Merci à toutes pour vos messages.
Désolée de ne pas répondre à chacun d'entre vous en particuliers, mais je suis un peu triste à la pensée que ceci est l'avant-dernier chapitre. Le prochain post concluera cette fic.
Je vous souhaite une très bonne lecture, et à bientôt
Chapitre 16
Sur le chemin de retour, je m'accordais le luxe d'une pause. Voilà, je me retrouvais seule, à présent. Non pas que cela me gênait. Au contraire. Après tous les évènements de ces dernières semaines, j'avais besoin d'un peu de calme. J'avais pris une partie de ma décision la nuit de ma dernière chasse. En regardant dormir Jacob, je m'étais enfin décidée. J'allais poursuivre le régime végétarien. Je me demandais si les animaux allaient m'offrir la même diversité de goûts que les humains. Est-ce que tous les chevreuils avaient la même saveur ? Quoique, je ne pouvais pas vraiment parler de saveur. Leur sang était fade, trop doux. Le puma s'était avéré meilleur. Mais, il était sans conteste très inférieur au sang humain. J'allais devoir faire mon deuil de cette sapidité pleine d'humanité. Mais, si cela me permettait d'obtenir les magnifiques yeux dorés et le caractère paisible des Cullen, j'étais prête à ce sacrifice. Si j'avais encore une âme, elle était en quête d'harmonie, de paix, de sérénité. Mes discussions avec Carlisle me l'avaient confirmé. Mon tempérament s'adoucirait avec ce changement de régime, et moins d'impulsivité serait bénéfique au contrôle de mon pouvoir.
Restait à présent une grande question. Allait-je redevenir nomade ou accepter la proposition de Carlisle ? J'aimais ma liberté. Mais Rosalie m'avait dit que je ne serai pas moins libre en vivant avec eux. Chaque membre de la famille pouvait aller et venir selon son gré. Donc, ce n'était pas cela qui départagerait mes deux options.
Malgré tout ce qu'Emmett m'avait déclaré, je n'étais pas certaine de pouvoir faire partie de leur famille. Certes, je m'entendais bien avec tout le monde. Avec tout le monde ? Je n'avais pas côtoyé Alice et Jasper. Est-ce qu'ils m'accepteraient ? Au fond de moi, je pensais que oui, mais je ne voulais pas trop espérer. Trop de fois, j'avais été déçue. Mais, j'avais néanmoins un bon pressentiment. Alice avait l'air de quelqu'un d'enjoué, d'heureux de vivre. J'étais presque persuadée que nous serions d'aussi bonnes amies que je l'étais avec Rose et Emmett.
Jasper semblait plus renfermé, mais je me doutais que ce n'était qu'une façade. Après tout, je ne l'avais pas vu au quotidien, juste quelques minutes pendant la confrontation. Ce n'était pas vraiment le meilleur moment pour se faire une opinion de quelqu'un. Et puis, le pauvre devait avoir été assailli par toutes les émotions que nous dégagions à ce moment-là. C'était, hormis Bella, le dernier végétarien de la famille. D'ailleurs, il me revint en mémoire que lui et Alice s'étaient intégrés sans problème aux Cullen. Ils n'avaient pas été créés par Carlisle. Et pourtant, ce dernier en parlait avec autant d'affection que de ses propres enfants. Oui, ce couple me prouvait qu'il était possible de rejoindre les Cullen.
Mais en avais-je réellement envie ? Outre leur régime, il y avait d'autres paramètres qui entraient en ligne de compte.
