Bonsoir ! Alors, dans ce chapitre, vous pourrez trouver une discrète et subtile référence à "La Prophétie de l'Ombre" d'Absol-fan, fanfic à lire absol-ument ! Qui saura la trouver ?
La fin de la fin du monde.
—QUOI ? s'écria le capitaine Ducan avant de tourner un regard anxieux vers la porte et de baisser le volume de sa voix. Comment ça, attaquer dans trois semaines ? Attaquer comment ?
—Vous avez fait du très bon travail, souffla la voix du colonel Abille dans l'oreillette qu'il portait, le lieutenant et toi. Avec les informations qu'on a pu collecter, nous en savons assez pour mener une offensive directe. Préparez-vous, capitaine, votre infiltration touche à sa fin.
—Mais…
Le capitaine se tut et tourna son regard vers la fenêtre de sa chambre, qui donnait sur le parc. Il passa une main sur son visage avant de lever les yeux sur une photo, celle de sa compagne, la douce Juliette. Elle avait été sa Flamme, comme disent les dresseurs souterrains et cette expression avait toujours résonné dans le cœur du capitaine tant il en comprenait la signification. Un feu ardent, dévastateur, réconfortant, Juliette avait été tout ça pour lui. Elle l'avait maintenu à la vie, l'avait soutenu dans toutes les épreuves qu'il avait eues à traverser, elle l'avait fait devenir autre, il se sentait homme quand elle le regardait. Il était fol amoureux et se voyait bien passer une vie entière avec elle. Le capitaine retint de justesse un sourire nostalgique.
Puis Juliette était morte. À petits feux. Drôle d'ironie pour une Flamme. Une maladie cardiaque l'avait rongée et elle avait tenu bon jusqu'à la fin, parce qu'elle attendait son retour, parce qu'elle espérait pouvoir l'accueillir quand il passerait la porte pour lui raconter ses derniers défis, elle qui n'ignorait rien de son appartenance à la Ligue Souterraine, mais tout de sa mission d'infiltration.
Il n'était même pas là quand c'était arrivé. Elle s'était éteinte, comme on souffle la flamme vacillante d'une bougie et lui n'avait pas pu se pardonner de ne pas avoir tenu sa main, quand elle avait offert son dernier sourire au monde. Il était en train de parcourir la région de Hoenn, pour accomplir ses défis souterrains, quand c'était arrivé. Elle était morte sans lui. Sans lui.
Cela faisait dix ans qu'il était infiltré dans la Ligue Souterraine. Peut-être même un peu plus, il avait arrêté de compter quand il était devenu un Ancien, un vieux de la vieille, un dresseur souterrain aguerri.
S'il s'était attaché à cette organisation ? Oui. Mais ça n'entrait pas en ligne de compte. Il avait toujours su que viendrait un moment où il devrait tous les trahir. Il secoua la tête et se corrigea. Il avait toujours su qu'un jour, il lèverait sa couverture pour révéler à tous sa véritable allégeance. L'armée, le gouvernement.
Il était militaire de carrière, entré dès qu'il l'avait pu dans l'armée, il avait toujours eu un amour profond pour son pays et il comptait bien servir cet amour jusqu'au bout. Contrairement à Ln(3), il avait du respect pour ses supérieurs et ne protestait jamais face aux ordres. C'était aussi pour ça qu'il avait été sélectionné, parmi le groupement spécial Reshiram, pour infiltrer la Ligue Souterraine. Le général de brigade Sévignan – inconsciemment, le capitaine se mit au garde à vous, par dévotion pour son leader – l'avait lui-même choisi pour ça. Parce que jamais il ne retournerait sa veste.
—Je serai prêt, affirma-t-il au colonel. Puis-je parler, mon colonel ?
—Allez-y, capitaine Ducan, je vous écoute.
—Je pense qu'il est un peu tôt pour attaquer la Ligue Souterraine. Depuis la trahison de votre fille, ils sont méfiants. On devrait attendre, avant de mener cette offensive.
Un silence de réflexion s'installa et le capitaine ne dut qu'au léger grésillement de son émetteur radio de savoir que la communication n'avait pas été coupée.
—Ça me rassure de vous entendre parler ainsi, capitaine, reprit le colonel après quelques minutes de silence. Le général Sévignan commençait à douter de votre fidélité. Que suggérez-vous alors ?
—Attendez le printemps. Nos troupes auront beaucoup plus de facilité à circuler. Ensuite, n'oublions pas que les dresseurs souterrains connaissent les lieux comme leurs poches et… Nom d'un Ultralaser, je ne sens pas du tout cette histoire de bataille et s'il y a bien quelque chose que j'ai appris au contact de ces dégénérés c'est bien me fier à mon instinct !
Un nouveau silence. Le capitaine secoua la tête et se mit au repos, avant de carrément se laisser choir sur son lit, frottant ses yeux fatigués. Ce n'était pas vraiment un mensonge, ce qu'il avait dit à son supérieur.
Il voulait juste laisser un peu plus de temps à l'armée pour se préparer. Ils ne savaient pas de quoi étaient capables les dresseurs souterrains, s'ils étaient coincés sur leur propre terrain, ils trouveraient quand même le moyen de s'en sortir, c'était certain. Ils étaient pleins de ressources, et en plus, de leur côté, ils avaient cette fille aux vêtements bizarres, qui avait un Rondoudou muet et une chance incroyable. Celle-là pourrait bien faire capoter toute l'opération en se prenant les pieds dans des câbles.
—Vous avez sûrement raison, capitaine. Après tout, vous êtes le mieux placé pour nous parler d'eux. Le lieutenant n'était pas actif depuis assez longtemps pour nous communiquer suffisamment d'informations. Je vais voir ce que je peux faire et parler de votre suggestion de report de l'offensive. Je vous recontacte très bientôt.
—Merci mon colonel. J'attends votre signal.
Retirant son oreillette qu'il planqua sous son oreiller, le capitaine soupira, anxieux pour il ne savait quelle raison.
Peut-être était-ce le retour à sa vraie vie qui le mettait si mal à l'aise. Pendant dix ans, il avait feint d'être un autre, trompant Benzine, réussissant à se mettre sous l'aile du collecteur d'informations de la Ligue Souterraine. C'était une bénédiction que la Ligue ne cherchait pas à connaître plus en détails le passé de ses membres.
Le capitaine Ducan grogna en pensant à son élève, qui allait sans le moindre doute lui en vouloir. Se souvenant de la formation de la jeune femme, le capitaine pinça les lèvres. Ça, par contre, il n'avait pas feint. Il avait réellement pris plaisir à initier cette petite à la Ligue, il avait pris plaisir à parcourir le pays avec elle pour lui enseigner les diverses ficelles de l'organisation, en plus de quelques extras, comme le maniement des armes, le combat au corps à corps et les blagues pourries – qui sont un art subtil que trop peu comprennent. Elle allait lui manquer, tout de même. Il s'y était attaché, à cette petite, avec sa frimousse semblable à un animal, qui était capable de sortir une horreur immonde d'un air innocent. Tant pis. Il avait fait son choix trop de temps auparavant, il était à présent impossible pour lui de faire demi-tour.
—Déposez-le doucement, souffla Prof en s'adressant à Artik et Attila qui portaient Psyko.
Toujours inconscient, pâle comme la mort, la respiration pourtant tout à fait normale comme son pouls et ses autres constantes, Psyko n'avait pas esquissé un geste depuis qu'il s'était effondré. Son maître et son ami le déposèrent délicatement sur la table d'examen de l'infirmerie, avant de se reculer, écarté brutalement par Régis dont les mains tremblantes examinèrent la piqûre de l'aiguille de Ln(3).
Il ne comprenait pas. Jamais il n'avait vu une telle chose et il n'était même pas sûr de pouvoir faire quoi que ce soit. La piqûre était un peu rouge et hormis ça, rien ne semblait atteindre Sacha, si ce n'est les frissons violents qui le traversaient parfois, lui donnant la chair de poule. Régis secoua la tête en se disant que ça ressemblait à des milliers d'aiguilles traversant la peau, qui devaient torturer son meilleur ami.
Immobile devant la table d'examen, Prof jeta un regard vide à Ange qui attendait ses instructions. Il ne savait pas ce que c'était. Sacha allait mourir à cause de son incompétence. Et Régis se maudissait de ne pas pouvoir quoique ce soit pour lutter, ça le dépassait trop largement.
Comment pourrait-il connaître l'ensemble du travail de Ln(3) sur ses poisons ? Elle en avait créés des centaines, pour des utilisations des plus diverses, sans même parler des mélanges qu'elle faisait parfois, elle était dangereuse, et psychopathe, et foutrement douée !
Passant ses mains sur son visage, écarquillant les yeux, il regarda en tout sens, avant de faire les cents pas. Comment allait-il pouvoir expliquer à Ondine, à Délia et aux autres que Sacha était mort parce qu'il était incapable de faire quoique ce soit ? Parce qu'il avait atteint ses limites ? Il ne pouvait pas identifier ce poison, il n'en avait pas les moyens, il ne connaissait pas par cœur toutes les créations de la spécialiste des poisons et était parfaitement infoutu de créer un antidote avec le vague kit du petit chimiste qu'il y avait dans l'infirmerie !
Lui, il était chercheur Pokémon, spécialiste des Pokémons préhistoriques et de l'évolution, son doctorat pouvait en témoigner. Même s'il avait eu des leçons sur les Pokémons de type poison, il n'y avait prêté qu'une attention scolaire et avait donc oublié tout ce qui les concernait juste après ses examens !
Il poussa un râle de pure colère contre lui. Ln(3) lui avait proposé, plusieurs mois auparavant, de passer chez lui pour lui donner les bases de pokéchimie nécessaires pour l'élaboration des antidotes de ses poisons et il avait refusé, préoccupé pour Psyko, n'ayant pas la tête à apprendre de nouvelles connaissances, n'ayant pas vraiment le temps non plus.
—P… Prof ? demanda Neko en s'approchant de lui et posant sa main sur l'épaule de Régis, tu… Tu vas pouvoir faire quelque chose ?
—Bien sûr, ironisa-t-il en se dégageant des doigts de la dresseuse furtive. Qu'est-ce que tu crois ? Que c'est si facile ? Qu'il suffit de débarquer ici en disant qu'il est empoisonné pour que j'ai justement préparé un antidote juste avant, à mes heures perdues ?
—Non, tenta Neko en fronçant les sourcils.
Elle n'aimait pas beaucoup le ton qu'employait Prof pour s'adresser à elle. Elle recula d'un pas pour croiser les bras sur sa poitrine.
—Je n'ai jamais dit ça, Prof, calme-toi. Je t'ai juste demandé si tu pouvais faire quelque chose.
La voix apaisante de Neko eut le don de l'énerver encore plus qu'il ne l'était déjà.
—Et comment ? Tu vis sur quelle planète, toi ? Un poison, c'est de la chimie, de la chimie Pokémon qui plus est, c'est complexe ! Je ne suis pas chimiste bon sang, ce ne sont pas des choses qui s'improvisent comme devenir voleuse à la petite semaine.
—Pardon ? siffla ladite voleuse à la petite semaine d'un air mauvais.
Neko plissa les yeux, son nez se retroussa, Artik eut un mouvement de recul. Inu se mit à regarder le plafond et Attila soupira profondément.
—C'est un métier, d'être biochimiste, continuait Prof sans apercevoir la lueur agacée qui brillait dans les yeux de la dresseuse furtive. Forcément, des crétins comme vous ne pouvez pas effleurer la moitié du travail abattu par les chercheurs, vous qui vous contentez de petits boulots sans saveur…
Neko se força à rester calme, clignant des paupières sous le discours vraiment agressif et blessant de Prof.
—Mais non, évidemment, madame casse des fenêtres pour commettre des larcins sans intérêt, elle pose forcément des questions cons, comme si préparer un antidote était aussi simple que forcer une serrure !
Neko se tourna vers Artik et lança, tendant un index vers Prof :
—Il est en train de dénigrer ma profession, là ?
Artik écarta les mains, signe qu'il ne voulait pas se mêler de ça.
