Bonjour,
Pour ce texte j'ai l'impression d'être plus partie dans la direction de l'indication en plus que du mot choisi, mais j'étais bien lancée sur cette thématique, ça m'a inspirée … Alors j'espère que ça vous plaira : )
Je crois que la notion de devoir de mémoire prend (ou prendra) un sens dans la situation que les personnages vivent, mais peut-être pas dans l'immédiat … mais peut-être est-ce justement cette notion de devoir de mémoire qui m'a aussi dirigée pour ce texte …
Enfin, avouons-le, ce qui m'a le plus plu était vraiment de me plonger dans l'état d'esprit de Harry dans cette situation là !
Commande de : hp-fic-dream. skyblog. com
Couple choisi : Harry/Ginny
Indication en plus : Après Poudlard, juste après avoir vaincu Voldemort
Mot choisi : Mémoire
Rating : K
Disclaimer : la plupart des lieux et personnages sont la propriété de J.K. Rowling, je ne me fais donc pas d'argent avec (et en plus je réponds aux commandes gratuitement, moi la cupide de service, alors !)
Dédicace : Voilà ta commande ! J'ai adoré la faire, car je me suis, pour la première fois, grâce à toi, penchée sur ce que pouvait ressentir notre héros juste après le combat final (c'est en tout cas une des possibilités, mais bien sûr on peut imaginer beaucoup de variantes possibles). C'était un vrai travail de psycho (donc quel bonheur pour moi, lol) mais aussi d'écriture : j'ai tenu pour ton texte a donné un style particulier, pour accompagner le récit J'espère que cela te plaira, et que ce que j'esquisse du couple que tu as choisi te parle et te plaît. N'hésite pas à me dire en tout cas si c'est ce que tu attendais ou si tu rêvais d'autre chose … Je te souhaite en tout cas une excellente lecture, et te remercie sincèrement de m'avoir passé cette commande, parce que c'était un très beau moment d'écriture pour moi : )
Et maintenant, place au texte …
Derrière nous
« Harry, on a gagné ! »
« C'est vraiment fini ? »
« Potter, vous avez été un vrai héros … »
« On va pouvoir enfin vivre sans crainte. »
« Harry, tu l'as vaincu … Tu l'as vaincu ! Tu te rends compte ? »
Le Survivant n'entendait rien autour de lui. Tout n'était qu'un magma informe, un brouillard épais, au cœur duquel il était plongé, mais sans rien pouvoir distinguer. L'esprit ailleurs, le corps éteint, il restait là.
Rempli d'incompréhension.
Incapable de se dire qu'il avait réussi.
Que ça y est, tout était fini.
Il se laissa transporter loin du champ de bataille par les autres, sans mot dire. Il les laissa l'étreindre avec ferveur et soulagement, sans réagir. Il resta assis dans un coin, longtemps, tandis que tous faisaient la fête, tandis que les autres profitaient enfin du présent pour courir vers l'avenir.
Lui, lui … Il restait bloqué, abasourdi, pantois, sur ce passé. Ce passé, tout juste derrière lui, à peine révolu, encore brûlant dans son corps, cinglant son être. Il ne comprenait rien, n'entendait rien, ne voyait rien.
« Tout est derrière nous, à présent. »
Non, il savait que c'était faux ! Rien n'était vraiment révolu, c'était encore si récent, si … irréel. Etait-ce vraiment fini ? Pour de bon ?
Avait-il enfin gagné le droit à une autre vie ?
Il sentit une main essuyer sa joue, humide. Il cligna des yeux, releva la tête. Le sourire tendre et inquiet de Ginny l'accueillit.
Comme elle l'avait fait si souvent pendant cette guerre.
Sans un mot, sans un autre geste qu'une main tendue avec douceur, la jeune fille invita Harry à sortir. Les doigts échoués au cœur de ceux, si forts et enveloppants, de sa cadette, le Survivant suivit la sœur de son meilleur ami dehors.
Loin du bruit.
Loin des rires.
Loin des éclats.
Loin des embrassades.
Loin des autres. Loin de tout.
« Regarde les étoiles, Harry. Elles sont belles. »
Le brun obtempéra. Et regarda. Mais, était-ce la fatigue, le choc, le contrecoup ? Il ne leur trouva aucun attrait.
« Elles sont belles ? »
« Je ne sais pas. »
Un regard étonné, mais compréhensif, vint s'échouer doucement sur lui. Harry détourna la tête. Pas le cœur à lire entre les lignes, ce soir. Pas envie de jouer aux silences qui en disent plus long que des discours.