Ils vivaient comme des humains. Cela signifiait que Carlisle travaillait et que les « enfants » fréquentaient le lycée. Je me doutais que la case « lycée » serait une épreuve trop dure pour une nouvelle végétarienne. Il y aurait beaucoup trop de tentation, et trop d'occasion d'y céder. Donc, si je vivais avec eux, je passerais mes journées avec Esmée. Cela ne me dérangeait pas, dans l'absolue. Esmée était une jeune femme charmante, pleine de douceur, de compréhension et quelque chose me disait qu'elle ne ménagerait guère ses efforts pour me faciliter les choses, pendant cette période de transition. Et il y avait tellement de façons d'occuper ses journées. Tout d'abord, j'avais réalisé que j'avais un immense retard en matière de connaissances. Je n'avais pas encore épuisé les possibilités de l'immense bibliothèque. J'avais appris énormément de choses, et désirais en connaître plus encore. De plus, Esmée n'était pas désoeuvrée. Outre les tâches quotidiennes de toute femme (ménage, rangement des affaires de ses enfants, entre autre), elle occupait ses journées à peindre, à changer l'aménagement de la maison pour la rendre le plus agréable possible. C'était une véritable artiste et ses tableaux ornaient chaque partie de la demeure. L'amour et les soins qu'elle prodiguait à sa famille en faisaient un être exceptionnel. Elle consacrait sa vie à sa famille, et semblait heureuse ainsi.
En les regardant, la vie de famille avait l'air agréable. Mais, je ne devais pas oublier Bella. A présent, les Cullen avaient à s'occuper d'un vampire nouveau-né. C'était beaucoup de travail. Sans compter Nessie. Mais, je me leurrais. Bella ne se comportait absolument pas comme un nouveau-né. Elle était capable de passer des heures en compagnie de son père humain, sans désir de mordre. Cela allait à l'encontre des règles. Elle faisait preuve de tant de maîtrise ! Non, l'éducation de Bella ne serait pas un fardeau pour sa famille. Au contraire. Il lui suffisait d'apprendre comment se comporter en présence des humains, rien de plus. Pas besoin de s'inquiéter de la retenir, étant donné qu'elle avait su résister à l'appel du délicieux nectar lors de sa première chasse. Et Nessie ? Non, je ne pensais pas qu'elle poserait la moindre difficulté. Il faudrait seulement ne pas la montrer aux humains pendant quelques années. En effet, ils risqueraient d'être surpris par la rapidité de sa croissance. D'après ce que Nahuel avait déclaré, dans sept ans, Nessie serait un vampire adulte. Et cela passait si vite, sept ans. Il faudrait s'occuper d'elle pendant que ses parents joueraient leur rôle d'adolescent, mais cela était un vrai plaisir. La fillette était très calme, elle apprenait très vite, elle comprenait tout. Passer des heures en sa compagnie relevait du bonheur.
Non, si je restais avec eux, ce serait moi, leur problème. C'était moi qu'il faudrait surveiller, éduquer, retenir. Carlisle m'avait assuré qu'il était prêt à m'aider, à m'accueillir parmi les siens. Mais, avais-je le droit de leur imposer ma présence, alors qu'ils pouvaient enfin être heureux ? Certes, ces dernières semaines avaient été les plus agréables que j'aie vécues. Rosalie était devenue une amie. Tout comme Edward et Bella, bien que je les aie un peu moins côtoyés. Carlisle était un puit de sagesse et de patience, il était toujours là pour répondre à une question, ou résoudre un problème. Esmée débordait d'affection et d'attentions. Quant à Emmett… Son humour, sa joie de vivre et sa franchise contrastaient avec l'allure de grand costaud qui était la sienne. Sous sa carrure, se cachait un être tendre, jovial. Et puis, il y avait cette drôle d'impression que je ressentais en sa présence. Il suffisait qu'on soit dans la même pièce, pour qu'aussitôt, je me sente détendue, calme, prête à le taquiner. D'ailleurs, je ne m'en étais pas privée ! Et Emmett n'était pas resté en reste. Il avait de la répartie, lui aussi. Il m'avait avoué qu'il ressentait la même chose vis-à-vis de moi. J'avais le sentiment que j'aurai dû reconnaître cette impression, mais je n'arrivais pas à mettre un mot dessus. L'alchimie qui existait entre Emmett et moi était un mystère, mais un mystère très agréable. Après tout, l'important était qu'on s'entendait bien. D'ailleurs, Rose aussi avait remarqué ce phénomène.
