Sept jours pour une Éternité
DISCLAIMER : Les personnages ainsi que les lieux ne m'appartiennent pas et sont la propriété de JKR. Le titre de la fic ainsi que l'histoire en générale sont tirées du livre « Sept jours pour une Eternité » de Marc Levy.
AUTEUR : Petitchaton
PAIRING : Draco/Harry
GENRE : Romance, aventure et surtout univers alternatif
RATING : M
RÉSUME : Pour mettre un terme à leur rivalité, Dumbledore et Voldemort se lancent un ultime défi…Ils envoient en mission leurs deux meilleurs agents. Draco Malfoy et Harry Potter auront sept jours pour faire triompher leur camp décidant ainsi qui du Bien ou du Mal gouvernera la communauté sorcière. En organisant ce pari absurde, Dumbledore et Voldemort ont tout prévu sauf une chose : que l'Auror et le Mangemort se rencontreraient…
AVERTISSEMENT : Cette fic est un slash c'est-à-dire qu'il y a présence d'une relation homosexuelle masculine. Si cela vous choque, vous dégoûte,…il vous suffit de cliquer sur l'icône « précédente» pour partir. Pour les autres, voici ma nouvelle fic qui j'espère vous plaira bien qu'elle soit dans un style différent des autres qui étaient beaucoup plus dramatiques. Bonne lecture à tous…
NOTE DE L'AUTEUR : Voici quelques petites précisions pour que l'histoire soit compréhensible :
- Harry et Draco ne se connaissent pas du tout et n'ont pas été à la même école
- Harry n'a jamais été confronté à Voldemort mais ses parents sont morts à cause de ce dernier lors d'une attaque quelconque alors qu'Harry avait cinq ans
- Harry a passé sept ans dans un orphelinat avant d'être adopté par Sirius qu'il considère comme son parrain
- Harry est un « surdoué » en Défense Contre Les Forces Du Mal et il a intégré l'université de Bridgetown à quinze ans pour lui devenir auror
- Harry à 19 ans, Hermione à 22 ans ainsi que Ron
- Draco à 21 ans
- Draco est mangemort depuis ses 17 ans
J'adresse un grand merci à Vif d'Or ma bêta pour cette fic. Je t'embrasse très fort pour toutes tes corrections qui rendent mon histoire beaucoup plus belle !
Je voudrais également remercier kaylee (),Saint-Cham, kaylee (),virginie1, Aiverybodii, Ninanoo, kaylee (),stephanie (),Vif d'or, finny (), chixsss (),Sahada, kittens269269, titemb-bm , agatha D, Nooky (), Annalina, Vert Emeraude, ulrichyumiodd , Egwene (),yamashita6, coco73 (),harry-gold-child, phenixnoir , zaika, , Yllis () pour m'avoir laissé un petit message d'encouragement. Ça fait toujours plaisir de savoir que l'histoire plait à d'autres fans d'Harry Potter. Je m'excuse si j'ai oublié de citer quelqu'un et je remercie aussi tous ceux qui me lisent même si je ne reçois aucun review.
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Chapitre vingt-trois : Le Cinquième Jour (partie 6)
[Et Dieu créa l'homme à son image
Il le créa à l'image de Dieu
Il créa l'homme et la femme
Et Dieu vit que cela était bon
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le sixième jour]
Genèse, chapitre 1, verset 27 et 31
Harry se tenait debout devant les débris. Il ne restait rien. Il ne restait rien de la maison où il avait passé son adolescence à rêver d'un monde meilleur. Il ne restait rien de Sirius, de ses yeux bruns rieurs, de ses cheveux noirs hirsutes, de sa mélancolie latente, de son amour inconditionnel. Il ne restait rien de leur bonheur, de leur complicité, de leur peine mutuelle qu'ils avaient appris à partager ensemble. Il ne restait rien de leurs belles années, de leur joie de s'être créé une nouvelle famille, de ce monde plus juste qu'ils imaginaient pour les générations futures.
Harry serra les poings.
Il ne restait rien que des cendres et du silence. Rien que des souvenirs doux et amers. Rien que l'absence et les remords. Rien que sa tristesse trop lourde à porter et sa culpabilité pour ne pas avoir été présent lorsque Sirius avait eu le plus besoin de lui. A cette pensée, il se mordit la lèvre inférieure pour étouffer un cri de rage et de douleur alors que ses yeux devenaient de plus en plus flous. Soudain, il avait envie de s'arracher les cheveux, de se jeter par terre, de planter ses ongles dans son visage. Il avait envie d'avoir mal, terriblement mal, pour oublier le vide dans son ventre et dans sa tête. Il voulait se vider de son sang, il voulait agoniser pendant des heures si cela pouvait effacer la mort de Sirius, sa souffrance, le sourire de Pansy Parkinson qui avait réussi à briser quelque chose en lui.
Il jura avant de se laisser tomber à genoux avant de poser doucement son front sur le sol brûlant en demandant inlassablement pardon pour être aussi faible. Et il repensa au sourire de la jeune femme brune. Il repensa à cette vision de cauchemar qu'il avait eue lorsqu'il l'avait regardée s'offrir sans sourciller à Tom Jedusort. Il repensa à sa beauté, à sa jeunesse gaspillée inutilement dans l'espoir vain d'être aimée et chérie par sa famille. Il aurait voulu la haïr pour le mal qu'elle venait de lui faire mais il en était incapable. Il ne pouvait pas lui tenir rigueur alors qu'il avait vu la vérité. Il ne pouvait pas la détester alors qu'il avait découvert en songes son passé. Il avait regardé son sourire de poupée de porcelaine brisée, ses yeux vides d'avoir contemplé trop d'horreurs, la larme solitaire qui avait épousé l'arrondi parfait de son visage.
Il était passé en coup de vent au quartier général de l'Ordre du Phoenix quelques heures plutôt pour savoir si Sirius avait survécu à l'attaque. Maugrey Fol Œil lui avait appris la mort de son parrain sans sourciller ou sans montrer la moindre compassion. Cet homme avait le cœur aussi dur que la pierre et, pendant un instant, Harry avait douté de son camp. Ce n'était pas la première fois que le doute s'insinuait en lui. Surtout depuis sa rencontre avec Draco et le début de ce pari stupide et immature. Avec effarement, il réalisait qu'il avait de plus en plus de mal à savoir où se trouvaient les bons et les méchants, à savoir où se situait la limite entre le bien et le mal. Et il se demandait même si cette limite existait réellement ou si elle n'était qu'un mensonge de plus qu'on lui avait raconté.
