Auteur : Kristen Hudson

Titre original : Slave Child

Traductrice : Dyneen

Disclamer : Les personnages de Harry Potter appartiennent à J.K. Rowling. Les autres intervenants de l'histoire sont à Kristen Hudson.

Genre : Relation père/enfant SR/HP

Rating : T

Avancée de la traduction : 29 chapitres (sur les 58 en anglais)

MERCI A TOUS POUR VOS REVIEWS !


L'Enfant esclave

Chapitre 25


Ils restèrent assis sur l'herbe sauvage de la lande près du mur en pierre un long moment, sans parler, mais juste accrochés l'un à l'autre. Harry était appuyé contre Severus et le professeur caressait ses cheveux et lui tapotait le dos de la tête en silence. Il n'était pas sûr de la façon dont il se sentait. Severus lui avait promis qu'un jour il serait de nouveau heureux, mais cette idée lui semblait si lointaine. Harry avait l'impression d'avoir, à un certain moment, oublié ce que c'était d'être heureux, s'il l'avait un jour vraiment été.

Mais c'était agréable… apaisant… de rester assis ici avec Severus, de se faire bercer entre ses bras et tapoter la tête. C'était bien de rester la tête posée contre le torse de Severus à écouter les battements de son cœur, d'être appuyé contre ce corps chaud et entouré de ses bras fermes et doux. Il était facile d'oublier ses problèmes pour simplement apprécier la sensation d'être tenu dans des bras. Harry souhaitait pouvoir rester comme cela pour toujours.

Il pouvait compter sur une main les fois où il avait été serré ainsi. Mme Weasley l'avait pris dans ses bras cette nuit dans l'infirmerie, après le tournoi de Trois Sorciers. Sirius l'avait étreint deux fois et Ron, Hermione et lui s'étaient tombés dans les bras quelque fois.

« J'aurai aimé… » Commença-t-il avant de s'arrêter abruptement. Severus s'était déjà excusé pour ses erreurs du passé. Harry ne voulait pas qu'il se sente mal de nouveau.

La main de Severus prit en coupe l'arrière de la tête de Harry. Il fit de légers allers-retours avec ses doigts, massant doucement le cuir chevelu du garçon.

« Tu aurais aimé quoi ? » demanda-t-il doucement.

« Juste que nous nous soyons bien entendu avant, » marmonna Harry.

Severus inclina la tête. « Moi aussi. »

Il semblait si triste que Harry s'en sentit coupable. Il n'aurait rien dû dire. Il savait que Severus était désolé de la façon dont il l'avait traité dans le passé et il n'y avait aucune raison de l'évoquer et de le faire se sentir encore plus mal.

« Je suis désolé, » lui dit Harry.

« Pour quoi ? »

« Pour avoir évoqué le passé. Comme vous... tu l'as dit, nous recommençons à zéro, donc… » Harry haussa les épaules.

Severus resta silencieux quelques secondes avant de dire lentement, « Nous recommençons à zéro et je te suis très reconnaissant de me donner une autre chance, Harry. Mais nous pouvons parler de tout ce que tu veux, y compris du passé. Tu ne dois pas t'excuser pour quelque chose dont tu as besoin ou dont tu veux discuter. Si nous avions parlé davantage au cours des dernières semaines, peut-être que tu n'aurais pas estimé que ta vie était si désespérée que tu pouvais l'abandonner. Peut-être que nous avons tous deux besoin de travailler sur le façon de nous ouvrir plus aux autres, ou au moins entre nous. »

Harry n'était pas exactement sûr de savoir quoi répondre, donc il hocha seulement sa tête sans rien dire de plus.

Severus resta également silencieux pendant un moment avant de demander, « Est-ce que tu veux parler du passé ? Ou d'autre chose ? »

Harry réfléchit quelques secondes à cette demande. « Non, pas vraiment. C'est juste… » Il hésita, mais le professeur attendit patiemment jusqu'à ce que Harry continue. « Je me suis toujours débrouillé seul. »

Severus se recula un peu afin de pouvoir une fois de plus regarder directement dans les yeux de Harry. « Tu n'es plus seul. Je veux que tu viennes me voir si tu as un problème ou si tu te sens contrarié par quelque chose et je ferai tout ce que je peux pour t'aider. D'accord ? Tu feras cela ? »

« J'essayerai, » marmonna Harry.

