de la main, étaient ce qui comptait le plus pour lui. L'idée même qu'il risqua son amitié avec James était un véritable sacrifice qu'il faisait, non pas pour lui-même, mais bien pour quelqu'un qu'il chérissait plus que tout.

Sachant cela, Amy se sentit encore plus hésitante. Il n'était plus question d'elle, mais d'Oliver. Et de Jane, peut-être aussi, quoi qu'à voir sa réaction, elle ne prêtait pas autant d'attention sur sa relation avec les Maraudeurs qu'eux deux le faisaient.

— Bon, alors, c'est toi qui vois, dit Jane d'un ton las.

Ce qui n'aida guère Amy qui se contenta d'un léger acquiescement.

Ses yeux se posèrent sur la date qu'elle avait écrite en haut de son parchemin et se rendit compte que c'était l'anniversaire de Camille. Elle eut un léger sursaut de surprise et soudain son cœur s'emballa. Elle se leva d'un bond et se pressa de réunir ses affaires, bredouillant quelques mots d'excuse à ce propos avant de s'en aller en courant dans les couloirs.

Quelle imbécile ! Camille raffolait des anniversaires et elle se débrouillait toujours de lui envoyer un cadeau pour le sien. Elle serait très vexée de ne rien recevoir de sa part. Amy se dépêcha donc de retourner à son dortoir. Elle était presque arrivée en haut des escaliers quand on l'interpella.

C'était Remus. A quelques marches au-dessus d'elle qui descendait tranquillement. Amy stoppa net et le regarda, surprise qu'il l'interpelle. Quand était-ce qu'il lui avait parlé la dernière fois ? Il lui semblait qu'une éternité était passée depuis… Les joues rouges d'avoir tant couru, Amy était haletante. Mais son souffle coupé était tant dû à sa course qu'à la vive appréhension qui la gagnait alors.

Elle ne s'était pas préparée à cette confrontation-là !

— RRRemus, bredouilla-t-elle maladroitement. Je…

Elle se tût, ne sachant que dire. Elle était pressée – voilà qui aurait été un bon prétexte sans néanmoins être un mensonge. Et puis, elle était curieuse de savoir ce qu'il lui voulait. Elle osa couler un regard sur lui. Des cernes creusant des poches violettes sous les yeux, un teint pâle, il n'avait pas l'air bien. Mais son regard était dur, intransigeant, et elle rebaissa aussitôt la tête.

— Est-ce qu'on peut parler ? demanda-t-il d'une voix qui ne laissait paraître aucune émotion.

— Je… suis pressée, répondit-elle avec hésitation.

— Je ne prendrai que cinq minutes, insista Remus.

— Plus tard, refusa-t-elle encore. Je suis pressée.

Elle voulut le dépasser, mais il lui barra la route et, agrippant son bras pour l'empêcher de s'enfuir, il approcha sa bouche de son oreille, la forçant à l'écouter.

— Ecoute-moi bien, ce n'est pas par plaisir que je t'ai rejetée. Crois-moi, te faire souffrir… m'est autant douloureux, voire même plus douloureux, que ça ne l'est pour toi. Je t'aime beaucoup, je ne te l'ai jamais caché, mais il n'y aura jamais rien entre nous. Ce que tu essayes de faire, m'espionner, est inutile. Rien de ce que tu pourras découvrir ne changera ça. Rien ne se passera jamais entre nous. Même si… (Il s'arrêta.) Je fais ça pour ton propre bien !