Draco apparut brusquement devant lui et Harry regarda, sans vraiment le voir, le jeune homme blond qui s'agenouillait sur le sol à son tour. Draco était la preuve vivante que le bien et le mal n'étaient que des conceptions abstraites dont le contenu variait selon les camps. Draco était la preuve vivante que le blanc et le noir n'étaient que des utopies. Personne n'était entièrement bon ou mauvais. Le monde, qu'il avait toujours imaginé en deux couleurs, se révélait être en réalité une nuance de gris. Du gris clair pour lui, du gris foncé pour le mangemort blond. Avec un soupir, il ferma les yeux tentant de chasser de sa tête la peur qui tenaillait son ventre, la tristesse qui déchirait son cœur, l'amour qui nouait sa gorge.
Il se laissa faire lorsque la bouche de son compagnon chercha la sienne. Il se laissa faire lorsque les grandes mains pâles essuyèrent ses larmes silencieuses. Il se laissa faire lorsque les lèvres fines et roses lui murmurèrent leur amour comme si cela pouvait atténuer la douleur de son cœur. Il se laissa faire aussi lorsque des bras forts l'encerclèrent pour transplaner autre part, dans un endroit plus sûr, dans un endroit loin de toute cette violence gratuite, loin de tous ces gens incapables d'aimer. Et il se laissa faire une dernière fois quand un corps le pressa délicatement dans un lit lui intimant de s'endormir et d'oublier.
Oublier.
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Draco regardait Harry dormir.
Depuis leur rencontre, il n'avait fait que cela. Regarder Harry et chercher à comprendre pourquoi. Pourquoi il devait aimer l'interdit. Pourquoi il devait trahir les siens. Pourquoi il devait fuir avant d'être tué. Pourquoi leur amour était si injuste, si éphémère, si condamné par leur camp respectif. Distraitement, il caressa le front de l'auror pour décoller les mèches sombres qui l'empêchaient de voir les paupières closes. Il soupira lorsque le jeune homme brun se roula en boule en sanglotant dans son sommeil. Il détestait Pansy pour le mal qu'elle lui avait fait et il se fichait des excuses que l'agent du Bien lui avait trouvées pour expliquer son geste inexplicable. Cette sale garce méritait de mourir dans d'atroces souffrances pour lui avoir volé le sourire d'Harry.
La colère gronda dans son ventre, ses doigts se crispèrent dans les mèches sombres et il dut secouer fermement la tête pour éclaircir ses pensées. Il ne devait pas se laisser dominer par sa haine. Il savait pertinemment que la froideur était la meilleure attitude à adopter pour conserver son sang froid. S'il se laissait aveugler par ses émotions, il commettrait forcément une erreur qui pourrait être fatal à l'auror, à lui ou à leur couple. Pour se calmer, il reporta son attention sur le jeune homme brun qu'il contemplait depuis plus d'une heure et son cœur sombra une fois de plus dans sa poitrine.
Harry s'était endormi assez facilement et Draco avait regardé ses cils se baigner de larmes pendant son sommeil. Il avait écouté sa voix appeler Sirius et il s'était détesté pour être incapable d'amener l'homme ici. D'un geste tendre, il reprit ses caresses sur le front plissé par l'inquiétude cherchant à diminuer le poids qui reposait sur les épaules de son compagnon. A cet instant précis, il aurait tout donné pour alléger Harry et pour partager sa peine. Avec un sourire désabusé, il embrassa les joues rondes en se traitant d'idiot.
Draco avait eu la vie facile.
Il ne s'en était jamais rendu compte avant de connaître Harry et ses yeux hantés par un sombre passé. Il ne l'avait jamais réalisé avant de regarder mourir tous ces sorciers rejetés par la société, avant de contempler la douleur du jeune homme brun qui avait soufflé dans le creux de son cou sa haine pour ce monde corrompu et dévoré par la violence. Il ne s'en était jamais rendu compte avant de voir jusqu'où le désespoir pouvait conduire quelqu'un, avant de regarder Pansy Parkinson sombrer à cause de lui et de son mépris. Il n'avait aucune excuse pour justifier son comportement mis à part le fait qu'il ne savait pas.
Il ne savait pas.
Lui, il avait grandi dans une cage dorée à l'ombre d'un manoir somptueux où tout lui était dû uniquement parce qu'il était un Malfoy. Lui, il avait passé son enfance à se plaindre à la moindre contrariété, à tenter d'oublier le sourire glacial de sa mère, à chercher le moyen d'être l'héritier qu'attendait son père. Lui, il avait gaspillé son innocence dans des bras trop vieux et trop habiles, dans un corps qui ne l'aimait pas, dans l'étreinte d'une personne dont il ne serait jamais amoureux. Lui, il avait traversé la vie sans difficulté, sans embûches, presque sans écorchures et cette existence à l'abri de tout l'avait rendu mauvais et avide de violence. Parce que la vérité, c'était qu'il s'était toujours senti comme une coquille vide.
Et puis, après tant d'années passées à ne servir à rien, il avait rencontré Harry au détour d'une rue et il avait appris à partager sa peine. Il avait pris sur lui une partie du fardeau du jeune homme brun, il avait séché ses larmes et ses sanglots avec sa bouche et sa langue, il avait tenté de comprendre comment on pouvait aimer autant la vie et la chérir à ce point. Il avait trouvé un sens à sa vie et la coquille vide qu'il était, avait commencé à se remplir de sentiments et d'émotions. Pour la première fois depuis sa naissance, il ne sentait rempli.
Pour conserver cette sensation, il avait essayé de devenir ami avec Hermione Granger. Il avait laissé Blaise se sacrifier pour lui, il avait regardé Lupin et ses rides précoces d'avoir dû enterrer la femme qu'il aimait. Il avait peu à peu compris le sentiment qui animait Harry. Ce sentiment qui rendait le jeune homme brun si fort et si courageux. Il avait peu à peu ouvert les yeux sur le monde, sur la vie, sur la beauté de tout cela. Et il avait réalisé qu'il y avait encore quelque chose qui méritait d'être sauvé. Il avait réalisé qu'il ne voulait pas voir cette terre disparaître sous les ténèbres, il avait réalisé qu'il y avait encore du bon dans certaines personnes et que ces personnes méritaient qu'on se batte pour elles.