« J'aimerai vraiment, enfant. Je veux t'aider. »

Harry dévisagea Severus avec attention. Pour une fois que l'homme ne semblait pas sur ses gardes et difficile à lire. Son expression était inquiète ; ses yeux sombres remplis d'émotion. Harry inclina lentement la tête. « Merci. »

Mais Severus secoua sa tête. « Je ne veux pas que tu me remercies. Je t'aime. C'est normal que je veuille t'aider. N'hésite juste pas à venir me voir, si je ne m'aperçois pas que quelque chose ne va pas. »

Il serra Harry contre lui une fois encore pendant de longues secondes avant de se racler la gorge. « L'heure du déjeuner est passée. Nous retournons à l'intérieur pour manger ? »

Harry aurait vraiment aimé rester là, serré dans les bras de Severus, mais ils étaient restés dehors longtemps et il supposait qu'ils ne pouvaient pas rester là pour toujours après tout, donc il hocha de nouveau la tête. Ils se remirent debout et marchèrent en direction du manoir. Severus avait gardé un bras autour des épaules de Harry et ce dernier s'appuyait contre lui, se sentant réconforté.

Norie et Zan leur lancèrent des regards curieux quand ils entrèrent et Harry se rendit compte que les elfes devaient les avoir vus des fenêtres, mais ni l'un ni l'autre ne dit quelque chose sur le fait que les deux sorciers aient passé la majeure partie de leur matinée assis sur la lande à pleurer l'un contre l'autre. Ils sourirent tous deux à Harry cependant. Il parvint à leur rendre un minuscule sourire.

Severus et lui mangèrent du potage et des sandwichs aux légumes et alors qu'ils finissaient, le professeur remarqua. « J'ai l'habitude de marcher autour des jardins pendant un moment après le déjeuner. Tu aimerais venir avec moi, Harry ? »

« Bien sûr, » accepta Harry.

Ils se retrouvèrent ainsi dans les jardins à flâner sur l'allée en brique. Harry n'avait pas passé beaucoup de temps dans les jardins et pendant qu'ils marchaient, il regarda autour de lui. La seule autre fois où il avait vraiment exploré cet endroit avait été lors de son deuxième jour à Prince Hall quand Norie et Zan lui avaient fait visiter le domaine. La plupart des fleurs et des arbustes avaient été en fleurs à ce moment et les jardins avaient été parsemés de couleurs et de lourds parfums de fleurs.

Maintenant que la fin de l'été arrivait, il y avait plus de verdure. Quelques fleurs étaient encore fraîches mais bon nombre d'entre elles avaient perdu leurs pétales de l'année, les laissant ainsi avec une abondance de feuilles épaisses à la place. Le chemin était sinueux et ils marchèrent près des bancs en pierre et d'un étang de poisson rouge au milieu duquel une fontaine représentant un hippogriffe ailé déversait de l'eau.

Quand ils arrivèrent à l'étang, Severus s'arrêta et sortit sa baguette magique de sa manche. Il conjura un sac de miettes de pain, l'ouvrit et en donna à Harry.

« Quand j'étais enfant, j'avais l'habitude de venir ici pour nourrir les poissons rouges. De temps à autre, je le fais encore. Aimerais-tu le faire ? »

Harry le regarda avec surprise. Il était difficile d'imaginer Severus, même enfant, en train de faire quelque chose d'aussi frivole que de jeter des miettes de pain dans un étang de poissons rouges. Mais c'était également le rappel qu'il ne savait certainement pas tout sur son professeur. Peut-être que Severus n'avait pas toujours été si pratique et solennel.

Il inclina la tête. « Oui, mons... Severus. »

Ils lancèrent les miettes dans l'étang, observant les ondulations concentriques qui s'agrandissaient autour de chaque morceau tandis que les poissons couleur de flammes nageaient vers la surface pour saisir dans leur bouche ronde et ouverte, leur repas. Harry ne put s'empêcher de sourire devant leur impatience.

« Y'a-t-il encore autre chose au sujet du charme qui te blesse ? » demanda Severus en rompant le silence.