Oui, quitter les Cullen serait difficile. Je m'en rendais compte, à présent. Tout ce que j'avais vécu ces dernières semaines me poussait à vouloir rester. Mais, est-ce que cela durerait, résisterait au temps ? Après tout, les Cullen savaient bien que notre présence chez eux n'était que provisoire. Faire des efforts pendant un mois était possible. Je secouai la tête. Non, leur attitude était le reflet de ce qu'ils étaient réellement. Ils n'avaient pas joué la comédie. C'était les rabaisser que de penser cela d'eux. Si je choisissais de demeurer à leurs côtés, je savais qu'ils resteraient exactement tels qu'ils avaient été. Rien ne changerait. Au contraire, c'était plutôt moi qui allait changer, évoluer. De plus, je savais pertinemment que j'avais besoin d'eux pour réussir dans le végétarisme. Je n'étais pas assez forte pour y arriver seule.
Mais, rester signifiait quitter définitivement Thomas et Carole. Je m'apercevais que je ne ressentais aucune tristesse à cette idée. Simplement une déception de ne pas en éprouver. Cela faisait 70 ans que nous étions ensemble, et je ne ressentais absolument rien à la pensée de me séparer d'eux. Bien entendu, je les avais quittés plusieurs fois pendant quelques mois, voire quelques années, mais j'étais toujours revenue vers eux. Je me demandais bien pourquoi. Nous n'avions pas besoin les uns des autres. D'ailleurs, je n'avais ressenti aucune angoisse particulière pour eux ces dernières heures. Alors que nous risquions de mourir, je n'avais pas eu une pensée pour eux. A croire qu'ils m'étaient indifférents. Cette pensée me fit sourire et en amena une autre. J'avais récemment découvert l'histoire du Petit Prince, dans la bibliothèque de Carlisle. Un passage venait de me revenir en mémoire et me semblait particulièrement convenir. J'étais comme le renard, à sa rencontre avec le Petit Prince. Pour moi, Carole et Thomas étaient des vampires parmi d'autres vampires, et je n'étais pour eux qu'un vampire semblable à tous les autres. Rien ne nous reliait. Tandis que le sort des Cullen ne m'avait pas laissé de glace. A croire qu'ils m'avaient apprivoisée ! Pour moi, ils étaient devenus uniques, différents de tous les autres. Ils avaient fait renaître des émotions en moi que je croyais morte en même temps que mon humanité. A leur côté, je m'étais sentie différente, plus humaine, capable de ressentir à nouveau des sentiments. Mais, avais-je le droit de les quitter ? Après tout, ils avaient pris soin de moi. Même leurs restrictions alimentaires s'étaient avérées bénéfiques et utiles, avec le temps. Je leur devais mon immortalité. Cependant, je me rendais compte que je ne les respectais pas autant que j'estimais Carlisle. Si j'étais honnête avec moi-même, j'avais plus de mal à quitter les Cullen que de me séparer de Thomas et Carole.
Et puis, les Cullen étaient tellement nombreux ! Sans compter Nessie, ils étaient huit. Mais si Carlisle m'avait proposé de les rejoindre, c'est que cela ne leur posait pas de problème d'être neuf. Mais, la proposition était-elle limitée dans le temps ? Je pouvais rester le temps de devenir entièrement végétarienne, mais après ? Je secouais la tête. Après n'était pas important. Ce qui comptait, c'était maintenant. Et, sans vraiment m'en rendre compte, je venais de décider.
Oui, je resterai avec les Cullen. Je me sentai soudain heureuse et pressée de rentrer…à la maison. Je me mis à courir. Si mon cœur pouvait battre, il exploserait de bonheur. J'allais vivre différemment de tout ce que j'avais connu jusqu'alors. Je ne tuerai plus d'humains. J'étais heureuse à cette idée. Oui, mon séjour m'avait changé. Je me sentais différente, plus vivante que je ne l'avais jamais été.