Il était devenu quelqu'un.
A cette pensée, Draco caressa du bout des doigts la petite bouche rose qu'il commençait à connaître de mieux en mieux. Il était devenu quelqu'un et peut-être même quelqu'un de bien. Il n'était plus le sosie parfait de son père, sa réplique miniature avec 20 ans de moins et une beauté encore plus insolente. Il n'était plus cet héritier qui ne possédait rien mis à part une fortune colossale et un nom célèbre. Il n'était plus cet homme froid et toujours en colère, cet homme qui ne savait pas où était sa place et qui détestait le monde entier pour cela. Harry avait effacé d'un sourire tout son passé, sa rancœur, sa haine et il lui avait appris à aimer.
Aimer.
Lentement, il quitta le lit pour s'avancer vers la fenêtre sur la pointe des pieds. Il ouvrit les rideaux sur une matinée ensoleillée, sur un jardin à la française qu'il n'avait pas regardé depuis des années trop habitué à la beauté pour encore savoir la remarquer. Il resta un long moment dans cette position avant de se retourner lorsque le lit grinça. Il contempla alors Harry qui s'étirait lentement en grimaçant. Ses yeux étaient rouges, ses joues étaient humides mais le jeune homme brun semblait aller un peu mieux. Timidement, il lui adressa un sourire qui fit tressaillir le cœur du mangemort blond d'une façon douloureuse et merveilleuse en même temps.
« - Tu as dormi ? »
« - Pas vraiment. »
Harry se leva cherchant de la main ses vêtements qu'il commença à enfiler avec application. Il semblait être inquiet et agité tout à coup et Draco fronça les sourcils. Lentement, il rejoignit son compagnon alors que celui-ci terminait de boutonner sa chemise avec des mains tremblantes. Doucement, il posa sa bouche sur la chevelure noire et désordonnée avant de glisser le long des joues rondes un peu piquantes d'une barbe naissante. Harry soupira avant de tourner la tête et ils s'embrassèrent pendant de longues minutes oubliant la guerre et le fait qu'ils étaient condamnés à fuir ou à mourir.
« - Draco… »
« - Mhm ? »
« - Je ne veux pas abandonner. Je refuse d'abandonner. »
Le jeune homme blond soupira bruyamment. Il ne pouvait pas nier le fait qu'il savait que cette conversation allait arriver tôt ou tard. Harry lui avait déjà fait plusieurs fois comprendre qu'il n'avait nullement l'intention de se résigner à attendre que tout s'arrête pour eux. Lui, il avait simplement envie d'aimer et de profiter du temps qui leur était imparti pour être heureux. Lui, il avait envie de jouir de chaque minute comme si elles étaient des jours et des mois. Lui, il avait envie de se créer une vie toute entière en 24 heures seulement pour pouvoir mourir sans regret et sans remord.
« - Harry, nous avons les mangemorts à nos trousses. Ton camp rêve de m'anéantir pour gagner cette guerre sans avoir à combattre. Et il nous reste jusqu'à demain. Il nous reste 24 heures avant que tout s'arrête d'une façon ou d'une autre avec la fin du pari. Restons ici et vivons le temps qui nous est offert. Nous ne pouvons rien faire d'autre. »
« - Non, je ne me résoudrai pas à attendre la fin ! Je ne me soumettrai pas à leur volonté ! Bordel, nous méritons plus que cela ! Nous méritons plus qu'un jour pour être heureux et nous aimer. Je ne suis pas un pion sur un échiquier…Je ne suis plus leur pion. Je veux trouver une solution à laquelle ils n'ont pas pensé. »
« - Tu parles comme si tu espérais un miracle ! Ouvre les yeux Harry nous sommes condamnés. Aucun d'entre eux ne voudra de nous et de notre couple improbable. Le seul moyen pour nous en sortir est de nous séparer et je refuse de te laisser derrière moi. Je préfère mourir demain et vivre ce jour avec toi que vivre toute une vie sans toi. »
« - Le professeur Dumbledore comprendra. »
« - Je ne suis pas exactement le bienvenu parmi les tiens, tu te rappelles ? Et le professeur Dumbledore ne fait pas exception. Je…J'ai fait des choses qu'il ne me pardonnera pas. »
« - Je ne peux pas regarder cette maison et me dire qu'elle est plus éternelle que nous ! Je ne peux pas regarder ce foutu jardin et me dire que ce rosier à plus d'avenir que nous ! Je ne veux pas…Je ne peux pas te perdre, tu comprends ? Tu agis comme si cela n'était pas grave. Comme s'il suffisait d'attendre demain. Comme s'il fallait que tu meures pour que je retourne chez les miens et… »
« - Et c'est exactement ce que je veux. Quand mon camp m'aura attrapé, et ils m'attraperont Harry soyons réalistes, je veux que tu retournes parmi les tiens. Tu leur diras que j'ai abusé de toi, que je t'ai manipulé et ce genre de choses. Ils comprendront, ils te pardonneront ta naïveté et tu pourras reprendre ta place parmi eux. C'est ce que je souhaite le plus. »
« - Mais c'est un mensonge ! Tu ne m'as pas manipulé…Je…Je suis juste tombé amoureux de toi aussi fou et improbable que cela puisse paraître. Je suis tombé amoureux de ce garçon gentil et attentionné, de ce garçon qui refuse de me toucher si ce n'est pas pour les bonnes raisons, de ce garçon prêt à renoncer à tous ses privilèges pour moi. Je suis tombé amoureux de toi, de Draco, et non pas de l'héritier Malfoy, du mangemort ou de l'agent du Mal. »
« - Harry… »
« - S'il te plaît. »
Draco regarda les yeux verts qui débordaient peu à peu de larmes. Il regarda la bouche qui se tordait de tristesse et d'appréhension. Il regarda les mains qui s'agrippaient aux siennes avec désespoir. Et il se détesta pour infliger tant de peine à Harry. Il se détesta pour être si réaliste, pour savoir que cette idée ne les sauverait pas, pour être incapable d'espérer un miracle comme le faisait le jeune homme brun qui voulait se battre de toutes ses forces jusqu'au bout, jusqu'à la dernière seconde. Il savait que c'était vain et inutile et, pourtant, il ne pouvait pas se résigner à briser définitivement l'espoir de son compagnon. Et, s'il fallait vivre un mensonge pour rassurer l'auror, il était prêt à mentir et à leur inventer un avenir qui n'existait pas.
