Chapitre 25: Sais-tu qui tu es?
Enroulée dans une couverture bien chaude et les deux pieds dans un bac d'eau brûlante, Constance observait les flammes d'un feu, dansées dans la petite cheminée de la maison. Antoine assit sur un fauteuil sur le côté, l'observait attentivement. Personne ne parlait.
Ce silence gênant en disait long...
Constance avait l'esprit vide et sombre. Ses yeux piquaient tellement qu'elle avait pleuré et le fait de regarder un feu sans cligner des yeux n'arrangeait pas les choses. Elle s'en rendit soudain compte et et ferma vite ses yeux secs, une larme coula sur sa joue et alla s'écraser sur son bras. Elle cacha son visage avec ses deux mains et poussa un long soupire pour se calmer et reprendre ses esprits.
"Que t'a-t-il pris? Sérieusement? Les hommes sont tous pareils! Tu pensais sérieusement qu'il reviendrait?
Oui."
De nouvelles larmes coulèrent tandis qu'elle se débattait intérieurement contre sa conscience.
De son côté, Antoine n'avait pas compris l'état de son amie. Il l'avait retrouvée anéhentie au pied d'un arbre mort! Antoine leva un sourcil en la regardant. "Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer?" Se demanda-t-il.
Il ne s'attarda pourtant pas plus sur ce sujet et laissa son esprit professionnel reprendre le dessus entraînant une terrifiante constatation:
"Elle a froid."
Ce n'est pas normal, c'est certain! La température... Ça ne devrait rien lui faire! Antoine remua dans le fauteuil soudainement mal alaise. Voir que petit à petit apparaissaient des faits qui revenaient à confirmer ce qu'il avait découvert cette nuit-même, le tuait. Il prit une profonde inspiration et se décida de lancer la conversation.
"Ce mutisme est insupportable!" Se dit-il.
-"Et donc... Tu as froid?" Demanda-t-il sur le ton le plus détaché qui soit. Il attendit quelques secondes avant de comprendre qu'elle ne lui répondrait pas.
-"Constance, je pensais que les vampires n'avaient jamais froid." Insista-t-il. Il lui prit la main et s'agenouilla à ses côtés pour être à sa hauteur. La jeune femme tourna lentement la tête et planta ses yeux dans ceux de l'homme.
Un regard si vide d'émotions, si inhumain.
Antoine en eut froid dans le dos.
-"Moi aussi." Murmura-t-elle pour répondre à sa question. "Le froid se faisait sentir par moment et puis plus rien. C'est comme si je perdais mon sens du touché puis le recouvrais comme si de rien n'était." Elle semblait souffrir à chaque mot qu'elle disait, sa voix neutre et froide n'était pas normale. Antoine avait l'impression d'avoir un zombie en face de lui. Et ça il s'y connaissait: il en avait déjà croisé plusieurs notamment à l'hôtel Transylvanie et on peu dire qu'en ce moment-même, Constance n'était pas loin d'en être un.
Avant qu'elle ne reparte dans sa fabuleuse contemplation du feu de bois maintenant presque éteint, il lui posa une ultime question:
-"Que s'est-il passé?" Sa voix trahissait son inquiétude. La voir aussi mal au point sans son implacable caractère de femme désinvolte, avait réussit à écarté ses soucis à son sujet dans un coin de sa tête. Mais peine perdue, elle dégagea brusquement sa main de la sienne, se leva et partit les poings serrés devant Antoine tellement dérouté devant une telle réaction de sa part. Néanmoins, elle s'arrêta avant de disparaître du champs de vision d'Antoine et lui lança comme un conseil:
-"Je peux juste te dire...qu'il n'est pas bon d'espérer."
"On ne peut qu'en être déçu!" Murmura-t-elle pour elle-même.
Les jours suivants se passèrent le plus froidement possible. Ils ne s'adressaient que très peu la parole, seulement quand c'était nécessaire. C'était comme s'ils s'étaient livrés à un jeu; aucun ne voulaient cédé le premier.