—Ta profession ? ricana Prof. Tu appelles ça comme ça ? Quelque chose qui ne nécessite rien de plus qu'un petit talent d'escalade ?
Prof sentit plus qu'il ne vit le mouvement de Neko. Les ongles de la jeune femme s'enfoncèrent dans la peau de son visage et une vive douleur l'assaillit jusque sur la nuque. Il recula de trois pas, se heurtant à son bureau, alors que Neko le dévisageait, furieuse.
—Espèce de con égocentrique, cracha-t-elle en faisant craquer ses articulations.
Régis déglutit en la voyant faire un pas avant d'être ceinturée par Artik. Se débattant dans les bras de son amant, elle darda sur Prof un tel regard meurtrier qu'il devina tout seul être allé trop loin. Neko se débattait toujours quand elle lui asséna :
—J'ai peut-être pas fait des études…
—Mais… C'est faux, s'étonna Inu en baissa les yeux sur Neko. Tu as fait des études d'histoire de l'art, c'est obligé pour ta formation de voleuse.
La dresseuse furtive lança un regard accusateur à la croqueuse de Leveinards, avant de secouer vivement la tête, cessant de se débattre dans les bras d'Artik. L'intervention inopinée d'Inu avait au moins eu le mérite d'apaiser la fureur de Neko. Le dresseur aux cheveux bleus finit par la lâcher et elle replaça correctement sa blouse dont elle avait arraché les manches tant d'années auparavant. Elle se détourna et s'arrêta à mi-chemin, jetant un petit regard à silhouette de Psyko puis elle soupira et fit volte-face, s'approchant de Prof qu'elle saisit par la blouse, le secouant, en profitant pour le gifler un peu.
—Réveille-toi ! Je m'abaisserai pas à te répondre, tes réflexions sont dignes d'un Poichigeon croisé d'un Roucool, tu vaux mieux que ça et moi aussi. Fais marcher ton cerveau, puisque tu en as un ! Qu'est-ce qu'elle a laissé là, la traîtresse, en s'en allant ? Du sang-froid, bordel, c'est trop te demander ?
Elle le lâcha enfin, le repoussant d'un mouvement violent alors qu'il sentait ses yeux s'écarquiller et se détourna en pestant et rageant après les imbéciles qui « ne se rendent pas compte à quel point être voleuse est plus compliqué qu'être un petit professeur qui dispense des cours dans amphis à moitié vides », sortant de l'infirmerie.
Un silence pesant s'installa après le départ de Neko et Prof secoua la tête. Il était vraiment trop con, il le savait, en plus, que la dresseuse furtive aimait son métier. Elle avait raison. Ln(3) avait laissé son cahier de synthèse de ses recherches avec les poisons, leurs symptômes et leurs antidotes. Se jurant de présenter ses excuses à Neko, quand il se sentirait de s'humilier devant elle – c'est-à-dire le plus tard possible –, Prof s'étala sur son bureau pour en ouvrir le premier tiroir et attraper le cahier.
Se plongeant dans le cahier, il exigea que tout le monde sorte. Personne ne bougea.
—Sortez, bon sang, vous allez me déconcentrer et me gêner, le temps joue contre nous !
Ange fut la première à bouger. Elle tapota sur le bras d'Inu qui la suivit sans protester et elles sortirent sans un bruit, alors que Prof se replongeait dans le cahier. Il releva la tête quelques secondes plus tard.
—Artik, Attila, dégagez aussi, j'ai besoin d'espace.
—Mais, commença le dresseur aux cheveux bleus avant d'être interrompu par Attila d'un regard.
Il sortit en maugréant, lançant une œillade vraiment inquiète à Psyko et Attila attendit que la porte claque pour s'approcher de Prof et agiter sous son nez la fiole d'antidote qu'il avait réussi à voler juste avant de fuir.
—Te fatigue pas à refaire l'antidote, je l'ai.
—Comment ? Mais pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt, Attila ?
S'emparant de la fiole, Prof se dirigea vers l'étagère pour attraper une seringue et un peu de désinfectant. Attila se racla la gorge.
—Vérifie auparavant si la méthode d'administration de l'antidote est bien l'intraveineuse. Il s'agit de Raptou. À ma connaissance, ses mélanges ne sont pas aussi facilement soignables.
Prof arrêta ses mouvements.
—Cette fille est une foutue vicieuse, soupira-t-il dans sa barbe.
Il reposa la seringue et s'empara du cahier, dont il tourna précipitamment les pages, jusqu'à tomber sur la section concernant le Raptou. Les symptômes collaient avec ceux dont souffrait Psyko, dans la forme la plus virulente, ce qui était assez étonnant. On aurait pu s'attendre à ce que son plus violent poison soit le plus rapide à tuer. Quand Prof fit part de cette réflexion à Attila, celui-ci se contenta de hausser les épaules, disant que la souffrance est bien pire que la mort.
Régis finit par trouver le paragraphe sur l'antidote et le colosse blond avait eu raison. Toute injection par intraveineuse provoquait un choc anaphylactique sévère – que le professeur traduit par « réaction allergique » pour Attila – et pouvait tuer le patient. C'était dû à un phénomène bizarre de lutte entre les molécules du poison et celles de l'antidote. Prof passa les explications scientifiques sur ce choc pour arriver à comment administrer l'antidote. Si le poison était dans les veines depuis moins de trois heures, il fallait faire une infusion avec. Pour tous les autres cas, il fallait l'ingérer, dilué dans de l'eau, les proportions étant indiquées clairement dans un tableau.
Il échangea un regard avec Attila avant de se précipiter vers la paillasse improvisée, pour sélectionner dans la verrerie un bécher, deux pipettes, une baguette de verre et le flacon d'eau pure. Confiant, il préleva les doses prescrites sur le cahier, pour les mélanger dans un tintement de verre qui fit sourire Attila.
Observant les gestes du meilleur ami de son élève – pensant aussi que Psyko avait trop de meilleurs amis et qu'il était temps qu'il fasse un choix entre Artik, Pikachu et Prof – Attila secoua la tête et croisa les bras.
—Pourquoi tu fais confiance à ce qu'il y a écrit dans ce cahier ?
—Comment as-tu su que c'était cet antidote-là qu'il fallait dérober ? lança Prof pour toute réponse d'une voix lointaine et concentrée.
Il finit cependant par tourner les yeux vers le Fondateur, constatant que sa question était tout de même pertinente.
—C'était logique. Elle allait forcément utiliser le poison qui met le plus longtemps à agir, répondit Attila d'un air dégagé.
Prof dodelina de la tête, accordant cette manche au colosse. Il pinça les lèvres et consentit à répondre.
—J'ai dû forcer l'armoire de Ln, pour avoir ce cahier. Pourquoi l'aurait-elle protégé, si c'était pour y écrire des trucs faux ? Vu la précipitation dans laquelle elle a été démasquée, je pense que c'est évident qu'elle n'a pas eu le temps de le falsifier.
Un petit silence, Prof retourna à son bécher.
—C'est prêt.
Le général Sévignan leva les yeux de ses papiers pour contempler le lieutenant qui lui faisait face, observant avec attention sa silhouette raide, ses bras plaqués contre son corps, ses genoux serrés et il haussa un sourcil.
—Eh bien, ça, pour une surprise, c'est une surprise. Depuis te mets-tu au garde à vous devant moi ? Repos, cette allure droite ne te va pas du tout. Ferme la porte.
Elle s'exécuta avec un « bien, mon général » avant de se placer au centre de la pièce et il se leva pour s'approcher d'elle, un sourire illuminant son visage. Cécile déglutit quand il fut si près qu'ils pouvaient presque se frôler.
—Nerveuse ?
—Pas du tout, mon général, souffla-t-elle.
Elle baissa les yeux et Sévignan se para d'un sourire plus large encore. Elle mentait si mal que c'était presque risible. Il l'avait convoquée pour avoir son compte-rendu sur la rencontre avec les quelques déchets de la Ligue – et cette mignonne petite Neko. Le rapport du général Crush faisait état d'une disparition précipitée de sa subordonnée et ça ne lui plaisait pas beaucoup.
—Alors ? Tu as des explications ?
Cécile tendit légèrement sa main pour la regarder trembler, avant de baisser les yeux.
—Je… Général, je ne… Je n'ai pas cherché à protéger les membres de la Ligue Souterraine du groupement Spiritomb, contrairement à ce que cette garce prétend dans son foutu rapport ! Elle me déteste, vous le savez bien !
—Ah, c'est déjà plus ressemblant à ta personnalité, ce vocabulaire, commenta le général en retournant s'asseoir à son bureau.
Cécile commença à faire les cents pas, ignorant la réflexion de son supérieur. Elle leva la tête et s'arrêta net, s'approchant de l'immense photo punaisée sur la porte. Arrachant la fléchette plantée entre les deux yeux noirs, elle joua avec, cherchant ses mots.
—Elle est belle, cette affiche, non ? rit le général.
—Bof, répondit distraitement Cécile. C'est une photo d'Artik format poster sur laquelle vous vous défoulez en rêvant de lui faire subir le même sort. Rien de transcendant. Il jure avec la déco de la pièce.
Elle grimaça.
—Pardon, mon général, je voulais dire « Williams ».
Altaïr Sévignan se releva et franchit les quelques mètres qui séparaient son bureau de la porte, plaquant sa subordonnée sur le mur juste à côté. Elle frissonna. Il susurra :
—Dois-je me montrer plus persuasif, pour que tu cesses d'appeler les gens de la Ligue Souterraine par les surnoms qu'ils se sont attribués ?
Cécile le repoussa loin d'elle avant de s'écarter du mur.
—Est-ce que tu en demandes autant à Alex, mon général ? Je les ai connus sous ces noms-là, laisse-moi le temps de m'adapter !
Le général arracha la fléchette des mains de Cécile pour la lancer, la replantant dans le visage sur papier glacé de sa porte. Elle n'avait pas tout à fait tort, les surnoms échappaient parfois au capitaine Ducan.
—Assieds-toi, lança-t-il d'une voix agressive.
Une fois qu'elle se fut exécutée, il contourna à son tour le bureau, la frôlant une nouvelle fois, ravi de la voir déglutir de malaise. Les événements prenaient vraiment une tournure intéressante. Quand il aura mis la main sur Neko, pour l'ajouter à sa collection, peut-être en profiterait-il pour malmener un peu sa subordonnée. Si vraiment elle le voulait, il s'amuserait bien.
—Tu t'y connais, en informatique ? demanda-t-il.
Elle haussa un sourcil moqueur, souriant ironiquement.
—Sérieusement ?
Il lui rendit son rictus ironique.
—Tu t'es faite serrer pour avoir foiré un craquage. La question se pose.
Elle porta une main à sa bouche et rongea un ongle.
—Vu comme ça, effectivement… J'ai fait des progrès, depuis. Pourquoi ?
—Notre… nouvelle recrue se montre très peu coopérative. Tous nos spécialistes ont baissé les bras. Il reste plus que toi.
Cécile parut réfléchir quelques instants, rongeant toujours son ongle, son regard se perdant sur le bureau du général. Soudain elle sourit, relevant les yeux sur son général, sur lequel elle fit glisser un regard taquin, avant de se laisser aller dans sa chaise, dans une position peu féminine.
—Dites-moi où, quand, dans quelle position et j'obéirai.
Éclatant d'un rire franchement amusé, Altaïr passa deux doigts sur son bouc.
—Tu as la subtilité d'un Rhinoféroce, lieutenant. Je crois que ça commence à me plaire…
Il attrapa une feuille qu'il lui tendit. Elle l'examina longuement avant de hocher la tête.
—Hum. Je vois. Il a un problème au niveau de… Hum… C'est plutôt la spécialité d'un nerd, ce genre de choses, mais mon nerd préféré m'en a appris quelques ficelles, pour que je puisse l'aider, quand il n'a pas assez de mains pour coder… Je suppose que je pourrais assister Léo, si on ne m'en demande pas trop… Ce sera pas les doigts dans le nez, par contre. Vous en demandez beaucoup, mon général. Après ça, je pourrai retourner dans le laboratoire ? Je n'aime pas l'idée de prêter mes Pokémons à vos Vaututrices de scientifiques attardés et incompétents.
