A/N : Et oui moi non plus je n'y crois pas, mais je suis dans les temps ! Voici donc sans plus attendre le chapitre 25, qui bat le record du chapitre le plus long de l'histoire. Le titre est une chanson superbe d'Opeth. Je ne comprends pas pourquoi j'ai mis autant de temps à trouver le titre de ce chapitre car j'écoute cette chanson en boucle en ce moment et elle est absolument parfaite pour ce chapitre.
Bref, merci à toutes celles qui ont lu et commenté le chapitre précédent, même si je ne comprends toujours pas comment vous avez fait pour ne pas oublier cette histoire...
Edit : J'ai finalement coupé ce chapitre en 2 pour que le nombre de chapitres reste le même.
Chapitre 25 : Will O The Wisp
OoOoOoO
And you can never find the satisfaction
When you can't outgrow your false distractions
You know your soul is weighed on the silver scale of deceit and lies
OoOoOoO
- Dis Lucy, tu crois que si on mangeait un poireau métamorphosé en chocogrenouille, on aurait les propriétés nutritionnelles du poireau mais avec le goût du chocolat ?
Comme à son habitude, la voix de Barry résonne plus fort qu'elle ne devrait dans la bibliothèque. Je jette un oeil inquiet en direction de Mme Pince mais elle est trop occupée à jeter des sorts d'antivol sur les derniers numéros du Nouvel Enchanteur pour nous entendre.
- On ne pourrait pas, la nourriture ne peut pas être métamorphosée. C'est l'une des cinq exceptions à la loi de Gamp sur la métamorphose élémentaire, expliqué-je à voix basse.
Barry semble considérer ma réponse pendant un instant, l'air soucieux. Puis il fait la grimace.
- C'est nul.
Sur ce commentaire hautement argumenté, il se replonge dans son ouvrage, Sorcières enceintes : quel régime alimentaire adopter pour que votre bébé ne naisse pas Cracmol, et je me demande brièvement pourquoi un enfant de onze ans aurait envie de lire ce genre de bouquins.
Puis, je me souviens que l'un des derniers livres que j'ai emprunté à la bibliothèque s'intitulait Les pratiques de reproduction sexuée des elfes de maison à travers les siècles, et je me dis que je ne suis sûrement pas la mieux placée pour critiquer.
Je retourne à mon essai de DCFM sur les duellistes japonais, me remémorant avec envie l'époque où j'avais encore le temps de lire des livres pour le plaisir à la bibliothèque. Maintenant, c'est tout juste si j'ai le temps de finir mes devoirs à temps. Et ne parlons même pas de mon planning de révisions pour les ASPICs, qui est pour le moment aussi rempli que le cerveau de Potter pendant un match de Quidditch.
Quelques minutes plus tard, je pose ma plume avec satisfaction à côté de mon parchemin.
- Fini ! j'annonce avec fierté comme si j'attendais qu'on me félicite pour ce non-exploit.
Barry ne lève même pas la tête de son récit mais Emeric en face de moi marmonne :
- J'ai quasiment fini aussi, tu m'attends avant de descendre dîner ?
- D'accord. Je vais reposer les livres.
Il me fait un vague signe de tête, concentré sur son essai, alors que je ramasse les livres qu'on a pris. Du coin de l'oeil, je remarque son carnet à dessins dépasser de son sac et détourne rapidement les yeux. Je n'ai pas eu le courage de le lui rendre en mains propres. Je l'ai fait léviter dans son sac ce matin au petit-déjeuner pendant qu'il regardait ailleurs, en espérant qu'il ne se rendrait pas compte qu'il l'avait perdu hier soir.
Personnellement, je trouve mes stratagèmes particulièrement brillants quand il s'agit d'éviter les confrontations indésirables.
Alors que je me dirige vers les rayons avec une pile de bouquins dans les bras, je passe à côté d'une table où sont installés Potter, Lupin, Pettigrow et Evans.