J'étais presqu'arrivée lorsque je croisai une odeur familière. Thomas et Carole. La piste était fraîche. Quelques secondes, tout au plus. Je m'arrêtais, stupéfaite. Ils partaient, sans attendre que je ne rentre. Je fronçais les sourcils. J'hésitai un bref instant, avant de m'élancer sur leur piste. Je voulais leur parler, une dernière fois. Je ne mis guère de temps avant de les apercevoir. Ne cherchant pas à me cacher, ils m'avaient entendue. Ils s'arrêtèrent et se retournèrent. Je les rejoignis.
- Vous partez ? Demandai-je
- Oui. Répondit Thomas, froidement.
Carole ne disait rien. Elle ne dirait rien, j'en étais persuadée.
- Pourquoi ce ton si sec ? Fis-je, un peu surprise.
- Tu le sais. Tu as pris ta décision. Répondit-il
- Comment le savez-vous ? M'enquis-je.
- Alice vient de nous le dire. Elle l'a vu.
- Oh. Et c'est pourquoi vous partez sans dire au revoir.
- Je vais être franc avec toi. Ton attitude ces dernières semaines m'a beaucoup déçu, et choqué. Fréquenter un loup-garou ! C'était honteux !
- Jacob est quelqu'un de bien ! Répliquai-je.
- C'est un danger pour nous ! As-tu oublié qu'il peut nous tuer ?
- Jacob n'est pas ainsi.
- Tu as raison, c'est un sac à puce ! Un animal domestiqué ! S'écria-t-il
- En attendant, lui et les siens nous ont bien aidé aujourd'hui.
- C'est ça. Bougonna Thomas, avant de poursuivre. Et ta propension à plaisanter avec les Cullen ! Tu ne pouvais pas rester discrète, non ?
- J'ai été moi-même.
- Oh oui, ça tu peux le dire ! Et faire envoyer Emmett dans la rivière, c'était normal aussi ?
- C'était un accident. Me justifiai-je
- En tout cas, ce n'était pas accident, ensuite. Quand tu t'es entraînée avec Carlisle…
- Il a proposé de m'aider à maîtriser mon don. Plaidai-je. Quel mal y a-t-il à cela ?
- Il l'a développé, oui ! S'exclama-t-il. D'ailleurs, il a dit que tu as fait d'énormes progrès dans ton utilisation de la télékinésie.
- C'est vrai. Admis-je. Je me maîtrise mieux et j'ai appris à m'en servir.
- Je sais. J'ai eu droit à quelques anecdotes de leur part. Et puis, cette façon que tu avais d'être toujours fourrée avec eux. Non seulement avec les enfants, mais aussi avec Carlisle…
- J'avais quelques questions et il a eu la gentillesse d'y répondre. Ripostai-je. C'est ça que tu me reproches ?
- Tu n'avais pas à t'insinuer dans leur vie. Rétorqua Thomas, plus calmement.
- Désolée. Je n'avais rien prémédité. C'est arrivé comme ça.
- Oui. Quand j'ai vu comment tu étais avec Emmett et Rose, je me suis douté que je te perdais. Soupira Thomas.
- Et tu ne m'as rien dit ?
- A quoi cela aurait-il servi ? J'ai bien vu que tu souriais plus avec eux qu'avec nous. Tu semblais plus… heureuse. Et puis, il paraît que tu as essayé leur mode d'alimentation ?
- Exact.
- Et c'est…
- Pas très bon, je l'avoue. Mis à part cela, le sang animal a les mêmes effets sur nous que celui des humains.
- Pas de pertes de capacité ? Demanda Thomas.
- Non. Tu t'inquiètes, là ?
- Pas du tout. Simple curiosité.
- Alors, c'est comme ça que cela finit ? Poursuivis-je.