Mais pas envie de parler non plus.
Et quand Ginny vint se blottir doucement tout contre lui, le serrant dans ses bras avec affection, Harry n'eut pas le cœur non plus à la repousser. Il n'aurait pas su dire en cet instant, d'ailleurs, s'il était heureux ou non de partager cette étreinte avec elle.
Parce qu'il ne la partageait pas vraiment.
« Harry … Serre-moi contre toi. » Une prière. Pas vraiment un ordre. Pas vraiment une supplique non plus.
Le jeune homme était trop fatigué pour chercher à comprendre si le ton de Ginny contenait plus de peur, de peine que de tendresse ou d'amour. Il se sentait trop loin de tout ça, rien ne lui parlait réellement.
Voulait-elle être rassurée ? Réconfortée ? Voulait-elle au contraire lui donner de la force ? L'envie ?
Qu'importe … Il obéit. Ses bras entourèrent la jeune fille, la serrèrent contre son torse.
C'est tout.
« Harry … » Non, la voix était de trop ! Stop, juste un moment de répit encore. Juste encore un peu de silence …
… avant que la vie recommence.
Ginny ne pratiquait pas la légilimencie. Quand bien même, l'esprit de Harry était trop fermé, ou trop vide, pour qu'elle put alors y lire quoique ce soit. Mais elle comprit, oui, que les mots étaient de trop, en cet instant. Elle entendit ça dans le silence de Harry.
Elle se dressa alors lentement sur la pointe des pieds, et effleura doucement de sa bouche les lèvres du jeune homme. Qui ne réagit pas.
Ni en bien. Ni en mal.
Pas de réaction, pour un baiser qui appelait pourtant la vie.
« Tu veux parler ? »
« Je ne sais pas. »
Un petit rire. Pas moqueur, non. Tendre, un peu. Triste, surtout.
« Tu veux qu'on rentre, alors ? »
« Je ne sais pas. »
Un petit rire. Plus froid, plus dur. Mais pas moins tendre.
« Tu ne sais pas grand-chose ce soir … »
« Non. »
Ginny se libéra sans brusquerie des bras de Harry, et alla s'asseoir sur le rebord de la terrasse. Elle leva la tête, fixant les étoiles. Le Survivant fit de même, sans vraiment savoir pourquoi, sans vraiment se demander s'il avait envie de regarder les étoiles.
Son corps avait réagit, par imitation, par automatisme. Un réflexe, comme tant d'autres, qui ne le quitterait sans doute pas avant longtemps. Si ça devait changer, en tout cas …
Non, il ne trouvait pas les étoiles belles, ce soir. Mais avait-il vraiment eu le temps de se demander si c'était un spectacle agréable à regarder ? Harry Potter n'avait jamais eu le temps de vivre. Il ne savait que survivre, alors …
Tout ce qu'il avait fait, jusqu'à présent, il n'avait jamais eu le temps de l'apprécier. Il vivait tout comme si c'était le dernier jour, dans la peur, dans l'urgence, dans l'angoisse diffuse et exaltante de se dire que c'était peut-être la première et dernière fois qu'il vivait ça.
Le sport avec les copains …
Les discussions avec les amies …
Les étreintes avec Ginny …
Tout ça, il savait qu'il l'avait connu. Mais si peu, si mal, si vite. Il avait tout traversé, comme s'il était pressé, impatient d'atteindre ce but final. Mais rien n'était fini.
Ce soir, sa vie commençait. Pour lui, qui ne savait pas vivre.
Juste survivre.
Qu'allait-il faire de tout ça ? De tout ce temps qui s'offrait à lui, de toutes ces possibilités qui ne se refermaient pas ?
« Ginny … »
La jeune fille se retourna, un sourire déjà aux lèvres, déjà avenante, déjà prête, à donner tout ce qu'il voudrait, à apaiser toutes ses craintes, à bâtir tous les projets qu'il voudrait.
Mais il ne voulait rien.
« Je suis fatigué. »
« Je sais. »
« Non, tu ne sais pas ! » Brusquerie, sans animosité, sans tension. Juste un réflexe, un de ces automatismes qu'il avait en lui. Et que la rousse comprenait, acceptait ; pardonnait déjà à l'avance.
Mais Harry ne voulait pas être pardonné. Ni compris. Ni accepté.
En fait, il ne savait pas ce qu'il voulait.
« Je suis perdu … »
« Je me doute. » Réponse prudente. Elle le connaissait, un peu, à force. Quand même.