Si Potter pense être discret en faisant du pied à Evans, c'est raté. Elle n'arrête pas de lui lancer des regards comme pour lui dire d'arrêter, mais son sourire complice et ses joues rougies la trahissent. Nom d'un Détraqueur suicidaire, est-ce qu'ils se rendent au moins compte d'à quel point ils sont insupportables à avoir l'air aussi amoureux ?
Je croise le regard de Remus et il m'adresse un léger sourire avant de retourner à son parchemin tout en faisant semblant de ne pas remarquer le petit manège de ses amis.
On s'est vu ce midi comme convenu pour l'Etude des Runes avec Evans. On a réussi à rendre quelque chose à la prof cet après-midi, ce n'était pas brillant mais c'était mieux que rien. Même Liliane s'est finalement décidée à arrêter son boudin et à nous faire l'honneur de sa présence. Certes, elle est arrivée une heure en retard et n'a pas dit un mot, mais au moins elle est venue, et pour elle ça équivaut à des excuses avec un bouquet de roses.
Je vais reposer les livres et, en repassant devant leur table, je me demande pourquoi Sirius n'est pas avec eux. Puis, je me souviens que c'est Sirius et qu'il préférerait encore rouler une pelle à Snape plutôt que d'aller travailler à la bibliothèque.
Pourquoi faut-il que mon cerveau m'évoque des images mentales aussi peu ragoûtantes juste avant le dîner ?
- Voilà, terminé, annonce Emeric en posant sa plume alors que j'arrive à notre table. On y va ?
Je hoche la tête en commençant à ranger mes affaires.
- Tu viens, Barry ?
- Oh non, je veux trop savoir la suite, il y a trop de suspens, dit-il en tournant avidement une page.
Je le fixe avec incompréhension. Du suspense dans le régime alimentaire des sorcières enceintes ?
- Tu es sûr ? Tu vas rater le dîner...
- Laisse-le, s'il préfère rester... me chuchote Emeric.
Il commence à s'éloigner, attendant que je le suive. J'hésite une seconde.
- Nooon, du quinoa aux amandes effilées ? Si je m'attendais à ça... marmonne Barry, de toute évidence passionné par sa lecture.
Cela suffit à me convaincre. Je finis par hausser les épaules et rejoins Emeric. Parfois, j'oublie que Barry n'est pas réellement mon petit frère et que je n'ai pas besoin de le surveiller en permanence.
Alors qu'on sort de la bibliothèque, Emeric semble soulagé. Probablement parce qu'il n'a pas Barry sur le dos, pour une fois. La plupart des gens ne le supporte plus au bout de cinq minutes et Emeric ne déroge pas à la règle.
Ne souhaitant pas relancer un nouveau débat au sujet de Barry, j'engage la conversation sur le devoir de DCFM alors que l'on descend les escaliers vers la Grande Salle.
- N'empêche, j'aimerais bien voir un duel japonais un jour. Mon oncle a eu l'occasion d'en voir un quand il était jeune, il m'a dit que c'était l'une des choses les plus impressionnantes qu'il ait vues de toute sa vie.
- Hmm... fait Emeric d'un air absent.
- Et aussi que c'est ce qui l'a convaincu de ne jamais devenir duelliste, poursuis-je. Il y a trop de sang à nettoyer après.
Cela me fait sourire, mais Emeric semble ne pas m'avoir écoutée du tout. Ça m'apprendra à essayer de faire la conversation.
- Tu sais, lance Emeric après ce blanc grandiose, je me disais qu'on pourrait peut-être aller se... se promener dans le parc un soir. J'ai entendu dire qu'il y avait des terriers de Veaudelunes près du lac. Ça te dirait ?
Heu... Quel rapport avec les duellistes japonais ?
- Les Veaudelunes ne sortent que les nuits de pleine lune, lui rappelé-je, quelque peu décontenancée.