Antoine, lui, blessé du fait que son amie ne lui faisait pas assez confiance pour qu'elle se confie à lui et Constance, bien décidée à ne pas faire part de sa faiblesse. Mais le jeune homme continua à observer les réactions ainsi que les moindres faits et gestes de Constance. Mais même cela commençait à devenir impossible car en plus de l'ignorer, elle l'évitait le plus possible. Il fallait pourtant qu'il lui parle et c'était plus que nécessaire. Quitte à se faire remballer et s'attirer les foudres d'un vampire, il devait tenter sa chance...
C'est alors qu'il l'apperçut, plongée dans ses pensées et le ragard dans le vague. C'était le moment où jamais de lui faire part de ce qu'il savait. Il s'assit en vitesse en face d'elle à la table avant qu'elle ne quitte la pièce. Il attendit qu'elle lève son regard vers le sien mais c'était à parier qu'elle ne le ferait jamais. Ne sachant comment commencer la conversation, il toussota pour attirer son attention, remua sur sa chaise en faisant le plus de bruit possible.
"Te voilà contraint à user de pitoyables tactiques pour attirer l'attention d'une fille!" Pensa Antoine. Après quelques minutes qui parurent une éternité, Constance dévia son attention de la fenêtre pour la porter sur son voisin.
-"Tu fais tant de bruit que j'en ai perdu le fil de mais pensées!" Lui lança-t-elle sur un ton de reproche.
-"Je te dérange tant que ça?" Demansa-t-il avec une pointe d'ironie non dissimulée.
-"Antoine, qu'est-ce qui se passe? Tu dois me parler, c'est ça? Alors vas-y, je t'écoute!" Elle croisa les bras et le fixa dans les yeux.
-"Très bien..." Il décida de ne pas y aller par quatres chemins et posa d'une traite la question qui lui brûait les lèvres depuis maintenant plusieurs jours entiers:
-"Comment t'a-t-il transformée?"
-"Antoine..." Râla Constance en sentant menacer les larmes de couler.
-"Oui je sais que tu ne veux pas en entendre parler mais j'ai besoin de savoir!" Il se pencha vers elle. "C'est très important."
Ils s'affrontèrent du regard un instant et ce fut Constance qui céda la première en soupirant.
-"J'ai faillit mourir dans un accident à l'hôtel...Un lustre c'était simplement détaché du plafond et..."
-"Simplement?!" S'offusqua Antoine. Constance l'ignora et reprit son explication là où elle l'avait laissée:
-"Heureusement il était là. Il me surveillait toujours, que ce soit de loin ou de près et encore une fois, il était là au bon moment. Il m'a projeté en dehors de la trajectoire du lustre me sauvant ainsi la vie."
-"Et lui à donc été écrasé."
-"Oui... Il n'aurait pas dû survivre à ça, seul du sang humain avait la capacité de le remettre sur pieds en moins de deux. Mais il avait affirmé qu'il ne ferait plus aucun mal à un homme, que ce temps était révolu même au péril de sa vie. Mais l'idée de le perdre m'était insupportable. J'ai alors pris une décision."
-"Tu lui as donné ton sang! Sans même réfléchir au conséquences?" S'étonna Antoine. "Ce n'est pas ton genre...L'amour t'aurait-il à ce point rendue folle?" Il ne se rendit compte trop tard de sa maladresse.
-"J'étais prête à tout à ce moment là! La situation était DESESPEREE ! " Se defendit- elle. "Lui guérit et moi vampire. C'était tout ce qui comptait!" Rajouta-t-elle plus calmement. Antoine fronça les sourcils. Pourquoi le défendait-elle? Elle tenait encore à lui malgré le meurtre de ses parents, ça crevait les yeux.
-"Quoi? Un problème?" S'énerva-t-elle.
-"Je suis désolé mais oui. Oui il y a un problème."
-"Lequel?" Cria-t-elle presque. Le chasseur soupira tristement.
-"Quand un vampire mort sa victime dans le but de survivre, il ne pense qu'à lui, l'instint de survie prend incontournablement le dessus. Or, ton vampire, Dracula, a pensé aussi à toi."
Constance leva un sourcil ne comprenant toujours pas où il voulait en venir.
-"Je pense qu'en te "transformant", il a voulu préserver malgré lui une partie humaine de ton être."