Le brun eut un petit rire sans joie, comme si la vie se ranimait en lui. Mais ce n'était pas le cas. Il se sentait désabusé, vidé. Il aurait aimé rire, réellement. Ou se mettre en colère, avec sincérité. Mais aucun sentiment ne vint le prendre aux tripes, ne vint le secouer. Rien.
Après un autre silence sans sens, Ginny se leva et vint de nouveau se planter face à Harry. Elle lui prit le visage entre les mains, et le fixa avec gravité. Il soutint son regard sans ciller. Facile, il ne ressentait plus rien. Plus rien qui pouvait le faire réagir.
« Harry … Ta vie commence. »
« Je ne sais pas. »
« Mais si, crois-moi. Tu peux enfin avancer tranquillement, aller de l'avant … »
« Pour quoi faire ? »
« Comment ça, pour quoi faire ? Mais … pour donner un sens à tout ça ! Pour que tout ça n'ait pas été vain. »
Silence.
« Tu te rends compte de ce que tu as accompli, dis ? »
« Pas vraiment, je crois … »
« Je vois ça. Mais écoute … regarde … Tu vois, le monde qui nous entoure. Grâce à toi, il va enfin être en paix. Nous allons pouvoir recommencer à respirer, à bâtir des projets, recommencer à croire à un futur. Notre vie va pouvoir recommencer comme avant ! »
« Avant quoi ? »
« Mais … enfin, avant Vo … » Silence. « Je vois, tu me testes, tu veux voir si maintenant que c'est fini, je suis capable de dire son nom. » Sourire.
« Non, ce n'est pas ça … »
« Alors quoi ! Harry ! Je ne te comprends pas … »
« Moi non plus … »
« Nous voilà bien, alors ! Ecoute, franchement, je comprends que tu sois encore sous le choc. C'est tellement énorme ce qui nous est arrivé, ce que tu as fait. Mais ce n'est pas pour autant que la vie s'arrête, au contraire ! Tout commence, tout recommence : nous pouvons reprendre le cours de … »
« De quoi, Ginny ? » Un regard qui s'assombrit, fait presque peur. « Ce qu'il y a derrière nous, je n'en ai aucun souvenir. »
« Comment ça ? »
« Tout cette vie d'avant, comme tu dis, moi je ne l'ai pas … J'ai trop vite vécu, je n'ai cherché qu'à survivre jusqu'à aujourd'hui. Moi je n'ai pas cette nostalgie de ma vie d'avant, je n'ai pas la possibilité de bâtir l'avenir sur ce qui m'avait fait rêver hier. »
Un silence, que la nuit prolonge doucement.
« Ginny … Je ne sais pas vivre. »
La jeune femme se blottit avec force cette fois dans les bras du brun, et s'exclama avec ferveur, avec cette peur et cette volonté : Harry devait y croire, sinon rien n'aurait de sens.
« Mais si, tu sais vivre ! Tu as toute la vie pour ça, justement … Tout t'attend, tout te sourit maintenant. »
« C'est trop tard pour ça … Toi, Ginny, toi … » Les corps se séparèrent, Harry fit un pas en arrière, tenant par les épaules la sœur de son ami, tremblante. Froid ? Ou angoisse, et tristesse ? « Toi, Ginny, tu peux te pencher en arrière pour y attraper tes rêves inachevés et finir de les construire. Mais moi … mon seul but dans l'existence est maintenant accompli. Je n'ai plus rien. » Silence, plus pesant pour Ginny. « Je n'ai jamais rien eu. »
Les larmes aux yeux, elle, capable d'émotions qui échappaient à Harry, recula encore un peu …
« Alors … tout ce qu'il y a eu entre nous, ça ne compte pas ? Tout ce que nous aurions pu avoir dans le futur, ça ne compte plus non plus ? Moi je pensais que notre vie s'ouvrait enfin, qu'on allait avancer vers demain, ensemble … Mais toi, on dirait que tout t'est indifférent, que tu ne crois en rien. Mais moi, je ne suis pas rien ! Ce qu'on a traversé ensemble, construit, rêvé ensemble, ce n'était pas que du vent quand même ! Dis-moi, Harry ? Dis-moi … »
La nuit, les étoiles se faisaient lointaines, ni laides, ni belles. Juste là, sans qu'on les voit vraiment.
La fête battait toujours son plein, les rires, les chants, les danses, tout résonnerait encore longtemps ce jour-là.
Les larmes de Ginny étaient déjà sèches sur ses joues, quand enfin, enfin, après un temps interminable, suspendu, et confus, Harry répondit.
Il donna sa réponse. La seule, sans doute, qu'il pouvait donner.
« Je ne sais pas. »