Et je doute que ce soit une très bonne idée d'aller se promener dans le parc un soir de pleine lune. Si vous voyez ce que je veux dire. Clin d'oeil, clin d'oeil.
- Oui mais... on pourrait y aller un soir de pleine lune alors. Ou même avant. Pour faire du repérage. Ou juste se promener. Dans le parc.
Il me jette un coup d'oeil nerveux et je regarde ailleurs en essayant de faire comme si je ne voyais pas où il voulait en venir. Il faut que je trouve une bonne excuse pour décliner sans qu'il ne soit vexé.
Est-ce qu'on peut être allergique aux Veaudelunes ?
- Enfin, je me disais que ça pourrait être sympa, reprend Emeric avant que je ne trouve quoi répondre. Si ça te dit, bien s...
Il s'arrête soudain en plein milieu de sa phrase et ses yeux s'agrandissent de stupeur. En un instant, il est devenu plus rouge que moi à mes meilleures heures et semble vouloir être n'importe où plutôt qu'ici.
- Je... je dois passer aux toilettes, fait-il d'une voix étranglée.
Il se retourne vivement et commence à remonter les marches d'une démarche tendue, comme s'il n'arrivait pas à marcher normalement. Je fronce les sourcils devant ce changement d'attitude soudain. Bienvenu, mais surprenant.
- D'accord heu... tu me rejoins à la Grande Salle ? je lance en sa direction.
- Oui oui ! dit-il en marchant comme un robot jusqu'en haut des marches avant de tourner au coin du couloir.
Et bien. Ça devait être une envie très pressante.
Je n'ai pas le temps de m'interroger davantage sur cet étrange comportement que j'entends quelqu'un dévaler les escaliers et s'arrêter juste à côté de moi.
- Salut toi, fait une voix taquine que je ne connais que trop bien.
Je tourne la tête et tombe directement sur ses yeux. Son sourire insolent me tord les entrailles et alors que je comptais lui répondre quelque chose d'inspiré comme j'en ai le secret, tout ce qui sort c'est un "Salut" étranglé.
Toujours au top du sex-appeal.
Je me racle la gorge tout en tournant la tête pour ne pas qu'il me perturbe davantage.
- Il y a des gens dans les escaliers, on va nous voir ensemble, fais-je remarquer nerveusement.
- Très juste, remarque malicieusement Sirius. C'est pour ça que je t'invite à me rejoindre...
Alors qu'on atteint le palier du deuxième étage, Sirius jette un rapide coup d'oeil dans le couloir de droite.
- ... dans cette charmante salle de classe, finit-il en me poussant derrière la première porte du couloir.
Prise par surprise, je me laisse entraîner alors qu'il referme la porte derrière nous.
- C'était pas très discret, il y avait des élèves dans le couloir, ils nous ont forcément vus entrer ici ! je proteste en dégainant ma baguette.
Je lance aussitôt un Collaporta sur la porte.
- Bah c'était des deuxième ou des troisième années, ils ne nous connaissent pas, argue Sirius avec détachement.
Bien sûr, ce n'est pas comme si ton meilleur pote Potter était la personne la plus connue de tout Poudlard et toi, probablement la deuxième.
- Et puis, je me suis donné trop de mal pour t'attraper, je n'allais pas gâcher ma chance, ajoute-t-il, les yeux pétillant.
Il s'appuie en arrière contre un bureau et repousse une mèche de cheveux qui tombe devant ses yeux. Mon cerveau a du mal à suivre la conversation.
- Comment ça tu t'es donné trop de mal pour...
Une pensée traverse mon esprit brumeux. Je fronce les sourcils.
- Tu ne serais pas responsable du départ soudain d'Emeric par hasard ?
- Moi ? Voyons, ce n'est pas mon genre... fait-il en jouant avec sa baguette.
- C'est tout à fait ton genre.