—Là, je retrouve la chercheuse folle que j'ai rencontrée à Troie, approuva Sévignan. Allez, casse-toi, avant que je ne change d'avis.
Se levant de son fauteuil, Cécile hocha la tête, salua son supérieur et sortit. Aucun de deux ne vit le sourire satisfait et le regard étincelant de la plus vile des malices assombrissant le visage de l'autre.
Artik passa une main sur son visage, se forçant à ne pas jeter un regard sur la gauche, endroit où Neko avait disparu après son altercation avec Prof. Le garant de Psyko était bien trop nerveux et ça déteignait sur tout le petit groupe. S'il n'arrivait pas à tirer Psyko de la galère monumentale dans laquelle Ln(3) l'avait plongé, Artik se demandait bien qui, hormis la traîtresse, le pourrait.
Il porta une main à sa ceinture de Pokéballs pour en attraper une en particulier, celle du Mystherbe de l'homme à vagin. Le pauvre. Artik aimait bien ce Pokémon, il était complètement con, mais très attachant, et il ne méritait pas ce que sa dresseuse lui avait fait subir. Agrandissant la Pokéball pour appeler le Pokémon à lui, Artik soupira encore plus.
La petite forme bleue et verte de Mystherbe apparut et le Pokémon partit se cacher derrière une tenture qui dévorait le mur face à l'infirmerie. Artik s'approcha doucement, pour ne pas effrayer Mystherbe.
—Hey, Mystherbe, chuchota-t-il, n'aies pas peur, c'est moi… Tu me reconnais pas ?
Le petit Pokémon cessa de trembler et leva les yeux sur Artik. Semblant enfin resituer le dresseur souterrain, il se précipita et bondit dans ses bras, Artik l'attrapant de justesse alors que Mystherbe se mettait à discuter vivement. C'était tellement triste qu'il ne comprenne pas ce que voulait dire le petit de Ln(3). Ce dernier baissa les yeux sur le sol et sauta des bras d'Artik pour sautiller devant lui, en continuant son baragouinage. S'accroupissant pour mieux se concentrer sur ce que racontait Mystherbe, Artik secoua la tête, toujours aussi incrédule.
L'idée qu'il avait eue s'était frayée un chemin dans son esprit et il ne parvenait pas à comprendre. Quel bordel de connerie avait bien pu passer par la tête de l'homme à vagin pour qu'elle les trahisse de cette façon, avec ce baratin sans le moindre sens ?
Rien ne pourrait convaincre Artik que la biochimiste avait simplement retourné sa veste sans raison valable.
Les paroles de Psyko avaient du sens, pour une fois. Il était vrai qu'ils avaient souvent négligé Ln(3), tiré la couverture sur eux et ignoré ses réflexions ou ce qu'elle était. Elle était plutôt effacée, quand on la croisait en-dehors de son cercle d'amis proches, tout comme lui était bien plus froid et usait moins d'humour. Mais, bordel, comment aurait-elle pu trahir juste pour ça alors même qu'elle était au centre de beaucoup de leurs coups foireux et autres petits méfaits, ayant ainsi, au même titre que les autres, une place importante dans leur Quatuor ? Ils avaient la chance de fonctionner dans une amitié où tous étaient sur un pied d'égalité.
Ignorée ? Peu respectée pour son travail ? Foutaises ! Si vraiment Ln(3) pensait ça, elle les connaissait très mal !
Bon sang, il n'aurait jamais cru qu'être trahi par un ami pouvait faire aussi mal et il refusait parfaitement et totalement d'admettre la raison foireuse qui aurait pu pousser son amie à faire ça. Peu de femmes pouvaient prétendre avoir réussi, depuis Diane, à se hisser dans un cercle aussi intime que celui d'amie pour Artik. Seules Neko et Ln y étaient parvenues, Flora ayant un statut bien particulier dans cette histoire. Il était sûr que le Quatuor avait une place particulière dans la vie de Ln(3). Elle n'aurait pas pu les trahir sans une excellente raison.
C'était pour ça qu'il pensait accorder un tant soit peu de crédit à sa théorie vaseuse. Si c'était le cas, s'il avait raison, alors, il pouvait comprendre. Certaines choses sont parfois à mettre au-dessus de l'amitié, elles étaient rares mais elles existaient. Et si Ln(3) les avait trahis pour une de ces choses, alors il pouvait comprendre et peut-être même pardonner.
Attrapant Mystherbe et se laissant glisser contre le mur de l'infirmerie, Artik commença à caresser le Pokémon.
Il pouvait comprendre et pardonner. Après tout, leur amitié était intacte. Ils avaient juste changé de direction, se retrouvant face à face, opposés dans une bataille qui pourrait bien coûter la vie à un des partis en présence. Elle se battrait pour ses objectifs et ils feraient de même, dans le respect de cette amitié, basée sur une confiance mutuelle. Ils ne se feraient pas de cadeaux.
Le raisonnement était un peu idéaliste, mais Artik avait appris à réévaluer sa conception de l'amitié en présence de Psyko, Neko, Prof et Ln. Il leur avait donné sa confiance, une possibilité pour eux tous de le poignarder dans le dos. Et Ln(3) n'en avait pas usé. Elle aurait pu, à n'importe quel moment. Mais elle ne l'avait pas fait. Elle avait affronté Psyko à la loyale, une loyale certes un peu bancale, mais tout de même. En plus, elle lui avait dit quel poison elle utilisait sur lui, n'avait même pas usé des plus violents, ceux qui tuent en quelques secondes, ceux à base de venin de Séviper et d'Arbok mélangés. Frissonnant d'horreur en imaginant Psyko être mordu par un de ces serpents, ou pire, Neko être empoisonnée par ce mélange ravageur, Artik se concentra de nouveau sur Mystherbe, gratouillant ses feuilles.
« Tu ne pourrais pas comprendre ». Le pourrait-il ? Certainement non. Quelles que soient les raisons qu'elle avait eu de faire ça, jamais il ne pourrait comprendre pourquoi elle ne leur en avait pas parlé. Étaient-ils si peu dignes de foi, avaient-ils si peu de crédit à ses yeux pour qu'elle ne se confie pas à eux pour parler de ses problèmes ? D'accord Psyko n'avait pas deux Pokédollars de jugeote mais Prof était quelqu'un de sensé, lui avait le sens des réalités et Neko le sang-froid nécessaire à sa profession de voleuse. À eux trois, ils auraient sûrement pu résoudre tous les problèmes.
Artik sursauta en entendant la porte de l'infirmerie s'ouvrir sur Attila qui lança à Prof :
— … ça pour toi, bien entendu. Ça pourrait compromettre bien des choses.
—Bien sûr, confirma Prof d'une voix un peu blanche. Dis aux autres que j'arrive, le temps de m'assure que Psyko n'a besoin de rien.
Attila hocha la tête et la porte se referma. Se tournant vers Artik, le colosse n'eut même pas un mouvement de recul.
—Il va s'en sortir, Artik… Tiens, c'est le Mystherbe de Ln ?
—Oui, confirma le gothique en hochant la tête. Elle l'avait laissé dans sa chambre et Prof me l'a confié.
Souriant d'un drôle d'air, Attila ne protesta pas, se contentant de secouer la tête.
—Ah je te jure… Ne traîne pas trop dans le coin, Artik. Ça sert à rien. Rejoins plutôt ton élève, elle doit avoir besoin de soutien, surtout après les paroles vraiment dégueulasses de Prof.
—Bof.
Artik ne bougea pas, serrant encore plus Mystherbe contre lui.
—Je n'ai pas envie de la chercher dans tout le domaine. Elle a dû aller faire des trucs comme se prendre pour un Capumain dans la forêt. Elle aime bien faire ça pour décompresser, se prendre pour un Capumain. Le violet du pelage, ça doit l'exciter.
Attila haussa les épaules en retenant un sourire et se détourna finalement, affirmant qu'il était attendu dans la salle du Conseil. Artik poussa un profond soupir avant de se replonger dans ses pensées.
Non, décidément, ce n'était pas la trahison de la Ligue Souterraine la pire offense de Ln(3), c'était son manque de confiance en ses amis. Elle avait eu raison, il ne comprenait pas pourquoi elle s'était tue, pourquoi elle avait encaissé seule, s'il ne se faisait pas films – ce qu'il faisait très rarement, bien entendu. Il était bien trop vieux pour se faire des illusions.
Tournant la tête en tout sens, inquiet que Neko ait pu l'entendre penser son âge véritable, Artik reposa Mystherbe pour attraper son Pokédex, ignorant que Psyko avait eu le même réflexe quand il avait réfléchi à la trahison de Ln(3). Il alla plus loin que son ami, cependant, parce qu'il ouvrit le Pokédex pour chercher dans la base de données contenue dans l'engin le profil de celle qui leur avait tourné le dos.
Rapidement, il passa sur le profil de Neko, pour contempler la photo de son élève. Que Sévignan la touche et il ne répondait plus de rien. Elle était sa seule élève, il ne voulait pas la perdre, ça c'était certain. Quiconque s'aviserait de lui faire du mal aurait droit à la colère destructrice d'Artik, il le promettait. Son ennemi d'enfance plus que les autres. Neko c'était son élève, sa cible préférée pour les chasses à l'homme, sa maîtresse si particulière. Il devait la protéger, à défaut d'avoir pu sauver Psyko.
Il se redressa, bien décidé à aller faire un tour du côté de Benzine et Nicotine qui avaient le droit à une pause. Gardant Mystherbe entre ses bras, Artik secoua la tête. S'inquiéter pour Psyko le faisait devenir niais et il n'aimait pas ça. Il eut une pensée pour Flora, espérant qu'elle allait bien, ainsi que son enfant. Cette chasse à l'homme menée par le gouvernement avait au moins le mérite de ne pas trop lui faire penser à elle.
Prof s'excusa rapidement en entrant dans la pièce, avant de jeter un regard sanglant à Aqua qui semblait prêt à lui balancer une réflexion. C'était bien loin d'être le moment pour l'agresser verbalement. Il ne savait toujours pas si Attila et lui étaient arrivés à intervenir à temps auprès de Sacha pour le sauver et rien n'avait changé pendant la demi-heure suivant l'injection de l'antidote.
Quand il pensait que c'était Neko qui l'avait remis à sa place, il écumait de rage. Elle était bien la dernière personne dont il voulait recevoir un rappel à l'ordre. Il passa une main sur sa joue et sentit sous ses doigts les traces des griffures de la dresseuse furtive. Il devait avoir l'air fin, avec ces balafres sur le visage.
Levant une nouvelle fois les yeux vers Aqua qui le fixait d'un air hilare, Régis soupira alors qu'Earth attirait son attention en posant une main sur son bras.
—Prof, tu vas bien ? On dirait que…
—Je suis tombé dans l'escalier, maugréa-t-il, parfaitement conscient que ce n'était pas crédible.
L'Élémentale de roche n'insista cependant pas, alors qu'Aqua éclatait de rire.
—Violent, cet escalier, avec des griffes acérées. Une vraie tigresse, cette enfilade de marches…
Le haussement de sourcils et le sous-entendu peu subtils firent lever les yeux de Prof au ciel et soupirer Aura. Ne pouvaient-ils pas seulement cesser d'être de fieffés abrutis, ces deux-là ? Galerne se contenta de faire claquer sa langue en jetant un regard vide à Benzine qui haussa les épaules pendant que Fire retirait ses lunettes pour les nettoyer. Attila s'éclaircit la gorge.
—Croyez-moi, messieurs, nous avons bien plus urgent à régler que vos conflits tant stériles que puériles. Grandissez l'espace d'une réunion.
Il fit claquer les documents qu'il avait récupérés dans la chasse d'eau sur la table où étaient accoudés les autres membres du conseil, qu'il dévisagea tour à tour.
—On est mal, les gars.
Ayant attiré l'attention des autres, Attila finit par s'asseoir dans son fauteuil, ne s'attardant pas davantage sur le confort de son assise. Il se balança dessus, le temps de trouver ses mots, alors que la tablée l'observait, dans l'attente.
