25 Noces de sang
Situé sur une des nombreuses îles, le complexe hôtelier était magnifique. Les chambres étaient regroupées en petites villas, disséminées dans toute la montagne, entourée par la végétation luxuriante.
Depuis le balcon de la chambre nuptiale, située au dernier étage de l'une d'entre elle, la vue était imprenable. Surplombant directement l'étendue d'eau turquoise, elle pouvait y voir les pentes escarpées de la montagne, recouverte par la forêt tropicale, se jeter dans l'océan pacifique où se mirait le coucher du soleil qui touchait déjà à sa fin.
Mais Blair, debout devant la balustrade, n'y trouvait pourtant rien d'attrayant. Elle aurait voulu pouvoir admirer les lumières de Manhattan depuis les fenêtres de l'Empire et sentir les bras de Chuck autour de sa taille.
Elle s'en voulait tellement de tout ce qui s'était passé depuis ce soir là. Elle savait que la famille Grimaldi ne le laisserait pas l'emmener mais elle n'avait jamais imaginé que cela prendrait une telle tournure.
Louis toussa sur le canapé et elle sortit de sa rêverie. Elle constata qu'il s'était enfin assoupi, après avoir vidé toutes les bouteilles de champagnes, offertes pour l'occasion aux jeunes mariés. Comme elle ne buvait pas d'alcool en ce moment et qu'il n'avait rien d'autre à faire, excepté se disputer avec elle, il avait eu tout le loisir de s'enivrer.
Ce n'était pas pour lui déplaire de toute façon, ainsi elle avait un peu la paix. Elle en profita pour se rendre dans la salle de bain, sans allumer la lumière malgré la pénombre, son portable à la main. Elle referma soigneusement la porte et appuya sur la touche d'appel rapide numéro 1, le téléphone composa automatiquement celui de Chuck.
Elle ne savait pas trop quelle heure il était à New York mais, étant donné le nombre d'heures écoulées depuis leur départ pour leur « lune de miel », il devrait à peu près y être. Elle espérait en tout cas, de tout son cœur, qu'il y arrive bel et bien, sain et sauf.
Elle avait demandé à Nate et Serena de veiller sur lui, même si elle savait qu'il ne les laisserait pas le faire. Elle tomba sur sa messagerie, sans doute l'avion qui était parti de Nice était-il en phase d'atterrissage. Ce devait être bon signe, réussi-t-elle à se convaincre.
Elle lui laissa un message, trop rapide à son goût, car Louis s'était réveillé. Elle raccrocha précipitamment et sortit de la salle de bain, sans oublié de tirer la chasse d'eau et de cacher son portable sous le lavabo, parmi les serviettes de bain de réserve.
-Qu'est ce que tu faisais ? demanda-t-il
-J'avais un besoin pressant. Pourquoi, il faut que je te demande la permission pour y aller maintenant qu'on est marié ? aboya-t-elle.
-Non, mais j'aime bien prendre soin de toi et savoir où tu es !
Il avait dit ça d'un air coquin et posa une main sur la cambrure de ses reins
-Non, mais ça va pas non ! cria-t-elle en s'éloignant
-C'est notre nuit de noce !
-Dans tes rêves, oui ! On est peut-être marié mais ne compte pas sur moi pour accomplir mon devoir conjugal.
-Tu es toujours fâchée ?
Les yeux de B lancèrent des éclairs mais il n'en tint pas compte, au contraire.
-Tu sais que je te trouve irrésistible quand tu es en colère !
Blair prit tout à coup conscience du danger qu'elle-même encourait. Ils étaient en lune de miel, seuls, au milieu d'une île paradisiaque, autant dire de nulle part, à des milliers de kilomètres de leur famille et de leur lieu de vie respectif. Elle aurait souhaité voir sa belle-mère entrer dans la chambre pour une fois.
Mais personne ne viendrait frapper à la porte, elle le savait. Elle recula prudemment en le voyant s'approcher mais se retrouva coincée contre le mur. Il la regarda et elle vit danser une lueur de folie dans ses yeux.
- C'est toi et moi maintenant, lui dit-il, s'approchant encore plus près.
Elle s'esquiva en glissant contre le mur et couru vers la porte, mais il fut plus rapide qu'elle.
- Tu veux t'amuser d'abord ! lui dit-il en souriant
- Laisse-moi ! répondit-elle
- Tu dis ça, mais tu ne le penses pas vraiment ! C'est juste parce que tu aimes les jeux et les mauvais garçons.
Il contourna la petite table, derrière laquelle elle s'était réfugiée, tout en prenant soin de lui couper la route vers la porte. Elle attrapa la lampe qui y était posée et frappa de toutes ses forces. Il recula, tentant d'esquiver son geste et leva la main pour se protéger. La lampe se fracassa à terre, non sans lui laisser une vilaine coupure au bras droit.
- Salope ! hurla-t-il en essuyant le sang qui coulait.
Elle couru jusqu'au lit et lui jeta tous les objets qu'elle put trouver au passage. Elle réussit à lui entailler le visage, juste sous la pommette droite.
Mais ce n'était pas assez pour l'arrêter, elle fit mine de passer par-dessus le lit et il bondit pour l'attraper, mais au dernier moment, elle fit marche arrière et arracha les couvertures avant de les rabattre sur lui. Il se débattu un instant, comme empêtré dans une toile et elle en profita pour se glisser par la porte fenêtre, restée ouverte. Déjà, il se relevait, elle referma la porte et la bloqua avec la petite table.
Il faisait nuit maintenant. Elle regarda l'étendue noire sous le balcon. Elle n'avait aucune idée de la profondeur de l'océan ni des courants à cet endroit. Il brisa la vitre avec une chaise. Elle n'avait aucune autre issue. Elle grimpa sur la rambarde et sauta dans le vide.