Harry baissa sa tête et Severus ajouta calmement, « Nous pouvons en discuter plus tard si tu le souhaites, mais nous devons parler de tout cela, Harry. Si j'en sais plus sur la façon dont tu te sens, je pourrai mieux t'aider. »

Harry soupira. Il ne pensait pas vraiment que quelqu'un pouvait l'aider à se sentir mieux, mais il chuchota finalement, « Mes affaires ne m'appartiennent plus. Je ne pourrai jamais plus posséder quelque chose à moi. »

Severus posa une main douce sur son épaule et indiqua tristement, « C'est une chose sur laquelle je ne peux rien faire, Harry. Je suis désolé. S'il y avait un moyen pour que je puisse remettre tes possessions à ton nom, je le ferai. Mais j'ai peur de ce que le charme te ferait si j'essayais. Je ne pourrais pas supporter de te voir souffrir, Harry. »

Il inclina la tête. Il ne pouvait pas parler avec l'énorme boule qui lui bloquait la gorge, ce qui était vraiment stupide. Il avait su cela. Il pensait qu'il l'avait acceptée. Mais ça le blessait toujours.

« Je suis désolé, » répéta Severus.

Harry se sentit soudainement très coupable. Il leva les yeux vers lui et dit rapidement, « Ce n'est pas de ta faute, Severus. Tu as été vraiment merveilleux avec moi et tu as fait tout ce que tu pouvais. Je sais cela. Je veux dire, tu me laisses les appeler 'mes' affaires et tu me laisses les garder et les utiliser quand je veux. Tu n'avais pas besoin de faire tout cela. »

« Oui, je l'ai fait. » répondit Severus. « Faire autre chose aurait été du vol. »

Après un moment, il ajouta, « J'aimerai pouvoir faire plus, Harry. »

« Je sais. »

Ils finirent de jeter les miettes restantes aux poissons rouges puis reprirent leur marche.

Quand ils rentrèrent à Prince Hall, Severus proposa une autre partie d'échecs. Ils jouèrent jusqu'à la fin de l'après-midi puis ils prirent le thé dans son salon, s'installant ensemble sur le canapé devant la cheminée. Ils ne reparlèrent plus du charme d'esclavage durant le reste de la journée, mais Harry était sûr que Severus l'évoquerait encore bientôt. Harry n'en avait pas envie. Parler du charme d'esclavage… y penser même… lui était douloureux et Harry voulait juste l'oublier, autant qu'il le pouvait ; il était toujours dans le fond de son esprit, comme un chat attendant de sauter.

Quand Norie eut Disparu avec le plateau de thé, Severus se tourna vers Harry. « Y'a-t-il quelque chose de particulier que tu voudrais faire ? »

Harry hésita, essayant de penser à quelque chose, mais finalement il secoua juste sa tête. « Non, pas vraiment. »

« Est-ce que tu serais d'accord de voir ensemble comment nous allons détourner de toi l'attention du Ministère et du public ? »

Harry voulait vraiment oublier tout cela aussi. L'idée de devoir parler avec des fonctionnaires du Ministère et des journalistes le rendait malade. Ce sentiment devait s'être révélé sur son visage parce que Severus s'approcha pour lui prendre la main.

« Ce n'est pas aussi horrible. Tu n'as pas à le faire si tu ne le veux pas vraiment. C'est juste qu'Albus et moi pensions que si nous arrangions quelques petites choses maintenant, cela aiderait à calmer les ardeurs de certains. Et nous pourrions le faire en donnant nos conditions. »

« Nous ne sommes pas obligés de le faire cependant. Si tu ne veux pas faire face à quelqu'un, Albus et moi ferons de notre mieux pour te protéger. Mais tu es un héros, Harry, et les gens sont pressés de te voir et d'en entendre plus sur la façon dont tu nous as sauvés. Je sais que c'est ennuyeux, mais pour être honnête, ils sont tous très reconnaissants et vraiment inquiets de ton bien-être. D'une façon ou d'une autre, tout le monde sait que tu as été blessé, que tu as été à Ste-Mangouste et ils veulent savoir si tu vas bien. »

Les paroles de Severus lui rappelèrent autre chose et Harry se tourna vers lui avec un visage en détresse. « Je parie que Ron et Hermione sont vraiment bouleversés. Ils étaient inquiets pour moi et j'ai seulement voulu m'éloigner d'eux. Je ne leur ai même pas laissé de message. »

Il n'avait vraiment pas pensé à cela avant. Il avait été concentré sur le fait de partir avant que ses amis ne le voient et ne se rendent compte que quelque chose n'allait pas. Tout ce à quoi il avait pensé avait été de leur cacher le charme d'esclavage et ses propres pensées suicidaires.