—C'était un résumé très rapide, finit par craquer Fire. Tu peux développer un peu ?
Attila lui lança un profond regard avant de hocher la tête.
—J'ai un informateur au sein du groupe d'intervention de Sarah Crush. C'est une source plus que sûre.
—Nous faisons confiance à tes sources, Attila, abrégea Aura d'une voix froide. Continue. Tu m'inquiètes.
—Et pour cause, reprit le colosse. L'armée compte attaquer dans trois semaines. Il faut qu'on ait décampé d'ici avant, si on ne veut pas tomber dans une embuscade.
Un silence horrifié plana sur l'assistance alors que tous imaginaient le château d'Earth encerclé par les forces armées, les dresseurs souterrains tomber les uns après les autres, rendant l'âme ou les armes et tous, d'un même mouvement, secouèrent la tête.
—Il faut à tout prix éviter ça, soupira Earth d'une voix inquiète.
Elle jeta un petit regard à Prof qui cligna des yeux, avant de passer une main dans le dos de l'Élémentale pour la réconforter. Elle frissonna légèrement et sourit doucement, posant ses doigts sur la cuisse de Prof. Fire toussota pour attirer les attentions sur lui.
—On devrait s'en aller, alors, suggéra-t-il d'une petite voix.
Tous les autres membres du Conseil hochèrent la tête et Galerne proposa qu'ils déterminent une date, afin d'effectuer les préparatifs au plus vite et de pouvoir se tenir prêts.
—Je dirais, intervint Aqua, qu'il faudrait qu'on parte dans la semaine. Demain ou après-demain.
—Hors de question, siffla Régis. Psyko ne survivrait pas à un déplacement.
—Et ? ricana l'Élémental d'eau. Ce ne serait ni un drame, ni une grosse perte.
—Ta gueule, tout de suite.
Aqua n'écouta pas, se laissant aller plus en arrière sur sa chaise, se parant d'un sourire rêveur.
—Le bonheur complet et absolu. On a déjà rayé Ln(3) de la liste, cette traînée était la pomme pourrie de notre panier, une pauvre traîtresse. Encore heureux qu'elle n'ait pas eu un formateur compétent, qui aurait pu lui divulguer de véritables secrets. Et maintenant, c'est Psyko qui risque d'y passer si on bouge trop rapidement. Sauver mon cul et voir Psyko mourir en même temps, ce serait le comble de la jouissance pour moi.
Attila amorça un geste tremblant de rage mais s'interrompit en voyant Prof envoyer balader sa chaise, se redressant d'un air plus menaçant que jamais, ses jointures serrées en proie à de violents sursauts d'une colère sourde. D'une voix rauque, il lança :
—Ferme ta gueule, maintenant.
Le ton impérieux fit même légèrement reculer Aura qui porta un regard étonné à Prof. Elle ne l'avait jamais vu dans une telle fureur et pourtant, elle avait dû en subir les foudres quand Psyko s'était évadé de sa prison de servitude. Aqua, lui, ne se méfia pas. Il haussa un sourcil moqueur.
—Et sinon, tu vas faire quoi ? Me tabasser m'empêchera pas de penser que Psyko n'a sa place que dans un tombeau, ou à la rigueur, au bout d'une laisse, aux pieds d'Aura.
Celle-ci, bien que l'image ne lui soit pas déplaisante, fronça les sourcils.
—Tu vas trop loin, Aqua, dit-elle dans une tentative vaine d'apaiser les deux partis. Et ne mêle pas ma vie sexuelle à tes conflits avec Prof, s'il te plaît.
Sa réplique ne sembla même pas atteindre Régis qui, sans coup de semonce ou prendre la peine de contourner la table, se jeta en avant, glissa sur le battant de bois qui le séparait d'Aqua. Il saisit son vis-à-vis par les cheveux avant de lui enfoncer le visage dans le bois de noyer. Le nez de l'Élémental aquatique se brisa dans un craquement écœurant qui arracha une moue dégoûtée à Earth.
Étouffant un gémissement de douleur, portant une main à son nez ensanglanté, Aqua pivota sur sa chaise, assénant un coup violent à Prof qui grimaça et tomba aux pieds de son rival, arrêtant de justesse le coup de genou qui lui aurait immanquablement brisé plusieurs dents.
Ils roulèrent à terre, Aqua étant tiré de sa chaise par Régis, échangeant quelques coups, tous plus enragés les uns que les autres et ils finirent leur course au bout de la table, près de Galerne. Régis, qui finit par avoir le dessus, se tenant à califourchon sur Aqua. Il leva le poing. Earth cria :
—Galerne, fais quelque chose !
L'Élémental d'air poussa ses pieds pour ne pas salir ses chaussures, s'attirant le regard atterré des autres. Régis abattit son poing sur le visage d'Aqua.
—Psyko n'est pas le Ponchien d'Aura ! Psyko vaut mieux que ça !
Un autre coup de poing alla ponctuer sa phrase sur le visage d'Aqua. Attila grogna et se leva, parcourut la distance le séparant des deux chiffonniers, puis il attrapa Prof par le col de sa blouse, avant de le soulever de terre pour le lancer à l'autre bout de la pièce. S'écrasant douloureusement contre le mur, Régis ne bougea pas, cherchant à retrouver son souffle qui s'était enrayé dans sa rage. Il regarda le colosse lancer un regard dégoûté à Aqua.
—Tes mots sont bien pires que du venin de Tentacruel. Tu as de la chance qu'on ne soit pas en temps de paix et que je doive m'asseoir sur mon honneur. Mais méfie-toi. Après ça, mon ombre sera toujours dans ton dos pour laver l'affront.
Régis finit par se relever, massant les endroits où les coups de l'autre Élémental s'étaient durement enfoncer, puis il retourna s'asseoir dans sa chaise, alors qu'Attila et Aqua en faisaient de même. Prof soupira.
—Donc, dit-il, indifférent au regard inquiet que lui portait Earth, avant que l'autre idiot sorte ce monceau total et ignoble de conneries, je disais, on ne peut pas se déplacer dans la semaine, c'est impossible. Psyko y passerait. Et il est impossible d'organiser notre fuite si rapidement. Pour aller où ? Et comment ?
Attila échangea un regard avec Aura, qui hocha légèrement la tête. Benzine, qui était resté silencieux jusqu'à présent prit la parole pour suggérer une autre planque. Earth fit la moue. Ce n'était peut-être pas prudent. Autant de dresseurs se déplaçant vers le même endroit, c'était vraiment trop flagrant. Attila approuva et suggéra qu'ils s'y retrouvent, certes, mais en y arrivant par petits groupes, par des chemins détournés et pour peu de temps. Il acheva par :
—Ce serait juste le temps de nous retourner, pour penser à une stratégie différente. La nôtre n'est pas bonne pour l'instant. L'armée veut nous déclarer une guerre sans mercis, alors montrons-nous à la hauteur, répliquons.
Un silence plana et tous soupirèrent, approuvant le plan d'Attila, qui décréta qu'ils seraient partis deux semaines plus tard, pas un jour de plus, ni de moins. Partir trop tôt trahirait son agent double, partir trop tard risquait de compromettre leur fuite, puisque l'armée allait sans doute les encercler pour leur couper toute retraite.
Régis posa les yeux sur le formateur de Sacha et observa son visage avec attention. C'était la première fois qu'il le voyait de cette façon, comme un chef aguerri, comme un meneur d'hommes et de troupes. Sans doute allait-il tous les sauver. Son cœur se serra à cette pensée et il se leva, suivant le mouvement des autres Élémentaux qui quittaient la pièce, ne laissant qu'Aura et Attila dans la salle de réunion. Alors qu'il allait franchir la porte, regardant sans les voir Earth et Benzine s'éloigner en discutant, une main manucurée lui barra la route.
—Prof, reste, s'il te plaît. On souhaiterait te parler, Attila et moi.
Jetant un regard interloqué à Aura, Régis hocha la tête, malgré lui rassuré de ne pas se retrouver seul avec la dominatrice. La porte de la salle de réunion claqua et ils discutèrent longuement.
Prof s'attendait à pas mal de choses, mais certainement pas ça. Son regard passait de l'un à l'autre, qui, appuyés sur une table, lui expliquaient tout et il sentait son visage perdre toutes ses couleurs, au fur et à mesure du discours des deux Fondateurs. Il promit de ne rien dire et consulta sa montre, affirmant qu'il était temps qu'il regagne son infirmerie, pour être sûr que le traitement faisait effet sur Psyko.
Groggy, les yeux supportant mal la vive lumière qui flashait sur les murs trop blancs de l'infirmerie, Sacha se redressa, portant une main à ses tempes pour tenter d'empêcher le silence violent de résonner dans son crâne, se répercutant dans tous les coins de sa tête. Clignant rapidement les paupières, il tourna la tête sur le côté pour voir Prof endormi près de lui et il soupira. Que s'était-il passé ? Son dernier souvenir remontait au musée quand… Il écarquilla les yeux et sursauta, réveillant Régis dans son mouvement brusque. Son élève l'avait empoisonné et laissé pour mort.
—Chaaaaa, gémit une petite voix à ses pieds.
Sacha tourna la tête et sourit.
—Pikachu, tu es là !
La souris jaune se déplaça sur le lit, prudemment, comme pour s'assurer que son dresseur était bien réveillé, et d'un bond, Pikachu se jeta dans ses bras avec un « Pikapika ! » réjoui, frottant sa joue rouge contre celle de Sacha, qui sourit légèrement puis bien plus franchement quand les poils du Pokémon le chatouillèrent. Grattant Pikachu entre les oreilles, il leva les yeux vers Régis qui l'observait.
—Je suis resté inconscient longtemps ?
—Deux jours. On a tous cru que tu allais y rester.
Régis posa une main sur l'épaule de Sacha et lui sourit.
—Tu m'as fait peur, tu sais.
Sacha se contenta de baisser les yeux et de soupirer. Lui aussi avait eu peur. C'était une chose de s'amuser de temps en temps avec les poisons bas de gamme de Cécile, ç'en était une autre de servir de cible à son Raptou le plus virulent.
Ne retenant pas un frisson quand il se souvint de la sensation de ces milliers de piqûres le traversant de part en part, de cette impression de suffoquer et de se noyer dans l'air, Sacha pinça les lèvres. Ce contraste entre ce qu'il avait lu dans les yeux de l'ingénieure et ses actes le perdait de plus en plus. Il ne comprenait pas. Comment pouvait-elle lui dire qu'elle l'aimait et l'empoisonner comme ça ? Le murmure que lui seul avait entendu, juste avant qu'elle ne s'attaque sauvagement à lui restait gravé dans sa mémoire. « Je te jure, Psyko, c'est pas parce que je ne t'aime pas, que je fais ça, bien au contraire. Je t'aime, mais pas assez. »
—Salope, jura-t-il.
Régis tourna les yeux vers lui, cessant son examen médical sommaire en secouant la tête.
—Tu as l'air d'aller bien, physiquement. Moralement, ça va ?
—Comme quelqu'un qui a été trahi, empoisonné et abandonné par quelqu'un qui lui était cher. Je pète la forme, compléta Psyko ironiquement. Je m'en remettrai.
Se parant d'un faux sourire, Sacha rejeta les couvertures en arrière, alors que Régis le plaquait contre son lit pour le forcer à rester alité.
—Regarde, ça y est, je m'en suis remis. Allez, laisse-moi sortir, Prof, déconne pas.
—Psyko, reste calme. Il s'est passé des choses en deux jours. Et puis… J'en connais deux qui sont impatients de te voir. Ils sont derrière la porte en pensant que je ne le sais pas. N'est-ce pas Artik, Neko ?
La porte de l'infirmerie s'ouvrit et Ange, qui était dans la pièce attenante, retint un petit pouffement amusé en voyant les deux entrer d'un air penaud. Ces quatre-là étaient drôles. Ils étaient attachants et l'infirmière trouvait ça beau. Une telle amitié, comme elle en partageait une avec Stup, était belle et elle trouvait dommage que Ln(3) ait choisi la facilité en trahissant. Mais ça n'importait pas dans l'immédiat. Ils avaient plus urgent à régler.