Sirius a un petit sourire espiègle qui réussit l'exploit de confirmer mes dires tout en faisant fondre toute envie de le sermonner.
- On ne peut rien cacher aux Serdaigles, soupire-t-il théâtralement.
Oui surtout quand on n'essaie même pas de le cacher...
- Quel sort tu as utilisé ? je demande en fronçant les sourcils. Quelque chose qui lui donne envie d'aller aux toilettes ?
- Pas exactement... élude-t-il d'un air carnassier. Mais tu dois admettre que je t'ai sortie d'une situation quelque peu gênante.
Comme je suis occupée à me demander si j'aurais l'air plus sexy en m'adossant nonchalamment contre la porte plutôt qu'en restant plantée en plein milieu, le sens de ses mots met quelque temps à me monter au cerveau. Quand il finit par monter, je n'ai plus envie de m'adosser contre la porte.
- Tu as écouté notre conversation ? je m'écrie alarmée.
Sirius hausse les épaules machinalement.
- Pas trop le choix. Je t'attendais et tu es sortie de la bibliothèque avec lui, il fallait bien que je vous suive. Charmante proposition, d'ailleurs. Aller faire du repérage de Veaudelune en tête-à-tête... Je ne te savais pas si romantique.
Je suis mortifiée à l'idée qu'il nous ait entendu pendant ce moment hautement gênant. En plus, je n'arrive pas à savoir s'il est moqueur ou agacé. Appuyé contre un bureau, il est en train de jouer nonchalamment avec sa baguette et ne me regarde plus.
- Je ne sais pas d'où lui sort cette idée, je marmonne.
Sirius relève les yeux vers moi.
- Il n'y a que toi qui ne le sait pas, déclare-t-il le visage neutre. Même si j'avoue qu'il pourrait être plus explicite. C'est quand même pas si difficile d'inviter une fille à sortir.
Il hausse les yeux au ciel en faisant tourner sa baguette entre deux doigts avec adresse.
- C'était juste amical, dis-je en tentant de combattre mon rougissement. Et de toute façon, ça ne te regarde pas.
Sirius me lance un regard perçant qui dure un peu trop longtemps pour ne pas me mettre mal à l'aise.
- C'est vrai, admet-il finalement. Même si ça m'arrangerait que tu refuses, tu fais ce que tu veux. Du moment que c'est discret. Et que tu évites la pleine lune.
Il me fait un clin d'oeil à ces mots. Je me demande s'il est conscient de l'effet que ça me fait quand il fait ça.
- Compte sur moi pour ça, dis-je.
Et aussi pour ne pas aller me promener avec Emeric, mais ça je ne lui dis pas. Je préfère laisser planer le doute. Et s'il pense que je suis intéressée par Emeric, ce ne serait peut-être pas plus mal. Comme ça, il ne devinera pas que c'est par lui que je suis intéressée.
Surtout que je n'ai pas été assez prudente ces derniers temps... Entre la fois où je me suis ouvertement et excessivement inquiétée pour lui quand il était à l'infirmerie, la fois où je me suis excusée en envoyant ma fierté aux oubliettes parce que je ne supportais plus de ne plus le voir, mon aveu comme quoi je lui en voulais de m'avoir ignorée tout ce temps, et surtout, ma réaction de droguée en manque quand il m'a embrassée... je ne comprends pas par quel miracle il n'a toujours pas compris que j'étais folle de lui.
Il va falloir que je recadre les choses, et vite. En aucun cas Sirius ne doit découvrir ce que je ressens pour lui. Je ne supporterais pas son regard de pitié et de gêne s'il devait me dire que ce n'est pas réciproque et qu'il vaut mieux qu'on arrête là. Je préfère encore vivre dans mes rêves. Parce que c'est toujours mieux que dans un monde sans Sirius.
Il faut que je me fixe de nouvelles règles. Plus strictes, cette fois.
Règle n°1 : ne pas l'embrasser.