- On dirait bien. Nous allons reprendre notre vie nomade et toi… tu vas vivre ta vie. Ton caractère va nous manquer, quand même. Fit Thomas, avant de continuer. Ils t'attendent. Bonne chance pour ta nouvelle vie. Enfin, si tu restes vraiment ici…
- Merci. Prenez garde à vous.
- Toi aussi.
Sur ces mots, Thomas et Carole reprirent leur route. Il n'y avait pas eu d'effusion d'émotions, ni d'embrassade. Rien. Simplement une discussion un peu agitée au début. Un sourire moqueur se dessina sur mes lèvres. Leur attitude résumait tout. Nous étions des connaissances. Nous n'étions même pas assez proches pour se qualifier vraiment d'amis. Je me retournais et pris le chemin menant à la villa. Je ne leur adressai pas un dernier regard. Une page de ma vie était tournée. Il était temps d'en écrire une autre. Je marchais, un peu anxieuse de l'accueil qui m'attendait. J'aurai bien voulu parler à Carlisle en privé avant d'être entourée par toute la petite famille.
Tandis que j'arrivais en vue de la villa, mon souhait sembla se réaliser. Carlisle s'avançait vers moi, seul et souriant.
- Bienvenue dans la famille ! Commença-t-il en souriant.
- Comment … Fis-je, avant de m'interrompre
- Alice nous a annoncé ta décision. Et Edward a dit que tu désirais me parler. Alors, je suis venu à ta rencontre. Expliqua-t-il.
- C'est pratique, quand même. Remarquai-je.
- En effet. Jasper a également affirmé que tu étais un peu…préoccupée. Tu veux qu'on en discute ?
- J'apprécierai. Sommes-nous obligé de rester debout, ici ?
- Non. Fit-il, en souriant. Où veux-tu aller ?
- Suivez-moi.
Sur ce, je me retournai et commençai à courir. Je n'eus pas besoin de regarder en arrière pour savoir que Carlisle m'emboîtait le pas. Nous courûmes côte à côte. Nous n'allâmes pas loin. Je m'arrêtais au bout d'une cinquantaine de mètres.
- Ici ? S'enquit Carlisle.
Lui adressant un sourire espiègle, je lui désignais le sommet de l'arbre sous lequel nous étions. Il hocha la tête. Aussitôt, je m'élançai. Lorsque j'atteignis les dernières branches, je m'arrêtais et m'assis. Carlisle prit place en face de moi. Il avait l'air d'avoir tout son temps, et attendait patiemment que je débute la conversation.
- Carlisle, j'avoue que je m'inquiète un peu
- A quel propos ?
- Vous m'avez proposé de rester parmi vous, mais je ne voudrai pas déranger.
- Tu ne nous déranges pas. Assura-t-il. Tout le monde est d'accord pour que tu fasses partie de la famille.
- Tout le monde ? Fis-je, sceptique. Même Alice et Jasper ?
- Oui, même Alice et Jasper.
- Pourtant, ils ne me connaissent pas. Répliquai-je.
- Alice a vu un futur possible, et il semble qu'il lui plaise. Quant à Jasper, il ne contrarie jamais sa femme. Et il n'est pas contre l'arrivée d'un nouveau végétarien. Si cela peut te rassurer, sache que nous avons fait un vote et tout le monde était d'accord pour t'accueillir. Poursuivit-il avec un sourire.
- Un vote ? Relevai-je
- Oui. Nous votons dès qu'il y a une décision à prendre concernant tout le monde. Avec tant de personnes et de personnalités diverses, il faut bien cela pour faire régner l'ordre.
- C'est pas idiot.
Je pris le temps de mettre un peu d'ordre dans mes pensées. Au bout de quelques instants, je repris.
- Il y a un délai d'expiration à mon séjour parmi vous ?
- Non. Tu restes le temps que tu veux. Répondit-il
- Vraiment ? Le temps que je veux ? Que ce soit 2 ans ou 150 ? Ou même tout le reste de ma vie ?