Il fallait justement qu'elle passe voir Galerne, elle devait lui demander conseil, à propos de son Altaria, ça lui faisait une excellente excuse pour déserter l'infirmerie et laisser les quatre amis se retrouver sans témoin. Elle contempla Artik glisser sa main dans les cheveux de Psyko, le décoiffant encore plus qu'il ne l'était et Neko grimper sur le lit s'asseyant en tailleur, tournant ostensiblement le dos à Prof à qui elle n'avait pas adressé un mot. Les trois dresseurs souterrains riaient. C'était peut-être un peu forcé, mais il y avait une vraie joie dans leurs yeux, de se contempler encore vivants et Ange appréciait ces moments à leur juste valeur.
Frôlant l'épaule de Prof, elle lui fit signe qu'elle sortait et il hocha la tête, touché par le geste. C'était ça qui faisait qu'il adorait Ange et toute sa famille souterraine. Earth et Ange avaient toujours su faire montre d'une grande discrétion, d'un tact et d'un savoir-être que d'autres, pensa-t-il en regardant Neko l'ignorer, n'avaient pas. D'accord, il n'aurait pas dû sous-entendre que sa profession était facile, surtout qu'il savait très bien qu'elle avait tendance à être susceptible là-dessus, mais elle avait des torts aussi !
Soupirant, il s'approcha un peu plus du trio, qui discutaient joyeusement, taquinant Sacha qui boudait toujours plus, du rire au fond des yeux.
Soudain, la lueur disparut et Psyko redevint sombre, colérique. L'attitude de Neko se modifia aussi, elle se tendit et Artik se redressa légèrement. Leur communication non verbale était impressionnante. Prof baissa les yeux. Lui aussi avait compris.
—Les mecs, commença Psyko.
—Oui, approuva Neko. Je suis d'accord.
Artik se contenta de hocher la tête et Prof n'eut aucune réaction. Ce fut Neko qui attaqua la partie sérieuse du débat en rapportant la discussion qu'elle avait eue avec Ln, quand elle lui avait fait promettre de la tuer si nécessaire. La dresseuse furtive acheva son discours :
—Ça ne me fait pas plaisir, loin de là. Mais…
—C'est devenu nécessaire, compléta Artik en soupirant.
—Putain de bordel de merde, jura Psyko.
Ça résumait assez bien l'état d'esprit de l'ensemble des dresseurs souterrains présents dans la pièce, même celui de Prof qui s'était remis en retrait, ne voulant pas participer à cette promesse qu'il lisait dans les yeux des autres. Lui ne voulait pas promettre de tuer Ln(3) s'il la croisait un jour, lui ne voulait pas avoir de sang sur les mains.
Il les contempla parachever la promesse dans un échange de regards graves puis il sortit de la pièce à son tour. Il avait l'impression de suffoquer dans l'air glacial et chargé de mort qui entourait ses trois amis. Il lui fallait autre chose. Peut-être allait-il passer voir Earth, elle savait toujours trouver les bons mots pour le secourir.
En arrivant dans le hall d'entrée, alors qu'il glissait ses mains dans ses poches, il eut la surprise de voir Levrette débarquer près de lui, semblant chercher quelque chose. Il l'arrêta, elle lui sourit :
—Alors, Psyko va mieux ?
—Il est tiré d'affaire. Tu cherches quelque chose ?
—Oui, confirma Levrette en passant une main sur sa nuque. Quelqu'un, en fait. Tu n'aurais pas vu Drake ? Je voulais lui parler et je l'ai perdu de vue.
—Il n'est pas dans son dortoir ?
—Non, j'ai tapé à la porte, personne n'a répondu.
Levrette soupira. Puis elle regarda l'Élémental.
—J'ai peur, confessa-t-elle d'une petite voix.
Renonçant à l'idée de voir Earth, Régis offrit un pâle sourire à la benjamine de la Ligue Souterraine. Posant une main sur son épaule, il la conduisit jusqu'aux cuisines du château, où il la fit asseoir sur une chaise avant de demander des boissons chaudes pour les réchauffer.
Quand Levrette porta sa tasse à sa bouche, elle sourit franchement.
—Merci, Prof.
Tirant une chaise pour lui, Régis eut un mouvement de la main difficile à interpréter. Levrette soupira.
—La Ligue Souterraine… À ton avis, on va s'en sortir ?
Régis lui lança un petit regard sans réelle signification. Il était vrai qu'elle avait beaucoup perdu, ces derniers mois. Elle avait dû, à dix-sept ans, prendre la vie de son frère devenu fou, seule famille qui lui restait. Si jeune et déjà si auréolée de sang, si ce n'était pas malheureux.
—Non, dit une voix en le sortant de ses pensées.
Réalisant qu'il avait parlé à voix haute, il lança un regard d'excuses à Levrette qui secoua sa main. Elle posa sa tasse avant d'appuyer ses omoplates sur le dossier de la chaise.
—Rudy était devenu fou, Prof. Je n'ai pas eu le choix, je ne… Je ne voulais pas le laisser me prendre ma nouvelle famille. Je ne suis pas seule. Il y a toujours Ondine, Psyko, Ben, Nico… Et Drake…
Un doux sourire s'étalait sur son visage et Régis passa une main dans ses cheveux, gêné.
—Je… Je ne… Je suis… Désolé…
—Pourquoi tu t'excuses ? s'étonna l'ancienne belle-sœur d'Ondine. Tu sais, je ne suis pas malheureuse. Tant que mon maître sera près de moi, je n'aurais rien à craindre de personne, n'est-ce pas ? Je sais… Je sais qu'il me protègera. Et il sait que je le protègerai. Lui et moi, on est une équipe. Tu connais ça, toi aussi, non ?
Régis hocha la tête, sentant toutes ses craintes s'évanouir un peu. Oui, il était ami avec le Quatuor infernal, devenu Trio mais n'ayant pas perdu son statut de pire plaie de la Ligue Souterraine. Tant qu'ils seraient unis, tout irait bien. Tout devait bien aller.
—Merci Lev'.
La base militaire dans laquelle était installé le commando Reshiram – dans laquelle le commando Spiritomb squattait sans vergogne pour pouvoir s'adonner à des tortures – avait la chance d'être parfaitement conçue et située. Le général Sévignan était fier que ses hommes occupent cet endroit, chacun mettant en relief l'autre.
Vaste, elle possédait trois immenses bâtiments, plus deux en sous-sols, cachés à la vue des civils qui venaient visiter pour des journées portes ouvertes, quelques arbres parsemaient la cour où des véhicules sans la moindre importance étaient garés. Cette cour servait également de zone d'entraînement et de terrain de combat en situation réelle.
Forçant sur ses jambes pour pouvoir finir son tour de la base dans ses temps – meilleurs que ceux de ses subordonnés, bien entendu. Il se devait de les surpasser dans tous les domaines – Altaïr sourit en tournant la tête vers son Pokémon qui trottinait derrière lui.
—Alors, ma vieille, tu suis ?
—Ooorr, grogna le Pokémon qui semblait passablement essoufflé.
Ralentissant l'allure, estimant qu'il était inutile d'épuiser la pièce maîtresse de son équipe, le général Sévignan avisa du mouvement dans son bureau. Il fronça les sourcils et dévia sa course, évitant de glisser sur une plaque de verglas – l'hiver était vraiment rude cette année – avant de s'engouffrer dans le bâtiment, saluant ses hommes au passage. Il était sûr de ne pas avoir rêvé, cette haute stature, c'était…
Ouvrant la porte de son bureau, rappelant son Pokémon qui le suivait toujours et se mettant au garde à vous, le général de brigade Sévignan déglutit, énonçant son grade, son nom et son numéro de matricule. C'était lui, il ne s'était pas trompé.
Ému, un peu impressionné, Altaïr déglutit encore, raide comme un piquet, examinant la silhouette de l'homme qui lui tournait le dos. Âgé d'une cinquantaine d'années, peut-être un peu moins, la stature haute et imposante, la musculature développée et les cheveux commençant à virer au blanc, observant une photo que Sévignan avait posée sur l'armoire qui était derrière son bureau, les mains croisées dans son dos, resplendissant dans son uniforme de sortie qui laissait deviner un nombre impressionnant de décorations, le général des armées, chef d'état major et bras armé du gouvernement se trouvait devant lui.
—Général Nérée, je suis surpris de vous trouver dans mon bureau, je n'ai eu aucun ordre concernant votre visite, je…
L'homme tourna ses yeux bleus sur le général Sévignan qui se tut et se redressa davantage encore. La voix plutôt fluette de l'homme, qui contrastait tant avec l'assurance qui se dégageait de lui, trancha :
—C'est une visite officieuse, Altaïr. Repos. Offrez-moi plutôt un siège et un verre de ce whisky que je devine caché dans votre tiroir.
Le général Sévignan hocha la tête en contemplant son supérieur, le chef suprême de l'armée, s'asseoir dans un des fauteuils moelleux qui mangeait une partie de son spacieux bureau d'un air étonné.
Le général des armées Nérée était une légende parmi les légendes. Ses états de service étaient exemplaires et encore à son âge, à son grade, il n'hésitait pas à embarquer ses Pokémons aquatiques pour aller sur les champs de bataille donner du fil à retordre aux ennemis de l'état. C'était son idole depuis qu'il savait marcher et il se tenait devant lui en chair et en os. Altaïr en était tout secoué.
La bataille aurait lieu dans deux semaines, recevoir ce mythe dans son bureau lui donnait encore plus envie de retourner en entraînement pour se défoncer. Il servit un verre à son supérieur et resta debout, attendant l'ordre de s'asseoir, sachant très bien que cet ordre ne viendrait pas.
Les glaçons cliquetèrent contre le verre et le général Nérée dévisagea son subalterne.
—Il se brosse un portrait fort élogieux de vous, en haut lieu, Altaïr. Courageux, stratège, intelligent, sans pitié, avec un sens aigu de l'honneur…
—Je vous remercie, mon général, s'étrangla Sévignan dans un silence.
—Ainsi, je vous prie de ne pas vous offenser de ce que je suis venu vous annoncer en personne. Vous ne serez pas envoyé sur le front, dans quatorze jours.
Toute l'admiration qu'Altaïr mettait dans ses gestes depuis le début de la rencontre s'évapora sous la surprise. Il avait dû mal comprendre. Son commando, le meilleur des dix commandos de l'armée, ne serait pas présent ? C'était impossible. Pourtant, dans le regard du chef d'état major, il n'y avait aucune trace de plaisanterie.
—Vous êtes sérieux ? s'énerva Sévignan. Mais POURQUOI ? Ce commando est le mieux entraîné pour parer à ce genre de situations !
Le général Nérée fixa son regard sur la porte, forçant Altaïr à regarder l'image grand format de ce connard de Cédric Williams qui y était fixée. De multiples petits trous attestaient de la fonction de jeu de fléchettes de la photo.
—Vous posez-vous sérieusement la question ? Vous êtes bien trop impliqué.
—Un de mes hommes est infiltré dans la Ligue Souterraine ! protesta Altaïr en ignorant son supérieur. Je ne peux pas le laisser là-bas !
—Il sera rapatrié, affirma le général Nérée. Je ne suis pas en train de vous demander votre avis, général Sévignan. Je trouvais plus judicieux de venir vous informer moi-même mais cela ne vous donne pas le droit de discuter pour autant.
Fulminant, Sévignan serra les poings.
—C'est pour votre bien et pour votre carrière que je fais ça, jeune Altaïr. Vous comprenez bien que je ne peux pas vous laisser vous compromettre avec cette opération commando. Vous êtes, bien avant le général Crush, destiné à me succéder.
Le général Nérée laissa passer un silence pour que ce qu'il disait s'imprègne dans l'esprit de son subordonné.
—Mais vous manquez de maturité. Quel âge avez-vous ?
—Trente-deux ans.
—Effectivement, vous êtes jeune. Ma décision est prise et elle a été approuvée par le conseil. Je ne me raviserai pas.