Règle n°2 : ne pas le laisser m'embrasser.
Règle n°3 : ne pas provoquer de contact physique avec lui.
Règle n°4 : ne pas chercher son regard sans arrêt.
Règle n°5 : ne pas rougir en sa présence.
Règle n°6 : en cas de panique, suivre la règle n°1.
- A part ça, tu as passé une bonne journée mon amour ?
Je sursaute comme si un chaudron venait de m'exploser à la figure.
- Quoi ?
- Je t'ai demandé si tu as passé une bonne journée, sourit-il amusé.
Il penche la tête sur le côté en me regardant, ce qui lui donne un air adorable.
Certes, il m'en faut peu mais il faut bien que je vous fasse quelques petites descriptions pour le bon déroulement de ce récit.
- Oui et après tu m'as appelée mon amour, dis-je en accompagnant ma phrase d'une grimace de dégoût.
- Et si c'est comme ça que tu réagis quand je dis quelque chose d'aussi innocent que "mon amour", il va falloir que je le fasse plus souvent.
Il a repris son air joueur, ça ne me dit rien qui vaille.
- Je croyais qu'on avait dit qu'on évitait les surnoms ridicules, dis-je avec méfiance.
- Ah bon ? dit-il avec légèreté. Je ne me souviens pas de cette conversation...
Il fait mine de réfléchir quelques instants.
- Humm... Ce ne serait pas la fois où tu m'as embrassé sauvagement derrière une armure ? fait-il innocemment.
- Je... non ! Et c'était seulement pour éviter que tu ailles te faire massacrer par les Serpentards, je te rappelle ! je proteste, outrée.
Et voilà. Ça fait à peine cinq minutes que je suis entrée dans cette pièce et j'ai déjà l'impression que quelqu'un a jeté un iIncendio/i sur mes joues.
- C'est tellement aimable à toi de te soucier de ma sécurité, remarque-t-il d'un ton moqueur. C'est que tu dois quand même bien m'aimer, au fond...
Moi ? Bien l'aimer ? N'importe quoi, qu'est-ce qu'il va chercher là.
- Pas spécialement, mais je te préfère quand même aux Serpentards, dis-je en haussant les épaules.
Si seulement mes joues n'étaient pas aussi rouges, j'aurais sûrement l'air plus convaincant...
- Merlin ! s'exclame Sirius en portant sa main à son coeur. Tu réalises que c'est la plus belle déclaration d'amour que tu ne m'aies jamais faite ?
Il fait mine de s'éventer avec sa main, comme si c'était trop d'émotions pour lui.
- Savoure-la bien, parce qu'il n'y en aura pas d'autre, préviens-je en essayant (sans succès) de ne pas sourire.
- J'en chérirai le souvenir à jamais, mon amour, assure-t-il d'un air grave en plantant ses yeux dans les miens.
Aaaargh, il ne peut pas arrêter de lâcher des "mon amour" comme ça là ? Ça me donne plein de petits frissons partout.
- T'as pas plus niais, encore ? dis-je en prenant mon air le plus blasé.
Son air faussement sérieux se change aussitôt en une expression amusée, un sourire facétieux se dessinant sur ses lèvres.
- Oh si, t'inquiète pas, répond-il d'un ton léger. Surtout maintenant que je sais que tu adores les trucs romantiques comme les balades au clair de lune...
Il m'adresse un haussement de sourcils moqueur.
- J'aime pas les trucs romantiques, rectifié-je aussitôt.
- C'est vrai que tu n'es pas une copine très aimante, tu ne m'as même pas embrassé pour me dire bonjour, se plaint-il en faisant la moue.
- Toi non plus, je réplique avant de pouvoir m'en empêcher.
Vu la lueur victorieuse qui s'allume dans son regard, c'était exactement la réponse que Sirius attendait.
Nom d'une bouse d'hippogriffe puante, je me suis encore laissée piéger.