Mais maintenant, pour la première fois, il pensait à la façon dont Ron et Hermione devaient s'être senti. Ils étaient arrivés à Ste-Mangouste seulement pour découvrir qu'il n'était plus là, ou peut-être que quelqu'un leur avait fait part de son départ avant qu'ils ne fassent le voyage jusqu'à l'hôpital. Mais dans tous les cas, ils avaient su que Harry était parti sans les voir, sans leur dire la vérité sur tout ce qui s'était produit cet été. Ils seraient blessés et fâchés et ils auraient le droit de l'être.

Ils avaient toujours été de tellement bons amis, ce qu'il avait de plus proche d'une famille. Ils étaient restés près de lui contre vent et marée. Ils avaient célébré des choses et avaient ri avec lui, et ils avaient partagé ses fardeaux autant qu'ils le pouvaient. Ils avaient mérité mieux de sa part.

« Harry ? » La voix de Severus le renvoya à l'instant présent. « A quoi penses-tu ? »

Il déglutit difficilement. « A Ron et Hermione. Je ne les ai pas très bien traités. Je sais que tu ne les aimes pas, Severus, mais ce sont mes meilleurs amis. Ce sont les meilleurs amis que quelqu'un pourrait avoir, mais je n'ai pas été un bon ami avec eux. Ils sont probablement vraiment en colère contre moi. »

« Parce que tu as quitté l'hôpital sans les voir ? Tu pourras m'accuser de t'y avoir contraint, si tu le souhaites. »

Mais Harry secoua la tête. « Mais ce n'est pas vrai. Tu m'as laissé le choix. » Il soupira. « Tu sais, au début de l'été j'avais peur que tu ne me laisses plus voir Ron et Hermione et maintenant que je sais que tu ne le feras pas, je les ai peut-être perdu à cause de mes agissements. »

Pendant une seconde, une expression vaguement coupable traversa le visage de Severus, mais presque avant que Harry ne le note, elle n'était plus là. Severus remarqua juste, « Je pense que tu devrais donner à tes amis un peu plus de crédit que cela. Ils sont peut-être bouleversés, mais ils tiennent à toi. Je ne pense pas que tu les ais perdus. »

« Je l'espère, » chuchota Harry.

« Ecris-leur une lettre d'explication. Je suis sûr qu'ils comprendront, » suggéra Severus.

Harry détourna le regard, en déglutissant difficilement. « Je ne sais pas comment l'expliquer, » dit-il rapidement.

« Tu y arriveras, » le rassura Severus. « Ce sont tes amis. Ils tiennent à toi. Ils comprendront. »

La vue de Harry se brouilla tandis qu'une larme roula vers le bas sa joue. Il l'essuya fermement, se sentant furieux contre lui-même. Il avait suffisant pleuré pour la journée. Mais Severus ne sembla pas s'en préoccuper. Le professeur l'attira à lui et glissa un bras autour de sa taille.

« Maintenant, en ce qui concerne l'allocution publique, » continua rapidement Severus après un moment. « Si tu ne veux pas la faire, tu pourras l'éviter aussi longtemps que tu resteras à la maison et à Poudlard. Mais je crains que pendant quelque temps au moins, tu pourrais être assailli de personne si tu tentais de t'aventurer au dehors, durant les week-ends à Pré-au-Lard par exemple. Pour le moment, tu risques d'être une sorte de prisonnier entre la maison et l'école et n'en as-tu pas assez de cela ? »

« Ca pourrait être plus facile pour toi sur le long terme si nous préparions un texte et que tu le lises à la presse. Il n'a pas besoin d'être très long et tu n'auras à répondre à aucune question. Ce ne sera pas une interview. Tu pourrais juste décrire brièvement ce qu'il s'est passé au Chemin de Traverse, rassurer les personnes sur ta santé et dire à chacun que même si tu es reconnaissant de leur inquiétude, la meilleure façon pour eux de te montrer leur gratitude serait de respecter ta vie privée et de te permettre d'avoir une vie normale. C'est ta décision, Harry, mais je pense que ce plan pourrait être le mieux pour toi. »

« Est-ce que je dois décider de cela maintenant ? » demanda Harry.