Soupirant, contenant tant bien que mal sa rage et foudroyant le poster de Williams des yeux, Altaïr baragouina un « Très bien, mon général » qui mourut dans sa gorge quand il entendit le chef d'état-major lui réclamer Cécile et son père.
—Pardon ? s'exclama-t-il. Mais NON ! NON ! Je ne peux pas vous confier le lieutenant ! Elle est actuellement chargée d'une mission de la plus haute importance et… Non, non, non, tout ce que vous voulez, mais pas elle.
—Vous entretenez une relation charnelle avec elle ?
La grimace écœurée qui apparut sur le visage du général Sévignan fit sourire Nérée.
—Alors pourquoi ne pas me la confier le temps d'une opération putsch ?
—Pourquoi elle ? grommela Sévignan. Elle ne sert à rien en combat.
—Parce qu'elle et le capitaine Ducan ont tous les deux fréquenté la Ligue Souterraine. Ils peuvent nous servir à déstabiliser cette bande de malfrats. Pourquoi sommes-nous en train d'épiloguer, général Sévignan ? Ce n'était pas non plus objet à discussion.
Altaïr se détourna pour contempler par la fenêtre le décor de sa base. Il était encore trop tôt pour laisser Cécile hors de son contrôle. Il soupira. Il n'avait de toute façon pas le choix.
—Très bien. Mais je pense que vous risquez de vous en mordre les doigts, elle est très instable. Je vous la fais livrer à quelle adresse ?
Quand son oreillette grésilla, le capitaine Ducan dut faire appel à tout son calme pour ne pas sursauter et attirer l'attention sur lui, alors qu'il était entouré de dresseurs souterrains. Le léger son ne fut pas remarqué et il se leva, prétextant un coup de fatigue et un besoin de s'isoler, pour rejoindre son dortoir déserté par le reste de son équipe. S'écroulant de nouveau sur son lit, il souffla :
—J'étais avec d'autres dresseurs de la Ligue, vous avez failli me faire prendre.
—Capitaine, siffla la voix du général Sévignan, ce n'est pas ainsi qu'on s'adresse à un supérieur.
Le capitaine se redressa, perplexe et inquiet. Pourquoi n'était-ce pas le colonel Abille qui s'occupait de lui délivrer le message ?
—J'ai intercepté la communication grâce au lieutenant, avant qu'elle ne parte. Capitaine Ducan, comment allez-vous ?
—Mon général, je vais bien, depuis cet été. Le régiment me manque.
—La délivrance est proche… La bataille est maintenue, mais Reshiram ne participe pas.
—Il fallait s'y attendre, mon général. L'hostilité entre Williams et vous est bien trop vive pour que les hauts placés prennent le risque de compromettre l'opération.
Un silence se fit entendre avant que le général ne reprenne :
—Je suis le seul à ne pas l'avoir vu venir, alors… Le lieutenant m'a dit la même chose. Mais les autres… Ils se faisaient une joie de se lancer dans la bataille…
—Ce n'est que partie remise, mon général. Quels sont vos ordres ?
Le capitaine Ducan, comme tous les membres du groupement Reshiram, ne prenait ses ordres, les vrais, qu'auprès du général Sévignan. Il était le seul à pouvoir lui dire quoi faire pour honorer Reshiram comme il le fallait et le capitaine n'avait pas oublié ça, malgré les années, malgré son infiltration. Quand on intégrait le commando Reshiram, on l'intégrait jusqu'à la fin.
Le cœur du capitaine se serra. Partagé entre deux amours dont aucun ne supplantait l'autre, il ne savait quoi faire. Devait-il obéir à la voix du général, qui lui disait de rejoindre l'armée pendant la bataille, qu'il était un atout essentiel dans cette bataille ? Devait-il écouter le ronronnement des jeux de ses camarades de la Ligue Souterraine qui se disputaient joyeusement, vivant leurs derniers moments d'insouciance avant la grande débâcle ?
—Bien, mon général.
Fin du débat intérieur. Il ne pouvait pas trahir Altaïr Sévignan, l'homme qui lui avait donné une chance, qui avait été le chercher, alors qu'il était désœuvré pour le faire entrer dans les rangs, lui promettant que sa vie serait quelque chose d'utile. Il ne pouvait pas tourner le dos à celui qui lui avait servi de modèle. C'était impossible. Alors tant pis. Tant pis si la Ligue Souterraine lui était chère, tant pis s'il avait appris à aimer cette association, tant pis s'il avait fini par être vraiment lui-même au contact de tous ceux qui étaient devenus des amis, une autre famille. Le général avant toute autre chose. C'était lui, sa vraie famille, à présent qu'il avait perdu Juliette.
—Alex ? Je compte sur toi. Rentre à la maison sain et sauf.
La communication fut coupée et le capitaine Ducan arracha son oreillette poussant un profond soupir.
—Tu es sûr qu'on peut entrer chez les gens, comme ça ?
Il regardait en tout sens, inquiet de se faire disputer. Psyko lui lança une bourrade.
—Attila, c'est pas les gens. JE SUIS RENTRÉ ! clama-t-il en franchissant le seuil, l'invitant à faire de même.
Surgissant du salon, l'air revêche, la petite bonne femme qui arriva droit sur eux leur fit avoir un petit mouvement de recul puis elle serra Psyko dans ses bras.
—Oh, mon petit, tu es revenu !
Pikachu sauta sur le capitaine Ducan, se réfugiant dans ses bras avec un « Pikaaaa » furieusement inquiet et le capitaine eut la surprise de voir Psyko blanchir. La petite femme le souleva de terre, avant, pliant les genoux et basculant en arrière, de le projeter à travers le couloir. Psyko atterrit douloureusement sur le mur, étouffant un gémissement.
—TU AURAIS PU PRÉVENIR QUE TU SERAIS EN RETARD POUR LE DÎNER !
—Rachel, tonna une voix profonde, laisse-le tranquille…
Attila, cette masse inquiétante même pour le capitaine qui était loin d'être un petit morceau, franchit le seuil de la cuisine, un tablier enroulé autour des hanches et un torchon à la main. Il dévisagea le capitaine pour lui sourire.
—Tu es là, toi aussi ?
—Euh… Oui, je… Je vais partir, je n'aurais pas dû venir, mais Psyko m'a dit que tu pourrais faire quelque chose pour mon Dracolosse qui s'est blessé et… Je suis désolé.
Attila se fendit d'un sourire qui lui remua les entrailles. Il se dégageait de lui le même paternalisme protecteur que le général. Déglutissant, il attrapa la paluche tendue et la serra.
—Bienvenue à la maison.
—Bienvenue à la maison, hein, soupira le capitaine en revenant au présent. Quelle comédie !
Il se leva et sortit de son dortoir, enfonçant rageusement ses mains dans ses poches. Qu'ils aillent tous se faire voir, ces maudits dresseurs souterrains.
Earth frissonna et resserra sa veste sur elle. Le vent qui balayait son domaine était bien plus glacial que ce qu'elle avait imaginé. Elle laissa échapper un sourire en entendant la voix de Psyko dans le parc, faire écho à celle de Prof qui le disputait, l'enjoignant à se tenir tranquille pour s'occuper de sa convalescence et elle tourna un regard sur l'autre aile de sa demeure, vide de toute présence humaine. Raiku, Aura, Artik et Neko étaient en pause et c'était elle qui était chargée de surveiller les alentours.
Un courant d'air plus frais la fit sursauter et elle pivota doucement sur elle-même, déglutissant. La présence qu'elle sentait près d'elle, elle la connaissait trop bien. Deux mains frôlèrent ses épaules et se refermèrent dans une étreinte chaude, alors qu'elle se tendait, ne pouvant s'esquiver trop violemment.
—On sait tous les deux comment ça va finir, cette histoire…
Il y avait un sourire dans sa voix, sur ses lèvres qui caressaient doucement le cou d'Earth qui sentit sa peau se piquer de chair de poule. Le froid glacial du vent lui parut soudainement bien plus agréable que la chaleur du corps qui se pressait contre le sien. Elle réprima un frisson.
—Isolde, soupira-t-il, ne me fuis pas comme ça, ça me fait mal.
—Dégage, siffla Earth. Et ne te permets pas de prononcer mon prénom comme si nous étions proches.
Elle se débattit légèrement puis de plus en plus fort en sentant une main glisser sous ses vêtements. Il ne payait pas de mine mais il avait de la force, quand il savait ce qu'il voulait. Mordant ses lèvres pour ne pas appeler au secours les gens qu'elle entendait s'agiter dans le parc, elle prit sur elle, transformant son dégoût en un autre frisson qui piqueta sa nuque de petits points plus clairs, quand sa main se glissa sous la ceinture de son pantalon. Elle se débattit un peu plus, alors qu'il reprenait :
—C'est tellement malheureux de penser que de toute façon, ils vont tous mourir… Je commencerai par tuer Prof…
—Non ! s'exclama-t-elle, renonçant à l'idée de dissimuler sa peur.
Elle parvint enfin à s'arracher à l'étreinte pour darder sur son vis-à-vis un regard plein de haine.
—Ne t'approche pas de lui !
Un rire la cueillit et elle se redressa, alors qu'il écartait les mains, innocent.
—Je plaisantais, Earth. Pour te détendre un peu. Tu es tellement sous pression, ces temps-ci…
Cependant, elle ne riait pas. Le toisant, ne sachant trop comment prendre cette réflexion, elle contempla les cheveux noirs et bouclés négligemment attachés, le regard clair et éteint, la pâleur émaciée des traits, la maigreur du corps trop frêle, sur lequel les vêtements et la blouse pendaient mollement. Elle finit par sourire, lui accordant le bénéfice du doute et elle se détourna pour s'appuyer sur la rambarde du toit, ignorant son instinct qui lui hurlait de ne pas tourner le dos à ce type inhumain. Elle devait lui faire confiance.
Peut-être cet excès de confiance était-il mauvais, pensa-t-elle en observant les nuages qui s'amoncelaient dans le ciel. Mais elle avait envie de croire en la cohésion de la Ligue Souterraine. Elle passa donc à côté du regard noir et empreint d'une lueur d'anticipation extatique. Il s'approcha d'elle et s'appuya sur la rambarde à son tour, contemplant longuement Prof courir après Psyko et Pikachu, puis il ricana.
—Peut-être bien que tu sais ce que je ressens, toi… Leur amitié est tellement particulière qu'elle laisse place à la spéculation…
—Ils sont juste amis, contre-attaqua Earth. Mais tu ne peux pas effleurer la vérité de ce mot.
—Amis, hein ? Peut-être… Psyko est sans aucun doute l'ami de Prof… Mais Prof, lui, ressent bien plus qu'une simple amitié pour Psyko et tu le sais… Ne le hais-tu pas pour ça ?
Elle retira son bras de la rambarde de pierre alors qu'elle voyait les doigts de l'autre glisser lentement dessus pour frôler sa peau. Le fusillant du regard, elle lança :
—Les sentiments ne se contrôlent pas et il serait trop vain de le faire changer. Pourquoi devrais-je haïr Psyko alors qu'il ignore tout de l'amour que Prof lui porte ?
Portant ses mains à sa bouche, réalisant ce qu'elle avait laissé échapper, Earth écarquilla des yeux surpris. Souriant tristement, elle secoua la tête, une mèche brune rebelle voletant en tout sens.
—Même lui ne se rend pas compte qu'il est amoureux. Alors ça n'a pas d'importance.
—Pas d'importance ? Alors que tu pourrais l'avoir, il te suffirait d'éliminer Psyko…
—Non, trancha Earth. Je refuse de tomber dans l'égoïsme d'un tel acte inconsidéré. Prends-en de la graine, si tu veux gagner le statut d'homme un jour.
Elle se détourna sans un regard en arrière, tentant vainement d'ignorer son cœur battant de toutes ses forces, empli d'une peur sourde, cette même peur qui la prenait en tenaille à chaque fois qu'elle le croisait et qu'elle était seule.
Le pianotage de ses doigts sur le clavier était l'unique bruit qui brisait le silence de la salle informatique que Nerd occupait seul, sirotant un immense gobelet pouvant contenir un litre de café.