- J'ai essayé mais tu as tourné la tête, rétorque Sirius. Et après tu m'as engueulé parce que je n'étais soi-disant pas discret et que j'ai eu le malheur de lancer un petit sort de rien du tout à ton Serdaigle...
J'ouvre la bouche pour rappeler qu'Emeric n'est pas "mon" Serdaigle, mais me ravise au dernier moment.
- On n'est pas obligé de s'embrasser à chaque fois pour se dire bonjour, dis-je à la place.
Sirius se plaque une main sur le coeur comme si je venais de le transpercer d'une flèche.
- Mais quand cesseras-tu enfin de rejeter mon amour ? s'exclame-t-il avec grandiloquence.
C'est pas Auror qu'il devrait faire, c'est actrice de tragédie romaine.
Je ne réussis pas à dissimuler mon amusement. Sirius ne manque pas de s'en apercevoir et continue sur sa lancée. Je le soupçonne de s'amuser comme un petit fou.
- Je serais prêt à tout pour un baiser de toi ! s'exclame-t-il en s'avançant vers moi, toujours plus mélodramatique.
- Mais oui...
OK, ne panique pas parce qu'il se rapproche, tout va bien se passer.
- Si tu étais un Détraqueur, je violerais la loi pour que tu me donnes un baiser !
Il attrape ma main et la porte à son coeur. Je suis partagée entre la nervosité d'être soudain si proche de lui et l'envie de rire devant le ridicule de sa déclaration.
- J'adore quand tu me compares à un Détraqueur, dis-je.
- Tu vois que tu es sensible au romantisme.
Il me fait un grand sourire victorieux, comme s'il venait de me le prouver par A + B, puis relâche ma main.
- C'est vrai, je suis séduite, dis-je sarcastiquement.
Non, je ne suis pas déçue qu'il ait relâché ma main. C'était très désagréable de toucher son torse comme ça. Je n'ai pas du tout envie de recommencer.
- Et tu n'as encore rien vu, fait Sirius avec un clin d'oeil. Orchideus !
Sirius fait un mouvement élégant du poignet et un bouquet de fleurs apparaît au bout de sa baguette. Il l'attrape et me le tend avec un sourire insolent.
Je le regarde d'un air ahuri. Puis je regarde le bouquet. Puis lui. Puis le bouquet.
- Qu'est-ce que je suis censée faire avec ça ? je demande finalement en relevant les yeux vers lui.
- Le prendre, réplique Sirius comme s'il me lançait un défi.
Je baisse à nouveau les yeux sur les fleurs qu'il me tend. Elles sont très belles, pleines de couleurs et leur odeur printanière me chatouille les narines. Il est vraiment doué en Métamorphose, ce con. Ça me donne envie de les prendre juste pour vérifier qu'elles sont bien réelles.
Mais je me souviens de la dernière fois qu'il m'a offert des fleurs. Les filles de mon dortoir les avaient vues sur mon lit et elles n'avaient pas arrêté de me bassiner avec ça pendant une semaine.
- Non merci, j'ai pas de place sur ma table de nuit, dis-je avec détachement.
Excuse de merde, bonsoir.
Le bras tendu de Sirius retombe le long de son corps en même temps que sa tête s'abaisse.
- Dommage, moi qui espérais que j'aurais droit à un baiser de remerciement... fait Sirius d'une petite voix déçue.
Il pose les fleurs sur le bureau derrière lui et remonte lentement les yeux vers moi. Il a son regard de chien battu numéro un, celui qui me fait fondre à chaque fois.
Bon d'accord, c'est pas une bonne indication, tous ses regards me font fondre à chaque fois. Mais là, je dois rassembler toute mon énergie pour ne pas aller lui faire un câlin.
Du coup, il ne me reste plus d'énergie pour trouver quoi répondre.
Oui, ça prend beaucoup d'énergie de ne rien faire.