« - Je prends une douche et nous pouvons partir. »
« - Tu verras. Il comprendra. Il DOIT comprendre. »
« - Je l'espère. En tout cas, il va falloir trouver le moyen de l'approcher et ce n'est pas gagné. Tu es encore le bienvenu mais les membres de l'Ordre finiront bien par être au courant de ta trahison. »
« - Je sais. Je crois que Maugrey se doute de quelque chose. Il m'a regardé bizarrement ce matin lorsque je me suis rendu au QG de l'Ordre pour savoir si Sirius…S'il avait…Tu sais. Je vais trouver une solution pour nous infiltrer dans le bureau du professeur Dumbledore. »
Draco sourit tendrement au jeune homme brun devant son air buté et décidé avant de s'enfermer dans la salle de bain. Lorsqu'il fut seul, il s'appuya contre le battement de bois et il laissa tomber son masque. La vérité, c'était qu'il avait peur. Il était mort de peur à l'idée de perdre Harry, à l'idée que ce rêve allait bientôt s'achever, à l'idée de ne pas mourir et de devoir vivre sans le jeune homme brun. Avant, il avait toujours eu peur pour sa propre vie et il ne s'était jamais soucié du sort de quelqu'un d'autre. Mais, maintenant, il comprenait. Il comprenait la réaction de certaines de ses victimes. Il comprenait pourquoi ces sorciers l'avaient supplié de les tuer et de ne surtout pas les laisser vivre une seconde de plus. Il les avait pris pour des fous ou des attardés mais il réalisait son erreur à présent.
Il savait que, si Harry devait disparaître et pas lui, il ne pourrait pas faire un pas de plus. Comment pourrait-il respirer, manger, boire, faire l'amour si son cœur lui était arraché ? Comment pourrait-il se lever chaque matin dans un monde qui aurait perdu tout son sens et sa raison d'être avec la mort de l'auror brun ? Il pensa alors à la folie qui les poussait à se rendre au QG de l'Ordre du Phoenix au lieu de profiter de cette dernière journée. C'était une mission suicide, un geste désespéré et pourtant, si cela avait la moindre chance de réussir, cela valait sans doute la peine d'essayer. Et si cela pouvait apaiser Harry, lui rendre le sourire pendant quelques secondes alors il était prêt à prendre tous les risques du monde.
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« - Que faisons-nous ? Dois-je donner l'ordre de le faire exécuter ? Après tout, il nous a trahis et il n'est plus d'aucune utilité. Le pari est déjà perdu. Il faut retourner à la bonne vieille méthode de la guerre ouverte et sans concession.»
Albus Dumbledore releva lentement la tête en entendant la voix rocailleuse et impersonnelle de Maugrey Fol Œil. Le vieil auror se tenait debout devant son bureau, les bras croisés derrière le dos, le visage aussi lisse que du marbre. Aucune émotion ne pouvait se lire sur ses traits couturés et enlaidis par les combats. Aucun sentiment ne transparaissait dans sa voix ou dans ses yeux. D'une certaine façon, Maugrey était mort il y avait longtemps déjà et l'homme qui se trouvait devant lui n'était plus qu'une pâle copie du jeune auror qu'il avait connu trente ans auparavant. Un jeune auror remplit d'espoir et d'ambition. Un jeune auror qui espérait construire un monde meilleur et plus juste. Parfois, il regrettait le passé lorsque Maugrey n'était pas encore marqué par la guerre, lorsque Maugrey était encore ce jeune homme plein d'idéaux et de rêves.
Souvent, il détestait la guerre.
Il ne détestait pas vraiment Tom Jedusort car il se souvenait encore du petit garçon aux cheveux noirs qu'il avait recueilli dans un orphelinat moldu. Il se rappelait son désespoir qu'il cachait maladroitement en-dessous de la fanfaronnerie et de la violence. Il revoyait cet être faible et maigre qui détestait le monde entier car personne ne lui avait jamais appris à aimer. C'était la haine et le mépris qui avaient façonné cet homme prêt à tout pour se venger d'une mère partie trop tôt et d'un père qui n'avait jamais voulu de lui.
Il ne détestait pas vraiment Maugrey, non plus. Il avait appris à accepter la sécheresse de son âme, son absence de compassion, la facilité avec laquelle il mettait fin à une vie comme si cela n'avait pas d'importance. Comme si cela n'avait plus d'importance pour lui. Il avait vu grandir cet homme, il l'avait vu s'endurcir pour survivre à la dureté des combats et des attentats, il l'avait vu fermer son cœur pour ne pas devenir fou face à tant d'injustices et de douleurs. Il l'avait regardé devenir froid et vide suite à cette nuit où il avait perdu sa jeunesse et sa beauté entre les mains d'un groupe de mangemorts qui l'avait torturé avant de lui laisser la vie sauve pour qu'il apprenne à vivre dans ce corps qui n'avait presque plus rien d'humain.
Il ne détestait pas vraiment Draco Malfoy contrairement à ce que pensait Maugrey. Il savait que le jeune homme blond avait beaucoup de sang sur les mains. Il savait qu'il méritait de mourir pour le mal qu'il avait fait autour de lui, pour son mépris affiché envers la vie d'autrui, pour cette beauté éclatante que lui enviait Maugrey même s'il ne l'avouerait jamais. Et pourtant, il devinait sans peine les errements du cœur du jeune homme blond. Il devinait que le mangemort n'avait pas vraiment eu le choix, qu'il s'était plié à ce que sa famille et son milieu attendaient de lui, qu'il avait sûrement été malheureux tout au long de sa vie et que c'était pour cela qu'il avait tant de haine et de colère en lui.
Il ne détestait pas du tout Harry.
Harry qui avait un cœur si bon qu'il était même capable d'aimer l'agent du Mal. Harry qui avait sacrifié son adolescence au bonheur des autres sans jamais se plaindre, sans jamais chercher à être valorisé ou félicité pour son altruisme. Harry qui s'oubliait constamment pour satisfaire tout le monde et pour être à la hauteur des espérances que les autres plaçaient en lui. Harry qui avait enterré ses parents, qui avait perdu Sirius Black et qui méritait tellement d'être heureux avec quelqu'un. Même si ce quelqu'un était Draco Malfoy, un sang pur, un mangemort et l'agent envoyé par Voldemort pour plonger la terre dans les ténèbres.