- Tout à fait. Tu peux même rester quelques années, repartir et revenir ensuite. Nous t'accueillerons toujours. Nous formons une famille. Affirma-t-il avec un sourire.
- Une famille qui s'agrandit. Murmurai-je
- Il n'y a pas de numerus clausus.
Cela correspondait bien à ce que Rosalie m'avait dit. Je demeurais libre. Je pouvais aller et venir, je serai chez moi avec eux. Peu importe le temps que je resterai au loin, j'aurai toujours une famille qui m'attendrait, quelque part. Etrangement, cette pensée me réconfortait.
- Je suppose qu'il y a des règles à respecter. Poursuivis-je.
- Celles évidentes inhérentes à notre situation de vampire.
- Autrement dit, se fondre dans la masse, éviter que les humains sachent ce que nous sommes.
- Exact. Il y a aussi celles nécessaire à une vie harmonieuse en famille. Tu devines lesquelles ?
Je réfléchis deux secondes. Oui, je voyais ce qu'il voulait dire. Le respect, essentiellement. Le respect des autres, de leur intimité, de leurs idées. Ainsi que l'entraide, la non mise en danger volontaire des autres. Pour le reste, je verrai bien. J'apprendrai. J'eus un sourire.
- Oui, Carlisle, j'imagine. Sinon, vous me rappellerez ce que j'ai oublié.
- Bien entendu. M'assura-t-il.
Le silence se fit entre nous. Carlisle me laissait mener la conversation, répondant à mes interrogations, sans chercher à en faire trop. Il me laissait faire à mon rythme. C'était vraiment agréable. Je n'étais pas bousculée. Au bout d'un instant, il prit la parole.
- Rachel, je sais que c'est un changement radical pour toi. En un mois, tu as modifié ta façon de t'alimenter. Tu as décidé d'abandonner ta vie nomade et de te joindre à ma famille. Sans compter que tu as enfin accepté ton don.
- Dit ainsi, cela semble beaucoup. Murmurai-je
- Mais, c'est beaucoup. Répliqua Carlisle. Je comprends que tu te sentes un peu…déstabilisée. Le contraire serait même étonnant. Mais à présent, tu es un membre de ma famille et nous t'aiderons tous autant que nous pourrons dans cette nouvelle voie. Nous serons tous à tes côtés. Ne crains surtout pas de faire appel à nous en cas de besoin, comme tu l'as déjà fait. Nous ne te ferons pas défaut. Quoi qu'il arrive, nous serons là, avec toi. Peu importe le temps que tu resteras, deux ans ou toujours, tu n'es plus un vampire nomade. A présent, tu es ma fille.
Je laissai le silence s'installer. Il me restait une appréhension, mais je ne savais si je devais en faire part à Carlisle. Surtout que son discours m'avait mis du baume au cœur. Cela amena un sourire sur mes lèvres. Du baume au cœur. Comme si mon cœur n'était plus une chose morte et inerte, mais plutôt qu'il était redevenu vivant. J'avais presque l'impression de le sentir à nouveau au fond de moi. Une douce chaleur m'avait envahie, mais elle n'avait pas réussi à effacer totalement ma dernière crainte. Oui, les Cullen m'avaient fait revivre. Après 70 ans de cynisme et d'indifférence, je commençais à me sentir… presqu'humaine. Après quelques secondes, je repris, décidée à faire entièrement confiance à Carlisle et désirant lui confier mes ultimes doutes.
- Vous formez une famille très unie.
- C'est vrai. Et si tu me disais où tu veux en venir. M'invita-t-il.
- J'ai… un peu… peur. Admis-je
- Peur de quoi ?
- De ne pas trouver ma place parmi vous. Avouai-je à voix basse.
- Rachel, ne t'inquiètes pas pour cela. Les liens se font et s'endurcissent avec les années. Et puis, tu as déjà ta place dans notre famille. Affirma-t-il
- Comment cela ? Fis-je, curieuse.