Severus secoua la tête. « Non, bien sûr que non. Réfléchis-y pendant quelques jours si tu le souhaites. »

Harry inclina la tête. « Merci »

Le bras du professeur se serra autour de lui. « Albus et moi avons également discuté des Dursley, » commença-t-il.

Harry secoua vivement la tête. Ils avaient déjà couvert tant de douloureux sujets aujourd'hui. Il ne se sentait pas capable de parler aussi des Dursley.

Severus sembla comprendre. « D'accord, » concéda-t-il. « Nous parlerons d'eux une autre fois. »

Harry s'appuya contre lui. « Merci, Severus. »

Ils se couchèrent tous les deux tôt dans la soirée. Harry était épuisé et Severus semblait fatigué également. Après qu'ils se soient changés en pyjama et que Harry se soit mis sous ses couvertures, le professeur vint à sa porte et frappa.

« Puis-je entrer ? »

Harry sourit. « Bien sûr. »

Severus s'approcha et s'assit sur le bord du lit. Il glissa ses doigts dans les cheveux de Harry, puis posa une main légère contre sa joue.

« Tu te rappelles de ce que tu m'a promis ce matin ? Sur le fait de ne plus de te blesser ? » Demanda-t-il doucement.

Harry hocha la tête.

« Je ne pourrais pas vivre sans toi, » lui rappela doucement Severus. « Je t'aime. »

Les larmes débordèrent de nouveau des yeux de Harry tandis qu'une boule lui serrait la gorge. Il ne pensait pas pouvoir parler sans s'écrouler. Mais quand Severus se pencha légèrement plus près de lui pour lui dégager les cheveux de son front, le garçon glissa ses bras autour de la taille de l'homme pendant quelques secondes.

Severus posa ses lèvres sur le front de Harry. « Bonne nuit. Appelle-moi si tu as besoin de quelque chose. »

Il partit et Harry noxa les lumières de sa chambre. Alors qu'il commençait à s'endormir, il se rendit compte qu'ils avaient oublié sa potion de Sommeil sans Rêves, mais il se sentait si somnolent qu'il n'eut pas envie de se relever. Il espérerait juste que tout irait bien. Pour une fois, son souhait lui fut accordé et il dormit paisiblement tout au long de la nuit.

Quand il se réveilla le lendemain matin, il y avait un minuscule sac sur la table de nuit près de ses lunettes. Il était fait d'un papier doré et fermé par un ruban rouge. Harry le prit et l'examina pendant une minute, avant de délier lentement le ruban et d'ouvrir le sac.

Il y avait une Chocogrenouille à l'intérieur avec une carte de l'alchimiste allemand Heinrich Agrippa. Harry regarda curieusement la grenouille, mais quand elle sauta en dehors du paquet, il l'attrapa et la mit dans sa bouche. Normalement il n'aurait rien mangé sans savoir qui le lui avait donné, mais il n'avait pas à craindre ce genre de chose à Prince Hall. Personne ici ne le blesserait. Pendant une seconde, il ne put s'empêcher de sourire. Il était en sécurité ici. C'était un sentiment si agréable.

Il se doucha, s'habilla d'une chemise rouge et d'un jean et descendit les escaliers pour prendre son petit-déjeuner. Severus lisait attentivement la Gazette du Sorcier… dont les photos de la première page montraient des bâtiments détruits sur le Chemin de Traverse, mais il posa de côté le journal quand Harry entra.

« Je crois que tes notes de BUSE sont arrivées. Albus a envoyé cette enveloppe de Poudlard en début de matinée. »

Harry remarqua une grande enveloppe carrée posée près de son assiette. Elle était faite de l'épais papier officiel de Poudlard et son nom complet Harry James Potter était écrit en lettres manuscrites sur le devant. C'était drôle. A une époque, ces notes lui auraient semblé importantes, mais maintenant… Eh bien, elles ne signifiaient plus vraiment grand-chose, n'est-ce pas ? Harry s'assit et fit glisser l'enveloppe un peu plus loin sur la table pour qu'elle ne le gêne pas pendant son repas.

« Tu ne l'ouvres pas ? » demanda Severus après un moment quand il devint évident que Harry ne le ferait pas.