Albus Dumbledore détestait une seule et unique chose de toute la force de son âme et c'était la guerre. Il détestait la guerre parce qu'elle faisait ressortir ce qu'il y avait de plus monstrueux et de plus abjecte dans l'être humain. Il détestait la guerre car elle transformait les hommes en machines à tuer, en êtres dépourvus d'amour et de compassion, en bourreaux assoiffés de vengeance et de sang. Il détestait la guerre parce qu'elle avait façonné Tom Jedusort en Voldemort, parce qu'elle avait rendu Maugrey aussi inhumain que le Lord Noir, parce qu'elle avait donné à Harry cette capacité folle d'aimer jusqu'à vouloir en mourir pour ne pas avoir à vivre une nouvelle perte.
« - Non. »
« - Je suis obligé de vous contredire, professeur. Il doit mourir avant qu'il ne se retourne contre nous. Le petit est puissant. Trop puissant pour qu'on le laisse devenir un ennemi. Pour l'instant, nous avons encore un avantage sur lui. Il ne sait pas quelle est sa véritable force magique. Il ignore encore à quel point il est dangereux. Nous devons profiter de cela avant qu'il ne soit trop tard. »
« - Je sais déjà tout cela, Maugrey, mais je ne veux pas sa mort. L'amour ne se commande pas et il est capable de faire ressortir ce qu'il y a de meilleur et de pire en nous. Harry est juste amoureux et ce n'est pas un crime. Aimer ne devrait jamais être un crime. »
« - Il nous a quand même trahi pour s'enfuir avec ce moins que rien de Malfoy. »
« - Ils s'aiment. Ils sont jeunes. Ils sont fous. Ils ne réalisent pas les enjeux de leur geste.»
« - Foutaises. »
Abus Dumbledore regarda le visage rouge de colère de Maugrey, ses poings crispés sur le bord du bureau et il eut pitié de cet homme qui ne savait même plus comment aimer. Il ne savait même plus ce que cela faisait de sentir son cœur battre pour quelqu'un d'autre et de savoir que sa vie avait un sens et un but. Lentement, le vieil homme se leva de sa chaise pour se diriger vers la fenêtre. Il savait ce qu'il lui restait à faire. Il savait ce qu'il devait faire. Il savait ce que son devoir lui imposait comme décision mais cela ne rendait pas les choses plus faciles pour autant. Il savait que cette guerre était plus importante qu'Harry. Et il se haït pour avoir à prononcer ces mots, pour être obligé de condamner son agent du Bien.
« - Faites ce qu'il faut. Mais je ne veux pas de souffrance gratuite et inutile. Je veux que ce soit propre et rapide. Nous ne sommes pas comme Voldemort, n'est-ce pas ? Bien que je doute de plus en plus de cela. »
« - Nous sommes les gentils et ils sont les méchants. Vous le savez très bien. Nous défendons une cause noble et juste. Je n'ai jamais douté de cela. »
« - Mais à quel prix, Maugrey ? A quel prix ? Tant de vies perdues et gâchées, tant de haine et de sang, tant de morts sur notre conscience et dans notre mémoire. Il n'y a pas de bons et de méchants dans une guerre. Juste des hommes et des femmes prêts à mourir et à tuer pour imposer leur conception de la vie et du monde. »
« - Mais… »
« - N'oubliez jamais ça, Maugrey. Après ce jour, nous ne serons plus jamais les gentils. Et je ne crois pas que nous l'avons été dans le passé non plus. Tuer Harry, c'est se rabaisser au rang de Voldemort. Et, même si c'est la guerre qui veut cela, c'est quand même nous qui acceptons de nous plier à ses règles. Nous sommes responsables et, un jour, nous devrons rendre des comptes pour ce que nous aurons fait au nom de notre idéal. Nous serons jugés pour nos actes.»
« - Bien, professeur. »
Lorsqu'il fit votre face, il remarqua que Maugrey semblait être perplexe. Cependant, l'auror se contenta de s'incliner une fois devant lui avant de sortir rapidement du bureau sans chercher à poursuivre leur conversation. La porte se referma en grinçant doucement et, soudain, ses jambes semblèrent lâcher sous son corps. D'une main tremblante, il se rattrapa à sa chaise sur laquelle il se laissa glisser lourdement. La guerre était la seule responsable de tout ce gâchis. Il le savait. Pourtant…Pourtant, il savait qu'il avait sa part de responsabilité dans la tragédie qui allait suivre. Après tout, il avait choisi librement de condamner Harry à la mort pour sauver le monde. Une vie pour des milliards d'autres vies, il n'aurait même pas dû hésiter une seule seconde. Et, dans le noir de son bureau, dans le silence du départ de Maugrey, il se permit de demander pardon au ciel pour n'être qu'un homme comme les autres.
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Pansy Parkinson releva lentement la tête.
D'un regard vide, elle observa ses mains qui tremblaient sur le rebord de porcelaine. Elle se força à tousser deux fois pour soulager sa gorge douloureuse. Elle tenta d'ignorer ses yeux irrités et les traces humides qui maculaient ses joues. Elle mordit sa lèvre inférieure lorsque son ventre se tordit violement une nouvelle fois. Après quelques secondes à peine, elle replongea dans la cuvette du WC ignorant superbement le regard inquiet de Théodore Nott qui se pencha pour retenir ses boucles noires. Elle avait passé sa matinée à vomir et elle ne savait toujours pas pourquoi elle se sentait aussi malade depuis la mort de Sirius Black.
Un soupir lui échappa lorsqu'un gant de toilette froid se posa sur l'arrière de sa nuque. Elle ne releva pas les yeux sachant pertinemment à qui elle devait cette attention délicate. La main de Théodore se perdit un instant dans ses cheveux avant qu'elle ne trouve assez de force pour le repousser. Elle ne voulait pas de sa fausse compassion, de son inquiétude ridicule, de son semblant d'amitié. Elle voulait simplement qu'on la laisse tranquille, qu'on la laisse crever dans son coin pour qu'elle oublie enfin cette voix rauque et cassée qui ne cessait de la hanter depuis la veille. Inlassablement, les mêmes mots revenaient danser dans sa tête l'obligeant à vomir sa haine et son dégoût pour elle-même.