De la musique résonnait dans ses oreilles à l'aide d'un casque, tandis qu'il surfait sur la toile, farfouillant le net, à la recherche d'informations, assurant la permanence de nuit, insomniaque qu'il était. Par acquis de conscience, il regarda par-dessus son épaule, avant de lancer un petit programme qu'il avait codé lui-même, enfilant de nouveau la sombre casquette. Black Hats. C'était ainsi que les autorités définissaient ceux qui aimaient les petits jeux auxquels il s'adonnait suffisamment régulièrement que ce soit considéré comme un hobby. Mais ce n'était pas de sa faute, si les White Hats ne signalaient pas les failles béantes dans lesquelles il s'engouffrait en sirotant son café à la paille, écoutant un groupe de black métal nommé les Grotadmorv Déchaînés.
N'ayant pas envie de déroger à la tradition instaurée bien avant la trahison de Ln(3), Nerd mit ce même groupe avant de commencer son craquage, pianotant en essayant de garder le rythme, lisant ce qui apparaissait sur son écran.
Soudain, il sentit le sang déserter son visage et son cœur et il arracha son casque de ses oreilles pour ne pas associer les mots qui lui sautaient au visage à cette mélodie gutturale dont il raffolait, pour ne pas associer la sourde angoisse qui montait en lui à la voix du chanteur des Grotadmorv Déchaînés.
« Arène ». Hélas, il ne savait que trop bien quels étaient ces tremblements qui agitaient ses mains, l'empêchant de taper correctement la commande d'impression de la page. C'était la peur. Les flashs qui lui revenaient, le bâtiment qui s'affichait, le sourire de Cécile.
« Assaut ». Il rejeta sa chaise en arrière, avant de se lever et se précipiter vers l'imprimante pour récupérer la feuille où était enfin la sentence, l'horrible révélation. La chose qu'il n'aurait pas voulu lire et qui lui faisait presque regretter de détester les enfants, de préférer les craquages.
« Clémentiville ».
Nerd se dépêcha de gravir les marches, maudissant comme à chaque fois qu'il devait rejoindre les quartiers de l'équipe médicale son manque de souffle, puis il jeta un œil sur la porte au bout du couloir, celle qui ne s'ouvrait plus depuis que Cécile était partie sans prévenir, sans lui. Cependant, il ne s'en approcha pas, trop conscient de l'inutilité d'un tel acte et il se contenta d'ouvrir celle juste à côté, cherchant à tâtons l'interrupteur qu'il actionna, provoquant un gémissement de la part de l'occupant du lit, suivi d'un sursaut.
—P… Prof, murmura Nerd. Au secours.
L'Élémental se redressa, aveuglé par la lumière qui venait de le tirer du sommeil, tenant la Pokéball de Noctali dans sa main, et il jeta un regard à l'air paniqué de Nerd, qui n'en menait vraiment pas large. Il faisait les cents pas devant le lit, donnant le tournis à Régis qui arrêta bien vite de le regarder faire, de peur de finir avec une migraine carabinée. Un silence s'installa le temps que Prof se remette les idées en place. Quand son regard parut moins embrumé, le génie de l'informatique se mit à débiter :
—Je-sais-bien-que-je-ne-devrais-pas-venir… te-réveiller-alors-que-tu-dormais-si-pro… fondement-mais-il-me-semble-que-c'est… une-situation-d'urgence-et-Ln-m'a-tou… jours-dit-de-ne-faire-confiance-à-aucun… autre-Élémental-que-toi-alors-je-l'écoute… parce-qu'elle-sait-sans-doute-mieux-que… moi-ce-genre-de-choses-compte-tenu-de… ce-qu'elle-a-fait-alors-je-viens…
—Stop ! clama Prof d'un air atterré. Recommence de façon plus intelligible, s'il te plaît, tu baragouines trop rapidement, je ne comprends rien.
Nerd se força à se calmer et lança le papier à Prof, en recommençant sa phrase :
—C'est une urgence ! Regarde !
Jetant un œil sur les écritures un peu floues de la feuille que Nerd avait imprimée, Régis soupira. Il n'arrivait pas à lire. Cependant, il n'en eut pas besoin, puisque le meilleur ami de Ln se chargea de lui faire un résumé :
—C'est un communiqué officieux de l'armée… Ne me demande pas comment je l'ai eu, ajouta le geek en constatant la moue interrogative de Régis, tu ne veux pas cette réponse. Dedans… Ils… Il y a eu un assaut… Prof, l'arène de Clémentiville a été rayée de la surface de la carte.
Totalement réveillé, Régis laissa l'horreur de la situation l'envahir totalement, écarquillant les yeux pour mieux observer les tremblements compulsifs de Nerd. Puis il réalisa. À Clémentiville, se trouvaient Flora, Mini-Terreur, Max et…
—Ondine, souffla-t-il.
Dans son esprit, l'image du corps ensanglanté de la rousse de Psyko se dessinait et il maudit son imagination trop fertile, quand Nerd prononça la dernière partie de sa sentence :
—Il ne fait état d'aucun survivant. Je suis désolé, Prof. Les Flammes de Psyko et Ln sont mortes.
—Non…
Seul ce gémissement pouvait exprimer l'incrédulité, le choc que ressentait Régis, alors qu'il revoyait encore Ondine se pencher vers lui pour lui demander comment il allait, tandis qu'il se souvenait de Mini-Terreur sautillant de joie à l'idée d'aller mettre le feu quelque part avec Fire. La rousseur des cheveux d'Ondine, son caractère brûlant se superposaient à une vision d'elle, sur un bucher, sacrifice abominable dans une guérilla qu'elle n'aurait jamais dû voir.
« Aucun survivant » La phrase résonna dans son esprit et il pressa ses mains sur ses yeux, pour empêcher les larmes d'y poindre, pour ne pas céder à l'affolement à son tour. Il imagina le chagrin aveugle qui envahirait Psyko – et Artik – d'apprendre la mort cruelle de Flora et Ondine, de Max, du petit Sacha. Il imagina leur vendetta, anticipa leur plan de vengeance, leur sourde colère, celle-là même qui balaierait toute forme de raison sur son passage. Régis trembla. Réprima son tremblement. Écouta son cœur battre dans ses tempes alors qu'il se souvenait des hurlements que Psyko avait longtemps poussés dans son sommeil, après qu'il a réussi à s'enfuir des cachots d'Aura. Ces cris seraient sans doute similaires à ceux qu'il pousserait dans une geôle, torturé par l'armée, pour savoir où étaient les autres, ce qu'ils préparaient, comment ils avaient fui.
—Prof, murmura Nerd. Que fait-on ?
Régis ferma les yeux.
—On se tait.
Sa voix était un tout petit filet de voix, mais dans le silence de la pièce, elle tomba comme le couperet d'une guillotine. Nerd baissa la tête.
—Mais…
—Psyko et Artik seraient dévastés… Oh bordel, Levrette aussi… Non, Nerd, garde ça pour toi. C'est une information officieuse, je ne… Je ne veux pas… perdre Psyko… Je… Je ne veux pas perdre un autre ami, je… Attendons… Attendons que les choses soient passées, qu'elles se soient tassées. Ils voudraient se venger. Tu les connais…
—La famille, grésilla Nerd en laissant un tremblement l'agiter. Par les couilles de Jirachi, je ne pensais pas qu'ils iraient aussi loin…
Prof soupira. Lui non plus. Se levant finalement, enfilant rapidement un pantalon en rosissant sous le regard de Nerd qui lui fit une réflexion grivoise à propos d'une paire de fesses absolument indécente, il finit par se dire qu'il serait mieux à l'infirmerie. De toute façon, il ne pourrait sans doute pas se rendormir avant un trop long moment.
—Éthanol est bourré, souffla Cyclik dans l'oreille d'Attila qui tourna son regard vers l'arrière.
Les dresseurs souterrains voyageaient léger, plus anxieux que jamais, sursautant au moindre bruit suspect. Le Fondateur vit du coin de l'œil le nommé Éthanol, un soulard notoire, et il leva les yeux au ciel. Si seulement il pouvait prendre le contrôle de cette bande le temps de mener cette guérilla, il n'y aurait pas d'excès dans ce genre… Mais non, les Élémenteux étaient trop stupides pour juste penser à interdire la consommation d'alcool et de stupéfiants. Faisant signe à Raiku de prendre en charge Éthanol, il ralentit légèrement la marche, imité dans son mouvement par Psyko et Cyclik qui menaient les lignes avec lui. Le Pikachu du petit homme retint un gémissement, auquel répondit le Mentali de Neko en s'ébrouant alors que sa dresseuse hochait la tête vers Éra et son Alakazam, accentuant leur surveillance, comme tous les autres membres chargés de veiller à la discrétion de leur groupe.
La dresseuse furtive était contrariée. Son cœur se serrait, elle ne se sentait pas à l'aise dans sa peau, quelque chose la dérangeait. Elle avait un mauvais pressentiment. Mais ça n'allait pas mal tourner, n'est-ce pas ? Elle regarda par-dessus son épaule, en quête de réconfort dans la silhouette d'Artik et elle eut la surprise de croiser le regard de son maître qui cligna des yeux. Son cœur ne se desserra pas pour autant, bien au contraire. Elle n'aimait pas l'idée de fuir sans recourir à la couverture de Zoroark. Cependant, il était loin d'être assez puissant pour dissimuler l'ensemble des dresseurs souterrains. Tout aurait été tellement plus simple pourtant.
—Ça craint, ce terrain dégagé, siffla Attila en arrêtant sa course à l'orée de la clairière que Psyko avait aperçue.
Alertés par l'attitude méfiante de leur aîné, Sacha et Cyclik devinrent soudainement plus que vigilants à leur environnement. Pikachu cessa de courir à côté de son dresseur pour sauter sur son épaule, les joues crépitant d'électricité, prêt à en découdre quand ce serait nécessaire.
Attila pinça les lèvres. Cette clairière était exactement le lieu qu'il aurait choisi pour une bataille. C'était pour ça qu'il avait à tout prix cherché à l'éviter. C'était le chemin à ne pas emprunter. Ils auraient dû se séparer bien plus tôt, au lieu d'attendre d'être loin de la demeure d'Earth, ils auraient dû partir par petit groupe et lui n'aurait pas dû confier l'établissement de l'itinéraire à un non-initié à l'art de la guerre.
Il y avait trop d'arbres, autour de cette clairière, le terrain semblait glissant, inégal, les dresseurs souterrains étaient fatigués, la plupart n'ayant jamais expérimenté la guerre, les situations de stress intense où ils jouaient plus que leur vie, mais leur liberté. Scrutant à droite et à gauche, afin de tenter de percevoir la fin de la forêt, le colosse retint un grincement. C'était foutu. Ils étaient tombés dans une embuscade et n'avaient pas d'autres choix qu'y aller. Comment ces Caninos galeux avaient-ils pu savoir qu'ils allaient fuir une semaine avant leur prévision de bataille ? Y avait-il un traître dans la Ligue Souterraine, encore ? Il avait pourtant eu la garantie que le capitaine Ducan ferait tout pour reculer l'affrontement le plus longtemps possible !
Levant sa main droite, faisant signe aux autres dresseurs souterrains d'arrêter tout mouvement, Attila tendit l'oreille. Un cours d'eau s'écoulait près d'ici, il entendait le ruissellement de l'eau. Il n'y avait pas de vents bas, donc aucun risque d'éventer les odeurs des dresseurs en direction de Pokémons au nez fin de l'armée. C'était une bonne chose, ça. Il pourrait prendre quelques minutes pour réfléchir, mais guère plus.