Harry secoua la tête et haussa les épaules. « Peut-être plus tard. »

Severus fronça les sourcils. « Tu ne veux pas voir tes notes ? »

« Pas vraiment, » admit Harry.

« Harry, tu es un garçon intelligent et tu as toujours bien travaillé en classe. Je suis sûr que tu n'as pas d'inquiétudes à avoir. » Dit Severus.

« Je ne suis pas inquiet. Ca n'a juste plus beaucoup d'importance maintenant. » Harry remua ses céréales et porta une cuillère à sa bouche.

« Que veux-tu dire par 'Ca n'a juste plus beaucoup d'importance' ? » demanda Severus. « Tes notes déterminent quels seront les cours que tu suivras durant les deux années à venir. Et les ASPIC que tu devras passer. »

Harry soupira. « Mais cela n'a pas beaucoup d'importance non plus, si ? »

Severus fixa sa propre cuillère avant de dévisager Harry. « Eh bien, je sais que tu as suffisamment d'argent pour pouvoir vivre tranquillement pour le reste de ta vie, mais j'espérais quand même que tu étudies autant que possible afin de devenir une personne cultivée et compétente. »

« Je m'appliquerai dans mes classes, Severus. Ne t'inquiète pas. Je ne ferai rien qui te mette dans l'embarras, » lui assura Harry.

Severus fronça de nouveau les sourcils et s'avança pour prendre la main de Harry. « Tu ne m'embarrasseras jamais, Harry. Je te demande juste de faire de ton mieux. Mais je commence à me demander si nous n'avons pas de nouveau un problème de compréhension. Pourquoi penses-tu que tes notes ne sont pas importantes ? »

Le visage de Harry s'effondra et il détourna le regard. Il lui fallut un moment avant de pouvoir répondre. « Parce que ça n'a aucune importance. Ce n'est pas comme si je pourrai faire ce que je veux après Poudlard. »

« Oh, je pense que je comprends, » murmura Severus. Il serra la main de Harry. « Tu penses que tu ne pourras pas avoir de métier quand tu seras adulte, n'est-ce pas ? »

« Eh bien, comment le pourrai-je ? » Harry détesta la manière dont sa voix trembla.

Severus laissa sa chaise et vint se mettre à genoux près de celle de Harry. Il attira le garçon dans ses bras et le serra rapidement. Il plaça ensuite ses deux mains sur les épaules de Harry.

« Harry, bien sûr que tu pourras avoir un métier. Si tu veux être un Auror ou toute autre chose, nous essayerons de faire en sorte que tu le puisses. Nous ferons ce qu'il faut pour cela. L'argent que tu gagneras sera légalement à mon nom, mais nous pourrons arranger tout cela en privé. Je veux que tu sois aussi libre que possible, que tu ais autant de choix que possible. Nous allons nous assurer que ta vie soit belle, bien remplie et heureuse. Je te l'ai promis hier, tu te rappelles ? »

Harry pouvait seulement le regarder fixement tant son étonnement le laissait sans voix. L'idée qu'il puisse finalement être capable de devenir un Auror après tout… eh bien, il n'arrivait plus vraiment à réfléchir.

Severus resserra sa poigne sur les épaules de Harry pendant une seconde avant de le libérer et retourner s'asseoir. « Alors maintenant ouvre cette enveloppe, enfant. »

Harry se mordit la lèvre, mais il déchira l'enveloppe et en retira la feuille de parchemin. Il le fixa pendant quelques minutes en silence. Il avait échoué en Histoire de la Magie, ce à quoi il s'était attendu puisqu'il s'était effondré au milieu de cet examen, mais il avait bien réussi le reste autrement. Il avait presque que des O, sauf pour Potions et Astronomie où il avait eu E. Il pensait vraiment avoir fait pire dans ces deux matières. Il avait toujours bataillé en Potions et l'examen d'Astronomie avait été perturbé par l'attaque de Hagrid et de McGonagall. Harry pensa que chaque élève avait dû en être affecté et qu'ils avaient dû prendre cela en considération en faisant preuve de plus d'indulgence dans la notation.

Il se rendit compte que Severus l'observait.

« Puis-je voir tes notes ? » Le professeur haussa un sourcil interrogateur dans sa direction.

Harry lui remit la feuille et Severus l'étudia soigneusement avant d'incliner la tête et de la lui rendre.