-"Q...Quoi?!" Réussit-elle à articuler. "Tu veux dire que... que je suis encore un peu humaine? Qu'il y aurait encore une part, aussi petite soit-elle, de mon ancienne vie en moi?" Elle n'en revenait pas, comment étais-ce possible?
-"C'est la seule explication." Conclu Antoine.
Constance se leva et tourna en rond dans la pièce, elle porta une main à son menton tandis que l'autre restait dans son dos et observa Antoine du coin de l'oeil. Comment être sûre qu'il disait vrai? Il n'avait pas vraiment de preuve après tout! Par contre elle, elle en avait qui démontraient bien qu'elle était un vampire... entièrement! Enfin, elle sortit de ses pensées et s'arrêta net devant Antoine.
-"Mais c'est la seule explication à quoi? Regarde-moi, j'ai des crocs, je ne peux pas aller au soleil, je bois du sang, et j'en passe! Juste ces petits détails qui font toute la différence, qui font de moi bel et bien un vampire!"
-"Je suis chasseur de monstres et le vampire est sans doute la créature que j'ai le plus étudié et traqué alors je sais ce que c'est, merci! Et justement... Toi, tu n'es pas comme eux."
Constance se rassit en face de lui, plus que jamais attentive à ses propos.
-"Tout d'abord, quand une personne se fait mordre, elle meurt. Et puis seulement après, elle se réveille en tant que vampire."
-"Oui, je pense que c'est ce qui m'est arrivé. D'après Dracula, j'aurais perdu connaissance pendant quelques minutes. A ce moment là, il craignait que je ne me réveille jamais. Il savait que c'était normal mais il avait peur de m'avoir tué pour de bon." Déclara-t-elle avec une pointe de nostalgie.
-"Très bien... Et je suppose que tu t'es réveillée "différente"?" C'est vrai que physiquement tu l'es: la couleur de tes cheveux est plus éclatante, ton teint plus pâle, tu as des crocs,..."
-"J'ai aussi certains pouvoirs!" S'empressa-t-elle d'ajouter.
-"C'est vrai, tu as aussi certaines capacités que tu ne sais pas encore maitriser." Antoine se pencha vers Constance. "Mais à part ça?"
Constance ne dit rien. Comment ça:"A part ça ?" Elle ne comprenait pas et elle avait très peur à présent de ce qu'il allait lui révéler.
-"Tu es coincée entre deux temps! En voulant préservé un semblant de vie en toi, Dracula ne t'a changée qu'à moitié. Les vampires ont peur du soleil car cela peu leur coûter la vie moi toi, tu te contantes de l'éviter."
-"Et alors? Quelle est la différence? Ce n'est que le début, j'apprendrai à me méfier de ce que je dois me méfier. Avec le temps..."
-"Non, tu ne comprends pas la gravité de la situation! Il n'y aura jamais assez de temps pour que tu t'y habitues tout simplement parce que tu ne t'y habitueras jamais! Tes sens sont-ils plus développés qu'avant? Sais- tu régler la température de ton corps quand bon te semble? Tu as bien vu que non! As-tu seulement un instinct de vampire? Réfléchis-tu comme eux?" S'emporta Antoine plus que inquiet pour elle.
Constance, comme prise en faute, garda le silence et baissa les yeux. Elle espérait que tous ces détails viendraient avec un peu d'entrainement. Mais maintenant qu'elle y réfléchissait, ça faisait une semaine qu'elle était vampire et même si elle se savait différente des humains, elle ne se sentait pas pour autant égale à Mavis et son père. Mais elle n'en avait jamais parlé parce qu'elle croyait que ce n'était qu'une question de temps.
-"Je suis certain que lorsque Dracula t'a fait goûté du sang ça ne t'a rien apporté! Quand un vampire boit du sang, même des substituts sanguins, non seulement ça le nourrit mais ça lui donne aussi de l'énergie, de la force. Tu bois des substituts sanguins depuis une semaine mais ça ne renouvelle en aucun cas ta source d'énergie, tu n'as pas de sensations de faim mais tu ne cesse de t'affaiblir, je me trompe?"