Je te pardonne.
En réalité, elle ne voulait pas être pardonnée. Au contraire, elle voulait expier ses péchés jusqu'à la fin de sa vie et sa punition pour tout le mal qu'elle avait fait autour d'elle depuis son intronisation en tant que mangemort, était de supporter Lord Voldemort. Elle s'obligeait à subir ses mains et ses caresses, à supporter sa bouche et son corps, à se laisser salir sans rien dire et sans sourciller. Quelques jours plus tôt, elle arrivait encore à se mentir et à croire qu'elle était heureuse ainsi. Elle arrivait presqu'à se convaincre que c'était ce qu'elle avait toujours souhaité et qu'elle n'avait aucun remord. Elle n'avait jamais voulu contempler la vérité en face et elle détestait Potter, Black et ce stupide pari pour lui avoir ouvert les yeux de force sur ce qu'elle refusait de voir depuis plusieurs années déjà, depuis toujours peut-être.
Je te plains sincèrement.
Sa bouche se tordit alors que ses mains se plaquaient contre ses oreilles pour faire taire la petite voix insistante qui chantonnait dans sa tête. Elle ne voulait plus rien entendre. Elle voulait que cette voix cesse de la harceler. Elle ne voulait pas de la compassion d'un homme dont elle avait orchestré la mort. Elle ne voulait pas de ce regard brun qui avait semblé avoir tellement mal pour elle qu'elle s'était sentie misérable face à lui. Elle ne voulait plus de ses remords qui rongeait son ventre comme de l'acide et qui l'obligeait à vomir ce qu'elle était pour ne pas devenir complètement folle.
Tu dois être si malheureuse pour agir comme cela.
Non, elle n'était pas malheureuse. C'était pire que cela. Elle n'avait plus aucun espoir, plus aucun avenir, plus aucun sentiment. Elle n'était qu'une jolie poupée qui perdrait tôt ou tard son statut lorsque sa beauté se fanerait avec le poids des années. Elle n'était qu'un joli jouet entre les mains froides et sèches de Lord Voldemort qui semblait s'amuser grandement à briser tout ce qu'il y avait encore d'humain en elle. Elle n'était qu'une coquille vide qui voulait oublier qu'un jour elle avait eu des sentiments à partager, de la fierté à défendre, de l'amour à donner.
La porte de la salle de bain s'ouvrit en grinçant sinistrement et elle se força à relever la tête. Lord Voldemort se tenait dans l'embrasure de la porte resplendissant de force et de pouvoir et son regard froid se posa sur son corps prostré sur le sol de carrelage blanc. Elle regarda Théodore se prosterner devant leur Maître et elle tenta maladroitement de faire pareil malgré les soubresauts de son estomac. Elle sursauta à peine lorsqu'une main froide et sèche se perdit dans sa chevelure pour lisser ses boucles noires et elle tenta d'ignorer le regard inquiet de l'autre mangemort qui était agenouillé à sa droite. Elle ne voulait pas de sa compassion car elle méritait amplement l'enfer qu'elle vivait avec le Lord Noir. Après tout, elle avait choisi cette prison dorée dans laquelle elle se retrouvait piégée aujourd'hui sans espoir de retrouver un jour sa liberté.
D'un signe du menton, Voldemort indiqua à Théodore Nott de sortir de la pièce. Le jeune homme s'exécuta silencieusement après lui avoir jeté un dernier regard plein de tristesse et d'inquiétude qu'elle ignora superbement. Elle était Pansy Parkinson et elle n'avait peur de rien. Elle n'avait aucun sentiment à partager, aucun scrupule à vendre son corps, aucun remords pour n'être qu'une jolie poupée. De toute façon, elle ne pouvait pas se laisser aller à exprimer la moindre émotion devant Tom Jedusort. Pas si elle tenait à sa place de favorite. Pas si elle tenait à la vie. Pas si elle voulait éviter la torture et un nouveau viol. Son maître aimait particulièrement salir ce qui était propre, briser ce qui était entier, piétiner l'espoir qui pouvait encore illuminer une vie.
« - J'ai appris que tu étais souffrante, ma belle. »
« - Je… »
Les mots lui manquaient et son cœur s'affola lorsque Lord Voldemort se pencha sur elle avec un sourire doux qui n'augurait rien de bon. Elle avait appris à redouter davantage sa tendresse que ses colères monumentales. Elle savait que c'était lorsqu'il se montrait agréable qu'il était le plus dangereux. Elle chercha vainement quelque chose à répondre, quelque chose qui pourrait la sortir du mauvais pas qu'elle venait de faire. Tom Jedusort n'appréciait pas du tout la faiblesse. Il détestait les êtres qui n'arrivaient pas à s'endurcir et à assécher leur cœur de toute émotion. Il détestait voir chez les autres ce qu'il était devenu incapable de ressentir. Elle pouvait mourir pour cette stupide faute qu'elle venait de commettre, pour la stupide erreur de son cœur qui éprouvait encore quelque chose malgré tous ses efforts pour le museler définitivement cet organe inutile.
La porte s'ouvrit de nouveau et Severus Snape entra silencieusement dans la pièce. L'homme était aussi pâle que la mort et ses yeux n'exprimaient rien du tout. Elle ne l'avait jamais vu aussi usé et vieux. Elle devinait sans mal la tourmente qui devait habiter le maitre de Potions. Après tout, il était sans doute la personne qui aimait le plus Draco après Blaise et elle s'étonnait de le voir en train de servir leur Maitre plutôt que de chercher un moyen de raisonner son filleul. L'homme aux cheveux noirs s'inclina face à Lord Voldemort et attendit la tête baissée que leur Maître prenne enfin la parole.
« - Severus va t'ausculter. »
« - Je… »
« - J'ai décidé. »
« - D'accord. »
Pansy se releva en titubant et elle dut se faire violence pour ne pas arracher son bras lorsque Severus Snape se précipita pour la soutenir lorsque ses jambes cédèrent sous son poids. Elle ne s'était jamais sentie aussi faible, aussi drainée de toute substance et de tout sentiment. Elle se laissa mollement conduire jusqu'à la chambre où elle accepta de s'allonger sur le grand lit à baldaquins. Elle tenta d'ignorer les mains froides qui courraient sur sa peau, le goût infecte des potions qu'on l'obligeait à avaler. Et, lorsque son esprit s'embruma peu à peu, elle se laissa aller à la douce torpeur qui paralysait ses membres et elle pria intérieurement pour oublier tout pendant l'espace d'une seconde. Elle souhaitait presque s'endormir pour ne plus se réveiller. Elle voulait que tout s'arrête enfin. Oui, elle attendait la fin avec impatience.