- Je pourrais avoir un baiser pour l'effort au moins, non ? demande Sirius.
Il me fait un petit sourire timide, alors que je sais très bien que c'est juste l'acte deux de sa comédie et qu'il est tout sauf intimidé.
Mais un baiser pour l'effort, ça pourrait faire une bonne excuse non ? Après tout, c'est lui qui a demandé, pas moi...
Non, non. N'oublions pas la règle n°1. On ne s'embrasse pas.
Mais c'est juste un petit bisou de rien du tout... susurre une petite voix dans ma tête.
Règle n°1, règle n°1, règle n°1 !
... Bisou ?
Inconscient du débat hautement argumenté qui se déroule dans ma tête, Sirius s'avance dangereusement vers moi.
Je recule précipitamment, me rappelant la règle n°2. A moins que ce ne soit la n°3 ? En tout cas, s'il se rapproche trop, je vais définitivement oublier toutes mes règles.
Avec un sourire joueur, Sirius s'avance à nouveau d'un pas en me fixant des yeux. Alarmée, je me mets à bafouiller :
- Je ne pense pas que ce soit nécessaire.
Il s'arrête net.
- Qu'est-ce qui n'est pas nécessaire ? demande-t-il comme s'il ne comprenait pas.
- Que... que l'on s'embrasse, je réponds en ayant l'impression de signer mon propre arrêt de mort.
Sirius a l'air sincèrement surpris. Il n'avait pas compris que j'étais sérieuse.
- Vraiment ? Pourquoi ?
Oui, pourquoi est-ce que je me fais du mal comme ça alors que ses lèvres et ses bras sont tellement proches ?
- Parce que ça ne sert à rien, là. On n'a pas besoin de s'entraîner à chaque fois.
Vu la tête de Sirius, il ne s'attendait pas du tout à ce que je dise ça.
C'est sûr que jusqu'à présent, on ne peut pas dire que je me sois beaucoup plaint de nos "entraînements".
- Donc tu penses qu'on n'a plus besoin de s'entraîner autant ? demande Sirius.
- Et bien... oui je pense.
Je ne sais pas pourquoi mais je n'aime pas le sens que prend cette discussion. J'ai l'impression de m'être piégée toute seule.
- Donc tu es prête ?
- Prête...? je répète avec un très mauvais pressentiment.
- Prête pour qu'on officialise notre couple, dit-il très sérieusement.
Et voilà. Je savais que ça n'allait pas me plaire. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Qu'est-ce qui m'a pris de lui dire que ça ne servait plus à rien de s'entraîner ? Evidemment que je ne suis pas prête !
Enfin si, techniquement je suis plus que prête... On ne peut pas dire qu'embrasser Sirius me pose beaucoup de problèmes. Mais si je lui dis que je suis prête, une fois qu'on aura fait notre numéro devant Potter, tout sera fini...
Il est HORS DE QUESTION que je sois prête !
Il faut que je trouve une excuse pour me sortir de là, et vite.
Je lâche un rire nerveux.
- Je n'ai pas très envie d'imiter Aphroda et Rosier dans la Grande Salle, dis-je.
La grimace que fait Sirius suffit à montrer qu'il a eu à peu près la même réaction que moi devant ce spectacle.
- Moi non plus, lâche-t-il. Mais sans arriver à de telles extrémités, il suffit juste qu'on s'embrasse rapidement pour se dire bonjour le matin et qu'on passe un peu de temps ensemble pendant notre temps libre sans se cacher.
- Je ne sais pas si je serai capable de l'assumer au quotidien...
Passer du temps avec Sirius est une telle corvée pour moi !
- Ça n'a pas à durer longtemps, réplique Sirius. Et justement, ce sera l'excuse parfaite pour y mettre un terme.
Rien qu'à la pensée d'y "mettre un terme", mon estomac se tord dans tous les sens. Je commence à paniquer.