Rapidement, ses yeux passèrent de gauche à droite, il fit signe à certains dresseurs d'aller en avant, d'autres d'aller en arrière. Délibérément, il resserra la première ligne aux côtés de Psyko et Cyclik, il les connaissait, ils étaient bien formés. Neko et Cash s'installèrent d'un bout à l'autre, surveillant les flans, leurs Pokémons leur permettant de détecter des mouvements. Artik se dressa derrière son élève, soutien actif, équipe bien rôdée depuis le temps. Les plus lâches, les plus terrifiés et les plus importants – les Élémenteux –, se retrouvèrent au milieu. Drake et Levrette passèrent en deuxième ligne, Nicotine, Raiku et Éra prirent l'arrière. Après avoir vérifié une nouvelle fois le positionnement de tout le monde, de s'être assuré que les Élémentaux étaient bien dissimulés dans la masse de dresseurs souterrains et qu'ils passaient inaperçus, Attila hocha la tête, faisant signe à tout le monde de se remettre en marche, sans courir, pour ne pas épuiser les forces. De toute façon, il ne servait plus à rien de se presser.
Jetant un regard à Malosse qui baissa les oreilles et retroussa les babines, Attila sut qu'il avait eu raison. Ils étaient attendus. Quand la cinquantaine de dresseurs de la Ligue Souterraine fut enfin dans la clairière, il y eut un flash de lumière et, sortant d'un nuage de vapeur, sans doute mis en place pour créer un effet de surprise grotesque, ils purent voir des militaires se dresser devant eux à une vingtaine de mètres devant eux. Attila renifla de dédain. Ils étaient trois fois plus nombreux, mais il ne voyait ni Crush, ni Sévignan. C'était faisable, pensa-t-il avant de hoqueter de surprise, imité par Psyko et ses trois amis proches.
Devant les militaires, un Chuchmur sur son épaule, les cheveux attachés en un chignon serré et une tenue militaire adaptée au combat, dont les poches semblaient alourdies par des objets dont Sacha n'était pas sûr de vouloir connaître l'utilité, se tenait Cécile. Il n'y eut pas de silence, comme on pourrait s'y attendre, mais un ensemble d'injonctions de la part des dresseurs souterrains, ponctuant la découverte d'une des leurs en tête de gondole de leurs adversaires. Le brouhaha généré par les dresseurs souterrains commencèrent à faire pleurer le Chuchmur qui se mit à brailler de plus en plus fort, les obligeant à tous se protéger les oreilles, alors que Ln(3) se forçait à rester impassible aux hurlements non seulement de ses anciens alliés mais aussi du petit Pokémon juché sur elle.
De l'endroit où il se trouvait, Sacha pouvait deviner une certaine tension dans les gestes de Ln, ils étaient plus saccadés. Angoissée par sa première bataille. C'était tellement vrai. Lui aussi se sentait fébrile, il avait peur. Il sourit, glissant son index sous son nez, avant d'enfoncer plus profondément sa casquette sur sa tête. C'était grisant cette peur. Vivre ou mourir. Tuer ou être tué. Il ne mourrait pas. Ondine l'attendait. Il le savait, il en était sûr, elle attendait son retour. Il devait rentrer.
—Dresseurs souterrains !
La voix de Cécile devait sans doute être amplifiée grâce à l'attaque Mégaphone du Chuchmur qu'elle tenait car elle résonna dans toute la clairière et sans doute par-delà la forêt. Froide, dure, l'ancienne dresseuse souterraine n'avait plus rien de la scientifique qu'ils avaient autrefois connue. Neko fronça les sourcils, se tendant, fléchissant légèrement les genoux, comme prête à intervenir si son amie faisait le moindre geste de travers.
—Nous ne sommes pas ici pour combattre, mais pour négocier votre reddition sans conditions. Rendez-vous.
—Jamais ! se récria Neko, terrifiée à l'idée qu'on la prive de liberté.
Dans le silence de la clairière, l'exclamation de la dresseuse furtive sembla rester suspendue dans l'air, alors que tous les dresseurs souterrains avaient perçu les craintes qu'il y avait dedans. La peur de mourir, la peur de reste en vie sans victoire et de se voir enfermé, lynché, mis à mal par un gouvernement trop prompt à juger l'ensemble des dresseurs souterrains, eux qui s'étaient tous désolidarisés des actes de Combo. Même Aura avait fini par admettre qu'ils devaient donner son frère. Bien entendu, il s'était enfui, tout le monde ignorait comment il avait fait pour sortir des sous-sols de la demeure d'Earth sans qu'ils ne s'en aperçoivent.
Cécile haussa les épaules, fixant un point précis dans la foule des dresseurs souterrains, que personne n'arrivait à analyser clairement.
—Alors tant pis pour vous, soupira-t-elle.
Elle baissa les yeux et il y eut un cri, puis relevant la tête, elle écarquilla les paupières, voyant un projectile arriver vers elle à grande vitesse et elle esquissa un mouvement, ne sachant pas trop si c'était pour éviter l'objet ou pour protéger les hommes qui se trouvaient derrière elle. Analysant rapidement la scène, elle comprit que l'objet en question était une bouteille pleine d'alcool. Éthanol était ivre, comme c'était étonnant…
Avant qu'elle n'ait eu le temps de leur hurler un avertissement, portant une main à son fouet – qu'elle avait ramené en souvenir du bon vieux temps de ses combats souterrains – pour tenter d'intercepter le projectile, il explosa en plein vol dans un flash de lumière, répandant du feu un peu partout et Cécile sourit.
—Tiens, tiens, tiens, lança-t-elle en observant les dresseurs souterrains. Merci, capitaine Ducan. Je n'avais pas besoin d'aide, mais merci.
Le capitaine sentit sa main trembler alors qu'il hochait la tête en direction du lieutenant. Il avait agi instinctivement. Cécile et son uniforme au Reshiram noir étaient en danger. Il ne pouvait pas laisser un dresseur souterrain faire du mal à un membre de son régiment, de son commando. Il reconnaissait la fine cordelette rouge nouée autour de la ceinture de Cécile, dont les deux ficelles pendaient sur sa cuisse droite, c'était la marque du général Sévignan, que tous ses subordonnés portaient fièrement. Il ne pouvait pas supporter qu'on esquinte ce symbole. Il ne comprenait pas pourquoi son cœur battait si furieusement, pourquoi il avait l'impression d'avoir fait une connerie.
Il laissa le silence s'emparer des dresseurs souterrains, alors que tous échangeaient des regards atterrés, trop conscients de ce que signifiait la petite phrase de Ln(3), qu'il y avait un autre traître parmi la Ligue, qu'elle avait eu un complice que tout le monde avait oublié, tellement sa trahison à elle avait surpris et choqué.
Il finit par baisser son M-16, secouant doucement la tête, regrettant son geste. Rangeant son fusil sur son épaule, il jeta un regard devant lui, déçu de ne pas voir son général, se rappelant qu'aucun membre de son unité ne serait présent près de lui. Juste le lieutenant. Le premier pas fut le plus dur. Il le fit cœur battant, hésitant. Plein de doutes. D'incertitude. Avait-il fait le bon choix ? Faisait-il le bon choix ?
Puis il ferma les yeux et sourit, avant de relever la tête d'un geste plus assuré, se débarrassant de sa blouse souterraine pour épingler sur sa manche l'écusson de son régiment, ce Reshiram noir qui avait fait la fierté de sa mère. Les dresseurs souterrains s'écartèrent autour de lui, le regardant comme s'ils le voyaient pour la première fois. Il croisa le regard stupéfait de Benzine, son maître, d'Artik qui bouillonnait déjà de colère. Il n'osait pas regarder vers Levrette et il ne se tourna pas vers elle quand elle lança d'une voix tremblante :
—Drake… C'est… C'est faux, n'est-ce pas ?
Il reprit sa marche sans lui répondre, ignorant son feulement de haine pure, ignorant son cœur qui se déchirait alors qu'il repensait à toutes les aventures qu'ils avaient vécues, alors qu'il se forçait à penser à Juliette, à se dire qu'elle aurait approuvé sa décision. Hébétés, les dresseurs souterrains ne cherchèrent même pas à l'arrêter. La trahison venait toujours de celui qu'on attendait pas.
Traversant le futur champ de bataille, en profitant pour repérer les dénivelées de terre, les creux, les bosses, les endroits stratégiques, ceux qui paraissaient plus facilement friables, comme ce petit lopin de terre qui abritait sûrement des Sabelettes en hibernation et qui pourrait s'écrouler si quelqu'un marchait dessus, Drake sourit franchement. Il avait pris la bonne décision, c'était certain. Levant les yeux au ciel, il constata que c'était une journée magnifique, parfaite pour mourir au combat, parfaite pour trahir les siens. Il pourrait facilement enfourcher un de ses dragons pour mener le combat que lui promettait son élève par son souffle erratique, il pourrait facilement l'éloigner de la terre ferme, la conduire bien plus haut pour qu'elle n'ait pas à s'impliquer dans les combats au sol – et prendre le risque de mourir.
Cécile le regarda, le salua, passa une main dans son dos et ne tint pas plus compte du trouble du capitaine pour lancer aux dresseurs souterrains un dernier avertissement. Le Chuchmur devait atteindre ses limites, son Mégaphone devait s'atténuer, si Alex se fiait aux tremblements de l'amplification de la voix de Ln :
—Dresseurs souterrains, ceci est notre dernier avertissement. Déposez les armes ou mourez.
Aucun mouvement ne sembla agiter l'ensemble de la Ligue Souterraine, hormis les redressements de tête dans une attitude fière qui serra le cœur de Cécile. Altaïr lui paierait ça. C'était vraiment sadique et cruel.
—Alors nous mourrons ! tonna une voix que les deux traîtres identifièrent comme celle d'Attila.
Drake et Ln échangèrent un regard et le Chuchmur fut rappelé par l'arrière-garde. Les deux anciens dresseurs souterrains hochèrent la tête en portant d'un même mouvement la main à leurs ceintures de Pokéballs, choisissant parmi leurs alliés celui qui les aiderait à donner le coup de semonce à cette bataille. Cécile rengaina son lance harpons trop peu pratique en combat réel, pour attraper un semi-automatique et une Pokéball, Drake attrapa une grenade.
Face à eux, les dresseurs souterrains échangeaient des regards, s'exhortant au calme, à la réflexion, aux combinaisons qu'ils avaient créées à force d'amitié. Éra releva le col de sa blouse, épousseta ses épaules, laissa tomber son sac, comme tous les autres dresseurs souterrains. Psyko et Artik se dévisagèrent et inversèrent leurs places, question de praticité, Artik étant gaucher et Psyko droitier. Ange tendit une main à Galerne qui la serra, un franc sourire sur les lèvres, lui faisant quelques gestes, elle hocha la tête. Raiku replaça ses mitaines de cuir, plissant les yeux pour tenter de discerner le nombre de militaires qui leur faisaient face, un petit sourire sur les lèvres.
Prof déglutit, observa les autres Élémentaux. Tous étaient des combattants, sauf lui. Il se corrigea. Tous étaient des combattants, même lui. Il avait Noctali. Il avait Tortank et Élékable. Lui aussi pouvait mener de front cette bataille pour sa survie, pour leur survie. Le Mentali de Neko feula et cracha, sa dresseuse déroula le câble en métal qui était enroulé autour de son poignet en rappelant son Pokémon qui n'était pas son meilleur combattant. Levrette fusilla Drake du regard à travers l'espace qui séparait les deux camps. Stup vérifia le niveau de son pistolet à eau, en attrapant un deuxième, similaire, ils n'avaient plus rien à voir avec des jouets mais ressemblaient en tout point à de vraies armes à feu, plus lourdes, avec une pression plus grande, permettant des tirs plus éloignés et bien plus précis. Puis il regarda en tout sens pour repérer les spécialistes aquatiques dont il pourrait avoir besoin. Inu cessa de contempler le ciel pour offrir un regard poli aux militaires, avant de regarder Éthanol, qui était toujours par terre, recouvert de son précieux alcool, ne bougeait plus, terrorisé.
Le temps s'étira lentement, Régis entendait le tic-tac des aiguilles de sa montre résonner dans son poignet, semblant lui hurler de s'enfuir, ou de se rendre. Attila se mit en première ligne, aux côtés d'Aura. Benzine les rejoignit rapidement, lui aussi équipé de grenades. Les trois Fondateurs comptaient bien défendre chèrement leur création.
Et voilà... C'est une bataille ardue qui se prépare... Qui a trouvé la référence à Absol-fan ?