Et puis, le noir l'engloutit.
OooooooooO
Hermione regardait par la fenêtre. Son corps était prisonnier à l'intérieur de la maison à cause de sa jambe plâtrée mais son esprit était libre de s'envoler. Et il était parti très loin de Remus et de ce quartier de banlieue où elle croyait avoir retrouvé le bonheur. Elle pensait à Harry et son ventre se nouait à chaque fois qu'elle osait murmurer son prénom dans la pénombre de son cœur. Elle pensait à Draco Malfoy, à ses yeux hantés par trop d'horreurs et à son désespoir dont il n'avait même pas conscience. Elle pensait au pari aussi, à ce jeu stupide qui allait peut-être coûter la vie à son meilleur ami. Elle se détesta pour être enchaînée à ce fauteuil confortable plutôt que d'être aux côtés du jeune homme brun.
Elle aurait tout donné pour le revoir un instant, pour lui dire qu'elle avait foi en lui et en ce monde, pour le supplier de ne pas abandonner car il devait bien y avoir encore un espoir quelque part. Elle était convaincue que, même dans les ténèbres les plus profondes, il restait toujours une lumière à allumer. Et elle voulait transmettre cette lueur à son ami mais il était parti trop loin d'elle pour qu'elle puisse encore l'atteindre. Distraitement, elle passa une main sur son front plissé d'inquiétude avant de masser ses tempes douloureuses. Elle aurait aimé trouver une solution mais aucune idée ne lui venait à l'esprit. Tout ce qu'elle pouvait penser, c'était qu'Harry était condamné parce qu'il était tombé amoureux de la mauvaise personne.
Et c'était injuste. Beaucoup trop injuste.
Depuis qu'elle connaissait le jeune homme brun, elle l'avait toujours vu sacrifier son bonheur et son quotidien pour embellir la vie des autres. Elle l'avait toujours vu s'oublier, s'effacer, s'écraser pour donner de l'espace aux autres, pour leur offrir un avenir, pour leur rendre espoir. Au fond d'elle, elle détestait le professeur Dumbledore et Tom Jedusort pour avoir eu l'idée stupide de jouer la domination du monde sur un pari de 7 jours. Elle haïssait ces deux hommes parce qu'ils volaient le bonheur d'Harry, parce qu'ils brisaient son sourire, parce qu'ils salissaient son innocence. Parce qu'ils allaient finir par le tuer avec leur stupidité et qu'elle ne savait pas si elle était capable de survivre sans lui à ses côtés.
Machinalement, elle essuya ses joues baignées de larmes et elle se maudit pour être aussi faible alors qu'Harry lui avait demandé d'être forte. Elle devait être forte pour Remus qui ne comprendrait pas le départ de son ancien élève. Elle devait être forte pour Ron qui n'accepterait jamais la trahison de leur ami. Elle devait être forte aussi pour Draco qui retomberait dans le camp du Mal dès qu'Harry ne serait plus là pour lui montrer le chemin. Elle devait être forte pour tous ces gens que l'auror brun allait décevoir parce qu'il aimait assez l'agent du Mal pour trahir ses idéaux avec lui. Plongée dans ses sombres pensées, Hermione ne remarqua pas l'ombre qui venait d'apparaître à l'embrasure de la porte avant de se glisser silencieusement jusqu'au fauteuil placé face au sien.
« - Miss Granger ? »
Elle sursauta brutalement en entendant son nom et renversa sa tasse de thé sur sa robe blanche. Elle jura grossièrement lorsqu'elle vit les débris de porcelaine sur le tapis clair du salon ainsi que la tache sombre qui s'élargissait sur ses vêtements. Elle tenta de se pencher en avant malgré sa jambe immobilisée mais Blaise Zabini fut plus rapide qu'elle. D'un mouvement souple du poignet, il effaça sa bévue comme si celle-ci n'avait jamais eu lieu avant de ranger sa baguette. Hermione se redressa lentement pour dévisager le jeune homme qui lui faisait face et elle tenta de ralentir les battements effrénés de son cœur. Elle avait un mauvais pressentiment tout à coup et la vie lui avait appris à faire confiance à son instinct.
« - Miss Granger ? Vous êtes avec moi ? »
« - Oui, je…Pardon, vous m'avez surprise. Que puis-je faire pour vous ? »
« - Je peux vous parler ? »
« - Oui, bien sûr. Tutoyons-nous, ce sera plus convivial. »
« - D'accord. Je voulais vous…te…parler au sujet de Draco et de Potter. »
« - Oui ? »
Blaise Zabini quitta brusquement son fauteuil pour aller et venir devant la table basse. Elle remarqua alors combien le jeune homme brun semblait être fatigué et inquiet. De larges cernes noirs décoraient son visage avenant et son front était baigné de sueur. Après les sortilèges de torture qu'il avait subis la vielle, elle n'était pas surprise de le voir fiévreux et blafard. Pourtant, une tempête intérieure semblait le ravager et, prise d'une soudaine compassion, elle attrapa sa main pour retenir le mangemort avant qu'il ne commence un nouveau tour autour de la table. Le jeune homme se raidit et, pendant un instant, elle envisagea de retirer sa main et de s'excuser pour sa familiarité. Mais, avant qu'elle n'ait eu le temps de prendre la parole, les doigts bruns se mêlèrent aux siens et elle comprit que, malgré leur différence, ils partageaient la même peine.
Ils étaient tous deux en train de perdre leur meilleur ami au nom d'une guerre stupide qui ne les concernait pas. Hermione frissonna alors que cette pensée s'imposait en elle avec force. Auparavant, elle s'était toujours sentie concernée par la guerre car elle pensait que cela valait la peine de se battre au nom de la justice, de l'égalité, de la paix et du bien. Mais, aujourd'hui, elle réalisait que ces mots n'étaient que des concepts abstraits qui dissimulaient mal la vraie raison de cet affrontement. La vérité, c'était que chaque camp se battait pour imposer sa vision du monde. Il n'y avait rien de noble ou de beau là-dedans. Une guerre restait toujours une guerre.