- Même si ça ne dure pas longtemps, dis-je en essayant de cacher mon désarroi à cette idée, je ne supporterai pas le regard des autres et... et on continuera à m'en parler même quand ce sera fini. Je n'ai pas envie d'être dérangée avec ça en permanence.
- C'est si important que ça pour toi le regard des autres ?
Je peux voir sur son visage qu'il me juge là-dessus. Evidemment, lui il se fiche du regard des autres, il a toujours fait ce qu'il voulait et il emmerde ceux qui le critiquent. Et évidemment, il ne sait pas que, bien plus que le regard des autres, c'est surtout son regard à lui qui m'importe.
Mais je préfère encore qu'il me juge plutôt que ce soit fini.
Pas tout de suite, en tout cas. Je ne suis pas encore prête à me passer de lui...
- Je n'aime pas qu'on parle de moi, réponds-je en regardant ailleurs. Et je ne veux pas que ça me dérange pendant les révisions des ASPICs.
C'est fou comme mes excuses sont de plus en plus nulles.
Je jette un coup d'oeil nerveux à Sirius. Bon, là, il me juge clairement pour le coup des ASPICs. Tu m'étonnes, même moi je m'auto-juge. Il pousse un soupir consterné et je croise les bras en m'adossant contre le mur, déterminée à garder ma position.
Sirius semble réfléchir quelques instants.
- Bon, fait-il finalement. Et si on limitait la liste des personnes au courant à mes amis ? Eux ils ne t'embêteront pas avec ça, il te suffira de passer quelques moments avec nous, qu'on ait l'air amoureux et ça devrait suffire pour James.
Par les tongs brésiliennes de Merlin, il ne peut pas arrêter d'avoir réponse à tout ?
- Et ce qu'on fait pour l'instant, ça ne lui suffit pas ? je demande, à court de bonnes excuses.
- Non. Il pense que je galère encore, grimace Sirius. Parce que tu refuses d'assumer, justement.
Pourtant, vu la scène que je lui ai fait à l'infirmerie l'autre fois, j'ai du mal à comprendre comment Potter pourrait encore douter. Il a vraiment le quotient intellectuel d'un dé à coudre.
- Est-ce que ça t'irait alors ? demande Sirius.
Je me mords la lèvre, indécise. Ça nous obligerait peut-être à faire durer le stratagème plus longtemps... De toute façon, il faudra bien un jour qu'on en finisse avec ce pari.
J'aurais simplement préféré que ce ne soit pas tout de suite...
- Je ne sais pas, finis-je par répondre.
Tiens, ça fait bizarre de dire ce que je pense réellement. Je ne suis pas habituée.
J'ose jeter un mini coup d'oeil à Sirius. J'ai l'impression qu'il se retient de me secouer comme un prunier et je détourne rapidement les yeux, mal à l'aise. Je le comprends, moi aussi à sa place j'en aurais marre de moi. D'ailleurs, même à ma place j'en ai marre de moi.
- Il faut qu'on descende dîner ou on n'aura plus rien à manger, déclare-t-il d'une voix lasse. Ton Serdaigle devrait déjà en avoir fini avec ses petites affaires.
Il a un léger sourire moqueur au coin des lèvres mais avant que je ne puisse lui demander de quelles petites affaires il parle exactement, il s'avance vers moi et dépose un baiser sur le coin de mes lèvres. Trop rapide pour que je puisse appliquer la règle n°1 mais suffisamment appuyé pour que mon coeur réagisse et se mette à battre plus fort.
- Réfléchis-y, murmure-t-il près de mon oreille.
Il me lance un dernier regard appuyé puis déverrouille la porte de sa baguette et sort rapidement de la pièce.
Je reste seule appuyée contre le mur, le coin des lèvres encore chaud et l'esprit rempli de doutes.
Le bouquet de fleurs nonchalamment posé sur le bureau me semble encore plus irréel que tout à l'heure.