« C'est bien, Harry. Félicitations. »

« J'ai seulement eu un E en Potions cependant, » dit Harry.

Severus hocha la tête. « Oui, mais je t'ai déjà dit que je vais permettre aux étudiants ayant eu un E d'intégrer ma classe d'ASPIC. Ca ne devrait donc pas affecter tes projets, si tu souhaites devenir Auror. »

Harry lui jeta un regard en biais. « Tu ferais cela pour moi ? »

« Oui, parce que je pense que tu aurais normalement dû avoir un O en Potions, » dit calmement Severus. « Depuis ta première année, je t'ai maltraité. Durant cinq ans, j'ai utilisé les cours de Potion comme une excuse pour te blesser et t'humilier. À ma plus grande honte, je dois admettre qu'il y a même eu des moments où j'ai essayé de te faire échouer. C'est un miracle que tu ais appris quelque chose. Mais, malgré l'abus dont tu as souffert entre mes mains, tu es parvenu à obtenir un E, ce qui est une note respectable. Si j'avais fait comme je l'aurais dû en te traitant avec impartialité, je crois que tu aurais eu un O à l'examen. Il serait extrêmement cruel et injuste que tu ne puisses pas faire la carrière que tu souhaites simplement parce que ton enseignant de Potions était un idiot. »

« Tu… » Commença Harry.

Mais Severus secoua la tête. « Je l'étais, Harry. Nous le savons tous les deux. Mais je veux essayer de compenser cela et c'est une des façons dont je peux le faire. »

« Merci. »

Severus hocha la tête et lui tapota la main.

Après le petit-déjeuner, Severus demanda, « Harry, est-ce que tu accepterais de rester seul ici pendant un petit moment ? J'ai certaines choses très importantes à faire ce matin, mais cela ne devrait pas prendre très longtemps. »

« D'accord, » lui répondit Harry. Severus le regarda légèrement anxieux donc il ajouta, « Je n'essayerai pas de me tuer ou quoique ce soit d'autre dans le genre. Je te l'ai promis. »

Severus hésita avant de finalement dire, « Je serai rapidement de retour. »

Une fois que le professeur fut parti par le réseau de Cheminette, Harry erra dans la bibliothèque. Il trouva un livre qui semblait intéressant et alla s'asseoir dans une chaise près d'une fenêtre, mais il passa finalement plus de temps à regarder dehors qu'à lire réellement. De sombres et épais nuages obscurcissaient le ciel ce matin et de grosses gouttes de pluie commencèrent rapidement à glisser contre la fenêtre.

Il se sentait si confus. Ses parents et Sirius lui manquaient toujours. Il se demanda si ça aurait été mieux d'être mort et de se retrouver avec eux. C'était toujours douloureux de penser qu'il était un esclave. Il n'était pas heureux et pensait toujours qu'il ne le serait jamais.

Pourtant il aimait Severus et le professeur l'aimait aussi. Et peut-être que, juste peut-être, les choses ne seraient pas aussi mauvaises qu'il l'avait pensé. Peut-être que, s'il se concentrait juste sur un jour à la fois, les choses pourraient être un peu plus faciles… parce que penser à sa vie entière, s'étendant sur des années et des années, l'accablait toujours.

Norie et Zan entrèrent plusieurs fois dans la bibliothèque avec un prétexte ou un autre et Harry se demanda si Severus ne leur avait finalement pas commandé de garder un œil sur lui, malgré la promesse de Harry. Mais d'un autre côté, ce pourrait être juste une décision des elfes. Ils étaient toujours rapides pour décider de certaines choses et il savait qu'ils étaient inquiets pour lui.

Il ne sut pas combien de temps s'était écoulé quand un coup sur la porte l'incita à se retourner. Severus était de retour et Harry nota qu'il semblait encore un peu anxieux. « J'ai une surprise pour toi. »

Il fit un pas de côté et Ron et Hermione entrèrent.

A SUIVRE

Petit mot de la traductrice :

Bon, en relisant je me suis aperçue que Harry l'appelle parfois monsieur (deux fois normalement mais j'ai pris sur moi de ne le mettre qu'une 'moitié de fois' pour que ça colle mieux au fait qu'ils se tutoient), parfois par son prénom… C'est assez laborieux du coup pour cette histoire de tutoiement ! Je tente tout en « tu » mais n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

A bientôt

Bye