-"Non..." Avoua Constance. Antoine la regarda tristement en silence. Elle n'avait rien nié, confirmant même ce qu'il craignait.
-"C'est grave?" Demanda-t-elle d'une petite voix à peine audible. Le regard fixe, elle connaissait déjà la réponse.
-"Ce que tu es n'est pas... normal. C'est contre-nature." Dit-il doucement. Il posa sa main sur celle de Constance comme il en avait l'habitude pour la rassurer.
-"Tu ne peux pas être un humain et un vampire en même temps. C'est l'un ou l'autre." Expliqua-t-il. Constance leva les yeux vers lui, paniquée, elle serra sa main.
-"Antoine, est-ce que c'est grave? Je t'en supplie, répond à ma question!"
Le jeune homme prit une profonde inspiration avant de lui révéler la fameuse réponse qu'elle attendait.
-"Un vampire est mort, un homme est vivant. Tu es..."
-"Entre la vie et la mort." Murmura-t-elle.
Pendant ce temps là, Dracula tournait en rond dans sa chambre, les mains derrière le dos, il faisait les cents pas depuis au moins 20 minutes. Outre sa colère toujours présente en lui, il était tirailler par un autre problème plus... "dangereux". Toutes sortes de pensées envahissaient son esprit, semant le chaos dans sa tête et l'empêchant par la même occasion de réfléchir correctement et avec lucidité. Ses vieux démons refaisaient surface.
Il n'était pas dupe, il n'était pas naïf. Il savait que tous les monstres lui vouaient un respect plus que suffisant mais avec le temps, certains pensaient que son esprit s'était "attendrit", depuis l'accident de sa femme, qu'il avait "perdu sa perspicacité" ou encore que "le célèbre Comte Dracula n'était plus ce qu'il était". Jusque là, personne ne se doutait de son autorité parce qu'ils en avaient la preuve chaque jour quand un des membres du personnel tremblait devant lui.
Mais pourtant... Il était certain -il serra les dents à cette pensée- que plusieurs monstres venaient à se demander si le Comte Dracula savait encore se battre. Depuis combien de temps s'était-il entraîné? Oh, bien longtemps... Il se faisait vieux... Mais il refusait par dessus tout d'admettre ça pour la simple et bonne raison que ce n'était pas vrai, mais il savait que d'autres le pensaient vraiment. Il avait eu tout d'un coup l'envie de montrer aux autres qu'il n'était pas juste devenu le père trop omniprésent et étouffant auprès de sa fille.
Mavis... Elle aussi n'avait jamais eut l'occasion de le voir se défendre, de le voir à l'oeuvre. C'était peut-être mieux ainsi... Mais elle le sous-estimait et ce n'était pas normal...!
Dracula s'arrêta. Pourquoi cherchait-il à se rassurer? Pourquoi voulait-il montrer de quoi il était capable alors que rien ne lui obligeait, qu'aucun danger ne planait sur eux?
Si seulement...
Peut-être était-il temps de se reprendre en main? Faisait-il ça par orgueil, par fierté?
Aveuglé par sa colère et sa haine qui l'avait envahit depuis que Constance était partie avec ce misérable chasseur et qui continuait à lui torturer l'esprit, il s'était mis en tête qu'il ne voulait plus qu'on le prenne pour le gentil papa poule. Evidement, il sera toujours là pour sa Mavy Wavy... Mais voir petit à petit des monstres -même inconnus- le regarder avec sympathie quand ils le croisaient dans un couloir, commençait sérieusement à l'énervé.
-"Fut un temps où on tremblait devant moi..." Marmona-t-il. Il n'eut pas le temps de continuer de se torturer l'esprit car quelqu'un venait de s'introduire dans sa chambre dans un bruit assourdissant.
Note de l'auteur: Voilà, voilà! J'ai fais, comme il me l'a été suggéré, un chapitre un peu plus long ( 1000 mots en plus quand même^^). J'espère que vous avez compris "la grande nouvelle". Et oui Constance n'est pas enceinte mais risque de mourir! C'est une sacrée différence non? :)
Le prochain chapitre sera plus mouvementé mais l'action n'arrivera que dans le suivant d'après. Merci beaucoup!