- Rosalie t'a accueillie parmi nous et t'a traitée comme si tu faisais partie de notre famille. Edward est accouru à ton secours. J'ai répondu à toutes les questions que tu m'as posées, et t'ai aidée pour ton don, avec l'aide d'Edward. Quant à Emmett… vous vous ressemblez énormément. C'est stupéfiant de vous voir ensemble ! Tu vois, tu as déjà ta place parmi nous.
- Je ne veux pas vous tromper. Je ne suis pas certaine de rester toujours avec vous.
- J'apprécie ta franchise. Tu resteras autant de temps que tu voudras. Tu seras toujours ma fille.
- Reste un dernier souci, si je puis dire.
- Lequel ? Demanda-t-il.
- L'école. Grimaçai-je
- Je vois. Dit-il, avant de poursuivre en souriant. Et bien, dans un premier temps, tu en seras dispensée. Simple mesure de précaution. Il te sera plus difficile qu'habituellement de résister au sang humain une fois que tu en auras été privée pendant un certain temps. Nous dirons que tu prends des cours par correspondance.
- Je comprends. Il faudra aussi une explication quant à ma présence ici.
- Si elle te convient, ce sera la même que pour tout le monde.
- A ce propos, vous n'avez jamais eu de problèmes avec ça ? Personne n'est jamais venu faire des vérifications ? Demandai-je
- Si, une fois. Répondit Carlisle avant de poursuivre en souriant. Un enseignant s'inquiétait à propos des excellents résultats scolaires des enfants et parce qu'ils étaient toujours ensemble, ne cherchant pas à se mêler aux autres élèves. Il croyait qu'Esmée et moi les maltraitions.
- Que s'est-il passé ? M'enquis-je
- Alice nous a prévenu. L'inspectrice est venue, elle a constaté que tout allait bien, a regardé les papiers de chacun et est repartie.
- Les papiers ? Relevai-je
- Oui. Il en faut bien. Jasper s'occupe de nous en faire, à chaque fois que nous déménageons. D'ailleurs, il t'en procurera. Tu verras avec lui pour les détails.
- Pas de problème. Assurai-je, avant de regarder en direction de la maison. Je suis prête à y aller.
- Alors, allons-y.
Nous redescendîmes de notre perchoir. La nuit était en train de tomber. Tout en approchant de la demeure, je goûtais au calme des lieux. Pour la première fois depuis mon arrivée, tout semblait serein. Il n'y avait personne aux alentours qui discutait, s'entraînait, se promenait. Je n'entendais que le bruit du vent dans les arbres. Les odeurs des visiteurs s'attardaient. Mais déjà, les senteurs en provenance des bois se faisaient plus insistantes. D'ici peu, il n'y aurait plus qu'elles qui embaumeraient les environs.
Au détour du chemin, la villa apparut au milieu des arbres. J'ignorais combien de temps j'y resterai, mais je n'étais guère pressée de la quitter. La maison était toute éclairée. Oui, cette demeure allait être la mienne. J'avais un « chez-moi ». J'allais vivre d'une manière qui me convenait plus, à présent que j'avais découvert qu'elle existait. Je vivrai au milieu de cette famille qui m'acceptait telle que j'étais, à la seule condition que je me nourrisse d'animaux. Par rapport à ce que j'allais gagner, rayer le sang humain du menu me semblait un sacrifice qui valait la peine d'être fait. Je comprenais à présent le choix de vie des Cullen, et j'y adhérais. Ils n'étaient pas fous, ou excentriques. Non, ils avaient décidé de privilégier leurs valeurs plutôt que leurs instincts de tueurs.
Inconsciemment, à mesure que nous approchions de la villa, j'avais légèrement ralenti, de sorte que Carlisle me précédait. Il grimpa les marches du perron et ouvrit la porte. Il restait sur le seuil, m'invitant à pénétrer à l'intérieur.
- Les derniers pas, Rachel. Murmura-t-il.
Résolument, je franchis la distance qui nous séparait et pénétrais dans la pièce illuminée.