« - Blaise ? »
« - Je suis inquiet. Terriblement inquiet. Pour Draco. Mon camp…Ils ne lui pardonneront jamais sa trahison. Et ton camp n'acceptera jamais de croire qu'il a changé. Il est condamné et ça me rend fou de rester dans cette putain de baraque à attendre la fin sans rien faire ! Je…Je ne peux pas rester ici, tu comprends ? »
« - Mais… »
« - Je sais que vous m'avez offert l'hospitalité et un endroit où me cacher jusqu'à la fin du pari. Je sais que les miens me tueront pour avoir défendu Draco contre son père et sa tante. Je sais parfaitement tout cela mais je veux me battre. Pour lui. Pour moi. Pour notre amitié. Et parce que Potter m'a convaincu. »
« - Il t'a convaincu ? »
« - En le regardant, j'ai compris. On ne fait jamais rien de mal quand on aime, n'est-ce pas ? Ca ne peut pas être une erreur cette passion entre eux ! Je n'ai jamais vu Draco comme cela. Aussi habité, aussi vivant. Je…Je vais partir et me battre pour cette lumière que j'ai vu dans ses yeux. »
« - Si je n'étais pas coincée ici… »
« - Je connais un sortilège qui peut guérir instantanément ta jambe. »
« - C'est impossible ! Les médicomages ont dit… »
« - C'est de la magie noire. C'est pour cela qu'ils ne te l'ont pas proposé. »
Hermione resta longtemps silencieuse à fixer ses mains jointes sur ses genoux. La magie noire l'avait toujours effrayée à cause de sa puissance dévastatrice et de toutes les possibilités qu'elle offrait au sorcier qui était prêt à damner son âme pour l'utiliser. La magie blanche était plus faible, plus conventionnel, plus limitée car elle imposait de nombreux interdits. La magie noire, quant à elle, ne respectait aucune des lois de la nature que la magie blanche défendait farouchement tel le commandement qui interdisait de faire revenir à la vie un mort ou encore celui qui interdisait d'utiliser les retourneurs de temps pour modifier le passé. Hermione avait toujours craint cette magie qui corrompait si facilement l'être humain en lui laissant croire qu'il pouvait être l'égal d'un Dieu. Elle savait que la magie noire respectait un seul principe qui lui avait valu la qualification de « magie sombre » ou de « magie démoniaque ».
La magie noire exigeait toujours quelque chose en retour afin de conserver la balance du monde. Une vie sauvée équivalait à une autre vie perdue. Un évènement du passé transformé amenait un nouveau malheur dans le futur. Une fortune crée entraînait la pauvreté d'un proche. Un amour construit de toutes pièces se concluait par la haine d'un parent ou d'un ami. Rien n'était gratuit dans cette magie, tout avait un prix. Et le prix à payer était souvent injuste et inattendu car la magie noire punissait le sorcier par l'endroit où il péchait. Deux jours plus tôt, elle n'aurait pas hésité une seule seconde avant de dire non à la proposition du mangemort brun.
Mais, au fond d'elle, elle avait conscience qu'Harry avait besoin de sa meilleure amie. Elle savait qu'il était prêt à commettre l'irréparable pour sauver Draco Malfoy d'une mort certaine. Elle savait que le sortilège de guérison de Blaise scellerait sa vie à jamais car elle allait permettre au Mal de guérir son corps, de s'imprégner dans ses os, de salir sa magie. Elle se devait de refuser une telle possibilité. Elle était prête à répondre négativement lorsque son regard brun se posa sur son avant bras droit immaculé. Son ventre se noua brusquement et elle se rappela.
Elle se revit hurler à la mort jusqu'à se déchirer la gorge de douleur, jusqu'à avoir un goût métallique en bouche, jusqu'à s'étouffer avec ses cris lorsque le manque la rongeait comme un poison. Elle se réentendit dire toutes ces horribles choses à Harry parce qu'il l'empêchait de prendre une dose de cocaïne. Elle se souvint de son regard tendre et triste, de sa main qui retenait la sienne qui se tendait vers une seringue, de sa confiance absolue, de son amitié indéfectible, de sa présence quotidienne, de son amour.
Alors, la gorge nouée par l'émotion, elle hocha la tête positivement avant de s'affaler complètement dans le fauteuil comme une poupée de chiffon à qui on aurait coupé les fils. Elle espérait que Remus comprendrait son geste, qu'il l'accepterait et qu'il lui pardonnerait d'aimer tellement Harry qu'elle n'arrivait même pas à se sentir coupable. Blaise sortit sa baguette silencieusement et elle ferma les yeux à s'en fendre les paupières pour ne pas voir ce qu'il était en train de faire au dessus de sa jambe plâtrée. Elle se surprit même à prier pour la première fois depuis la mort de ses parents. Ce jour-là, lorsqu'elle avait retrouvé leurs cadavres dans sa petite maison de banlieue, elle avait perdu la foi. Elle avait pensé que, si une puissance supérieure existait, elle n'aurait jamais toléré une telle injustice. Elle avait fermé son cœur et elle s'était jurée de ne plus jamais croire en rien.
Mais, aujourd'hui, elle avait besoin de se tourner vers cette puissance divine en laquelle elle ne croyait plus pour implorer son pardon et sa miséricorde. Et surtout pour lui demander d'éclairer le chemin qu'elle devait suivre. Elle pria muettement le ciel pour qu'un dieu quelconque leur vienne en aide avant qu'il ne soit trop tard, pour qu'il leur pardonne leur péché avant que leur folie ne détruise complètement le monde, pour qu'il leur montre comment vivre ensemble. Elle pria de toute la ferveur de son âme alors qu'une douleur sourde envahissait sa jambe jusqu'à sa hanche. Merlin, que quelqu'un leur vienne en aide.
Que quelqu'un leur vienne en aide.
OooooooooO
Voilà ! Il m'a donné un peu de mal mais on attaque enfin la dernière ligne droite. Est-ce qu'Harry et Draco vont réussir à contacter Dumbledore ? Est-ce que Blaise et Hermione vont réussir à contrecarrer les plans de Voldemort ? Est-ce que Pansy va changer de camp ? Quelle va être la réaction de Remus ? J'attends vos impressions et vos idées avec impatience et je vous dis à bientôt.
Bizzooo
Petitchaton
